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Homéopathie : nouvelle science ou Nouvel Âge ?

Dr Mahlon W. Wagner

L'homéopathie existe depuis environ 200 ans et pourtant, les médias ont laissé entendre que l'homéopathie était la médecine du futur. Aujourd'hui, l'homéopathie est présente dans presque tous les pays. En Europe, 40 % des médecins français utilisent l'homéopathie, de même que 40 % de leurs confrères néerlandais, 37 % des Britanniques et 20 % des Allemands [1]. Aux États-Unis, des centaines de milliers de personnes prennent des remèdes homéopathiques chaque année. En effet, l'homéopathie semble devenir de plus en plus populaire.

Contexte historique

Samuel Hahnemann, un médecin allemand, a développé l'homéopathie vers 1796. Il était mécontent de la médecine conventionnelle de son temps. Les traitements médicaux acceptés à cette époque étaient souvent dangereux pour le patient. Une plaisanterie consistait à dire que plus de gens mouraient du traitement que de la maladie elle-même.

Samuel Hahnemann

Hahnemann a exposé deux principes de son homéopathie. Premièrement, il disait que « similia similibus curentur » c.-à-d. que les semblables guérissent les semblables. Cela signifie qu'une substance qui provoque certains symptômes chez une personne en bonne santé peut être utilisée pour soigner des symptômes similaires chez une personne malade.

Deuxièmement, Hahnemann a affirmé que des doses de plus en plus faibles du remède seraient encore plus efficaces. (D'une certaine manière, c'était peut-être une bonne idée, car certains des remèdes de Hahnemann étaient toxiques.) Hahnemann a donc utilisé des dilutions de plus en plus extrêmes des remèdes. Lors d’un processus qu'il appelait « potentialisation », Hahnemann prenait une substance naturelle originale et la diluait souvent au 1/100e (ou dilution 1 CH). Une seconde dilution au 1/100e est appelée 2 CH. Entre chaque dilution, le remède doit être vigoureusement agité. Cette agitation ou succussion était supposée libérer l'énergie curative du remède. Cette énergie curative n'a jamais été définie ni mesurée de manière adéquate.

Hahnemann trouvait que les dilutions 30 CH étaient assez efficaces. Pour lui, ces très hautes dilutions ne présentaient aucun problème. Il ne croyait pas aux atomes et pensait que la matière pouvait être divisée à l'infini. Aujourd'hui, nous savons qu'il est peu probable qu'une dilution supérieure à 12 CH contienne ne fût-ce qu’une seule molécule du remède. Parfois, Hahnemann diluait une substance au 1/10e (dilution appelée 1 DH). Dans ce cas, toute dilution à 24 DH ou plus ne contenait probablement pas non plus de molécules du remède.

Remèdes utilisés

L'homéopathie prétend n'utiliser que des substances naturelles. Il s’agit d’une tentative de se démarquer de la médecine conventionnelle. Les remèdes homéopathiques comprennent par exemple des testicules crus de bovin, des abeilles écrasées (apis mellifica), de la belladone (cerise mortelle), du cadmium, du soufre, du vomiquier (Nux vomica), de la ciguë (Conium), de la silice (Silicea), de l’aconit, du sel (Natrium mur), de la marguerite des montagnes (Arnica), du venin du serpent maître de la brousse (Lachesis), de l’arsenic (Arsenicum album), de la cantharide (Cantharis), du venin de serpent à sonnettes (Crotalus horridus), de l’ipéca (Ipecacuahna), du lait de chienne (Lac caninum), du sumac vénéneux (Rhus toxicodendron), et d’autres. Certaines de ces substances sont tout à fait inoffensives, mais d’autres peuvent être toxiques (surtout à une dilution 4 DH et moins).

Comment Hahnemann pouvait-il savoir qu'un remède était approprié pour une maladie particulière (en fait pour un symptôme particulier) ? Hahnemann et ses étudiants testaient les remèdes sur eux-mêmes. Ils mangeaient diverses substances végétales, animales et minérales et observaient attentivement les symptômes survenus. Cela s'appelle « proving » (expérimentation). Ces réactions (ou symptômes) ont été rassemblées dans le livre Materia Medica. Par exemple, l'un des symptômes de Pulsatilla (anémone pulsatille) est « Un message déplaisant le rend profondément triste et déprimé après 20 heures ». Pendant les provings, les gens savaient quelle substance ils prenaient. Ce qui est un problème parce qu’ainsi on peut anticiper une certaine réaction ou exagérer un symptôme.

Aujourd'hui, en science moderne, nous essayons d'éviter ce biais en ne laissant pas savoir à la personne ce qu'elle prend, c’est une procédure « à l'aveugle ». Lors de l'évaluation des symptômes, il est également important que le chercheur ne sache pas quel remède est testé (procédure en double aveugle) car le chercheur peut également être biaisé.

Une étude allemande récente [2] a comparé un remède (Belladonna 30 CH) à un placebo. Ceux qui ont reçu le placebo ont signalé encore plus de symptômes que ceux qui ont reçu le remède. Les symptômes rapportés comprenaient des douleurs mineures dans diverses parties du corps. Les patients supposaient-ils à tort qu'une douleur devait être normalement liée au remède ? Il est possible que la douleur ait été le résultat d'un facteur confondant, tel qu’un manque de sommeil.

Comme on peut le constater, l'homéopathie n'est pas concernée par la maladie. Elle se concentre sur les symptômes rapportés par le patient. L'homéopathie associe ensuite ces symptômes à ceux qu'un remède provoque chez une personne en bonne santé. Au contraire, la biomédecine scientifique utilise les symptômes pour identifier la maladie, puis elle traite celle-ci.

Recherche

Il y a deux points de vue sur l'homéopathie, qui sont contradictoires. Selon un point de vue, l'homéopathie ne devrait pas tenter de satisfaire aux exigences rigoureuses de la médecine scientifique. Il suffit qu'il y ait eu des millions de patients satisfaits ces 200 dernières années. La science est de toute façon sans importance, car elle rejette le concept de l’énergie de la « force vitale », essentielle à l’homéopathie. Cette force vitale est identique au vitalisme, un concept primitif utilisé pour expliquer la santé et la maladie. Et en outre, la médecine scientifique a des préjugés et des biais injustes contre l'homéopathie. Dana Ullman [3], porte-parole de l'homéopathie américaine, affirme que l'expérience personnelle est beaucoup plus convaincante que toutes les recherches. L'accent mis sur l'expérience personnelle montre que la plupart des gens ne comprennent tout simplement pas que la vraie science, basée sur la recherche, est essentielle au développement des connaissances.

Le deuxième point de vue est que la recherche scientifique est nécessaire pour que l'homéopathie soit acceptée par la médecine et la société. Au cours des 15 dernières années, de nombreuses études expérimentales ont été réalisées pour examiner les remèdes homéopathiques. Deux études sur l'homéopathie sont peut-être les plus connues.

J. Kleinjen, P. Knipschild et G. ter Riet [4] ont examiné 107 essais cliniques contrôlés sur l'homéopathie. Ils ont conclu que les preuves n'étaient pas suffisantes pour appuyer les allégations de l'homéopathie. C. Hill et F. Doyon [5] ont examiné 40 autres études cliniques. Ils ont également conclu qu'il n'existait aucune preuve acceptable de l'efficacité de l'homéopathie. Depuis la rédaction de ces études, quatre autres ont été publiées.

En 1992, le traitement homéopathique des verrues plantaires a été examiné [6]. Le traitement homéopathique n’était pas plus efficace qu’un placebo.

En mai 1994, un rapport examinait le traitement homéopathique de la diarrhée chez des enfants vivant au Nicaragua [7]. Au jour 3 du traitement, le groupe homéopathique avait une selle non moulée en moins que le groupe témoin (3,1 vs 2,1 ; p <0,05). Cependant, des critiques [8] ont souligné que non seulement les enfants les plus malades étaient exclus, mais qu’il n’y avait pas de différence significative aux jours 1, 2, 4 et 5. Cela suggère que la conclusion n'était pas valide. De plus, rien ne garantissait que le remède homéopathique n'était pas falsifié (contaminé). Enfin, des remèdes classiques qui arrêtent la diarrhée n'ont pas été utilisés comme comparateurs.

En novembre 1994, un rapport de recherche a examiné les effets de remèdes homéopathiques chez des enfants atteints d'infections des voies respiratoires supérieures (p. ex. un rhume) [9]. Quatre-vingt-quatre enfants ont reçu le placebo et 86 ont reçu des remèdes homéopathiques personnalisés. Les chercheurs ont conclu que les remèdes ne produisaient aucune amélioration des symptômes ou des infections.

En décembre 1994, une quatrième étude portait sur le traitement homéopathique de l'asthme allergique, en Écosse [10]. Les 13 patients qui ont reçu le remède homéopathique ont déclaré se sentir mieux et respirer plus facilement que les 15 patients qui ont reçu le placebo. Ensuite, les chercheurs ont combiné ces données avec plusieurs expériences antérieures. Ils ont conclu qu'en général, l'homéopathie n'est pas un placebo et qu’elle est reproductible.

Cependant, il y avait trop peu de patients pour une analyse significative. Deuxièmement, les rapports personnels sur le fait de se sentir mieux ne sont pas fiables. Si un patient se sent mieux, est-ce une preuve de sa guérison ? Il existe de nombreuses maladies au cours desquelles le patient se sent bien mais est en réalité tout à fait malade. Ce qu'il faut, ce sont plusieurs mesures physiologiques appropriées d'une amélioration. Troisièmement, il est inapproprié de combiner cette petite étude avec des études antérieures portant sur un trouble différent.

La dernière étude, norvégienne [11], a examiné le soulagement de la douleur liée à une extraction dentaire/chirurgie buccale par des remèdes homéopathiques ou des placebos. Quatorze des 24 sujets étaient des étudiants en homéopathie et 2 des 5 chercheurs étaient des homéopathes. Il est prudent de dire que la motivation était grande pour que l'homéopathie réussisse. Cependant, aucune preuve positive n'a été trouvée en faveur de l'homéopathie, que ce soit dans le soulagement de la douleur ou l'inflammation des tissus.

Le lecteur se demandera peut-être pourquoi une telle attention a été portée à la recherche scientifique alors que les partisans de l'homéopathie rejettent la pertinence des essais cliniques pour en établir la validité. Mais les mêmes affirment également que la revue de 1991, ainsi que les études réalisées au Nicaragua et en Écosse, sont la preuve que l’homéopathie fonctionne effectivement. Il est important de se rendre compte que toutes les recherches qui semblent soutenir l'homéopathie sont fort incorrectes. La seule conclusion qui soit justifiée à l'heure actuelle est que la recherche n'a pas démontré de manière concluante que les remèdes homéopathiques soient efficaces.

Plaidoirie homéopathique

Quelle réponse peut-on donner à quelqu'un qui dit qu'il a pris un remède et que cela a fonctionné ? La plupart des gens ne se rendent pas compte qu'avec le temps, la plupart des affections vont s'améliorer, même si rien n'est fait. Comme le dit le proverbe, « un rhume guérira en 14 longs jours sans traitement, mais il ira mieux en seulement deux semaines avec des médicaments ». Un médecin avisé dira de ne pas s’inquiéter, que des médicaments n’aideraient pas beaucoup. (À propos, est-ce que quelqu'un a déjà entendu parler d'un homéopathe disant à un patient qu'il ne devait pas s'inquiéter et que la maladie disparaîtrait d’elle-même ?) Quand quelqu'un dit que le remède homéopathique l'a guéri, on peut se demander : « Aurait-il été guéri aussi vite si rien n'avait été fait ? »

Un autre facteur à considérer est l'effet placebo. Cela signifie que si les gens croient qu'ils sont correctement traités, ils se sentiront mieux plus rapidement. Des recherches récentes montrent que jusqu'à 70 % des patients en médecine/chirurgie rapporteront de bons résultats de techniques dont nous savons aujourd'hui qu’elles sont inefficaces [12]. (Au moment du traitement, le patient et le médecin étaient convaincus de l'efficacité du traitement.)

Depuis 1842, les homéopathes soutiennent que l’argument du placebo n’est pas pertinent, car les remèdes homéopathiques aident aussi les enfants et les animaux. Mais les enfants et les animaux répondent aux suggestions lorsque les chercheurs et souvent les parents et les propriétaires d’animaux sont conscients qu’un remède a été administré.

Les partisans affirment également que le traitement homéopathique ne présente aucun risque. Ils disent que les remèdes ultra-dilués sont plus sûrs et moins chers que la plupart des médicaments sur ordonnance. Premièrement, il a été démontré que plusieurs remèdes homéopathiques pour l'asthme étaient contaminés par de grandes quantités de stéroïdes artificiels. Deuxièmement, certains remèdes contiennent des quantités mesurables de la substance critique. Si un patient prend 4 comprimés par jour de mercure (4 DH), il recevra une dose potentiellement toxique. Et une dose de cadmium 6 DH dépasse les limites de sécurité. Enfin, une dose d’Aristolochia inférieure ou égale à 6 DH contient des quantités importantes de cette plante cancérigène. Par conséquent, nous ne pouvons pas affirmer simplement que les remèdes homéopathiques sont toujours sans danger.

Il existe un risque supplémentaire lié aux traitements homéopathiques. Si une personne est malade et nécessite un traitement médical immédiat, tout retard pourrait avoir de graves conséquences. C'est le risque qui est présent avec tous les soins alternatifs.

Les défenseurs de l'homéopathie affirment souvent que l'utilisation de remèdes dilués est similaire à la vaccination. Après tout, les vaccins utilisent aussi des substances très diluées. Une fois encore, l'homéopathie tente d'obtenir une respectabilité en montrant que la médecine conventionnelle utilise des procédures similaires. Ceci est trompeur pour plusieurs raisons. Premièrement, les vaccins sont utilisés pour prévenir les maladies. Une fois que quelqu'un est malade et a des symptômes, une vaccination ne va pas l’aider. Le remède homéopathique n’est administré que lorsque la personne est déjà malade. Les vaccins utilisent des micro-organismes affaiblis, similaires ou identiques, mais l'homéopathie concerne des symptômes similaires de la maladie. Enfin, de nombreux remèdes homéopathiques utilisent des dilutions 24 DH ou 12 CH dans lesquelles il ne reste aucune substance. Les vaccins doivent en revanche contenir une quantité mesurable du micro-organisme ou de sa protéine.

Étranges alliances

Parfois, nous pouvons en apprendre beaucoup sur un sujet en examinant à qui ou à quoi il est associé. Au cours des 100 premières années, l'homéopathie était étroitement associée à de nombreuses pseudo-sciences, notamment le mesmérisme et la phrénologie. Aux États-Unis, de nombreux pionniers de l’homéopathie étaient membres du culte mystique du Swedenborgianisme.

Malheureusement, cela n'a pas changé aujourd'hui. Aux États-Unis en particulier, la chiropraxie (thérapie par manipulation spinale) et la kinésiologie appliquée utilisent des remèdes homéopathiques. De nombreux homéopathes utilisent l'iridologie, la réflexologie, la radiesthésie et l'électrodiagnostic. Aucune de ces méthodes n'a de validité scientifique. En Amérique, si vous voulez en savoir plus sur l'homéopathie, le meilleur endroit où aller est une librairie ou une réunion New Age.

Un autre lien entre l'homéopathie et le mouvement New Age réside dans l'accent mis sur une énergie mystique (appelée « force vitale ») qui, bien que non quantifiable, est supposée imprégner l'univers et être responsable de la guérison. Fritjof Capra et Deepak Chopra affirment que les mystères de la physique quantique soutiennent ce concept « d'énergie de guérison ». Mais Victor Stenger [13] a montré que toute la physique moderne (y compris la physique quantique) reste matérialiste et réductionniste et n’apporte aucun support à l’énergie mystérieuse prétendument présente dans les remèdes homéopathiques potentialisés à des dilutions de 12 CH ou plus.

L'homéopathie est-elle un charlatanisme ?

Aux États-Unis, nous avons un adage : « Si ça marche comme un canard, ressemble à un canard, et cancane comme un canard, alors c'est probablement un canard ». Dans quelle mesure l'homéopathie ressemble-t-elle à du charlatanisme et sonne-t-elle comme du charlatanisme ?

Un lien évident entre l'homéopathie et le charlatanisme est l'utilisation par ses partisans d'une logique erronée. Le premier exemple est connu comme l’argument « épreuve du temps » : le fait que l'homéopathie existe depuis longtemps montre qu'elle est valide. Mais la longévité ne garantit pas la validité. L'astrologie, la numérologie et la radiesthésie existent depuis longtemps, mais ce sont des exemples évidents de pseudo-science. La longévité d'une idée ne remplace jamais la science rigoureuse.

Le deuxième argument est que beaucoup de gens ont essayé les remèdes homéopathiques et sont tous satisfaits, l'homéopathie doit donc être légitime. Dans le même ordre d’idées, on nous dit que les personnes célèbres et importantes suivantes ont toutes soutenu l'homéopathie : la famille royale britannique, Johann Wolfgang Goethe, le Mahatma Gandhi, Mère Teresa, Mark Twain, O. J. Simpson, Yehudi Menuhin, Angela Lansbury et Mary Baker Eddy (fondatrice de Christian Science). Les Chinois ont l'habitude de dire que si un millier de personnes disent une bêtise, cela reste une bêtise. En outre, un vote majoritaire ne saurait remplacer la bonne science. En outre, nous n'entendons généralement parler que de succès, et les échecs sont facilement oubliés ou ignorés.

Un troisième argument est le « non sequitur ». Typiquement, le charlatan dit : « Ils se sont moqués de Galilée, mais il avait raison. Aujourd'hui ils se moquent de moi, donc je dois avoir raison. » (En réalité, Galilée n'a pas fait rire. Il a plutôt été persécuté parce qu'il était dépourvu d'une foi chrétienne propre à accepter le dogme correct.) Les homéopathes disent que de nombreux génies se sont révoltés au cours de l'histoire contre la sagesse prévalente. Beaucoup d'entre eux ont finalement été reconnus comme pertinents. Paracelse, William Harvey, Louis Pasteur et Joseph Lister ont été vengés par l'histoire. Par conséquent, il est soutenu que Samuel Hahnemann et l'homéopathie seront finalement reconnus comme ayant raison. Mais cet argument oublie que beaucoup d'autres qui ont prétendu être des génies ont été correctement rejetés.

Dans un esprit d'équité, on peut être tenté de donner à l'homéopathie le bénéfice du doute et de conclure simplement « pas encore de preuve ». Cependant, que devons-nous faire alors que de nombreux praticiens non professionnels rapportent que le fait de simplement écrire le nom du remède sur un morceau de papier et de l’appliquer sur le corps du patient aboutit à un traitement curatif. Deux porte-paroles nationaux respectés n'étaient pas disposés à rejeter ces informations, et l'un d'eux a suggéré que la physique quantique pourrait en fin de compte expliquer ces guérisons ainsi que celles rapportées par des patients à qui le remède a été administré par téléphone.

Nous devons en conclure que l'homéopathie ressemble certainement à du charlatanisme.

Homéopathie aux États-Unis

Avant 1920, l'homéopathie était extrêmement populaire aux États-Unis. Il y avait beaucoup d'hôpitaux et de facultés homéopathiques. Puis la médecine conventionnelle a établi des normes plus rigoureuses pour la formation des étudiants. De plus, la pharmacologie et la découverte de nombreux médicaments utiles sont arrivées simultanément. Aujourd'hui aux États-Unis, seuls 500 des plus de 600 000 médecins utilisent des remèdes homéopathiques.

Cependant, de nombreux scientifiques s'inquiètent de la popularité croissante de l'homéopathie. Aujourd'hui, presque tout le monde peut acheter des remèdes homéopathiques sans ordonnance. En effet, en 1938, un homéopathe qui était aussi un puissant politicien (le Dr Royal Copeland) a pu faire adopter une loi qui exemptait les remèdes homéopathiques de toute réglementation pharmaceutique. Il n'est donc pas nécessaire que l'efficacité des remèdes homéopathiques soit prouvée, contrairement à tous les autres médicaments. En outre, de nombreuses personnes sans autorisation d'exercer et non formées peuvent donner des remèdes homéopathiques à toute personne qui en demande. Les entreprises homéopathiques allemandes et françaises reconnaissent l’important marché potentiel pour leurs remèdes aux États-Unis. Les ventes de remèdes augmentent de 30 % par an et la plupart des remèdes sont vendus dans des magasins New Age et autres magasins bio. Par conséquent, il n’y a aucun contrôle sur la qualité du traitement homéopathique reçu par les patients. Il n'y a pas non plus de contrôle sur la qualité ou la pureté des remèdes.

Pourquoi les gens acceptent-ils l'homéopathie ?

Peut-être y a-t-il deux questions différentes ici. La première question concerne le New Age en général. La deuxième question concerne de nombreux médicaments alternatifs ainsi que l'homéopathie.

Pourquoi les gens lisent-ils leurs horoscopes ? Pourquoi les gens croient-ils en la chance et la malchance ? Pourquoi les gens demandent-ils de l'aide à un radiesthésiste ? Pourquoi les gens visitent-ils les diseuses de bonne aventure ? Les personnes qui agissent de la sorte veulent connaître l’avenir, éviter l’incertitude et prendre leur vie en main. Pour beaucoup, l'incertitude de la vie est insupportable. Ces personnes veulent des explications qu’elles peuvent comprendre. La science moderne est devenue si complexe que beaucoup s'en détournent, frustrés. Il est regrettable que la plupart des gens dans le monde ne comprennent pas ce qu'est la science et ce que la science fait. Par exemple, combien de personnes peuvent expliquer pourquoi il fait plus chaud en été qu'en hiver ? (Seuls 2 des 23 récents diplômés de Harvard pouvaient mentionner l'inclinaison de l'axe de la Terre [14].) Ou combien de personnes comprennent-elles les idées de base de l'évolution biologique ? Une étude réalisée par la National Science Foundation en mai 1966 indiquait que 48 % des adultes américains pensaient que les humains et les dinosaures ont coexisté, et seulement 47 % savaient qu'il fallait un an à la Terre pour tourner autour du Soleil. Cet analphabétisme scientifique, dû en partie aux faiblesses de nos systèmes éducatifs, facilite la réussite des pseudo-sciences et des superstitions.

Pourquoi les gens se tournent-ils vers l'homéopathie et autres médicaments « alternatifs »? Beaucoup de gens sont mécontents de la médecine conventionnelle. Ils ne font pas confiance aux médecins qui peuvent prescrire des médicaments coûteux ou une chirurgie douloureuse. Souvent, les médecins ne trouvent rien qui cloche chez le patient. Ou alors, ils disent au patient que la maladie guérira avec le temps. Et, bien sûr, les médecins ne peuvent souvent pas passer beaucoup de temps à parler au patient, car ils ont trop de patients à voir ce jour-là. Si le médecin ne trouve aucun problème, cela peut offenser le patient car cela suggère que la cause est psychosomatique. Le patient qui veut être guéri et qui doit être guéri immédiatement est fâché quand le médecin dit que le temps à lui seul guérira le problème. Le patient peut également être mécontent si le médecin ne donne pas de médicaments.

Une première visite chez un homéopathe peut souvent prendre plus d’une heure. Les patients sont encouragés à parler de tous leurs soucis, préoccupations et douleurs. On pourra demander aux patients s’ils aiment les oranges ou les pommes, quel genre de musique ils apprécient, s’ils dorment sur le dos ou sur le côté.

Plus tard, l'homéopathe dira au patient que, puisqu'il est un individu unique, le remède sera également individualisé, pour ce patient uniquement. Ainsi, l'homéopathie séduit à la fois le patient et le médecin. Le patient et le médecin deviennent des partenaires dans la lutte contre la maladie. L'homéopathe est considéré comme un soignant soucieux et sympathique.

Conclusions

Il faut conclure que l'homéopathie n'a pas réussi à établir sa crédibilité scientifique selon tous les critères objectifs, rationnels et médicaux. L'homéopathie ne s'est pas débarrassée des nombreuses caractéristiques de la pseudo-science et du charlatanisme. Comment la médecine conventionnelle, la science et les patients peuvent-ils relever ce défi ?

Le problème de l'analphabétisme scientifique doit être reconnu. Par exemple, si les gens comprenaient plus clairement l'influence de la suggestion et de l'effet placebo, l'attrait de l'homéopathie pourrait diminuer.

Les personnes intelligentes peuvent encourager les autres à penser de manière plus critique. Des allégations extraordinaires exigent des preuves extraordinaires. Un miracle signifie une violation des lois de la nature. Un remède miracle n'est probablement pas un miracle du tout. Si quelque chose semble trop incroyable pour être vrai, ce n'est probablement pas vrai. Nous devons exiger que les affirmations diagnostiques et thérapeutiques soient étayées par des preuves. Pour paraphraser une autre devise américaine : « La seule chose nécessaire pour que le charlatan prospère est que les personnes intelligentes ne fassent rien ».

 

Références

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Cet article a été révisé le 1er mars 2002.

Traduction en français le 3 juin 2019 par le Dr Jacek Sierakowski.

Dernière mise à jour le 13 juin 2019.

Source: Quackwatch Retour à la page d'accueil

© 2019 Dr Stephen Barrett (version anglaise)
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