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Des produits homéopathiques utilisés pour un suicide collectif

Leon Jaroff

Les scientifiques, médecins et autres penseurs rationnels belges ont été consternés en 2003 lorsque les principales compagnies d'assurance maladie du pays ont annoncé qu'elles allaient commencer à couvrir une partie des coûts de l'homéopathie; une forme de charlatanisme largement utilisée mais médicalement invalide et sans valeur. En réponse aux protestations, les entreprises ont justifié leur action en affirmant que "les gens aiment ça".

Les critiques étaient incrédules. SKEPP, l'organisation sceptique belge, a rapidement suggéré que les coûts du vin de Bordeaux soient également remboursés. Pourquoi ? Parce que, contrairement à l'homéopathie, il existe de nombreuses preuves que le vin rouge, pris avec modération, est bon pour la santé. Cet argument n'ayant pas réussi à l'emporter, les sceptiques ont décidé, selon un rapport du professeur de santé publique Luc Bonneux dans le Skeptical Inquirer, de se faire entendre en mettant en scène ce qu'ils ont appelé un "suicide" collectif.

Devant les journalistes des principaux journaux et chaînes de télévision belges, 23 volontaires - des professeurs de médecine respectés, un producteur de télévision bien connu, un grand publicitaire et plusieurs citoyens ordinaires - ont avalé de grandes quantités de solutions homéopathiques en vente libre qui sont à base de poison mortel. Ces solutions contenaient notamment du venin de serpent, de la morelle noire (mortelle), de l'arsenic et, histoire de rigoler, du lait de chienne ! Le lait de chienne a été inclus parce qu'un livre de référence homéopathique (materia medica) dit en effet que le lait de chienne non dilué peut causer des troubles tels que des vomissements, des écoulements de pus sanglants, des sciatiques (côté droit) et des "rêves de serpents".

Encore plus inquiétant, les solutions étaient étiquetées "30C". Cela signifie qu'une partie de la substance d'origine a été diluée dans 100 parties d'eau ou d'alcool, secouée, puis de nouveau diluée au centième, un procédé répété 30 fois. Selon les homéopathes, chaque fois qu'une solution est secouée, les propriétés de la substance d'origine sont miraculeusement transférées à l'eau ou au solvant alcoolique, et chaque cycle améliore ou "dynamise" les propriétés de la solution. Cela ne devrait-il pas rendre le poison source encore plus puissant ? Apparemment non. Les 23 volontaires ont survécu, mais ceux qui étaient venus en voiture ont dû attendre avant de rentrer chez eux parce que l'alcool des solutions homéopathiques les avait trop étourdis pour pouvoir conduire.

La presse rassemblée a également entendu un bref exposé du professeur de médecine Willem Betz, que Bonneux décrit comme "le fléau de l'homéopathie". Le Dr Betz a lu quelques passages ridicules d'une materia medica et a expliqué que les solutions homéopathiques 30C ne sont essentiellement que de l'eau ou de l'alcool, en plus des impuretés introduites lors de leur fabrication. En effet, dans les potions homéopathiques marquées 24X, produites en diluant l'ingrédient actif 24 fois dans un rapport de seulement dix pour un, les lois de la chimie dictent qu'il n'y a que 50% de chances pour que subsiste une seule molécule de la substance active.

À la suite du "suicide" de masse, « les homéopathes crachaient du venin non dilué », mais ils ont refusé de participer à un test proposé par les sceptiques belges, explique le Dr Betz. En résumant ce que le public aurait dû apprendre de cette démonstration, Bonneux écrit :

« Se laisser tromper par une théorie stupide, qui était dépassée et insoutenable même au XIXe siècle, ne montre pas un esprit ouvert ou tolérant. Cela montre seulement que vous êtes crédule et une proie facile pour les charlatans beaux parleurs. »

 

Prof Dr. Willem Betz
Prof Dr. Willem Betz | Skepp vzw | Flickr

 

M. Jaroff est rédacteur scientifique pour le magazine Time.

 

Références

 

Dernière mise à jour le 29 août 2019.

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© 2019 Dr Stephen Barrett (version anglaise)
© 2019 Les Sceptiques du Québec (version française)