Les pharmacies du Québec montrent des signes de progrès en homéopathie

 


Jonathan Jarry

Mise à jour : l’article qui suit a été publié à l’origine en anglais le 17 mai 2019. Depuis sa publication, j’ai remarqué que certaines de ces affiches avaient disparu. Ce type d’intervention est malheureusement temporaire. En l’absence de suivis constants et d’une ferme volonté de la part de l’ABCPQ et des pharmacies, nous risquons de perdre ce beau progrès.

 

 

Si vous entrez dans une pharmacie du Québec et arrivez au rayon « rhume et grippe », vous apercevrez peut-être une affiche que vous n’avez jamais vue auparavant. Elle vous dit : « Chers clients, l’efficacité des produits homéopathiques n’est généralement pas soutenue par des données scientifiques probantes. » J’ai aussi noté dans un magasin particulier (peut-être par acte de vengeance discrète) que le personnel de la pharmacie avait placé un avis sur un affichage coulissant destiné à vous aider à déterminer quel produit homéopathique pourrait vous convenir. L’avis répond essentiellement : « Aucun ».

Comment en est-on arrivé là ?

Tout d’abord, voici un cours intensif sur la façon dont nous savons que l’homéopathie ne fonctionne pas, et ce, qu’importe le produit ! Prenez l’ipéca, une plante qui fait vomir. Diluez-la dans de l’eau, puis diluez cette dilution et diluez-la encore plus… jusqu’à ce qu’il ne reste plus d’ipéca. Mettez cette dernière goutte d’eau sur une pilule de sucre. Donnez-la à quelqu’un qui vomit… pour l’empêcher de vomir.

Cette absurdité peut vous rendre nauséeux, mais ce sont là essentiellement les principes fondamentaux de l’homéopathie, créée par un médecin allemand en 1796, car la médecine à l’époque reposait trop sur les problématiques traitements aux sangsues et aux saignées.

Bien que l’homéopathie soit le comble de l’absurdité, un certain nombre d’études scientifiques ont été effectuées pour voir si elle fonctionne vraiment. Certaines étaient de qualité douteuse et, naturellement, sont celles retenues par les homéopathes comme preuve irréfutable. Les meilleurs éléments de preuve ont été examinés par de nombreux gouvernements du monde entier et leurs conclusions sont semblables : l’homéopathie n’est efficace pour aucune condition et ne devrait pas être recommandée.

 

Intérêts financiers

Alors pourquoi les pharmacies vendent-elles ces produits ? Vraisemblablement pour les mêmes raisons que les pharmacies vendent aussi des boissons sucrées, des croustilles et ont vendu, jusqu’en 2000 au Québec, des cigarettes. Les pharmacies étendent leur offre bien au-delà du comptoir d’ordonnances. Ce sont des entreprises, des guichets uniques pour tous vos besoins d’hygiène et de solutions rapides pour les repas.

En matière d’homéopathie, il existe une tension entre les connaissances scientifiques d’un pharmacien et les intérêts financiers de l’entreprise elle-même, dont la défense se résume généralement par une excuse commode : si le consommateur souhaite un produit, nous pouvons le vendre… surtout s’il est approuvé par Santé Canada.

Et voilà le hic. Santé Canada donne une légitimité à ces produits insensés en les approuvant d’une manière qui, pour le consommateur moyen, semble être un processus approprié d’approbation de médicaments, mais ce n’est pas le cas. Aucune efficacité des produits homéopathiques n’a besoin d’être démontrée scientifiquement. Des anecdotes et des « preuves historiques » suffisent. Tant qu’ils ne mettent pas directement la population en danger, ils sont approuvés.

Excuses circulaires

Le processus d’approbation de produits homéopathiques est si simple à suivre que l’émission télévisée de journalisme d’investigation de la CBC, Marketplace, a obtenu une autorisation pour un faux remède homéopathique ciblant les enfants — après avoir envoyé des photocopies des pages d’un vieux livre comme preuve de son efficacité.

Il est important ici de comprendre le système dans lequel ce non-sens survit. Pour évoluer vers une situation de consommation davantage fondée sur des preuves, nous devons connaître les différents acteurs qui participent au système. Les pharmaciens se disent à la merci des chaînes de pharmacie. Les chaînes se défendent en soulignant que Santé Canada approuve ces produits. Et Santé Canada prétend que c’est aux pharmaciens de décider de vendre ou non ces produits.

Mais récemment, un autre rouage de ce système, l’ABCPQ, a refusé de céder à l’inertie qui prévaut. Rappelons que l’ABCPQ est le sigle de l’Association des bannières et des chaînes des pharmacies du Québec.

Quand une petite enquête que j’ai menée a révélé que les deux tiers des pharmacies de Montréal vendaient un produit homéopathique particulièrement populaire contre la grippe, le journal montréalais La Presse a fait sa propre enquête, interrogeant les différents rouages de ce système et mettant en évidence le dilemme des pharmaciens : leur Ordre leur dit qu’ils peuvent vendre ce type de produit, mais ils ne peuvent jamais témoigner de son efficacité.

Et l’ABCPQ a déclaré à La Presse qu’elle produirait des affiches pour que les pharmacies les installent à côté des produits homéopathiques. Quelques mois plus tard, voilà, les affiches sont là (bien que leur usage soit facultatif). Six mille exemplaires ont été imprimés, destinés à la « quasi-totalité des pharmacies du Québec », apprenait-on récemment.

De plus, l’ABCPQ a écrit à Santé Canada pour lui demander de revoir la façon dont elle autorise ces produits. Santé Canada n’a pas répondu, mais nous savons qu’elle est au milieu d’une délibération pluriannuelle pour réviser ce processus. Une annonce est prévue pour le printemps 2020.

Les consommateurs sont prévenus

En tant que scientifique et communicateur, je considère très important que les gens prennent des décisions éclairées sur leur santé. Et je dois leur dire que les produits homéopathiques n’ont pas leur place dans les pharmacies. Leur simple présence suggère leur approbation tacite par un ordre professionnel qui soutient que ses avis sont fondés sur des preuves. On n’arrivera sans doute pas au point où ils seront complètement bannis des pharmacies (et ce n’est peut-être pas possible). Toutefois, je suis heureux de maintenant constater un pas concret dans la bonne direction.

Les consommateurs qui connaissent peu l’homéopathie et qui déambulent dans l’allée du rhume et de la grippe seront désormais confrontés à une affiche assez audacieuse. Elle suffira peut-être à les empêcher de gaspiller leur argent. Et cela pourrait les amener à se demander pourquoi les pharmaciens les vendent toujours même en sachant que ces produits ne fonctionnent pas.

« Consultez votre pharmacien pour en discuter », leur indique l’affiche en caractères rouges.

 

À retenir

  • Les pharmacies du Québec ont récemment reçu (au printemps 2019) une affiche à installer à côté des produits homéopathiques (néanmoins facultative).

  • Cette affiche indique au consommateur que l’efficacité des produits homéopathiques n’est généralement pas soutenue par des preuves scientifiques.

 

Source:

 

Jonathan Jarry, diplômé en biologie moléculaire, est communicateur scientifique pour l’Organisation pour la science et la santé de l’Université McGill (Office for Science and Society). Il coanime le podcast The Body of Evidence avec le cardiologue Christopher Labos. En tant que rationaliste, il estime que toute personne devrait posséder des connaissances suffisantes pour faire des choix éclairés au sujet de sa santé et du monde qui l’entoure.

 

Cet article a été traduit par Louis Dubé et publié dans Le Québec Sceptique N°102, page 46 (Été 2020).