Quackwatch
Accueil » Ressources » Quackwatch » Acupuncture : l’absurdité sous les aiguilles

Acupuncture : l’absurdité sous les aiguilles (1993)

Arthur Taub, docteur en médecine

Juste après la visite de l’ancien président Richard M. Nixon en République populaire de Chine en 1972, des informations laissant entendre que des opérations chirurgicales lourdes pouvaient être pratiquées avec l’acupuncture comme seul anesthésique ont circulé en Occident. On disait que l’acupuncture était largement utilisée et qu’elle pouvait s’appliquer aux cas à haut risque, aux enfants, aux personnes âgées et en chirurgie vétérinaire. La rumeur sur « l’anesthésie par acupuncture » la plus répandue était sans doute celle qui disait que le fameux analyste politique du New York Times, James Reston, s’était fait retirer l’appendice sous anesthésie effectuée par acupuncture. Peu importe les raisons pour lesquelles ces rumeurs ont circulé, tout était faux.

L’acupuncture comme système de médecine

Le Zhenjiu, ou acupuncture et moxibustion, est une technique de traitement médical qui remonte à l’Âge de la pierre en Chine. Cela consiste à insérer des aiguilles dans la peau ou dans les muscles et tendons situés en dessous, au niveau d’un ou plusieurs points dont on dit qu’ils « représentent » divers organes internes. Ces « points d’acupuncture » sont généralement situés à l’endroit de la surface du corps où se rejoignent des lignes imaginaires horizontales et verticales (les « méridiens »). Les organes sont également « représentés » par des points à la surface de l’oreille ou d’un doigt. À l’origine, il y en avait 365, correspondant aux jours de l’année, mais le nombre proposé par les tenants a augmenté pour atteindre plus de deux mille, et les divers schémas situent les points à des endroits différents.

Selon la théorie classique, une bonne santé est censée être obtenue par un mélange harmonieux entre le yin et le yang, les caractéristiques fondamentales de l’activité de l’univers, qui se combinent pour former la force vitale, le qi ou chi. La désorganisation du flux du qi est réputée être responsable des maladies. L’aiguille d’acupuncture est censée pouvoir réguler ce flux. La moxibustion est une technique dans laquelle l’Artemesia vulgaris, ou armoise commune, est brûlée sur des points spécifiques près de la peau ou à son contact, parfois au point de former des cloques.

Dans la Chine classique, les médecins appliquaient ces techniques à toutes les maladies humaines. La chirurgie (à part pour les opérations de castration utilisées pour fournir des eunuques à la maison impériale) ne faisait pas partie des techniques de la médecine chinoise classique. Le diagnostic d’une maladie était principalement basé sur l’examen du « pouls ». Il ne s’agissait pas de mesurer la fréquence et le rythme cardiaques, comme cela se pratique actuellement. Au lieu de cela, le « pouls » (avec ses six variantes) était relié à des éléments, comme la « texture » et la force de l’artère radiale à plusieurs points du poignet, pendant que l’artère était comprimée avec plus ou moins de force. Le diagnostic par le pouls était censé révéler l’état de santé de divers organes internes. Le diagnostic prenait aussi en compte l’histoire des symptômes du patient, l’apparence de sa langue et les conditions météorologiques. Comme on ne pratiquait pas la dissection du corps humain, on pensait que les organes internes avaient des positions et des formes plutôt étranges et on inventait des organes. La localisation précise de l’un de ces derniers, nommé le « triple réchauffeur », déconcerte même le traducteur des classiques chinois de l’acupuncture le plus habile.

La pharmacologie à base de plantes a joué et continue à jouer un rôle important dans la médecine chinoise classique. Les plantes étaient en général utilisées sous une forme semblable aux thés. Certaines de ces plantes (comme le Ma Huang, qui contient de l’éphédrine, une substance utile dans le traitement de l’asthme) possèdent des propriétés thérapeutiques utiles. La plus grande partie de ces préparations sont cependant inutiles. Plus récemment, de nombreuses préparations classiques ont été « altérées » par des substances actives n’ayant pas été déclarées dans la liste des ingrédients.

La médecine chinoise classique a été pratiquée pendant des milliers d’années, soutenue par le conservatisme bouddhiste et confucéen. Les Chinois éclairés n’en étaient pas toujours satisfaits, pourtant, surtout lorsqu’ils ont pu connaître d’autres formes de traitements médicaux et chirurgicaux.

Résistance à l’acupuncture en Chine

À la fin du XIXe siècle, les efforts de modernisation entrepris par la dynastie mandchoue déclinante ont inclus des tentatives infructueuses d’interdiction de l’acupuncture. Par la suite, une forte opposition à l’acupuncture s’est organisée, aussi bien chez les intellectuels de droite que de gauche. Parmi eux figurait notamment Lu Xun, figure majeure de la littérature de la République populaire de Chine et auteur très apprécié par le président du Parti communiste chinois de l’époque, Mao Zedong. Lu Xun ridiculisait les notions traditionnelles de physiologie et accusait la médecine chinoise d’être incompétente, ignorante et cupide.

Ces accusations ont eu un écho dans les années 1930 et 1940 par le biais de Ba Jin, un écrivain révolutionnaire. De nombreux intellectuels nationalistes chinois conservateurs partageaient ces sentiments de rejet envers l’acupuncture et la médecine chinoise. Des tentatives répétées d’interdiction de l’acupuncture par le Kuomintang (le Parti nationaliste chinois) ont échoué essentiellement à cause des pressions politiques. Malgré sa faible valeur thérapeutique, de nombreux membres du parti voyaient la médecine chinoise comme faisant partie de « l’essence nationale ». Avant l’unification militaire de la Chine continentale en 1948-1949, les communistes chinois ne mettaient pas en avant l’acupuncture en tant que technique médicale.

Malgré les efforts intenses du Parti communiste chinois pour éliminer les modes de pensée traditionnels et réformer la structure sociale, l’acupuncture a été retenue comme faisant partie intégrante du système médical national. Le Parti avait réalisé que les quelque dix mille médecins formés à la médecine occidentale en Chine au moment de la révolution communiste étaient trop peu nombreux pour accomplir les gigantesques missions de santé publique nécessaires à la modernisation de la Chine. Le personnel médical devrait donc être recruté parmi le quelque demi-million de praticiens de la médecine traditionnelle chinoise. On s’attendait probablement à ce que ces praticiens deviennent peu à peu plus scientifiques dans leur approche professionnelle. Comme l’a dit le président Mao : « la médecine et la pharmacologie traditionnelles chinoises sont de grandes salles aux trésors. Il convient de faire l’effort de les explorer et de les développer. » Les efforts des communistes pour élever le niveau des praticiens de la médecine traditionnelle ont toutefois été gênés par d’autres doctrines politiques du parti. De fait, les pratiques médicales non scientifiques subsistent largement dans toute la Chine.

Il semble pourtant que l’acupuncture ne soit pas très favorablement perçue dans la communauté scientifique chinoise. La grande majorité des articles des nombreuses revues publiées par l’Association Médicale Chinoise concerne les méthodes scientifiques plutôt que les méthodes traditionnelles. Peu d’articles s’intéressent à l’acupuncture, l’herboristerie ou leurs variantes.

Le charlatanisme de l’acupuncture

De nombreuses affirmations d’efficacité de l’acupuncture ont été avancées publiquement (en Chine comme ailleurs) sans que des preuves en soient apportées. L’une des stratégies qui a permis aux Chinois d’encourager ce récit a consisté à utiliser l’acupuncture en même temps qu’une pratique médicale dont l’efficacité est reconnue. Par exemple, un manuel chinois publié au début des années 1970 énonce :

L’épilepsie est généralement causée par l’augmentation de l’air ascendant et la congestion qui pousse le cœur à déborder et à être troublé. La maladie est dans le cœur, le foie et la vessie. Le traitement devrait être destiné à apaiser le foie, à arrêter l’air ascendant, à éliminer la congestion et à ouvrir la circulation débordante.

Le texte préconise alors six sortes de mélanges de plantes, trois formes d’acupuncture et l’injection de vitamines à l’un des points d’acupuncture. Toutefois, des médicaments efficaces comme la phénytoïne, le phénobarbital ou la primidone sont aussi recommandés. Pour la myasthénie grave, une maladie dans laquelle les muscles, y compris ceux de la respiration, se fatiguent facilement, des méthodes d’entraînement physique vigoureux, dont des bains froids (qui pourraient être dangereux pour cette maladie), sont également recommandées dans ce même livre. Treize points d’acupuncture sont abordés, avec des injections de vitamines recommandées pour certains. Des plantes traditionnelles chinoises sont recommandées en tant que « toniques » pour améliorer l’« air ». Une fois encore, cependant, les substances efficaces que sont la néostigmine, la physostigmine et l’éphédrine sont aussi conseillées. Une approche similaire est utilisée pour traiter la maladie de Parkinson, pour laquelle l’acupuncture, la médecine chinoise par les plantes et des traitements efficaces tels que des alcaloïdes de la belladone sont prescrits. Il n’y a pas la moindre preuve que les méthodes de la médecine traditionnelle chinoise améliorent le traitement moderne de ces maladies de quelque manière que ce soit.

Une autre stratégie utilisée par les Chinois pour laisser entendre que l’acupuncture serait efficace a consisté à taire les informations sur le cours normal des maladies qui s’améliorent spontanément. On pouvait alors créditer l’acupuncture pour la guérison d’affections qui auraient guéri seules.

En 1974, j’étais membre du groupe d’étude sur l’acupuncture du Committee on Scholarly Communication [Comité pour les Communications savantes (N.d.T.)] avec la République populaire de Chine. Notre groupe a visité l’Institut de Recherche en Acupuncture à Pékin et des hôpitaux de médecine traditionnelle dans la région de Shanghaï. Là, j’ai observé un patient qui recevait un traitement d’acupuncture commencé deux semaines après une attaque. Les patients de ce type ont tendance à se remettre spontanément et graduellement. En fait, ce patient, qui avait fait des séances d’acupuncture pendant six mois, ne s’était remis ni plus ni moins vite que ce que l’on aurait pu espérer sans traitement ou simplement avec un minimum de rééducation physique. Plusieurs jeunes femmes que j’ai examinées souffraient de migraines mensuelles associées à des nausées, des vomissements, des taches devant les yeux et une sensibilité aux lumières vives. Elles me disaient que les séances mensuelles d’acupuncture limitaient la durée de leurs maux de tête à quelques jours par mois. Elles ne savaient apparemment pas que c’est la norme en l’absence de traitement.

Une autre stratégie consistait à attribuer des réussites à l’acupuncture là où il n’y en avait pas en réalité. J’ai observé une enfant atteinte de myopie qui a été soumise à un traitement par acupuncture avant d’obtenir ses lunettes. On m’a affirmé que le traitement permettrait de corriger son problème avec des verres moins forts. C’était tout simplement faux. D’autres patients qui souffraient de la maladie de Parkinson, de lésions de la moelle épinière et de séquelles de blessures à la tête étaient également censés obtenir des améliorations mais mes examens ne m’ont pas permis d’en détecter. Les patients étaient aussi censés recevoir des traitements pour la « surdité de perception ». Toutefois, les études contrôlées effectuées aux États-Unis n’ont pas réussi à montrer que l’acupuncture peut aider à soigner la surdité de perception.

« Anesthésie par acupuncture »

L’acupuncture est peu utilisée en Chine comme « anesthésique ». Il est raisonnable d’estimer l’utilisation totale de « l’anesthésie par acupuncture » à un taux allant de 5 à 10 % environ. Pendant notre visite en Chine, le groupe d’étude sur l’acupuncture a pu corroborer un certain nombre de rapports précédents qui déclaraient que presque tous les patients opérés avec une « anesthésie par acupuncture » recevaient également d’autres substances. Cela incluait presque toujours du phénobarbital (un sédatif) et de la mépéridine (un antidouleur narcotique) avant et pendant l’opération. L’anesthésie locale était également très largement utilisée. J’ai personnellement été témoin d’opérations au cours desquelles une anesthésie locale était utilisée du début à la fin mais qui étaient pourtant classées dans la pratique de l’« anesthésie par acupuncture ».

Les aiguilles d’acupuncture peuvent être insérées jusqu’à plusieurs centimètres sous la peau directement dans des troncs nerveux principaux. On peut les stimuler au moyen de décharges électriques pour augmenter leur capacité à assurer la conduction des influx nerveux et produire une anesthésie locale — ce qui n’est donc pas un effet dû à l’acupuncture.

En général, l’« anesthésie par acupuncture » n’est pas utilisée pour les enfants de moins de douze ans à cause de leur incapacité à coopérer. Les patients âgés ne sont en général pas opérés avec une « anesthésie par acupuncture » et c’est considéré comme « expérimental » pour les animaux. (Lorsque c’est utilisé sur les animaux, ils sont sanglés à la table d’opération.) J’ai été témoin d’un cas où un cheval s’est débattu vigoureusement pendant l’intervention, ce qui laisse penser que l’anesthésie ne fonctionnait pas. Le cheval a également bu avec beaucoup d’empressement l’eau qui lui était offerte, ce qui laisse penser qu’il était en état de choc chirurgical.

L’anesthésie par acupuncture n’est jamais utilisée en cas d’opération en urgence. Elle est censée ne s’appliquer qu’en chirurgie « classique », pour les opérations où aucune complication n’est prévue. Ces opérations sont pratiquées de manière à minimiser les lésions sur les tissus et sur les muscles ou sur les organes internes. Pour cela, les incisions chirurgicales sont réduites au minimum. Cela signifie que le champ opératoire est souvent peu visible, augmentant ainsi le risque d’endommager des structures importantes. Une exploration correcte n’est habituellement pas possible, ce qui fait perdre la possibilité de détecter une maladie non diagnostiquée, comme un cancer.

Les Chinois ont déclaré qu’une anesthésie générale est toujours disponible comme procédure de « renfort » au cas où le patient ressentirait une douleur insoutenable lorsque « l’anesthésie par acupuncture » est utilisée seule. Cependant, dans ce cas, l’anesthésie générale interviendrait au milieu d’une opération chirurgicale déjà risquée. Le moment le plus dangereux d’une opération est celui où l’on administre le produit anesthésique au patient, moment où les spasmes des cordes vocales ou l’arrêt cardiaque ont les plus grandes probabilités de se produire. Si l’anesthésie générale est repoussée au moment où une douleur intense impose son utilisation, ces dangers s’accroissent.

Malgré ces inconvénients, d’importantes interventions chirurgicales utilisant uniquement des petites quantités de prémédication, peu ou pas d’anesthésique local et l’insertion d’aiguilles d’acupuncture ont eu lieu en Chine. Les interventions chirurgicales observées se sont bien déroulées mais aucune étude postopératoire n’a été faite. Des études correctement menées ne devraient pas se contenter de décrire ce qui s’est passé mais devraient également considérer que les réactions face à la douleur et les attitudes culturelles face à la chirurgie des patients chinois et occidentaux pourraient être différentes. Puisque les Chinois ne fournissent pas de bonnes études statistiques, « l’anesthésie par acupuncture » devrait être considérée comme expérimentale. Les médecins qui les réalisent et les patients qui s’y soumettent devraient le faire dans des conditions strictement contrôlées au sein de programmes de recherches bien établis.

Vous vous demandez ce qui est arrivé à James Reston ? Une anesthésie chimique a été utilisée pendant son opération de l’appendicite. Les aiguilles d’acupuncture auraient soulagé la douleur postopératoire le jour suivant l’opération, une heure après leur utilisation. Il est cependant plus probable que le soulagement ait été le résultat d’un retour spontané au fonctionnement normal de l’intestin.

Les « cliniques » d’acupuncture et les échecs thérapeutiques aux États-Unis

La propagation de l’acupuncture et de ses supposés résultats thérapeutiques ont conduit à un développement rapide de « cliniques » et de « centres » d’acupuncture à travers tous les États-Unis. Certains d’entre eux proposaient même des services de transport en bus depuis les centres commerciaux de proximité jusqu’à leurs locaux. Même si la majorité de ces infrastructures était « supervisée » par des médecins diplômés, l’acupuncture y était pratiquée de manière habituelle et les tests diagnostiques y étaient minimaux. Des diagnostics anciens ou erronés étaient souvent retenus, et les traitements prescrits étaient établis arbitrairement. Les patients étaient en général abandonnés à eux-mêmes si l’acupuncture se révélait inefficace après quelques séances. Comme dans la période classique (et la Chine moderne), des traitements étaient prescrits pour des troubles pour lesquels les symptômes peuvent varier en fonction du temps et du terrain du patient, comme l’arthrose généralisée, et pour des troubles pour lesquels des périodes de rémission sont la règle, comme la sclérose en plaques.

Pendant cette période, j’ai participé à un débat enregistré avec le directeur d’une de ces cliniques qui soutenait que des patients auparavant incapables de marcher à cause de la sclérose en plaques étaient sortis de son établissement en marchant sans aucune aide. L’homme ne précisait pas comment il avait établi son diagnostic. Il ne pouvait non plus indiquer ce qui avait empêché les patients de marcher, que ce soit à cause de la fragilité de leurs jambes, de leur coordination ou de leur équilibre réduits ou pour toute autre raison. Il ne pouvait non plus indiquer de quelle manière et jusqu’à quel point ces fonctions avaient été améliorées grâce au traitement. Il paraît évident que si un patient « paralysé » est capable de marcher sans aucune aide après un traitement court, il est certainement plus pertinent de remettre en question le diagnostic que de faire l’éloge du traitement !

Avec l’augmentation du nombre d’infrastructures dédiées à l’acupuncture, de nombreux patients pour lesquels l’acupuncture avait échoué ont été vus en consultation dans des cliniques spécialisées dans la douleur et l’arthrose. Parmi ceux que j’ai suivis se trouvaient :

  • un homme d’âge moyen souffrant d’impuissance sexuelle et de dépression avec des tendances suicidaires. Il avait été traité avec des aiguilles d’acupuncture placées sur les cuisses et dans la zone située entre le pénis et le rectum. Ensuite, il a eu besoin d’un traitement psychiatrique.
  • une femme d’âge moyen souffrant d’une douleur des dents du haut qui avait été traitée par stimulation de points d’acupuncture au moyen d’aiguilles placées entre les deuxième et troisième doigts de son pied. Elle a eu besoin d’un diagnostic et d’un traitement dentaire complet ainsi que d’un soin psychologique pour traiter le sentiment de frustration intense qui a suivi l’échec du traitement.
  • un homme d’âge moyen travaillant dans les relations publiques né avec une malformation du canal rachidien. Cet homme souffrait plus de douleurs à la fin du traitement que lorsqu’il l’avait commencé.
  • des patients souffrant d’arthrose des mains qui éprouvaient un soulagement minime après le premier traitement mais avaient des douleurs accrues après le dernier et qui finissaient par l’abandonner du fait de son inutilité.
  • des patients souffrant de douleurs névralgiques liées à un zona et que l’acupuncture n’avait pas aidés.

Une des remarques caractéristiques de mes patients est venue d’un homme d’âge moyen souffrant du dos qui a déclaré que l’acupuncture ne l’avait soulagé que de son argent.

L’acupuncture soulage-t-elle la douleur ?

Il semble à peu près évident que l’acupuncture ne peut guérir aucune maladie. Soulage-t-elle la douleur ? Mon expérience clinique avec les patients ayant été traités par l’acupuncture me laisse penser que toute atténuation de la douleur qui suit la séance est de courte durée. Les études ont montré des résultats contradictoires. Dans la majorité des cas, l’acupuncture n’a pas fait apparaître un meilleur effet que celui d’un placebo. Dans d’autres études, l’acupuncture a montré qu’il était relativement difficile de distinguer un stimulus précédemment douloureux d’un stimulus non douloureux, mais le soulagement était minime, de courte durée et en rien comparable au niveau de soulagement revendiqué dans le cas des thérapies par l’acupuncture habituellement pratiquées. En 1990, un trio d’épidémiologistes néerlandais a analysé cinquante-et-une études contrôlées sur l’acupuncture dans le traitement de la douleur chronique et a conclu que « la qualité des études, y compris les meilleures d’entre elles, s’est révélée médiocre… L’efficacité de l’acupuncture pour le traitement de la douleur chronique reste douteuse. »

L’« auriculothérapie » est une variante de l’acupuncture basée sur l’idée que la surface du corps et les organes sont « représentés » sur l’oreille par un modèle ressemblant à un fœtus inversé. Les tenants affirment qu’une stimulation électrique de points qui « correspondent » à la zone douloureuse du corps peut soulager la douleur. En 1984, le Journal of the American Medical Association a publié les résultats d’une étude contrôlée de trente-six patients ayant reçu un traitement par auriculothérapie pour des douleurs chroniques. Les chercheurs ont observé que la stimulation des points recommandés par les partisans de l’auriculothérapie n’était pas plus efficace que le fait de toucher simplement des points éloignés avec ou sans stimulation électrique. L’expérience a montré que tout soulagement produit par auriculothérapie est probablement dû à l’effet placebo.

Effets indésirables

Non seulement l’acupuncture n’a pas réussi à démontrer des bénéfices significatifs, mais dans certains cas, elle a même été très dangereuse.

Les aiguilles d’acupuncture ne sont pas seulement insérées dans la peau. Des aiguilles, jusqu’à un pied de long [environ 30 centimètres (NdT)] (!), peuvent être introduites profondément dans le corps. Des dommages graves peuvent en résulter lorsqu’elles perforent des structures vitales. Dans un cas de mal de dos et de sensations de brûlure autour de la bouche et du vagin, des aiguilles ont été insérées à travers la peau de la poitrine. Le poumon a été perforé et un pneumothorax est survenu, remplissant la cage thoracique avec presque un demi-litre de sang. La patiente a dû être hospitalisée deux semaines, avec une pneumonie comme complication.

Une mort par perforation du cœur a été signalée. D’autres signalements se rapportent à une perforation du foie, de la rate, de la vessie, des reins et de l’utérus d’une femme enceinte. Puisque la médecine chinoise classique ne reconnaît pas que les germes causent des maladies, les aiguilles d’acupuncture peuvent ne pas être stérilisées. L’absence de technique de stérilisation peut, bien sûr, provoquer des infections bactériennes et virales. En Chine, les aiguilles d’acupuncture sont conservées dans des solutions alcooliques. Comme l’alcool ne tue pas le virus responsable des hépatites infectieuses, des aiguilles contaminées peuvent propager cette maladie infectieuse grave de patient à patient. Des cas d’endocardite bactérienne (une infection potentiellement mortelle touchant une valve cardiaque) ont également été signalés.

Certaines aiguilles d’acupuncture sont particulièrement fines et de mauvaise qualité. De telles aiguilles ont tendance à se casser. Un scientifique a souffert de douleurs atroces lors d’une expérience sur l’acupuncture au cours de laquelle une aiguille s’est cassée dans son pied. Il a fallu l’opérer pour retirer l’aiguille.

L’« anesthésie par acupuncture » peut inclure une stimulation électrique par des aiguilles placées directement dans le nerf sciatique (le nerf principal de la jambe). Si le nerf est stimulé pendant plusieurs heures avec un courant haute fréquence, une lésion permanente du nerf est presque inévitable. Les fibres du nerf peuvent brûler, leur gaine peut se déchirer et un saignement peut se produire dans le nerf.

La stimulation du prétendu point Yamen est recommandée pour le traitement de la surdité de perception chez l’enfant. Une étude scientifique a montré que cette technique est inutile. Le point Yamen est situé juste au-dessus de la partie la plus fragile du système nerveux humain, la jonction entre la moelle épinière et la base du cerveau. Une aiguille pénétrant dans cette zone sensible peut entraîner une paralysie instantanée des bras et des jambes, un arrêt de la respiration et la mort.

Des manuels d’acupuncture thérapeutique conseillent l’acupuncture pour certaines pathologies qui peuvent mener à la mort ou à un handicap lourd si elles ne sont pas correctement diagnostiquées et soignées. Parmi ces maladies, on trouve les fortes fièvres et la coqueluche chez l’enfant, la sensibilité des seins chez les femmes et les difficultés urinaires chez les hommes.

Même si une bonne formation à la médecine ou aux techniques de l’acupuncture peut réduire le risque de complications, ce n’est guère réconfortant pour les victimes de ces complications.

L’enseignement de l’acupuncture

L’acupuncture ne fait pas partie du programme de la plupart des écoles de médecine américaines, même si quelques écoles proposent des options et/ou des cours en formation continue. Ses tenants affirment que plusieurs milliers de médecins l’utilisent dans leur cabinet aux États-Unis et au Canada. Pourtant, de nombreuses personnes qui pratiquent l’acupuncture ne sont pas suffisamment formées, que ce soit dans les techniques de l’acupuncture ou en médecine.

Pour ce que cela vaut, on peut signaler qu’en Chine, la formation théorique en acupuncture dure plusieurs années. Certains praticiens, pourtant, n’ont suivi que des cours « vite faits », dont certains n’ont duré qu’un ou deux jours. Au début des années 1970, un reporter a demandé à un chiropraticien qui voyageait à travers tout le pays pour enseigner ce type de cours à ses collègues quel temps était nécessaire à l’acquisition des connaissances permettant de pratiquer l’acupuncture. Le chiropraticien a répondu : « Je peux vous apprendre tout ce que vous avez besoin de savoir en dix minutes. » Aujourd’hui, il dirige une école avec plus de trois cents heures de cours.

Le marché disparate

De nos jours, aux États-Unis, l’acupuncture est principalement utilisée pour soulager la douleur — surtout lorsqu’elle est pratiquée par des médecins. Pourtant, on trouve également des indications pour le « rajeunissement du visage » et de nombreux problèmes tels que la surdité de perception, le surpoids, la paralysie, les allergies, l’impuissance, l’arthrose et la « candidose ». Selon un rapport récent du Wall Street Journal, les acupuncteurs vétérinaires traitent des affections telles que l’apathie des poissons rouges, les « névroses » chez les oiseaux, la surdité et les problèmes de dos chez les chiens et les maux et douleurs chez les chevaux.

Tous les États autorisent la pratique de l’acupuncture — certains uniquement par les médecins, certains par des acupuncteurs non-médecins sous supervision médicale et certains par des praticiens non-médecins sans supervision. Bien que les groupes d’acupuncteurs non-médecins réclament des normes de formation et de pratique, ils ont aussi promu des lois autorisant une pratique libre. Dans quelques États, ils exercent une forte pression pour obliger les médecins qui veulent pratiquer l’acupuncture à suivre une formation semblable à la leur. Un article du Vegetarian Times d’avril 1993 a indiqué qu’il y a plus de cinquante écoles d’acupuncture et environ 6500 acupuncteurs aux États-Unis.

La National Commission for the Certification of Acupuncturists (NCCA) tente de mettre en place des normes au moyen d’une certification volontaire. Plusieurs milliers de praticiens ont été certifiés et certains États ont adopté l’examen du NCCA comme critère partiel ou unique d’autorisation d’exercice. Les références utilisées par les acupuncteurs comprennent le C.A. (Certified acupuncturist), M.A. (master acupuncturist), D.A. (diplomate of acupuncture) et O.M.D. (Oriental medical doctor). Ces références ne sont pas reconnues par la communauté scientifique. En 1990, le Secrétariat à l’Education américain a reconnu la National Accreditation Commission for Schools and Colleges of Acupuncture and Oriental Medicine en tant qu’organisme d’accréditation. Mais, comme pour les écoles de chiropratique et de naturopathie, cette reconnaissance n’est pas fondée sur la validité scientifique de l’enseignement mais sur d’autres critères.

La FDA1 considère que les dispositifs de l’acupuncture « n’ont démontré leur innocuité et leur efficacité pour aucun diagnostic et dans aucune utilisation thérapeutique ». Le National Council Against Health Fraud considère que l’acupuncture est une pratique qui n’a pas fait ses preuves et qui ne devrait être mise en pratique que dans des projets de recherche. Il pense aussi que les autorisations d’exercice de l’acupuncture ne devraient plus être délivrées. Je suis d’accord. Aucune formation en acupuncture ne peut assurer que des profanes sans supervision sont capables de gérer de façon sûre des patients qui ont besoin de soins médicaux. Il n’y a pas non plus de raisons de croire que l’adoption de lois relatives à l’autorisation d’exercer peut prévenir les risques d’abus liés à l’acupuncture.

La mythologie de l’acupuncture s’est rapidement répandue dans notre pays et perdure. Nous pouvons espérer qu’avec le temps, l’éducation et avec une prise de conscience progressive de son inutilité, le public refusera l’acupuncture. Elle rejoindra alors les pratiques du passé, comme ses sœurs en charlatanerie : les purges, les sangsues, la saignée, etc.

 

Cet article a d’abord été publié sous la forme d’un chapitre dans The Health Robbers: A Close Look at Quackery in America. Le Dr Taub est un neurologue spécialisé dans le diagnostic et le traitement de la douleur. Il est également professeur clinique d’anesthésiologie et chargé de cours en neurologie à l’école de médecine de l’université de Yale.

 

N.d.T.

1. La Food and Drug Administration est l’organisme qui autorise la mise sur le marché des produits alimentaires et pharmaceutiques aux États-Unis.

Dernière mise à jour le 21 juillet 2019.

Source: Quackwatch Retour à la page d'accueil

© 2019 Dr Stephen Barrett (version anglaise)
© 2019 Les Sceptiques du Québec (version française)