Les Sceptiques du Québec

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À partir d’avant-hierPsychologie

Inquiétudes autour de la lutte contre les sectes

Inquiétudes autour de la lutte contre les sectes

www.lefigaro.fr
Par Angélique Négroni –

Les associations de victimes redoutent la disparition de la Miviludes qui combat ces dérives depuis 17 ans.

«Les sectes ont infiltré les hauts lieux de l’État et elles viennent de gagner le combat», rage l’ancien magistrat Georges Fenech. Sa colère fait suite à la décision du gouvernement de rattacher dès l’an prochain la Miviludes, cette structure qui œuvre contre le phénomène sectaire, au ministère de l’Intérieur et non plus à Matignon.

Pour l’ancien juge d’instruction, ce choix, a priori anodin, est lourd de conséquences. Il sonne la mort de cet organisme spécialisé qu’il avait présidé durant plusieurs années. En coupant les ponts avec les services du premier ministre, la Miviludes va perdre, selon lui, sa mission interministérielle qui lui permettait de balayer l’ensemble du phénomène sectaire en France et de mobiliser tous les ministères concernés. Cette structure va aussi, dit-il, se désintégrer au sein du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR) qu’elle est appelée à rejoindre à Beauvau. «C’est tout un savoir qui va se perdre», relate un fonctionnaire…

Montpellier : la fausse psy usait de méthodes sectaires pour dépouiller ses clients

Montpellier : la fausse psy usait de méthodes sectaires pour dépouiller ses clients

http://www.leparisien.fr/
Julien Constant | Le 10 novembre 2019 à 10h27

Cette femme de 63 ans a été mise en examen jeudi, avant d’être écrouée.

Par Julien Constant

C’est une fausse psychothérapeute qui a dépouillé une cinquantaine de personnes vulnérables depuis plus d’un an en utilisant les mêmes méthodes qu’une secte. Cette femme de 63 ans a été mise en examen, jeudi à Montpellier, pour escroquerie et abus de faiblesse avant d’être écrouée.

L’histoire commence en novembre 2018, lorsque la Sûreté départementale de l’Hérault et l’office central de répression des violences aux personnes (OCRVP) sont chargés de mener les investigations sur les activités de Simone. « Depuis plusieurs années, de nombreuses personnes se sont manifestées auprès de la Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires ( MIVILUDES ) pour dénoncer les pratiques douteuses de cette sexagénaire qui se présentait comme psychothérapeute et somatothérapeute », explique une source proche du dossier.

En fait, cette femme déjà connue des services de police n’a aucun diplôme et, sur sa page Internet, elle se dit spécialiste du toucher thérapeutique pour débloquer les tensions, affichant des compétences dans toutes les disciplines du genre : Shiatsu, réflexologie plantaire, rêve éveillé etc.

Les enquêteurs ont rapidement découvert qu’elle ne déclarait pas ses revenus. Et surtout, qu’elle était aidée par son conjoint et quatre autres femmes pour mettre en place une stratégie destinée à dépouiller des gens vulnérables psychologiquement qui poussaient la porte de son cabinet.

Désocialisation des patients

« Elle leur proposait des stages très coûteux qu’elle animait elle-même et usait de son influence pour accélérer la désocialisation de ses patients. Elle les coupait de tout lien d’amitié et avec leurs familles afin de mieux parvenir à ses fins », précise une source proche de l’affaire.

Les enquêteurs, épaulés par le GIR (groupe d’intervention régional) du Languedoc ont surveillé et écouté les escrocs durant de nombreux mois. Ils sont parvenus à identifier une cinquantaine de victimes depuis 2013. Mais seule une dizaine a été entendue, pour lesquelles le préjudice s’élève à 120 000 euros.

La fausse praticienne, son époux et ses quatre complices, âgés de 38 à 65 ans, ont été arrêtés mardi dernier à Montpellier. Lors des perquisitions les forces de l’ordre ont mis la main sur 19 000 euros en espèces au domicile d’une des complices. 4000 euros ont été saisis sur le compte bancaire du couple. Leur Audi Q3 a aussi été saisie. Les six suspects ont été placés en garde à vue dans les locaux de la Sûreté.

La fausse psychothérapeute a reconnu du bout des lèvres en tentant de minimiser l’ampleur de ses méfaits. Son époux a été mis en examen mais il a pu recouvrer la liberté sous contrôle judiciaire. Les quatre complices ont été laissées libre à l’issue de la garde à vue. La suite des investigations s’avère déjà longue car les policiers devront entendre une centaine de victimes et le montant du préjudice pourrait atteindre le million d’euros.

Fusion de la Miviludes avec le CIPDR

A F S I

Alerte Faux Souvenirs Induits

Maison de la vie associative et Citoyenne
18 rue Ramus 75020 PARIS
Métro : gambetta – Ligne 3

Tél. : 06 81 67 10 55

Fusion de la Miviludes avec le CIPDR
(Comité Interministériel de Prévention de la Délinquance et de la Radicalisation :

L' A F S I monte au créneau dans un courrier auprès du Premier ministre.

Paris, le 3 Octobre 2019

Monsieur Edouard PHILIPPE
Premier Ministre
Hôtel de Matignon
57 rue de Varenne
75007 PARIS

Monsieur le Premier Ministre,

Présidente de l’association A F S I , Alerte Faux Souvenirs Induits, association de la Loi 1901, depuis sa création en Juillet 2005, notre association lutte contre les dérives sectaires dans le domaine de la Santé, les thérapies en particulier.

Toutes les dérives de thérapeutes souvent autoproclamés sont notre principale préoccupation, puisque notre association a recensé plus de neuf cents familles et victimes, venant de toute la France, ce qui représente des milliers de victimes, dont les enfants sont sous l’emprise de thérapeutes charlatans qui usent de leur pouvoir de suggestion pour induire via diverses techniques de manipulation mentale des traumatismes inexistants dans l’esprit de leurs patients entraînant chez eux une destruction psychologique grave et durable ainsi qu’une rupture avec leur famille, et que nous appelons « les faux souvenirs induits ».

Pour venir en aide aux victimes et leur famille nous nous tournons régulièrement vers les agents de la Miviludes. Leur expérience nous permet de mieux renseigner les familles et, si nécessaire, de les amener à se retourner contre leur thérapeute malfaisant.

Notre association a toujours travaillé avec la Miviludes et ses agents, depuis sa création en 2005. C’est dans son Rapport 2007 remis au Premier Ministre que la Miviludes avait abordé cette problématique des faux souvenirs induits dans une étude intitulée : les dérives psychothérapeutiques, le cas des faux souvenirs induits (page 39).

Pour la première fois un rapport officiel parlait des faux souvenirs induits, phénomène qui nous vient des Etats-Unis, qui après les mouvements féministes des années soixante-dix, ont vu déferler chez eux une vague d’accusations de parents innocents. La False Memory Syndrome Foundation (FMS) s’est créée en 1992 pour justement combattre ces fausses accusations. En 1997 plus de 150 procès ont eu lieu, des victimes de thérapeutes déviants et leurs parents se sont retournés contre leur thérapeute. Tous les procès ont été gagnés et les victimes ont reçu des millions de dollars en dommages et intérêts.

La médiatisation de ces procès a fait que depuis 2000 il n’y a pratiquement plus de faux souvenirs aux Etats-Unis. Nous avons en France près de 20 ans de retard sur les américains, c’est la raison pour laquelle nous sommes aujourd’hui « en plein » dans les faux souvenirs induits.

Les Agents de la Miviludes nous reçoivent régulièrement pour des sujets épineux que nous ne pouvons pas toujours résoudre nous-mêmes et leurs conseils avisés, que ce soit dans le domaine de la santé ou de la Justice, nous permettent de répondre le mieux possible eux familles. La Miviludes reçoit également les familles dans la détresse qui ont souvent des problèmes avec des jeunes enfants ou petits-enfants.

Aujourd’hui vous avez décidé de rapprocher la Miviludes avec le Comité Interministériel de Prévention de la Délinquance et de la Radicalisation (CIPDR) qui dépend du Ministère de l’Intérieur. Vous expliquez que « la Miviludes et le CIPDR ont un point commun important qui est la lutte contre les nouvelles formes de radicalité et les phénomènes d’emprise et d’enfermement … »

• Que deviendront les victimes de thérapeutes déviants ?
• Que deviendra notre association si elle ne peut plus se tourner vers la Miviludes ?

Car la radicalité ce n’est pas du tout notre problème, nous le voyons bien, depuis 2015 on ne parle que de la radicalisation mais plus du tout des faux souvenirs induits ni des thérapeutes déviants, alors que nous recevons en moyenne entre quatre-vingt et cent familles chaque année.

• Vers qui devrons-nous nous tourner ?
• Quel service au CIPDR sera à même de nous dire si tel ou tel thérapeute est toxique ou si telle ou telle thérapie est dangereuse, parce que la Miviludes a une certaine expérience que nous n’avons pas, faute d’avoir reçu aucune subvention depuis notre création en 2005.

Nous savons depuis longtemps que les Pouvoirs publics attendent tout des associations sans rien donner en retour. Avec la Miviludes nous sommes certains d’avoir les bons renseignements, qui allons-nous avoir maintenant ? A qui devrons-nous faire confiance ?

Nous sommes désolés de vous dire, Monsieur le Premier Ministre, que faire disparaître la Miviludes comme vous en avez décidé, est une grossière erreur, vous laissez ainsi la porte ouverte à tous les charlatans de la santé et des mouvements sectaires. En œuvrant ainsi vous voulez la perte des associations.

Nous nous tenons à votre disposition pour vous rencontrer et vous présenter notre association.

Veuillez croire, Monsieur le Premier Ministre, en l’assurance de notre considération distinguée.

La présidente
Claude Delpech

Les fake news peuvent créer de faux souvenirs

Les fake news peuvent créer de faux souvenirs

https://www.courrierinternational.com
Carole Lembezat – Publié le 

Selon une étude publiée dans Psychological Science,les électeurs peuvent se créer de faux souvenirs après avoir été exposés à des informations inventées, en particulier si elles correspondent à leurs convictions politiques.

“Nul ne peut nier que les fake news sont un vrai problème”,commence Forbes. En se propageant via les réseaux sociaux, elles contribuent à renforcer des préjugés, influencent les gens et sont souvent difficiles à stopper. Elles conduiraient même à la fabrication de faux souvenirs, en particulier si ces fausses informations vont dans le sens de nos convictions. C’est ce que montre une étude parue le 21 août dans la revue à comité de lecture Psychological Science.

Menée auprès de 3 140 volontaires, une semaine avant le référendum sur la légalisation de l’avortement en Irlande, en 2018, cette étude “montre de façon terrifiante qu’il est extrêmement facile de nous manipuler et extrêmement difficile pour beaucoup d’entre nous de distinguer le vrai du faux”, analyseRolling Stone.

Près de la moitié des participants ont en effet affirmé se souvenir d’au moins une des fausses informations qui leur étaient présentées, “et beaucoup n’ont pas remis en question leurs faux souvenirs, même après avoir appris que les articles qu’ils avaient lus étaient faux”, rapporte BBC News.

Gillian Murphy, chercheuse à l’University College Cork, qui a dirigé l’étude, explique à la chaîne britannique :

La mémoire est un processus de reconstruction et nous sommes vulnérables aux suggestions qui faussent nos souvenirs sans que nous en prenions conscience.”

Pour cette étude, les chercheurs ont demandé à chaque participant leurs intentions de vote, puis ils leur ont montré six informations dont deux étaient inventées. “Un exemple concernait la destruction forcée d’affiches de campagne qui auraient été achetées illégalement avec des fonds étrangers”, détaille BBC News. Les participants devaient dire s’ils se souvenaient ou non de ces informations et dans quel contexte ils en avaient eu connaissance.

Une étude sur un cas réel : une première

Les partisans de la légalisation de l’avortement – qui avaient annoncé qu’ils voteraient oui au référendum – étaient plus susceptibles de prétendre se souvenir de ce qui s’était passé si l’histoire concernait la campagne du non – et inversement.

Pour Rolling Stone“les conclusions de cette étude sont claires : non seulement il est terriblement facile pour des individus mal intentionnés d’exploiter les biais (cognitifs) des gens pour les manipuler, mais il est aussi très difficile pour ces gens de réajuster leur perspective une fois qu’ils ont été manipulés, et ce même si on leur dit explicitement qu’il s’agissait d’une manipulation”.

Et pour BBC News, “cette étude corrobore des travaux antérieurs. Mais, selon les auteurs, c’est la première fois que le problème était mis à l’épreuve dans le cadre d’un véritable référendum et simultanément à ce dernier.”

Paris : le gynécologue adepte de la «méditation orgasmique» aurait fait plusieurs victimes

Paris : le gynécologue adepte de la «méditation orgasmique» aurait fait plusieurs victimes

http://www.leparisien.fr/
Cécile Beaulieu | 29 mai 2019, 18h25| MAJ : 29 mai 2019, 18h56

Prévenu d’agression sexuelle sur une patiente, le gynécologue parisien aurait fait d’autres victimes. Le procès a été renvoyé pour que toutes ces femmes soient entendues.

Par Cécile Beaulieu

Le 29 mai 2019 à 18h25, modifié le 29 mai 2019 à 18h31

Marie * ne serait pas la seule victime du gynécologue. Alors que le médecin parisien, septuagénaire, devait être jugé pour avoir agressé sexuellement la jeune femme de 26 ans, en 2016, dans son cabinet du nord de Paris, c’est un véritable coup de théâtre qui s’est joué devant la 10e chambre du tribunal correctionnel, où s’est présentée une seconde partie civile. Comme Marie, Sophie *, 30 ans, affirme avoir subi les assauts du praticien, des attouchements buccaux, et même une pénétration. Comme Marie, elle lui a demandé d’arrêter… Et l’homme a repris la consultation en toute indifférence. Comme Marie, encore, dans un état de sidération totale, elle a réglé le médecin sans un mot.

La police judiciaire retrouve des victimes

Retour quelques mois en arrière : Sophie se décide à pousser la porte la porte du 2e DPJ (district de police judiciaire), pour dénoncer, enfin, l’agression dont elle a été victime. Immédiatement, le nom du gynécologue évoque aux enquêteurs une autre affaire, celle de Marie, et ils en réfèrent au parquet qui lance des investigations, répertorie méthodiquement les plaintes déposées, et recherche activement d’autres victimes potentielles.

Une expertise psychiatrique accablante

Outre Marie et Sophie, deux autres jeunes femmes sont identifiées : l’une n’a pas encore souhaité déposer plainte, et, pour la seconde, les faits, trop anciens sont désormais prescrits. « Mais l’affaire prend une toute autre dimension, souligne Me Marie-Alix Canu-Bernard, l’une des conseils de Marie. Nous pensions à un comportement isolé. Un médecin qui, brutalement, perd pied, mais il semble qu’il s’agisse d’un comportement en série, beaucoup plus inquiétant. D’ailleurs, termine-t-elle, la seconde expertise psychiatrique dresse le portrait d’un homme pervers et dangereux ». A la vue du dossier, le président décide de joindre les affaires et reporte leur examen à l’automne, dans une audience fleuve de 7 heures.

C’est sur les bancs du tribunal que Marie et Sophie se sont découvertes, et constaté leur étonnante ressemblance physique. Confronté, aussi, leur douloureuse expérience dans le cabinet du médecin, qu’elles avaient pourtant consulté à de multiples reprises avant d’être agressées.

Une séance de « méditation orgasmique »

Marie, elle, connaissait même le praticien, ami de sa famille, depuis l’enfance. C’est donc en toute confiance qu’elle se rend, ce 13 avril 2016, à sa consultation. Mais, rapidement, l’examen tourne au cauchemar. Délaissant toutes considérations médicales, le gynécologue propose à sa patiente une séance de « méditation orgasmique », étrange concept qui se traduira par des attouchements sexuels, si poussés, qu’une information judiciaire pour viol avait initialement été ouverte, avant que les faits ne soient requalifiés en « agression sexuelle par personne ayant autorité ». Le lendemain, le docteur avait envoyé à Marie un SMS d’excuses qui sonne comme un aveu. Aujourd’hui, il nie pied à pied à l’accusation, taxant sa patiente de « dévergondée » qui n’hésiterait pas à s’afficher en maillot de bain sur les réseaux sociaux, comme il l’a martelé lors de la première audience, au mois de janvier.

Des victimes très éprouvées

Très douloureusement éprouvée, Marie est toujours suivie par un psychologue. Quelques mois auparavant, Sophie passe la porte du gynécologue. Il la suit régulièrement car elle souhaite avoir un enfant. Cette fois, il n’est pas question de méditation orgasmique, mais là encore, la consultation dérape : effarée, la patiente découvre que les gestes du médecin n’ont rien avoir avec un examen médical : « Ça ne va pas ! », s’exclame-t-elle alors. Sans se départir de son calme, le praticien, rappelé à l’ordre, poursuit comme si de rien n’était, la consultation.

L’audience se tiendra le 24 octobre prochain.

* Les prénoms ont été modifiés

Dinan : un kinésithérapeute et sa compagne condamnés pour escroqueries

Dinan : un kinésithérapeute et sa compagne condamnés pour escroqueries

https://actu.fr
Publié le 22/03/2019
Par S.L

Un kiné de Dinan comparaissait jeudi 14 mars devant le tribunal de Saint-Malo pour escroquerie. Sa femme naturopathe a, elle, été jugée pour usurpation de titre ou de diplôme.

Un kinésithérapeute de Dinan (Côtes d’Armor) comparaissait jeudi 14 mars devant le tribunal de Saint-Malo pour escroquerie.

Sa femme naturopathe a, elle, été jugée pour usurpation de titre ou de diplôme. Des petits arrangements dénoncés par ses confrères, qui auraient coûté à la CPAM la bagatelle de 184 000 €.

Sur la porte de son cabinet, il n’y avait qu’une plaque : la sienne, « masseur-kinésithérapeute ostéopathe ».

Pour trouver celle de sa femme, censément naturopathe, l’agent assermenté de la CPAM venu faire son enquête a dû chercher dans la salle.
Quand il demande une séance de drainage lymphatique, ordonnance médicale en main, le kiné lui répond qu’il n’exerce plus la kinésithérapie « depuis huit ou neuf ans. »
Voilà une procédure pour escroquerie lancée sur la base de dénonciations anonymes de ses confrères.

« On balance cet homme et on veut rester anonymes. C’est discutable » déplore l’avocat du kiné, Me Stichelbaut.

Kinésithérapie ou ostéopathie ?

Le fait est que depuis 2013, le kiné facturait des séances de kinésithérapie alors qu’il avait pratiqué de l’ostéopathie. Or les séances d’ostéopathie n’amènent pas à un remboursement de la CPAM.

L’homme procédait également à la facturation d’actes fictifs et laissait sa femme naturopathe procéder à des actes censément prescrits par acte médical.

À plusieurs reprises, des patientes venues pour un drainage lympathique sur ordonnance ont été dirigées vers elle, qui se servait alors d’un appareil M6 destiné à réduire la cellulite.

Le couple ne voit pas où est le mal :

« Ça m’est arrivé d’aller chez le dentiste, la secrétaire me fait le panoramique dentaire et c’est le dentiste qui se fait rembourser. Pour nous c’était pareil. »

422 patients le samedi

Le temps de travail déclaré n’a fait qu’amplifier le doute de la CPAM : pour la seule année 2013, ce sont 240 jours déclarés travaillés avec une moyenne de 9h50 par jour. Le procureur ironise :

« À ce rythme-là, on a à peine le temps d’aller aux toilettes » 

Pour 2013 et 2014, 477 patients ont été recensés dont pas moins de 422 le samedi. Des chiffres qui apparaissent aux yeux des magistrats « surréalistes. »

En cause également : des séances rallongées, pour « prendre le temps avec les patients », mais aussi… doublement facturées. Un non-sens pour la présidente du tribunal.

« Si vous voulez vraiment aider les gens, vous prenez le temps mais vous ne facturez qu’une séance ! »

Quand bien même il aurait facturé des doubles séances, l’homme déclare que « c’est toujours mieux que de prendre cinq patients sur la même plage horaire et de les laisser sur des machines. »

« La frontière est très mince »

Alors kiné ou ostéopathe ? « La frontière entre les deux est très mince » explique le prévenu, désormais ostéopathe à temps-plein. « Quand je prenais en charge le patient, même quand je pratiquais l’ostéopathie, j’ai toujours pratiqué un peu de kinésithérapie. »

 Et puis ils ne seraient « pas les seuls ».

« Reconnaissons-le ! On a tous pensé à une petite expérience personnelle, on a tous un kiné qui fait un peu d’ostéopathie et qui fait en sorte qu’on soit remboursés. »

Seule pratique que l’avocat admet contestable : la facturation d’actes pratiqués en semaine sur la journée du samedi.

« C’est une mauvaise application de la convention mais ce n’est pas de l’escroquerie. »

Un préjudice estimé à 184 471 €

« On crie haro sur la fraude à la sécurité sociale, en parlant des arrêts de travail. Mais la première fraude, elle vient des professionnels. Ça, ça rend malade ! »

Le procureur de la République demande 6 mois de prison avec sursis et la confiscation des biens immobiliers du couple en gage de remboursement des dettes. Car le préjudice pour la CPAM est estimé à 184 471 €.

« On n’est pas des escrocs »

L’ancien kinésithérapeute, dont le cabinet ne désemplit pas à Dinan, a été condamné à 4 mois de prison avec sursis. Il a interdiction d’exercer la profession de masseur kinésithérapeute pendant 3 ans.

Le tribunal a ordonné la confiscation des biens. Sa femme a été condamnée à 2 mois de prison avec sursis.
« On n’est pas des escrocs » a clamé le couple. « On a toujours voulu aider les gens. »

 S.L

L’Ordre des médecins interdit les relations sexuelles avec les patients

L’Ordre des médecins interdit les relations sexuelles avec les patients

www.nouvelobs.com
Par L’Obs

Un paragraphe vient d’être ajouté au code de déontologie médicale pour proscrire tout rapport intime entre praticiens et patients, acte assimilé à “de l’abus de faiblesse”.

C’est une victoire pour toutes celles qui ont subi l’emprise de leur médecin, au point de se soumettre à des relations sexuelles. Enfin, le code de déontologie médicale interdit explicitement tout rapport intime entre praticiens et patients, comme le réclame depuis un an un collectif de femmes emmené par le Dr Dominique Dupagne, fondateur du site Atoute.org.

“Le médecin ne doit pas abuser de sa position notamment du fait du caractère asymétrique de la relation médicale, de la vulnérabilité potentielle du patient, et doit s’abstenir de tout comportement ambigu en particulier à connotation sexuelle (relation intime, parole, geste, attitude, familiarité inadaptée, …)”, est-il indiqué dans le commentaire de l’article 2 qui traite du respect de la personne et de sa dignité.

Un tel acte s’apparente même à “un abus de faiblesse” (les mots figurent en gras). Certes, il s’agit d’un commentaire, ce n’est pas un nouvel article à proprement parler, comme le demandait le collectif de patientes.

Mais “cet ajout dans le code de déontologie médicale change tout ! se réjouit le Dr Dupagne. Le message est extrêmement ferme, on n’est plus dans l’arbitraire. Le Conseil de l’Ordre a fini par entendre nos arguments, après une première réaction épidermique.”

Sanctions légères

Jusqu’ici, les patients qui dénonçaient de tels agissements devant le Conseil de l’Ordre se heurtaient à un flou réglementaire. Les médecins mis en cause − principalement des psychiatres − dégainaient systématiquement la même ligne de défense : la relation était consentie. “Certains sont même allés jusqu’à se positionner en victime d’une patiente à qui ils ont eu ‘peur de dire non’ de peur qu’elle ‘fasse une bêtise'”, s’indigne le Dr Dupagne.

Bien souvent, ces praticiens n’ont écopé que que de sanctions légères. Ainsi, Marie (le prénom a été modifié), 61 ans, en grande détresse psychologique, a été abusée sexuellement pendant des mois par le Dr Z., le psychiatre qui la suivait. Marie a eu beau déposer une plainte devant le Conseil régional de l’Ordre, le médecin en fin de carrière n’a reçu qu’un avertissement. Il faudra que Marie fasse appel pour que le Dr Z. soit condamné à six mois d’interdiction d’exercice. “Il sera désormais très difficile pour un Conseil régional de l’Ordre d’aller contre le code de déontologie”, avertit le Dr Dupagne.

Une arme pour les avocats

Et en cas de poursuite devant la justice, les avocats de patients pourront désormais se servir du code de déontologie comme d’une arme.

“Le texte leur sera d’autant plus utile qu’il est très difficile de caractériser au pénal une agression sexuelle sous emprise.”

En lançant son site Atoute.org il y a quinze ans, le Dr Dupagne était loin d’imaginer que les abus étaient si fréquents. Les témoignages contre des médecins n’ont cessé d’affluer sur le forum “Relations entre soignants et soignés”. Telle femme racontait un bisou déposé dans le cou, telle autre des compliments sur sa poitrine… Pour certaines, c’est allé jusqu’au viol.

“L’Obs/Rue89” avait recueilli les témoignages de plusieurs femmes victimes d’abus sexuels de la part de leur médecin :

– Marie, abusée sexuellement par son médecin : “Il me disait de l’appeler papa”

 Mon dermato m’a dit : “La prochaine fois, tu te mettras toute nue”

 – “Mon psychiatre me faisait m’allonger sur le divan, puis se couchait sur moi”

– “Mon psychiatre disait que j’étais ‘une femelle intéressante'”

Barbara Krief et Bérénice Rocfort-Giovanni

Orchamps: un magnétiseur condamné à quatre ans de prison pour agression sexuelle sur des patientes

Orchamps: un magnétiseur condamné à quatre ans de prison pour agression sexuelle sur des patientes

https://www.leprogres.fr
Publié le 05/03/2019

Un magnétiseur exerçant à Orchamps a été condamné mardi 5 mars par le tribunal correctionnel de Lons-le-Saunier. Il aurait commis des attouchements sur plusieurs victimes. Une dizaine de femmes ont dénoncé les mêmes faits.

Un magnétiseur exerçant à Orchamps a été condamné ce mardi 5 mars à quatre ans de prison par le tribunal correctionnel de Lons-le-Saunier. Il était poursuivi pour agression sexuelle.

Durant ses consultations, il aurait commis des attouchements sur plusieurs victimes, leur touchant les seins et le sexe, parfois sous leurs vêtements.

La première plainte a été déposée en 2014 par une mineure, avant l’ouverture d’une information judiciaire. Cette dernière avait consulté le prévenu car elle se sentait mal dans sa peau du fait de son poids.

Le prévenu n’a reconnu les faits que pour une victime. Pas pour la dizaine d’autres femmes qui assurent avoir subi le même traitement de la part de l’hypnotiseur.

Durant le procès, il a été dit que certaines d’entre elles, connaissant une situation de fragilité, étaient sous l’emprise du soignant.

Le ministère public avait requis cinq ans de prison à l’encontre de ce père de famille. Il a été incarcéré à la maison d’arrêt de Besançon. Selon son avocate, il n’a pas encore décidé s’il allait faire appel de la décision.

Marseille : le guérisseur qui débloquait les chakras sexuels

Marseille : le guérisseur qui débloquait les chakras sexuels

https://www.laprovence.com
Par Denis Trossero Publié le 06/03/2019

Déjà condamné à trois reprises, Francy Casacci a écopé hier de quatre ans de prison
Les techniques utilisées par le mis en cause n’ont que très peu convaincu le tribunal, d’autant qu’il a déjà été condamné à trois reprises à Nice, Aix et Grasse.

Cet homme est formidable. Il a un talent oratoire incroyable. Il sait ce qu’il dit et dit ce qu’il sait. “Raphaël” – c’est son nom de code guérisseur – alias Francy Casacci, 44 ans, n’est pas né de la dernière pluie d’outre-France. Il dit qu’il vient des Seychelles. Il ne lit pas dans le marc de café ni dans l’eau verte des lagons, mais se vante d’avoir derrière lui “onze générations du côté de sa mère” versées dans la matière. Il serait une sorte de magnétiseur nourri “d’une trentaine de grimoires” qui n’en finit pas de dire merci à sa mère.

Hélas, la justice n’a pas tout à fait la même lecture. Depuis 2007, il a été condamné à trois reprises. À des peines de trois ans dont dix-huit mois avec sursis, de deux ans, et surtout à six ans en 2008 par le tribunal correctionnel de Grasse pour une série d’agressions sexuelles. Et c’est encore d’agressions sexuelles qu’il avait à répondre hier. Trois jeunes femmes sur lesquelles il aurait exercé ses talents de guérisseur, mais qui ont déposé plainte contre lui pour des caresses intimes, des massages douteux et même un cunnilingus, toutes choses que le prévenu conteste évidemment avec force. Pour six autres plaignantes, il a obtenu des non-lieux. Une seule a eu le courage de venir et de raconter hier à la barre, en larmes, ce qu’elle avait subi. Elle était tout juste majeure et “Raphaël” se serait livré sur elle à divers attouchements : “Il a éteint la lumière pour que je sois à l’aise. Je n’ai pas réagi. J’y arrivais pas. J’étais complètement tétanisée.

Raphaël avait l’habitude de distribuer ses cartes de visite dans les divers instituts de beauté du centre-ville de Marseille. Il n’a pourtant aucun diplôme. Et il se réfugie derrière la médecine chinoise qui serait tant éloignée de nos approches de vilains Occidentaux bêtement cartésiens…

Le centre de son art n’est rien d’autre que son insondable capacité à débloquer les chakras sexuels de ses patientes. Pour un peu, il nous convaincrait qu’un cunnilingus peut soigner une vilaine sciatique. Il abhorre les psychiatres et les psychologues. N’aime pas quand on le décrit comme “paranoïaque“, “psychorigide” et “manipulateur“.

On peut travailler à distance, martèle-t-il. En contact direct avec le corps ou avec des cristaux.” Mais il conteste, même si les patientes évoquent des séances très “sexualisées“. Même si ses dérapages ressemblent singulièrement à ce pourquoi il a déjà été condamné à Nice et à Grasse.

“Si j’étais un agresseur sexuel, je serais un agresseur sexuel avec tout le monde”

Notre génie guérisseur prend des airs de gourou. On imagine sa capacité de conviction. Surtout sur des victimes fragilisées. “Je ne suis pas un monstre ! se défend-il. Si j’étais un agresseur sexuel, je serais un agresseur sexuel avec tout le monde. Un malade est un malade !” Le président Castoldi le pique parfois au vif. Voilà, dès lors, revenue la thèse du complot. Me Mathilde Dumoulin, pour une des victimes, détaille “les gestes déplacés“, “la mise en scène rodée“. “Jusqu’à quand va-t-il pouvoir sévir sous prétexte d’exercer une certaine médecine ?” Le procureur Marc Hellier, qui réclame quatre à cinq ans ferme, pointe la “force tranquille” du mis en cause, “l’assurance avec laquelle il se présente à la barre lesté de dix ans de prison“. En défense, Me Ophélie Kirsch ne se privera pas de rappeler que ce procès lui rappelle “les procès en sorcellerie du Moyen Âge“. Elle dira aussi que ses dons ont été “reconnus par certains de ses patients“. Il a écopé hier soir de quatre ans de prison. Une peine qui sera confondue avec une condamnation antérieure à deux ans.

Bienvenue dans la nébuleuse reiki

Bienvenue dans la nébuleuse reiki

Cette pratique nippone de soins par apposition des mains connaît un grand succès en France, mais par manque d’encadrement, elle devient souvent un outil pour des charlatans et autres gourous qui profitent de la vulnérabilité des patients.

Quand la compagne de Sébastien lui parle d’une initiation au reiki, il hausse les épaules et ne se méfie pas. En 2016, après un burn-out, sa conjointe, Nathalie, assistante de direction, essaye de se reconstruire, alors pourquoi pas tester cette pratique de soins par apposition des mains. C’est d’ailleurs sa psychologue qui lui a donné l’adresse d’une maître reiki à Bordeaux. « Elle a dû enchaîner 21 jours de méditation pour canaliser ce qu’elle appelait “l’énergie universelle”. En une semaine elle a perdu 5 kilos et était épuisée psychologiquement et physiquement », se souvient Sébastien, un cariste landais âgé de 42 ans. S’ensuit une autre initiation et surtout de grosses disputes. « Je ne la reconnaissais plus, elle me repoussait. Dès que je remettais en question le reiki, elle se braquait, le voyait comme une trahison et puis du jour au lendemain, elle est partie. » Sébastien découvre alors que l’initiatrice bordelaise de Nathalie faisait l’objet d’un signalement d’Info Sectes Aquitaine, association de prévention des dérives sectaires de sa région, auprès de l’Agence régionale de santé (ARS).

C’est le Japonais Mikao Usui, alors installé aux Etats-Unis, qui a créé le reiki en 1922 après avoir reçu une illumination. Décédé quatre ans plus tard, il n’a laissé aucun écrit. Le reiki – « la force de l’esprit » – unit méditation et relaxation. Initié à la technique, le praticien appose ses mains permettant au patient de rétablir la force vitale garante de son bien-être. Le reiki engendrerait ainsi un mouvement énergétique intérieur. Il existe une dizaine d’écoles et de méthodes de sa pratique. Depuis 2002, en France, c’est celle prônée par la Fédération française de reiki traditionnel (FRRT) que l’on médiatise le plus (mais qui n’a pas répondu à nos sollicitations malgré nos relances). À Paris dans le XIVe arrondissement, la FRRT a fondé son Institut de Reiki dont le diplôme est reconnu par la Fédération européenne des écoles (FEDE) qui regroupe 500 universités et établissements supérieurs. Se défendant de toutes dérives sectaires « new age » et militant pour « une pratique responsable et professionnelle du reiki », la FFRT se réclame du reiki des origines, rejette les notions de « maître reiki » ou de croyance magique. Le reiki permettrait d’apaiser mais pas de guérir.

Pour alerter, la Fédération a mis en ligne le site « Les dérives et dangers du reiki ». Elle propose sur sa page un annuaire d’environ 40 praticiens qu’elle reconnaît, tous labellisés « Reikiologues® ». Elle mène des interventions auprès de professionnels de santé, par exemple pendant dix ans au sein du service d’oncologie pédiatrique de l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches, avant que celui-ci ne ferme.

« La Miviludes a tenu à mettre en garde le public sur les risques à la mise en œuvre d’une technique qui, en l’absence de formation reconnue sur le plan légal, peut induire un amateurisme de la part de certains pseudo-praticiens » – Audrey Keysers, coordinatrice à la Miviludes

Mais un problème demeure. Affiliés ou non à la FFRT, tous les praticiens de cette méthode thérapeutique se réclament du reiki d’Usui, du nom du créateur japonais de la thérapie. La Fédération de Reiki Usui, basée à Marseille, a publié un annuaire de 377 praticiens. La page « Annuaire Reiki », elle, en dénombre 570. Les terminologies varient : entre praticiens du reiki, maître reiki ou relaxologue par le reiki, cette nébuleuse manque de cadre et ouvre les portes à des charlatans voire des manipulateurs et gourous.

La pratique apparaît ainsi dans un sombre fait divers étalé sur dix ans mêlant reiki, maraîchage bio et gourou qui s’est conclu au tribunal le 10 janvier 2019. Tout avait commencé en 2009 en Haute-Saône. Une vingtaine de personnes s’engagent dans le projet de Luce Barbe qui vient d’acquérir une grande bâtisse : « La ferme des deux soleils ». Fragiles psychologiquement, Luce Barbe les accompagne depuis plusieurs années au sein de l’association A-JIR, via plusieurs thérapies et des maîtres reiki, en prônant le retour à la nature comme précepte. Ces adeptes rompent avec leur vie passée, leur famille, leur emploi, investissent leurs économies dans le projet de la ferme et travaillent bénévolement la terre parfois jusqu’à quinze heures par jour.

Fin 2011, quatre personnes déposent plainte contre la thérapeute l’accusant de les avoir endoctrinés. Un an plus tard, leur « guide de vie » est poursuivie pour travail dissimulé et abus de faiblesse. Le 25 octobre 2018, elle ne se présente pas à son procès. En fuite, elle est arrêtée dans la forêt de Brocéliande dans le Morbihan en janvier 2019. Ils sont une quinzaine à s’être constitués partie civile mais l’enquête étant toujours en cours, les avocats n’ont pas souhaité que j’échange avec les victimes. Gilbert Klein, fondateur du Cercle laïque pour la prévention du sectarisme à Vesoul, a suivi de près l’évolution de l’association d’où Luce Barbe a manipulé ses adeptes. Il a pu me fournir un prospectus relayé par l’association, il y a quinze ans, proposant des initiations au reiki à distance ou dans les locaux de l’asso.

« S’agissant du reiki, la méthode est mentionnée dans plus de 300 signalements qui nous sont adressés sur les trois dernières années », appuie Audrey Keysers de la Miviludes, Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, qui coordonne l’action répressive et préventive des pouvoirs publics concernant les dérives sectaires. « Ce chiffre est à la mesure du succès que rencontre le reiki comme de la variété de ce que recouvrent les offres dans ce domaine. La Miviludes a tenu à mettre en garde le public sur les risques à la mise en œuvre d’une technique qui, en l’absence de formation reconnue sur le plan légal, peut induire un amateurisme de la part de certains pseudo-praticiens », résume-t-elle.

« Les victimes ne sont pas prêtes à témoigner publiquement ou ont enfoui très loin cette expérience » – Une salariée d’une association de prévention contre l’emprise sectaire

« Quand nous nous mettons en condition de vulnérabilité, quand on fait confiance à son praticien : on baisse sa garde », décrypte de son côté Catherine Picard, présidente de l’Unadfi (Union nationale des associations des défense des familles et de l’individu). S’il y a une faille et c’est souvent le cas des patients en recherche de bien-être, les manipulateurs s’y infiltrent. « Des praticiens peuvent avoir des intentionnalités qui amènent les patients à atteindre leur dignité en les amenant là où le consentement n’est pas éclairé », précise celle qui est à l’origine de la loi About-Picard de 2001, tendant à renforcer la prévention et la répression des mouvements sectaires.

Contactées, le Gemppi à Marseille, le Caffes dans le Nord-pas-de-Calais, Secticide à Verdun, les associations de prévention contre l’emprise sectaire ont toutes reçu des témoignages de dérives liées au reiki. « Les victimes ne sont pas prêtes à témoigner publiquement ou ont enfoui très loin cette expérience », me confie ainsi une salariée de l’une d’entre elles. Chercher des victimes directes de dérives du reiki c’est se heurter à un mur du silence. Ce sont les proches des personnes sous emprise qui en parlent plus facilement que les victimes elles-mêmes.

Quand sa conjointe le quitte, Sébastien le cariste des Landes, porte plainte pour abus de faiblesse contre la praticienne bordelaise. Il contacte la Miviludes et se crée très vite un réseau de victimes, toutes quittées par leur conjoint ou conjointe après des années de vie commune, sans raison apparente excepté l’ombre du reiki. 

Il rencontre alors Guillaume, marié pendant dix ans à Éva. Son cauchemar commence en 2016. Son épouse, alors employée dans une agence bancaire, se met en arrêt maladie après un désaccord avec son directeur. Interruption de travail et longue dépression. « En décembre 2017, elle m’annonce qu’elle veut faire une formation de reiki. Je me dis : why not », raconte Guillaume, 38 ans, lui aussi dans la banque. Le premier degré d’initiation passé, elle se jette sur le second, le tout pour 700 euros. Eva perd 20 kilos en un mois et envisage une reconversion professionnelle.

Inquiet, Guillaume fait quelques recherches en ligne sur le maître reiki qui a initié sa femme à Avignon. Ce même praticien a été épinglé par le Gemmpi, association de prévention sectaire à Marseille. Celui qui se présente à la fois comme formateur en reiki traditionnel, massage en MRD (Mouvement Reiki Dynamic), mais aussi spécialiste en anatomie énergétique, danse angélique et géométrie sacrée promet un « saut quantique pour 2018 » et un « accompagnement vers le Nouveau Monde ». Quand Guillaume alerte Eva, elle se sent agressée, ne le croit pas et plonge dans la paranoïa.

En mars 2018, elle demande le divorce. Après son départ, prêt à en découdre pour obtenir la garde de ses deux enfants, il rassemble ses carnets qu’elle remplissait de prophéties sur le pouvoir des pierres et se rend compte qu’elle a vidé les comptes bancaires de son fils et sa fille en imitant sa signature. Des pièces à conviction pour prouver au juge l’abus de faiblesse dont son épouse a été victime et son état d’assujettissement mental. Au chômage, sans revenu, elle a déménagé à 1 000 kilomètres et a obtenu la garde exclusive des enfants âgés de 7 et 4 ans. Avec son avocate, il lutte toujours pour les récupérer.

Une détresse psychologique, une formation en reiki pour y remédier, une séparation du jour au lendemain, et un mur juridique puisque les conjoints sont majeurs, le mécanisme devient tristement classique. Le club des abandonnés s’agrandit et se soude. Patrick et Sébastien échangent régulièrement. Chaque jour, chacun publie des mises en garde contre les thérapies new age sur son profil Facebook.

Le 15 mai 2018, après son divorce, Guillaume a envoyé un mail à la FFRT. La réponse : « Dans le reiki, il n’y a ni soins pour animaux, ni lithothérapie (traitement par les pierres). Nous ne pouvons donc pas répondre sur une pratique que nous ne connaissons pas. Il faut que vous alliez à la police ».

La carte mondiale des QI – explications complètes

Cet article complète les réponses données à Checknews dans l'article "La carte mondiale des QI, relayée par des comptes d'extrême droite, a-t-elle une valeur scientifique ?", publié dans Libération le 14/11/2019.

La question des différences de quotient intellectuel (QI)[i] moyen entre nations est extrêmement controversée.Tellement controversée que la plupart des chercheurs refusent de s'exprimer sur le sujet, voire nient la pertinence même de la question ou des données existantes. Pour ma part, je pense qu'il est préférable d'aborder tout sujet de la manière la plus factuelle et rationnelle possible, sans se laisser impressionner par les idéologies, les contre-idéologies et les anathèmes. Et ce d'autant plus que le sujet est controversé. Ne pas le faire, c'est laisser le monopole du débat aux ignorants et aux idéologues.

En résumé, un petit nombre de chercheurs prennent ces scores de QI nationaux moyens (Figure 1) très au sérieux et considèrent que ces différences reflètent indubitablement des différences génétiques. La plupart des chercheurs spécialistes de l'intelligence ne sont pas convaincus, pour plusieurs raisons.

Figure 1. Distribution des scores moyens de QI à travers les pays. Source : David Becker, View on IQ.

Peut-on comparer les QI nationaux ?

Tout d'abord, il est difficile de comparer les scores des tests entre pays, car un test conçu dans un pays n'est pas nécessairement adapté à une autre culture (en particulier les tests verbaux et ceux qui utilisent des images d'objets). C'est pour cette raison que la plupart des tests, avant d'être utilisés et étalonnés dans un nouveau pays, sont d'abord adaptés à la culture locale. Mais à partir du moment où les tests sont adaptés, donc différents entre deux pays, les scores obtenus ne sont plus comparables! Pour comparer les scores entre pays, il faut des tests identiques. On en est donc réduit à utiliser un petit nombre de tests réputés culturellement neutres, qui n'utilisent ni le langage, ni des références culturelles (comme le test des matrices). Pourtant, même lorsque les tests sont censés être culturellement neutres et sont administrés à l’identique, les scores ne sont pas nécessairement comparables. En effet, il a été montré que les tests peuvent avantager ou désavantager certaines populations, notamment en fonction des mots utilisés dans la langue pour désigner les concepts pertinents (plus les mots sont longs, plus la charge en mémoire de travail est importante, et plus la performance peut être affectée), ou encore de la familiarité avec certains symboles (Grégoire et al. 2008), ce qui fait conclure à certains chercheurs qu'aucun test ne peut être totalement neutre. C'est évident a fortiori dans les cas extrêmes: chez les peuples non scolarisés, l'idée même de passer un test qui n'a aucun sens concret peut n'être pas comprise, et les personnes testées peuvent obtenir des scores qui ne reflètent pas leurs capacités réelles.

L’étude de Lynn et Vanhanen peut encore être critiquée sur d’autres aspects méthodologiques. Car en fait les scores des différents pays n’ont pas tous été obtenus avec les mêmes tests, et ils ont donc fait des choix, des comparaisons et des péréquations qu’on peut trouver discutables. Par ailleurs, des données n’existent pas pour tous les pays, donc ils ont fait des extrapolations à partir de pays voisins. Bref, cette carte peut donner une illusion de précision mais en fait elle est très approximative (voir par exemple Wicherts et al. 2010a, b).

Personnellement, je considère que ces questions de neutralité des tests par rapport à la culture et de méthodologie sont importantes, malgré tout il est très peu probable que les différences de QI observées entre pays soit entièrement expliquées par des biais ou des erreurs de mesure. Balayer d'un revers de main les différences sous ce seul prétexte (comme le font certains) ne me parait pas tenable. Ces différences existent et on comprend très bien pourquoi. Le véritable débat se situe au niveau de l'interprétation des différences.

Comment interpréter les différences de QI moyens entre pays ?

Certains chercheurs, qui se considèrent "réalistes sur les races" (race realists), affirment qu'il est établi au-delà de tout soupçon que les différences de QI moyen entre pays reflètent au moins en partie des différences génétiques. La plupart des chercheurs de la communauté scientifique ne sont pas convaincus, et ce pour deux raisons. La première, c'est qu'aucune preuve n'a été apportée que les différences génétiques entre les peuples soient la cause des différences entre nations[ii]. C'est une hypothèse possible mais non prouvée. La seconde, c'est qu'il existe d'autres explications bien mieux étayées pouvant expliquer ces différences, dans l'environnement bien sûr. J'en citerai deux.

La plus évidente, c'est que les pays diffèrent considérablement en termes de scolarisation et de niveau moyen d'éducation de leur population. Or la scolarisation est un facteur majeur de développement de l'intelligence de l'enfant. Une méta-analyse récente indique que chaque année de scolarité supplémentaire fait progresser l'intelligence des élèves de l'équivalent d'environ 3 points de QI (Ritchie & Tucker-Drob, 2018). La scolarisation est en fait le moyen connu le plus puissant pour augmenter l’intelligence des enfants. Il s'ensuit inévitablement que les pays où la scolarité n'est pas universelle, ou est moins longue, ou de moins bonne qualité que dans les pays les plus développés, ne peuvent pas atteindre le même niveau de QI.

Figure 2.

Deuxièmement, les pays diffèrent aussi considérablement sur d'autres facteurs environnementaux qui ont un effet prouvé sur le développement cognitif de l'enfant, notamment la nutrition et l'exposition à des maladies, et ce aussi bien pendant la période prénatale que post-natale. Par exemple, une étude a montré que la prévalence des maladies infectieuses expliquait à elle seule environ 60% des différences de QI moyen entre nations (Eppig et al. 2010).

Figure 3. QI national moyen à travers 184 pays, en fonction de la prévalence des maladies infectieuses (en logarithme du nombre d'années de vie en bonne santé perdues à causes de maladies infectieuses). Source: Eppig et al. (2010).

Il manque une étude qui compilerait tous les facteurs environnementaux pour évaluer si leurs effets cumulés suffiraient à expliquer totalement les différences de QI moyens entre nations. Si ce n’est qu’elle pourrait difficilement trancher totalement en raison des problèmes de mesure et de comparabilité des scores évoqués précédemment. La question reste donc ouverte: est-ce que des différences génétiques peuvent expliquer une petite partie des différences entre nations? Certains chercheurs affirment que c'est le cas, sans preuve. Beaucoup affirment que non, et considèrent que ces différences sont déjà parfaitement expliquées par les différences de facteurs environnementaux. La vérité est que personne ne le sait, car les données n'ont pas tranché, et il n’est pas clair que l’on dispose d’une méthodologie permettant de conclure définitivement.

En conclusion, il y a consensus scientifique pour dire que des facteurs environnementaux expliquent au moins une large part des différences de QI nationaux. Il n’y a pas de consensus scientifique sur la question de savoir si une part résiduelle de ces différences peut être expliquée par des différences génétiques.

Références

Eppig, C., Fincher, C. L., & Thornhill, R. (2010). Parasite prevalence and the worldwide distribution of cognitive ability. Proceedings of the Royal Society B-Biological Sciences, 277, 3801–3808.

Grégoire, J., Georgas, J., Saklofske, D. H., van de Vijver, F., Wierzbicki, C., Weiss, L. G., & Zhu, J. (2008). Cultural issues in Clinical Use of the WISC-IV. In A. Prifitera, D. H. Sklofske, & L. G. Weiss, WISC-IV Clinical Assessment and Intervention (pp. 517–544). Hoboken, N.J: Wiley.

Ritchie, S. J., & Tucker-Drob, E. M. (2018). How Much Does Education Improve Intelligence? A Meta-Analysis. Psychological Science, 29(8), 1358–1369.

Wicherts, J. M., Dolan, C. V., & van der Maas, H. L. (2010a). A systematic literature review of the average IQ of sub-Saharan Africans. Intelligence, 38, 1–20.

Wicherts, J. M., Dolan, C. V., & van der Maas, H. L. (2010b). The dangers of unsystematic selection methods and the representativeness of 46 samples of African test-takers. Intelligence, 38, 30–37.


[i] Pour ceux qui croient encore que le QI ne mesure rien de pertinent, merci de se reporter aux épisodes précédents:

La course au QI - Réponses complètes.

Le QI c'est n'importe quoi. Oui, mais encore?

L'intelligence dans tous ses états

[ii] Malgré des tentatives récentes de prédire les QI nationaux à partir de scores polygéniques (Dunkel et al., 2019 ; Lasker et al. 2019 ; Piffer, 2019). Ces études sont jugées non pertinentes par les spécialistes, car elles utilisent des scores polygéniques établis pour la population d’origine européenne, dont il a été montré qu’ils sont très sensibles aux caractéristiques de la population sur laquelle ils ont été constitués, et qu’ils sont peu ou pas associés au QI dans d’autres populations (Lee et al. 2018 ; Mostafavi et al. 2019). Par conséquent, la comparaison de GPS moyens entre pays n’a pas grand sens et ne peut pas être interprétée comme expliquant des différences de QI entre populations (Freese et al. 2019 ; Martin et al. 2017).

 

Dunkel, C. S., Woodley of Menie, M. A., Pallesen, J., & Kirkegaard, E. O. W. (2019). Polygenic scores mediate the Jewish phenotypic advantage in educational attainment and cognitive ability compared with Catholics and Lutherans. Evolutionary Behavioral Sciences, 13(4), 366–375.

Freese, J., Domingue, B., Trejo, S., Sicinski, K., & Herd, P. (2019). Problems with a Causal Interpretation of Polygenic Score Differences between Jewish and non-Jewish Respondents in the Wisconsin Longitudinal Study [Preprint]. https://doi.org/10.31235/osf.io/eh9tq

Lasker, J., Pesta, B. J., Fuerst, J. G. R., & Kirkegaard, E. O. W. (2019). Global Ancestry and Cognitive Ability. Psych, 1(1), 431–459. https://doi.org/10.3390/psych1010034

Lee, J. J., Wedow, R., Okbay, A., Kong, E., Maghzian, O., Zacher, M., … Cesarini, D. (2018). Gene discovery and polygenic prediction from a genome-wide association study of educational attainment in 1.1 million individuals. Nature Genetics, 50(8), 1112–1121. https://doi.org/10.1038/s41588-018-0147-3

Martin, A. R., Gignoux, C. R., Walters, R. K., Wojcik, G. L., Neale, B. M., Gravel, S., … Kenny, E. E. (2017). Human Demographic History Impacts Genetic Risk Prediction across Diverse Populations. The American Journal of Human Genetics, 100(4), 635–649. https://doi.org/10.1016/j.ajhg.2017.03.004

Mostafavi, H., Harpak, A., Conley, D., Pritchard, J. K., & Przeworski, M. (2019). Variable prediction accuracy of polygenic scores within an ancestry group. BioRxiv, 629949. https://doi.org/10.1101/629949

Piffer, D. (2019). Evidence for Recent Polygenic Selection on Educational Attainment and Intelligence Inferred from Gwas Hits: A Replication of Previous Findings Using Recent Data. Psych, 1(1), 55–75.

 

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Les écrans ont-ils un effet causal sur le développement cognitif des enfants?

par Ava Guez et Franck Ramus.

Extrait d'un article à paraître dans la Revue suisse de pédagogie spécialisée.

L’association entre exposition aux écrans et développement cognitif: au-delà des interprétations hâtives

Télévision, ordinateurs, tablettes, smartphones, jeux vidéo : difficile désormais d’échapper aux écrans. En France, ce sont plus de deux tiers des enfants de deux ans qui regardent la télévision au quotidien et 28% qui utilisent un ordinateur au moins une à deux fois par semaine, tandis que plus d’un quart jouent sur un smartphone au moins une fois par mois (Gassama, Bernard, Dargent-Molina, & Charles, 2018). La question de l’impact de cette exposition sur le développement cognitif fait l’objet d’un intérêt croissant de la part des chercheurs.

Que disent les données ? La majorité des études scientifiques s’accorde sur le fait que le temps passé devant des écrans est statistiquement associé à de moins bonnes capacités cognitives. Ainsi, la récente et très médiatisée étude de Walsh et al. (2018) rapporte que les enfants qui passent plus de deux heures par jour devant un écran ont en moyenne 4,25 points de QI[1] de moins que les autres, et ce indépendamment de facteurs tels que les revenus du foyer, l’éducation des parents, l’ethnicité, ou l’indice de masse corporelle. De l’observation de cette simple corrélation à l’affirmation qu’il existe un lien de causalité, il n’y a qu’un pas, que certains se sont empressés de franchir. Ces résultats ont en effet donné lieu à des discours alarmistes relayés par la presse grand public, mettant en garde contre l’effet néfaste des écrans sur le développement cognitif[2]. Établir avec certitude une telle relation de cause à effet est pourtant loin d’être évident. En premier lieu, il y a plusieurs raisons pour lesquelles nous pourrions observer cette association entre écrans et capacités cognitives : s’il est possible que le temps passé devant les écrans ait effectivement un effet négatif sur les performances cognitives de l’enfant, il est également possible que les enfants ayant de moins bonnes capacités cognitives soient plus attirés par les écrans que les autres, ou bien encore qu’il existe d’autres facteurs, non mesurés dans ces études, qui influencent à la fois l’exposition aux écrans et le développement cognitif (illustration des trois mécanismes possibles en Figure 1). En deuxième lieu, l’exposition aux écrans est un terme vaste recouvrant une large variété d’outils et d’utilisations différentes : s’il est possible que certains aient un effet délétère sur le développement cognitif, d’autres pourraient au contraire avoir le potentiel d’améliorer les capacités cognitives.

Figure 1 : Trois mécanismes pouvant être à l’origine de la corrélation observée entre exposition aux écrans et développement cognitif.

De la simple association à une relation de causalité : quel impact de l’exposition aux écrans sur les capacités cognitives ?

Certaines techniques d’analyse statistique permettent de dépasser les limites exposées ci-dessus et d’estimer dans quelle mesure l’association entre exposition aux écrans et développement cognitif est due à un lien de causalité de l’exposition aux écrans vers les capacités cognitives, à un lien de causalité des capacités cognitives vers l’exposition aux écrans, ou à des facteurs tiers. La récente étude de Madigan, Browne, Racine, Mori, & Tough (2019) emploie l’une de ces techniques (modèle d’équations structurelles dit « cross-lagged » avec effets aléatoires) pour démêler ces différents effets.

Dans cette étude, Madigan et collègues ont analysé des données longitudinales provenant d’une cohorte de 2 441 enfants canadiens, dont les mères ont été recrutées pendant leur grossesse entre mai 2008 et décembre 2010. L’exposition aux écrans a été mesurée par la moyenne du temps passé par semaine devant tout type d’écran, et le développement cognitif par le score au questionnaire Ages and Stages (ASQ), qui évalue le développement de l’enfant dans cinq domaines (communication, motricité globale, motricité fine, résolution de problèmes, aptitudes individuelles ou sociales). Ces deux variables ont chacune été mesurées à trois temps : à deux, trois et cinq ans. Le modèle utilisé par Madigan et collègues estime simultanément l’association entre la durée moyenne d’exposition aux écrans à un âge et les performances cognitives à l’âge suivant, et vice-versa. L’inclusion d’effets aléatoires permet crucialement d’isoler la variabilité intra-personne de la variabilité inter-personnes. La variabilité intra-personne désigne la fluctuation d’une variable dans le temps pour un même individu ; tandis que la variabilité inter-personnes désigne les différences individuelles stables dans le temps entre individus. Ainsi, le modèle permet d’estimer l’effet d’une augmentation ou d’une diminution du temps passé par un enfant devant l’écran (par rapport à ce qui était attendu pour l’enfant en question) sur l’évolution de ses capacités cognitives ; et inversement. Cela permet de répondre à notre question : une exposition plus importante aux écrans fait-elle diminuer les capacités cognitives d’un enfant, ou est-ce plutôt le mécanisme inverse qui prime ? L’inclusion des effets aléatoires permet également d’estimer l’association entre les capacités cognitives et l’exposition aux écrans stables dans le temps, ce qui revient à répondre en même temps à une deuxième question : les enfants qui sont plus exposés aux écrans ont-ils de moins bonnes capacités cognitives, pour des raisons indépendantes de l’exposition elle-même ?

Les résultats de Madigan et collègues sont les suivants (illustration en Figure 2). Premièrement, la corrélation entre la part stable des capacités cognitives et de l’exposition aux écrans est négative et égale à -0,18, ce qui confirme que les enfants qui passent plus de temps devant l’écran ont de moins bonnes capacités cognitives, et ce indépendamment de l’exposition. Cette corrélation négative et stable peut s’expliquer par des facteurs qui influencent à la fois les capacités cognitives et l’exposition aux écrans : par exemple, l’environnement familial et social, des facteurs prénataux, ou des prédispositions génétiques.

Figure 2 : Schéma adapté de Madigan et al. (2019), illustrant à la fois l’association stable entre les capacités cognitives et l’exposition aux écrans (corrélation de -0.18), et l’association directionnelle de l’exposition aux écrans à un âge donné et des capacités cognitives à un âge ultérieur. Flèches pleines : effets statistiquement significatifs. Flèches pointillées : effets non significatifs.

Deuxièmement, les capacités cognitives à un temps donné n’influencent pas significativement l’exposition aux écrans au temps suivant (flèches obliques vers le bas). En revanche, l’inverse est vrai : passer plus de temps devant les écrans que d’habitude induit une diminution des capacités cognitives au temps d’après (flèches obliques vers le haut). Cette association est égale à -0,08 entre deux et trois ans, et à -0,06 entre trois et cinq ans (coefficients standardisés). Ces coefficients standardisés peuvent s’interpréter de la manière suivante : une augmentation du temps d’exposition aux écrans d’un écart-type (de la population étudiée) à deux ans est associée à une diminution du score d’ASQ à trois ans de 0,08 écart-type. En convertissant ces coefficients dans l’unité des grandeurs mesurées, nous pouvons interpréter les résultats de la manière suivante : passer une heure de plus devant les écrans par jour en moyenne vers l’âge de deux ans provoque une baisse de 0,7 point de QI à 3 ans. De même, une heure de plus par jour à trois ans entraine une baisse de 0,5 point de QI à 5 ans (soit un trentième de l’écart-type de la population). Ainsi, pour engendrer une perte de 4,25 points de QI (l’estimation de l’étude de Walsh et al. 2018), il faudrait augmenter l’exposition des enfants aux écrans de 6,1 heures par jour de deux à trois ans ou de 8,5 heures par jour de trois à cinq ans ! On mesure toute la différence qu’il y a entre les études qui rapportent de simples corrélations, et celles qui s’efforcent d’évaluer les effets causaux par des méthodes appropriées.

En conclusion, cette étude suggère qu’il existe bel et bien un effet délétère du temps passé devant les écrans sur le développement cognitif de l’enfant. Néanmoins, cet effet est très faible, sans doute trop faible pour justifier des recommandations alarmantes de santé publique.

Comment interpréter les effets négatifs des écrans ?

Si l’exposition aux écrans semble bien avoir des effets négatifs sur le développement cognitif, seules des expositions massives peuvent avoir un impact véritablement inquiétant. Beaucoup de commentateurs voient ces résultats comme reflétant un effet intrinsèquement délétère des écrans, accusés de corrompre le développement du cerveau, arguments agrémentés de force noms de neurotransmetteurs et de régions cérébrales pour leur donner un semblant de crédibilité, bien qu’aucune étude scientifique ne justifie de telles attributions. Il existe pourtant une interprétation bien plus simple de l’effet des écrans. Si un jeune enfant passe trois heures par jour seul devant la télévision ou à jouer sur une tablette, c’est autant de temps pendant lequel il n’interagit pas avec ses parents et avec d’autres adultes ou enfants. Or les interactions sociales et verbales sont bien évidemment cruciales pour le développement du langage et des autres compétences cognitives. On peut donc aisément concevoir qu’un temps aussi important passé sur les écrans puisse constituer un manque-à-gagner, une perte de chance pour le développement cognitif (à hauteur de 2 points de QI pour trois heures quotidiennes d’exposition). Nul besoin d’invoquer un effet maléfique des écrans pour comprendre cela.

De fait, un tel effet de substitution n’est pas limité aux écrans. Beaucoup d’autres activités solitaires, qu’il s’agisse de jouer avec un bout de ficelle, d’empiler des cubes, de faire des réussites, de regarder les trains passer, ou de faire du vélo, pratiquées pendant plusieurs heures par jour en lieu et place d’interactions sociales, auraient sans doute les mêmes effets. Les enfants d’aujourd’hui qui ont des écrans pour baby-sitters ne sont pas nécessairement plus mal lotis que les enfants d’antan qui étaient livrés à eux-mêmes lorsque leurs parents étaient trop occupés. Simplement, aujourd’hui les écrans sont partout (depuis les années 70 avec la télévision), ils sont attractifs pour les enfants, et sont devenus des baby-sitters idéaux pour les parents peu disponibles ou peu attentionnés. Ils sont donc également devenus des coupables idéaux pour les personnes qui constatent des retards chez les enfants faiblement socialisés. Dans ces cas-là, il ne suffit pas de dire aux parents de supprimer les écrans ; encore faut-il leur recommander des activités de substitution qui aient un rôle plus positif sur le développement cognitif.

En conclusion, il semble que l’effet global d’une exposition aux écrans sur le développement cognitif soit très légèrement négatif, et la meilleure interprétation de ce résultat est que l’exposition aux écrans sur de longues durées chaque jour se substitue à des interactions sociales et verbales importantes pour le développement.

Références

Gassama, M., Bernard, J., Dargent-Molina, P., & Charles, M.-A. (2018). Activités physiques et usage des écrans à l’âge de 2 ans chez les enfants de la cohorte Elfe, analyse statistique et rapport préparés à la demande et avec le soutien financier de la Direction Générale de la Santé.

Madigan, S., Browne, D., Racine, N., Mori, C., & Tough, S. (2019). Association Between Screen Time and Children’s Performance on a Developmental Screening Test. JAMA Pediatrics, 173(3), 244. https://doi.org/10.1001/jamapediatrics.2018.5056

Walsh, J. J., Barnes, J. D., Cameron, J. D., Goldfield, G. S., Chaput, J.-P., Gunnell, K. E., … Tremblay, M. S. (2018). Associations between 24 hour movement behaviours and global cognition in US children : A cross-sectional observational study. The Lancet Child & Adolescent Health, 2(11), 783‑791. https://doi.org/10.1016/S2352-4642(18)30278-5


Notes

[1] Score global à la batterie NIH Toolbox, qui a pour but d’estimer le niveau d’intelligence générale, mis à l’échelle standard du quotient intellectuel (moyenne de 100, écart-type de 15).

[2] Voir par exemple : https://www.futura-sciences.com/tech/actualites/internet-ecrans-modifieraient-cerveau-nos-enfants-44207/ ; https://www.sciencesetavenir.fr/sante/e-sante/les-ecrans-nuisent-aux-capacites-intellectuelles-des-enfants_127981 ; http://www.doctissimo.fr/sante/sante-des-enfants/dangers-ecrans-enfants ; https://www.20minutes.fr/sante/2344331-20180927-ecrans-partir-deux-heures-jour-nuisent-capacites-intellectuelles-enfants

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Mystère de la fragilité, d’Isabelle Mordant

Mystère de la fragilité raconte le parcours d’une famille dont un enfant a la maladie des os de verre, et son combat pour obtenir que cet enfant puisse suivre une scolarité à la mesure de ses capacités intellectuelles. Ce livre mérite d’être lu pour de multiples raisons. Je n’en ferai pas une recension complète ici, mais on peut en trouver sur d’autres sites. Je souhaite ici mettre en exergue deux points du livre qui résonnent particulièrement avec les thèmes qui me sont chers.

Le premier point qui m’a frappé, c’est que cette famille non plus n’a pas échappé aux méfaits de la psychanalyse. L’exemple le plus édifiant décrit par Isabelle Mordant est celui de sa visite chez un psychomotricien recommandé par le CHU :

Le psychomotricien me demande d’asseoir Thomas par terre dans son cabinet. Je balaie la pièce du regard. J’y vois des coussins de toutes formes, de toutes tailles, de tous matériaux, de toutes couleurs. J’en choisis trois, assez volumineux, que je dispose en arc de cercle, avant d’installer Thomas devant ce dossier improvisé. (…) Le psychomotricien m’observe attentivement le temps que je procède à cet aménagement.

- Maintenant je vais vous demander de sortir et de me laisser seul avec Thomas. Quand un enfant d’un an ne tient pas fermement assis, cela vient de difficultés dans sa relation avec sa mère.

J’avale ma salive. Si Thomas ne progresse pas aussi vite qu’un autre enfant, c’est parce qu’il est malade et fragile, comme je le lui ai expliqué dès le début de la consultation. Cela n’a rien de psychologique.

- L’homme est vertical. Celui qui ne tient pas debout n’est pas un homme, assène-t-il d’un ton pompeux.

Qu’est-ce que c’est que cet olibrius ? Les personnes tétraplégiques, les enfants myopathes ne font-ils pas partie à ses yeux du genre humain ? Considère-t-il ses patients comme des animaux ? Sans attendre davantage, je règle la séance, bien décidée à ne jamais lui ramener Thomas.

La réaction d’Isabelle Mordant est celle d’une personne instruite, intelligente, dont la situation de vulnérabilité liée à la maladie de son enfant n’a pas aboli le bon sens, et qui de plus a les moyens de payer une séance pour rien. On ne peut s’empêcher de penser aux nombreuses familles qui ne disposent pas de telles ressources, sur qui de tels professionnels de santé exercent une autorité absolue, et qui n’ont pas les moyens d’en chercher d’autres. Un autre exemple :

Quand Thomas avait 5 ans, une psychologue est entrée dans sa chambre d’hôpital et m’a trouvée en train de lui faire manger un yaourt avec une petite cuillère. Sans observer plus en détail la scène, elle a poussé de hauts cris : à cinq ans, un enfant doit manger seul. C’était habituellement le cas de Thomas. Mais à ce moment précis, il avait les deux bras cassés : étais-je censée, pour respecter les conventions, le laisser mourir de faim jusqu’à ce qu’il puisse à nouveau utiliser ses mains ?

Même si ces professionnels sont particulièrement caricaturaux, il est frappant de voir tout au long du récit que l’attitude du corps médical et de l’aide sociale à l’enfance est tout aussi imprégnée de cette suspicion systématique induite par la grille de lecture psychanalytique. Car pour la psychanalyse, si un enfant va mal, c’est toujours de la faute des parents, et en particulier de la mère, toujours trop « fusionnelle », jamais « suffisamment bonne ». Voir à ce sujet le documentaire Maternophobie de Sophie Robert. De nombreux parents ont témoigné d’épisodes similaires (et de bien pires) et peuvent encore le faire sur cette page.

Le second point qui transparait tout au long du livre, c’est la perpétuelle difficulté à scolariser normalement un enfant en situation de handicap, avec des aménagements adaptés et une aide humaine compétente lorsque nécessaire. C’est vrai pour les élèves à mobilité réduite comme Thomas, c’est vrai aussi des élèves avec des troubles cognitifs (autisme, TDAH, troubles dys…). Alors que depuis la loi de 2005 l’inclusion est la règle, l’institution y oppose des procédures complexes et répétitives et une espèce de mauvaise volonté constante, auxquelles seules les familles les mieux armées peuvent répondre, en faisant valoir leurs droits y compris jusqu’au tribunal. Même si l’honnêteté oblige à reconnaître que l’Education Nationale a beaucoup progressé depuis 2005, beaucoup de personnels continuent à considérer que les enfants en situation de handicap n’ont rien à faire à l’école, ou en tous cas dans leur classe. Pour éviter que d’hypothétiques fraudeurs n’obtiennent des avantages indus, on empêche des enfants qui y ont droit d’accéder à une scolarité adaptée. Entre l’éducation pour tous et une équité mythifiée, l’institution continue à pencher en faveur de la seconde.

Il ne s’agit que de deux points que j’ai choisi de mettre en relief, mais le livre Mystère de la fragilité est un témoignage riche en enseignements que je laisse au lecteur le soin de découvrir.

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La course au QI – Réponses complètes

Le Point daté du 12 septembre 2019 consacre un important dossier au sujet de l'intelligence et de sa mesure. Dans ce dossier sont cités un certain nombre de chercheurs français et étrangers. Chacun a été longuement interviewé et a répondu à de nombreuses questions, mais seules quelques phrases ont été sélectionnées par le magazine. Comme il est dommage que toutes ces réponses soient perdues, Nicolas Gauvrit et moi-même mettons ci-dessous toutes nos réponses (que nous avons données indépendamment l'un de l'autre) à la disposition des lecteurs intéressés. J'y ai également ajouté des questions et réponses issues d'autres interviews (28/10/2019).

 

Le Point: Quelle est votre définition de l’intelligence?

Nicolas Gauvrit: Si l'on parle de l'intelligence au sens du QI, je dirais que c'est une mesure très générale de l'efficacité du fonctionnement mental (cognitif) d'une personne.

Cependant, dans un sens plus courant, l'intelligence serait plutôt la capacité d'adaptation à des situations nouvelles. Dans ce sens, elle engloberait alors une partie d'intelligence émotionnelle, de compréhension sociale et de créativité, en plus de l'efficacité cognitive.

Franck Ramus: L’intelligence est un mot du langage courant qui correspond à une simple intuition. Le concept qui a une validité scientifique est celui d’intelligence générale, qui est la résultante de l’ensemble des fonctions cognitives (langage, raisonnement, mémoire, planification, rapidité…). On peut la comprendre comme une moyenne de toutes nos fonctions intellectuelles.

Les tests d’intelligence sont des outils de mesure, qui ont des qualités et des limites, comme tout outil de mesure. Le QI est l’échelle numérique sur laquelle on rapporte les résultats des tests. Cette échelle est étalonnée sur la population pour chaque classe d'âge (moyenne de 100, écart-type de 15).

[pour en savoir plus sur l'intelligence générale]

Le Point: On parle parfois du facteur G, pouvez vous nous expliquer ce qu’il désigne  ?

FR: Le facteur g est le nom technique (en statistiques) de la moyenne des fonctions cognitives que constitue l’intelligence générale.

Le Point: Que mesurent concrètement les tests d’intelligence (mémoire, attention, rapidité neurone?….)

FR: On distingue généralement d’une part l’intelligence verbale ou cristallisée, qui inclut le vocabulaire, le raisonnement verbal, la mémoire de travail, et qui repose en grande partie sur les connaissances acquises ; et d’autre part l’intelligence non-verbale ou fluide, qui inclut le raisonnement abstrait, les capacités visuo-spatiales, la vitesse de traitement, et qui est moins dépendante des connaissances acquises.

NG: Le QI mesure correctement une version restreinte de ce qu'on peut appeler l'intelligence : une compétence très générale. Les mots-clés sont rapidité, mémoire, connaissances, capacité de raisonnement. Un équivalent du QI dans les matières scolaires serait la moyenne générale, qui mesure globalement les résultats, sans faire la distinction entre les disciplines.

Le Point: Souvent, on dit d’une personne qu’elle est intelligente ou, au contraire, bête. Ce jugement est-il corrélé avec le QI ?

FR: Oui, les jugements intuitifs sont corrélés au QI (les chercheurs qui ont développé les tests cherchaient à capturer la notion intuitive d’intelligence). Mais souvent ces jugements se basent sur une connaissance incomplète de la personne, et sur une focalisation sur une dimension particulière : le fait que quelqu’un s’exprime bien, ou qu’il soit très cultivé, ou qu’il comprenne vite, ou qu’il soit fort en maths. Les tests d’intelligence, eux, prennent en compte toutes ces dimensions (et d’autres). Par conséquent, quelqu’un qui a une haute intelligence générale est quelqu’un qui est bon dans tous ces domaines.

Le Point: Le QI reste-t-il le même tout au long de la vie?

NG: Il est statistiquement très stable à partir de l'adolescence. Cela veut dire qu'en général, il ne varie pas beaucoup, mais il y a des cas particuliers qui peuvent correspondre à des traumatismes, des maladies mentales ou autre. [voir la stabilité du QI dans cet autre article]

Le Point: Où se loge l’intelligence dans le cerveau?

FR: Il n’y a pas de région cérébrale unique de l’intelligence. Toutes les régions contribuent. Néanmoins, les lobes frontaux, par leur rôle de « contrôleur » ou « coordinateur » des autres fonctions cognitives, jouent un rôle particulièrement important.

Le Point: Le QI est-il héritable ? Dans quelle proportion ? 

NG: La génétique explique plus de la moitié des variations de QI, ce qui ne veut pas dire grand chose de concret, mais disons que le facteur génétique est important (même s'il n'explique certes pas tout). On n'a pas identifié de gène de l'intelligence en particulier, mais on sait que le QI est en grande partie héritable. Les études sur la question sont si nombreuses qu'il n'y a plus de doute sur ce résultat.

FR: Les différences individuelles dans les scores de QI sont dues environ pour moitié (50%) à des différences génétiques, et pour moitié à des différences d’environnement (incluant à la fois l’environnement social et biologique, notamment prénatal). Ces estimations résultent de nombreuses études permettant de dissocier les influences génétiques et environnementales sur l’individu. En grande majorité ce sont les études de jumeaux, qui montrent que les vrais jumeaux ont des QI plus proches que les faux jumeaux, en raison de leur similarité génétique plus grande. Ces résultats ont été confortés par les études d’adoption, qui montrent par exemple que les frères et sœurs élevés ensemble ont des QI plus proches s’ils sont reliés génétiquement que s’ils ne le sont pas. Plus récemment, les études de génétique moléculaire ont apporté une confirmation totalement indépendante de ces estimations, en calculant la proportion des variations de QI qui sont expliquées par des variations génétiques mesurées directement dans le génome des individus. A ce sujet, lire l'article de Paige Harden.

Q: Est-il vrai que le QI de la population baisse, du fait des pesticides, des perturbateurs endocriniens, ou des écrans?

FR: Certaines études dans certains pays ont trouvé une tendance récente à la baisse des scores de QI, mais ce n'est pas une constatation générale. La tendance générale est plutôt que les scores de QI ont beaucoup progressé au cours du 20ème siècle, et que cette progression semble maintenant s'atténuer et plafonner. Voir mon article à ce sujet.

Le Point: Le Quotient intellectuel matérialisé par un chiffre a-t-il une signification en lui-même? Faut-il, en fait, l’intégrer dans un bilan psychologique ?

NG: En clinique, lorsque l'on peut obtenir un score de QI fiable (car la passation n'est pas toujours facile, ou des difficultés psychologiques peuvent rendre le test inutilisable), celui-ci a un sens. Il permet de savoir où se situe globalement un individu par rapport aux autres au niveau cognitif. Il n'a pas toujours de sens et il ne faut certainement pas toujours l'intégrer dans un bilan psychologique. Il est surtout utile quand un tableau clinique pourrait s'expliquer par une défaillance générale ou pas. Par exemple, on fait la différence entre une personne avec retard mental (QI faible) et qui, pour cette raison, a du mal à lire, et une personne dyslexique avec un QI moyen ou supérieur. Cela influence ce qu'on peut envisager comme accompagnement.

Q: Le QI fait l'objet de nombreuses critiques, que mesure t-il et à quoi sert-il selon vous?

FR: Le QI est souvent critiqué quand on veut lui faire dire plus qu’il ne dit. Ou quand on lui attribue des propriétés qu’il n’a pas. Beaucoup critiquent par exemple l’idée que le QI serait inné, gravé dans le marbre à la naissance, ce que personne ne dit (puisqu’il y a 50% de facteurs environnementaux impliqués). Quand on comprend que le QI est juste une moyenne de l’ensemble des fonctions cognitives, on en voit mieux à la fois l’intérêt et les limites. L’intérêt est exactement le même que de faire la moyenne générale des notes d’un élève à l’école : cela permet d’avoir une mesure synthétique qui résume tous les résultats en un seul nombre. La limite est la même aussi : un nombre contient moins d’information que dix. Cela ne permet pas de savoir si un individu a des talents ou des difficultés dans un domaine particulier. Une autre limite est que, comme pour tout instrument de mesure, les tests de QI ont une précision qui n’est pas infinie, et qu’il faut respecter certaines conditions d’utilisation pour que la mesure soit fiable et valide. Constater ces limites n’est pas plus de nature à remettre en cause l’usage des tests de QI que celui du thermomètre.

Le Point: Combien dénombrez-vous de formes d’intelligence  ? 

FR: Il existe de multiples capacités cognitives et de multiples talents qu’un être humain peut posséder à divers degrés. L’intelligence générale, en revanche, est une moyenne de toutes ces capacités, il n’y en a donc qu’une, par définition.

Le Point: Existe-t-il des formes d’intelligences oubliées par les tests de QI ?

FR: Les compétences sociales sont relativement peu sollicitées dans les tests de QI usuels. Leur évaluation fiable n’est pas simple et reste un véritable sujet de recherche. Les mesures populaires d’ « intelligence émotionnelle » (QE) sont purement déclaratives et donc ne remplissent pas correctement ce rôle.

Q: Quel crédit doit-on accorder à la théorie des intelligences multiples? Des chercheurs prétendent avoir réussi à identifier des aires cérébrales spécifiques pour chacune des intelligences énoncées par Gardner. Est-ce une preuve suffisante de la validité de sa théorie? Si non pourquoi?

FR: Il est incontestable que l’être humain possède de multiples fonctions cognitives (qui ont évidemment des bases cérébrales distinctes), et peut déployer ses talents dans de multiples domaines. Appeler chaque fonction ou talent « une intelligence » n’apporte rien, si ce n’est de la confusion sur la notion d’intelligence. Howard Gardner a eu beaucoup de succès dans le grand public, qui apprécie peut-être l’idée démagogique selon laquelle « chacun est intelligent à sa manière », mais n’a pas convaincu la plupart des chercheurs en psychologie, qui considèrent qu’il est plus sensé de réserver le mot d’intelligence à la notion d’intelligence générale, et d’utiliser les mots fonctions cognitives ou talents pour les éléments qui la composent.

Le Point: Que pensez-vous de la fiabilité des tests actuellement utilisés pour mesure l’intelligence chez les enfants et les adultes ? 

NG: Les tests de QI sont très fiables. Beaucoup de spécialistes critiquent le fait qu'ils ne mesurent pas tout ce qu'on aimerait connaître pour savoir si quelqu'un est "intelligent" dans un sens plus courant. Par exemple, le QI est assez peu lié à la créativité, à l'intelligence émotionnelle, ou à la motivation. Mais si l'on cherche à mesurer une sorte de puissance mentale générique, le QI est excellent. Les scores de QI prédisent les résultats scolaires et académiques mais aussi la réussite dans le milieu professionnel. A l'inverse, ils sont assez peu liés aux éléments de personnalité. Les tests usuels de QI sont les mieux connus, car ce sont littéralement des millions de personnes qui les ont passé depuis un siècle, et le recul qu'on a sur eux est phénoménal.

Le Point: La calibration des test WAIS vous parait-elle correcte? N’est-ce pas devenu un outil archaïque? 

NG: La WAIS pour les adultes ou la WISC pour les enfants sont parmi les plus utilisés au monde, et les efforts d'étalonnage sont considérables. De nouvelles versions sortent régulièrement. Donc je dirais que oui, la calibration est correcte et que non ce n'est pas un outil archaïque. En revanche, on ne peut évidemment pas tout savoir sur quelqu'un avec un tel test. Beaucoup de chercheurs pensent qu'on exagère généralement l'importance du QI. Le QI n'est pas une mesure de la valeur d'un humain.

Q: Qu'est-ce que ça veut dire "développer son intelligence", mis à part améliorer son score au test de QI? Peut-on développer son intelligence? Comment? Jusqu'à quel âge? Notre marge de progression est-elle limitée par nos gènes? 

FR: Développer son intelligence, c’est améliorer l’ensemble de ses fonctions cognitives, et acquérir des connaissances qui permettent de fonctionner plus efficacement et d’aborder des problèmes plus complexes. La scolarisation est le meilleur dispositif connu pour développer globalement l’intelligence des enfants. Chaque enfant a des marges de progression importantes dans tous les domaines, ce qui ne veut pas dire qu’elles sont illimitées. Les prédispositions cognitives des enfants contraignent les apprentissages qu’ils peuvent faire, ou la facilité avec laquelle ils peuvent les faire. Evidemment, on peut aussi améliorer son score de QI en s’entraînant aux tests. Malheureusement les améliorations aux tests se généralisent rarement aux performances dans la vie réelle, donc cette démarche est d’intérêt limité.

Q: Que se passe t-il au niveau du cerveau lorsqu'on fait des exercices d'entrainement cérébral?

FR: Tout entrainement, toute acquisition de connaissances, toute activité intellectuelle implique des modifications de certaines de nos propriétés cérébrales, en particulier les connexions entre les neurones. Les modifications de ces connexions impliquent elles-mêmes toute une machinerie moléculaire déclenchée par la modification de l’expression des gènes dans les neurones. Dans le cas de certains entrainements particulièrement intensifs, on peut même mesurer des changements de volume de certaines régions cérébrales à l’IRM. De manière plus générale, il faut bien comprendre que, le cerveau étant l’organe de la cognition, toute modification de nos capacités cognitives ou de nos connaissances est inévitablement associé à des modifications de notre cerveau. Un cerveau figé ne pourrait rien apprendre.

Le Point: Que faut- il penser de la multiplication des tests de QI sur le web ? Quelle valeur leur attribuer ? Est-ce des attrapes gogo ?

FR: Ils n’ont aucune validité établie. Dans la plupart des cas, ils ne servent qu’à attirer vers des sites commerciaux ou publicitaires. Les vrais tests d’intelligence sont protégés : seuls les professionnels qualifiés peuvent les obtenir, et ils sont tenus de les garder secrets.

NG: On peut s'en méfier, car ils ne sont pas étalonnés en général. Cependant, ils ressemblent assez souvent aux véritables tests, vus de loin.

Le Point: En quelles circonstances, l’établissement du QI est-il utile chez l’adulte? En quoi un bilan d’intelligence peut-il aider?

NG: Cela peut permettre à certains adultes d'être rassurés sur leur capacités. Dans le cas des adultes ayant un QI élevé, notamment les adultes à haut potentiel intellectuel (QI de 130 ou plus), cela peut dans certains cas expliquer un sentiment de décalage qu'ils ont toujours ressenti sans le comprendre. Dans le cas de maladies neuro-dégénératives, cela donne aussi une mesure objective de l'évolution des troubles. Si l'on va un peu plus loin que le seul QI total (ce que permettent les tests), on peut également, pour les enfants comme les adultes, avoir une idée plus précise du fonctionnement mental, connaître les points forts et les points faibles et ainsi trouver des stratégies d'adaptation.

Le Point: Que penser de l’utilité pour une entreprise de faire passer un QI à ses candidats à l’embauche? Est-ce un critère utile? trompeur?

FR: Dans le cadre d’une embauche, le plus important est d’évaluer la compétence professionnelle dans le métier visé, de la manière la plus précise possible. Les tests d’intelligence n’évaluent pas les compétences métiers. Néanmoins, il a été montré qu’une fois les personnes recrutées, le QI prédit partiellement la performance dans le poste, et ce dans tout l’éventail des professions. C’est donc une mesure complémentaire possible pour des recruteurs qui souhaiteraient départager des candidats ayant des compétences professionnelles semblant similaires.

Le Point: En général, les psychologues établissant un QI font-ils correctement leur travail?

NG: Je ne saurais pas le dire exactement. Ce qui est sûr, c'est que plusieurs écueils sont à éviter pour les psychologues, et qu'ils ne le font pas toujours. Le plus important, c'est de savoir reconnaître qu'un patient n'est pas en état de passer le test. On peut avoir un QI faible lors d'une passation parce qu'on est déprimé, stressé, fatigué, ou qu'on n'a pas envie de passer le test. Le résultat n'est alors pas du tout représentatif des véritables capacités, et le psychologue devrait s'en rendre compte et ne pas donner de QI sur la base d'un tel test.

Le Point: Existe-t-il  un commerce de l’intelligence ? Notamment en ce qui concerne la prise en charge des « surdoués » ?

NG: Indubitablement, le thème de surdoués est tout à fait "juteux". De bonne foi ou non, beaucoup se sont engouffrés dans ce business, par exemple en victimisant les surdoués (on attribue alors tous les problèmes de la personne à un QI trop élevé, ce qui est très valorisant) ou en identifiant tout patient solvable comme surdoué (si le QI est trop faible, on explique qu'il est sous-estimé à cause d'une anxiété qu'il faut traiter par des programmes onéreux réservés aux plus intelligents). Il y aurait je pense une véritable enquête journalistique à faire sur ce business de la douance.

Sans qu'il y ait d'escroquerie, pour le psychologue, les vrais surdoués (car il y a énormément de fausses identifications également) sont des patients de rêve. Leurs capacités intellectuelles leur confèrent des ressources importantes et ils progressent vite en thérapie. L'accompagnement est plus agréable, et l'on peut comprendre que beaucoup aient envie de traiter préférentiellement les personnes à haut potentiel intellectuel.

Q: N'est-il pas vrai que les surdoués sont souvent hypersensibles, angoissés, qu'ils sont à risque d'échec scolaire ou de trouble des apprentissages?

FR et NG: Non, ce n'est pas vrai. Voir notre article à ce sujet.

Q: Les surdoués ont-ils un cerveau différent du reste de la population?

FR: Certaines propriétés cérébrales sont corrélées avec les scores de QI. Par conséquent, les personnes qui ont les QI les plus élevés tendent aussi à avoir les propriétés cérébrales correspondantes. Mais il n'y a pas de différence cérébrale qualitative entre les surdoués et le reste de la population. Voir mon article à ce sujet.

Le Point: Quelqu’un vous dit, j’ai un QI de 150 ! Que lui rétorquez-vous ?

FR: C’est une drôle de manière de se présenter. Mais si c’est vrai, c’est bien au-dessus de la plupart des gens (1 individu sur 1000 est au-dessus de 145).

Le Point: Dans notre société existe-t-il une corrélation entre réussite sociale, richesse, criminalité, l’espérance de vie, et le QI ? Et encore entre niveaux d’étude et QI?

FR: Oui, le QI est le meilleur prédicteur connu de la réussite scolaire. Un QI plus élevé est également associé (dans une moindre mesure) à de plus hauts revenus, une meilleure santé (physique et mentale), une plus grande espérance de vie, et un moindre taux de criminalité.

NG: Un QI plus élevé est statistiquement (légèrement) lié à moins de mortalité, plus de réussite professionnelle, une meilleure satisfaction au travail et des revenus plus élevés. Ces corrélations sont faibles, mais bien établies.

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Que les enfants sauvages nous ont-ils appris sur la nature humaine?

Adapté d'un texte initialement publié dans: Ramus, F. (2018). Les enfants sauvages. In T. Collins, D. Andler & C. Tallon-Baudry (Eds.), La cognition. Du neurone à la société (pp 198-201). Paris : Gallimard.

Romulus et Rémus

« Jeté sur ce globe sans force physique et sans idées innées, […] l’homme n’est que ce qu’on le fait être » (Itard, 1801) [1]

Les enfants dits « sauvages » sont des enfants qui ont été retrouvés dans la nature, visiblement perdus ou abandonnés jeunes par leurs parents, après une période plus ou moins longue d’isolement des autres humains. Dans la plupart des cas, ces enfants manifestent un retard mental et une inadaptation à la vie en société. Les tentatives de les éduquer et de les réinsérer en société ont rarement été fructueuses. Un des cas les plus connus est Victor de l’Aveyron, découvert en 1800 et qui a fait l’objet de plusieurs descriptions minutieuses et d’une tentative d’éducation par le Dr Jean Marc Gaspard Itard. Quelques dizaines d’autres cas ont été décrits depuis le 17ème siècle jusqu’à aujourd’hui. Le philosophe Lucien Malson a répertorié la plupart des cas connus dans son livre « Les enfants sauvages » publié en 1964, en y exposant également les conséquences qu’il croyait pouvoir en tirer sur la nature humaine.

 « Chez l’enfant, tout isolement extrême révèle l’absence en lui de ces solides a priori, de ces schèmes adaptatifs spécifiques » (Malson, 1964) [2]

Les enfants sauvages, et notamment Victor, ont en effet déchaîné les passions et alimenté les débats sur l’inné et l’acquis. Pour beaucoup d’observateurs, les enfants sauvages démontraient l’absolue nécessité de l’environnement social pour le développement, et donc la prédominance de l’acquis sur l’inné.

 « C’est une idée désormais conquise que l’homme n’a point de nature, mais qu’il a — ou plutôt qu’il est ­— une histoire » (Malson, 1964) [3]

Selon cet argument, si l’enfant sauvage est aussi retardé sur le plan cognitif et sur le plan social, c’est nécessairement du fait de son isolement de la société humaine. Il y a néanmoins un certain nombre de failles à cet argument.

D’une part, les données dont nous disposons sur les enfants sauvages sont parcellaires et limitées. Les informations ne concernent que la période qui suit la découverte de l’enfant, et non la période précédente, qui est celle qui pourrait répondre à nos interrogations cruciales sur l’état dans lequel il se trouve. On ignore en général depuis combien de temps et pourquoi ces enfants ont été abandonnés ou perdus, et quel était leur niveau de développement cognitif et social avant leur abandon. Il serait également essentiel de connaître la mesure de leur isolement par rapport aux autres humains. Dans ces conditions, il est donc impossible de reconstituer l’histoire de ces enfants et les causes de leurs difficultés.

Or les hypothèses alternatives n’ont pas été prises en compte : Malson, comme Itard, partait d’une hypothèse, l’absence de nature humaine, et a analysé toutes les données dans une optique uniquement confirmatoire. Une hypothèse alternative, selon laquelle l’enfant aurait été retardé mentalement avant même d’être abandonné, ce retard étant la cause de son abandon, n’a pas été sérieusement considérée, bien que ce fût la première suggestion du psychiatre Philippe Pinel qui avait examiné Victor de l’Aveyron.

Victor, l'enfant sauvage de l'Aveyron. Gravure en frontispice de l'ouvrage du docteur Jean Marc Gaspard Itard.

Uta Frith [4] a avancé l’hypothèse plus spécifique selon laquelle Victor aurait été autiste (avant même son abandon, car les causes de l’autisme sont précoces et principalement génétiques). Elle relève, parmi les descriptions de Victor, un certain nombre de symptômes pouvant évoquer l’autisme : son déficit intellectuel, mais aussi un déficit particulier dans les interactions sociales, un désintérêt à l’égard des personnes qui l’entourent, ce qui constitue l’un des principaux éléments diagnostiques de l’autisme. Elle note aussi des particularités sensorielles, comme son insensibilité au froid, et une sensibilité auditive singulière, également observée chez certains autistes, qui privilégie certains sons faibles (le craquement d’une noix), mais ne réagit pas à des sons très forts (un coup de feu). Frith souligne encore l’absence totale d’imagination de Victor, dans ses activités avec les objets : tel un enfant autiste, il ne joue jamais à « faire semblant ». On a aussi observé chez lui des stéréotypies autistiques, comme des balancements répétés du corps.

Victor de l’Aveyron présente un contraste intéressant avec d’autres cas de privation extrême. On peut notamment le comparer à Kaspar Hauser, qui malgré son abandon a connu, dès sa réintégration dans la société, un développement beaucoup plus favorable, a très vite réussi à acquérir des éléments de langage, et s’est beaucoup plus intéressé aux autres êtres humains. Ce cas permet de constater que les enfants ayant grandi dans un état de privation extrême n’ont pas forcément le même devenir que Victor. On peut également évoquer les cas d’orphelins roumains découverts à la chute de Ceaucescu dans un état de grave déficit intellectuel et affectif, et qui ont été adoptés, notamment par des familles britanniques, et suivis de près par le psychiatre Michael Rutter [5]. Bien que présentant initialement un profil autistique, ces enfants, une fois adoptés, avaient un développement beaucoup plus favorable que les enfants autistes de même âge et initialement de même niveau intellectuel et verbal auxquels il les a comparés.

De ces éléments, on peut déduire que la privation au niveau de l’environnement social et familial a des conséquences indubitables sur le développement de l’enfant et peut produire des symptômes quasi autistiques, mais qui diffèrent de l’autisme et de la déficience intellectuelle, et qui se résorbent dans une large mesure une fois l’enfant réintégré dans un milieu familial et social normal.

Il convient enfin de souligner une dernière limite de l’argument d’Itard concernant l’absence de nature humaine : c’est un sophisme que de considérer que la nécessité avérée de l’environnement social pour un développement cognitif normal implique l’absence de prédisposition chez l’être humain. En effet, il est possible que l’environnement social soit nécessaire, mais des prédispositions peuvent l’être également. Que l’un des deux viennent à manquer, et le développement est compromis. Il n’y a donc pas d’opposition entre nature et culture.

Les sciences cognitives ont beaucoup renouvelé l’étude de la nature humaine, conduisant à abandonner totalement l’opposition entre nature et culture. Elles ont fourni des méthodes pour départager de manière rigoureuse les influences génétiques et environnementales, mais aussi pour mettre au jour les invariants à toutes les cultures humaines, les connaissances latentes chez les peuples non scolarisés, les capacités précoces du nourrisson. Depuis 2000, elles sont en interaction directe avec la génétique moléculaire pour comprendre de manière très précise les mécanismes qui font de nous ce que nous sommes.

Quel rôle les histoires d’enfants sauvages peuvent-elles encore jouer dans ce paysage ? Elles  nous montrent incontestablement que l’environnement social dans lequel grandit l’enfant est important. Toutes les autres données connues sont compatibles avec cette idée, qui fait l’objet d’un consensus. En revanche les histoires d’enfants sauvages ne permettent pas de conclure à l’inexistence d’une nature humaine, conclusion qui est maintenant clairement avérée fausse. Au final, si les enfants sauvages ont été en leur temps une source intéressante de réflexion sur la nature humaine, ils n’apportent plus aujourd’hui qu’une contribution très mineure à l’ensemble des connaissances scientifiques acquises sur l’être humain.


[1] De l'éducation d'un homme sauvage ou des premiers développements physiques et moraux du jeune sauvage de l'Aveyron [1801], in Jean-Marc Gaspard Itard, Victor de l’Aveyron, Paris : Allia, 1994, p. 3.

[2] Lucien Malson, Les Enfants sauvages, Paris : Éditions 10/18, « Bibliothèques », 2002, p. 7.

[3] Lucien Malson, Op. cit., p. 8

[4] Uta Frith, Autism: Explaining the Enigma, 2nd edition. Oxford : Blackwell, 2003. Traduction: Uta Frith, L’énigme de l’autisme. Paris: Odile Jacob, 2010.

[5] Rutter, M. & the English and Romanian Adoptees (E.R.A.) Study Team, « Developmental catch-up, and deficit, following adoption after severe early privation », Journal of Child Psychology and Psychiatry, mai 1998, 39(4), p. 465-476.

Rutter, M., & O’Connor, T. G., & English & Romanian Adoptee Study Team, « Are there biological programming effects for psychological development? Findings from a study of Romanian adoptees », Developmental Psychology, janv. 2004, 40(1), p. 81-94.

Cet article Que les enfants sauvages nous ont-ils appris sur la nature humaine? est apparu en premier sur Ramus méninges.

Surfer vers la vérité

Par Nicolas Gauvrit et Marielle Guillaud

Dessin de Steve Sack (page d'origine)

 

Un test sur l'effet boomerang et la façon dont Internet peut réduire les attitudes anti-vaccinales

Cet article est une traduction en français d'un article à paraître dans Skeptic Magazine numéro 24(3), pages 54-55.

Il est co-écrit avec Marielle Guillaud, qui a réalisé seule les expériences et analyses décrites.

 

Internet est souvent accusé de participer à la prolifération de fausses nouvelles et de croyances irrationnelles. L'accusation n'est pas sans fondement[1]. Les attitudes de méfiance à l'égard des vaccins, par exemple, pourraient être renforcées par la puissance du web[2]. Plus précisément, on s'attend à ce que les internautes tombent dans une série de pièges cognitifs, amplifiés par Internet. Tout d'abord, le fameux biais de confirmation pourrait inciter les utilisateurs à chercher des informations en accord avec leurs idées antérieures, en sélectionnant les requêtes et en choisissant de consulter des sites qui répondent à leurs idées préconçues[3].

Le biais de confirmation pourrait également être renforcé par le fait que nous vivons (sur les réseaux sociaux en particulier) dans des chambres d'écho[4], entourés de gens qui partagent nos croyances, même les plus étranges, et qui ne voient que des sites sélectionnés pour eux par les moteurs de recherche.

Ce n'est pas tout. Dans le cas où nous serions confrontés à un argument contraire à nos opinions (par exemple, si nous recevons des informations sur la fiabilité des vaccins qui contredisent notre rejet de la vaccination... ou l'inverse), nous serions tentés de ne pas l'évaluer de manière honnête et rationnelle, mais de les rejeter, voire de renforcer nos opinions. Cet effet de retour de flamme (ou effet boomerang) rendrait les partisans des vaccins de plus en plus pro-vaccins, et ceux contre la vaccination de plus en plus profondément enracinés dans leur croyance. En fin de compte, chaque groupe deviendrait plus radical, donnant lieu à une opposition de plus en plus extrême, un phénomène appelé polarisation[5].

Tous ces phénomènes sont indéniables, mais sont-ils inévitables ? C'est ce que nous voulions étudier de façon contrôlée, en demandant à des personnes de chercher de l'information sur Internet. Nous nous attendions à trouver les biais habituels, mais nous avons été surpris de découvrir des résultats plutôt rassurants sur l'avenir des croyances irrationnelles et les effets d'Internet, du moins dans certaines conditions.

L'Expérience

Vingt-huit adultes francophones (âge moyen de 40,5 ans) ont participé à l'expérience et validé toutes les étapes requises par le protocole. Les participants étaient plutôt éduqués, avec une moyenne de 3,3 années d'études supérieures.

L'attitude des participants à l'égard des vaccins a été mesurée au moyen d'un questionnaire de 14 items. Chaque item était une affirmation (7 en faveur du vaccin, 7 contre le vaccin) que les participants devaient évaluer sur une échelle de Likert à 6 points allant de « totalement en désaccord » à « totalement d'accord ». Par exemple, l’item 8 (anti-vaccin) correspond à : « Je pense qu’il existe un risque de contracter la maladie que vise un vaccin du fait de ce même vaccin. » L’item 1 (pro-vaccin) : « Je pense que certaines maladies ont disparu ou presque grâce à la vaccination. »

Sept jours plus tard, les sujets ont reçu la consigne de chercher sur Internet, pendant 20 minutes, des informations sur les vaccins, afin de se faire une idée la plus juste possible de leurs avantages ou inconvénients ; l’objectif étant de mieux connaître le sujet pour pouvoir, par exemple, débattre ensuite sur cette question. Pendant les recherches sur Internet, tout ce qui s’est passé sur l’écran a été enregistré pour traitement. Après la séance de recherches sur Internet, les participants ont de nouveau renseigné le questionnaire d’attitude.

Résultats

Conformément à la notion répandue d'un effet délétère d'Internet sur les croyances irrationnelles, nous nous attendions à constater un biais dans le choix des requêtes. Nous pensions que ceux qui étaient le plus en faveur des vaccins auraient tendance à chercher des sources pro-vaccin, tandis que ceux qui étaient contre la vaccination auraient tendance à favoriser les sources anti-vaccin. Cependant, nous ne l'avons pas observé. Au contraire, les gens cherchaient l'information en utilisant des demandes neutres en première ligne. Les requêtes les plus fréquentes étaient « vaccins », « avantages et inconvénients des vaccins », « ce que nous devons savoir sur les vaccins », « vaccins obligatoires » et « définition des vaccins ».

Le biais de confirmation n'apparaît donc pas dans les requêtes. Toutefois, il pourrait apparaître dans le choix des sites à consulter, parmi tous ceux proposés par les moteurs de recherche. Encore une fois, nous n'en avons pas trouvé dans cette sélection. En fait, la plupart des internautes ont choisi des sites neutres ou favorables à la vaccination, indépendamment de leur attitude initiale à l’égard des vaccins, probablement parce qu'ils apparaissent dans les premières pages des moteurs de recherche. Ainsi, les premiers sites consultés sont, dans l'ordre : (1) vaccination-info-service (site du ministère de la santé), (2) Inpes santé publique, (3) site de l’OMS, suivie par les organisations médicales, les sites de diffusion scientifique, les encyclopédies, etc.

Néanmoins, le biais de confirmation pourrait encore se produire plus tard. Il se peut que les personnes les plus favorables aux vaccins passent plus de temps sur des sites pro-vaccins que les gens qui se méfient de la vaccination. Mais une fois de plus, nous n'avons pas observé un tel effet : la corrélation entre l'attitude initiale et le pourcentage de temps passé sur les pages favorables aux vaccins est presque nulle (r = 0,02, p > 0,9) !

Ainsi, les internautes n'ont pas choisi l'information d'une manière biaisée en fonction de leur attitude initiale. Ils n'ont pas non plus passé plus de temps sur des sites qui confirment leurs croyances. Il est vrai qu’ils ont été confrontés à une majorité d'informations favorables à la vaccination. L'effet que l'on peut craindre alors est que les arguments en faveur du vaccin renforcent les attitudes déjà en faveur de la vaccination, mais produisent l'effet inverse (effet retour de flamme) sur les personnes opposées aux vaccins. Ce n'est pas le cas : dans notre échantillon, l'attitude des internautes à l'égard des vaccins s'est améliorée, et cet effet est encore plus marqué chez les antivax que chez les autres !

Le pourcentage de temps passé dans des sites favorables à la vaccination est corrélé au changement d'attitude (r = 0,44, p = 0,02), ce qui indique que les arguments librement recueillis sur Internet par les participants semblent avoir un effet.

Conclusion

Faut-il donc penser qu'Internet réduira (voire éliminera définitivement) les croyances irrationnelles ? Malheureusement, probablement pas. Mais ces résultats sont néanmoins encourageants, parce qu'ils montrent que, sous certaines conditions, les internautes peuvent se faire une idée de plus en plus rationnelle sur un sujet controversé. Les conditions de l'étude sont, à plusieurs égards, particulières :

(1) Les participants étaient des adultes instruits, et il se peut que l'effet bénéfique observé exige une certaine culture de pensée critique et scientifique.

(2) En matière de vaccination, les premiers résultats qui apparaissent dans le moteur de recherche sont conformes au consensus scientifique, du moins en France où l'étude a été réalisée. Pour d'autres sujets, l'effet pourrait être très différent.

(3) Enfin, et c'est probablement le point crucial, les internautes de notre échantillon avaient pour tâche d'essayer d'obtenir les informations les plus précises possibles en matière de vaccins. Ils ont surfé sur le web avec l'idée de découvrir la vérité. Il est tout à fait possible que, la plupart du temps, nous ne lisions pas un site par curiosité, mais simplement par plaisir, et que le biais de confirmation apparaisse alors.

Cette étude suggère fortement que lorsque les idées rationnelles sont plus visibles sur Internet que les « vérités alternatives », les internautes qui recherchent réellement la vérité scientifique l'atteignent. Les préjugés dont nous souffrons tous ne suffisent pas à nous détourner d'une réalité accessible. Il est toujours nécessaire que nous recherchions réellement des informations fiables. À cette fin, il faut espérer qu'une éducation accrue en matière de pensée critique favorisera une génération qui recherchera des connaissances objectives et profitera donc des avantages d'une culture de l'esprit critique. de l'information accessible.

 

REFERENCES

[1] Lazer, D.M., Baum, M. A., Benkler, Y., Berinsky, A. J., Greenhill,K.M., Menczer, F., … & Schudson,M. 2018. The Science of Fake News. Science, 359 (6380), 1094-1096.

[2] Vrdelja, M., Kraigher, A., Vercic, D., & Kropivnik, S. 2018. The Growing Vaccine Hesitancy: Exploring the Influence of the Internet. European Journal of Public Health, 28 (5), 934-939.

[3] Del Vicario, M., Scala, A., Caldarelli, G., Stanley, H. E., & Quattrociocchi, W. 2017. Modeling Confirmation Bias and Polarization. Scientific Reports,7, 40391.

[4] Dubois, E., & Blank, G. 2018. The Echo Chamber Is Overstated: the Moderating Effect of Political Interest and Diverse Media. Information, Communication & Society, 21(5), 729-745.

[5] Tewksbury, D., & Riles, J. M. 2015. Polarization as a Function of Citizen Predispositions and Exposure to News on the Internet. Journal of Broadcasting & Electronic Media, 59 (3), 381-398.

Données disponibles sur ResearchGate, ici

 

Marielle Guillaud dirige une clinique privée à Royan, en Charente-Maritime. Elle est également expert-visiteur pour la Haute Autorité de Santé. Etudiante en 3èmeannée de psychologie à l’IED de l’Université Paris 8, elle a commencé ses recherches au sujet de l’impact du numérique sur les processus cognitifs dans le cadre d’un projet de recherche universitaire.

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Pourquoi les progressistes devraient prendre en compte la génétique de l’éducation

De Kathryn Paige Harden, Université du Texas à Austin

Tribune parue dans le New York Times le 24 juillet 2018.
Traduction de François Tharaud (avec l'aimable autorisation de l'auteure).

 

Les études supérieures constituent une fracture au sein de la société américaine. Les hommes américains non diplômés du supérieur ont vu leurs salaires réels stagner depuis les années 1960, et sont de plus en plus nombreux à mourir de “pathologies du désespoir” : maladies du foie dues à l’alcoolisme, overdoses d’opiacés, suicides. A présent, de nouvelles recherches montrent que la probabilité de décrocher un diplôme, avec tous les avantages que cela implique, est en partie le résultat de la loterie génétique.

Le 23 juillet 2018, des chercheurs ont publié dans la revue Nature Genetics une étude analysant les gènes d’un million cent mille personnes d’origine européenne, dont plus de trois cent mille clients de l’entreprise de test génétique 23andMe[i]. Plus de 99% de notre ADN est identique chez tous les êtres humains, mais les chercheurs se sont concentrés sur le pourcent restant et ont trouvé des milliers de variantes d’ADN corrélées à la réussite scolaire. Ces informations peuvent être agrégées en un nombre unique appelé “score polygénique”. Chez les Américains d’origine européenne, à peine plus de 10% des personnes ayant un score polygénique faible ont décroché un diplôme du supérieur, alors que 55% des personnes ayant un score élevé en ont obtenu un. Cette différence génétique dans la réussite universitaire est aussi importante que la différence de réussite entre les étudiants issus de milieux favorisés et défavorisés aux Etats-Unis.

Comme les chercheurs se sont focalisés sur un groupe de personnes de même origine, leurs résultats n’ont aucune implication pour la compréhension de différences “raciales” dans la réussite scolaire. Par ailleurs, quand des chercheurs se sont penchés sur le cas des Afro-Américains, les variantes génétiques n’ont prédit les résultats scolaires que de manière très marginale. Il faudra encore beaucoup d’autres études pour comprendre pleinement le rôle de la génétique dans le système éducatif américain.

Mais ce genre de recherches met beaucoup de gens mal à l’aise. Faire le lien entre les inégalités sociales et l’ADN ne relèverait-il pas de l’eugénisme ? Après tout, le terme “eugénisme” fut inventé par Francis Galton, dont le livre publié en 1869, Hereditary Genius (Le Génie héréditaire), soutenait que la structure des classes sociales britanniques reposait sur la transmission biologique de “l’éminence”. Aux Etats-Unis, l’idée selon laquelle de mauvais gènes seraient responsables de la pauvreté a mené à des atrocités d’Etat, y compris la stérilisation et l’internement forcés.

Cette pensée eugéniste n’est pas complètement révolue. Aujourd’hui, des membres du “mouvement de la biodiversité humaine” publient allègrement des tweets et des articles de blogs sur des découvertes de génétique moléculaire dont ils croient à tort qu’elles prouvent que les inégalités sociales sont génétiquement déterminées, que des politiques telles qu’un État-providence plus généreux seraient vouées à l’échec, et que la génétique confirmerait une “hiérarchie des races”.

Cela a conduit des personnes attachées à la justice sociale à soutenir que, dans des domaines comme l’éducation, on devrait s’interdire toute recherche génétique. Par exemple, en réaction à une étude précédente sur la génétique de l’éducation, Dorothy Roberts, professeure de droit à l’Université de Pennsylvanie, a déclaré que ce genre de recherche “ne pouvait absolument pas être socialement neutre, et aggraverait les inégalités sociales.” Elle rejoint une longue tradition de penseurs de gauche considérant la recherche biologique comme contraire à l’objectif d’égalité sociale. Lénine lui-même écrivait que “le transfert de concepts biologiques dans le domaine des sciences sociales est une absurdité.”

Mais c’est une erreur. Ceux d’entre nous qui sont attachés à la justice sociale devraient au contraire se demander comment la révolution génomique peut être exploitée pour nous aider à créer une société plus juste.

La découverte de variantes d’ADN liées à la réussite scolaire peut nous y aider de deux manières.

Tout d’abord, ces résultats génétiques révèlent l’injustice de notre soi-disant méritocratie. Nous justifions collectivement de fortes inégalités par l’idée que les gens qui ont fait de longues études méritent plus que ceux qui n’ont pas réussi leurs études secondaires ou supérieures : plus d’argent, plus de sécurité, une meilleure santé, une vie plus longue...

Mais la réussite scolaire est en partie le résultat d’un coup de chance génétique. Personne n’a rien fait pour mériter ses gènes, et pourtant certains d’entre nous en bénéficient énormément. En nous montrant les liens entre les gènes et les résultats scolaires, cette nouvelle étude nous rappelle que tout le monde devrait avoir sa part de la prospérité nationale, quelles que soient les variantes génétiques dont il ou elle a hérité par hasard.

Deuxièmement, savoir quels gènes sont associés à la réussite scolaire aidera les scientifiques à comprendre comment des environnements différents affectent aussi cette réussite. L’élaboration d’un score polygénique prédisant statistiquement la réussite scolaire permettra aux chercheurs d’isoler le rôle des différences génétiques entre individus, afin de mieux mettre en lumière les effets de l’environnement. Comprendre quels environnements peuvent améliorer la capacité des enfants à penser et à apprendre est indispensable si nous voulons faire des investissements éclairés dans des interventions susceptibles d’avoir un véritable impact.

La possibilité d’inclure la génétique comme variable dans des modèles statistiques n’a pas la même connotation sinistre que les propositions eugénistes de dépistage des embryons ou la répartition des élèves dans des écoles différentes selon leur génotype. Mais la généralisation du recours aux scores polygéniques dans des recherches visant à comprendre comment les environnements façonnent la vie des enfants permettrait de grandes avancées dans la compréhension de ce qui peut maximiser le potentiel d’un enfant. Nous ne pouvons pas changer les gènes des individus, mais nous pouvons changer les conditions dans lesquels ils grandissent.

Nos gènes ont des effets sur pratiquement tous les aspects de notre vie - notre poids, notre fertilité, notre santé, notre espérance de vie, et - oui - notre intelligence et notre réussite scolaire. Les scientifiques le savent depuis des années, grâce aux résultats d’études sur les jumeaux et les enfants adoptés, mais ce n’est que récemment que nous sommes devenus capables de mesurer l’ADN directement et de nous en servir pour faire des prévisions relativement fiables.

Les différences génétiques humaines sont un fait scientifique, comme le changement climatique. Beaucoup de progressistes refusent de le reconnaître lorsqu’il s’agit d’éducation, car ils craignent que cela soit contraire à leurs convictions égalitaires. Mais tout comme il est nécessaire de reconnaître la réalité du changement climatique pour faire en sorte que notre planète reste habitable, reconnaître la réalité des différences génétiques entre les personnes est une étape nécessaire pour rendre notre société plus juste.

 

Kathryn Paige Harden (@kph3k) est professeure associée de psychologie à l’Université du Texas, à Austin, membre de The Op-Ed Project, et elle écrit actuellement un ouvrage sur la génétique et les inégalités sociales.


FAQ (ajoutée par F. Ramus)

Comme l'interprétation de l'étude citée par Paige Harden (Lee et al. 2018) est délicate, les auteurs ont de plus publié une FAQ pour répondre aux questions les plus fréquemment posées sur les méthodes, les résultats, et les implications de leur article. On y trouvera les réponses aux questions posées par la plupart des commentateurs ici. Je répondrai donc aux questions ici, en partie en traduisant la FAQ des auteurs.

A quoi ces résultats peuvent-ils servir?

Paradoxalement, de telles recherches en génétique vont devenir très utile pour mieux comprendre les facteurs environnementaux qui ont un véritable impact sur la réussite scolaire.

Par exemple, considérons l'un des plus grands résultats de la sociologie, le fait que le revenu de la famille a un impact important sur la réussite scolaire des enfants. En vérité, le revenu de la famille explique 7% des différences individuelles de réussite scolaire, soit moins que le score polygénique produit dans cette étude (11%). Voilà qui donne toute sa dimension à ce nouveau résultat! Néanmoins, même 7%, c'est loin d'être négligeable. C'est pour cela que tous les chercheurs en sciences sociales et en sciences de l'éducation, lorsqu'ils souhaitent évaluer l'effet d'un type d'intervention, d'une méthode pédagogique, d'un type d'école, etc., prennent en compte le revenu de famille, et de nombreux autres facteurs qui peuvent expliquer en partie la réussite scolaire. Imaginez par exemple que vous vouliez comparer les résultats des écoles publiques et des écoles privées (ou Montessori, ou Steiner, ou tout autre courant). Les statistiques montrent que les élèves de ces dernières ont de meilleurs résultats au brevet et au baccalauréat. Faut-il en conclure que cela apporte la preuve d'une pédagogie plus efficace? Non, parce que les élèves des écoles privées ne sont pas représentatifs de la population générale. Par conséquent, si l'on veut pouvoir comparer les résultats des élèves de différentes écoles (ou de groupes exposés à des pédagogies différentes), il faut les comparer à revenu familial égal, et de même pour d'autres facteurs comme le niveau d'éducation des parents, etc. Plus on contrôle statistiquement de tels facteurs dans l'analyse, moins on court le risque de conclure à tort que telle école ou pédagogie est meilleure que telle autre, alors qu'en fait les élèves comparés n'étaient pas comparables.

Jusque là tout le monde est d'accord. Sauf que les facteurs à contrôler ne se limitent pas à des variables sociologiques. Peut-être que les deux groupes d'élèves diffèrent aussi par leurs prédispositions génétiques pour les apprentissages scolaires (dont l'étude de Lee et al. 2018 confirme à nouveau la réalité). Si c'était le cas, les conclusions de la comparaison seraient aussi invalides. Une telle possibilité est un point aveugle de toutes les études de sciences de l'éducation jusqu'à ce jour, qui ne l'ont jamais prise en compte. Dorénavant, la possibilité méthodologique et technique existe: il est possible, en génotypant les élèves, de vérifier si deux groupes diffèrent par leurs prédispositions génétiques, et le cas échéant, soit de mieux les apparier sur ce critère, soit d'ajuster statistiquement ce facteur dans les analyses, comme on le fait déjà pour le revenu et le niveau d'éducation des parents. En utilisant de telles méthodes, il sera donc possible de produire des résultats plus fiables en sciences de l'éducation, et donc d'éviter de se leurrer sur des approches pédagogiques qui semblent "marcher" alors que les facteurs de confusion sont insuffisamment contrôlés.

Bien sûr, le génotypage a encore un coût important (quoique décroissant rapidement), et n'est pas encore à la portée des bourses de tous les chercheurs en sciences de l'éducation. Il est néanmoins certain que de telles techniques vont se démocratiser de plus en plus, et elles sont déjà utilisées dans de nombreuses cohortes dans lesquelles la réussite scolaire est évaluée.

Peut-on craindre de mauvais usages de tels résultats (stigmatisation, discrimination...)?

Bien sûr, comme pour toute connaissance scientifique, ces résultats peuvent être mal compris et/ou mal utilisés. C'est déjà le cas par exemple pour l'identification de variantes génétiques associées à un risque accru de cancer: ces résultats peuvent être utilisés pour discriminer certaines personnes sur le marché de l'assurance. Personne n'en conclut pour autant qu'il faut cesser toute recherche sur la génétique des cancers, car celle-ci a aussi des impacts positifs importants. Il faut juste lutter contre les discriminations. De même pour la génétique de l'éducation, il convient d'en prévenir les mauvais usages plutôt que de vouloir empêcher la connaissance de progresser. Rappelons à ce propos que les discriminations sont déjà punies par la loi, y compris les discriminations basées sur des caractéristiques génétiques, les mesures légales nécessaires existent par conséquent déjà.

Rappelons également que l'échec scolaire est l'une des pires sources de stigmatisation et de discrimination, et qu'il ne nécessite ni génotypage ni technique sophistiquée. Luttons donc contre les discriminations réelles et massives avant de s'inquiéter pour d'autres totalement hypothétiques. Et soutenons la recherche scientifique en éducation, y compris génétique, afin de concevoir des pédagogies et des systèmes éducatifs qui aident tous les élèves à apprendre, quel que soit leur milieu d'origine, et quelles que soient aussi leurs prédispositions génétiques.

[à suivre]


Bibliographie

Etude citée :

Lee, J. J., Wedow, R., Okbay, A., Kong, E., Maghzian, O., Zacher, M., … Cesarini, D. (2018). Gene discovery and polygenic prediction from a genome-wide association study of educational attainment in 1.1 million individuals. Nature Genetics, 50(8), 1112. https://doi.org/10.1038/s41588-018-0147-3

Autres études pertinentes pour en savoir plus :

Krapohl, E., Euesden, J., Zabaneh, D., Pingault, J.-B., Rimfeld, K., von Stumm, S., … Plomin, R. (2016). Phenome-wide analysis of genome-wide polygenic scores. Molecular Psychiatry, 21(9), 1188‑1193. https://doi.org/10.1038/mp.2015.126

Krapohl, E., Hannigan, L. J., Pingault, J.-B., Patel, H., Kadeva, N., Curtis, C., … Plomin, R. (2017). Widespread covariation of early environmental exposures and trait-associated polygenic variation. Proceedings of the National Academy of Sciences, 201707178. https://doi.org/10.1073/pnas.1707178114

Krapohl, E., & Plomin, R. (2016). Genetic link between family socioeconomic status and children’s educational achievement estimated from genome-wide SNPs. Molecular Psychiatry, 21(3), 437‑443. https://doi.org/10.1038/mp.2015.2

Liu, H. (2019). Genetic architecture of socioeconomic outcomes: Educational attainment, occupational status, and wealth. Social Science Research, 82, 137‑147. https://doi.org/10.1016/j.ssresearch.2019.04.008

Martschenko, D., Trejo, S., & Domingue, B. W. (2019). Genetics and Education: Recent Developments in the Context of an Ugly History and an Uncertain Future. AERA Open, 5(1), 2332858418810516. https://doi.org/10.1177/2332858418810516

Plomin, R., & von Stumm, S. (2018). The new genetics of intelligence. Nature Reviews Genetics, 19(3), 148‑159. https://doi.org/10.1038/nrg.2017.104

Trzaskowski, M., Harlaar, N., Arden, R., Krapohl, E., Rimfeld, K., McMillan, A., … Plomin, R. (2014). Genetic influence on family socioeconomic status and children’s intelligence. Intelligence, 42, 83‑88. https://doi.org/10.1016/j.intell.2013.11.002

Trejo, S., Belsky, D., Boardman, J., Freese, J., Harris, K., Herd, P., … Domingue, B. (2018). Schools as Moderators of Genetic Associations with Life Course Attainments: Evidence from the WLS and Add Health. Sociological Science, 5, 513‑540. https://doi.org/10.15195/v5.a22

Cet article Pourquoi les progressistes devraient prendre en compte la génétique de l’éducation est apparu en premier sur Ramus méninges.

Une fille peut-elle devenir un garçon?

Dans le magazine Psychologies de mars 2014, Lucie, 6 ans, demande "Je veux devenir un garçon. Pourquoi ce n'est pas possible?". Et la psychanalyste Claude Halmos lui répond. S'ensuivirent de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux (relancées récemment) accusant Claude Halmos de transphobie et s'offusquant qu'elle nie le désir d'un enfant de changer de sexe.

Je ne suis pas connu pour mes sympathies avec la psychanalyse, et la réponse de Claude Halmos est loin d'être parfaite, néanmoins les réactions à sa réponse me paraissent inappropriées, la plupart confondant les faits (le sexe existe-t-il? peut-on en changer?) avec les jugements de valeur (les personnes transgenres méritent-telles d'être respectées et soutenues?). J'ai déjà examiné ce genre de sophismes dans deux autres articles, l'un sur les bases biologiques de l'homosexualité, l'autre sur les différences entre les sexes. Ici, je propose de se poser la question: Qu'est-ce que Claude Halmos aurait pu écrire de plus intelligent?

1) Reconnaitre que la demande est ambigüe et sous-spécifiée. On n'a aucune information sur le sexe de Lucie (est-elle sans ambiguïté une fille, ou a-t-elle une condition intersexuée?), ni sur son identité de genre (se sent-elle fille ou garçon?). Sa demande n'est pas claire: on ne sait pas si elle veut un corps de garçon, un comportement de garçon, des activités de garçon, être un garçon aux yeux des autres... Les raisons de sa demande non plus: on ne sait pas si elle veut devenir un garçon parce que c'est plus cool (à ses yeux de fille de 6 ans), ou parce que c'est la seule chose qu'elle puisse imaginer être. Bref, on ne sait rien, donc on ne peut rien répondre de pertinent pour elle. Claude Halmos, comme beaucoup de psychanalystes, devrait avoir l'humilité de reconnaître quand elle n'a pas assez d'éléments ou de connaissances pour répondre à une demande, plutôt que d'avoir toujours réponse à tout et de l'exprimer avec une grande assurance.

2) Du coup, une démarche intelligente aurait été de se servir de cette question pour expliquer les différentes possibilités, et la différence entre les notions de sexe, de genre, et d'identité de genre:

  • Expliquer que le sexe n'est ni une notion intuitive, ni une heuristique cognitive, ni une construction sociale (comme l'ont affirmé certains commentateurs), que c'est une fonction biologique liée aux chromosomes sexuels et aux organes génitaux internes et externes, qui donne un sexe non ambigu à plus de 99% des gens, et qui produit aussi parfois des conditions intersexuées. Que si on n'est pas satisfait de son sexe, on peut tenter de se rapprocher de l'autre sexe par diverses opérations et traitements hormonaux, mais qu'on ne peut pas changer complètement de sexe (dans l'état actuel de la médecine et de la technologie).
  • Expliquer que l'identité de genre (se sent-on masculin ou féminin ou autre) est le plus souvent cohérente avec le sexe, mais parfois pas, d'où le désir exprimé par certaines personnes de changer de sexe.
  • Expliquer que le genre (est-ce qu'on adopte des comportements et rôles typiquement masculins ou féminins ou autres) est une construction sociale malléable, et qu'il est possible et acceptable d'adopter celui qu'on souhaite, notamment celui correspondant à son identité de genre plutôt que celui correspondant à son sexe (s'il y a différence entre les deux). Et que les situations intermédiaires entre les pôles masculins et féminins sont possibles aussi. Bref, expliquer qu'à défaut de changer de sexe, on peut adopter le genre souhaité, que ce n'est pas un problème, et qu'on peut se faire accompagner si nécessaire.

Que conclure de cette controverse?
A mon sens, ce dont ont besoin les personnes LGBT, c'est que l'on reconnaisse, respecte et garantisse totalement leur droit à vivre selon l'identité de genre et l'orientation sexuelle qu'elles ressentent, et à exprimer le genre qu'elles souhaitent. Mais cela n'implique pas de nier le sexe, ni de soutenir qu'il soit possible de véritablement en changer. Le sexe existe et est bien défini biologiquement, qu'on le veuille ou non*. En changer complètement n'est pas possible, c'est la réalité actuelle. Dire cela n'est pas être transphobe, car c'est un état de fait, pas un jugement de valeur. Le genre est une notion valide, mais qui ne se substitue pas au sexe. C'est la distinction entre les deux et l'usage approprié de chacun qui est utile. Nier le sexe ne fait qu'induire la confusion dans les débats, et cela fournit une cible facile et contribue à radicaliser les traditionalistes qui s'opposent à la notion même de genre. Soutenir l'idée qu'on puisse changer de sexe (plutôt que de genre) n'aide pas les personnes transgenres dans la mesure où cela revient à leur faire une promesse impossible à tenir.

 

Post-scriptum

ajouté pour synthétiser et répondre à de nombreux commentaires lus sur les réseaux sociaux.

Au cœur de la controverse, se situe l'interprétation du mot "garçon", dans la phrase de Lucie "Je veux devenir un garçon". J'avoue ne l'avoir compris que dans un second temps, tant l'interprétation était évidente pour moi. Et je continue à penser que mon interprétation se défend (plutôt mieux que l'alternative).

Pour beaucoup de gens qui ont réagi violemment à la réponse de Claude Halmos (et dans une certaine mesure, à la mienne), le mot garçon est évidemment à interpréter comme reflétant un genre. Et la demande de Julie est évidemment à interpréter comme reflétant une identité de genre masculine. Et toute réponse signalant qu'il n'est pas possible pour une fille d'être un garçon (parce qu'interprétant le mot "garçon" comme indiquant un sexe) est évidemment une négation de l'identité de genre de cet enfant, et traduit donc évidemment de la transphobie.
Je conviens qu'il s'agit là d'interprétations possibles, mais il ne s'agit là que d'interprétations possibles parmi d'autres. Et je tiens à souligner qu'aucun de ces "évidemment" n'est véritablement évident.
1) quand une fille de 6 ans parle de garçon, parle-t-elle de la moitié de la population qui est physiquement distincte des filles (qui correspondrait à la notion de sexe), ou parle-t-elle des individus qui adoptent des comportements et des rôles genrés typiques de la masculinité (notion de genre)? On ne sait pas ce qu'elle avait dans la tête en disant cette phrase, mais pour moi l'interprétation en termes de sexe est au moins aussi plausible pour une enfant de 6 ans qu'une interprétation en termes de genre.
2) Julie a-t-elle une identité de genre masculine? Peut-être, mais on n'en sait rien et c'est loin d'être clair. Par exemple, si elle se sentait garçon, elle aurait pu dire: "Je suis un garçon, pourtant tout le monde dit que je suis une fille. Pourquoi?". Ou encore: "Je suis née fille mais je me sens garçon et je veux vivre comme un garçon. Pourquoi c'est impossible?". Dans ces cas son identité de genre aurait été claire. Mais elle dit: "Je voudrais devenir un garçon", ce qui pour moi sous-entend qu'elle n'en est pas un et qu'elle reconnait donc son identité de fille. Elle ne manifeste pas de manière évidente un genre masculin.
3) Par conséquent, si Julie ne manifeste pas de genre masculin, personne ne nie son identité de genre.
4) Quand bien même aurait-elle une identité de genre masculine, et quelqu'un en douterait-il, parler de transphobie est un procès d'intention totalement inapproprié. La transphobie est une hostilité envers les personnes transgenres. Méconnaître ou ne pas reconnaître l'identité de quelqu'un (a fortiori dans un cas aussi peu clair) n'est pas la même chose que nier son existence, et encore moins que lui être hostile. On peut douter de tout, c'est la base même de la science. Même si ça vexe des gens. Ca n'implique pas qu'on leur soit hostile ou qu'on leur manque de respect.
Bref, comme je l'ai dit, la situation est sous-spécifiée et ouverte à de multiples interprétations.
Raison de plus pour faire preuve d'un peu de retenue et ne pas accuser les gens de transphobie, alors que ce qu'ils disent est parfaitement compatible avec le contraire.
De manière plus générale, la tendance consistant à vouloir tout analyser au prisme du genre et à vouloir remplacer le mot sexe par le mot genre dans toutes les phrases ne contribue pas à la clarté de la pensée ni à la sérénité des débats.

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