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La vaccination mise à mal

Richard Gallagher

Depuis plus de 200 ans, les vaccins apportent une contribution sans précédent à la santé publique. Samuel Butler (1835-1902), écrivain et commentateur, a dit : « La vaccination est le sacrement médical correspondant au baptême. » Compte tenu de la liste des maladies mortelles autrefois terrifiantes et maintenant maîtrisées, notamment la poliomyélite, la rougeole, la diphtérie, la coqueluche, la rubéole, les oreillons, le tétanos et l'Haemophilus influenzae de type b (Hib), on pourrait s'attendre à ce que la vaccination ait obtenu un statut de miracle, pas seulement de sacrement.

Malheureusement, c’est loin d’être vrai. Les vaccins sont des produits peu attrayants pour l'industrie, ils sont sous-estimés du point de vue de la santé publique, sous-financés par les organismes de recherche fondamentale et traités avec suspicion par le public. Il existe de nombreuses raisons à cela, mais ce qui me rend furieux c’est l’influence néfaste de trois groupes : les lobbyistes antivaccins, les journalistes, et les avocats.

Le lobby des antivaccins me frappe par son ignorance. Une simple recherche sur le Web fait apparaître de nombreux sites violemment antivaccins [1]. Ces sites ont souvent un vernis de respectabilité scientifique, mais un regard moins superficiel révèle autre chose. Ils sont dirigés par des obsessionnels de la santé, des théoriciens du complot ou des médecins égarés s’adonnant au sophisme des corrélations fortuites. Ce sophisme, post hoc ergo propter hoc (après cela, donc à cause de cela), présume que si une chose est suivie d’une autre, c’est la première qui en est la cause. Les événements médicaux survenant après une vaccination sont imputés à cette vaccination, mais les preuves solides font systématiquement défaut. Cela peut toutefois ne pas être clair pour le public et il est urgent de déployer des efforts pour contrecarrer les dommages possibles.

Il ne faut pas aller sur Internet pour trouver une propagande non scientifique. Le deuxième groupe, les journalistes, propose des histoires alarmistes, mal documentées et mal argumentées, sur les dangers de la vaccination. Un exemple typique est cette citation d'un quotidien britannique respecté : « Avons-nous besoin de tant de vaccins ? Pourraient-ils causer plus de problèmes de santé qu'ils n'en résolvent, en surchargeant des systèmes immunitaires immatures ? Pourraient-ils contribuer à des problèmes à long terme tels que la sclérose en plaques ou le cancer, d'une manière que nous ne comprenons pas encore ? » [2]

Cette spéculation sauvage est irresponsable. Pire, elle a été publiée au milieu d’une crise d’adoption du vaccin ROR (rougeole, oreillons, rubéole), qui était lié à l’autisme, un lien sans fondement connu. Ce qui est un fait, c’est qu'une diminution de l'utilisation du vaccin crée un risque d’épidémie de rougeole, qui a des conséquences morbides connues.

Le troisième groupe, celui que je trouve le plus odieux, est celui des avocats. Certains de ceux-ci explorent la littérature à la recherche d’effets secondaires, à partir desquels ils tentent de créer des actions en responsabilité. Ils savent quels tribunaux peuvent être dupés avec des preuves « scientifiques » tendancieuses et lesquels donnent les plus gros règlements en matière de dommages-intérêts, et c’est là qu’ils engagent des actions.

Les producteurs de vaccins ont peur [3], et qui peut les en blâmer ? Quelle entreprise sensée lancerait un produit dont les ventes annuelles vaudraient des dizaines de millions de dollars, si des dommages-intérêts punitifs de plusieurs milliards de dollars constituaient une menace permanente ? Il ne s’agit pas d’absoudre des fabricants peu enclins à être francs sur les effets indésirables et qui sont heureux de menacer de poursuites lorsque cela leur convient.

Une loi sur les vaccins serait très utile. Elle pourrait établir des règles permettant de démontrer des effets indésirables - oui, cela arrive - et fournir un cadre d'indemnisation aux parties concernées. Dans ce cadre stable, les entreprises pourraient être incitées à être compétitives dans le développement de nouveaux vaccins sûrs et efficaces, qui seraient bénéfiques pour les programmes de santé publique dans le monde entier.

 

Références

  1. Ces sites comprennent : Vaccination News, The Vaccination Files, et Vaccination Debate.
  2. Figes K. A shot in the dark. Guardian Unlimited, Aug 13, 2003.
  3. Lederman L. Protection for vaccine makers: Product liability concerns continue to hinder vaccine development. The Scientist, Oct 27, 2003.

 

Cette page a été publiée le 20 novembre 2003. À cette date, M. Gallagher éditait The Scientist, un magazine international analysant les problèmes et les événements ayant une incidence sur le monde des scientifiques du vivant. Cet article est reproduit avec autorisation (volume 7, numéro 22, page 6, 17 novembre 2003). Copyright 2003, tous droits réservés.

Traduction en français le 10 mars 2019 par le Dr Jacek Sierakowski.

Dernière mise à jour le 12 avril 2019.

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© 2019 Dr Stephen Barrett (version anglaise)
© 2019 Les Sceptiques du Québec (version française)