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Pourquoi la chiropraxie est controversée

Dr William T. Jarvis

La chiropraxie est un système de soins controversé, légalisé aux États-Unis et dans plusieurs autres pays. Aux États-Unis, en 1984, environ 10,7 millions de personnes sont venues en consultation, 163 millions de fois, chez 30 000 chiropraticiens [1]. Plus des trois quarts des États exigent des compagnies d'assurance qu'elles intègrent les services de chiropraxie dans leurs politiques en matière de santé et d'accident. Le gouvernement fédéral paie pour des services de chiropraxie limités dans le cadre de Medicare, de Medicaid et de son programme de réadaptation professionnelle, et l'administration fiscale permet une déduction de services de chiropraxie. Les chiropraticiens citent de tels faits comme preuves de « reconnaissance ». Cependant, il ne s’agit que de statistiques commerciales et d’arrangements juridiques qui n’ont rien à voir avec la validité scientifique de la chiropraxie.

Bien qu'il existe depuis près de 100 ans, le système de soins de chiropraxie n'a pas respecté les normes les plus fondamentales appliquées aux pratiques médicales : se définir clairement et établir un champ de pratique fondé sur des bases scientifiques. Plus troublant encore est le fait que la chiropraxie n'a apporté aucune contribution au corpus mondial de connaissances en sciences de la santé et qu’elle continue de s'isoler du courant dominant de la communauté des soins de santé.

Thérapie de manipulation vertébrale (TMV)

On estime qu'environ 80 % des adultes vont gravement souffrir de douleurs et de dysfonctionnements du dos au cours de leur vie. Il existe des preuves substantielles que la thérapie de manipulation vertébrale (TMV) est utile pour soulager les maux de dos et améliorer l’amplitude des mouvements de la colonne vertébrale, au moins temporairement. Bien que la TMV ne soit probablement pas plus efficace à long terme que d’autres modalités, elle semble offrir un soulagement plus rapide à environ un tiers des patients [2-4]. En outre, parce que la TMV implique l’imposition des mains, une technique largement utilisée à travers l’histoire par les guérisseurs traditionnels et religieux, elle renforce la suggestibilité et l’effet placebo [5,6]. Beaucoup de gens aiment la TMV car elle implique un contact direct et apporte un soulagement subjectif. Le Dr Charles DuVall Sr., chiropraticien, rapporte que la TMV peut créer une dépendance [7].

On pense généralement que la chiropraxie est synonyme de TMV. En réalité, l'histoire de la TMV remonte au moins à Hippocrate (400 av. J.-C.), tandis que les racines de la chiropraxie datent de moins de 100 ans. Les guérisseurs populaires (rebouteux) et les premiers ostéopathes utilisaient la TMV comme une panacée. Aujourd'hui, la TMV est employée par des médecins spécialistes (spécialistes en médecine physique, orthopédistes, praticiens de la médecine sportive), des médecins ostéopathes, des kinésithérapeutes et des entraîneurs sportifs, ainsi que des chiropraticiens.

Une enquête sur les personnes souffrant de douleurs dorsales a révélé que les spécialistes en médecine physique étaient les plus efficaces pour traiter les problèmes de dos [8]. Ce sont des médecins spécialisés en réadaptation. Mais ils sont peu nombreux et peuvent être difficiles à trouver. (Ils pratiquent souvent en relation avec des hôpitaux relevant de l’Administration des anciens combattants.) Certains hôpitaux disposent maintenant de centres de traitement du dos qui mettent l'accent sur le renforcement d’une musculature abdominale faible (cause majeure des problèmes de dos) et sur l'amélioration de la flexibilité du dos. Bon nombre de ces centres offrent des TMV par un kinésithérapeute ou un chiropraticien.

Les chiropraticiens sont les praticiens en TMV les plus accessibles au public, et 85 % des personnes qui les fréquentent le font pour des problèmes neuro-musculo-squelettiques [1]. Les chiropraticiens soulignent avec fierté des études sur les indemnisations de travailleurs sélectionnés, qui montrent que les soins chiropratiques permettent aux travailleurs de retrouver leur emploi plus rapidement et à un coût moindre que les soins médicaux. Mais ces études n’étaient pas scientifiquement contrôlées quant à la gravité des affections et toutes les études sur l’indemnisation des accidents du travail n’étaient pas favorables à la chiropraxie. Néanmoins, des études suggèrent que les chiropraticiens peuvent jouer un rôle utile dans le traitement des travailleurs présentant des problèmes musculo-squelettiques.

La théorie unique de la chiropraxie

L'unicité de la chiropraxie ne réside pas dans son utilisation de la TMV, mais dans sa raison théorique de le faire. De même que l'ostéopathie préscientifique a trouvé sa justification dans la « règle de l'artère » (la conviction que les manipulations améliorent la circulation en réduisant les spasmes musculaires), la chiropraxie est basée sur la « règle du nerf » (la conviction que la TMV a des effets importants sur le « flux nerveux »).

Le mot chiropraxie signifie littéralement « fait à la main ». Le terme a été adopté par le fondateur de la chiropraxie, Daniel David Palmer. Palmer était un profane qui s'intéressait beaucoup aux philosophies métaphysiques de la santé, telles que la guérison magnétique (le « magnétisme animal » de Mesmer), la phrénologie et le spiritualisme. En 1895, il a prétendu avoir rétabli l'audition d'un concierge presque sourd en manipulant sa colonne vertébrale.

Obsédé par la découverte de « la principale cause des maladies », Palmer avait émis l'hypothèse que « 95 % de toutes les maladies » étaient causées par des « subluxations » spinales (déboîtements vertébraux partiels) et le reste par des « os luxés ailleurs dans le corps ». Palmer supposait que les subluxations empiétaient sur les nerfs spinaux, entravant leur fonctionnement et que cela conduisait à la maladie. Il enseignait que le diagnostic médical était inutile, qu'il suffisait de corriger les subluxations pour libérer les forces de guérison naturelles du corps. Il dédaignait les médecins pour ne traiter que les symptômes, affirmant que son système corrigeait la cause de la maladie.

Palmer n'employait pas le terme subluxation dans son sens médical, mais dans un sens métaphysique et panthéiste. Il croyait que les subluxations interféraient avec l'expression par le corps de l'Intelligence Universelle (Dieu), que Palmer surnommait l'Intelligence innée (âme, esprit ou étincelle de vie) [9]. La conception de Palmer d'avoir découvert un moyen de manipuler la force de vie métaphysique est parfois appelée sa « biothéologie ».

Lacunes scientifiques

Les chiropraticiens affirment souvent que leur éloignement des sciences de la santé résulte de l'opposition de la médecine organisée. Les propagandistes chiropraticiens ont fait grand cas d’une décision de justice de 1987 qui a déclaré l’Association médicale américaine, et d’autres, coupables d’un boycott illégal des chiropraticiens. Mais l'affaire Wilk n'a révélé aucune conspiration secrète de la part des médecins dans le but de détruire la chiropraxie. Elle a simplement examiné si l’interdiction éthique par l'AMA des associations professionnelles avec des prestataires de soins de santé non scientifiques constituait une violation de la loi Sherman antitrust. Le 27 août 1987, la juge de district Susan Getzendanner a décidé que c'était le cas. Elle a toutefois déclaré dans sa décision que l’interdiction éthique par l'AMA n'était pas motivée par des considérations économiques mais qu'elle reposait sur la conviction de l'AMA que les soins chiropratiques ne servaient pas les meilleurs intérêts des patients [10].

On peut pardonner à Palmer ses idées du dix-neuvième siècle, mais ses partisans ne peuvent être excusés de ne pas avoir profité des avancées scientifiques du vingtième siècle pour mettre à l’épreuve la théorie et la pratique de la chiropraxie. En fait, les chiropraticiens n'ont jamais défini la subluxation en termes mesurables, ni même démontré qu'elle existait. En dépit de la capacité des neurophysiologistes à mesurer l'influx nerveux, les chiropraticiens n'ont pas démontré que le pincement d'un nerf spinal modifiait une impulsion au-delà de la zone du conflit, ni que le fait de perturber un influx nerveux produisait une maladie. Edmund Crelin, anatomiste à l’Université de Yale, a démontré que seule une lésion invalidante de la colonne vertébrale pouvait produire le conflit que Palmer présentait comme la base de la chiropraxie [11].

Mais les échecs de laboratoire ne découragent pas les chiropraticiens. Ils soutiennent que personne ne comprend parfaitement les mécanismes de nombreuses procédures médicales efficaces. En tant que cliniciens, ils se sentent capables de détecter subjectivement les subluxations, même s'il leur manque des méthodes objectives. Cependant, les chiropraticiens doivent encore passer un test de fiabilité entre examinateurs. Des études sur la capacité de deux chiropraticiens ou plus à trouver la même subluxation sur la même radiographie ou chez les mêmes patients ont montré que les chiropraticiens ne pouvaient même pas se mettre d'accord sur les affections spécifiques nécessitant un traitement [12-16].

Au milieu des années 1960, une délégation officielle de représentants de la chiropraxie, dont un radiologue de leur choix, n'a pas identifié une seule subluxation sur une série de 20 radiographies soumises au remboursement à l'Association nationale des facteurs. [14] En 1972, la loi sur l’assurance-maladie a été modifiée pour inclure les soins chiropratiques aux cas de « subluxations démontrées par radiographie ». Un rapport de 1986 de l'inspecteur général du Ministère de la Santé et des Services sociaux a révélé que de nombreux paiements pour des chiropraticiens ne respectaient pas cette obligation légale [17]. Le fait que le gouvernement fédéral n'applique pas les règles qu'il a établies pour les chiropraticiens soulève la question de la double norme. Existe-t-il une norme pour la médecine scientifique et une autre pour les praticiens non scientifiques mais doués en politique ?

Les chiropraticiens non seulement trouvent des subluxations aussi insaisissables que la licorne mythique, mais ils sont également en désaccord sur la manière de les traiter. Certains pensent que chaque niveau vertébral correspond à un trouble spécifique. D'autres estiment qu'il ne faut manipuler que les sept vertèbres cervicales pour obtenir la guérison. Les praticiens « hole-in-one », leur propre terme (emprunté au golf : trou en un coup, NdT) estiment qu'il faut ajuster uniquement l'atlas, la plus haute des vertèbres. D’autres chiropraticiens sont d’accord qu'il ne faut ajuster qu'une seule vertèbre, mais pas la plus haute mais le sacrum, situé tout en bas de la colonne vertébrale. Un troisième groupe ajuste à la fois l'atlas et le sacrum. D'autres ajustent toute la colonne vertébrale dans une approche au fusil à pompe, tandis qu'un autre groupe encore mesure la longueur des jambes afin de rectifier la colonne vertébrale. Aucun critère scientifique n'est appliqué pour résoudre ces affections.

Toute personne consultant quelques chiropraticiens sera confrontée à une variété déconcertante de procédures de diagnostic pseudoscientifiques. En 1981, Mark Brown, journaliste au Quad City Times, a rendu visite à des chiropraticiens pendant cinq mois dans la région de Davenport, dans l'Iowa (lieu de naissance de la chiropraxie). Les méthodes de diagnostic ont consisté à placer une pomme de terre sur sa poitrine et à appuyer sur son bras (kinésiologie appliquée), à projeter des lignes sur son dos pour lire les contours du corps (analyse du contour moiré), à observer l'iris et à le comparer avec un diagramme (iridologie), à mesurer les jambes à la recherche d’une inégalité (un chiropraticien a déclaré que la jambe droite de Brown était plus courte, un autre a dit que c’était sa jambe gauche la plus courte), à mesurer les différences de température à la surface de la peau, et à palper [16]. Parmi les autres méthodes de diagnostic douteuses utilisées par certains chiropraticiens, on compte la divination pendulaire, l’électro-acupuncture, la réflexologie, l’analyse des cheveux, l’analyse de la cristallisation à base de plantes, les questionnaires informatisés sur les « carences nutritionnelles », le test d’allergie alimentaire cytotoxique et le test de Reams pour les urines et la salive.

Les chiropraticiens ont également recours à une grande variété de thérapies pseudo-médicales. La magnétothérapie (pose d’aimants sur le corps), l’homéopathie, l’herbologie, les lavements, la luminothérapie colorée, les mégavitamines, la radionique (dispositifs à boîte noire), les spécificités nasales bilatérales (insertion d’un ballonnet dans le nez et gonflage) et la manipulation crânienne sont quelques-unes des thérapies non fondées utilisées par divers chiropraticiens.

Une enquête sur le commerce menée en 1988 a révélé qu’aux États-Unis 74 % des chiropraticiens utilisent des suppléments nutritionnels dans leurs pratiques [18]. Beaucoup les prescrivent et les vendent directement aux patients - une pratique généralement considérée comme contraire à l'éthique dans la profession médicale.

Les chiropraticiens se présentent comme des « praticiens sans médicaments », en capitalisant sur les restrictions imposées par le législateur à l'utilisation de médicaments ou de la chirurgie. Le mot médicament a plusieurs définitions. Sont inclus : les articles énumérés dans plusieurs pharmacopées officielles reconnues aux États-Unis ; les articles destinés à être utilisés en diagnostic, traitement, atténuation, ou prévention de maladies chez l'homme ou l’animal ; les articles (autres que des aliments) destinés à affecter la structure ou toute fonction du corps [19]. En 1987, la Cour suprême de Géorgie a statué que, les chiropraticiens étant agréés en tant que praticiens sans médicaments, ils ne pouvaient pas prescrire de compléments alimentaires en prévention ou en traitement d’aucune affection. Peu de temps après, le législateur a réagi au lobbying chiropratique en promulguant une loi autorisant les chiropraticiens à recommander des compléments alimentaires à leurs patients, mais pas à les prescrire en tant que médicaments.

L'utilisation des rayons X par les chiropraticiens est une question connexe. Les chiropraticiens exposent souvent le tronc entier aux rayons X. Étant donné que les effets des rayonnements sont cumulatifs, l'exposition des patients à des rayonnements implique toujours une évaluation sérieuse du rapport bénéfice/risque. Les chiropraticiens justifient souvent leur recours aux rayons X pour dépister une maladie grave chez les patients, mais une récente étude de probabilité réalisée par un radiologue chiropraticien révèle que les rayons X de la colonne vertébrale complète sont deux fois plus susceptibles d'induire un cancer que d’en découvrir chez un patient [20].

Une chose dans laquelle les chiropraticiens excellent, c’est de satisfaire leurs patients. Des patients les préfèrent aux médecins pour les préoccupations exprimées au sujet de leurs problèmes, la compréhension de leurs préoccupations, le temps passé à écouter la description d’une douleur, les informations fournies sur la cause de leur douleur, le fait de se sentir les bienvenus, et d'autres facteurs liés à l’art de satisfaire les besoins humains [21,22]. Bien qu'il soit important que les médecins fassent la différence entre une simple satisfaction du patient et une véritable efficacité clinique, il semble qu'ils pourraient apprendre quelque chose des chiropraticiens sur la manière de répondre aux besoins émotionnels de patients qui souffrent.

Factions en chiropraxie

Aujourd'hui, seule une minorité de chiropraticiens adhèrent à la théorie de Palmer « une cause, un traitement », mais la plupart croient encore que les subluxations existent et peuvent jouer un rôle important dans la cause et le traitement des maladies. Les chiropraticiens qui souhaitent être considérés comme des médecins à part entière considèrent que c’est un affront de limiter la valeur de la TMV au simple soulagement de la douleur et à l'amélioration de la fonction.

Les praticiens qui limitent leurs pratiques à l'analyse de la colonne vertébrale et à la correction des subluxations sont appelés chiropraticiens « straight » c.-à-d. traditionnels. Ceux qui croient qu'ils affectent la « force de vie innée » biothéologique de Palmer sont souvent appelés « super-straight ». Les straight désignent comme « mixers » les chiropraticiens qui font plus que des TMV, car ils mélangent d'autres modalités. Ces différentes factions chiropratiques se sont opposées presque tout au long de l’existence de la chiropratique. Chacune d’entre elles prétend représenter la véritable chiropraxie et qualifie les autres d’être des membres d’une secte ou des « pseudo-médecins ». La querelle entre ces factions a été soumise aux tribunaux et aux assemblées législatives des États et reste non résolue à ce jour.

Souvent, la dichotomie straight/mixer est suggérée à tort comme un critère utile pour séparer les praticiens rationnels des irrationnels. En fait, les uns et les autres peuvent être irrationnels. Les straights peuvent être des des membres d’une secte qui abusent de la TMV, l’appliquant à des affections pour lesquelles elle n’offre aucun avantage. Et les mixers ont tendance à épouser des modes pseudo-médicales et sont probablement les principales sources de modalités absurdes sur le marché des soins de santé. Tant les straights que les mixers se sont traditionnellement opposés à des mesures de santé publique fondées sur des bases scientifiques telles que la vaccination, la fluoration, la pasteurisation du lait, la technologie alimentaire moderne, les médicaments sur ordonnance et la chirurgie.

Les réformateurs

Plusieurs groupes de réformateurs figurent parmi les factions les plus récentes. Un groupe publie le Journal of Manipulative and Physiologic Therapeutics, indexé par Index Medicus. Ils publient les résultats de tests de différentes modalités et publient des articles traitant des insuffisances scientifiques de la chiropraxie. Ils espèrent réformer la chiropratique de l'intérieur.

L’Association nationale pour la médecine chiropratique (NACM) est un groupe plus franc qui se compose de chiropraticiens qui n’utilisent que la TMV et ne traitent que des troubles fonctionnels du dos qui ne sont pas liés à une maladie. La NACM estime que la pseudomédecine et le sectarisme sont trop bien implantés en chiropraxie et que la responsabilité morale du bien-être public est trop sérieuse pour simplement espérer et attendre patiemment une auto-réforme. Les membres de la NACM renoncent publiquement à la théorie de la subluxation et aux autres formes de pseudomédecine chiropratique. Ils ne présentent pas la chiropratique comme une alternative à la médecine traditionnelle, mais offrent leurs compétences en tant que spécialistes de la TMV, en coopération avec la médecine traditionnelle.

Les réformateurs traversent une période difficile parce qu'ils se trouvent ostracisés par la guilde des chiropraticiens pour avoir brisé les rangs et critiqué ouvertement la chiropraxie, mais ils peuvent avoir du mal à être acceptés par les médecins. Ces réformateurs, en particulier les dirigeants de la NACM, font preuve d'un courage rare et désintéressé. Le premier réformateur déclaré, Samuel Homola, a publié ses observations en 1963 dans Bonesetting, Chiropractic and Cultism, qui est affiché sur ce site Web.

Le problème qui se pose aux réformateurs est que les chiropraticiens n'offrent aucun service et ne traitent aucune affection qui ne soient couverts par une autre profession de la santé. Les lois des États qui leur permettent de pratiquer mentionnent expressément la théorie de la subluxation ou elles la décrivent comme la base de la chiropratique en tant qu’entité. Renoncer à la base théorique de la chiropraxie éliminerait toute justification de son existence en tant que profession distincte.

Les réformateurs reconnaissent qu'ils offrent principalement les compétences spécialisées de la TMV. Ils pensent que la TMV est sous-utilisée et qu’il existe un marché substantiel pour leurs compétences. Bien que d'autres professionnels de la santé puissent légalement pratiquer la TMV ou traiter des troubles fonctionnels du dos, la plupart ne le font pas. Pour acquérir des compétences en TMV, il faut plus de temps et d'efforts que la plupart des médecins ou des physiothérapeutes ne sont prêts à investir, surtout lorsqu'ils estiment pouvoir obtenir les mêmes résultats cliniques à long terme avec des modalités moins exigeantes.

Conseils aux consommateurs

La compétence des chiropraticiens en TMV est variable. La chiropraxie est une industrie artisanale sans examen critique par les pairs, comme celui que les hôpitaux offrent aux médecins.

Lors de l'évaluation des allégations d'un chiropraticien, il est utile de lui demander quelles maladies les ajustements chiropratiques ne peuvent pas traiter. Un praticien rationnel admettra facilement de grandes limites dans le traitement de problèmes autres que musculo-squelettiques. Un chiropraticien moins rationnel peut répondre en esquivant la question en disant : « Je ne traite que des personnes qui ont des colonnes vertébrales » ou « Je ne traite pas des maladies, je traite des gens ». De telles réponses évitent la question et/ou représentent une croyance en la théorie de la subluxation.
Aucune organisation ne peut dire combien un chiropraticien en particulier est bon en TMV. Les consommateurs doivent généralement compter sur la réputation locale du praticien. Lors du choix d'un chiropraticien, les consommateurs doivent faire preuve de la plus grande prudence et tenir compte des conseils suivants.

1. Faites d'abord évaluer le problème par un médecin. Faites exclure toute maladie grave sous-jacente avant de décider que le problème est neuro-musculo-squelettique. Les maladies cardiaques, le cancer, l’insuffisance rénale et d’autres problèmes graves nécessitant des soins médicaux rapides peuvent se manifester par des douleurs et un dysfonctionnement au dos. Ne laissez pas un chiropraticien trop zélé et insuffisamment formé vous empêcher de recevoir un diagnostic et des soins rapides. Si le chiropraticien recommande des radiographies, faites-les faire par un radiologue.

2. Si vous décidez d'essayer la TMV, informez-en votre médecin. Demandez s'il y a une raison pour laquelle vous ne devriez pas recevoir de TMV (l'ostéoporose est une contre-indication courante). Si non, demandez-lui de vous aider à localiser le praticien le plus compétent dans les environs (spécialiste en médecine physique, kinésithérapeute, chiropraticien, etc.). Certains médecins estiment que l'efficacité de la TMV n'a pas été prouvée scientifiquement, mais la plupart sont disposés à aider un patient qui souhaite l'essayer.

3. Rappelez-vous que l’intérêt principal de la TMV réside dans la rapidité du soulagement qu’elle procure. Si vous n'avez pas ressenti de soulagement significatif dans les trois semaines, arrêtez la TMV. Ne vous soumettez pas à des soins de longue durée. Ne signez pas de contrat. Et n'acceptez pas l'idée de soins chiropratiques préventifs. L'éducation sur la façon de prévenir les problèmes de dos par des techniques de levage sûres, des exercices appropriés et l’ergogénique (analyse et reconfiguration du lieu de travail pour éviter les blessures) est précieuse.

4. Évitez les praticiens qui :

  • Apparaissent trop confiants ou sectaires dans leur ferveur pour les soins chiropratiques
  • Dénigrent la médecine comme étant jalousement anti-chiropraxie
  • Critiquent les médicaments ou la chirurgie
  • Critiquent les vaccinations, la fluoration, la pasteurisation ou d’autres pratiques de santé publique
  • Effectuent une radiographie de tous leurs patients ou utilisent systématiquement des radiographies de la colonne vertébrale entière
  • Utilisent des tactiques alarmistes comme prétendre que l'absence de soins chiropratiques pourrait entraîner de graves problèmes à l'avenir
  • Vendent des herbes ou des compléments alimentaires
  • Effectuent des irrigations coloniques. Celles-ci n'ont aucune valeur médicale et peuvent être dangereuses [23].
  • Affirment que les subluxations existent et que leur correction est importante.

5. Les enfants ne doivent pas être traités par des chiropraticiens. Il n'y a pas d'affection infantile pour laquelle les chiropraticiens sont mieux qualifiés que les médecins.

 

Références

 

Cet article a été à l'origine publié sous les titre « Chiropraxie : des soins de santé controversés » dans le numéro de mai 1990 de la revue Ministry (p. 25-28).

Il a été révisé le 9 février 2000, et traduit en français le 17 mai 2019 par le Dr Jacek Sierakowski.

Dernière mise à jour le 26 mai 2019.

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© 2019 Dr Stephen Barrett (version anglaise)
© 2019 Les Sceptiques du Québec (version française)