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"L’hypersensibilité électromagnétique"
n'est pas un diagnostic valide

Dr Stephen Barrett

L’hypersensibilité électromagnétique (HSE), également appelée sensibilité électromagnétique, est une maladie présumée dans laquelle les gens pensent que de nombreux problèmes de santé courants sont causés par une exposition aux champs électromagnétiques (CEM). Les symptômes, qui peuvent varier d'une personne à l'autre, comprennent les céphalées; fatigue; l'anxiété; troubles du sommeil; palpitations; rythme cardiaque irrégulier; essoufflement; symptômes cutanés tels que picotements, sensations de brûlure et éruptions cutanées; douleurs musculaires et de nombreux autres maux. Les sources présumées incluent des lignes électriques, des tours de téléphonie mobile, des réseaux Wi-Fi, des lampes fluorescentes, des micro-ondes, des téléphones portables, des chargeurs et d'autres appareils électroniques. Les personnes qui prétendent être sensibles à l'électromagnétisme peuvent causer de graves dommages émotionnels et économiques à leur communauté.

Les faits scientifiques

L’HSE n'est pas reconnue par la communauté médicale scientifique comme une maladie. L'Organisation mondiale de la santé a conclu que :

  1. bien que les symptômes rapportés soient réels, il n'existe aucune preuve scientifique d'un lien de causalité avec l'exposition aux CEM,
  2. et qu’une réduction à l’échelle internationale des limites acceptées d’exposition aux CEM ne réduirait probablement pas la prévalence des symptômes [1].

En 2009, l'autorité suédoise de radioprotection a noté :

Il n’existe aucune preuve que l’exposition aux radiofréquences (RF) soit un facteur causal. Dans un certain nombre d’études avec épreuves de provocation, des personnes se disant hypersensibles aux CEM et des volontaires en bonne santé ont été exposés à des champs de RF soit factices, soit réels, mais les symptômes n'ont pas été plus fréquents pendant l'exposition aux RF que pendant la simulation dans aucun des groupes. Plusieurs études ont indiqué un effet nocebo, c.-à-d. un effet néfaste provoqué par l'attente que quelque chose soit nocif. Des associations ont été établies entre l’exposition RF auto-déclarée et les résultats, alors qu'aucune association n'a été observée avec l'exposition aux RF mesurée [2].

Au cours de la même année, le Conseil de la santé des Pays-Bas est arrivé à une conclusion similaire: "Il n’existe pas de lien de causalité entre l’exposition aux champs électromagnétiques à radiofréquences et l’apparition de symptômes. Cependant, il y a une relation entre les symptômes et la présomption d’exposition et donc très probablement avec la perception du risque" [3]. En 2010, une équipe britannique qui a évalué 31 études a conclu que les personnes prétendument hypersensibles n'étaient pas meilleures que les individus non sensibles à la détection de champs électromagnétiques dans des tests à l’aveugle [4].

En 2012, Bad Science Watch a publié un exposé de position exprimant des préoccupations face aux dangers de l’opposition au Wi-Fi :

  1. les personnes à faible revenu et les étudiants pourraient se voir refuser l’accès à des ressources pédagogiques,
  2. les contribuables pourraient avoir à payer des frais élevés pour retourner aux réseaux câblés,
  3. et quant à la charlatanerie dans les diagnostics et traitements liés aux affirmations anti Wi-Fi [5].

Deux affaires judiciaires pertinentes

En 2012, un juge du Nouveau-Mexique a rejeté une action en justice dans laquelle le plaignant prétendait avoir été blessé par le matériel électrique de son voisin. La poursuite, intentée par Arthur Firstenberg, portait sur le fait que sa santé avait été sérieusement affectée par les champs électromagnétiques générés par les téléphones sans fil, les gradateurs, les chargeurs, le Wi-Fi et d'autres appareils et équipements informatiques. Les accusés étaient la propriétaire de la maison, Robin Leith, et Raphaela Monribot, la locataire. Le juge a résumé la situation de la manière suivante:

Le demandeur souffre d'une variété d'effets néfastes sur la santé, certains très graves, qui, selon lui, découlent de sa sensibilité électromagnétique. Le demandeur soutient en outre que les effets néfastes sur la santé qu'il a subis ont été déclenchés par l'exposition à des champs électromagnétiques générés par l'utilisation d'équipement électrique par sa voisine, la défenderesse Monribot, pendant qu’elle louait la maison de la défenderesse Leith. Les appareils électroniques dont se plaint le demandeur comprennent les téléphones sans fil, l'équipement informatique, les routeurs Wi-Fi domestiques et les modems pour ordinateur, les gradateurs, les chargeurs pour équipement électronique, une microcellule, un amplificateur de réseau téléphonique, et ainsi de suite - tous des appareils courants omniprésents dans notre communauté. Le demandeur prétend que ses symptômes étaient bien pires pendant la location de la maison par la défenderesse Monribot, mais la défenderesse Leith a attesté qu'elle utilisait un équipement similaire lorsqu'elle vivait dans la maison avant la défenderesse Monribot. Autrefois, la maison du demandeur et celle de la défenderesse Leith appartenaient au même propriétaire. Les deux maisons sont toujours reliées par un seul branchement électrique qui part du poteau de transmission pour se rendre à la maison de Leith, puis à la maison de Firstenberg. De plus, les deux maisons ont des conduites d'eau et de gaz communes [6].

Firstenberg, qui a fondé le Cellular Phone Taskforce en 1996, milite contre l’utilisation des réseaux sans fil. Le site Web du groupe attribue plus de 75 types de maladies, affections et symptômes à l’HSE [7]. Ses affirmations dans cette affaire ont été appuyées par Erica Elliot, M.D. et Raymond Singer, Ph.D. Elliott, qui croyait souffrir d’hypersensibilité électromagnétique, avait traité Firstenberg pendant plusieurs années. Singer, qui se présente lui-même comme neurotoxicologue, a déclaré que ses opinions étaient corroborées par les tests qu’il avait fait subir à Firstenberg. Les défendeurs ont répliqué en soulignant que les opinions d'Elliot étaient fondées sur des déclarations intéressées de Firstenberg et que les tests de Singer avaient été mal conçus [8]. Le juge a accepté, exclu leur témoignage en tant qu'experts et a conclu:

  • Le poids de la preuve indique que les études expérimentales et épidémiologiques n'ont pas permis d'établir une relation de cause à effet entre les champs électromagnétiques et les plaintes d’HSE.
  • Les études expérimentales n'ont trouvé aucune preuve fiable que les personnes qui prétendent être sensibles subissent des réactions physiques inhabituelles lorsqu'elles sont exposées à des champs électromagnétiques.
  • Comme Firstenberg n'a pas pu démontrer le lien de causalité, sa cause doit être rejetée [6].

Les défendeurs étaient habilement représentés par le cabinet d'avocats Graeser de Santa Fe, au Nouveau-Mexique.

En 2015, les parents d'un garçon de 12 ans ont poursuivi l'école Fay de Southborough, au Massachusetts, alléguant que le réseau Wi-Fi de l'école rendait le garçon malade et que l'école n'avait pas pris les mesures raisonnables pour le protéger comme l'exige la Loi sur les Américains avec handicap. Dans une lettre envoyée à la communauté de Fay, le directeur de l'école Rob Gustavson a rapporté qu'après que les parents eurent exprimé leurs inquiétudes :

  • L’école a obtenu une évaluation d’Isotrope, LLC, spécialisée dans la mesure et l’analyse de signaux de communication radio et dans l’évaluation de la conformité en matière de sécurité des émissions.
  • Isotrope était l’une des entreprises recommandées comme source experte par les parents.
  • L’évaluation d’Isotrope, achevée en janvier 2015, a conclu que les niveaux d’émission des points d’accès, à l’intérieur de l’école et sur le terrain, étaient nettement inférieurs au dix millième (1/10 000e) des limites de sécurité fédérales et nationales applicables, et que même si les limites de sécurité plus restrictives adoptées dans certains pays étaient appliquées, les émissions des équipements de radiofréquence à l'école seraient quand même conformes par des marges substantielles [9].

L'école Fay de Southborough, Massachusetts

Bien que l'école ait tenté de rassurer les parents, ceux-ci ne furent pas convaincus et intentèrent un procès [10]. La poursuite affirme que le garçon souffre d'HSE et développe progressivement de graves maux de tête, des saignements de nez, des vertiges, des douleurs à la poitrine et des nausées après que l’école eut modernisé son système Wi-Fi en 2013. La poursuite indique également qu'après avoir entendu parler d'HSE, les parents ont consulté Jeanne Hubbuch, MD, qui a confirmé ce diagnostic présumé, a écrit des lettres à l’école et a présenté une déclaration à l’appui de la plainte. Le site Web de Hubbuch indique qu'elle :

  1. est certifiée par le conseil d'administration en médecine familiale et environnementale,
  2. exerce la médecine « intégrative », « fonctionnelle » et « biologique », et
  3. « traite les causes sous-jacentes plutôt que les symptômes d'une maladie ».

Les traitements répertoriés sur le site Web incluent la thérapie de chélation, « l'homéopathie complexe » pour le traitement du cancer et de nombreuses autres approches très discutables. Elle est certifiée par le Conseil américain de médecine familiale, mais sa « certification en médecine environnementale » vient du Conseil américain de médecine environnementale, qui n'est pas un conseil spécialisé reconnu.

En 2015, après que le garçon fut retiré de l'école Fay et ait été scolarisé à la maison, les parents ont modifié leur plainte qui décrivait d'autres tentatives pour "prouver" que le Wi-Fi de l'école était responsable des symptômes du garçon et leur insatisfaction face aux efforts de l'école pour résoudre ce problème. En 2016, le garçon était inscrit dans une école de Waldorf qui n'utilise pas d'ordinateurs dans ses salles de classe, mais les parents ont déposé une deuxième plainte amendée accusant l'école Fay d'avoir exercé des représailles contre eux en les excluant indûment ainsi que le garçon de certaines activités [11]. En 2016, en réponse aux requêtes en irrecevabilité [12] et en exclusion des experts des demandeurs [13], le juge a rendu une décision mitigée:

  • Le témoignage de Hubbuch a été exclu parce qu'elle n'avait pas pris en compte d'autres facteurs environnementaux pouvant causer ou contribuer aux symptômes du garçon.
  • Deux autres experts pourraient témoigner que l'HSE est rare mais existe pour qu'un jury puisse pondérer le "différend factuel" en cause.
  • Les accusations initiales ont été abandonnées car même si l’HSE était un véritable phénomène, les plaignants n’ont pas pu prouver que le système Wi-Fi de l'école était l'unique responsable des symptômes du garçon. Toutefois, certaines parties de la plainte pour représailles portaient sur des litiges factuels qu'il convenait au jury de trancher [14].

Les autres parties de la plainte pour représailles visaient à forcer l'école à réadmettre l'enfant. En juin 2018, le juge a conclu qu'il n'y avait aucun motif raisonnable de croire qu'il retournerait à l'école et a rendu une ordonnance finale rejetant la poursuite [15]. La famille du garçon a fait appel, mais je doute qu'elle l'emporte. Bien que l'affaire ait été rejetée, je suis déçu qu'elle ait traîné pendant trois ans et que le juge n'ait pas écarté la possibilité que l'HSE soit un diagnostic valide.

 

Références

  1. Mild KH and others, editors. Electromagnetic Hypersensitivity. Proceedings International Workshop on EMF Hypersensitivity in Prague, Czech Republic, October 25-27, 2004. Geneva: World Health Organization, 2006.
  2. SMM independent Expert Group on Electromagnetic Fields. Recent Research on EMF Risks. Sixth annual report, December 2009.
  3. Electromagnetic Fields: Annual Update 2008. Health Council of the Netherlands, March 2009.
  4. Rubin GJ and others. Electromagnetic hypersensitivity: a systematic review of provocation studies. Psychosomatic Medicine 67: 224-232. 2005.
  5. Newman G. and others. Position paper on electromagnetic hypersensitivity (idiopathic environmental intolerance to electromagnetic fields. Bad Science Watch, Toronto, Canada, updated Jan 27, 2013.
  6. Singleton SM. Order on motion to exclude expert testimony under Daubert/Alberico. Arthur Firstenberg v. Raphaela Monribot and Robin Leith. First Judicial District Court, Santa Fe County (New Mexico), Sept 18, 2012.
  7. Electromagnetic sensitivity. Cellular Phone Taskforce Web site, accessed Nov 9, 2012.
  8. Amended motion to exclude opinion testimony of plaintiff's experts Erica Elliot, M.D and Raymond Singer, Ph.D. Arthur Firstenberg v. Raphaela Monribot and Robin Leith. First Judicial District Court, Santa Fe County (New Mexico), June 5, 2012.
  9. Gustavson R. Fay School's statement on the wifi lawsuit. Fay School Web site, Aug 25, 2015.
  10. Verified complaint. G (fictitious name) et al. v The Fay School and Robert Gustavson. U.S. District Court for the District of Massachusetts, Case No 4:14-cv-40116-TSH, filed Aug 12, 2015.
  11. Second amended complaint. G v The Fay School, filed Jan 19, 2016.
  12. Defendants' memorandum of law in support of their motion for summary judgment. G v The Fay School, filed Sept 1, 2016.
  13. Defendants' memorandum of law in support of their motion in limine to exclude plaintiffs' expert witnesses. G v The Fay School, filed July 1, 2016.
  14. Hillman D. Memorandum and order on defendants' motion to exclude plaintiffs' experts and defendants' motion for summary judgment. G v The Fay School, filed Sept 29, 2017.
  15. Hillman D. Findings and order on the plaintiff's' motion for reconsideration and the defendants motion for judgment on the pleadings. G v The Fay School, filed June 8, 2018.

 

Dernière mise à jour le 13 juillet 2019.

Source: Quackwatch Retour à la page d'accueil

© 2020 Dr Stephen Barrett (version anglaise)
© 2020 Les Sceptiques du Québec (version française)