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Ecrans et troubles du langage : Ce que ne montre pas l’étude d’Ille-et-Villaine

L’année dernière a été publié une rare étude française portant sur l’effet de l’exposition aux écrans sur les troubles du langage chez l’enfant (Collet et al. 2019). Un compte-rendu en français vient d’en être diffusé sur le site Santé publique France. Cette étude est intéressante et contribue au débat. Mais il y a fort à parier qu’elle va faire l’objet de commentaires allant bien au-delà de ce qu’autorisent les données. En particulier, si ce que montre l’étude va être largement diffusé, amplifié, et exagéré, il est prévisible que les commentateurs et médias oublieront de mentionner ce que ne montre pas l’étude, voire lui feront dire le contraire de ce qu’elle dit.

Mon propos n’est pas de faire un compte-rendu ni une critique complète de l’étude. On pourrait évidemment s’étendre sur ses diverses limites : l’effectif limité, le fait que les enfants avec et sans troubles n’ont pas été recrutés par les mêmes canaux, l’absence de correction pour les tests statistiques multiples. Toute étude a ses limites, bien entendu. On pourrait aussi souligner le fait qu’il s’agit d’une étude qui ne montre qu’une corrélation, une association statistique, et que l’établissement d’un lien de causalité nécessite un tout autre niveau de preuve. C’était l’objet de notre précédent article sur le lien entre l’exposition aux écrans et le QI des enfants. Ici, je veux simplement compléter les comptes-rendus médiatiques en mettant en exergue tous les facteurs d’exposition aux écrans dont cette étude n’a pas montré d’association avec les troubles du langage.

En effet, cette étude a comparé pas moins de 21 variables d’exposition aux écrans entre les enfants ayant un trouble du langage et le groupe contrôle. La première constatation intéressante est que, lorsqu’on ne contrôle aucun facteur confondu, 11 variables sur les 21 diffèrent significativement entre les deux groupes. En revanche, lorsque l’on contrôle le sexe, la présence de frères et sœurs plus âgés, la situation familiale, et le niveau d’étude des parents, autant de variables qui diffèrent entre les deux groupes, qui à la fois sont associées à l’exposition aux écrans et sont des facteurs de risque pour les troubles du langage, alors il ne reste plus que 2 variables qui diffèrent entre les deux groupes. Cette simple constatation montre toute l’étendue des facteurs qui sont confondus avec l’association statistique entre écrans et troubles du développement, et la très grande prudence avec laquelle il faut donc considérer de telles corrélations. De toute évidence, seuls les résultats ajustés sur un maximum de ces facteurs confondus sont à prendre au sérieux (c’est d’ailleurs bien ce que font les auteurs de l’étude).

La deuxième constatation intéressante, c’est justement que sur ces 21 variables, seules 2 ont montré une différence significative entre les deux groupes. Autrement dit, 19 des 21 facteurs d’exposition aux écrans n’ont pas montré d’association statistiquement significative avec les troubles du langage. Pour que les choses soient bien claires, j’en fais la liste ci-dessous.

Facteurs qui ont montré une différence statistiquement significative (et indépendante les unes des autres) entre enfants avec troubles du langage et enfants contrôles :

  1. Exposition aux écrans le matin avant d’aller à l’école.
  2. Parler rarement ou jamais du contenu des écrans avec l’enfant.

Facteurs qui n’ont pas montré une différence statistiquement significative (et indépendante les unes des autres) entre enfants avec troubles du langage et enfants contrôles :

  1. Age de la première exposition aux écrans.
  2. Première exposition aux écrans avant 24 mois.
  3. Nombre d’écrans à la maison supérieur à 6.
  4. Durée hebdomadaire d’exposition aux écrans.
  5. Accès à la télévision.
  6. Accès à un ordinateur.
  7. Accès à une console de jeux.
  8. Accès à une tablette.
  9. Accès à un smartphone.
  10. Exposition aux écrans les jours d’école.
  11. Exposition aux écrans les jours sans école.
  12. Exposition aux écrans pendant les vacances.
  13. Exposition aux écrans pendant le déjeuner.
  14. Exposition aux écrans pendant l’après-midi.
  15. Exposition aux écrans pendant le dîner.
  16. Exposition aux écrans le soir avant de se coucher.
  17. Télévision allumée en bruit de fond.
  18. Prendre le temps de faire des activités avec les enfants.
  19. Prendre le temps de communiquer avec les enfants.

Bien entendu, les résultats nuls sont difficiles à interpréter. Ces 19 absences de différence ne sont pas 19 preuves d’une absence de différence. L’effectif limité de l’étude peut avoir limité la possibilité d’observer des différences statistiquement significatives. Mais on ne peut pas non plus présenter une limite de l’étude comme fournissant une preuve de quoi que ce soit !

Encore une fois, il ne s’agit pas de dire qu’il n’y a aucune exposition problématique aux écrans. Il existe de toute évidence dans certaines familles des expositions très excessives, qui ont des effets délétères sur le développement de l’enfant. Il n’est d’ailleurs pas inintéressant que le résultat le plus fort de cette étude concerne l’exposition aux écrans le matin avant l’école, c’est-à-dire à un moment où elle n’est nullement justifiée, où elle peut se substituer à du temps de sommeil, et on peut soupçonner que cette exposition matinale soit en fait un révélateur de bien d’autres problèmes.

Il ne s'agit pas non plus de nier que certains contenus soient problématiques. Au contraire, il est urgent de s'intéresser aux effets de contenus et d'usages spécifiques, plutôt que de continuer à mettre en cause "l'exposition aux écrans", notion vide de sens tant elle recouvre des situations hétérogènes. De ce point de vue, il est aussi intéressant que dans cette étude, le deuxième facteur significatif (quoique pas après une correction statistique pour tests multiples) traduise le désintérêt des parents pour ce que les enfants voient sur les écrans.

Tant que l'on en reste au facteur vague et hétérogène "exposition aux écrans", on ne peut que constater que les résultats de toutes les études disponibles montrent des effets faibles, qui sont largement exagérés dans les médias et livres grand public. Les écrans justifient une vigilance par rapport aux expositions excessives et aux contenus douteux, mais pas la panique généralisée que l’on observe actuellement.

Pour en revenir au principal propos de cet article, il sera intéressant d’observer, parmi tous les commentateurs dans tous les médias, lesquels penseront à mentionner que dans cette étude, la plupart des facteurs d’exposition aux écrans n’ont pas montré de lien avec les troubles du langage. Et lesquels, non seulement s’abstiendront de le mentionner, mais au contraire, emportés par leur enthousiasme, présenteront à tort certains des 19 facteurs n’ayant pas d’effet comme en ayant un. Rendez-vous dans les commentaires ci-dessous pour compter les points.

Référence

Collet, M., Gagnière, B., Rousseau, C., Chapron, A., Fiquet, L., & Certain, C. (2019). Case–control study found that primary language disorders were associated with screen exposure. Acta Paediatrica, 108(6), 1103–1109. https://doi.org/10.1111/apa.14639

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Quelles leçons tirer de l’affaire Dolto?

Les débats récents suscités par la diffusion de citations de Françoise Dolto à propos de l’inceste et des viols d’enfant se sont essentiellement centrés sur leur caractère scandaleux, intolérable, et sur le fait qu’ils seraient susceptibles d’excuser les auteurs de crimes pédophiles. Cette réaction est bien entendu compréhensible, mais elle a l’inconvénient d’occulter totalement la question de la véracité des propos de Dolto.

D’une certaine manière, la plupart des commentateurs, emportés par l’émotion, raisonnent sur le mode « c’est tellement scandaleux et immoral que c’est ridicule et nécessairement faux » (et éventuellement qu’il faut censurer de tels propos). Le problème est que c’est une erreur de raisonnement, consistant à confondre les états de fait et les jugements de valeur. Cette confusion est malheureusement fréquente, je l’ai déjà dénoncée dans bien d’autres contextes, par exemple la question des différences cognitives entre les sexes, ou encore des bases biologiques de l’homosexualité.

S’il est important de comprendre toutes les implications morales et judiciaires des propos de Dolto, cela ne doit pas empêcher également de les évaluer de manière objective et dépassionnée.

Car ce qu’a dit Dolto pourrait être vrai. Il pourrait être vrai que les enfants dont elle parle ont véritablement eu des désirs sexuels pour des adultes, et les ont séduits activement, et ont « pris leur pied » au cours de relations sexuelles avec ces adultes. La rigueur et la neutralité scientifique imposent de considérer les affirmations de Dolto comme des hypothèses, qui pourraient être justes comme elles pourraient être fausses. Et si elles étaient justes, quand bien même ces idées nous paraitraient scandaleuses et leurs conséquences nous effraieraient, alors il faudrait bien en tenir compte, à la fois pour notre compréhension de la psychologie humaine, pour nos jugements moraux, et pour les décisions de justice. La question de la véracité factuelle de ce qu’affirme Dolto (et bien d’autres) est donc cruciale.

 

En psychologie comme dans les autres disciplines, ce que l’on affirme doit être étayé par des preuves, par des données factuelles. Et plus les hypothèses sont extraordinaires, c’est-à-dire en décalage avec les connaissances déjà acquises et l’expérience commune, plus les preuves doivent être fortes pour que l’on puisse les accepter. C’est ce qui distingue la science du charlatanisme ou de la religion. Si une personne a un désir (quand bien même serait-il inconscient), ou éprouve du plaisir, cela doit pouvoir s’observer dans des données factuelles, soit dans ce que la personne dit elle-même de son propre ressenti, soit dans son comportement qui manifeste ce ressenti de manière non ambigüe. Or, quelles preuves Dolto apporte-t-elle de ces désirs sexuels, de ces tentatives de séduction, de ce plaisir ressenti qu’elle attribue aux enfants ? On peut parcourir ses livres et les transcriptions de ses entretiens en long et en large, on n’en trouve strictement aucune. Dolto se contente d’asséner ce qu’elle croit vrai, ce qu’elle imagine et qui fait sens pour elle, dans le cadre interprétatif des dogmes freudo-lacaniens.

Comme je le rappelle dans mon précédent article, il n’y a pas que sur le viol d’enfants que Dolto a dit des énormités. Cette manière d’affirmer sans preuve des hypothèses extraordinaires s’est exercée très largement pour tenter d’expliquer tous les troubles et difficultés de l’enfant et de ses parents.

Si encore Françoise Dolto était la seule à affirmer n’importe quoi sans preuve. Le problème, c’est que jusqu’à ce jour elle est en bonne compagnie, car c’est le mode opératoire habituel de la psychanalyse, d’affabuler des interprétations sans jamais fournir la moindre preuve factuelle de ce qui est affirmé, et sans jamais prendre en considération des interprétations alternatives plus simples et beaucoup plus convaincantes des mêmes observations.

Alors, quelles leçons peut-on tirer de l'affaire Dolto ?

Premièrement, que jusqu’à preuve du contraire, ce qu’elle dit est faux. Concernant les enfants dont elle parlait, ni elle ni personne d’autre n’a jamais apporté la moindre donnée factuelle qu’ils avaient des désirs sexuels pour des adultes, les ont provoqués, et ont « pris leur pied ». Concernant la formulation plus générale de l’hypothèse, selon laquelle tous les enfants auraient des désirs sexuels (inconscients ou pas) pour le parent de sexe opposé, ou pour des adultes en général, même si l’on ne peut exclure l’existence de cas particuliers, ces hypothèses sont très peu plausibles, compte tenu à la fois de l’expérience que chacun a de sa propre enfance, des preuves inexistantes et de toutes les connaissances accumulées à ce jour en psychologie de l’enfant. Ce genre de théorie n’est plus enseigné que dans les facultés de psychologie françaises et argentines, et est vu comme une aberration par les psychologues du reste du monde.

Deuxièmement, que c’est seulement parce que ce qu’elle dit est faux qu’on peut se permettre de ne pas en tenir compte d’un point de vue moral et juridique. Encore une fois, il est important de ne pas confondre les faits et les valeurs.

Troisièmement, que le problème n’est pas restreint à ce qu’a dit Françoise Dolto, ni au seul sujet du viol d’enfants. Comme le scandale de l’autisme il y a quelques années, Dolto n’est qu’un révélateur d’un problème bien plus vaste affectant toute la psychiatrie et la psychologie de l’enfant : c’est le problème de l’influence indue de la psychanalyse et de ses théories invraisemblables ne reposant sur rien. Il est temps que cette manière fantaisiste et charlatanesque de discourir sur la psychologie humaine perde son influence démesurée, pas seulement dans les cas que tout le monde trouve scandaleux, mais dans tous les cas où ces théories absurdes influencent les pratiques des professionnels de la petite enfance, la prise en charge des personnes avec troubles mentaux, ainsi que des décisions de justice.

Post-scriptum

Peut-on encore conserver 138 écoles au nom de "Françoise Dolto", connaissant ses propos sur l'inceste, la pédophilie et le viol d'enfants ? La question est posée, et une pétition est ouverte pour demander leur changement de nom.

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Catalogue Ramus méninges 2019

Pour Noël 2019, je vous offre une mise à jour du catalogue Ramus Méninges incluant tous les nouveaux articles de l'année, classés par thème. Bonne lecture!


Thèmes


L'autisme

L'éducation

La génétique, l'inné et l'acquis

L'intelligence

La médecine et les pratiques fondées sur des preuves

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La recherche et le monde universitaire

Les religions et les croyances

Les sciences cognitives et les neurosciences

Sexe, genre et orientation sexuelle

Société et rationalisme

Les troubles dys et le TDAH

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Connaissez-vous Françoise Dolto?

Le meilleur moyen de se faire un avis sur la psychanalyse, c'est de la lire! Commençons par Françoise Dolto, qui a fasciné la France pendant plusieurs décennies, et qui continue à faire l'objet d'une véritable vénération dans les PMI, les crèches, les maternelles, l'aide sociale à l'enfance, chez de nombreux professionnels spécialistes de l'enfant  (psychologues, psychomotriciens, pédopsychiatres...) et dans les médias.

Je propose ci-dessous quelques morceaux choisis, sur deux thèmes particuliers: les troubles du développement de l'enfant, et le viol d'enfants.

Les troubles du développement

La mort subite du nourrisson

« Vous savez que la mort subite du nourrisson survient très souvent lorsqu’ils avalent leur langue, comme si la souffrance et la solitude les poussaient à vouloir retourner à la vie fœtale. »
(Dolto, F. & Nasio, J.-D., L’enfant du miroir. Éd. Rivages, 1987, p. 12)

Le retard de développement

« Le retard de langage et le retard psychomoteur, plaie des enfants des villes, et qui font de ces enfants des retardés pour entrer à l’école, provient du dérythmage des besoins alimentaires, excrémentiels et moteurs des petits. Dérythmage dû surtout à l’ignorance des mères et à leur manque d’observation et de respect du rythme de besoin et de l’apparition du désir des enfants qui accompagne leur développement sensori-psychique, lequel dépend de la relation langagière à la mère et non du dressage à la propreté. »
(La difficulté de vivre, Gallimard, 1995)

L'arriération mentale

«Il vaut mieux que la violence s'exprime physiquement, sinon elle s'exprime somatiquement, dans le corps, et si elle ne s'exprime pas somatiquement dans le corps, elle s'exprime cérébralement par un brouillard qui se met dans l'intelligence de l'enfant. Donc à ce moment-la, c'est l'effet de cette non-agressivité qui le rend arriéré. L'arriération d'un enfant, c'est une agressivité qui n'a pas pu s'exprimer de façon ni motrice ni verbale, et malheureusement il est en bonne santé psychosomatique»!

(Les Étapes majeures de l’enfance. Gallimard, Folio, 1994, p. 251).

L'autisme

«Tous les autistes sont surdoués pour la relation humaine et pourtant ils sont dans un désert de communication. Souvent la personne qui s’occupait d’eux était désertée elle aussi au cours de son premier âge et elle a transmis l’état de désert à ce bébé qui évoquait pour elle son petit âge.»

(La cause des enfants. Laffont, 1985, p. 391)

«L'enfant autiste est télépathe. J'ai l'exemple d'une petite fille autiste de cinq ou six ans. Sa mère me racontait que lorsqu'elle voyageait avec elle dans le train, c'était intolérable parce que cette enfant parlait toute seule, et elle disait la vérité des gens qui étaient dans le compartiment... Une fois, une voisine disait à sa mère: “Je vais à Paris voir mon mari...”, et l'enfant coupait: “C'est pas vrai, c'est pas son mari, c'est un monsieur que son mari connaît pas...”! Elle parlait avec une voix bizarre, sans poser son regard, dans un habitus de somnambule.»

(La cause des enfants. Laffont, 1985, p. 392)

La psychose

«Je ne crois pas aux psychotiques. Je veux dire à la “fatalité” de ces états. Pour moi, ce sont des enfants précoces à qui on ne parle pas de ce qui les concerne. Ça peut se passer dans les premiers jours, à la maternité, quand on ne parle pas à l'enfant, par exemple, de l'angoisse de sa mère à accoucher un enfant sans père, ou qu'elle ne lui dit pas que sa famille ne voudra pas de lui, ou qu'elle voulait une fille et que c'est un garçon ou qu'elle a tel ou tel souci majeur étranger à lui qui l'obsède.»

(La cause des enfants. Laffont, 1985, p.386)

«La psychanalyse a révélé ce qu’on pourrait appeler la “solidarité génétique”. Elle a permis de découvrir que des événements qui sont arrivés dans la famille d'un être humain, avant même qu'il ne naisse, pendant qu'il est fœtus, dans le ventre de sa mère qui souffre de l'événement qui s'est passé et qui n'a personne à qui le dire, sont capables d'induire une psychose chez cet être en gestation. Cet enfant va, par son corps, dire la souffrance que la mère a tue. Donc, il a porté l'effet d'une souffrance non dite de la mère. La psychanalyse —et surtout la psychanalyse d'enfants —a fait comprendre la solidarité des générations devant les effets dévitalisants de certains traumatismes, stress, chocs affectifs ou vitalisants, réussites, joies. Cette découverte de la transmission de l'héritage aussi bien que de la dette sur le plan émotionnel inconscient des êtres humains est comparable, pour son importance capitale, à la découverte sur le plan pathogène de la transmission génétique de certaines maladies.»

(La cause des enfants. Laffont, 1985, p.291)

La dyslexie

« Mais d’abord le mot ‘lire’ est un mot qui, pour certains enfants, éveille quelque chose de totalement tabou : c’est le lit conjugal des parents. Au moment ou l’enfant est en train d’élaborer son interdit de l’inceste, le verbe du ‘lit’ que leur paraît être le mot ‘lire’ rend ce mot banni, et les activités qui entourent le fait de lire sont quelque chose qui le met dans un très grand trouble. Bien sûr, les maitresses d’école ne le savent pas et cela doit rester inconscient »

" Les mots de “lire” et “écrire”, pour certains enfants, sont des signifiants inconscients de l'union sexuelle dont on ne leur a pas clairement parlé et qui, à cause de cela, les empêche de dépasser le trouble que ces mots induisent dans leur vie imaginaire.Leur curiosité, quelle qu'elle soit, leur semble coupable."
(L’échec scolaire. Essais sur l’éducation, 1990, pp. 19, 38)

La dyscalculie

« Le calcul étant tout ce qui se passe autour des nombres et des ‘opérations’. La multiplication : comment un et un, dans la vie quelquefois ça fait trois au lieu que un et un ça fasse deux quand c’est des choses. Comment un tout seul (avec une maman toute seule) on soit (on est, on naît) tout d’un coup trois, parce que maman a un bébé sans qu’il y ait un ‘papa' »
(L’échec scolaire. Essais sur l’éducation, 1990)

La difficulté scolaire

« Sur le plan de toutes les activités intellectuelles et sociales, le complexe de castration entrera en jeu; l'intérêt de l'enfant découle de sa curiosité sexuelle et de son ambition à égaler son père, curiosité et ambition coupables tant que le complexe d'Œdipe n'est pas liquidé. Dans le domaine scolaire surtout, on verra des inhibitions au travail; le garçon deviendra incapable de fixer son attention. C'est l'instabilité de l'écolier, si fréquente, et source pour lui de tant de remontrances. Le calcul, particulièrement, lui paraîtra difficile; le calcul étant associé dans l'inconscient aux “rapports” (ressemblance, différence, supériorité, égalité, infériorité) —aux problèmes quels qu'ils soient —et l'orthographe associée à “l’observation”, grâce à laquelle on “voit clair”»

(Psychanalyse et pédiatrie. Seuil, 1971, p.99. Italiques de Dolto)

«De fait, la nullité scolaire, c'est l'interdiction de se servir de ses pulsions sublimées orales et anales, comme nous disons dans notre jargon, c'est-à-dire prendre et donner: prendre des éléments, rendre des éléments. C'est le digestif qui se fait de façon symbolique dans le mental et qui, en principe, se traduit chez l'enfant par “réussir à l'école”»!

(Tout est langage.Gallimard, Folio, 1994, p.32)

«Il faut savoir que tout travail scolaire fait avec une mère féminise un garçon; et que, au moment de la prépuberté puis de la puberté, tout ce qui a été fait en couplage avec elle perd complètement son intérêt. Ou, s'il le conserve, c'est la masculinité du garçon qui sera atteinte plus tard.»

(Lorsque l’enfant paraît. Tome 3. Éd. du Seuil, 1979, p. 98)

L'énurésie

«Beaucoup de “pipis au lit” disparaissaient quand l'enfant a de l'eau près de lui. Chose tout à fait paradoxale pour les parents! Cela vient de ce que l'enfant, un peu inquiet ou angoissé, a besoin d'eau. Or, la manière immédiate de “faire” de l'eau, c'est de pisser au lit; la deuxième, c'est de boire. Eh bien, si l'enfant qui a l'habitude de faire pipi au lit a un verre d'eau près de lui, il la boira.»

(Lorsque l’enfant paraît. Tome 1. Seuil, coll. Points, 1977, p.62)

Le harcèlement

«Il y a des enfants qui —on ne sait pourquoi —se laissent battre, et même provoquent les autres à les battre, mais alors ce n'est pas seulement à l'école. Nous ne pouvons pas entrer dans les détails, mais pour ces petits masochistes en herbe, ces apeurés de tout, il y a un moyen qui les aide beaucoup, c'est de dire: “Je pense que tu ne fais pas attention à la façon dont les autres te battent. Tu te réfugies tout de suite, tu te caches, ce n'est pas ainsi que tu sauras jamais te défendre. Fais bien attention, au contraire. Alors tu remarqueras les coups qui font mal, et ceux qui font mieux mal.” Il faut dire ceci: “mieux mal”, bien que ce ne soit pas très correct. Avec l'autorisation de recevoir des coups et de faire attention à la façon dont il les reçoit, généralement l'enfant triomphera de sa difficulté au bout de quelques jours, il saura répondre et ne sera plus ennuyé par les autres.»

(Lorsque l’enfant paraît. Tome 1. Seuil, coll. Points, 1977, p.188).

Faible estime de soi

Jacques Pradel: «Une jeune maman vous demande si les parents peuvent vivre nus devant leur enfant, sans que cela risque d'être traumatisant pour celui-ci.»

F. Dolto: «C'est toujours traumatisant pour l'enfant. II faut que les parents respectent toujours leur enfant, comme un hôte d'honneur. Et devant un hôte d'honneur, ils ne se promèneraient pas nus! Pour un enfant, la nudité de ses parents est tellement belle, tellement séductrice, qu'il se sent minable à côté d'eux. Ces enfants développent des sentiments d'infériorité ou, pire, ils ne se voient plus eux-mêmes, et ils ne se sentent plus le droit d'avoir eux-mêmes un corps. Alors, que la mère et le père soient toujours décents, chez eux, comme les adultes le sont sur les plages, pas nus.»

(Lorsque l’enfant paraît. Tome 1. Seuil, coll. Points, 1977, p.119).

Les angines

«Vous aviez commencé à développer un jour la signification symbolique des angines...

Françoise Dolto: Oui, mais c'est tout à fait autre chose, le fait d'avoir des angines à répétition. Enfin, dans mes analyses, je constate toujours l'apparition d'angines au moment où le patient travaille l'époque orale, car l'angine est une réaction à l'abandon. Je crois que c'est un symptôme exprimant le désir du sujet d'appeler quelqu'un qui ne viendra pas. La gorge se serre au lieu même où elle voudrait appeler cette personne absente.»

(Séminaire de psychanalyse d’enfants. Tome I. Seuil, 1982, p.213)

Le viol d'enfants et l'inceste

Citations extraites de L’ENFANT, LE JUGE ET LA PSYCHANALYSTE, Françoise Dolto et Andrée Ruffo, Gallimard, 1999.

P33 : Question de la juge Andrée Ruffo à propos d’un enfant victime d’inceste

Dolto : L’important c’est : puisqu’il a survécu, qu’est-ce qu’il y a eu de suffisant pour y prendre son pied ? Si un être est vraiment traumatisé il tombe malade ; si un être n’a pas de quoi vivre il ne continue pas.

P 52 : à propos d’une enfant violée.

La juge : Mais on sait très bien que cet enfant est battue, qu’elle a été violée.
Dolto : Oui, et d’ailleurs qu’elle le provoque.

P 53 : à propos des enfants violés et battus :

Dolto : les enfants sont responsables de laisser les parents commettre un acte qui les avilit dans leur relation à leurs enfants.

P 81 : à propos d’un enfant victime de violences sexuelles

Dolto : … peut être que sans l’avoir cherché, l’enfant en était complice. Parce que je crois que ces enfants sont plus ou moins complices de ce qu’il se passe.

P 83 : La juge : On a souvent au tribunal la fameuse question : est-ce que les enfants (abusés) mentent ?

Dolto : Les enfants fabulent beaucoup, oui, c’est vrai.
(…)

La juge : Mais comment nous, juges, pouvons-nous savoir si l’enfant fabule ou non ?

Dolto : moi j’ai vu beaucoup d’enfants qui fabulaient et ça se voyait d’après leurs dessins.
(…)

P84 Dolto : Les enfants ont des désirs pour les adultes, ils piègent les adultes à cause de ça. Ils n’ont que ça à penser, à provoquer l’adulte.

P85 : La juge : mais pourquoi l’enfant fabule ? C’est qu’il doit y avoir un désir ?

Dolto : (…) le fantasme de l’inceste la littérature en est pleine. La littérature est pleine de modes défendus de relations sexuelles.

P87 : la juge : est-ce qu’il est utile pour les enfants qu’il y ait un jugement social, que l’enfant soit déclaré victime ?

Dolto : Non, justement c’est très difficile parce que ça le marque pour la vie. Si ça se passe à huis clos, entre l’enfant et les parents c’est beaucoup mieux. C’est bien dommage ce qui s’est passé. Il faut dorénavant que ce soit terminé et que ce ne soit pas toute une histoire. Ce sont des choses qui se passent dans le cabinet du psychiatre ou du médecin qui justement le garde en secret professionnel. Il travaille avec les parents pour ce dérapage dans leur vie imaginaire. C’est toujours sous médicament ou sous alcool que les choses se sont passées.

P 88 : la juge : mais quand c’est le père et qu’il nie ?

Dolto : Il a raison, c’est pas le même celui qui nie et celui qui a fait. Quand on leur dit ça : « Oui, vous avez raison. Celui qui dit « non » aujourd’hui il a raison parce que c’est impensable pour vous. Vous vous sentiriez un salaud si vous l’aviez fait avec toute votre conscience. Donc vous n’aviez plus votre conscience.

La juge : et qu’est-ce que vous faites en tant que juge pour enfant ?

Dolto : on prévient l’enfant : ça ne recommencera pas, sans ça tu seras complice.

P88 : la juge parle des mères abusées, de génération en génération

Dolto : et alors, vous n’en êtes pas morte. Pourquoi vous en faites toute une histoire ?

Citations extraites d'un entretien dans la revue Choisir, 1979

« Choisir – Mais enfin, il y a bien des cas de viol ?

F.Dolto – Il n’y a pas de viol du tout. Elles sont consentantes.

Choisir – Quand une fille vient vous voir et qu’elle vous raconte que, dans son enfance, son père a coïté avec elle et qu’elle a ressenti cela comme un viol, que lui répondez-vous ?

F.Dolto – Elle ne l’a pas ressenti comme un viol. Elle a simplement compris que son père l’aimait et qu’il se consolait avec elle, parce que sa femme ne voulait pas faire l’amour avec lui.

Choisir – D’après vous, il n’y a pas de père vicieux et pervers ?

F.Dolto – Il suffit que la fille refuse de coucher avec lui, en disant que cela ne se fait pas, pour qu’il la laisse tranquille.

Choisir – Il peut insister ?

F.Dolto – Pas du tout, parce qu’il sait que l’enfant sait que c’est défendu. Et puis le père incestueux a tout de même peur que sa fille en parle. En général la fille ne dit rien, enfin pas tout de suite. »

L'entretien vaut bien la peine d'être lu dans son intégralité. (p. 20-22)

Discussion

Peut-être ces citations sont-elles bidonnées, extraites de leur contexte pour leur faire dire autre chose que ce qu'elles disent? J'invite toute personne sceptique à consulter les sources citées pour vérifier les citations, et à se demander dans quel contexte exactement elles pourraient devenir acceptables.

On pourrait penser que ces idées appartiennent au passé et ne reflètent pas la psychanalyse actuelle. Ce serait une erreur. Aussi incroyable que cela puisse paraître, en 2019, de nombreux psychologues, psychiatres, et professionnels de la petite enfance considèrent encore Dolto comme une grande figure de la psychologie de l'enfant, et s'appuient quotidiennement sur ses idées dans leur pratique, ainsi que dans leurs rapports d'experts pour les tribunaux. De nombreux livres et colloques lui sont encore consacrés. Et bien sûr de nombreux médias français (notamment France Culture, France Inter, France Télévision...) perpétuent éternellement le culte de sainte Dolto.

On pourrait se rassurer en se disant que Dolto a peut-être déliré sur ces deux sujets particuliers, mais qu'il s'agit d'exceptions au sein d'une pensée par ailleurs remarquable sur bien d'autres sujets. Pour vous en faire une idée, je vous invite à lire ce recueil beaucoup plus vaste de citations de Dolto (cliquer sur Oui en bas de page), rassemblé par Jacques van Rillaer et auquel j'ai emprunté une bonne partie des citations. On pourra également retrouver des idées similaires dans la bouche de nombreux psychanalystes interrogés dans les documentaires de Sophie Robert.

Enfin, les derniers défenseurs de Dolto diront sans doute que quand bien même certaines de ses idées sont périmées, il faut tout de même lui reconnaître le mérite d'avoir fait reconnaître l'enfant comme une personne à part entière dès sa naissance, ouvrant la voie à l'anesthésie du bébé, aux droits de l'enfant, etc. Mais quelle est exactement sa contribution dans ce domaine?
La reconnaissance du statut et des droits de l'enfant est en fait une aventure ancienne, qui remonte au moins à Jean-Jacques Rousseau (Emile) et à John Locke, qui a fait l'objet de lois spécifiques en France et en Angleterre dès le XIXème siècle, et qui a fait l'objet d'un mouvement international dès le début du XXème siècle (cf. par exemple Wikipedia). Une première déclaration des droits de l'enfant est adoptée en 1924 par la Société des Nations (Françoise Dolto avait alors 16 ans). Ce mouvement international s'est plus tard nourri des progrès de la médecine et des sciences cognitives, qui ont notamment révélé la sensibilité et les capacités cognitives précoces du nourrisson, et qui ont établi le rôle de certaines expériences précoces dans les apprentissages, notamment celui du langage, ainsi que dans la psychopathologie. On peine à voir la moindre contribution spécifique à ce vaste mouvement de la part de Françoise Dolto, ni de la part de la psychanalyse en général (dont les hypothèses sur les facteurs précoces influençant le développement psychologique restent à ce jour purement spéculatives, lorsqu'elles n'ont pas été réfutées). Tout au plus peut-on reconnaître à Dolto le mérite d'avoir accompagné ce mouvement et d'en avoir popularisé les idées dans les années 1970-1980 en France.

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Sur quels critères les membres du CNU en psychologie sont-ils nommés? Une analyse bibliométrique de la section 16

A la suite des élections du Conseil National des Universités (CNU), qui fournissent deux tiers des membres de chaque section, le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche a procédé aux nominations du troisième tiers des membres, puis les sections se sont réunies et ont procédé à l’élection de leur bureau. En section 16 (psychologie et ergonomie), un petit débat a animé la communauté sur la question de la légitimité et de la représentativité des membres nommés, et sur les critères de choix de ces membres par le ministère. Dans cet article, je pose la question de savoir si la qualité de la recherche scientifique fait partie des critères utilisés par le ministère.

Le fait est que les critères de sélection des membres nommés sont relativement peu explicites. Le Décret n°92-70 du 16 janvier 1992 relatif au Conseil national des universités précise simplement que chaque section « a vocation à assurer la représentation équilibrée de la diversité du champ disciplinaire concerné, des établissements d'affectation des enseignants-chercheurs en relevant et de la répartition entre les femmes et les hommes qui la composent » (article 3), et que les nominations « concourent à l'objectif de représentation équilibrée » (article 4). On s’attend donc à ce que le ministère assure, via les nominations, un certain équilibre entre hommes et femmes, entre universités, et entre sous-disciplines de la psychologie. Cet ajustement par les nominations peut être important, car le système d’élections par listes ne garantit nullement qu’un tel équilibre soit atteint.

Par ailleurs, s’agissant d’une instance qui a pour rôle de se prononcer sur la qualification des enseignants-chercheurs, le suivi de leur carrière, l’attribution des primes d’encadrement doctoral et de recherche, et des congés pour recherches ou conversions thématiques, autrement dit de participer à l’évaluation des travaux des enseignants-chercheurs, il parait logique d’exiger un minimum de compétence. Là encore, les nominations peuvent jouer un rôle important. Les élections n’offrent aucune garantie concernant la compétence des personnes élues, les électeurs pouvant utiliser bien d’autres critères pour voter. Les CV des candidats annexés aux professions de foi des listes sont d’ailleurs très succincts, ne rendant pas la tâche aisée à l’électeur qui souhaiterait se faire une idée de leurs compétences professionnelles.

L’activité des enseignants-chercheurs est multidimensionnelle, comprenant des activités de recherche, d’enseignement, et des responsabilités administratives. Toutes ces activités sont prises en compte dans les évaluations faites par le CNU. Si on voulait garantir un minimum de compétence au sein même du CNU, il faudrait donc évaluer les candidats potentiels sur ces trois dimensions. Les responsabilités administratives sont en principe officielles et peuvent donc être prises en compte, il serait intéressant d’analyser si elles le sont. Les compétences d’enseignement, elles, sont la grande inconnue, elles ne sont à ma connaissance pas évaluées par les universités et sont donc impossibles à prendre compte par le ministère. Les compétences en matière de recherche, enfin, peuvent être évaluées sur la base des travaux publiés par les chercheurs. Je propose donc de tester l’hypothèse selon laquelle le ministère utilise également des critères de qualité scientifique pour sélectionner les membres nommés.

Bien évidemment, il est très difficile de classer rigoureusement la qualité des travaux des chercheurs, et on peut débattre longuement de la meilleure manière de le faire. Idéalement, l’évaluation des travaux d’un chercheur impliquerait la lecture critique complète de toutes ses publications (ou d’un « best of » choisi par l’auteur), par des experts au moins aussi compétents que lui sur le sujet. En pratique, ces conditions sont impossibles à réunir en dehors des jurys de thèse ou d’habilitation. La seule manière dont un petit nombre de chercheurs peut évaluer les travaux d’un plus grand nombre d’autres chercheurs dans un temps fini est de procéder à l’analyse de la liste de leurs publications : le plus souvent, leur nombre (productivité), et leur qualité inférée via les revues (plus ou moins exigeantes) dans lesquelles elles sont publiées, qualité parfois quantifiée par leur facteur d’impact (nombre moyen de citations reçus par les articles de la revue dans les deux années qui suivent la publication). Cela dit, la plupart des chercheurs s’accordent à dire que le facteur d’impact des revues est un indicateur trop grossier qui comporte de nombreux effets pervers. Quitte à utiliser le nombre de citations des publications pour inférer l’influence qu’elles ont sur les autres travaux scientifiques, autant analyser directement le nombre de citations reçues par les publications du chercheur évalué. C’est ce que fait le h-index, en combinant astucieusement le nombre d’articles publiés et le nombre de leurs citations : il est égal au nombre n de publications du chercheur qui ont recueilli chacune au moins n citations. C’est l’indicateur que je propose d’utiliser, tout en offrant la possibilité d’analyser d’autres indicateurs.

Méthode

Afin d’être le plus exhaustif possible, j’ai utilisé Google Scholar comme source d’information concernant les articles et leurs citations, ce qui permet d’inclure les articles dans les revues indexées ou non indexées, ainsi que les livres, les chapitres, les thèses, les brevets et même des rapports et mémoires non publiés, et ce quelle que soit la langue de publication. Afin d’automatiser le processus, j’ai utilisé le logiciel Publish or Perish, qui permet de collecter toutes les données de Google Scholar et calcule un grand nombre d’indices en plus du h-index.

J’ai ainsi collecté les publications et indices de tous les enseignants-chercheurs nouvellement élus ou nommés à la section 16 du CNU. Pour limiter le travail, je ne l’ai fait que pour les titulaires, pas pour les suppléants. Pour chacun, j’ai parcouru la liste des publications participant à son h-index (les n plus citées) pour vérifier s’il s’agissait bien de publications en psychologie ou dans un champ relié, et j’ai éliminé celles qui étaient de toute évidence dues à un homonyme travaillant dans un autre domaine. J’ai bien sûr pu en éliminer quelques-unes à tort ou en rater certaines. Les données brutes sont disponibles dans ce fichier. Je serai reconnaissant à toute personne me signalant des erreurs que je pourrais corriger.

Les données synthétiques qui ont servi à la production des figures sont dans ce fichier. Là encore, merci de me signaler d’éventuelles erreurs. Pour une explication détaillée de tous les indices rapportés et des multiples variantes du h-index, voir cet article. Si quelqu’un souhaite faire une analyse d’autres indices, il suffit de faire une copie personnelle du fichier (File / Make a copy ou Download). Je serais intéressé de savoir si d’autres analyses donnent des résultats différents.

Résultats

Les graphiques ci-dessous montrent les histogrammes de h-index, pour les membres élus (en bleu) et les membres nommés (en orange), séparément pour les collèges A (professeurs) et B (maîtres de conférences) puisqu’il s’agit de stades différents de la carrière (12 élus et 6 nommés titulaires dans chaque collège).

Histogramme des h-index des membres nommés et élus du Collège A de la section 16.

Histogramme des h-index des membres nommés et élus du Collège B de la section 16.

Malgré les faibles effectifs, la tendance semble suffisamment claire pour ne nécessiter aucune statistique : les membres nommés ont en moyenne un h-index supérieur aux membres élus.

Discussion

Ces résultats suggèrent donc que le ministère a bien pris en compte, d’une manière ou d’une autre, un critère de qualité des travaux de recherche (tel qu’il peut être quantifié par le h-index), pour procéder aux nominations. Même si les nominations ne semblent pas refléter une recherche de performance extrême, on peut soupçonner qu’il y a eu un filtre minimal, consistant à ne pas inclure des enseignants-chercheurs ayant une production scientifique jugée trop faible.

Comme je l’ai expliqué plus haut, ce critère parait tout à fait légitime, puisque le CNU est amené notamment à évaluer les travaux de recherche d’autres enseignants-chercheurs. Il poserait problème que les évaluateurs ne soient pas au moins aussi compétents dans ce domaine que les évalués. Par ailleurs, les données révèlent que les élections de listes ne garantissent effectivement pas un niveau minimal de qualité scientifique : peuvent être élus des enseignants-chercheurs qui ont une activité de publication très faible, quel que soit le critère que l’on considère. Le ministère n’y peut rien, il ne peut que tenter de compenser cela partiellement par les nominations.

Plus généralement, on peut se poser la question de savoir si une instance d’évaluation comme le CNU (et aussi le CoNRS) doit être élue ou nommée, et dans ce dernier cas, sur quels critères. Les défenseurs des assemblées élues revendiquent la démocratie et la représentativité, ce qui est tout à fait souhaitable dans le domaine politique ou syndical, mais peut sembler plus discutable concernant une instance d’évaluation, pour laquelle la compétence semble une condition sine qua non, et devrait donc primer sur tout autre critère.

La représentativité est, certes, une qualité des assemblées élues, mais elle peut également être un problème. Dans le cas d’une communauté scientifique de bon niveau, une section du CNU élue sera à son image et aura toutes les chances de bien remplir sa mission. A contrario, une communauté scientifique faible, décalée par rapport à l’état de l’art international de sa discipline, élira aussi une section à son image, et aura peu de chances de progresser, car cela supposerait d’utiliser des critères d’évaluation qui mettraient en difficulté les membres de la section eux-mêmes. Dans un cas intermédiaire de communauté scientifique de niveau hétérogène, élisant une section du CNU reflétant cette hétérogénéité, les luttes de clans, les trafics d’influence et les compromis donnant-donnant risquent de se substituer à toute démarche d’évaluation rationnelle et objective.

C’est pour cela qu’il est généralement préférable que les instances d’évaluations soient constituées uniquement de membres sélectionnés pour leur compétence, comme c’est le cas pour les comités de sélection par exemple. On peut lire dans ce dossier de la revue En Temps Réel un argumentaire plus complet sur ce sujet et sur d’autres.

Est-ce que la procédure de nomination par le ministère répond à cette exigence ? Pas vraiment. D’une part, le décret qui précise les conditions de nomination est totalement flou sur leurs critères, si ce n’est qu’elles « concourent à l'objectif de représentation équilibrée ». La compétence n’est mentionnée nulle part. D’autre part, quelles que soient la compétence et la bonne volonté des personnels de la DGESIP et de la DGRI qui suggèrent les enseignants-chercheurs à nommer, ces personnels sont en nombre restreint, s’occupent de champs disciplinaires vastes qu’ils ne peuvent connaître en détail, et opèrent donc en partie à l’aveugle, et dans la plus totale opacité du point de vue de la communauté scientifique concernée. Par ailleurs, leurs suggestions sont soumises au cabinet du ministre, qui n’a pourtant aucun avis pertinent sur la qualité scientifique des personnes à nommer, et qui peut être soumis à diverses pressions électorales ou corporatistes.

Face à ces problèmes, certains recommandent la suppression pure et simple du CNU, institution jugée archaïque, corrompue, embolisée par le pouvoir syndical, coûteuse (en budget mais aussi en temps d’enseignant-chercheur gaspillé à des tâches inutiles), et incapable de véritablement assurer sa mission de garantir le niveau de recrutement des enseignants-chercheurs (voir par exemple le livre Le dernier verrou de François Garçon). Peut-être la plupart des disciplines universitaires pourraient-elles se passer du CNU sans grand dommage. Mais en médecine ou en psychologie où l’enjeu n’est rien moins que la qualité des soins offerts aux Français, cette perspective peut légitimement inquiéter. L’alternative serait d’avoir un CNU renforcé, composé de membres ayant toute la compétence et la légitimité nécessaire pour appliquer des critères d’évaluation rigoureux.

Si l’on voulait avoir un CNU entièrement composé d’enseignants-chercheurs sélectionnés pour leur compétence, le meilleur moyen serait d’organiser un appel ouvert à candidatures, dans lequel les candidats soumettraient à la fois une lettre de motivation, et un dossier donnant un maximum d’éléments permettant d’évaluer leurs compétences dans les domaines de la recherche, de l’enseignement, et des responsabilités administratives. Ces candidatures pourraient être examinées par des comités d’experts étrangers, reconnus internationalement pour leur compétence et minimisant les conflits d’intérêt avec la communauté française.

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Inquiétudes autour de la lutte contre les sectes

Inquiétudes autour de la lutte contre les sectes

www.lefigaro.fr
Par Angélique Négroni –

Les associations de victimes redoutent la disparition de la Miviludes qui combat ces dérives depuis 17 ans.

«Les sectes ont infiltré les hauts lieux de l’État et elles viennent de gagner le combat», rage l’ancien magistrat Georges Fenech. Sa colère fait suite à la décision du gouvernement de rattacher dès l’an prochain la Miviludes, cette structure qui œuvre contre le phénomène sectaire, au ministère de l’Intérieur et non plus à Matignon.

Pour l’ancien juge d’instruction, ce choix, a priori anodin, est lourd de conséquences. Il sonne la mort de cet organisme spécialisé qu’il avait présidé durant plusieurs années. En coupant les ponts avec les services du premier ministre, la Miviludes va perdre, selon lui, sa mission interministérielle qui lui permettait de balayer l’ensemble du phénomène sectaire en France et de mobiliser tous les ministères concernés. Cette structure va aussi, dit-il, se désintégrer au sein du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR) qu’elle est appelée à rejoindre à Beauvau. «C’est tout un savoir qui va se perdre», relate un fonctionnaire…

Montpellier : la fausse psy usait de méthodes sectaires pour dépouiller ses clients

Montpellier : la fausse psy usait de méthodes sectaires pour dépouiller ses clients

http://www.leparisien.fr/
Julien Constant | Le 10 novembre 2019 à 10h27

Cette femme de 63 ans a été mise en examen jeudi, avant d’être écrouée.

Par Julien Constant

C’est une fausse psychothérapeute qui a dépouillé une cinquantaine de personnes vulnérables depuis plus d’un an en utilisant les mêmes méthodes qu’une secte. Cette femme de 63 ans a été mise en examen, jeudi à Montpellier, pour escroquerie et abus de faiblesse avant d’être écrouée.

L’histoire commence en novembre 2018, lorsque la Sûreté départementale de l’Hérault et l’office central de répression des violences aux personnes (OCRVP) sont chargés de mener les investigations sur les activités de Simone. « Depuis plusieurs années, de nombreuses personnes se sont manifestées auprès de la Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires ( MIVILUDES ) pour dénoncer les pratiques douteuses de cette sexagénaire qui se présentait comme psychothérapeute et somatothérapeute », explique une source proche du dossier.

En fait, cette femme déjà connue des services de police n’a aucun diplôme et, sur sa page Internet, elle se dit spécialiste du toucher thérapeutique pour débloquer les tensions, affichant des compétences dans toutes les disciplines du genre : Shiatsu, réflexologie plantaire, rêve éveillé etc.

Les enquêteurs ont rapidement découvert qu’elle ne déclarait pas ses revenus. Et surtout, qu’elle était aidée par son conjoint et quatre autres femmes pour mettre en place une stratégie destinée à dépouiller des gens vulnérables psychologiquement qui poussaient la porte de son cabinet.

Désocialisation des patients

« Elle leur proposait des stages très coûteux qu’elle animait elle-même et usait de son influence pour accélérer la désocialisation de ses patients. Elle les coupait de tout lien d’amitié et avec leurs familles afin de mieux parvenir à ses fins », précise une source proche de l’affaire.

Les enquêteurs, épaulés par le GIR (groupe d’intervention régional) du Languedoc ont surveillé et écouté les escrocs durant de nombreux mois. Ils sont parvenus à identifier une cinquantaine de victimes depuis 2013. Mais seule une dizaine a été entendue, pour lesquelles le préjudice s’élève à 120 000 euros.

La fausse praticienne, son époux et ses quatre complices, âgés de 38 à 65 ans, ont été arrêtés mardi dernier à Montpellier. Lors des perquisitions les forces de l’ordre ont mis la main sur 19 000 euros en espèces au domicile d’une des complices. 4000 euros ont été saisis sur le compte bancaire du couple. Leur Audi Q3 a aussi été saisie. Les six suspects ont été placés en garde à vue dans les locaux de la Sûreté.

La fausse psychothérapeute a reconnu du bout des lèvres en tentant de minimiser l’ampleur de ses méfaits. Son époux a été mis en examen mais il a pu recouvrer la liberté sous contrôle judiciaire. Les quatre complices ont été laissées libre à l’issue de la garde à vue. La suite des investigations s’avère déjà longue car les policiers devront entendre une centaine de victimes et le montant du préjudice pourrait atteindre le million d’euros.

Fusion de la Miviludes avec le CIPDR

A F S I

Alerte Faux Souvenirs Induits

Maison de la vie associative et Citoyenne
18 rue Ramus 75020 PARIS
Métro : gambetta – Ligne 3

Tél. : 06 81 67 10 55

Fusion de la Miviludes avec le CIPDR
(Comité Interministériel de Prévention de la Délinquance et de la Radicalisation :

L' A F S I monte au créneau dans un courrier auprès du Premier ministre.

Paris, le 3 Octobre 2019

Monsieur Edouard PHILIPPE
Premier Ministre
Hôtel de Matignon
57 rue de Varenne
75007 PARIS

Monsieur le Premier Ministre,

Présidente de l’association A F S I , Alerte Faux Souvenirs Induits, association de la Loi 1901, depuis sa création en Juillet 2005, notre association lutte contre les dérives sectaires dans le domaine de la Santé, les thérapies en particulier.

Toutes les dérives de thérapeutes souvent autoproclamés sont notre principale préoccupation, puisque notre association a recensé plus de neuf cents familles et victimes, venant de toute la France, ce qui représente des milliers de victimes, dont les enfants sont sous l’emprise de thérapeutes charlatans qui usent de leur pouvoir de suggestion pour induire via diverses techniques de manipulation mentale des traumatismes inexistants dans l’esprit de leurs patients entraînant chez eux une destruction psychologique grave et durable ainsi qu’une rupture avec leur famille, et que nous appelons « les faux souvenirs induits ».

Pour venir en aide aux victimes et leur famille nous nous tournons régulièrement vers les agents de la Miviludes. Leur expérience nous permet de mieux renseigner les familles et, si nécessaire, de les amener à se retourner contre leur thérapeute malfaisant.

Notre association a toujours travaillé avec la Miviludes et ses agents, depuis sa création en 2005. C’est dans son Rapport 2007 remis au Premier Ministre que la Miviludes avait abordé cette problématique des faux souvenirs induits dans une étude intitulée : les dérives psychothérapeutiques, le cas des faux souvenirs induits (page 39).

Pour la première fois un rapport officiel parlait des faux souvenirs induits, phénomène qui nous vient des Etats-Unis, qui après les mouvements féministes des années soixante-dix, ont vu déferler chez eux une vague d’accusations de parents innocents. La False Memory Syndrome Foundation (FMS) s’est créée en 1992 pour justement combattre ces fausses accusations. En 1997 plus de 150 procès ont eu lieu, des victimes de thérapeutes déviants et leurs parents se sont retournés contre leur thérapeute. Tous les procès ont été gagnés et les victimes ont reçu des millions de dollars en dommages et intérêts.

La médiatisation de ces procès a fait que depuis 2000 il n’y a pratiquement plus de faux souvenirs aux Etats-Unis. Nous avons en France près de 20 ans de retard sur les américains, c’est la raison pour laquelle nous sommes aujourd’hui « en plein » dans les faux souvenirs induits.

Les Agents de la Miviludes nous reçoivent régulièrement pour des sujets épineux que nous ne pouvons pas toujours résoudre nous-mêmes et leurs conseils avisés, que ce soit dans le domaine de la santé ou de la Justice, nous permettent de répondre le mieux possible eux familles. La Miviludes reçoit également les familles dans la détresse qui ont souvent des problèmes avec des jeunes enfants ou petits-enfants.

Aujourd’hui vous avez décidé de rapprocher la Miviludes avec le Comité Interministériel de Prévention de la Délinquance et de la Radicalisation (CIPDR) qui dépend du Ministère de l’Intérieur. Vous expliquez que « la Miviludes et le CIPDR ont un point commun important qui est la lutte contre les nouvelles formes de radicalité et les phénomènes d’emprise et d’enfermement … »

• Que deviendront les victimes de thérapeutes déviants ?
• Que deviendra notre association si elle ne peut plus se tourner vers la Miviludes ?

Car la radicalité ce n’est pas du tout notre problème, nous le voyons bien, depuis 2015 on ne parle que de la radicalisation mais plus du tout des faux souvenirs induits ni des thérapeutes déviants, alors que nous recevons en moyenne entre quatre-vingt et cent familles chaque année.

• Vers qui devrons-nous nous tourner ?
• Quel service au CIPDR sera à même de nous dire si tel ou tel thérapeute est toxique ou si telle ou telle thérapie est dangereuse, parce que la Miviludes a une certaine expérience que nous n’avons pas, faute d’avoir reçu aucune subvention depuis notre création en 2005.

Nous savons depuis longtemps que les Pouvoirs publics attendent tout des associations sans rien donner en retour. Avec la Miviludes nous sommes certains d’avoir les bons renseignements, qui allons-nous avoir maintenant ? A qui devrons-nous faire confiance ?

Nous sommes désolés de vous dire, Monsieur le Premier Ministre, que faire disparaître la Miviludes comme vous en avez décidé, est une grossière erreur, vous laissez ainsi la porte ouverte à tous les charlatans de la santé et des mouvements sectaires. En œuvrant ainsi vous voulez la perte des associations.

Nous nous tenons à votre disposition pour vous rencontrer et vous présenter notre association.

Veuillez croire, Monsieur le Premier Ministre, en l’assurance de notre considération distinguée.

La présidente
Claude Delpech

Les fake news peuvent créer de faux souvenirs

Les fake news peuvent créer de faux souvenirs

https://www.courrierinternational.com
Carole Lembezat – Publié le 

Selon une étude publiée dans Psychological Science,les électeurs peuvent se créer de faux souvenirs après avoir été exposés à des informations inventées, en particulier si elles correspondent à leurs convictions politiques.

“Nul ne peut nier que les fake news sont un vrai problème”,commence Forbes. En se propageant via les réseaux sociaux, elles contribuent à renforcer des préjugés, influencent les gens et sont souvent difficiles à stopper. Elles conduiraient même à la fabrication de faux souvenirs, en particulier si ces fausses informations vont dans le sens de nos convictions. C’est ce que montre une étude parue le 21 août dans la revue à comité de lecture Psychological Science.

Menée auprès de 3 140 volontaires, une semaine avant le référendum sur la légalisation de l’avortement en Irlande, en 2018, cette étude “montre de façon terrifiante qu’il est extrêmement facile de nous manipuler et extrêmement difficile pour beaucoup d’entre nous de distinguer le vrai du faux”, analyseRolling Stone.

Près de la moitié des participants ont en effet affirmé se souvenir d’au moins une des fausses informations qui leur étaient présentées, “et beaucoup n’ont pas remis en question leurs faux souvenirs, même après avoir appris que les articles qu’ils avaient lus étaient faux”, rapporte BBC News.

Gillian Murphy, chercheuse à l’University College Cork, qui a dirigé l’étude, explique à la chaîne britannique :

La mémoire est un processus de reconstruction et nous sommes vulnérables aux suggestions qui faussent nos souvenirs sans que nous en prenions conscience.”

Pour cette étude, les chercheurs ont demandé à chaque participant leurs intentions de vote, puis ils leur ont montré six informations dont deux étaient inventées. “Un exemple concernait la destruction forcée d’affiches de campagne qui auraient été achetées illégalement avec des fonds étrangers”, détaille BBC News. Les participants devaient dire s’ils se souvenaient ou non de ces informations et dans quel contexte ils en avaient eu connaissance.

Une étude sur un cas réel : une première

Les partisans de la légalisation de l’avortement – qui avaient annoncé qu’ils voteraient oui au référendum – étaient plus susceptibles de prétendre se souvenir de ce qui s’était passé si l’histoire concernait la campagne du non – et inversement.

Pour Rolling Stone“les conclusions de cette étude sont claires : non seulement il est terriblement facile pour des individus mal intentionnés d’exploiter les biais (cognitifs) des gens pour les manipuler, mais il est aussi très difficile pour ces gens de réajuster leur perspective une fois qu’ils ont été manipulés, et ce même si on leur dit explicitement qu’il s’agissait d’une manipulation”.

Et pour BBC News, “cette étude corrobore des travaux antérieurs. Mais, selon les auteurs, c’est la première fois que le problème était mis à l’épreuve dans le cadre d’un véritable référendum et simultanément à ce dernier.”

Paris : le gynécologue adepte de la «méditation orgasmique» aurait fait plusieurs victimes

Paris : le gynécologue adepte de la «méditation orgasmique» aurait fait plusieurs victimes

http://www.leparisien.fr/
Cécile Beaulieu | 29 mai 2019, 18h25| MAJ : 29 mai 2019, 18h56

Prévenu d’agression sexuelle sur une patiente, le gynécologue parisien aurait fait d’autres victimes. Le procès a été renvoyé pour que toutes ces femmes soient entendues.

Par Cécile Beaulieu

Le 29 mai 2019 à 18h25, modifié le 29 mai 2019 à 18h31

Marie * ne serait pas la seule victime du gynécologue. Alors que le médecin parisien, septuagénaire, devait être jugé pour avoir agressé sexuellement la jeune femme de 26 ans, en 2016, dans son cabinet du nord de Paris, c’est un véritable coup de théâtre qui s’est joué devant la 10e chambre du tribunal correctionnel, où s’est présentée une seconde partie civile. Comme Marie, Sophie *, 30 ans, affirme avoir subi les assauts du praticien, des attouchements buccaux, et même une pénétration. Comme Marie, elle lui a demandé d’arrêter… Et l’homme a repris la consultation en toute indifférence. Comme Marie, encore, dans un état de sidération totale, elle a réglé le médecin sans un mot.

La police judiciaire retrouve des victimes

Retour quelques mois en arrière : Sophie se décide à pousser la porte la porte du 2e DPJ (district de police judiciaire), pour dénoncer, enfin, l’agression dont elle a été victime. Immédiatement, le nom du gynécologue évoque aux enquêteurs une autre affaire, celle de Marie, et ils en réfèrent au parquet qui lance des investigations, répertorie méthodiquement les plaintes déposées, et recherche activement d’autres victimes potentielles.

Une expertise psychiatrique accablante

Outre Marie et Sophie, deux autres jeunes femmes sont identifiées : l’une n’a pas encore souhaité déposer plainte, et, pour la seconde, les faits, trop anciens sont désormais prescrits. « Mais l’affaire prend une toute autre dimension, souligne Me Marie-Alix Canu-Bernard, l’une des conseils de Marie. Nous pensions à un comportement isolé. Un médecin qui, brutalement, perd pied, mais il semble qu’il s’agisse d’un comportement en série, beaucoup plus inquiétant. D’ailleurs, termine-t-elle, la seconde expertise psychiatrique dresse le portrait d’un homme pervers et dangereux ». A la vue du dossier, le président décide de joindre les affaires et reporte leur examen à l’automne, dans une audience fleuve de 7 heures.

C’est sur les bancs du tribunal que Marie et Sophie se sont découvertes, et constaté leur étonnante ressemblance physique. Confronté, aussi, leur douloureuse expérience dans le cabinet du médecin, qu’elles avaient pourtant consulté à de multiples reprises avant d’être agressées.

Une séance de « méditation orgasmique »

Marie, elle, connaissait même le praticien, ami de sa famille, depuis l’enfance. C’est donc en toute confiance qu’elle se rend, ce 13 avril 2016, à sa consultation. Mais, rapidement, l’examen tourne au cauchemar. Délaissant toutes considérations médicales, le gynécologue propose à sa patiente une séance de « méditation orgasmique », étrange concept qui se traduira par des attouchements sexuels, si poussés, qu’une information judiciaire pour viol avait initialement été ouverte, avant que les faits ne soient requalifiés en « agression sexuelle par personne ayant autorité ». Le lendemain, le docteur avait envoyé à Marie un SMS d’excuses qui sonne comme un aveu. Aujourd’hui, il nie pied à pied à l’accusation, taxant sa patiente de « dévergondée » qui n’hésiterait pas à s’afficher en maillot de bain sur les réseaux sociaux, comme il l’a martelé lors de la première audience, au mois de janvier.

Des victimes très éprouvées

Très douloureusement éprouvée, Marie est toujours suivie par un psychologue. Quelques mois auparavant, Sophie passe la porte du gynécologue. Il la suit régulièrement car elle souhaite avoir un enfant. Cette fois, il n’est pas question de méditation orgasmique, mais là encore, la consultation dérape : effarée, la patiente découvre que les gestes du médecin n’ont rien avoir avec un examen médical : « Ça ne va pas ! », s’exclame-t-elle alors. Sans se départir de son calme, le praticien, rappelé à l’ordre, poursuit comme si de rien n’était, la consultation.

L’audience se tiendra le 24 octobre prochain.

* Les prénoms ont été modifiés

Dinan : un kinésithérapeute et sa compagne condamnés pour escroqueries

Dinan : un kinésithérapeute et sa compagne condamnés pour escroqueries

https://actu.fr
Publié le 22/03/2019
Par S.L

Un kiné de Dinan comparaissait jeudi 14 mars devant le tribunal de Saint-Malo pour escroquerie. Sa femme naturopathe a, elle, été jugée pour usurpation de titre ou de diplôme.

Un kinésithérapeute de Dinan (Côtes d’Armor) comparaissait jeudi 14 mars devant le tribunal de Saint-Malo pour escroquerie.

Sa femme naturopathe a, elle, été jugée pour usurpation de titre ou de diplôme. Des petits arrangements dénoncés par ses confrères, qui auraient coûté à la CPAM la bagatelle de 184 000 €.

Sur la porte de son cabinet, il n’y avait qu’une plaque : la sienne, « masseur-kinésithérapeute ostéopathe ».

Pour trouver celle de sa femme, censément naturopathe, l’agent assermenté de la CPAM venu faire son enquête a dû chercher dans la salle.
Quand il demande une séance de drainage lymphatique, ordonnance médicale en main, le kiné lui répond qu’il n’exerce plus la kinésithérapie « depuis huit ou neuf ans. »
Voilà une procédure pour escroquerie lancée sur la base de dénonciations anonymes de ses confrères.

« On balance cet homme et on veut rester anonymes. C’est discutable » déplore l’avocat du kiné, Me Stichelbaut.

Kinésithérapie ou ostéopathie ?

Le fait est que depuis 2013, le kiné facturait des séances de kinésithérapie alors qu’il avait pratiqué de l’ostéopathie. Or les séances d’ostéopathie n’amènent pas à un remboursement de la CPAM.

L’homme procédait également à la facturation d’actes fictifs et laissait sa femme naturopathe procéder à des actes censément prescrits par acte médical.

À plusieurs reprises, des patientes venues pour un drainage lympathique sur ordonnance ont été dirigées vers elle, qui se servait alors d’un appareil M6 destiné à réduire la cellulite.

Le couple ne voit pas où est le mal :

« Ça m’est arrivé d’aller chez le dentiste, la secrétaire me fait le panoramique dentaire et c’est le dentiste qui se fait rembourser. Pour nous c’était pareil. »

422 patients le samedi

Le temps de travail déclaré n’a fait qu’amplifier le doute de la CPAM : pour la seule année 2013, ce sont 240 jours déclarés travaillés avec une moyenne de 9h50 par jour. Le procureur ironise :

« À ce rythme-là, on a à peine le temps d’aller aux toilettes » 

Pour 2013 et 2014, 477 patients ont été recensés dont pas moins de 422 le samedi. Des chiffres qui apparaissent aux yeux des magistrats « surréalistes. »

En cause également : des séances rallongées, pour « prendre le temps avec les patients », mais aussi… doublement facturées. Un non-sens pour la présidente du tribunal.

« Si vous voulez vraiment aider les gens, vous prenez le temps mais vous ne facturez qu’une séance ! »

Quand bien même il aurait facturé des doubles séances, l’homme déclare que « c’est toujours mieux que de prendre cinq patients sur la même plage horaire et de les laisser sur des machines. »

« La frontière est très mince »

Alors kiné ou ostéopathe ? « La frontière entre les deux est très mince » explique le prévenu, désormais ostéopathe à temps-plein. « Quand je prenais en charge le patient, même quand je pratiquais l’ostéopathie, j’ai toujours pratiqué un peu de kinésithérapie. »

 Et puis ils ne seraient « pas les seuls ».

« Reconnaissons-le ! On a tous pensé à une petite expérience personnelle, on a tous un kiné qui fait un peu d’ostéopathie et qui fait en sorte qu’on soit remboursés. »

Seule pratique que l’avocat admet contestable : la facturation d’actes pratiqués en semaine sur la journée du samedi.

« C’est une mauvaise application de la convention mais ce n’est pas de l’escroquerie. »

Un préjudice estimé à 184 471 €

« On crie haro sur la fraude à la sécurité sociale, en parlant des arrêts de travail. Mais la première fraude, elle vient des professionnels. Ça, ça rend malade ! »

Le procureur de la République demande 6 mois de prison avec sursis et la confiscation des biens immobiliers du couple en gage de remboursement des dettes. Car le préjudice pour la CPAM est estimé à 184 471 €.

« On n’est pas des escrocs »

L’ancien kinésithérapeute, dont le cabinet ne désemplit pas à Dinan, a été condamné à 4 mois de prison avec sursis. Il a interdiction d’exercer la profession de masseur kinésithérapeute pendant 3 ans.

Le tribunal a ordonné la confiscation des biens. Sa femme a été condamnée à 2 mois de prison avec sursis.
« On n’est pas des escrocs » a clamé le couple. « On a toujours voulu aider les gens. »

 S.L

L’Ordre des médecins interdit les relations sexuelles avec les patients

L’Ordre des médecins interdit les relations sexuelles avec les patients

www.nouvelobs.com
Par L’Obs

Un paragraphe vient d’être ajouté au code de déontologie médicale pour proscrire tout rapport intime entre praticiens et patients, acte assimilé à “de l’abus de faiblesse”.

C’est une victoire pour toutes celles qui ont subi l’emprise de leur médecin, au point de se soumettre à des relations sexuelles. Enfin, le code de déontologie médicale interdit explicitement tout rapport intime entre praticiens et patients, comme le réclame depuis un an un collectif de femmes emmené par le Dr Dominique Dupagne, fondateur du site Atoute.org.

“Le médecin ne doit pas abuser de sa position notamment du fait du caractère asymétrique de la relation médicale, de la vulnérabilité potentielle du patient, et doit s’abstenir de tout comportement ambigu en particulier à connotation sexuelle (relation intime, parole, geste, attitude, familiarité inadaptée, …)”, est-il indiqué dans le commentaire de l’article 2 qui traite du respect de la personne et de sa dignité.

Un tel acte s’apparente même à “un abus de faiblesse” (les mots figurent en gras). Certes, il s’agit d’un commentaire, ce n’est pas un nouvel article à proprement parler, comme le demandait le collectif de patientes.

Mais “cet ajout dans le code de déontologie médicale change tout ! se réjouit le Dr Dupagne. Le message est extrêmement ferme, on n’est plus dans l’arbitraire. Le Conseil de l’Ordre a fini par entendre nos arguments, après une première réaction épidermique.”

Sanctions légères

Jusqu’ici, les patients qui dénonçaient de tels agissements devant le Conseil de l’Ordre se heurtaient à un flou réglementaire. Les médecins mis en cause − principalement des psychiatres − dégainaient systématiquement la même ligne de défense : la relation était consentie. “Certains sont même allés jusqu’à se positionner en victime d’une patiente à qui ils ont eu ‘peur de dire non’ de peur qu’elle ‘fasse une bêtise'”, s’indigne le Dr Dupagne.

Bien souvent, ces praticiens n’ont écopé que que de sanctions légères. Ainsi, Marie (le prénom a été modifié), 61 ans, en grande détresse psychologique, a été abusée sexuellement pendant des mois par le Dr Z., le psychiatre qui la suivait. Marie a eu beau déposer une plainte devant le Conseil régional de l’Ordre, le médecin en fin de carrière n’a reçu qu’un avertissement. Il faudra que Marie fasse appel pour que le Dr Z. soit condamné à six mois d’interdiction d’exercice. “Il sera désormais très difficile pour un Conseil régional de l’Ordre d’aller contre le code de déontologie”, avertit le Dr Dupagne.

Une arme pour les avocats

Et en cas de poursuite devant la justice, les avocats de patients pourront désormais se servir du code de déontologie comme d’une arme.

“Le texte leur sera d’autant plus utile qu’il est très difficile de caractériser au pénal une agression sexuelle sous emprise.”

En lançant son site Atoute.org il y a quinze ans, le Dr Dupagne était loin d’imaginer que les abus étaient si fréquents. Les témoignages contre des médecins n’ont cessé d’affluer sur le forum “Relations entre soignants et soignés”. Telle femme racontait un bisou déposé dans le cou, telle autre des compliments sur sa poitrine… Pour certaines, c’est allé jusqu’au viol.

“L’Obs/Rue89” avait recueilli les témoignages de plusieurs femmes victimes d’abus sexuels de la part de leur médecin :

– Marie, abusée sexuellement par son médecin : “Il me disait de l’appeler papa”

 Mon dermato m’a dit : “La prochaine fois, tu te mettras toute nue”

 – “Mon psychiatre me faisait m’allonger sur le divan, puis se couchait sur moi”

– “Mon psychiatre disait que j’étais ‘une femelle intéressante'”

Barbara Krief et Bérénice Rocfort-Giovanni

Orchamps: un magnétiseur condamné à quatre ans de prison pour agression sexuelle sur des patientes

Orchamps: un magnétiseur condamné à quatre ans de prison pour agression sexuelle sur des patientes

https://www.leprogres.fr
Publié le 05/03/2019

Un magnétiseur exerçant à Orchamps a été condamné mardi 5 mars par le tribunal correctionnel de Lons-le-Saunier. Il aurait commis des attouchements sur plusieurs victimes. Une dizaine de femmes ont dénoncé les mêmes faits.

Un magnétiseur exerçant à Orchamps a été condamné ce mardi 5 mars à quatre ans de prison par le tribunal correctionnel de Lons-le-Saunier. Il était poursuivi pour agression sexuelle.

Durant ses consultations, il aurait commis des attouchements sur plusieurs victimes, leur touchant les seins et le sexe, parfois sous leurs vêtements.

La première plainte a été déposée en 2014 par une mineure, avant l’ouverture d’une information judiciaire. Cette dernière avait consulté le prévenu car elle se sentait mal dans sa peau du fait de son poids.

Le prévenu n’a reconnu les faits que pour une victime. Pas pour la dizaine d’autres femmes qui assurent avoir subi le même traitement de la part de l’hypnotiseur.

Durant le procès, il a été dit que certaines d’entre elles, connaissant une situation de fragilité, étaient sous l’emprise du soignant.

Le ministère public avait requis cinq ans de prison à l’encontre de ce père de famille. Il a été incarcéré à la maison d’arrêt de Besançon. Selon son avocate, il n’a pas encore décidé s’il allait faire appel de la décision.

Marseille : le guérisseur qui débloquait les chakras sexuels

Marseille : le guérisseur qui débloquait les chakras sexuels

https://www.laprovence.com
Par Denis Trossero Publié le 06/03/2019

Déjà condamné à trois reprises, Francy Casacci a écopé hier de quatre ans de prison
Les techniques utilisées par le mis en cause n’ont que très peu convaincu le tribunal, d’autant qu’il a déjà été condamné à trois reprises à Nice, Aix et Grasse.

Cet homme est formidable. Il a un talent oratoire incroyable. Il sait ce qu’il dit et dit ce qu’il sait. “Raphaël” – c’est son nom de code guérisseur – alias Francy Casacci, 44 ans, n’est pas né de la dernière pluie d’outre-France. Il dit qu’il vient des Seychelles. Il ne lit pas dans le marc de café ni dans l’eau verte des lagons, mais se vante d’avoir derrière lui “onze générations du côté de sa mère” versées dans la matière. Il serait une sorte de magnétiseur nourri “d’une trentaine de grimoires” qui n’en finit pas de dire merci à sa mère.

Hélas, la justice n’a pas tout à fait la même lecture. Depuis 2007, il a été condamné à trois reprises. À des peines de trois ans dont dix-huit mois avec sursis, de deux ans, et surtout à six ans en 2008 par le tribunal correctionnel de Grasse pour une série d’agressions sexuelles. Et c’est encore d’agressions sexuelles qu’il avait à répondre hier. Trois jeunes femmes sur lesquelles il aurait exercé ses talents de guérisseur, mais qui ont déposé plainte contre lui pour des caresses intimes, des massages douteux et même un cunnilingus, toutes choses que le prévenu conteste évidemment avec force. Pour six autres plaignantes, il a obtenu des non-lieux. Une seule a eu le courage de venir et de raconter hier à la barre, en larmes, ce qu’elle avait subi. Elle était tout juste majeure et “Raphaël” se serait livré sur elle à divers attouchements : “Il a éteint la lumière pour que je sois à l’aise. Je n’ai pas réagi. J’y arrivais pas. J’étais complètement tétanisée.

Raphaël avait l’habitude de distribuer ses cartes de visite dans les divers instituts de beauté du centre-ville de Marseille. Il n’a pourtant aucun diplôme. Et il se réfugie derrière la médecine chinoise qui serait tant éloignée de nos approches de vilains Occidentaux bêtement cartésiens…

Le centre de son art n’est rien d’autre que son insondable capacité à débloquer les chakras sexuels de ses patientes. Pour un peu, il nous convaincrait qu’un cunnilingus peut soigner une vilaine sciatique. Il abhorre les psychiatres et les psychologues. N’aime pas quand on le décrit comme “paranoïaque“, “psychorigide” et “manipulateur“.

On peut travailler à distance, martèle-t-il. En contact direct avec le corps ou avec des cristaux.” Mais il conteste, même si les patientes évoquent des séances très “sexualisées“. Même si ses dérapages ressemblent singulièrement à ce pourquoi il a déjà été condamné à Nice et à Grasse.

“Si j’étais un agresseur sexuel, je serais un agresseur sexuel avec tout le monde”

Notre génie guérisseur prend des airs de gourou. On imagine sa capacité de conviction. Surtout sur des victimes fragilisées. “Je ne suis pas un monstre ! se défend-il. Si j’étais un agresseur sexuel, je serais un agresseur sexuel avec tout le monde. Un malade est un malade !” Le président Castoldi le pique parfois au vif. Voilà, dès lors, revenue la thèse du complot. Me Mathilde Dumoulin, pour une des victimes, détaille “les gestes déplacés“, “la mise en scène rodée“. “Jusqu’à quand va-t-il pouvoir sévir sous prétexte d’exercer une certaine médecine ?” Le procureur Marc Hellier, qui réclame quatre à cinq ans ferme, pointe la “force tranquille” du mis en cause, “l’assurance avec laquelle il se présente à la barre lesté de dix ans de prison“. En défense, Me Ophélie Kirsch ne se privera pas de rappeler que ce procès lui rappelle “les procès en sorcellerie du Moyen Âge“. Elle dira aussi que ses dons ont été “reconnus par certains de ses patients“. Il a écopé hier soir de quatre ans de prison. Une peine qui sera confondue avec une condamnation antérieure à deux ans.

Bienvenue dans la nébuleuse reiki

Bienvenue dans la nébuleuse reiki

Cette pratique nippone de soins par apposition des mains connaît un grand succès en France, mais par manque d’encadrement, elle devient souvent un outil pour des charlatans et autres gourous qui profitent de la vulnérabilité des patients.

Quand la compagne de Sébastien lui parle d’une initiation au reiki, il hausse les épaules et ne se méfie pas. En 2016, après un burn-out, sa conjointe, Nathalie, assistante de direction, essaye de se reconstruire, alors pourquoi pas tester cette pratique de soins par apposition des mains. C’est d’ailleurs sa psychologue qui lui a donné l’adresse d’une maître reiki à Bordeaux. « Elle a dû enchaîner 21 jours de méditation pour canaliser ce qu’elle appelait “l’énergie universelle”. En une semaine elle a perdu 5 kilos et était épuisée psychologiquement et physiquement », se souvient Sébastien, un cariste landais âgé de 42 ans. S’ensuit une autre initiation et surtout de grosses disputes. « Je ne la reconnaissais plus, elle me repoussait. Dès que je remettais en question le reiki, elle se braquait, le voyait comme une trahison et puis du jour au lendemain, elle est partie. » Sébastien découvre alors que l’initiatrice bordelaise de Nathalie faisait l’objet d’un signalement d’Info Sectes Aquitaine, association de prévention des dérives sectaires de sa région, auprès de l’Agence régionale de santé (ARS).

C’est le Japonais Mikao Usui, alors installé aux Etats-Unis, qui a créé le reiki en 1922 après avoir reçu une illumination. Décédé quatre ans plus tard, il n’a laissé aucun écrit. Le reiki – « la force de l’esprit » – unit méditation et relaxation. Initié à la technique, le praticien appose ses mains permettant au patient de rétablir la force vitale garante de son bien-être. Le reiki engendrerait ainsi un mouvement énergétique intérieur. Il existe une dizaine d’écoles et de méthodes de sa pratique. Depuis 2002, en France, c’est celle prônée par la Fédération française de reiki traditionnel (FRRT) que l’on médiatise le plus (mais qui n’a pas répondu à nos sollicitations malgré nos relances). À Paris dans le XIVe arrondissement, la FRRT a fondé son Institut de Reiki dont le diplôme est reconnu par la Fédération européenne des écoles (FEDE) qui regroupe 500 universités et établissements supérieurs. Se défendant de toutes dérives sectaires « new age » et militant pour « une pratique responsable et professionnelle du reiki », la FFRT se réclame du reiki des origines, rejette les notions de « maître reiki » ou de croyance magique. Le reiki permettrait d’apaiser mais pas de guérir.

Pour alerter, la Fédération a mis en ligne le site « Les dérives et dangers du reiki ». Elle propose sur sa page un annuaire d’environ 40 praticiens qu’elle reconnaît, tous labellisés « Reikiologues® ». Elle mène des interventions auprès de professionnels de santé, par exemple pendant dix ans au sein du service d’oncologie pédiatrique de l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches, avant que celui-ci ne ferme.

« La Miviludes a tenu à mettre en garde le public sur les risques à la mise en œuvre d’une technique qui, en l’absence de formation reconnue sur le plan légal, peut induire un amateurisme de la part de certains pseudo-praticiens » – Audrey Keysers, coordinatrice à la Miviludes

Mais un problème demeure. Affiliés ou non à la FFRT, tous les praticiens de cette méthode thérapeutique se réclament du reiki d’Usui, du nom du créateur japonais de la thérapie. La Fédération de Reiki Usui, basée à Marseille, a publié un annuaire de 377 praticiens. La page « Annuaire Reiki », elle, en dénombre 570. Les terminologies varient : entre praticiens du reiki, maître reiki ou relaxologue par le reiki, cette nébuleuse manque de cadre et ouvre les portes à des charlatans voire des manipulateurs et gourous.

La pratique apparaît ainsi dans un sombre fait divers étalé sur dix ans mêlant reiki, maraîchage bio et gourou qui s’est conclu au tribunal le 10 janvier 2019. Tout avait commencé en 2009 en Haute-Saône. Une vingtaine de personnes s’engagent dans le projet de Luce Barbe qui vient d’acquérir une grande bâtisse : « La ferme des deux soleils ». Fragiles psychologiquement, Luce Barbe les accompagne depuis plusieurs années au sein de l’association A-JIR, via plusieurs thérapies et des maîtres reiki, en prônant le retour à la nature comme précepte. Ces adeptes rompent avec leur vie passée, leur famille, leur emploi, investissent leurs économies dans le projet de la ferme et travaillent bénévolement la terre parfois jusqu’à quinze heures par jour.

Fin 2011, quatre personnes déposent plainte contre la thérapeute l’accusant de les avoir endoctrinés. Un an plus tard, leur « guide de vie » est poursuivie pour travail dissimulé et abus de faiblesse. Le 25 octobre 2018, elle ne se présente pas à son procès. En fuite, elle est arrêtée dans la forêt de Brocéliande dans le Morbihan en janvier 2019. Ils sont une quinzaine à s’être constitués partie civile mais l’enquête étant toujours en cours, les avocats n’ont pas souhaité que j’échange avec les victimes. Gilbert Klein, fondateur du Cercle laïque pour la prévention du sectarisme à Vesoul, a suivi de près l’évolution de l’association d’où Luce Barbe a manipulé ses adeptes. Il a pu me fournir un prospectus relayé par l’association, il y a quinze ans, proposant des initiations au reiki à distance ou dans les locaux de l’asso.

« S’agissant du reiki, la méthode est mentionnée dans plus de 300 signalements qui nous sont adressés sur les trois dernières années », appuie Audrey Keysers de la Miviludes, Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, qui coordonne l’action répressive et préventive des pouvoirs publics concernant les dérives sectaires. « Ce chiffre est à la mesure du succès que rencontre le reiki comme de la variété de ce que recouvrent les offres dans ce domaine. La Miviludes a tenu à mettre en garde le public sur les risques à la mise en œuvre d’une technique qui, en l’absence de formation reconnue sur le plan légal, peut induire un amateurisme de la part de certains pseudo-praticiens », résume-t-elle.

« Les victimes ne sont pas prêtes à témoigner publiquement ou ont enfoui très loin cette expérience » – Une salariée d’une association de prévention contre l’emprise sectaire

« Quand nous nous mettons en condition de vulnérabilité, quand on fait confiance à son praticien : on baisse sa garde », décrypte de son côté Catherine Picard, présidente de l’Unadfi (Union nationale des associations des défense des familles et de l’individu). S’il y a une faille et c’est souvent le cas des patients en recherche de bien-être, les manipulateurs s’y infiltrent. « Des praticiens peuvent avoir des intentionnalités qui amènent les patients à atteindre leur dignité en les amenant là où le consentement n’est pas éclairé », précise celle qui est à l’origine de la loi About-Picard de 2001, tendant à renforcer la prévention et la répression des mouvements sectaires.

Contactées, le Gemppi à Marseille, le Caffes dans le Nord-pas-de-Calais, Secticide à Verdun, les associations de prévention contre l’emprise sectaire ont toutes reçu des témoignages de dérives liées au reiki. « Les victimes ne sont pas prêtes à témoigner publiquement ou ont enfoui très loin cette expérience », me confie ainsi une salariée de l’une d’entre elles. Chercher des victimes directes de dérives du reiki c’est se heurter à un mur du silence. Ce sont les proches des personnes sous emprise qui en parlent plus facilement que les victimes elles-mêmes.

Quand sa conjointe le quitte, Sébastien le cariste des Landes, porte plainte pour abus de faiblesse contre la praticienne bordelaise. Il contacte la Miviludes et se crée très vite un réseau de victimes, toutes quittées par leur conjoint ou conjointe après des années de vie commune, sans raison apparente excepté l’ombre du reiki. 

Il rencontre alors Guillaume, marié pendant dix ans à Éva. Son cauchemar commence en 2016. Son épouse, alors employée dans une agence bancaire, se met en arrêt maladie après un désaccord avec son directeur. Interruption de travail et longue dépression. « En décembre 2017, elle m’annonce qu’elle veut faire une formation de reiki. Je me dis : why not », raconte Guillaume, 38 ans, lui aussi dans la banque. Le premier degré d’initiation passé, elle se jette sur le second, le tout pour 700 euros. Eva perd 20 kilos en un mois et envisage une reconversion professionnelle.

Inquiet, Guillaume fait quelques recherches en ligne sur le maître reiki qui a initié sa femme à Avignon. Ce même praticien a été épinglé par le Gemmpi, association de prévention sectaire à Marseille. Celui qui se présente à la fois comme formateur en reiki traditionnel, massage en MRD (Mouvement Reiki Dynamic), mais aussi spécialiste en anatomie énergétique, danse angélique et géométrie sacrée promet un « saut quantique pour 2018 » et un « accompagnement vers le Nouveau Monde ». Quand Guillaume alerte Eva, elle se sent agressée, ne le croit pas et plonge dans la paranoïa.

En mars 2018, elle demande le divorce. Après son départ, prêt à en découdre pour obtenir la garde de ses deux enfants, il rassemble ses carnets qu’elle remplissait de prophéties sur le pouvoir des pierres et se rend compte qu’elle a vidé les comptes bancaires de son fils et sa fille en imitant sa signature. Des pièces à conviction pour prouver au juge l’abus de faiblesse dont son épouse a été victime et son état d’assujettissement mental. Au chômage, sans revenu, elle a déménagé à 1 000 kilomètres et a obtenu la garde exclusive des enfants âgés de 7 et 4 ans. Avec son avocate, il lutte toujours pour les récupérer.

Une détresse psychologique, une formation en reiki pour y remédier, une séparation du jour au lendemain, et un mur juridique puisque les conjoints sont majeurs, le mécanisme devient tristement classique. Le club des abandonnés s’agrandit et se soude. Patrick et Sébastien échangent régulièrement. Chaque jour, chacun publie des mises en garde contre les thérapies new age sur son profil Facebook.

Le 15 mai 2018, après son divorce, Guillaume a envoyé un mail à la FFRT. La réponse : « Dans le reiki, il n’y a ni soins pour animaux, ni lithothérapie (traitement par les pierres). Nous ne pouvons donc pas répondre sur une pratique que nous ne connaissons pas. Il faut que vous alliez à la police ».

La carte mondiale des QI – explications complètes

Cet article complète les réponses données à Checknews dans l'article "La carte mondiale des QI, relayée par des comptes d'extrême droite, a-t-elle une valeur scientifique ?", publié dans Libération le 14/11/2019.

La question des différences de quotient intellectuel (QI)[i] moyen entre nations est extrêmement controversée.Tellement controversée que la plupart des chercheurs refusent de s'exprimer sur le sujet, voire nient la pertinence même de la question ou des données existantes. Pour ma part, je pense qu'il est préférable d'aborder tout sujet de la manière la plus factuelle et rationnelle possible, sans se laisser impressionner par les idéologies, les contre-idéologies et les anathèmes. Et ce d'autant plus que le sujet est controversé. Ne pas le faire, c'est laisser le monopole du débat aux ignorants et aux idéologues.

En résumé, un petit nombre de chercheurs prennent ces scores de QI nationaux moyens (Figure 1) très au sérieux et considèrent que ces différences reflètent indubitablement des différences génétiques. La plupart des chercheurs spécialistes de l'intelligence ne sont pas convaincus, pour plusieurs raisons.

Figure 1. Distribution des scores moyens de QI à travers les pays. Source : David Becker, View on IQ.

Peut-on comparer les QI nationaux ?

Tout d'abord, il est difficile de comparer les scores des tests entre pays, car un test conçu dans un pays n'est pas nécessairement adapté à une autre culture (en particulier les tests verbaux et ceux qui utilisent des images d'objets). C'est pour cette raison que la plupart des tests, avant d'être utilisés et étalonnés dans un nouveau pays, sont d'abord adaptés à la culture locale. Mais à partir du moment où les tests sont adaptés, donc différents entre deux pays, les scores obtenus ne sont plus comparables! Pour comparer les scores entre pays, il faut des tests identiques. On en est donc réduit à utiliser un petit nombre de tests réputés culturellement neutres, qui n'utilisent ni le langage, ni des références culturelles (comme le test des matrices). Pourtant, même lorsque les tests sont censés être culturellement neutres et sont administrés à l’identique, les scores ne sont pas nécessairement comparables. En effet, il a été montré que les tests peuvent avantager ou désavantager certaines populations, notamment en fonction des mots utilisés dans la langue pour désigner les concepts pertinents (plus les mots sont longs, plus la charge en mémoire de travail est importante, et plus la performance peut être affectée), ou encore de la familiarité avec certains symboles (Grégoire et al. 2008), ce qui fait conclure à certains chercheurs qu'aucun test ne peut être totalement neutre. C'est évident a fortiori dans les cas extrêmes: chez les peuples non scolarisés, l'idée même de passer un test qui n'a aucun sens concret peut n'être pas comprise, et les personnes testées peuvent obtenir des scores qui ne reflètent pas leurs capacités réelles.

L’étude de Lynn et Vanhanen peut encore être critiquée sur d’autres aspects méthodologiques. Car en fait les scores des différents pays n’ont pas tous été obtenus avec les mêmes tests, et ils ont donc fait des choix, des comparaisons et des péréquations qu’on peut trouver discutables. Par ailleurs, des données n’existent pas pour tous les pays, donc ils ont fait des extrapolations à partir de pays voisins. Bref, cette carte peut donner une illusion de précision mais en fait elle est très approximative (voir par exemple Wicherts et al. 2010a, b).

Personnellement, je considère que ces questions de neutralité des tests par rapport à la culture et de méthodologie sont importantes, malgré tout il est très peu probable que les différences de QI observées entre pays soit entièrement expliquées par des biais ou des erreurs de mesure. Balayer d'un revers de main les différences sous ce seul prétexte (comme le font certains) ne me parait pas tenable. Ces différences existent et on comprend très bien pourquoi. Le véritable débat se situe au niveau de l'interprétation des différences.

Comment interpréter les différences de QI moyens entre pays ?

Certains chercheurs, qui se considèrent "réalistes sur les races" (race realists), affirment qu'il est établi au-delà de tout soupçon que les différences de QI moyen entre pays reflètent au moins en partie des différences génétiques. La plupart des chercheurs de la communauté scientifique ne sont pas convaincus, et ce pour deux raisons. La première, c'est qu'aucune preuve n'a été apportée que les différences génétiques entre les peuples soient la cause des différences entre nations[ii]. C'est une hypothèse possible mais non prouvée. La seconde, c'est qu'il existe d'autres explications bien mieux étayées pouvant expliquer ces différences, dans l'environnement bien sûr. J'en citerai deux.

La plus évidente, c'est que les pays diffèrent considérablement en termes de scolarisation et de niveau moyen d'éducation de leur population. Or la scolarisation est un facteur majeur de développement de l'intelligence de l'enfant. Une méta-analyse récente indique que chaque année de scolarité supplémentaire fait progresser l'intelligence des élèves de l'équivalent d'environ 3 points de QI (Ritchie & Tucker-Drob, 2018). La scolarisation est en fait le moyen connu le plus puissant pour augmenter l’intelligence des enfants. Il s'ensuit inévitablement que les pays où la scolarité n'est pas universelle, ou est moins longue, ou de moins bonne qualité que dans les pays les plus développés, ne peuvent pas atteindre le même niveau de QI.

Figure 2.

Deuxièmement, les pays diffèrent aussi considérablement sur d'autres facteurs environnementaux qui ont un effet prouvé sur le développement cognitif de l'enfant, notamment la nutrition et l'exposition à des maladies, et ce aussi bien pendant la période prénatale que post-natale. Par exemple, une étude a montré que la prévalence des maladies infectieuses expliquait à elle seule environ 60% des différences de QI moyen entre nations (Eppig et al. 2010).

Figure 3. QI national moyen à travers 184 pays, en fonction de la prévalence des maladies infectieuses (en logarithme du nombre d'années de vie en bonne santé perdues à causes de maladies infectieuses). Source: Eppig et al. (2010).

Il manque une étude qui compilerait tous les facteurs environnementaux pour évaluer si leurs effets cumulés suffiraient à expliquer totalement les différences de QI moyens entre nations. Si ce n’est qu’elle pourrait difficilement trancher totalement en raison des problèmes de mesure et de comparabilité des scores évoqués précédemment. La question reste donc ouverte: est-ce que des différences génétiques peuvent expliquer une petite partie des différences entre nations? Certains chercheurs affirment que c'est le cas, sans preuve. Beaucoup affirment que non, et considèrent que ces différences sont déjà parfaitement expliquées par les différences de facteurs environnementaux. La vérité est que personne ne le sait, car les données n'ont pas tranché, et il n’est pas clair que l’on dispose d’une méthodologie permettant de conclure définitivement.

En conclusion, il y a consensus scientifique pour dire que des facteurs environnementaux expliquent au moins une large part des différences de QI nationaux. Il n’y a pas de consensus scientifique sur la question de savoir si une part résiduelle de ces différences peut être expliquée par des différences génétiques.

Références

Eppig, C., Fincher, C. L., & Thornhill, R. (2010). Parasite prevalence and the worldwide distribution of cognitive ability. Proceedings of the Royal Society B-Biological Sciences, 277, 3801–3808.

Grégoire, J., Georgas, J., Saklofske, D. H., van de Vijver, F., Wierzbicki, C., Weiss, L. G., & Zhu, J. (2008). Cultural issues in Clinical Use of the WISC-IV. In A. Prifitera, D. H. Sklofske, & L. G. Weiss, WISC-IV Clinical Assessment and Intervention (pp. 517–544). Hoboken, N.J: Wiley.

Ritchie, S. J., & Tucker-Drob, E. M. (2018). How Much Does Education Improve Intelligence? A Meta-Analysis. Psychological Science, 29(8), 1358–1369.

Wicherts, J. M., Dolan, C. V., & van der Maas, H. L. (2010a). A systematic literature review of the average IQ of sub-Saharan Africans. Intelligence, 38, 1–20.

Wicherts, J. M., Dolan, C. V., & van der Maas, H. L. (2010b). The dangers of unsystematic selection methods and the representativeness of 46 samples of African test-takers. Intelligence, 38, 30–37.


[i] Pour ceux qui croient encore que le QI ne mesure rien de pertinent, merci de se reporter aux épisodes précédents:

La course au QI - Réponses complètes.

Le QI c'est n'importe quoi. Oui, mais encore?

L'intelligence dans tous ses états

[ii] Malgré des tentatives récentes de prédire les QI nationaux à partir de scores polygéniques (Dunkel et al., 2019 ; Lasker et al. 2019 ; Piffer, 2019). Ces études sont jugées non pertinentes par les spécialistes, car elles utilisent des scores polygéniques établis pour la population d’origine européenne, dont il a été montré qu’ils sont très sensibles aux caractéristiques de la population sur laquelle ils ont été constitués, et qu’ils sont peu ou pas associés au QI dans d’autres populations (Lee et al. 2018 ; Mostafavi et al. 2019). Par conséquent, la comparaison de GPS moyens entre pays n’a pas grand sens et ne peut pas être interprétée comme expliquant des différences de QI entre populations (Freese et al. 2019 ; Martin et al. 2017).

Une explication plus détaillée est donnée dans le commentaire ci-dessous.

Dunkel, C. S., Woodley of Menie, M. A., Pallesen, J., & Kirkegaard, E. O. W. (2019). Polygenic scores mediate the Jewish phenotypic advantage in educational attainment and cognitive ability compared with Catholics and Lutherans. Evolutionary Behavioral Sciences, 13(4), 366–375.

Freese, J., Domingue, B., Trejo, S., Sicinski, K., & Herd, P. (2019). Problems with a Causal Interpretation of Polygenic Score Differences between Jewish and non-Jewish Respondents in the Wisconsin Longitudinal Study [Preprint]. https://doi.org/10.31235/osf.io/eh9tq

Lasker, J., Pesta, B. J., Fuerst, J. G. R., & Kirkegaard, E. O. W. (2019). Global Ancestry and Cognitive Ability. Psych, 1(1), 431–459. https://doi.org/10.3390/psych1010034

Lee, J. J., Wedow, R., Okbay, A., Kong, E., Maghzian, O., Zacher, M., … Cesarini, D. (2018). Gene discovery and polygenic prediction from a genome-wide association study of educational attainment in 1.1 million individuals. Nature Genetics, 50(8), 1112–1121. https://doi.org/10.1038/s41588-018-0147-3

Martin, A. R., Gignoux, C. R., Walters, R. K., Wojcik, G. L., Neale, B. M., Gravel, S., … Kenny, E. E. (2017). Human Demographic History Impacts Genetic Risk Prediction across Diverse Populations. The American Journal of Human Genetics, 100(4), 635–649. https://doi.org/10.1016/j.ajhg.2017.03.004

Mostafavi, H., Harpak, A., Conley, D., Pritchard, J. K., & Przeworski, M. (2019). Variable prediction accuracy of polygenic scores within an ancestry group. BioRxiv, 629949. https://doi.org/10.1101/629949

Piffer, D. (2019). Evidence for Recent Polygenic Selection on Educational Attainment and Intelligence Inferred from Gwas Hits: A Replication of Previous Findings Using Recent Data. Psych, 1(1), 55–75.

 

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Les écrans ont-ils un effet causal sur le développement cognitif des enfants?

par Ava Guez et Franck Ramus.

Extrait d'un article à paraître dans la Revue suisse de pédagogie spécialisée.

L’association entre exposition aux écrans et développement cognitif: au-delà des interprétations hâtives

Télévision, ordinateurs, tablettes, smartphones, jeux vidéo : difficile désormais d’échapper aux écrans. En France, ce sont plus de deux tiers des enfants de deux ans qui regardent la télévision au quotidien et 28% qui utilisent un ordinateur au moins une à deux fois par semaine, tandis que plus d’un quart jouent sur un smartphone au moins une fois par mois (Gassama, Bernard, Dargent-Molina, & Charles, 2018). La question de l’impact de cette exposition sur le développement cognitif fait l’objet d’un intérêt croissant de la part des chercheurs.

Que disent les données ? La majorité des études scientifiques s’accorde sur le fait que le temps passé devant des écrans est statistiquement associé à de moins bonnes capacités cognitives. Ainsi, la récente et très médiatisée étude de Walsh et al. (2018) rapporte que les enfants qui passent plus de deux heures par jour devant un écran ont en moyenne 4,25 points de QI[1] de moins que les autres, et ce indépendamment de facteurs tels que les revenus du foyer, l’éducation des parents, l’ethnicité, ou l’indice de masse corporelle. De l’observation de cette simple corrélation à l’affirmation qu’il existe un lien de causalité, il n’y a qu’un pas, que certains se sont empressés de franchir. Ces résultats ont en effet donné lieu à des discours alarmistes relayés par la presse grand public, mettant en garde contre l’effet néfaste des écrans sur le développement cognitif[2]. Établir avec certitude une telle relation de cause à effet est pourtant loin d’être évident. En premier lieu, il y a plusieurs raisons pour lesquelles nous pourrions observer cette association entre écrans et capacités cognitives : s’il est possible que le temps passé devant les écrans ait effectivement un effet négatif sur les performances cognitives de l’enfant, il est également possible que les enfants ayant de moins bonnes capacités cognitives soient plus attirés par les écrans que les autres, ou bien encore qu’il existe d’autres facteurs, non mesurés dans ces études, qui influencent à la fois l’exposition aux écrans et le développement cognitif (illustration des trois mécanismes possibles en Figure 1). En deuxième lieu, l’exposition aux écrans est un terme vaste recouvrant une large variété d’outils et d’utilisations différentes : s’il est possible que certains aient un effet délétère sur le développement cognitif, d’autres pourraient au contraire avoir le potentiel d’améliorer les capacités cognitives.

Figure 1 : Trois mécanismes pouvant être à l’origine de la corrélation observée entre exposition aux écrans et développement cognitif.

De la simple association à une relation de causalité : quel impact de l’exposition aux écrans sur les capacités cognitives ?

Certaines techniques d’analyse statistique permettent de dépasser les limites exposées ci-dessus et d’estimer dans quelle mesure l’association entre exposition aux écrans et développement cognitif est due à un lien de causalité de l’exposition aux écrans vers les capacités cognitives, à un lien de causalité des capacités cognitives vers l’exposition aux écrans, ou à des facteurs tiers. La récente étude de Madigan, Browne, Racine, Mori, & Tough (2019) emploie l’une de ces techniques (modèle d’équations structurelles dit « cross-lagged » avec effets aléatoires) pour démêler ces différents effets.

Dans cette étude, Madigan et collègues ont analysé des données longitudinales provenant d’une cohorte de 2 441 enfants canadiens, dont les mères ont été recrutées pendant leur grossesse entre mai 2008 et décembre 2010. L’exposition aux écrans a été mesurée par la moyenne du temps passé par semaine devant tout type d’écran, et le développement cognitif par le score au questionnaire Ages and Stages (ASQ), qui évalue le développement de l’enfant dans cinq domaines (communication, motricité globale, motricité fine, résolution de problèmes, aptitudes individuelles ou sociales). Ces deux variables ont chacune été mesurées à trois temps : à deux, trois et cinq ans. Le modèle utilisé par Madigan et collègues estime simultanément l’association entre la durée moyenne d’exposition aux écrans à un âge et les performances cognitives à l’âge suivant, et vice-versa. L’inclusion d’effets aléatoires permet crucialement d’isoler la variabilité intra-personne de la variabilité inter-personnes. La variabilité intra-personne désigne la fluctuation d’une variable dans le temps pour un même individu ; tandis que la variabilité inter-personnes désigne les différences individuelles stables dans le temps entre individus. Ainsi, le modèle permet d’estimer l’effet d’une augmentation ou d’une diminution du temps passé par un enfant devant l’écran (par rapport à ce qui était attendu pour l’enfant en question) sur l’évolution de ses capacités cognitives ; et inversement. Cela permet de répondre à notre question : une exposition plus importante aux écrans fait-elle diminuer les capacités cognitives d’un enfant, ou est-ce plutôt le mécanisme inverse qui prime ? L’inclusion des effets aléatoires permet également d’estimer l’association entre les capacités cognitives et l’exposition aux écrans stables dans le temps, ce qui revient à répondre en même temps à une deuxième question : les enfants qui sont plus exposés aux écrans ont-ils de moins bonnes capacités cognitives, pour des raisons indépendantes de l’exposition elle-même ?

Les résultats de Madigan et collègues sont les suivants (illustration en Figure 2). Premièrement, la corrélation entre la part stable des capacités cognitives et de l’exposition aux écrans est négative et égale à -0,18, ce qui confirme que les enfants qui passent plus de temps devant l’écran ont de moins bonnes capacités cognitives, et ce indépendamment de l’exposition. Cette corrélation négative et stable peut s’expliquer par des facteurs qui influencent à la fois les capacités cognitives et l’exposition aux écrans : par exemple, l’environnement familial et social, des facteurs prénataux, ou des prédispositions génétiques.

Figure 2 : Schéma adapté de Madigan et al. (2019), illustrant à la fois l’association stable entre les capacités cognitives et l’exposition aux écrans (corrélation de -0.18), et l’association directionnelle de l’exposition aux écrans à un âge donné et des capacités cognitives à un âge ultérieur. Flèches pleines : effets statistiquement significatifs. Flèches pointillées : effets non significatifs.

Deuxièmement, les capacités cognitives à un temps donné n’influencent pas significativement l’exposition aux écrans au temps suivant (flèches obliques vers le bas). En revanche, l’inverse est vrai : passer plus de temps devant les écrans que d’habitude induit une diminution des capacités cognitives au temps d’après (flèches obliques vers le haut). Cette association est égale à -0,08 entre deux et trois ans, et à -0,06 entre trois et cinq ans (coefficients standardisés). Ces coefficients standardisés peuvent s’interpréter de la manière suivante : une augmentation du temps d’exposition aux écrans d’un écart-type (de la population étudiée) à deux ans est associée à une diminution du score d’ASQ à trois ans de 0,08 écart-type. En convertissant ces coefficients dans l’unité des grandeurs mesurées, nous pouvons interpréter les résultats de la manière suivante : passer une heure de plus devant les écrans par jour en moyenne vers l’âge de deux ans provoque une baisse de 0,7 point de QI à 3 ans. De même, une heure de plus par jour à trois ans entraine une baisse de 0,5 point de QI à 5 ans (soit un trentième de l’écart-type de la population). Ainsi, pour engendrer une perte de 4,25 points de QI (l’estimation de l’étude de Walsh et al. 2018), il faudrait augmenter l’exposition des enfants aux écrans de 6,1 heures par jour de deux à trois ans ou de 8,5 heures par jour de trois à cinq ans ! On mesure toute la différence qu’il y a entre les études qui rapportent de simples corrélations, et celles qui s’efforcent d’évaluer les effets causaux par des méthodes appropriées.

En conclusion, cette étude suggère qu’il existe bel et bien un effet délétère du temps passé devant les écrans sur le développement cognitif de l’enfant. Néanmoins, cet effet est très faible, sans doute trop faible pour justifier des recommandations alarmantes de santé publique.

Comment interpréter les effets négatifs des écrans ?

Si l’exposition aux écrans semble bien avoir des effets négatifs sur le développement cognitif, seules des expositions massives peuvent avoir un impact véritablement inquiétant. Beaucoup de commentateurs voient ces résultats comme reflétant un effet intrinsèquement délétère des écrans, accusés de corrompre le développement du cerveau, arguments agrémentés de force noms de neurotransmetteurs et de régions cérébrales pour leur donner un semblant de crédibilité, bien qu’aucune étude scientifique ne justifie de telles attributions. Il existe pourtant une interprétation bien plus simple de l’effet des écrans. Si un jeune enfant passe trois heures par jour seul devant la télévision ou à jouer sur une tablette, c’est autant de temps pendant lequel il n’interagit pas avec ses parents et avec d’autres adultes ou enfants. Or les interactions sociales et verbales sont bien évidemment cruciales pour le développement du langage et des autres compétences cognitives. On peut donc aisément concevoir qu’un temps aussi important passé sur les écrans puisse constituer un manque-à-gagner, une perte de chance pour le développement cognitif (à hauteur de 2 points de QI pour trois heures quotidiennes d’exposition). Nul besoin d’invoquer un effet maléfique des écrans pour comprendre cela.

De fait, un tel effet de substitution n’est pas limité aux écrans. Beaucoup d’autres activités solitaires, qu’il s’agisse de jouer avec un bout de ficelle, d’empiler des cubes, de faire des réussites, de regarder les trains passer, ou de faire du vélo, pratiquées pendant plusieurs heures par jour en lieu et place d’interactions sociales, auraient sans doute les mêmes effets. Les enfants d’aujourd’hui qui ont des écrans pour baby-sitters ne sont pas nécessairement plus mal lotis que les enfants d’antan qui étaient livrés à eux-mêmes lorsque leurs parents étaient trop occupés. Simplement, aujourd’hui les écrans sont partout (depuis les années 70 avec la télévision), ils sont attractifs pour les enfants, et sont devenus des baby-sitters idéaux pour les parents peu disponibles ou peu attentionnés. Ils sont donc également devenus des coupables idéaux pour les personnes qui constatent des retards chez les enfants faiblement socialisés. Dans ces cas-là, il ne suffit pas de dire aux parents de supprimer les écrans ; encore faut-il leur recommander des activités de substitution qui aient un rôle plus positif sur le développement cognitif.

En conclusion, il semble que l’effet global d’une exposition aux écrans sur le développement cognitif soit très légèrement négatif, et la meilleure interprétation de ce résultat est que l’exposition aux écrans sur de longues durées chaque jour se substitue à des interactions sociales et verbales importantes pour le développement.

Références

Gassama, M., Bernard, J., Dargent-Molina, P., & Charles, M.-A. (2018). Activités physiques et usage des écrans à l’âge de 2 ans chez les enfants de la cohorte Elfe, analyse statistique et rapport préparés à la demande et avec le soutien financier de la Direction Générale de la Santé.

Madigan, S., Browne, D., Racine, N., Mori, C., & Tough, S. (2019). Association Between Screen Time and Children’s Performance on a Developmental Screening Test. JAMA Pediatrics, 173(3), 244. https://doi.org/10.1001/jamapediatrics.2018.5056

Walsh, J. J., Barnes, J. D., Cameron, J. D., Goldfield, G. S., Chaput, J.-P., Gunnell, K. E., … Tremblay, M. S. (2018). Associations between 24 hour movement behaviours and global cognition in US children : A cross-sectional observational study. The Lancet Child & Adolescent Health, 2(11), 783‑791. https://doi.org/10.1016/S2352-4642(18)30278-5


Notes

[1] Score global à la batterie NIH Toolbox, qui a pour but d’estimer le niveau d’intelligence générale, mis à l’échelle standard du quotient intellectuel (moyenne de 100, écart-type de 15).

[2] Voir par exemple : https://www.futura-sciences.com/tech/actualites/internet-ecrans-modifieraient-cerveau-nos-enfants-44207/ ; https://www.sciencesetavenir.fr/sante/e-sante/les-ecrans-nuisent-aux-capacites-intellectuelles-des-enfants_127981 ; http://www.doctissimo.fr/sante/sante-des-enfants/dangers-ecrans-enfants ; https://www.20minutes.fr/sante/2344331-20180927-ecrans-partir-deux-heures-jour-nuisent-capacites-intellectuelles-enfants

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Mystère de la fragilité, d’Isabelle Mordant

Mystère de la fragilité raconte le parcours d’une famille dont un enfant a la maladie des os de verre, et son combat pour obtenir que cet enfant puisse suivre une scolarité à la mesure de ses capacités intellectuelles. Ce livre mérite d’être lu pour de multiples raisons. Je n’en ferai pas une recension complète ici, mais on peut en trouver sur d’autres sites. Je souhaite ici mettre en exergue deux points du livre qui résonnent particulièrement avec les thèmes qui me sont chers.

Le premier point qui m’a frappé, c’est que cette famille non plus n’a pas échappé aux méfaits de la psychanalyse. L’exemple le plus édifiant décrit par Isabelle Mordant est celui de sa visite chez un psychomotricien recommandé par le CHU :

Le psychomotricien me demande d’asseoir Thomas par terre dans son cabinet. Je balaie la pièce du regard. J’y vois des coussins de toutes formes, de toutes tailles, de tous matériaux, de toutes couleurs. J’en choisis trois, assez volumineux, que je dispose en arc de cercle, avant d’installer Thomas devant ce dossier improvisé. (…) Le psychomotricien m’observe attentivement le temps que je procède à cet aménagement.

- Maintenant je vais vous demander de sortir et de me laisser seul avec Thomas. Quand un enfant d’un an ne tient pas fermement assis, cela vient de difficultés dans sa relation avec sa mère.

J’avale ma salive. Si Thomas ne progresse pas aussi vite qu’un autre enfant, c’est parce qu’il est malade et fragile, comme je le lui ai expliqué dès le début de la consultation. Cela n’a rien de psychologique.

- L’homme est vertical. Celui qui ne tient pas debout n’est pas un homme, assène-t-il d’un ton pompeux.

Qu’est-ce que c’est que cet olibrius ? Les personnes tétraplégiques, les enfants myopathes ne font-ils pas partie à ses yeux du genre humain ? Considère-t-il ses patients comme des animaux ? Sans attendre davantage, je règle la séance, bien décidée à ne jamais lui ramener Thomas.

La réaction d’Isabelle Mordant est celle d’une personne instruite, intelligente, dont la situation de vulnérabilité liée à la maladie de son enfant n’a pas aboli le bon sens, et qui de plus a les moyens de payer une séance pour rien. On ne peut s’empêcher de penser aux nombreuses familles qui ne disposent pas de telles ressources, sur qui de tels professionnels de santé exercent une autorité absolue, et qui n’ont pas les moyens d’en chercher d’autres. Un autre exemple :

Quand Thomas avait 5 ans, une psychologue est entrée dans sa chambre d’hôpital et m’a trouvée en train de lui faire manger un yaourt avec une petite cuillère. Sans observer plus en détail la scène, elle a poussé de hauts cris : à cinq ans, un enfant doit manger seul. C’était habituellement le cas de Thomas. Mais à ce moment précis, il avait les deux bras cassés : étais-je censée, pour respecter les conventions, le laisser mourir de faim jusqu’à ce qu’il puisse à nouveau utiliser ses mains ?

Même si ces professionnels sont particulièrement caricaturaux, il est frappant de voir tout au long du récit que l’attitude du corps médical et de l’aide sociale à l’enfance est tout aussi imprégnée de cette suspicion systématique induite par la grille de lecture psychanalytique. Car pour la psychanalyse, si un enfant va mal, c’est toujours de la faute des parents, et en particulier de la mère, toujours trop « fusionnelle », jamais « suffisamment bonne ». Voir à ce sujet le documentaire Maternophobie de Sophie Robert. De nombreux parents ont témoigné d’épisodes similaires (et de bien pires) et peuvent encore le faire sur cette page.

Le second point qui transparait tout au long du livre, c’est la perpétuelle difficulté à scolariser normalement un enfant en situation de handicap, avec des aménagements adaptés et une aide humaine compétente lorsque nécessaire. C’est vrai pour les élèves à mobilité réduite comme Thomas, c’est vrai aussi des élèves avec des troubles cognitifs (autisme, TDAH, troubles dys…). Alors que depuis la loi de 2005 l’inclusion est la règle, l’institution y oppose des procédures complexes et répétitives et une espèce de mauvaise volonté constante, auxquelles seules les familles les mieux armées peuvent répondre, en faisant valoir leurs droits y compris jusqu’au tribunal. Même si l’honnêteté oblige à reconnaître que l’Education Nationale a beaucoup progressé depuis 2005, beaucoup de personnels continuent à considérer que les enfants en situation de handicap n’ont rien à faire à l’école, ou en tous cas dans leur classe. Pour éviter que d’hypothétiques fraudeurs n’obtiennent des avantages indus, on empêche des enfants qui y ont droit d’accéder à une scolarité adaptée. Entre l’éducation pour tous et une équité mythifiée, l’institution continue à pencher en faveur de la seconde.

Il ne s’agit que de deux points que j’ai choisi de mettre en relief, mais le livre Mystère de la fragilité est un témoignage riche en enseignements que je laisse au lecteur le soin de découvrir.

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La course au QI – Réponses complètes

Le Point daté du 12 septembre 2019 consacre un important dossier au sujet de l'intelligence et de sa mesure. Dans ce dossier sont cités un certain nombre de chercheurs français et étrangers. Chacun a été longuement interviewé et a répondu à de nombreuses questions, mais seules quelques phrases ont été sélectionnées par le magazine. Comme il est dommage que toutes ces réponses soient perdues, Nicolas Gauvrit et moi-même mettons ci-dessous toutes nos réponses (que nous avons données indépendamment l'un de l'autre) à la disposition des lecteurs intéressés. J'y ai également ajouté des questions et réponses issues d'autres interviews (28/10/2019).

 

Le Point: Quelle est votre définition de l’intelligence?

Nicolas Gauvrit: Si l'on parle de l'intelligence au sens du QI, je dirais que c'est une mesure très générale de l'efficacité du fonctionnement mental (cognitif) d'une personne.

Cependant, dans un sens plus courant, l'intelligence serait plutôt la capacité d'adaptation à des situations nouvelles. Dans ce sens, elle engloberait alors une partie d'intelligence émotionnelle, de compréhension sociale et de créativité, en plus de l'efficacité cognitive.

Franck Ramus: L’intelligence est un mot du langage courant qui correspond à une simple intuition. Le concept qui a une validité scientifique est celui d’intelligence générale, qui est la résultante de l’ensemble des fonctions cognitives (langage, raisonnement, mémoire, planification, rapidité…). On peut la comprendre comme une moyenne de toutes nos fonctions intellectuelles.

Les tests d’intelligence sont des outils de mesure, qui ont des qualités et des limites, comme tout outil de mesure. Le QI est l’échelle numérique sur laquelle on rapporte les résultats des tests. Cette échelle est étalonnée sur la population pour chaque classe d'âge (moyenne de 100, écart-type de 15).

[pour en savoir plus sur l'intelligence générale]

Le Point: On parle parfois du facteur G, pouvez vous nous expliquer ce qu’il désigne  ?

FR: Le facteur g est le nom technique (en statistiques) de la moyenne des fonctions cognitives que constitue l’intelligence générale.

Le Point: Que mesurent concrètement les tests d’intelligence (mémoire, attention, rapidité neurone?….)

FR: On distingue généralement d’une part l’intelligence verbale ou cristallisée, qui inclut le vocabulaire, le raisonnement verbal, la mémoire de travail, et qui repose en grande partie sur les connaissances acquises ; et d’autre part l’intelligence non-verbale ou fluide, qui inclut le raisonnement abstrait, les capacités visuo-spatiales, la vitesse de traitement, et qui est moins dépendante des connaissances acquises.

NG: Le QI mesure correctement une version restreinte de ce qu'on peut appeler l'intelligence : une compétence très générale. Les mots-clés sont rapidité, mémoire, connaissances, capacité de raisonnement. Un équivalent du QI dans les matières scolaires serait la moyenne générale, qui mesure globalement les résultats, sans faire la distinction entre les disciplines.

Le Point: Souvent, on dit d’une personne qu’elle est intelligente ou, au contraire, bête. Ce jugement est-il corrélé avec le QI ?

FR: Oui, les jugements intuitifs sont corrélés au QI (les chercheurs qui ont développé les tests cherchaient à capturer la notion intuitive d’intelligence). Mais souvent ces jugements se basent sur une connaissance incomplète de la personne, et sur une focalisation sur une dimension particulière : le fait que quelqu’un s’exprime bien, ou qu’il soit très cultivé, ou qu’il comprenne vite, ou qu’il soit fort en maths. Les tests d’intelligence, eux, prennent en compte toutes ces dimensions (et d’autres). Par conséquent, quelqu’un qui a une haute intelligence générale est quelqu’un qui est bon dans tous ces domaines.

Le Point: Le QI reste-t-il le même tout au long de la vie?

NG: Il est statistiquement très stable à partir de l'adolescence. Cela veut dire qu'en général, il ne varie pas beaucoup, mais il y a des cas particuliers qui peuvent correspondre à des traumatismes, des maladies mentales ou autre. [voir la stabilité du QI dans cet autre article]

Le Point: Où se loge l’intelligence dans le cerveau?

FR: Il n’y a pas de région cérébrale unique de l’intelligence. Toutes les régions contribuent. Néanmoins, les lobes frontaux, par leur rôle de « contrôleur » ou « coordinateur » des autres fonctions cognitives, jouent un rôle particulièrement important.

Le Point: Le QI est-il héritable ? Dans quelle proportion ? 

NG: La génétique explique plus de la moitié des variations de QI, ce qui ne veut pas dire grand chose de concret, mais disons que le facteur génétique est important (même s'il n'explique certes pas tout). On n'a pas identifié de gène de l'intelligence en particulier, mais on sait que le QI est en grande partie héritable. Les études sur la question sont si nombreuses qu'il n'y a plus de doute sur ce résultat.

FR: Les différences individuelles dans les scores de QI sont dues environ pour moitié (50%) à des différences génétiques, et pour moitié à des différences d’environnement (incluant à la fois l’environnement social et biologique, notamment prénatal). Ces estimations résultent de nombreuses études permettant de dissocier les influences génétiques et environnementales sur l’individu. En grande majorité ce sont les études de jumeaux, qui montrent que les vrais jumeaux ont des QI plus proches que les faux jumeaux, en raison de leur similarité génétique plus grande. Ces résultats ont été confortés par les études d’adoption, qui montrent par exemple que les frères et sœurs élevés ensemble ont des QI plus proches s’ils sont reliés génétiquement que s’ils ne le sont pas. Plus récemment, les études de génétique moléculaire ont apporté une confirmation totalement indépendante de ces estimations, en calculant la proportion des variations de QI qui sont expliquées par des variations génétiques mesurées directement dans le génome des individus. A ce sujet, lire l'article de Paige Harden.

Q: Est-il vrai que le QI de la population baisse, du fait des pesticides, des perturbateurs endocriniens, ou des écrans?

FR: Certaines études dans certains pays ont trouvé une tendance récente à la baisse des scores de QI, mais ce n'est pas une constatation générale. La tendance générale est plutôt que les scores de QI ont beaucoup progressé au cours du 20ème siècle, et que cette progression semble maintenant s'atténuer et plafonner. Voir mon article à ce sujet.

Le Point: Le Quotient intellectuel matérialisé par un chiffre a-t-il une signification en lui-même? Faut-il, en fait, l’intégrer dans un bilan psychologique ?

NG: En clinique, lorsque l'on peut obtenir un score de QI fiable (car la passation n'est pas toujours facile, ou des difficultés psychologiques peuvent rendre le test inutilisable), celui-ci a un sens. Il permet de savoir où se situe globalement un individu par rapport aux autres au niveau cognitif. Il n'a pas toujours de sens et il ne faut certainement pas toujours l'intégrer dans un bilan psychologique. Il est surtout utile quand un tableau clinique pourrait s'expliquer par une défaillance générale ou pas. Par exemple, on fait la différence entre une personne avec retard mental (QI faible) et qui, pour cette raison, a du mal à lire, et une personne dyslexique avec un QI moyen ou supérieur. Cela influence ce qu'on peut envisager comme accompagnement.

Q: Le QI fait l'objet de nombreuses critiques, que mesure t-il et à quoi sert-il selon vous?

FR: Le QI est souvent critiqué quand on veut lui faire dire plus qu’il ne dit. Ou quand on lui attribue des propriétés qu’il n’a pas. Beaucoup critiquent par exemple l’idée que le QI serait inné, gravé dans le marbre à la naissance, ce que personne ne dit (puisqu’il y a 50% de facteurs environnementaux impliqués). Quand on comprend que le QI est juste une moyenne de l’ensemble des fonctions cognitives, on en voit mieux à la fois l’intérêt et les limites. L’intérêt est exactement le même que de faire la moyenne générale des notes d’un élève à l’école : cela permet d’avoir une mesure synthétique qui résume tous les résultats en un seul nombre. La limite est la même aussi : un nombre contient moins d’information que dix. Cela ne permet pas de savoir si un individu a des talents ou des difficultés dans un domaine particulier. Une autre limite est que, comme pour tout instrument de mesure, les tests de QI ont une précision qui n’est pas infinie, et qu’il faut respecter certaines conditions d’utilisation pour que la mesure soit fiable et valide. Constater ces limites n’est pas plus de nature à remettre en cause l’usage des tests de QI que celui du thermomètre.

Le Point: Combien dénombrez-vous de formes d’intelligence  ? 

FR: Il existe de multiples capacités cognitives et de multiples talents qu’un être humain peut posséder à divers degrés. L’intelligence générale, en revanche, est une moyenne de toutes ces capacités, il n’y en a donc qu’une, par définition.

Le Point: Existe-t-il des formes d’intelligences oubliées par les tests de QI ?

FR: Les compétences sociales sont relativement peu sollicitées dans les tests de QI usuels. Leur évaluation fiable n’est pas simple et reste un véritable sujet de recherche. Les mesures populaires d’ « intelligence émotionnelle » (QE) sont purement déclaratives et donc ne remplissent pas correctement ce rôle.

Q: Quel crédit doit-on accorder à la théorie des intelligences multiples? Des chercheurs prétendent avoir réussi à identifier des aires cérébrales spécifiques pour chacune des intelligences énoncées par Gardner. Est-ce une preuve suffisante de la validité de sa théorie? Si non pourquoi?

FR: Il est incontestable que l’être humain possède de multiples fonctions cognitives (qui ont évidemment des bases cérébrales distinctes), et peut déployer ses talents dans de multiples domaines. Appeler chaque fonction ou talent « une intelligence » n’apporte rien, si ce n’est de la confusion sur la notion d’intelligence. Howard Gardner a eu beaucoup de succès dans le grand public, qui apprécie peut-être l’idée démagogique selon laquelle « chacun est intelligent à sa manière », mais n’a pas convaincu la plupart des chercheurs en psychologie, qui considèrent qu’il est plus sensé de réserver le mot d’intelligence à la notion d’intelligence générale, et d’utiliser les mots fonctions cognitives ou talents pour les éléments qui la composent.

Le Point: Que pensez-vous de la fiabilité des tests actuellement utilisés pour mesure l’intelligence chez les enfants et les adultes ? 

NG: Les tests de QI sont très fiables. Beaucoup de spécialistes critiquent le fait qu'ils ne mesurent pas tout ce qu'on aimerait connaître pour savoir si quelqu'un est "intelligent" dans un sens plus courant. Par exemple, le QI est assez peu lié à la créativité, à l'intelligence émotionnelle, ou à la motivation. Mais si l'on cherche à mesurer une sorte de puissance mentale générique, le QI est excellent. Les scores de QI prédisent les résultats scolaires et académiques mais aussi la réussite dans le milieu professionnel. A l'inverse, ils sont assez peu liés aux éléments de personnalité. Les tests usuels de QI sont les mieux connus, car ce sont littéralement des millions de personnes qui les ont passé depuis un siècle, et le recul qu'on a sur eux est phénoménal.

Le Point: La calibration des test WAIS vous parait-elle correcte? N’est-ce pas devenu un outil archaïque? 

NG: La WAIS pour les adultes ou la WISC pour les enfants sont parmi les plus utilisés au monde, et les efforts d'étalonnage sont considérables. De nouvelles versions sortent régulièrement. Donc je dirais que oui, la calibration est correcte et que non ce n'est pas un outil archaïque. En revanche, on ne peut évidemment pas tout savoir sur quelqu'un avec un tel test. Beaucoup de chercheurs pensent qu'on exagère généralement l'importance du QI. Le QI n'est pas une mesure de la valeur d'un humain.

Q: Qu'est-ce que ça veut dire "développer son intelligence", mis à part améliorer son score au test de QI? Peut-on développer son intelligence? Comment? Jusqu'à quel âge? Notre marge de progression est-elle limitée par nos gènes? 

FR: Développer son intelligence, c’est améliorer l’ensemble de ses fonctions cognitives, et acquérir des connaissances qui permettent de fonctionner plus efficacement et d’aborder des problèmes plus complexes. La scolarisation est le meilleur dispositif connu pour développer globalement l’intelligence des enfants. Chaque enfant a des marges de progression importantes dans tous les domaines, ce qui ne veut pas dire qu’elles sont illimitées. Les prédispositions cognitives des enfants contraignent les apprentissages qu’ils peuvent faire, ou la facilité avec laquelle ils peuvent les faire. Evidemment, on peut aussi améliorer son score de QI en s’entraînant aux tests. Malheureusement les améliorations aux tests se généralisent rarement aux performances dans la vie réelle, donc cette démarche est d’intérêt limité.

Q: Que se passe t-il au niveau du cerveau lorsqu'on fait des exercices d'entrainement cérébral?

FR: Tout entrainement, toute acquisition de connaissances, toute activité intellectuelle implique des modifications de certaines de nos propriétés cérébrales, en particulier les connexions entre les neurones. Les modifications de ces connexions impliquent elles-mêmes toute une machinerie moléculaire déclenchée par la modification de l’expression des gènes dans les neurones. Dans le cas de certains entrainements particulièrement intensifs, on peut même mesurer des changements de volume de certaines régions cérébrales à l’IRM. De manière plus générale, il faut bien comprendre que, le cerveau étant l’organe de la cognition, toute modification de nos capacités cognitives ou de nos connaissances est inévitablement associé à des modifications de notre cerveau. Un cerveau figé ne pourrait rien apprendre.

Le Point: Que faut- il penser de la multiplication des tests de QI sur le web ? Quelle valeur leur attribuer ? Est-ce des attrapes gogo ?

FR: Ils n’ont aucune validité établie. Dans la plupart des cas, ils ne servent qu’à attirer vers des sites commerciaux ou publicitaires. Les vrais tests d’intelligence sont protégés : seuls les professionnels qualifiés peuvent les obtenir, et ils sont tenus de les garder secrets.

NG: On peut s'en méfier, car ils ne sont pas étalonnés en général. Cependant, ils ressemblent assez souvent aux véritables tests, vus de loin.

Le Point: En quelles circonstances, l’établissement du QI est-il utile chez l’adulte? En quoi un bilan d’intelligence peut-il aider?

NG: Cela peut permettre à certains adultes d'être rassurés sur leur capacités. Dans le cas des adultes ayant un QI élevé, notamment les adultes à haut potentiel intellectuel (QI de 130 ou plus), cela peut dans certains cas expliquer un sentiment de décalage qu'ils ont toujours ressenti sans le comprendre. Dans le cas de maladies neuro-dégénératives, cela donne aussi une mesure objective de l'évolution des troubles. Si l'on va un peu plus loin que le seul QI total (ce que permettent les tests), on peut également, pour les enfants comme les adultes, avoir une idée plus précise du fonctionnement mental, connaître les points forts et les points faibles et ainsi trouver des stratégies d'adaptation.

Le Point: Que penser de l’utilité pour une entreprise de faire passer un QI à ses candidats à l’embauche? Est-ce un critère utile? trompeur?

FR: Dans le cadre d’une embauche, le plus important est d’évaluer la compétence professionnelle dans le métier visé, de la manière la plus précise possible. Les tests d’intelligence n’évaluent pas les compétences métiers. Néanmoins, il a été montré qu’une fois les personnes recrutées, le QI prédit partiellement la performance dans le poste, et ce dans tout l’éventail des professions. C’est donc une mesure complémentaire possible pour des recruteurs qui souhaiteraient départager des candidats ayant des compétences professionnelles semblant similaires.

Le Point: En général, les psychologues établissant un QI font-ils correctement leur travail?

NG: Je ne saurais pas le dire exactement. Ce qui est sûr, c'est que plusieurs écueils sont à éviter pour les psychologues, et qu'ils ne le font pas toujours. Le plus important, c'est de savoir reconnaître qu'un patient n'est pas en état de passer le test. On peut avoir un QI faible lors d'une passation parce qu'on est déprimé, stressé, fatigué, ou qu'on n'a pas envie de passer le test. Le résultat n'est alors pas du tout représentatif des véritables capacités, et le psychologue devrait s'en rendre compte et ne pas donner de QI sur la base d'un tel test.

Le Point: Existe-t-il  un commerce de l’intelligence ? Notamment en ce qui concerne la prise en charge des « surdoués » ?

NG: Indubitablement, le thème de surdoués est tout à fait "juteux". De bonne foi ou non, beaucoup se sont engouffrés dans ce business, par exemple en victimisant les surdoués (on attribue alors tous les problèmes de la personne à un QI trop élevé, ce qui est très valorisant) ou en identifiant tout patient solvable comme surdoué (si le QI est trop faible, on explique qu'il est sous-estimé à cause d'une anxiété qu'il faut traiter par des programmes onéreux réservés aux plus intelligents). Il y aurait je pense une véritable enquête journalistique à faire sur ce business de la douance.

Sans qu'il y ait d'escroquerie, pour le psychologue, les vrais surdoués (car il y a énormément de fausses identifications également) sont des patients de rêve. Leurs capacités intellectuelles leur confèrent des ressources importantes et ils progressent vite en thérapie. L'accompagnement est plus agréable, et l'on peut comprendre que beaucoup aient envie de traiter préférentiellement les personnes à haut potentiel intellectuel.

Q: N'est-il pas vrai que les surdoués sont souvent hypersensibles, angoissés, qu'ils sont à risque d'échec scolaire ou de trouble des apprentissages?

FR et NG: Non, ce n'est pas vrai. Voir notre article à ce sujet.

Q: Les surdoués ont-ils un cerveau différent du reste de la population?

FR: Certaines propriétés cérébrales sont corrélées avec les scores de QI. Par conséquent, les personnes qui ont les QI les plus élevés tendent aussi à avoir les propriétés cérébrales correspondantes. Mais il n'y a pas de différence cérébrale qualitative entre les surdoués et le reste de la population. Voir mon article à ce sujet.

Le Point: Quelqu’un vous dit, j’ai un QI de 150 ! Que lui rétorquez-vous ?

FR: C’est une drôle de manière de se présenter. Mais si c’est vrai, c’est bien au-dessus de la plupart des gens (1 individu sur 1000 est au-dessus de 145).

Le Point: Dans notre société existe-t-il une corrélation entre réussite sociale, richesse, criminalité, l’espérance de vie, et le QI ? Et encore entre niveaux d’étude et QI?

FR: Oui, le QI est le meilleur prédicteur connu de la réussite scolaire. Un QI plus élevé est également associé (dans une moindre mesure) à de plus hauts revenus, une meilleure santé (physique et mentale), une plus grande espérance de vie, et un moindre taux de criminalité.

NG: Un QI plus élevé est statistiquement (légèrement) lié à moins de mortalité, plus de réussite professionnelle, une meilleure satisfaction au travail et des revenus plus élevés. Ces corrélations sont faibles, mais bien établies.

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Que les enfants sauvages nous ont-ils appris sur la nature humaine?

Adapté d'un texte initialement publié dans: Ramus, F. (2018). Les enfants sauvages. In T. Collins, D. Andler & C. Tallon-Baudry (Eds.), La cognition. Du neurone à la société (pp 198-201). Paris : Gallimard.

Romulus et Rémus

« Jeté sur ce globe sans force physique et sans idées innées, […] l’homme n’est que ce qu’on le fait être » (Itard, 1801) [1]

Les enfants dits « sauvages » sont des enfants qui ont été retrouvés dans la nature, visiblement perdus ou abandonnés jeunes par leurs parents, après une période plus ou moins longue d’isolement des autres humains. Dans la plupart des cas, ces enfants manifestent un retard mental et une inadaptation à la vie en société. Les tentatives de les éduquer et de les réinsérer en société ont rarement été fructueuses. Un des cas les plus connus est Victor de l’Aveyron, découvert en 1800 et qui a fait l’objet de plusieurs descriptions minutieuses et d’une tentative d’éducation par le Dr Jean Marc Gaspard Itard. Quelques dizaines d’autres cas ont été décrits depuis le 17ème siècle jusqu’à aujourd’hui. Le philosophe Lucien Malson a répertorié la plupart des cas connus dans son livre « Les enfants sauvages » publié en 1964, en y exposant également les conséquences qu’il croyait pouvoir en tirer sur la nature humaine.

 « Chez l’enfant, tout isolement extrême révèle l’absence en lui de ces solides a priori, de ces schèmes adaptatifs spécifiques » (Malson, 1964) [2]

Les enfants sauvages, et notamment Victor, ont en effet déchaîné les passions et alimenté les débats sur l’inné et l’acquis. Pour beaucoup d’observateurs, les enfants sauvages démontraient l’absolue nécessité de l’environnement social pour le développement, et donc la prédominance de l’acquis sur l’inné.

 « C’est une idée désormais conquise que l’homme n’a point de nature, mais qu’il a — ou plutôt qu’il est ­— une histoire » (Malson, 1964) [3]

Selon cet argument, si l’enfant sauvage est aussi retardé sur le plan cognitif et sur le plan social, c’est nécessairement du fait de son isolement de la société humaine. Il y a néanmoins un certain nombre de failles à cet argument.

D’une part, les données dont nous disposons sur les enfants sauvages sont parcellaires et limitées. Les informations ne concernent que la période qui suit la découverte de l’enfant, et non la période précédente, qui est celle qui pourrait répondre à nos interrogations cruciales sur l’état dans lequel il se trouve. On ignore en général depuis combien de temps et pourquoi ces enfants ont été abandonnés ou perdus, et quel était leur niveau de développement cognitif et social avant leur abandon. Il serait également essentiel de connaître la mesure de leur isolement par rapport aux autres humains. Dans ces conditions, il est donc impossible de reconstituer l’histoire de ces enfants et les causes de leurs difficultés.

Or les hypothèses alternatives n’ont pas été prises en compte : Malson, comme Itard, partait d’une hypothèse, l’absence de nature humaine, et a analysé toutes les données dans une optique uniquement confirmatoire. Une hypothèse alternative, selon laquelle l’enfant aurait été retardé mentalement avant même d’être abandonné, ce retard étant la cause de son abandon, n’a pas été sérieusement considérée, bien que ce fût la première suggestion du psychiatre Philippe Pinel qui avait examiné Victor de l’Aveyron.

Victor, l'enfant sauvage de l'Aveyron. Gravure en frontispice de l'ouvrage du docteur Jean Marc Gaspard Itard.

Uta Frith [4] a avancé l’hypothèse plus spécifique selon laquelle Victor aurait été autiste (avant même son abandon, car les causes de l’autisme sont précoces et principalement génétiques). Elle relève, parmi les descriptions de Victor, un certain nombre de symptômes pouvant évoquer l’autisme : son déficit intellectuel, mais aussi un déficit particulier dans les interactions sociales, un désintérêt à l’égard des personnes qui l’entourent, ce qui constitue l’un des principaux éléments diagnostiques de l’autisme. Elle note aussi des particularités sensorielles, comme son insensibilité au froid, et une sensibilité auditive singulière, également observée chez certains autistes, qui privilégie certains sons faibles (le craquement d’une noix), mais ne réagit pas à des sons très forts (un coup de feu). Frith souligne encore l’absence totale d’imagination de Victor, dans ses activités avec les objets : tel un enfant autiste, il ne joue jamais à « faire semblant ». On a aussi observé chez lui des stéréotypies autistiques, comme des balancements répétés du corps.

Victor de l’Aveyron présente un contraste intéressant avec d’autres cas de privation extrême. On peut notamment le comparer à Kaspar Hauser, qui malgré son abandon a connu, dès sa réintégration dans la société, un développement beaucoup plus favorable, a très vite réussi à acquérir des éléments de langage, et s’est beaucoup plus intéressé aux autres êtres humains. Ce cas permet de constater que les enfants ayant grandi dans un état de privation extrême n’ont pas forcément le même devenir que Victor. On peut également évoquer les cas d’orphelins roumains découverts à la chute de Ceaucescu dans un état de grave déficit intellectuel et affectif, et qui ont été adoptés, notamment par des familles britanniques, et suivis de près par le psychiatre Michael Rutter [5]. Bien que présentant initialement un profil autistique, ces enfants, une fois adoptés, avaient un développement beaucoup plus favorable que les enfants autistes de même âge et initialement de même niveau intellectuel et verbal auxquels il les a comparés.

De ces éléments, on peut déduire que la privation au niveau de l’environnement social et familial a des conséquences indubitables sur le développement de l’enfant et peut produire des symptômes quasi autistiques, mais qui diffèrent de l’autisme et de la déficience intellectuelle, et qui se résorbent dans une large mesure une fois l’enfant réintégré dans un milieu familial et social normal.

Il convient enfin de souligner une dernière limite de l’argument d’Itard concernant l’absence de nature humaine : c’est un sophisme que de considérer que la nécessité avérée de l’environnement social pour un développement cognitif normal implique l’absence de prédisposition chez l’être humain. En effet, il est possible que l’environnement social soit nécessaire, mais des prédispositions peuvent l’être également. Que l’un des deux viennent à manquer, et le développement est compromis. Il n’y a donc pas d’opposition entre nature et culture.

Les sciences cognitives ont beaucoup renouvelé l’étude de la nature humaine, conduisant à abandonner totalement l’opposition entre nature et culture. Elles ont fourni des méthodes pour départager de manière rigoureuse les influences génétiques et environnementales, mais aussi pour mettre au jour les invariants à toutes les cultures humaines, les connaissances latentes chez les peuples non scolarisés, les capacités précoces du nourrisson. Depuis 2000, elles sont en interaction directe avec la génétique moléculaire pour comprendre de manière très précise les mécanismes qui font de nous ce que nous sommes.

Quel rôle les histoires d’enfants sauvages peuvent-elles encore jouer dans ce paysage ? Elles  nous montrent incontestablement que l’environnement social dans lequel grandit l’enfant est important. Toutes les autres données connues sont compatibles avec cette idée, qui fait l’objet d’un consensus. En revanche les histoires d’enfants sauvages ne permettent pas de conclure à l’inexistence d’une nature humaine, conclusion qui est maintenant clairement avérée fausse. Au final, si les enfants sauvages ont été en leur temps une source intéressante de réflexion sur la nature humaine, ils n’apportent plus aujourd’hui qu’une contribution très mineure à l’ensemble des connaissances scientifiques acquises sur l’être humain.


[1] De l'éducation d'un homme sauvage ou des premiers développements physiques et moraux du jeune sauvage de l'Aveyron [1801], in Jean-Marc Gaspard Itard, Victor de l’Aveyron, Paris : Allia, 1994, p. 3.

[2] Lucien Malson, Les Enfants sauvages, Paris : Éditions 10/18, « Bibliothèques », 2002, p. 7.

[3] Lucien Malson, Op. cit., p. 8

[4] Uta Frith, Autism: Explaining the Enigma, 2nd edition. Oxford : Blackwell, 2003. Traduction: Uta Frith, L’énigme de l’autisme. Paris: Odile Jacob, 2010.

[5] Rutter, M. & the English and Romanian Adoptees (E.R.A.) Study Team, « Developmental catch-up, and deficit, following adoption after severe early privation », Journal of Child Psychology and Psychiatry, mai 1998, 39(4), p. 465-476.

Rutter, M., & O’Connor, T. G., & English & Romanian Adoptee Study Team, « Are there biological programming effects for psychological development? Findings from a study of Romanian adoptees », Developmental Psychology, janv. 2004, 40(1), p. 81-94.

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