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Des chiropraticiens en colère contre une publicité

Dr Stephen Barrett

La World Chiropractic Alliance (WCA), une organisation vouée à « préserver et renforcer la chiropratique basée sur la subluxation dans le monde entier », s’inquiètait de la publication d’une annonce bien visible à l’extérieur d’un bus à Bridgeport et à Waterbury, dans le Connecticut. En 2006, un avocat agissant en son nom a informé la Greater Bridgeport Transit Authority (GBTA) que si la publicité n’était pas immédiatement retirée, la WCA et plusieurs chiropraticiens locaux intenteraient une action en justice et demanderaient aux autorités de l’État et fédérales de mener une enquête [1]. Cette annonce provenait du Chiropractic Stroke Awareness Group (‘CSAG’, groupe de sensibilisation aux victimes d’accidents vasculaires cérébraux liés à des manœuvres chiropratiques). Aucune poursuite n’a été déposée.

pub sur bus

Il me semble que la GBTA n’a rien fait de mal et n’a pas été intimidée. Sa position officielle était que :

L’espace publicitaire sur notre flotte de bus est considéré comme un « forum public » comme tout panneau publicitaire, donc protégé par le premier amendement de la Constitution américaine de la « liberté d’expression ». Cet amendement limite donc les annonceurs qui peuvent être rejetés indépendamment des préoccupations d’un organisme quelconque de la communauté. Le GBTA ne peut pas et ne s’engagera pas dans une démarche quelconque qui pourrait être interprétée comme préjudiciable ou partiale. Le GBTA ne cautionne ni ne soutient aucune des affirmations de nos annonceurs. La publicité concernée ne diffame personne ; elle se contente d’énoncer une question rhétorique courante dans les publicités des avocats et des professionnels des médias, qui demande si le lecteur a été lésé par une procédure effectuée par un chiropraticien. Nous vous remercions de nous avoir contactés.

Étant donné que l’annonce pointait vers le site Web Neck911, de nombreux chiropraticiens ont supposé que le Chiropractic Stroke Awareness Group en était le propriétaire. Or, ce n’est pas le cas. Neck911 était un réseau de professionnels qui fournissaient des consultations sur les complications dues à la manipulation du cou [2]. Son site Web était exploité par le Dr John W. Kinsinger, un anesthésiste qui a enquêté sur de nombreux chiropraticiens [3]. Le Dr Kinsinger m’a dit que ni lui ni Neck911 n’avaient à voir avec le contenu ou la mise en place des publicités. [Remarque : en 2011, le domaine a expiré et a été repris par des chiropraticiens qui en ont immédiatement modifié la teneur afin de promouvoir la manipulation du cou.]

En décembre 2005, le groupe de sensibilisation aux victimes d'AVC chiropratique a placé d’autres publicités contre les chiropraticiens. L’un d’eux utilisait le panneau d’affichage illustré à droite. L’autre a annoncé dans le Hartford Courant que :

Notre mission consiste à avertir les gens des risques liés aux ajustements chiropratiques et à aider les victimes, comme nous, et leurs familles, à retrouver une vie normale. Malheureusement, les manipulations chiropratiques ne sont pas totalement sûres et sans risque. Nous en sommes la preuve. Si vous ou un de vos proches avez été concerné, nous voulons avoir de vos nouvelles.

La Connecticut Chiropractic Association s’est plainte auprès de la société d’affichage et du journal et a publié une contre-publicité dans ce journal affirmant que les chiropraticiens ont « démontré son niveau de sécurité » et que l’« accent mis sur l’éducation et les progrès des patients, comme le montrent les recherches, sont des facteurs importants du succès de la gestion de la chiropratique… » [4]

L’accident vasculaire cérébral lié à la manipulation du cou par une pratique chiropratique se produit lorsqu’une artère du cerveau se rompt ou est obstruée par suite de l’étirement. Il existe des estimations disant que la probabilité d’une complication grave due à ce geste se situe entre une sur 5 000 et une sur 10 millions. Cependant, personne ne le sait vraiment car peu d’études systématiques ont été menées sur sa fréquence [5]. Neck911 a résumé la situation de la manière suivante :

La profession de chiropraticien a tenté d’ignorer ou de minimiser les réalités de cette conséquence dévastatrice. Ils affirment souvent que cela se produit lors d’une manipulation cervicale sur un million, ou qu’une personne est plus susceptible d’être frappée par la foudre. Récemment, un administrateur d’un éminent collège chiropratique du Midwest a été interrogé sur les accidents vasculaires cérébraux consécutifs à une manipulation cervicale supérieure chiropratique. Il a répondu que ce phénomène ne s’est JAMAIS produit. Bien sûr, cela est totalement faux puisque de prestigieuses revues médicales du monde entier ont documenté ces cas au cours des soixante dernières années.
La véritable préoccupation ne devrait pas porter sur la fréquence de cet événement, mais plutôt sur le rapport bénéfice/risque. Quelle que soit la rareté de la complication, si l’intervention présente peu ou pas d’avantages, alors un risque aussi grave que la mort ne peut être couru. C’est le cas de la manipulation chiropratique de la partie la plus haute du cou. Il s’agit d’une pratique qui est employée pour traiter tout, des infections de l’oreille chez les bébés à l’hypertension et à l’épilepsie chez les adultes. Il n’y a aucune preuve d’un quelconque bénéfice pour la majorité des affections pour lesquelles cette procédure est utilisée [6].

Peu de temps après que la GBTA ait été menacée, WTNH-TV a diffusé une émission sur la publicité dans les bus qui décrivait le groupe de sensibilisation aux victimes d’accidents vasculaires cérébraux chiropratiques comme « des victimes, des membres de la famille et des amis traumatisés » par un traitement chiropratique et « dont la vie a été détruite » [7]. Deux membres sont apparus au programme. La première, identifiée comme « Britt », a déclaré qu’elle était parvenue à un règlement à l’amiable après avoir eu un accident vasculaire cérébral il y a environ trois ans dans le bureau de son chiropracteur. Britt a besoin d’une sonde d’alimentation parce qu’elle a perdu la capacité d’avaler. L’autre membre est Linda Solsbury, une ancienne infirmière qui a remporté un prix du jury après avoir été victime d’un accident vasculaire cérébral lors d’un « ajustement », il y a 20 ans. Elle est partiellement paralysée, ne peut pas parler et doit utiliser un clavier pour communiquer. Le livre Chiropratique : le plus grand canular du siècle ? lui consacre un chapitre [8].

En 2008, le chiropraticien Stephen Pisherchia a été poursuivi et condamné pour avoir harcelé Britt par téléphone [9].

Un panneau dans le Connecticut, 2011
Un panneau de la Chiropractic Stroke Awareness, affiché le long des autoroutes du Connecticut (2011).

 

Références

  1. Lettre à Vincent J. Biondi et Ronald Kilcoyne, 8 mai 2006.
  2. À propos de Neck911. Site Web Neck911.
  3. Kinsinger JW. Neuf expériences avec des chiropraticiens. Chirobase.
  4. Connecticut State News. Dynamic Chiropractic Web site, accessed May 20, 2006.
  5. Barrett S. Le terrible secret des chiropraticiens. Quackwatch.
  6. What chiropractors are saying. Neck911 Web site, accessed May 20, 2006.
  7. Injured by a chiropractor ? WTNH-TV, May 24, 2006.
  8. The crippling of Linda Solsbury. In Chotkowski LA. Chiropractic : The Greatest Hoax of the Century ? Kensington, CT : New England Books, 2005.
  9. Un chiropraticien qui harcelait une victime d’AVC. Chiropractic Stroke Victims Awareness Group Web site, accessed March 3, 2009.

À voir également

  1. Un traitement chiropratique trop risqué?, La Presse.
  2. Les conséquences cachées de la chiropractie sur la santé, par Caroline Piquet.

 

Dernière mise à jour le 1 février 2020.

Source: Quackwatch Retour à la page d'accueil

© 2020 Dr Stephen Barrett (version anglaise)
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