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Hypothèse de la « mère réfrigérateur » dans l’autisme

Dr James R. Laidler

Bien qu’il soit difficile de définir le cas d’autisme précis pour lequel l’hypothèse de « mère réfrigérateur » fut à l’origine employée, il est aisé d’en trouver l’initiateur. Dès la sortie de son article de 1943, Leo Kanner attira l’attention sur ce qu’il observa comme un manque de chaleur et d’attachement des parents pour leurs enfants autistes. Dans son article de 1949, il attribua l’autisme à un « véritable manque de chaleur maternelle » et la théorie de l’autisme dû aux « mères réfrigérateurs » était née.

Rétrospectivement, il semblerait que Kanner aurait confondu les causes et les effets. Il est plus probable que le manque d’attachement qu’il avait observé entre les parents et leurs enfants autistes était dû au manque de réciprocité sociale des enfants. Il ignora systématiquement le fait que les enfants cités dans son article de 1943 avaient des frères et/ou sœurs qui étaient, vraisemblablement, exposés aux mêmes parents possédant le même niveau de chaleur affective. Dans une interview de 1960 du Time Magazine, Kanner décrivit les mères d’enfants autistes comme « tout juste suffisamment décongelées pour procréer un enfant ».

Autant Kanner joua un rôle déterminant dans l’élaboration de l’hypothèse des « mères réfrigérateurs », autant Bruno Bettleheim en diffusa largement la pensée. Ses articles, essentiellement dans les années 1950 et 1960, popularisèrent l’idée que l’autisme des enfants était causé par la froideur maternelle – ignorant, tout comme Kanner le fit, que ces mêmes mères avaient d’autres enfants qui n’étaient pas autistes. Ce fut, sans aucun doute, la plus vile opinion professionnelle émise à l’égard de parents (spécialement de mères) d’enfants autistes.

Malgré qu’un certain nombre d’articles et de livres, publiés durant les années 1950 et 1960, aient soutenu que le manque d’affection maternelle était responsable l’autisme, la communauté médicale avait le sentiment croissant que cela n’expliquait pas l’autisme tel qu’elle l’observait. En 1964, Bernard Rimland, un psychologue père d’un enfant autiste, publia le livre « Infantile autism: the syndrome and its implications for a neural theory behavior » [1], dans lequel il attaqua directement l’hypothèse de la « mère réfrigérateur ».

Dans ce qu’il apparut comme étant une réponse directe au livre de Rimland, Bettleheim écrivit « The empty fortress: infantile autism and the birth of the self » [2], dans lequel il compara l’enfant autiste à un prisonnier de camp de concentration (avec les parents dans le rôle des gardes SS). Il déclara :

« La différence entre la détresse des prisonniers d’un camp de concentration et les conditions qui mènent à l’autisme et à la schizophrénie chez les enfants est, bien sûr, que l’enfant n’a jamais eu de chance préalable pour pouvoir développer un soupçon de personnalité ».

Finalement, le livre de Bettleheim fut un des derniers sursauts de l’hypothèse des « mères réfrigérateurs ». Même si de nombreux autres auteurs ont déclaré par la suite qu’il était légitime de blâmer les parents (et spécialement la mère) pour l’autisme de leurs enfants, ce fut une explication vouée à l’échec. Bien que quelques personnes, dont certains professionnels médicaux, continuent d’accuser le manque d’affection maternelle comme facteur de l’autisme, le nombre croissant de données appuyant une cause biologique réfute clairement cette hypothèse. Cependant, d’autres concepts potentiellement dangereux de type « Blâmons-les-Parents » ont émergé. Selon ceux-ci, les parents sont responsables de l’autisme de leurs enfants de deux manières :

  1. Provoquer l’autisme (par ignorance ou par mépris délibéré des mises en garde) en permettant la vaccination de leurs enfants avec des préparations contenant du thimérosal [3] (un agent conservateur à base de mercure) ou avec le vaccin combiné contre la rougeole, les oreillons et la rubéole.
  2. Permettre à l’autisme de persister en n’administrant pas toutes les thérapies recommandées par un nombre en plein essor « d’experts » et de guérisseurs. Le rabâchage de références à la « fenêtre d’opportunité » pour traiter l’autisme en témoigne.

Bon nombre de partisans adhérant à l’idée qu’il est possible de guérir de l’autisme s’opposent très activement à toute hypothèse (ou, en fait, à toute recherche) incluant une composante génétique à l’autisme, craignant que ceci puisse ébranler leurs assertions que tous les cas sont causés par des facteurs externes et contrôlables (et, par conséquent, évitables ou susceptibles de traitement). Bien que ça ne soit probablement pas leur intention, ceci a pour effet de rendre les parents responsables de l’autisme de leurs enfants.

 

Notes:

[1] Ouvrage non traduit en français : « Autisme infantile : le syndrome et ses conséquences pour une théorie neuronale du comportement ».

[2] Ouvrage traduit en français sous le titre : « La forteresse vide ».

[3] La dénomination commune internationale est « thiomersal ».

 

Cet article a été révisé le 15 septembre 2004.

Traduit par N. Garbacki, 2019.

Dernière mise à jour le 28 mars 2019.

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