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Acupuncture, passé et présent (1973)

Dr Joseph B. Davis et Dr Lillian Yin

La visite du président Nixon en République Populaire de Chine a eu un effet secondaire inattendu : l’intérêt des Américains pour la médecine chinoise, en particulier l'art ancien de l'acupuncture. En conséquence, la Food and Drug Administration a élaboré une réglementation sur l'acupuncture afin de protéger les patients américains.

Depuis la visite du président Nixon en Chine, les journaux américains regorgent d’informations sur des Chinois opérés, sans douleur tout en restant éveillés, grâce à des aiguilles d'acupuncture. Et d'autres rapports, de personnes dont la douleur intolérable a été complètement soulagée par l'acupuncture, ont attiré encore plus d’attention sur cet art ancien.

Selon la définition de la médecine traditionnelle chinoise, l'acupuncture est le traitement de maladies - pas seulement le soulagement de la douleur - par l’insertion d‘aiguilles très fines dans le corps, en des points spécifiques appelés loci. La pratique de l'acupuncture remonte à 2500 ans avant J-C. Elle est décrite dans le plus ancien livre chinois sur la médecine, Huang Ti Nei-Ching.

Dans l'ancienne culture chinoise, l'acupuncteur est un homme respectable à qui l’on fait confiance. Ses techniques proviennent de l'ancienne philosophie chinoise de la vie, qui enseigne que l'univers entier fonctionne en parfaite harmonie entre la nature et l'homme.

Selon cette philosophie, l'homme est soumis aux lois universelles. Les forces sous-jacentes à la vie et à la mort ont la forme du ch’i (氣,énergie vitale). Le flux général du ch’i à travers le corps est contrôlé par l’interaction de deux forces opposées, le yin ()et le yang (). Le yin représente le négatif : nuit, froid, obscurité, féminin, intérieur du corps. Le yang est le contraire : positif, jour, chaleur, lumière, masculin, extérieur du corps.

Cette philosophie dit que dans l’univers, le fonctionnement harmonieux du yin et du yang s’exprime dans le lever et le coucher du soleil, dans la germination et le mûrissement des récoltes et dans les autres cycles naturels. Les tempêtes, les tremblements de terre et les catastrophes naturelles sont le résultat d'un déséquilibre entre le yin et le yang.

Chez l'homme, la santé résulte de l'équilibre entre le yin et le yang. Selon cette philosophie, toutes les maladies sont dues à un déséquilibre de ces forces.

Le ch’i circule dans les 12 organes du corps par 12 hypothétiques canaux principaux (méridiens), correspondant aux 12 mois de l'année. Ces 12 canaux ont une connexion directe avec toutes les parties du corps et fournissent ainsi le meilleur accès possible à la dispersion de toute perturbation. Les loci d'acupuncture sont situés le long des 12 canaux, les aiguilles d'acupuncture peuvent y être insérées. Les loci, au nombre de 360, correspondent au nombre de jours de l'année lunaire.

Le praticien en acupuncture localise d'abord le déséquilibre énergétique en prenant le pouls du patient. Il cherche ensuite à rétablir l'équilibre en insérant des aiguilles dans un ou plusieurs loci et en les y laissant pendant une période déterminée. L'équilibre entre le yin et le yang devrait alors être rétabli et la maladie guérie. Si l'acupuncture ne permet pas de guérir la maladie, des herbes seront prescrites.

L'acupuncture est basée sur le principe que toute maladie a deux phases principales, une invisible et une visible. La première représente un déséquilibre ou un trouble énergétique avant qu'il ne se manifeste dans les tissus ou les processus du corps sous la forme de symptômes. Le plus grand art du praticien traditionnel en acupuncture est de traiter le déséquilibre énergétique à ce stade pour empêcher la maladie de se produire.

La deuxième phase d'un déséquilibre énergétique survient lorsque le déséquilibre non contrôlé de la première étape commence à se manifester sous la forme de symptômes extérieurs.

La médecine chinoise moderne est caractérisée par une fusion de la médecine traditionnelle avec les vastes recherches scientifiques et les études cliniques occidentales.

L’acupuncture destinée à produire une analgésie à des fins chirurgicales n’a été utilisée pour la première fois en Chine qu’en 1958. Plusieurs opérations utilisant cette technique ont été observées par un certain nombre d'éminents médecins et journalistes qui ont accompagné le président lors de son voyage. Un journaliste, James Reston du New York Times, a subi une appendicectomie urgente à Pékin. L'acupuncture a été utilisée avec succès pour soulager la douleur postopératoire. Son rapport et ceux d'autres sur l'utilisation de l'acupuncture en chirurgie, le patient étant éveillé, coopératif et sans douleur, sont en effet passionnants.

L'anesthésie par acupuncture est censée permettre aux patients de subir une intervention chirurgicale alors qu'ils sont complètement conscients. Pour obtenir l'action analgésique, l'acupuncteur insère des aiguilles dans des loci spécifiques, 20 à 30 minutes avant l'opération. Il est important que le patient ressente la sensation teh ch’i - une perception de douleur, de gonflement, de lourdeur et d’engourdissement accompagnant l'insertion de l'aiguille. Cette sensation du patient doit être maintenue tout au long de l'opération en faisant tourner les aiguilles. Le patient ressent une pression au site de l'opération mais aucune douleur.

Il existe d'autres aspects passionnants de l'acupuncture qui impliquent des concepts physiologiques sous-jacents. La réalisation d’une chirurgie à cœur ouvert sans collapsus pulmonaire ne peut pas être expliquée à la lumière de notre compréhension actuelle de la physiologie. Pourtant, les médecins qui accompagnaient le président ont rapporté des vidéos de patients subissant une telle opération à cœur ouvert sans détresse respiratoire ou physique manifeste.

Plusieurs théories récentes ont été avancées sur le comment et le pourquoi du fonctionnement de l’acupuncture.

La théorie du « portillon spinal » a été avancée en 1965 par les Docteurs Ronald Melzack, de la McGill University, et Patrick Wall, de l’University College à Londres, qui s'intéressaient tous deux aux mécanismes généraux de la douleur plutôt qu'à l'acupuncture elle-même. Selon leur théorie, la stimulation de grosses fibres « A-delta » des nerfs sensoriels ferme un hypothétique portillon dans la moelle épinière. Cela empêcherait les impulsions douloureuses, qui parcourent un ensemble différent de fibres nerveuses plus fines, de remonter par la moelle épinière jusqu'au cerveau.

Mais cela ne bloquerait que la douleur se déplaçant par les nerfs périphériques menant de et à la moelle épinière, en dessous du cou. Cette théorie n'explique pas comment des aiguilles d'acupuncture plantées dans le visage réduisent la douleur au cours d’une chirurgie abdominale. Le Dr Pang L. Man, de la Faculté de médecine de l’Université d’État du Wayne, et le Dr Calvin H. Chen, de l’Hôpital de Northville, dans le Michigan, ont récemment laissé entendre qu’il pourrait y avoir un deuxième portillon (théorie des deux portillons) dans le thalamus du cerveau, qui se ferme pour empêcher les sensations douloureuses d'atteindre le cortex cérébral depuis des régions situées en dessous ou au-dessus de la moelle épinière.

Le Dr George Wald, lauréat du prix Nobel, de Harvard, a déclaré que le Pr Chang Hsiang-tung de l'Académie des sciences de Shanghai avait une théorie similaire, selon laquelle il semble y avoir au moins « quatre portillons » qui contrôlent et canalisent les impulsions douloureuses. Selon cette théorie, dans le système nerveux central, l'activité des fibres nerveuses plus grosses réduit l'activité des fibres nerveuses plus fines, en ce compris celles qui transmettent la douleur, et cela se produit à tous les niveaux du système nerveux central : dans la moelle épinière, le tronc cérébral, le thalamus et le cortex cérébral.

Il existe plusieurs autres théories moins complexes, basées sur l'hypothèse que les effets seraient dus à une forme d'hypnothérapie, d'hypnose à l'aiguille, ou d'autosuggestion.

Dans certains hôpitaux de Chine, jusqu'à 80 % des interventions chirurgicales sont réalisées sous acupuncture. Les patients ont le choix de subir l'opération sous anesthésie occidentale conventionnelle ou sous acupuncture.

Les développements récents de l'acupuncture en Chine ont mis l'accent sur le traitement de personnes sourdes-muettes et aveugles. De nombreux nouveaux loci ont été découverts pour traiter ces patients, mais l’acupuncture a une valeur thérapeutique essentielle pour les troubles fonctionnels, le soulagement de la douleur et la réduction des spasmes musculaires.

Dans ce pays, un certain nombre de personnes, d'institutions et de centres médicaux se sont lancés dans des programmes de recherche pour évaluer la technique en tant que soulagement de la douleur ou comme anesthésique. Dans le but de contrôler l'utilisation de l'acupuncture et de la maintenir dans une perspective de recherche, plusieurs États, dont New York et la Californie, ont imposé des restrictions à son utilisation. Ces États ont adopté la position que l'acupuncture ne peut être pratiquée que par des médecins agréés et que l'utilisation de l'acupuncture pour soulager la douleur ou pour une anesthésie chirurgicale est une procédure expérimentale qui devrait être limitée à la recherche, dans le but de déterminer si elle est sans danger et efficace.

La Food and Drug Administration est concernée par l’acupuncture car les aiguilles et autres accessoires, en tant que dispositifs médicaux, sont soumis à la Loi sur les aliments, les drogues et les cosmétiques. La loi exige que ces produits soient correctement étiquetés, dans ce cas en tant que dispositifs médicaux soumis à prescription.

Pour la FDA, l'acupuncture est une technique expérimentale pour laquelle la sécurité et l'efficacité n'ont pas encore été établies. Un groupe de praticiens chinois de l'acupuncture ont récemment souligné à Shanghai que l'acupuncture ne pouvait pas être utilisée pour tous les patients ni toutes les maladies. Ils ont exhorté les médecins américains à aborder la pratique de l'acupuncture avec prudence.

Dans le but de fournir un étiquetage approprié pour le matériel d’acupuncture, la FDA a publié le 9 mars un avis indiquant que l’étiquetage de cet équipement devait comporter, en plus des informations habituelles telles que le nom et l’adresse du fabricant, cette déclaration :

« Attention : Dispositif expérimental limité à une utilisation expérimentale par ou sous la supervision directe de médecins ou de dentistes agréés. Ce dispositif ne doit être utilisé que dans des conditions conçues pour protéger le patient en tant que sujet de recherche et lorsque le protocole scientifique d’investigation a été examiné et approuvé par un Comité de révision institutionnel approprié ou lorsque les conditions de cet usage sont conformes à la loi en vigueur. »

Cela signifie, selon l’étiquetage proposé par la FDA, que le médecin doit obtenir un « consentement éclairé » du patient avant de recourir à l’acupuncture. Le médecin doit expliquer au patient en quoi consiste la procédure, quels sont les inconvénients et les risques auxquels on est exposé, les bénéfices escomptés, les autres procédures disponibles, et il doit informer le patient qu'il peut retirer son consentement à tout moment.

Ce « consentement éclairé », oral ou écrit, ne peut inclure aucune formulation par laquelle le patient renoncerait à l'un de ses droits légaux ou libèrerait le médecin ou l'institution de leur responsabilité en cas de négligence.

Cette proposition d'étiquetage est conçue pour fournir un moyen d'utiliser expérimentalement des dispositifs médicaux d'acupuncture dans des conditions qui protégeraient le patient. Tous les plans d'investigation doivent être préalablement approuvés par un Comité institutionnel et doivent être conformes aux lois de l'État.

La FDA craint que l’acupuncture ne tombe dans la catégorie de la charlatanerie. La FDA estime que les promoteurs de cette modalité devraient avoir la possibilité, grâce à des recherches scientifiques valables menées par des investigateurs compétents et formés, de fournir la preuve de sa sécurité et de son efficacité.

La FDA s'oppose à l'utilisation clinique de l'acupuncture par des praticiens mal formés qui auraient suivi de brefs cours intensifs ou qui seraient autodidactes. La pratique des médecins agréés d'embaucher des praticiens non agréés et formés à l'Est pour traiter des patients est comparable à celle d’un chirurgien qui engagerait un technicien pour effectuer ses opérations pendant qu'il perçoit les honoraires.

Les personnes souffrant d'arthrite, qui ont essayé beaucoup de choses pour soulager la douleur, et les victimes de migraines, dont les maux de tête chroniques ne sont pas soulagés par les médicaments, cherchent désespérément un soulagement. La publicité donnée à l'acupuncture dans ce pays tend à en faire des victimes crédules de prétendues cliniques d’acupuncture, gérées par des médecins ne possédant qu’une expertise incertaine et des compétences médicales douteuses. Certains d'entre eux se soucient moins de faire de la sécurité et de l'efficacité de l'acupuncture un complément précieux à la pratique de la médecine que de la poche du patient et de sa capacité à payer les coûteuses consultations.

À l'heure actuelle, aux États-Unis, nous avons besoin d'informations et de concepts nous permettant de faire la distinction entre compétence et incompétence dans la recherche et la pratique de cette forme de médecine particulière, dans nos efforts pour protéger le patient-consommateur.

 

Cet article a été publié à l'origine dans le numéro de mai 1973 de FDA Consumer. À l’époque, le Dr Joseph B. Davis était directeur de la Division de la révision scientifique au bureau des services médicaux de la FDA, et le Dr Lillian Yin faisait partie de la Division de la classification et de la recherche du Bureau des services médicaux.

 

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Cette page a été publiée le 20 février 2005.

Traduction en français le 5 mai 2019 par le Dr Jacek Sierakowski.

Dernière mise à jour le 24 mai 2019.

Source: Quackwatch Retour à la page d'accueil

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