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Thérapie cellulaire

Dr Stephen Barrett

La thérapie cellulaire - également appelée thérapie de cellules vivantes, thérapie de suspensions cellulaires, thérapie glandulaire, thérapie de cellules fraîches, thérapie de sicca cells, thérapie de cellules embryonnaires et organothérapie - fait référence à diverses procédures au cours desquelles des tissus transformés d'embryons, de fœtus ou d'organes d'animaux sont injectés ou pris oralement. Les produits sont obtenus à partir d'organes ou de tissus spécifiques, censés correspondre aux organes ou tissus malsains du receveur. Les partisans affirment que le corps du receveur transporte automatiquement les cellules injectées vers les organes cibles, où elles sont censées les renforcer et régénérer leur structure. Les organes et les glandes utilisés pour le traitement cellulaire comprennent le cerveau, l'hypophyse, la thyroïde, les glandes surrénales, le thymus, le foie, les reins, le pancréas, la rate, le cœur, les ovaires, les testicules et les parotides. Plusieurs types de cellules ou d'extraits de cellules peuvent être administrés simultanément. Certains praticiens en administrent régulièrement jusqu'à 20 ou plus à la fois [1].

La première tentative connue de thérapie cellulaire a eu lieu en 1912, lorsque des médecins allemands ont tenté de traiter des enfants hypothyroïdiens avec des cellules thyroïdiennes [2]. La thérapie cellulaire, telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui, a été développée au début des années 1930 par Paul Niehans (1882-1971), un médecin suisse qui est connu comme « le père de la thérapie cellulaire ». [2] Elle est rapidement devenue populaire auprès des célébrités comme moyen de rajeunissement. Un article de 1990 du magazine In Health décrivait Niehans comme un « génie des relations publiques » et indiquait que la Clinique La Prairie, qu'il avait fondée à Clarens-Montreaux, en Suisse, avait attiré 65 000 patients [3]. Son « programme de revitalisation » d’une semaine (1999) coûte actuellement environ 8 000 dollars.

Un autre praticien notoire était John R. Brinkley, souvent appelé « docteur de glandes de chèvre », promu d’une usine à diplômes américaine, aurait effectué 16 000 opérations au cours desquelles il aurait implanté du tissu de testicules de jeunes boucs à des hommes [4]. Brinkley a affirmé que sa procédure était non seulement efficace contre l'impuissance et l'infertilité, mais pouvait également guérir des maladies allant de la folie et de l'acné à la grippe et à l'hypertension. Brinkley a commencé ses activités en 1917. L'American Medical Association a finalement persuadé l’Ordre des Médecins du Kansas de lui retirer son autorisation d’exercer pour des motifs d'immoralité et de conduite non professionnelle. Brinkley a été inculpé de fraude postale en 1941 et est mort environ neuf mois plus tard [5].

En 1970, le Dr Wolfram Kühnau, associé du Dr Niehans, a commencé à utiliser la thérapie cellulaire pour traiter les patients cancéreux à Tijuana, au Mexique. Il prétendait également renforcer le système immunitaire et aider les patients atteints du syndrome de Down, de la maladie d'Alzheimer, de l'épilepsie, du SIDA et de diverses autres maladies.

Un naturopathe appelé James L. Wilson a promu l'utilisation de produits fabriqués à partir de cellules mésenchymateuses bovines. (Le mésenchyme est un tissu conjonctif embryonnaire.) Selon Wilson, les cellules « ont la capacité de migrer vers n’importe quel tissu nécessitant une réparation et, une fois sur place, elles acquièrent les caractéristiques saines des cellules auxquelles elles sont associées. [6]. Wilson prétend même qu'un produit mésenchymateux peut être administré sous la langue. Des études ont été menées - principalement avec des préparations de laboratoire - dans lesquelles les cellules souches mésenchymateuses démontrent une capacité réparatrice lorsqu'elles sont placées directement au contact de certains tissus [7]. Cependant, il est absurde de croire qu'elles peuvent migrer là où elles sont nécessaires dans le corps. De plus, prises oralement, elles sont digérées et ne peuvent avoir aucun effet significatif sur les fonctions de l’organisme.

La dure réalité

La thérapie cellulaire s'appuie sur une théorie absurde. L'American Cancer Society l’a vivement déconseillée [8]. Dans des circonstances ordinaires, les cellules des organes d'une espèce ne peuvent remplacer les cellules des organes d'autres espèces. Lorsque des protéines étrangères sont injectées, le système immunitaire les attaque. De plus, les injections de cellules animales peuvent propager une maladie virale et déclencher de graves réactions allergiques. Prises par voie orale, les cellules animales sont digérées et ne sont pas absorbées intactes par l'organisme. Les rapports d’événements indésirables incluent :

  • Une enquête menée en 1957 dans 179 hôpitaux ouest-allemands a révélé 80 cas de réactions immunologiques graves, dont 30 mortelles, chez des patients sous traitement cellulaire [1].
  • Today's Health, le magazine de consommateurs de l'AMA, a décrit comment deux hommes sont morts d'une gangrène gazeuse à la suite d'injections de cellules fœtales de mouton à la New Life Clinic près de Fort Meyers, Floride, dirigée par Robert A. Peterson, Jr., ostéopathe. L’article a noté : a) Peterson a falsifié la cause de la mort sur le certificat de décès pour tenter de dissimuler ce qui s'était passé, et b) rien qu'en Allemagne, 35 décès ont été attribués à des praticiens qui avaient tenté d'utiliser la technique de Niehans, et c) Peterson a ensuite vu sa licence révoquée et a été inculpé de fraude postale et d'évasion fiscale [9].
  • En 1981, des réactions allergiques au tissu de thymus de veau provenant d'animaux âgés de 5 jours ont été rapportées dans une étude portant sur des patients présentant une histiocytose X [10].
  • Au cours des années 1980, il a été signalé des cas de polyradiculite, de leucoencéphalite, de syndrome de Guillian-Barré, de vascularite à complexes immuns, d’encéphalopathie et de phlyctènes ressemblant à une pemphigoïde bulleuse [11-17].
  • En 1987, le journal britannique Lancet a rendu compte du décès d'une athlète populaire qui avait reçu plusieurs centaines d'injections de diverses préparations cellulaires. Elle avait développé une affection nerveuse douloureuse, reçu du dipyrone (un dangereux analgésique) et a présenté un état de choc fatal [18].

Au milieu des années 1960, un tribunal fédéral approuva la destruction de plusieurs petites cargaisons de produits cellulaires Niehans expédiés à New York par des sociétés allemandes et suisses [19]. En 1984, la FDA interdisait l'importation aux États-Unis de poudres et d’extraits cellulaires destinés à l'injection [20]. En 1987, l'Office fédéral de la santé de l'Allemagne de l'Ouest a suspendu les licences de 235 préparations à base de cellules entières conditionnées par quatre firmes pharmaceutiques [16]. En 1996, la FDA a mis en garde contre les pilules « Zellen-Cell Therapy », commercialisées par une société mexicaine pour le traitement de l'arthrite, de l'asthme, de la fatigue chronique, du diabète, des troubles hormonaux, du dysfonctionnement sexuel, des maladies dégénératives du cerveau, de l'ostéoporose, et autres. La documentation de la firme comprenait une note du « Dr Hanz Byron, spécialiste du vieillissement prématuré ». [21]

En 1987, des chercheurs australiens ont rendu compte d'une étude comparant des enfants atteints du syndrome de Down et traités par thérapie cellulaire avec des enfants similaires sans thérapie cellulaire. L'étude n'a révélé aucune preuve d'efficacité de la thérapie cellulaire [22]. En 1990, un autre médecin australien a signalé que la thérapie cellulaire n’avait pas amélioré l'état de santé d'une femme de 34 ans qui était devenue quadraplégique après un accident d’équitation. Les analyses de sang de cette femme n'ont mis en évidence aucune preuve de présence d'anticorps contre les cellules animales censées se trouver dans la préparation, ce qui signifie que la préparation utilisée pouvait ne contenir aucune cellule [23].

Un procès pour faute professionnelle impliquant une thérapie cellulaire a été intenté contre le Dr Gabriel Cousens, un médecin homéopathe qui exploite le Centre de régénération de l’arbre de vie, à Patagonia, Arizona. La plainte indiquait que Cousens avait traité Charles Levy au cours d'une période de cinq jours en 1998, période au cours de laquelle ce dernier avait développé et était décédé des suites d'une infection à Clostridium perfringens (gangrène gazeuse) provoquée par des injections de « liquide surrénalien bovin ». [24] L'affaire a été réglée à l'amiable, avec le paiement d'une somme d'argent non divulguée.

En 2003, la FDA a envoyé une lettre ordonnant à Target Your Health, Inc., de Wildomar, Californie, de cesser d’affirmer illégalement que ses « facteurs de croissance de cellules vivantes », dérivés de cellules d’embryons de mouton ou de bovin, « ont le potentiel de s’adapter et de guérir des organes ou des tissus corporels nécessitant une réparation ».  La gamme de produits comprend : Embryoblaste, Artère, Cartilage, Cerveau entier, Muscle, Œil, Pancréas, Peau, Poumon, Rate, Rein, Cœur, Embryon entier, Foie, Hypophyse, Hypothalamus, Intestin, Moelle épinière, Moelle osseuse, Surrénale, Testicule, Thymus, Vaisseau et Veine.  La lettre d'avertissement indique que l'utilisation prévue des produits fait d'eux de nouveaux médicaments non approuvés qui ne peuvent pas être commercialisés légalement sans l'approbation de la FDA. La firme a également annoncé que les cellules étaient « extraites d’animaux dans des abattoirs agréés ayant subi tous les contrôles sanitaires » et que « les contrôles vétérinaires certifiaient que les animaux étaient en bonne santé, propres à la consommation humaine et ne présentaient pas d’encéphalite spongiforme ». Attirant l'attention sur les restrictions imposées à l'utilisation de tissus d'origine animale dans certains produits biologiques, la FDA a également averti que les produits biologiques ne peuvent être commercialisés légalement sans une licence, délivrée après démonstration que le produit était sûr et efficace pour l'usage auquel il était destiné [25]. Les allégations auxquelles la FDA s'est opposée ont été supprimées du site Web de la société mais peuvent être consultées dans les archives Internet.

 

Références

  1. Gelband H and others. Cellular treatment. In Gelband H and others. Unconventional cancer treatments. Washington, DC, U.S. Government Printing Office, 1990. pp 97-98.
  2. Kuettner H. Verimpfung an stelle der transplantation hochwertiger organe. Zentralblatt fur Chirugie 1:390-397, 1912., as cited in Popov IM and others. Journal of the International Academy of Preventive Medicine 40:74-82, 1977.
  3. Tierney J: Buying time. In Health 4(1):35-44, 1990.
  4. Le Docteur de la glande caprine. In Schwarcz J. The Genie in the Bottle. Toronto: ECW Press, 2001.
  5. Hafner AW and others, editors. Guide to the American Medical Association Historical Health Fraud and Alternative Medicine Collection. Chicago: American Medical Association, 1992.
  6. Wilson JL. Mesenchyme: Little known rejuvenating healer. Feb 15, 2000.
  7. van den Bos C and others. Human mesenchymal stem cells respond to fibroblast growth factors. Human Cell 10:45-50. 1997.
  8. Unproven methods of cancer management: Fresh cell therapy. CA -- A Cancer Journal for Clinicians 41:126-128, 1991.
  9. Lindeman B, Cubbison C: Cellular therapy: A shabby clinic offered rejuvenation but delivered death. Today's Health 53:36-41, 1975.
  10. Osband ME and others. Histiocytosis-X. Demonstration of abnormal immunity, T-cell histamine H2-receptor deficiency, and successful treatment with thymic extract. New England Journal of Medicine. 304:146-153, 1981.
  11. Kiefer H and others. Ascending polyradiculitis following swine brain implant in a patient with encephalomyelitis disseminata. Nervenarzi 55:422-425, 1984.
  12. Armoni M and others. Siccacell therapy in Down's syndrome. Harefuah 108:64-68, 1985.
  13. Susei Z, Swarc M. Guillain-Barré syndrome after injection of sheep cells. Harefuah 114:536-538, 1988.
  14. de Ridder M and others. Two cases of death following cell therapy. Deutsche Medizinische Wochenshrift 112:1006-1009, 1987.
  15. Goebel HH and others. Fresh cell therapy followed by fatal coma. Journal of Neurology 233:242-247, 1986.
  16. Saurat, J-H and others. Blistering skin disease in a man after injections of human placental extracts. British Medical Journal 297:775, 1988.
  17. Bohl J and others. Complications following cell therapy. Zeitschrift fur Rechtsmedizin 103:1-20, 1989.
  18. Cell therapy suspended. Lancet, Aug 29, 1987, p 503.
  19. Wobe enzymes and prepared animal tissues. DDNJ 8083, Food and Drug Administration Notices of Judgment, Aug 1965, p 431, as cited in 1971 American Cancer Society position paper on fresh cell therapy.
  20. Cell therapy. FDA Talk Paper T84-78. Rockville, MD: Food and Drug Administration, Nov 5, 1984.
  21. FDA Import Alert #66-41. Unapproved New Drugs Promoted In the U.S. Revised 8/9/95, 8/4/99.
  22. Foreman PJ, Ward J. An evaluation of cell therapy in Down syndrome. Australian Paediatric Journal 23:151-156, 1987.
  23. Last PM. Cell therapy: A cruel and dangerous deception. A drama in three acts. Journal of Paediatrics and Child Health 26:197-199, 1990.
  24. Plaintiff's initial disclosure statement. Howard Levy vs Dr. Gabriel Cousens, No. 333704, Superior Court for the State of Arizona in and for the County of Pima, filed Oct 13, 1999.
  25. Masiello SA. Warning letter to Gisella Thomas, Sept 27, 2003.

 

Cet article a été révisé le 21 août 2003.

Traduction en français le 22 avril 2019 par le Dr Jacek Sierakowski.

Dernière mise à jour le 8 juin 2019.

Source: Quackwatch Retour à la page d'accueil

© 2020 Dr Stephen Barrett (version anglaise)
© 2020 Les Sceptiques du Québec (version française)