Quackwatch
Accueil » Ressources » Quackwatch » Est-ce que les nerfs pincés réduisent le courant d'énergie neurale?

Est-ce que les nerfs pincés réduisent le courant d’énergie neurale?

Stephen Barrett, M.D.

Plusieurs chiropraticiens ont affirmé que les défauts d’alignement de la colonne vertébrale causent ou contribuent à la maladie en étouffant « l’énergie neurale » des tissus de l’organisme. En 1975, j’ai déposé une plainte pénale contre un chiropraticien de Pennsylvanie qui, entre autres, avait émis des publicités mensongères affirmant que :

Quand un segment de la colonne vertébrale n’est pas dans sa position normale, il obture partiellement l’espace intervertébral où passent les nerfs, ce qui cause un pincement de ces derniers. Cela entraîne une réduction du flux de l’énergie neurale vers une partie de l’organisme. Quand ceci survient, les organes et tissus connectés par ces nerfs ne peuvent plus fonctionner normalement… la douleur et la sensibilité à la maladie s’ensuivent. C’est la raison pour laquelle la profession chiropratique a toujours affirmé que, pour la bonne santé et le bien-être, tous les désalignements de la colonne vertébrale devraient être vérifiés et corrigés rapidement.

Edmund S. Crelin, Ph.D., professeur réputé d’anatomie à la faculté de médecine de Yale, a servi de témoin expert dans cette affaire et a fourni les analyses détaillées des différentes déclarations. Au sujet de ce qui précède, il a dit :

Les nerfs ne délivrent pas de courant d’énergie neurale. Ce sont des cellules glandulaires qui produisent et libèrent une hormone (neurotransmetteur) responsable de la contraction et du relâchement musculaire ainsi que de la stimulation ou l’inhibition de la fonction excrétrice d’autres glandes, dont des cellules nerveuses. C’est tout ce qu’ils font, ni plus, ni moins. Ils ne conduisent pas d’électricité ou une autre forme d’énergie.

Quand une cellule nerveuse sécrète une hormone, des changements surviennent à la surface extérieure de sa membrane, ce qui permet aux ions chargés électriquement de voyager de façon échelonnée sur toute l’étendue du nerf. C’est ce qui se produit réellement quand on décrit un nerf comme « conduisant un influx » ou une « décharge. » Un nerf de la moelle épinière au niveau de l’espace intervertébral est en fait un tube mince de tissu connectif contenant les prolongements de millions de neurones. Ces prolongements sont les axones qui sont aussi décrits comme des « fibres. » Ce terme (fibres) peut prêter à confusion puisqu’il semble signifier une solidité semblable à un ensemble de fils fins. C’est totalement faux. Les axones sont des structures délicates, et fragiles. Puisqu’ils sont des prolongations cellulaires, ils ont besoin d’être alimentés tout le long des cellules qui leur servent d’enveloppes. Ainsi, il y a des vaisseaux sanguins délicats dans ce que l’on nomme nerf au niveau visible. Si sa compression ne détruit pas les axones, elle va s’opposer à la circulation sanguine. Le fait de comprimer un neurone, en n’importe quel point, peut engendrer une sécrétion. S’il s’agit d’un neurone sensoriel, cela envoie au cerveau l’information de la sensation douloureuse. S’il s’agit d’un motoneurone, l’hormone peut causer la contraction d’une cellule musculaire. Si les cellules nerveuses motrices allant à un muscle squelettique (à contraction volontaire) meurent, il peut être paralysé voire mourir. Cela est dû au fait que les motoneurones fournissent aux cellules musculaires des substances nécessaires pour leur survie, en plus de l’hormone que la cellule nerveuse sécrète pour faire contracter le muscle. Ceci n’est pas le cas avec les cellules neurales motrices allant aux glandes, au muscle cardiaque, ou aux muscles lisses (à contraction involontaire.) L’ablation complète des nerfs moteurs de la moelle épinière allant au cœur, aux glandes (salivaires, thyroïde, foie, pancréas, etc.) et aux muscles lisses des poumons, de l’œsophage, de l’estomac, de la vésicule biliaire, des intestins, etc. n’aurait que des effets transitoires. Les cellules des glandes, des muscles lisses, du muscle cardiaque ne feraient pas que survivre, mais elles fonctionneraient de manière autonome. Elles ne pourraient pas se dégrader de cette façon.

Cette affaire de 1975 aurait pu être déterminante, parce que la validité de la théorie chiropratique en était le point clé. Toutefois, il n’y a jamais eu de procès. Durant cette déposition, l’Assistant District Attorney est devenu juge et l’avocat du chiropraticien a été élu District Attorney, créant des conflits d’intérêts qui ne pouvaient pas être résolus. Le chiropraticien a cessé de diffuser les annonces publicitaires auxquelles je m’opposais, et le nombre de chiropraticiens qui acceptent ouvertement les théories de « pincement de nerfs » est maintenant plus réduit. Mais le concept disant que les désalignements de la colonne vertébrale (“subluxations”) sont responsables de problèmes de santé persiste et demeure partie intégrante de leur discours.

 

 


Pour en savoir plus : le neurone, site Web « Le cerveau à tous les niveaux ».

Dernière mise à jour le 3 juin 2019.

Source: Quackwatch Retour à la page d'accueil

© 2019 Dr Stephen Barrett (version anglaise)
© 2019 Les Sceptiques du Québec (version française)