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Les algues: fausses allégations et battage publicitaire

Stephen Barrett, M.D.

Les algues bleu-vert (un des onze groupes d'algues) sont des plantes microscopiques que l'on retrouve surtout dans des étangs saumâtres et des lacs un peu partout dans le monde. Parmi les plus de 1500 espèces connues, certaines sont utiles comme aliments, causent des gastro-entérites et des hépatites. La spiruline est entrée sur le devant de la scène en 1981 lorsque le National Enquirer l'a présentée comme une « pilule diététique entièrement naturelle », « sans danger » qui contient de la phénylalanine (un acide aminé), qui « agit directement sur le centre de l'appétit ». L'article disait aussi que c'était « une protéine à 65 % », ce qui en fait aliment incroyable et « le plus riche en protéines au monde ».

Ces prétentions sont de la foutaise. La FDA (Food and Drug Administration) a conclu qu'il n'y a aucune preuve que la spiruline (ou la phénylalanine) est efficace comme coupe-faim. La FDA a également déclaré que la prétention « 65% de protéine » est insensée, parce que si on en croit les mentions inscrites sur leurs étiquettes, les produits à base de spiruline ne fournissent que des quantités négligeables de protéines.

MISCORP et Light Force

En 1982, Microalgae International Sales Corp. (MISCORP) et son fondateur, Christopher Hills, ont accepté de payer 225 000 $ pour régler des accusations de fausses allégations concernant la spiruline. La société avait affirmé que ses produits à base de spiruline étaient efficaces pour le contrôle du poids et avaient des effets thérapeutiques contre le diabète, l'anémie, les maladies hépatiques et les ulcères.

Light Force, également fondée par Hills, commercialisait des produits à base de spiruline dont on prétendait qu'ils pouvaient supprimer l'appétit, stimuler l'immunité et augmenter l'énergie. Le matériel de vente de l'entreprise annonçait que la spiruline est un « super aliment » et qu'elle « nettoie et détoxifie l'organisme ». Dans un numéro de 1987 du magazine Light Force, appelé The Enlightener, le vice-président et avocat d'entreprise Steve Kochen énumère les « directives légales » de l'entreprise. Il s'agit notamment de :

  • Réglementation en vigueur... interdiction à la compagnie et ses distributeurs d'utiliser toute recherche médicale pour la promotion, la publicité ou la vente des produits.
  • Vous êtes libres de fournir toute recherche médicale responsable uniquement à des fins d'éducation et d'information... tant qu'aucune mention n'est faite de produits spécifiques et qu'aucune tentative de vente de produits n'est faite au moment où l'information est disponible.
  • Lorsque vous utilisez la poste pour envoyer des renseignements concernant la recherche... toute information concernant les ventes doit être fournie séparément et ne doit pas être liée à la recherche médicale.
  • Vous êtes libres de partager votre expérience personnelle avec un de nos produits, même si cette expérience implique le soulagement de certains problèmes de santé ou symptômes. Toutefois, il est essentiel d'ajouter dans votre témoignage: « Évidemment, nous ne pouvons pas faire de déclaration médicale quelconque au sujet des produits ni vous assurer que vous allez avoir la même expérience ».

Malgré tout cela, The Enlightner a publié des rapports au sujet d'utilisateurs qui ont perdu du poids ou qui sont guéris d'arthrite, cancer, de sclérose en plaques, et de blessures sérieuses en prenant les produits Light Force. Aucun des rapports n'est accompagné d'une documentation significative. En 1996, Light Force a fusionné avec Royal BodyCare, une compagnie à paliers multiples avec une gamme de produits beaucoup plus large.

K.C. Laboratories et Cell Tech

En 1982, K.C. Laboratories de Klamath Falls, dans l'Oregon, et son président, Victor H. Kollman, ont commencé à vendre des produits Blue Green Manna (dérivés d'un autre type d'algues) en affirmant qu'ils étaient efficaces pour un grand nombre de problèmes de santé. En 1983, la FDA a commencé des procédures légales pour les faire cesser de faire de telles déclarations, mais le marketing de leurs produits n'a pas cessé. Finalement, en 1986, à la demande de l'agence, un juge d'une cour de district (États-Unis) a émis une injection demandant à tous les intéressés de cesser la production, la distribution et la vente des algues bleu-vert récoltées à Klamath Lake, Oregon. Expliquant sa décision, le juge a dit :

Lors du procès le 9 janvier 1986, le gouvernement a présenté des preuves supplémentaires de l'utilisation répandue des produits à base d'algues bleu-vert Manna et des prétentions thérapeutiques qui ont été faites pour ces produits. Victor Kollmann a nié qu'il avait fait des déclarations d'effets thérapeutiques... néanmoins, il a continué à maintenir que ses produits étaient bénéfiques pour l'organisme... comme un aliment, et non pas comme un médicament. Le gouvernement a démontré que lorsqu'il est utilisé selon les directives de 1.5 grammes, sa valeur nutritive est négligeable. Par ailleurs, le coût des produits de l'accusé, qui est plus de 300 $ la livre, est tellement élevé comparé à des nutritifs provenant d'autres sources qu'il est évident que ces produits ne sont pas vendus pour être utilisés comme des aliments.

Dans son ordonnance de 1985, il a cité des preuves selon lesquelles plus de 2 500 personnes avaient distribué des produits Manna avec des allégations thérapeutiques qui défiaient l'injonction. Il a également rapporté que depuis que l'injonction a été émise, des centaines de distributeurs avaient écrit ou téléphoné pour affirmer que les produits Manna les avaient guéris ou avaient guéri des membres de leur famille de problèmes tels que la maladie d'Alzheimer, des troubles cardiaques, des problèmes cutanés, des allergies, des problèmes de prostate, le manque de libido, des problèmes émotionnels et d'alcoolisme.

Lors du procès de 1986, les accusés ont soutenu que puisque d'autres produits à base d'algues sont vendus comme aliments ou compléments alimentaires, ils devraient eux aussi être autorisés à vendre des algues bleu-vert comme aliments, en changeant l'emballage, le nom commercial et le système de distribution si nécessaire. Mais le juge a statué que « la demande ne peut plus être contrôlée, même si les accusés ont le désir de le faire ». Déclarant que Kollman avait tenté d'induire en erreur non seulement le tribunal mais aussi les acheteurs des produits, le juge a conclu qu'une injonction permanente était nécessaire pour empêcher les accusés de « tirer profit de leurs violations passées en satisfaisant la demande qu'ils avaient créée pour leurs produits ». En d'autres mots, même si les allégations douteuses étaient stoppées, les gens qui ont cru aux déclarations antérieures vont continuer à acheter leurs produits. [1,2]

Bien que la décision du juge semble avoir mis fin à la vente des produits Manna, une ligne de produits semblables appelée Super Blue Green Algae est toujours commercialisée par Cell Tech Inc, une société dirigée par le frère de Kollman, Daryl. Selon un enregistrement promotionnel de l'entreprise, « En détoxifiant l'organisme et en équilibrant vos niveaux nutritionnels, Super Blue Green fournit à votre corps et à votre esprit des ingrédients qui produisent des expériences d'énergie accrue, de clarté d'esprit, le contrôle diététique et des sensations de bien-être global. Cela peut permettre aux gens de faire face aux nombreux stress de ce monde moderne ».

La documentation de Cell Tech indique que les produits ne guérissent pas les maladies et ne sont pas des substituts aux soins médicaux. Malgré cette décharge de responsabilité, plusieurs distributeurs ont fait des déclarations thérapeutiques dans la publicité, lors des expositions, et dans des présentations privées à des clients potentiels. En 2003, un juge californien a jugé que 30 des allégations de Cell Tech étaient trompeuses et a ordonné à l'entreprise de cesser de les faire. [3]

Algues bleu-vert

Toxicité possible

Le 5 mai 1999, la Direction générale de la protection de la santé a déclaré que les produits contenant les algues bleu-vert peuvent contenir des toxines qui peuvent être dommageables pour le foie et que quelques espèces de ces algues produisent naturellement des toxines connues comme des microcystines. Pour déterminer l'ampleur du problème, Santé Canada, par l'entremise du Bureau des produits de santé naturels, du Programme des produits thérapeutiques et de la Direction des aliments de la Direction générale de la protection de la santé, a mené une enquête sur les produits pour déterminer combien se trouvent sur le marché, dans quelles formes, et quel était le taux de microcystines qu'ils contenaient. Le 27 sept 1999, les résultats de l'enquête fut annoncés:

Les résultats de l'enquête du marché faite par Santé Canada ont montré que les produits d'algues ne contenaient pas de microcystines lorsque les produits étaient composées d'une sorte d'algue bleu-vert, appelée spiruline, habituellement cultivée dans des réservoirs contrôlés. Toutefois, les essais réalisés ont indiqué que pour ce qui est d'autres produits d'algues non-spiruline, cultivées dans des lacs naturels, la consommation selon les directives du manufacturier va se traduire par un taux quotidien de microcystines au-delà des niveaux acceptables selon Santé Canada et l'Organisation Mondiale de la Santé. Les microcystines sont des toxines qui s'accumulent dans le foie et qui peuvent endommager le foie. Elles sont naturellement produites par certaines formes d'algues bleu-vert. Les algues bleu-vert sont vendues en comprimés, capsules, ou en poudre comme suppléments diététiques, souvent comme une source naturelle de minéraux.
 
Santé Canada a commencé l'évaluation des produits d'algues bleu-vert disponibles au Canada en mai 1999, après avoir décelé des taux inacceptables de microcystines dans plusieurs des produits disponibles. L'analyse a été poursuivie et le taux de risque de microcystines a été établie pour les consommateurs canadiens. Selon ses résultats, les produits faits d'algues bleu-vert spiruline ne sont pas considérés comme présentant un risque pour la santé.
 
Pour ce qui est des produits non-spiruline, le suivi sera fait sur la base de cas particuliers. La Direction des aliments de Santé Canada a communiqué les résultats des tests et leur importance pour la santé à l'Agence canadienne d'inspection des aliments et a indiqué que les produits sur le marché canadien, lorsqu'ils sont consommés selon les directives du fabricant, ne devraient pas dépasser l'apport quotidien de microcystines jugé acceptable par l'Organisation mondiale de la santé et Santé Canada. Les mesures de conformité subséquentes relèvent de la responsabilité de l'ACIA.
 
Santé Canada recommande de ne pas donner aux enfants des produits contenant des algues bleu-vert autres que la spiruline tant que des mesures n'auront pas été prises pour réduire les risques. En raison de leur faible poids corporel, les enfants courent un plus grand risque de développer une maladie grave à partir de produits à base d'algues bleu-vert contenant des niveaux élevés de microcystines, surtout si ces produits sont ingérés pendant une longue période de temps.
 
Malgré des rapports récents selon lesquels les produits à base d'algues bleu-vert peuvent être utilisés pour traiter le trouble déficitaire de l'attention (TDA), Santé Canada n'a reçu aucune preuve à l'appui de ces allégations et n'a autorisé la commercialisation d'aucun produit à base d'algues bleu-vert à des fins thérapeutiques. Au Canada, les produits à base d'algues bleu-vert examinés à ce jour sont vendus comme aliments, et Santé Canada n'autorise pas les allégations thérapeutiques pour les substances vendues comme aliments.
 
Les consommateurs adultes qui choisissent d'utiliser des produits contenant des algues bleu-vert autres que la spiruline devraient le faire pendant de courtes périodes seulement. Des effets secondaires après des semaines ou des mois d'utilisation peuvent ne pas être évidents, mais peuvent aller d'une sensation de malaise général ou d'inconfort gastro-intestinal ou d'ictère. Les consommateurs ayant des doutes devraient communiquer avec leur médecin pour obtenir des conseils. [4]

En mai 2000, le ministère de la Santé de l'Oregon a publié des données suite à une enquête qui a révélé que 63 échantillons sur 87 contenaient des concentrations de microcystines supérieures à la limite réglementaire de 1 microgramme/gramme. Le résumé publié dit :

La présence de toxines d'algues bleu-vert (BGA) dans les eaux de surface utilisées comme sources d'eau potable ou à des fins récréatives fait l'objet d'une attention croissante dans le monde entier comme problème de santé publique... Les produits BGA sont couramment consommés aux États-Unis, au Canada, en Europe pour leurs effets bénéfiques, dont une augmentation de l'énergie et une meilleure humeur. Plusieurs de ces produits contiennent de l'Aphanizomenon flosaquae, un BGA récolté dans le Haut Lac Klamath (UKL) dans le sud de l'Oregon, où la croissance d'un BGA toxique, le Microcystis aeruginosa, est observée régulièrement. La Microcystine aeruginosa produit des hépatotoxines puissantes, et probablement des accélérateurs de tumeurs. Comme M. aeruginosa coexiste avec l'A. flosaquae, elle peut être collectée par inadvertance pendant le processus de récolte, ce qui entraîne une contamination des produits BGA par la microcystine. À l'automne 1996, la Division de la santé de l'Oregon a appris que l'UKL connaissait une prolifération importante de M. Aeruginosa et a lancé une alerte recommandant de ne pas entrer en contact avec l'eau. Cet avis a été suivi d'appels téléphoniques des consommateurs de produits BGA, inquiets de la possibilité de contamination de ces produits avec les microcystines. En réponse, la Division de la santé de l'Oregon et le ministère de l'Agriculture de l'Oregon ont établi une limite réglementaire de 1 µg/g pour les microcystines dans les produits contenant du BGA et ont testé la présence de microcystines dans ces produits. Des microcystines ont été détectées dans 85 des 87 échantillons testés, dont 63 (72%) contenaient des concentrations > 1 µg/g. HPLC et ELISA ont provisoirement identifié la microcystine-LR, la variante de microcystine la plus toxique, comme étant l'élément prédominant. [5]

Conclusions

Les produits spiruline ne contiennent aucun nutriment qui ne soit facilement accessible en consommant d'autres aliments ou suppléments alimentaires ordinaires, et qui coûtent beaucoup moins cher.  Des études réalisées dans des pays où la malnutrition est fréquente ont montré que l'administration de spiruline (sous forme d'aliments ou de comprimés) peut corriger les carences des quelques nutriments que contient la spiruline. Cependant, les produits à base d'algues commercialisés n'ont aucune valeur prouvée pour traiter l'obésité ou toute autre maladie, et certains peuvent contenir des toxines puissantes.

 

Pour plus d'information:

 

Références:

  1. Barrett S, Herbert V. The Vitamin Pushers: How the "Health Food" Industry Is Selling Americans a Bill of Goods. Amherst NY: Prometheus Books, 1994.
  2. Ballantine C. The trial of the blue-green algae eaters. FDA Consumer 20(6):33-34, 1986.
  3. Barrett S. Cell Tech loses false advertising suit. Quackwatch, July 25, 2003.
  4. Health Canada announces results of blue-green algal products testing—only Spirulina found Microcystin-free. Health Canada news release, Sept 17, 1999.
  5. Gilroy GJ and others. Assessing potential health risks from microcystin toxins in blue-green algae dietary supplements. Environmental Health Perspectives 108:435-439, 2000.

Dernière mise à jour le 9 mars 2019.

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© 2019 Dr Stephen Barrett (version anglaise)
© 2019 Les Sceptiques du Québec (version française)