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La montée et la chute du traitement par hypoglycémie induite (THI)

Dr Stephen Barrett

Le traitement par hypoglycémie induite (IHT) était l’une des thérapies proposées par BioPulse International, une firme dont les actions étaient négociées de gré à gré (Symbole BIOP sur OTC Bulletin Board). De 1999 à 2001, la firme exploitait une clinique à Tijuana, au Mexique, et espérait ouvrir des installations supplémentaires dans d’autres parties du monde. Selon un communiqué de presse publié en août 1999 :

Chaque clinique BioPulse propose un programme complet de médecine alternative se concentrant sur le cancer, l'hépatite C, le lupus, la maladie de Lyme et d'autres maladies dégénératives. En plus de développer ses propres schémas thérapeutiques, BioPulse recherche en permanence d'autres traitements disponibles dans le monde entier. La firme veille à ce que ses patients bénéficient des traitements les plus efficaces. 

Le site Web de la firme affirmait que le cancer était « la priorité absolue » de BioPulse et que :  

BioPulse est le pionnier de la THI, qui a donné des résultats prometteurs dans de nombreux cancers, même à un stade avancé. 

Cette thérapie utilise un niveau régulé d'insuline et d'autres médicaments pour induire un état de sommeil chez le patient. Au cours de la procédure, le médecin régule les niveaux d'oxygène dans le sang, la température corporelle et le pH pour cibler les tumeurs cancéreuses. À la fin de la procédure (qui dure normalement environ une heure), les patients sont sortis du stade du sommeil. 

La thérapie du sommeil induit par l'insuline augmente l'état alcalin dans le corps, ce qui est défavorable aux tumeurs cancéreuses. Au cours de la procédure, les niveaux d'oxygène s’élèvent considérablement dans le sang, ce qui diminue la production de dioxyde de carbone, induisant une alcalose et un environnement défavorable pour les tumeurs. En outre, le stade de sommeil induit prive les tumeurs de glucose. Après deux semaines de traitement, les patients présentent généralement des signes de maladie grippale, ce qui indique que les tumeurs contre-attaquent. Au cours de la troisième semaine, de nombreux patients présentent une réduction marquée de la taille de la tumeur, conduisant finalement à l’élimination de celle-ci. 

Raisonnement erroné

Un graphique figurant sur le site Web de BioPulse affirmait que la THI agissait de cinq manières différentes :

  1. Elle prive les cellules cancéreuses de glucose (les tumeurs consomment d’énormes quantités de glucose).
  2. Elle élève le pH du sang jusqu’à un état alcalin, hostile aux tumeurs.
  3. Elle augmente considérablement la saturation du sang en oxygène (les tumeurs sont en grande partie anaérobies).
  4. Elle purifie le corps par la transpiration.
  5. Elle restaure les niveaux d'énergie du corps et augmente l'appétit.

Cependant, cette explication n’est pas logique pour les raisons suivantes :  

  1. Les cellules cancéreuses ne peuvent pas être sélectivement « affamées » en abaissant le taux de sucre dans le sang. Si la glycémie est suffisamment abaissée pour endommager les cellules, les cellules cérébrales seraient parmi les premières victimes. N'oubliez pas non plus que les épisodes d'hypoglycémie ne sont pas rares chez les diabétiques sous insuline, y compris les diabétiques atteints de cancer. Si l'hypoglycémie pouvait tuer sélectivement les cellules cancéreuses, il serait logique que les diabétiques aient une incidence de cancer moins élevée et un taux de récupération plus élevé. Mais rien de cela n'a été détecté.
  2. Les mécanismes d'autorégulation du corps maintiennent le pH du sang dans une plage étroite. Cette plage n'est pas régulée par l'insuline. Même si l'insuline pouvait élever le pH sanguin, cela n'aurait aucun effet sur un cancer.
  3. La saturation du sang en oxygène n'est pas régulée par l'insuline. Et les tumeurs ne sont pas anaérobies non plus. La théorie selon laquelle les cellules tumorales se développent quand elles sont privées d'oxygène a été discréditée il y a plus de 50 ans. La croissance cellulaire nécessite des nutriments et de l'oxygène. Les tumeurs solides ont besoin de plus car elles se développent plus rapidement que les cellules normales correspondantes.
  4. La principale substance excrétée dans la sueur est le chlorure de sodium (sel de cuisine), ce qui explique pourquoi la sueur a un goût salé. La plupart des déchets chimiques sont excrétés par le foie et les reins. L'augmentation de la transpiration ne « détoxifie » pas le corps. Il n'y a pas non plus de raison valable de croire que des « toxines accumulées » sont responsables de la majorité des cancers ou que l'élimination de tels prétendus produits chimiques serait thérapeutique.
  5. Les épisodes d'hypoglycémie, qui surviennent le plus souvent chez les diabétiques sous insuline, sont généralement suivis de plusieurs heures de dysfonctionnement. De nombreux facteurs peuvent influencer la sensation d’être énergique. Par exemple, en donnant aux patients cancéreux gravement atteints un nouvel espoir, on peut les aider à se sentir mieux - et plus énergiques. Mais si l'espoir se révèle faux, la bonne sensation disparaîtra rapidement.

Coût élevé

En décembre 1999, le « Programme THI de BioPulse » coûtait 5 000 $ par semaine, les quatre premières semaines, et 3 500 $ par semaine par la suite. Les modalités disponibles comprenaient la thérapie par chélation, le 714X, l'irradiation du sang par UV, l'hyperthermie du corps entier, le germanium organique et plusieurs autres traitements très discutables. Le programme THI incluait généralement une « détoxification » avec irrigation du côlon ; des perfusions de vitamines, minéraux, acides aminés et enzymes ; des suppléments oraux ; des stratégies alimentaires ; et une orientation vers des « dentistes biologiques » pour remédier aux prétendus problèmes causés par les amalgames et les canaux radiculaires. Un programme de 4 semaines, comprenant une THI et une séance d'hyperthermie du corps entier (un traitement non étayé, où la température du corps était temporairement élevée jusqu’à 41,1°C), coûtait 24 000 $. Les cliniques proposaient également un « programme de rajeunissement » de 21 jours, moins coûteux, qui fournissait un « traitement intense » pour lutter contre les maladies et « restaurer et renforcer le système immunitaire afin que l'organisme puisse poursuivre la lutte ». Les séances de sommeil étaient généralement effectuées une fois par jour, cinq jours par semaine, pendant trois à sept semaines. Un paiement anticipé était requis.
Hors des États-Unis, les traitements ne sont pas couverts par Medicare ni Medicaid et ne sont généralement pas couverts par HMO ou d'autres régimes de soins gérés. Biopulse affirmait que les assurances médicales privées « pouvaient » couvrir l'essentiel du coût. Cependant, la plupart des compagnies d'assurance privées ne paient pas sciemment des traitements non standards.

Données inadéquates

Le site BioPulse incluait les maigres historiques de quatre personnes (une anonyme) qui croyaient apparemment que la THI était très efficace contre leurs cancers, mais les rapports n’ont été établis que quelques mois après l'administration du traitement. Trois des patients avaient également reçu un traitement standard. Trois des rapports indiquaient que les patients présentaient toujours des signes de cancer mais affirmaient qu’ils s'étaient améliorés ou stabilisés. La manière habituelle de rendre compte des résultats d'un traitement contre le cancer consiste à collecter des données détaillées sur au moins cinq ans et à suivre un nombre de patients suffisant pour déterminer si les résultats sont meilleurs que ceux attendus d'un autre traitement ou de l'évolution naturelle de la maladie. L’efficacité du traitement ne peut être jugée à partir d’anecdotes, de témoignages, de maigres rapports de cas ou de suivis à court terme. BioPulse a commencé la THI en juin 1999 et a publié des « résultats exceptionnels » moins de trois mois plus tard.

Danger possible

Le traitement par coma insulinique (également appelé « choc insulinique ») a été légitimement utilisé pour traiter la schizophrénie à partir des années 1930. Son utilisation a décliné après la mise au point du traitement par électrochocs, et il a été abandonné à partir des années 1950, lorsqu’un puissant antipsychotique est devenu disponible. Les complications permanentes mesurables étaient rares, mais comprenaient des troubles de la mémoire, une intelligence réduite, des accidents vasculaires cérébraux, des troubles du rythme cardiaque et même la mort. Un rapport d’Alternative Medicine Digest indique que la cure de sommeil de BioPulse visait à abaisser le taux de sucre dans le sang du patient jusqu’à « 20 mg/dl ou moins », ce qui est extrêmement bas. Bien que Biopulse n'ait signalé aucune complication, le coma insulinique ne doit pas être considéré comme sans risque.

Problèmes juridiques

Le 2 février 2001, BioPulse a été avisée que la Commission fédérale du commerce (FTC) de la Région de l'Ouest menait une enquête sur la publicité faite par la firme pour ses produits et ses traitements. L’avis indiquait que l’objet de l’enquête était de déterminer si la firme pouvait démontrer son aptitude alléguée à traiter le cancer et d’autres maladies [1].

Le 15 février 2001, les autorités du Département de la santé mexicain ont ordonné à BioPulse de cesser d'utiliser la THI pour traiter les patients atteints de cancer dans sa clinique de Tijuana. Après plusieurs heures passées dans la clinique, les inspecteurs ont mis les scellés sur une grande pièce utilisée pour administrer les comas induits par l’insuline. Selon des articles du San Diego Union-Tribune :

  • BioPulse s'expose à des amendes et à la fermeture possible de sa clinique pour avoir mené des thérapies « expérimentales » sans l'autorisation du gouvernement fédéral mexicain [2].
  • Jusqu'à ce que le Département de la santé termine son enquête, les parties de la clinique qui fournissent des soins médicaux standards pour lesquels la clinique est agréée seront autorisées à rester ouvertes [2].
  • D’autres archives de la SEC, l'organisme fédéral américain de réglementation et de contrôle des marchés financiers, indiquent que l'installation de Tijuana représente environ 90 % des revenus et des bénéfices de BioPulse. (La firme a déclaré des revenus de 3,1 millions de dollars au cours de l'exercice financier 2000.) [3]
  • Au lendemain de l'inspection, BioPulse International a annoncé son intention de vendre sa clinique de traitement du cancer à Tijuana, de changer de nom pour California BioScience, et de se concentrer sur le développement d'un test sanguin diagnostique et d'un vaccin contre le cancer [3].

Le 31 mars 2001, Union Tribune signalait que dix anciens patients (ou membres de leur famille) étaient mécontents de leurs expériences négatives à BioPulse International. Trois d'entre eux ont déclaré avoir suivi un traitement coûteux après avoir été assurés qu'ils allaient bien mieux, mais, à leur retour aux États-Unis, des radiographies et des scans osseux ont révélé que leur état était inchangé ou aggravé. Le Dr Heriberto Valenzuela, président de la Société des radiologues de Tijuana, a déclaré que BioPulse s'était retiré en tant que client de son groupe de radiologie, car les rapports du groupe ne démontraient aucun bénéfice des traitements de la clinique. Valenzuela a indiqué que d'autres cliniques « alternatives » ont cessé d'utiliser ses services pour la même raison [4]. Ce jour-là, le cours de l'action de BioPulse, qui avait atteint un pic de 12 $ en décembre 2000, est tombé à 66 cents. Il a ensuite diminué progressivement et est tombé à environ un cent en 2002.

Le rapport trimestriel d'avril 2002 de Biopulse à la SEC indiquait que les autorités mexicaines avaient autorisé la réouverture de la clinique en mai 2001, mais que la clinique ne recherchait pas de nouveaux patients cancéreux, avait épuisé ses fonds de fonctionnement, et avait fermé en janvier 2002 [5].  Quelques semaines avant sa fermeture, l’équipe de PrimeTIME, diffusé sur ABC-TV le jeudi, a contacté les familles de 10 patients traités par BioPulse. Tous ont déclaré que les médecins de la clinique avaient donné de bonnes nouvelles aux patients pendant leur séjour, suggérant que le traitement avait permis d'éradiquer leur cancer. Cependant, neuf des 10 patients sont décédés des suites de leur cancer. Une patiente âgée de 75 ans de San Jose, en Californie, chez qui un cancer de l'ovaire en phase terminale avait été diagnostiqué, a déclaré que les médecins de BioPulse lui avaient dit que son traitement par coma avait 60 % de chances de l'aider. Après 25 comas pendant cinq semaines, les médecins lui ont donné l’impression que le traitement avait réussi à éradiquer son cancer. Mais quand elle est rentrée chez elle, son oncologue a effectué de nouveaux examens et a découvert que son cancer était toujours présent et que ses examens par tomodensitométrie n'avaient pas changé [6].

En juillet, BioPulse et ses dirigeants (Jonathan Neville et Loran Swenson) ont signé un accord de consentement avec la FTC, aux termes duquel il leur est définitivement interdit de donner une image inexacte de la sécurité ou de l'efficacité du THI ou de tout complément diététique, aliment, médicament, dispositif ou service lié à la santé. L'accord comprend également un jugement suspendu portant sur 4,3 millions de dollars, dus en totalité s'il est établi que les défendeurs ont présenté de manière erronée leur situation financière [7].

 

Références

  1. Biopulse International, Inc., RForm SB-2/A-1 registration statement to the U.S. Securities and Exchange Comission, filed Feb 9, 2001.
  2. Crabtree P, Dibble S. Inspectors shut down cancer therapies at BioPulse's Tijuana clinic. San Diego Union-Tribune, Feb 16, 2001.
  3. Crabtree P, Dibble S. BioPulse to sell its cancer lab in Tijuana. San Diego Union-Tribune, Feb 17, 2001.
  4. Crabtree P, Dibble S. Too good to be true? Some BioPulse patients angry about its claims, results. San Diego Union-Tribune, March 31, 2001.
  5. Biopulse. Form 10-QSB report to the Securities and Exchange Commission, April 2002.
  6. False Promises? ABC News PrimeTIME Thursday, Jan 24, 2002.
  7. Company touting unproven cancer treatment agrees to settle FTC charges. FTC news release, July 24, 2002.

 

Cet article a été révisé le 29 juillet 2002.

Traduction en français le 14 mars 2019 par le Dr Jacek Sierakowski.

Dernière mise à jour le 14 avril 2019.

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© 2019 Dr Stephen Barrett (version anglaise)
© 2019 Les Sceptiques du Québec (version française)