SAM, la machine d’analyse vertébrale

Dr Stephen Barrett

La machine d’analyse vertébrale, commercialisée sous le nom de SAM (Spinal Machine Analysis), est un dispositif constitué de deux réglettes, utilisé par de nombreux chiropraticiens afin de détecter les « déséquilibres posturaux ». Il serait utile pour l’évaluation initiale de nouveaux patients, les « dépistages de santé publique », les conférences d’éducation à la santé, les centres de détection des scolioses, les salons commerciaux, les cours d’entretien de la colonne vertébrale, ainsi que pour évaluer les progrès du patient. La personne testée se tient debout, chaque pied étant placé sur une balance pendant que le chiropraticien réalise plusieurs observations basées sur la lecture des poids indiqués ainsi que sur la posture de l’individu. La différence de charge est censée permettre au chiropraticien d’établir :

  • la différence de poids entre les côtés gauche et droit du corps,
  • l’existence, ou non, d’une inégalité de longueur entre les membres inférieurs,
  • l’alignement horizontal entre les hanches et les épaules,
  • les zones probables de scoliose [1].

L’entreprise qui commercialise l’appareil fournit également des posters, des stands d’exposition et des logiciels permettant de rendre au patient une sorte de compte rendu de l’examen. Les affiches sont destinées à montrer qu’il existe bien des liens entre inégalité de longueur des membres inférieurs, des courbures de la colonne, des « subluxations » et un mauvais état de santé général. Les rapports générés par l’application informatique décrivent les soi-disant déséquilibres posturaux, le degré de « scoliose », et comportent une déclaration disant que la plupart des colonnes vertébrales scoliotiques présentent une « dégénérescence par subluxation », qui, si elle n’est pas prise en charge, peut progresser jusqu’à l’irréversibilité. La courbure de la colonne vertébrale est décrite comme étant « probablement due à l’inégalité de longueur des jambes », que le chiropraticien pourrait corriger.

En 1999, l’appareil à double réglette coûtait 2 995 $ pour le modèle permettant un ajustement de la posture du patient, et 1 795 $ pour la version fixe [2]. Mais le vendeur le présente comme un investissement judicieux. Dans une publicité, intitulée « Let S.A.M. Do Your Banking » (« laissez SAM s’occuper de vos finances »), et illustrée d’une poignée de dollars, on pouvait lire :

Imaginez ! Si (seulement) 10 nouveaux patients viennent vous voir grâce à la machine SAM toutes les deux semaines…Dix visites initiales à 150 $ = 1 500 $. Dix patients avec environ 12 visites chacun (soins intensifs initiaux), à 35 $ = 4 200 $. Total jusque-là : 5 700 $. Il y a 22 périodes de deux semaines dans une année (en supposant que vous prenez 4 semaines de vacances, et pourquoi pas ? Vous les avez gagnées). Cela représente un total de 125 400 $ par an, en supposant qu’aucun de ces patients ne revienne pour les soins optimaux ! Cela représente également 2 200 nouvelles visites en 10 ans, soit 1 254 000 $
Maintenant, supposons que seulement deux patients sur 10 se soucient suffisamment de leur santé pour choisir les soins optimaux, incluant des ajustements réguliers au bon vouloir du praticien. C’est 440 patients réguliers sur cette période. Trois visites annuelles représentent 462 000 $ sur 10 ans. Ajoutez les soins intensifs initiaux, et l’on arrive à 1 716 000 $. Maintenant, prenez en compte les patients adressés, les rendez-vous, les urgences, les nouveaux patients réguliers… Vous voyez ce que je veux dire ? En « combinant » de nouveaux patients sur une période de temps, vous pouvez avoir : #1. toutes sortes de pratiques que vous souhaitez – en fonction de votre trésorerie, puis, après une période prédéfinie, choisir d’y aller plus doucement ou #2. vous pouvez renforcer votre pratique, comme dans beaucoup de « mégapratiques ». L’objectif, c’est Vous que le décidez parce que vous avez la responsabilité de votre avenir [3].

L’utilisation du dispositif SAM est basée sur la notion que les« différences apparentes » dans la longueur des jambes peuvent être à l’origine des courbures de la colonne et des subluxations, même si les os sont de même taille. Les chiropraticiens souscrivant à cette idée prétendent détecter les différences de longueur avec ce dispositif ou en observant la position des pieds, le patient étant allongé sur le ventre sur une table d’examen. La brochure de la société annonce aussi que 85 % des gens ont une « différence apparente » dans la longueur des membres inférieurs, et suggère que l’utilisation de l’appareil peut amener entre 20 et 40 nouveaux patients par semaine. L’explication la plus probable est que les ‘‘différences’’ proviennent de légères variations dans la position de la hanche ou de la tension normale du muscle rachidien. En 1993, quand j’ai essayé SAM dans un cabinet de chiropraticien, ce dernier a attribué ses observations à la courbure de la colonne vertébrale et à une rotation de la hanche (ce qu’il ne me semble pas avoir), et a noté que j’avais tendance à avancer la tête (ce que je fais).

 

Références

  1. Doctor Meet S.A.M.: A Guide for Chiropractic Physicians. Practice Enhancement Catalog #138. Henderson, VA : The S.A.M. Company, 1993.
  2. S.A.M. Web site, accessed Dec 29, 1999.
  3. Let S.A.M. do your banking ! Advertisement, The Chiropractic Journal 14(3) :4, 1999.

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Dernière mise à jour le 5 novembre 2019.

Source: Quackwatch Retour à la page d'accueil