Les Sceptiques du Québec

🔒
❌ L'agrégateur de flux RSS
Il y a de nouveaux articles disponibles, cliquez pour rafraîchir la page.
À partir d’avant-hierPsychologie

Vidéothèque Ramus Méninges 2020

Après le catalogue des articles, je vous propose un catalogue des vidéos et enregistrements audio, triés par thème.

Sur un même sujet, les différents enregistrements se recouvrent souvent. Mieux vaut dans ce cas se fier aux plus récents, qui reflètent l'état de l'art scientifique le plus à jour.


Thèmes


L'autisme

Le point sur l'autisme (12/03/2014, 2h23):

L'autisme commence à livrer ses mystères (10/11/2017, table ronde, 57 minutes):

 

Autisme: la médecine impuissante ? (débat avec Nicolas Georgieff, 2/04/2018, 35 minutes):

L'éducation, la lecture

L'importance des études à grande échelle de l'efficacité des méthodes pédagogiques (8/02/2012, 52 minutes):

Evaluer scientifiquement les méthodes d'apprentissage de la lecture (7/05/2014, 32 minutes)

Alfabetização: o que deve ser ensinado, o que deve ser avaliado (21/08/2014, Português, 38 minutes)

Le modèle "réponse à l'intervention" pour les enfants en difficultés d'apprentissage (25/09/2015, 3 minutes):

La lecture, entre apprentissage et enseignement (débat avec Roland Goigoux, 19/03/2016, 1h20):

L'apprentissage, clé de la réussite (10/11/2017, table ronde, 37 minutes)

 

Comment enrichir le vocabulaire des enfants ? (21/01/2018, radio, 1h)

 

Le comité scientifique de Jean-Michel Blanquer (9/02/2018, radio, 17 minutes)

 

Méthode de Singapour, neurosciences… Comment améliorer l’apprentissage des petits Français ? (14/02/2018, radio, 40 minutes)

Comment apprendre à apprendre ? Apport des sciences cognitives et des outils numériques au domaine 2 du socle commun. (15/03/2018, 1h32):

Diapositives

Même conférence, avec les diapos incluses, sans les questions: (50 minutes)

Interview après la conférence (11 minutes).

Les neurosciences peuvent-elles éclairer l'éducation? (16/03/2018, 2h12):

0-6 ans: les grands programmes de recherche internationaux (27/03/2018, 1h à partir de 4:28:00)

 

Interview sur la classe inversée (juin 2018, 9 minutes):

Qu'est ce que la recherche scientifique peut apporter aux enseignants ? (5/09/2018):

Lire et écrire en classe de CP (13/09/2018, 1h07):

Prendre en compte les besoins des élèves dyslexiques en milieu scolaire (13/11/2018, 1h25):

Lien direct

Qu'est-ce que l'école peut attendre des neurosciences? (5/12/2018, 13 minutes):

Evaluations en CP / CE1 : le niveau baisse-t-il ? (16/10/2018, 7 minutes)

Tout ce que vous avez toujours su sur l'éducation et qui est faux (20/10/2018, 17 minutes):

Des neurosciences à l'éducation fondée sur des preuves (16/01/2019, teaser, 8 minutes):

Des neurosciences à l'éducation fondée sur des preuves (16/01/2019, conférence, 1h):

Qu'est-ce que la recherche scientifique peut apporter aux enseignants? (12/02/2019, 1h13):

Comment réguler efficacement les comportements perturbateurs ? (10/07/2019, 1h17):

 

Évaluer à l'école : pourquoi ? Comment ? (9/09/2019, 6 minutes):

L'apport des sciences cognitives dans la pratique pédagogique dans l'enseignement supérieur (27/04/2020, 2h09):

La génétique, l'inné et l'acquis

Les enfants sauvages à la lumière des sciences cognitives (4/12/2015, 25 minutes):

L'inné et l'acquis à la lumière des sciences cognitives 1ère partie (15/12/2015, 1h35):

2ème partie (55 minutes):

L'intelligence est-elle génétique ? (4/02/2020, 9 minutes):

Intelligence, développement cognitif

Savons-nous mesurer l’intelligence? (4/04/2014, radio, 56 minutes)

 

Qu'est-ce que l'intelligence ? (12/09/2014, radio, 38 minutes)

 

L’intelligence humaine, à la croisée de la psychologie et de la biologie (28/09/2015, 1h30)

Quid du QI? (29/08/2018, 3 minutes)

Avoir un grand frère ralentit le développement du langage (9/09/2019, radio, 7 minutes):

Sommes-nous plus bêtes qu'avant ? (24/04/2019, 5 minutes):

 

Faut-il mesurer le QI de ses enfants ? (3/10/2019, 37 minutes):

Surdoués, précoces : y a-t-il un surdiagnostic ? (4/11/2019, 7 minutes):

Infos et intox sur l'intelligence (4/02/2020, 2h en 8 épisodes):

La carte mondiale des QI (16/02/2020, 6 minutes):

Commentaire sur la présentation de François Vialatte "Haut potentiel et dimensions neurocognitives" (30/04/2020, 12 minutes):

La médecine et les pratiques fondées sur des preuves

Les limites de la psychologie et de la psychiatrie fondées sur des croyances (6/04/2013, 46 minutes):

Qu'est-ce qui marche en orthophonie? Qu'est-ce qui ne marche pas, et comment le savoir ? (29/11/2019, 48 minutes)

Commentaire sur la conclusion d'Olivier Revol au webinaire "HP confinés" du 29/04/2020 (30/04/2020, 6 minutes):

Science, société, médias

Comprendre la publication scientifique (11/01/2014, audio, 36 minutes)

L'expertise dans le débat public (audio, table ronde avec Frédéric Taddeï et Wiktor Stoczkowski, 22/06/2015, 1h12):

La communication scientifique (23/02/2017, 2h17):

Deux questions sur l'ignorance (22/02/2019, 2 minutes):

La place de la science, par un chercheur en sciences cognitives (avril 2019, 11 minutes):

My Experience of Having a Blog (10/10/2019, 44 minutes, English):

Les sciences cognitives et les neurosciences

Notre cerveau, ses découvertes… et après ? (23/02/2014, 44 minutes)

Aux origines de la diversité humaine (29/11/2014, table ronde, 1h53)

Début d'intervention à 1:17:00.

Les enfants sauvages à la lumière des sciences cognitives (4/12/2015, 25 minutes):

Introduction aux sciences cognitives, partie 1 (24/01/2017, 1h01):

Introduction aux sciences cognitives, partie 2 (24/01/2017, 48 minutes):

Les neurosciences peuvent-elles éclairer l'éducation? (16/03/2018, 2h12):

Les neurosciences pour comprendre l'être humain, vidéo du Conseil de l'ordre des médecins des Yvelines (2016, 23 minutes):

Qu'est-ce que l'école peut attendre des neurosciences? (5/12/2018, 13 minutes):

Avoir un grand frère ralentit le développement du langage (9/09/2019, radio, 7 minutes):

Qu'est-ce que les sciences cognitives ? (19/04/2020, 25 minutes):

Le Master de Sciences Cognitives (Cogmaster) - ENS-PSL, EHESS, Université de Paris (19/04/2020, 21 minutes):

Sexe et genre

L'inné, l'acquis, le sexe, le genre. Formation pour la Main à la Pâte (15/04/2014, 1h37):

Les différences cognitives entre hommes et femmes : mythes et réalité (6/06/2014, 28 minutes):

Le cerveau a-t-il un sexe? (21/06/2014, 19 minutes):

Le sexe du cerveau (3/02/2015, audio, 1h42):

Bases biologiques de l’orientation sexuelle (audio, 27/06/2015, 30 minutes):

 

 

Notre cerveau a-t-il un sexe ? (10/11/2017, table ronde, 46 minutes)

 

Des inégalités de genre dans le domaine de la technologie : un déterminisme cognitif ? (audio, 8/10/2018, 1h25): Diapositives

Les troubles dys et le TDAH

Recherches actuelles sur les origines cognitives et biologiques de la dyslexie (7/12/2007, 1h)

Audio

Diaporama

Discussion (1h)

Les troubles des apprentissages (29/06/2008, radio, 33 minutes)

Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie (Juin 2009, 21 minutes):

Le déficit phonologique dans la dyslexie développementale (3/02/2010, Français, 43 minutes):

Prédicteurs de la dyslexie et des capacités de la lecture en France et dans 8 pays européens (16/03/2012, 42 minutes)

 

Les difficultés d’apprentissage de l’enfant et leurs origines (20/11/2012, 30 minutes)

L’origine biologique de la dyslexie (5/10/2012, audio, 10 minutes)

 

Les causes et la prévalence de la dyslexie (5/10/2012, audio, 10 minutes)

 

Neural bases of dyslexia (18/08/2014, English, 43 minutes):

La dyslexie (14/09/2015, radio, 53 minutes):

Le modèle "réponse à l'intervention" pour les enfants en difficultés d'apprentissage (25/09/2015, 3 minutes):

Developmental dyslexia: from genes to brain to reading - part 1 (6/01/2016, English, 1h05)

Developmental dyslexia: from genes to brain to reading - part 2 (6/01/2016, English, 1h06)

Mon enfant bloque sur l'apprentissage de la lecture : Comment l'aider ? (8/09/2016, radio, 25 minutes):

Les troubles neurodéveloppementaux, de quoi parle t-on ? (27/06/2018, table ronde, 5 minutes)

 

Prendre en compte les besoins des élèves dyslexiques en milieu scolaire (13/11/2018, 1h25):

Lien direct

Aujourd’hui la dyslexie, vraie ou fausse épidémie ? (23/01/2019, radio, 39 minutes)

Qu'est-ce qui marche en orthophonie? Qu'est-ce qui ne marche pas, et comment le savoir ? (29/11/2019, 48 minutes)

Cet article Vidéothèque Ramus Méninges 2020 est apparu en premier sur Ramus méninges.

Eysenck’s Personality Inventory (EPI) (Extroversion/Introversion)

The Eysenck Personality Inventory (EPI) measures two pervasive, independent dimensions of personality, Extraversion-Introversion and Neuroticism-Stability, which account for most of the variance in the personality domain. Each form contains 57 « Yes-No » items with no repetition of items. The inclusion of a falsification scale provides for the detection of response distortion. The traits measured are Extraversion-Introversion … Continuer la lecture de Eysenck’s Personality Inventory (EPI) (Extroversion/Introversion)

Sciences cognitives et société: Interview pour La Raison

Interview donnée à La Raison n°646 Novembre-décembre 2019 (mensuel de la Libre Pensée).

1/ La Raison : Bonjour Franck. Pour te présenter aux lecteurs de « La Raison », je vais partir de ton CV académique : bac scientifique, prépa, Polytechnique (1992-1995). Voilà pour les bases. A la sortie de l’X, tu t’engages aussitôt dans un parcours de chercheur en sciences cognitives (DEA en 1996 et Doctorat en 1999, HDR en 2006) en te spécialisant très vite en psycholinguistique. Pourquoi ces choix ?  

FR : Initialement attiré par la recherche en physique, j’ai fini par réaliser que ce n’était pas pour moi. J’ai donc cherché dans quel domaine exprimer mon esprit scientifique. Au-delà des maths et de la physique, l’Ecole Polytechnique m’a aussi donné la possibilité d’étudier la biologie, l’économie, et m’a fait découvrir les sciences cognitives, qui m’ont semblé aborder les questions les plus passionnantes. J’ai ainsi commencé par étudier la perception de la parole par le nourrisson. J’ai depuis effectué des recherches sur bien d’autres sujets ayant trait au développement de l’enfant, en utilisant les méthodes de la psychologie, de la linguistique, des neurosciences et de la génétique. Je reste toujours aussi enthousiasmé par la richesse et l’intérêt intrinsèque des questions que l’on peut aborder dans la recherche en sciences cognitives.

« Hexagone cognitif », proposé en 1985 par H. Gardner, pour présenter les relations entre les sciences cognitives :
• Traits pleins, relations interdisciplinaires fortes
• Pointillés, relations faibles

2/ LR : Quand tu présentes ta thèse, cela fait déjà 40 ans que l’explosion des « sciences cognitives » bouleverse complètement toutes les études anthropologiques et très particulièrement les deux domaines dans lesquels tu t’es investi : la psychologie et la linguistique. Où en est-on aujourd’hui ?

FR : Les sciences cognitives ont poursuivi leur essor phénoménal. Sur les 20 dernières années, la psychologie et les neurosciences se sont rapprochées toujours plus pour offrir une compréhension de plus en plus intime des bases biologiques de notre fonctionnement cognitif. On assiste également à l’essor considérable (et extrêmement fructueux) des approches « computationnelles », c’est-à-dire de notre capacité à créer des modèles mathématiques et/ou informatiques qui simulent des aspects de notre fonctionnement cognitif et/ou cérébral. Ces approches nous permettent de modéliser des phénomènes plus complexes, de faire des prédictions plus précises, que l’on peut ensuite tester expérimentalement. Cela donne à la psychologie une plus grande rigueur et continue de la rapprocher des autres disciplines scientifiques. Un dernier développement important est la révolution génétique des années 2000, qui porte maintenant ses fruits en révélant l’étendue et la nature des influences génétiques sur le fonctionnement cognitif et sur les troubles mentaux.

3/ LR : Les sciences cognitives seraient-elles donc en passe de résoudre le conflit fameux – et parfois très fumeux – entre « inné et acquis » ?

FR : Ce débat est souvent mal posé comme si une capacité cognitive (ou sa pathologie) devait nécessairement être soit innée, soit acquise. Or c’est un faux dilemme, les influences génétiques et environnementales ne sont pas exclusives les unes des autres. L’approche scientifique de ce sujet, c’est pour chaque caractéristique humaine, de déterminer le poids relatif des facteurs génétiques et des facteurs environnementaux, de les identifier, et de comprendre les mécanismes par lesquels ils nous influencent : quels gènes sont impliqués, quelles sont leurs fonctions biologiques, quelles fonctions cérébrales influencent-ils, quels facteurs environnementaux interviennent, et quelles sont les interactions complexes entre facteurs génétiques et environnementaux qui font de chacun de nous un être unique différent de tous les autres. C’est pour moi l’une des questions les plus centrales des sciences cognitives, et c’est autour d’elle que gravitent toutes mes recherches.

4/ LR :  Affirmer qu’il y a des influences génétiques sur la cognition humaine, n’est-ce pas faire le jeu de certaines idéologies et de certains projets politiques ?

FR : Cette question illustre pour moi un autre écueil de ce débat : celui de vouloir politiser à tort une question purement scientifique. Croire que (pour simplifier), « les gènes sont de droite, l’environnement est de gauche », c’est finalement empêcher toute approche scientifique objective de la question, en préjugeant (chacun en fonction de ses accointances politiques) de la « bonne » réponse que doivent apporter les travaux de recherche, et en jetant la suspicion sur les motivations politiques des chercheurs qui produisent tel ou tel résultat (et donc en s’autorisant à rejeter les résultats jugés indésirables). C’est se tromper de catégorie entre le monde des faits (du ressort de la science) et le monde des valeurs (du ressort de la philosophie, de la politique). Traditionnellement, les idéologies de gauche ont postulé qu’il était inconcevable que l’être humain puisse être influencé par d’autres facteurs que sociaux (j’imagine qu’un certain nombre de lecteurs de LR se reconnaîtront dans cette attitude). C’est une position calamiteuse, non seulement parce qu’elle est scientifiquement erronée, mais parce qu’elle a paradoxalement éloigné la gauche de la science, et parce que ce décalage a parfois eu des conséquences politiques, sociales et humaines désastreuses, par exemple dans le domaine de l’éducation ou de la psychiatrie. Pourtant, aucun résultat sur les influences génétiques n’est incompatible avec les politiques identifiées comme « de gauche » en faveur des plus faibles et des plus démunis. A contrario, si l’on veut pouvoir mener de telles politiques efficacement, on a tout intérêt à avoir une compréhension du monde et des problèmes humains objective et fiable (donc scientifique), plutôt que de se bercer de douces illusions.

5/ LR : Tu fais partie des scientifiques qui ont remis en cause le traitement autrefois réservé à l’autisme en France et tu ne manques jamais de dénoncer les conséquences nocives de l’emprise (en déclin, il est vrai) de la psychanalyse dans notre pays…

FR : La psychanalyse est un catalogue de dogmes qui a tous les attributs d’une religion ou d’une pseudoscience, mais dont l’influence sur la société française a été immense et perdure encore bien au-delà de ce qu’autorise sa crédibilité scientifique (qui est nulle depuis déjà plusieurs décennies). Son insistance à attribuer les causes de tous les malheurs des êtres humains aux relations nouées dans la petite enfance et à leurs conséquences psychiques a de toute évidence fait vibrer une corde sensible chez nombre de gens de gauche, et lui a assuré le soutien durable d’une large part du monde intellectuel français. L’autisme n’est qu’un exemple particulièrement édifiant où ce postulat s’est révélé erroné (les causes de l’autisme sont à 80% génétiques, la relation avec la mère est totalement disculpée) et a eu pour conséquence une maltraitance institutionnelle gravissime des enfants autistes et de leurs familles, dont la France peine encore à sortir en 2019.

6/ LR : Franck, tu es très actif dans le domaine de la vulgarisation scientifique. Tout cela est essentiel pour la défense de la science et du rationalisme. Mais tu es aussi engagé depuis longtemps dans les associations qui défendent la science et le rationalisme… comme la Libre Pensée.

FR : En tant que chercheur, je me désole de la faible culture scientifique des français, et particulièrement de nos dirigeants, et des politiques irrationnelles qui en découlent. Je me désole aussi d’assister à la diffusion massive de fausses nouvelles, à la promotion constante des pseudo-sciences, des pseudo-médecines, et de bien d’autres approches irrationnelles, mystiques, religieuses, etc. Je considère qu’il est de ma responsabilité de chercheur de lutter contre ces tendances et de contribuer à une meilleure information scientifique de la population et à la promotion de l’esprit critique, ce que je fais volontiers car j’ai le goût de la communication auprès du grand public. Je le fais à la mesure de mes moyens, principalement sur mon blog et dans mes conférences, que je relaie ensuite sur les réseaux sociaux. Je trouve également important de soutenir (financièrement, ainsi que par du contenu ou du conseil scientifique) les associations qui partagent ces buts et mènent de telles action à une plus large échelle, notamment la Libre Pensée, l’Union Rationaliste et l’AFIS, dont je suis adhérent de longue date.

LR : Merci, Franck. Pour ceux qui veulent aller plus loin on leur conseillera :

Cet article Sciences cognitives et société: Interview pour La Raison est apparu en premier sur Ramus méninges.

Infos et intox sur l’intelligence

Conférence donnée à Paris le 4/02/2020 pour l'AFIS Ile-de-France. Diffusée en vidéo en 8 épisodes.

1. L'intelligence, qu'est-ce que c'est?

Pour en savoir plus:

L'intelligence humaine, dans tous ses états, fév. 2012.

2. Peut-on réduire l'être humain à un chiffre?

Pour en savoir plus:

Le QI, « c’est n’importe quoi ». Oui, mais encore?, 11/06/2015.

3. Le QI c’est n’importe quoi?

Pour en savoir plus:

Le QI, « c’est n’importe quoi ». Oui, mais encore?, 11/06/2015.

La course au QI – Réponses complètes, 16/09/2019.

4. Les surdoués sont-ils des ratés?

Pour en savoir plus:

La pseudoscience des surdoués, 3/02/2017.

Les surdoués ont-ils un fonctionnement cérébral qualitativement différent?, 16/08/2018.

5. L’intelligence est-elle génétique?

Pour en savoir plus:

Au-delà de l’inné et de l’acquis, 27/12/2013.

Pourquoi les progressistes devraient prendre en compte la génétique de l’éducation, 14/07/2019.

Que les enfants sauvages nous ont-ils appris sur la nature humaine? 22/08/2019.

6. L’intelligence est-elle acquise?

Pour en savoir plus:

Au-delà de l’inné et de l’acquis, 27/12/2013.

Pourquoi les progressistes devraient prendre en compte la génétique de l’éducation, 14/07/2019.

Que les enfants sauvages nous ont-ils appris sur la nature humaine? 22/08/2019.

7. Demain, tous crétins?

ERRATUM: A 1:15, je me mélange les pinceaux. Il n'est évidemment pas vrai qu'en 60 ans, le seuil de la précocité intellectuelle (130) soit devenu le seuil de la déficience intellectuelle (70). A raison de 3 points par décennie, il faudrait 200 ans pour observer une telle évolution! J'aurais dû dire: "En l'espace de 100 ans, les scores ont progressé de 30 points, soit l'équivalent de la différence entre le QI moyen et la précocité intellectuelle."

Pour en savoir plus:

Demain, tous crétins ? Ou pas. 11/05/2018.

Réponse à Stéphane Foucart sur la baisse présumée du QI, 12/07/2018.

Les écrans ont-ils un effet causal sur le développement cognitif des enfants? 29/10/2019.

8. Les peuples humains sont-ils inégaux en intelligence?

Suivi de 15 minutes de questions du public.

Pour en savoir plus:

La carte mondiale des QI – explications complètes, 14/11/2019.

Cet article Infos et intox sur l’intelligence est apparu en premier sur Ramus méninges.

Cliniciens et chercheurs: qui dit vrai ?

Cet article est inspiré par les débats qu’ont eu récemment chercheurs et cliniciens sur le sujet des personnes à haut QI[1] (HQI/HPI/surdoués)[2], mais a en fait une portée plus générale. Sur le HQI comme sur d’autres sujets relatifs à la santé, les chercheurs qui s’expriment publiquement sont parfois accusés de se mêler de ce qui ne les regarde pas, voire d’être hors de leur domaine de compétence, puisqu’ils n’ont pas l’expérience clinique[3]. C’est une curieuse manière de concevoir les champs de compétence.

Personnellement, je ne me suis jamais exprimé sur les pratiques des cliniciens avec les personnes HQI, et je ne le ferai pas. Je ne les connais pas, je ne connais pas non plus de littérature scientifique à ce sujet[4], et je n’ai donc rien à en dire[5]. Je me cantonne strictement à mon domaine de compétence, qui est la connaissance scientifique, dans les domaines que j’étudie ou dont je connais la littérature scientifique.

A l’inverse, lorsque des cliniciens s’expriment en public pour dire des généralités, que ce soit sur les caractéristiques d’une certaine catégorie de population, sur les causes de ces caractéristiques, ou sur l’efficacité de certaines pratiques ou certains traitements, alors ils se situent sur le terrain de la science, qu’ils le veuillent ou non. Car c’est ce qui distingue la science de l’anecdote, c’est la capacité à établir et énoncer des faits qui ont une validité plus générale que les simples cas particuliers.

Si un clinicien relate son expérience clinique, en précisant bien que ce n’est que son expérience clinique, il est sur le terrain de la clinique. S’il va au-delà de son expérience clinique pour dire des généralités, il est sur le terrain de la science, et il est alors de sa responsabilité de s’assurer que ce qu’il dit n’est pas juste une généralisation hâtive de son expérience clinique, mais reflète l’état actuel des connaissances sur le sujet[6]. Il doit donc impérativement se référer à la littérature scientifique internationale sur le sujet. Dans le cas des médecins, cette exigence est même inscrite dans leur code de déontologie, et est donc une obligation légale[7],[8]. Preuve s’il en est, qu’il n’est pas anodin de s’exprimer publiquement dans le domaine de la santé, car cela a des conséquences sur la santé des gens. L’exigence de ne faire état que de connaissances scientifiques à jour est donc parfaitement légitime.

Par ailleurs, du fait que le HQI n’est pas une pathologie, la nécessaire prudence qui s’impose au clinicien qui s’exprime publiquement est particulièrement cruciale sur ce sujet, plus que sur tout autre. De manière générale, la plupart des gens qui ont une pathologie consultent un clinicien approprié pour cette pathologie. Par conséquent, on peut considérer que la plupart des cliniciens qui reçoivent régulièrement des personnes avec une pathologie donnée en ont une perception à peu près fidèle et représentative. Pas nécessairement totalement, car tout clinicien peut avoir des biais de recrutement. Par exemple, les services hospitaliers recevront en moyenne des pathologies plus sévères que les praticiens libéraux ; certains cliniciens ayant une expertise spécifique reconnue peuvent attirer plus particulièrement des patients ayant un certain profil. Par conséquent, même dans le domaine de la pathologie, il est important que le clinicien qui dit des généralités publiquement s’assure que ce que lui suggère son expérience clinique est bien en phase avec les connaissances scientifiques actuelles.

Mais la plupart des personnes à HQI n’ont pas de problème qui justifie la consultation d’un psychologue ou d’un psychiatre. Par conséquent, dans ce cas très particulier, l’expérience des cliniciens est extrêmement biaisée en faveur des HQI qui ont de bonnes raisons de consulter, et ignore totalement la majorité des HQI qui ne consultent pas[9]. Autrement dit, les cliniciens qui ne se basent que sur leur expérience clinique ont une vision totalement déformée de ce qu’est le HQI. S’ils énoncent des généralités sur le HQI à partir de leur expérience clinique, ils courent un risque particulièrement élevé d’énoncer des affirmations objectivement fausses. Typiquement, ils vont avoir tendance à penser que les HQI ont généralement divers troubles et problèmes, qui sont bien sûr ceux qui les ont conduits à consulter. Les cliniciens du HQI doivent donc être particulièrement prudents sur ce qu’ils disent en public, et vérifier plutôt deux fois qu’une la littérature scientifique sur le HQI avant de dire quoi que ce soit qui pourrait être interprété comme s’appliquant au HQI en général (plutôt que seulement à ceux qui consultent).

Pour finir, si un clinicien (ou toute autre personne) énonce publiquement des généralités qui sont en contradiction avec l’état des connaissances scientifiques, il est sur le terrain de la science, et il est parfaitement légitime de vouloir rétablir la bonne information du public en démentant et en rectifiant ces affirmations, données scientifiques à l’appui. Si les chercheurs compétents dans le domaine ne le font pas, qui le fera ? Ces épisodes peuvent être désagréables pour les intéressés, mais la démarche reste indispensable, sauf à considérer que la qualité de l’information du public n’a aucune importance. [10]

Pour les cliniciens qui s’agacent d’être contredits publiquement par des chercheurs, il existe un remède simple. Il suffit de vérifier systématiquement si les généralités qu'ils veulent énoncer sont compatibles avec le consensus scientifique actuel, et dans le cas contraire, de s’abstenir de s'exprimer publiquement. Les chercheurs, eux, s’abstiennent bien d’essayer de soigner les patients des cliniciens. Rien n’oblige les cliniciens à venir sur le terrain de la science et à essayer de dire ce qu’est l’état des connaissances[11].


[1] Quotient intellectuel : échelle de mesure de l’intelligence générale. Cf. La course au QI.

[2] Cf. l’article précédent pour un aperçu des débats.

[3] Par clinique, j’entends toute pratique de soin, et par clinicien, tout professionnel du soin, incluant les médecins, les psychologues, les orthophonistes, les psychomotriciens et bien d’autres.

[4] Et pour cause, le HQI n’étant pas une pathologie, il ne peut y avoir de pratique de soin spécifique au HQI. Il y a des pratiques de soin pour les pathologies que peuvent avoir certaines personnes avec HQI.

[5] D’aucuns objecteront : pourquoi donc est-ce que je mêle de psychanalyse, si je n’ai pas de compétence clinique ? Parce que sur le sujet des psychothérapies, il existe un corpus de connaissances scientifique considérable, que je connais, et avec lequel la pratique psychanalytique d’usage courant en France est en décalage.

[6] Parfois, les cliniciens sont interrogés par des médias sur leurs expériences cliniques, et se gardent d’énoncer des généralités. Mais même dans ces cas, les médias ont souvent la fâcheuse habitude de faire passer quelques anecdotes pour des cas généraux et représentatifs.

[7] Article 13 (article R.4127-13 du code de la santé publique) : Lorsque le médecin participe à une action d'information du public de caractère éducatif et sanitaire, quel qu'en soit le moyen de diffusion, il doit ne faire état que de données confirmées, faire preuve de prudence et avoir le souci des répercussions de ses propos auprès du public.

Le conseil de l’ordre des médecins fait appliquer cette disposition avec l’efficacité qu’on sait. Par ailleurs ne s’appliquant qu’aux médecins, elle laisse libre de dire n’importe quoi tous les autres professionnels et non-professionnels, quels que soient leurs diplômes ou leur absence de diplômes.

[8] Le code de déontologie des psychologues, lui, n'a pas de valeur légale, et est plutôt moins clair sur l’exigence de se référer à l’état actuel des connaissances. Et pour cause, la profession est trop divisée en différentes approches incompatibles pour pouvoir se mettre d’accord sur ce qui constitue l’état des connaissances. Articles 32, 33 : http://www.codededeontologiedespsychologues.fr/LE-CODE.html.

[9] C’est le fameux biais d’échantillonage expliqué dans notre article La pseudoscience des surdoués.

[10] Même si l’on peut se désoler qu’il ne s’agit généralement qu’une goutte d’eau dans l’océan de fausses nouvelles scientifiques que déversent les médias chaque semaine. Cf. la tribune « No fake science ». Sur le sujet du HQI, il suffit pour mesurer le phénomène de compter, pour un article qui tente de rétablir les connaissances scientifiques (la pseudoscience des surdoués), le nombre astronomique d’articles dans les médias qui diffusent des fausses informations (pour un aperçu, cf. le florilège en fin du même article).

[11] Bien sûr, les médias viennent constamment interroger les cliniciens sur les pathologies. Bien souvent, parce que les journalistes croient à tort que les cliniciens ont forcément des connaissances à jour sur ces pathologies. Mais peu importe ce que croient les journalises, il est toujours possible de refuser une interview. Les chercheurs le font régulièrement, dès que le sujet proposé est hors de leur champ de compétence. Il est de la responsabilité des cliniciens de le faire aussi, à chaque fois qu’ils ne sont pas à jour des connaissances scientifiques sur le sujet.

Cet article Cliniciens et chercheurs: qui dit vrai ? est apparu en premier sur Ramus méninges.

Les religions à l’épreuve du COVID-19

On savait que les religions ne faisaient pas bon ménage avec la science. Pourtant, certains défendent encore l'idée selon laquelle la science et la religion seraient simplement des formes différentes d'accès à la connaissance1. D'autres défendent l’idée selon laquelle certaines formes de religion, jugée plus modernes et éclairées (généralement, le christianisme en occident) sont parfaitement compatibles avec la science, chacune restant sur son domaine et ses prérogatives propres. Pourtant, dès que les religions se mêlent de vouloir résoudre les problèmes des êtres humains dans le monde réel, elles se situent immanquablement sur le terrain de la science. C'est particulièrement évident lorsque les religions se mêlent de vouloir améliorer la santé des êtres humains. La crise du COVID-19 en fournit une illustration éclatante.

J'ai collecté ci-dessous une série d'exemples édifiants, en m'appuyant notamment sur l'excellent travail du twitteur Hérétique et des vidéastes de la Tronche en biais. Comme cette liste est désespérément longue, et croît de jour en jour, voici des raccourcis vers les différentes sections:

Ils y croient dur comme fer

Petit tour du monde des croyances et remèdes étranges de nos amis religieux.

Le savant irakien Hadi Al Modarresi, avant d'être infecté par le coronavirus: “le virus est une punition divine contre les Chinois” (28/02/2020):

D'après un certain nombre de pasteurs, rabbins et imams informés de source sûre, c'est la faute des homosexuels:  (8/03/2020)

Voici comment le pasteur évangélique Kenneth Copeland guérit le coronavirus: (11/03/2020)

Le pape, lui aussi, pense qu'il suffit de demander pour infléchir les lois de la nature, et tient à en informer ses 1,3 milliards de fidèles, pour qu'ils ne s'inquiètent pas trop: (18/03/2020)

Un peu déçu de l'efficacité de sa prestation précédente, le révérend Kenneth Copeland remet ça le 31 mars. Et cette fois on ne rigole plus:

Un prêtre a tenté la même expérience à New-York depuis un avion...mais bon, visiblement ça na pas marché. pic.twitter.com/gKCJybFg5I

— Hérétique (@Sansdieux) March 31, 2020

Autre ambiance, chez les anthroposophes on mise tout sur les dessins bizarres, pour résister au virus... — Hérétique (1/04/2020)

Le pape n'avait sans doute pas assez bien demandé. Un de ses coreligionnaires a la recette: il fallait monter sur le toit pour que le message porte mieux! (1/04/2020)

Et pour améliorer les résultats contre le Covid-19, l'équipe de recherche hindoue préconise en complément le recours aux bains de bouses de vaches. Merveilleux... pic.twitter.com/60WAgV6uB4

— Hérétique (@Sansdieux) April 1, 2020

Demander au seigneur ne semble pas suffire, même sur le toit, alors les catholiques sortent les grands moyens: des bouts d'os! (5/04/2020)

Comme Jésus semble un peu dur d'oreille, Kenneth Copeland prend lui-même les choses en main et souffle un vent chaud pour terrasser le Covid-19: (7/04/2020)

Le curé d'Arras sur son toit a semblé petit joueur aux orthodoxes russes: ils prennent l'avion pour mieux se faire entendre (14/04/2020)

A défaut d'être entendu en haut lieu, un crâne, ça pourrait faire peur au virus: (19/04/2020)

Mise en danger de la vie d’autrui

Quand les croyances baroques ne font plus rire mais pleurer. Ces gens bien intentionnés mais irresponsables auront-ils un jour à répondre de leurs actes ? Ou la mise en danger la vie d’autrui échappe-t-elle à la justice lorsqu’elle est faite au nom de croyances religieuses ?2

Les catholiques ont usé de moyens assez classiques pour aider à propager le virus, à savoir les rassemblements:

Messe d'intercession à l'Eglise d'Ars-sur-Moselle le 12/03/2020

 

Procession catholique dans le nord le 12/03/2020

Messe d'intercession contre le coronavirus à Toulon le 14/03/2020

N'oublions pas les parisiens: (12/04/2020)

 

Au Bangladesh des responsables musulmans ont eu la brillante idée d'organiser une grande prière collective contre le coronavirus. Là tout de même ça devrait marcher...
Seul point négatif, il est possible que quelques gestes barrières n'aient pas été respectés. pic.twitter.com/1JkTEuS3mn

— Hérétique (@Sansdieux) April 2, 2020

Les évangéliques américains appliquent la même stratégie que les catholiques français: (Le Monde, 2/04/2020)

En plus de faire des messes, ils veulent aussi maintenir leurs manifestations anti-IVG, de toute évidence essentielles: (2/04/2020)

Les messes et les manifestations ne suffisent plus, il leur faut carrément Woodstock! (12/04/2020)

L'islam aussi apporte sa contribution:

Watch: An estimated 100,000 people gathered for a funeral in Bangladesh for a popular Islamic preacher amid a nationwide coronavirus lockdown pic.twitter.com/NI8zngQgs6

— TIME (@TIME) April 20, 2020

Les orthodoxes russes, eux, considèrent que rassembler les gens n'est pas suffisant; il faut aider le virus à circuler en incitant les gens à le partager: (15/03/2020)

Pour certains évangéliques, les orthodoxes sont encore un peu mous. Pourquoi laisser la propagation du virus au hasard des contacts avec les idoles, alors qu'on peut l'appliquer directement sur le nez de chaque fidèle?

 

En Grèce, on place ses espoirs dans le vin de messe: (7/03/2020)

Les conséquences ne se font pas attendre: (13/04/2020)

Pourquoi se contenter de diffuser le virus au sein de sa propre communauté, quand on peut en plus le propager à d'autres peuples qui n'ont rien demandé? (26/04/2020)

Maintenant qu'on envisage le déconfinement, les églises font pression pour pouvoir réouvrir leurs portes le plus vite possible. N'ont-elles toujours rien appris? (28/04/2020)

Les évêques français font la même chose ici. Je sais bien que l'argent de la quête ne peut plus rentrer, mais c'est irresponsable de risquer la vie de tant de personnes pour ça. https://t.co/UYsq9Qu6AQ

— Hérétique (@Sansdieux) April 28, 2020

Non content de ces actions éparses que l'on pourrait charitablement attribuer à des excès de zèle individuels, un groupe de catholiques pétitionne contre le confinement, met en doute "l’effective contagiosité, la dangerosité et à la résistance du virus", affirme "qu’il existe des pouvoirs fort intéressés à créer la panique parmi la population dans le seul but d’imposer de façon permanente des formes de limitation inacceptables de la liberté, de contrôle des personnes, de suivi de leurs mouvements", dénonce "l’ingérence des puissances étrangères", et j'en passe, sombrant dans un conspirationnisme complètement délirant: (7/05/2020)

Le plus triste, c'est que malgré l'échec patent de la prière et de tous les autres remèdes miracles des religions face au coronavirus, la plupart des croyants n'y verront pas une réfutation de leurs croyances, et leur religiosité en sortira intacte, voire renforcée. Ainsi fonctionne la croyance chez l'être humain.3

Quand les politiques préfèrent la religion à la science

Les croyances religieuses font déjà assez de dégâts comme ça, quand les politiques leur donnent une reconnaissance légale et une portée civile, locale ou nationale, le pire est à craindre.

....No matter where you may be, I encourage you to turn towards prayer in an act of faith. Together, we will easily PREVAIL!

— Donald J. Trump (@realDonaldTrump) March 13, 2020

La prière, ça marche, puisqu'on vous le dit:

Toutes les visites en EHPAD sont suspendues depuis le 11 mars 2020. Mais pour les familles seulement, pas pour Christian Estrosi, qui supervise en personne la mise en application de la mesure le 13 mars: (on espère que le fils de Marie-Antoinette aura apprécié)

Les 4 EHPAD gérés par notre CCAS sont désormais équipés de systèmes permettant la visioconférence entre nos ainés et leurs familles. Marie-Antoinette, 96 ans, l’experimente actuellement avec son fils. #COVID19 pic.twitter.com/e8DDUnzQLL

— Christian Estrosi (@cestrosi) March 13, 2020

Le soir-même, Christian Estrosi va serrer quelques mains de plus à la messe, et appelle à la prière. Comme ça les fidèles et les résidents de l'EHPAD pourront dormir tranquilles! L'histoire ne dit pas s'il s'est également confessé.

Je salue les fidèles réunis ce soir en l'église du Vœu pour une veillée de prières afin de demander la protection de #Nice06 face au #coronavirus, comme l'ont fait les Niçois en 1832 face à l'épidémie de choléra et dont nous honorons l'histoire chaque année lors de la fête du Vœu pic.twitter.com/yRiREDDpyd

— Christian Estrosi (@cestrosi) March 13, 2020

Le 16 mars 2020, Christian Estrosi est testé positif au COVID-19. Heureusement, les nouvelles sont rassurantes. Pour lui. On attend des nouvelles de Marie-Antoinette et de tous ceux à qui il a parlé et serré la main, alors que les EHPAD étaient déjà confinés et que la fermeture des écoles et universités était annoncée:

🗨 "Je vais pour le mieux"

Testé positif au coronavirus, Christian Estrosi donne des nouvelles rassurantes sur son état de santé sur @BFMTV pic.twitter.com/pLehYmc7LB

— BFMTV (@BFMTV) March 17, 2020

En Tanzanie, même topo qu'aux Etats-Unis:

Tanzania President: we are not closing places of worship. That's where there is true healing. Corona is the devil and it cannot survive in the body of Jesus. pic.twitter.com/YE2b6wQXML

— FERDINAND OMONDI (@FerdyOmondi) March 22, 2020

Un mois plus tard, il y croit toujours dur comme fer: (21/04/2020)

Exposer tout le monde au virus, c'est bien, mais le ventre vide, c'est mieux, pour stimuler les défenses immunitaires: (3/04/2020)

Enfin, une étude scientifique avec un groupe témoin pour déterminer si Dieu existe ou pas: au moins 14 états des USA exemptent les rassemblements religieux du confinement: (5/04/2020)

Finally, a scientific trial with a control group to determine whether or not God exists. pic.twitter.com/T9MCtfIIu1

— James O'Malley (@Psythor) April 5, 2020

La numérologie devient médecine officielle de l'Inde, rejoignant ainsi l'urine et la bouse de vache sacrée :

Conclusions

Ce tour du monde des croyances et actions religieuses relatives au COVID-19 a le mérite de mettre en perspective la situation française. On peut certainement critiquer la gestion de la crise par le gouvernement français, mais on est bien obligé de constater que nous sommes bien chanceux d'être en France, plutôt qu'au Bangladesh, en Tanzanie, au Brésil, ou même aux Etats-Unis. La séparation de l'Etat et des religions a joué son rôle: le chef de l'Etat a consulté les représentants de certaines religions4, mais ne leur a rien cédé et leur a appliqué les mêmes règles qu'à toutes les collectivités. De ce fait, les dégâts des religions resteront limités en France, malgré les dérives inacceptables de quelques chefs religieux et élus locaux (et en espérant qu'on ne laisse pas les églises rouvrir trop vite).

Ainsi, l'influence néfaste des croyances magiques et l'irresponsabilité de certains chefs religieux n'a pas les mêmes effets partout: dans les pays où ces facteurs ont le soutien des responsables politiques (voire des institutions étatiques liées à une religion officielle), et où ils se combinent avec la forte religiosité et la forte densité de la population, et avec un système sanitaire défaillant, on a là tous les ingrédients d'une tragédie à une échelle massive dont nous ne voyons encore que les prémisses.

Il est bien sûr beaucoup trop tôt pour tirer un bilan de la gestion de la crise sanitaire. La responsabilité est en premier lieu politique. Mais le choix des politiques de s'appuyer sur les meilleures connaissances scientifiques, ou de s'en remettre à des croyances religieuses insensées, ou encore de vouloir jouer sur les deux tableaux au mépris de toute cohérence, fera une différence colossale: ce sera peut-être le principal facteur qui distinguera les pays qui se relèveront de la crise et ceux qui en sortiront détruits.

Les religions promeuvent chez leurs fidèles des croyances dysfonctionnelles, qui nuisent à leur santé et même parfois à leur vie. Dans le cas d’une pandémie, ces croyances dysfonctionnelles mettent en danger la vie des autres aussi. Cela n’est pas nouveau. Mais pour tous ceux qui en doutaient encore, pour tous ceux qui pensaient qu’au moins les formes supposées les plus modernes et éclairées de la religion étaient à l’abri de ce genre de dérives, la crise du COVID-19 aura été une piqûre de rappel fort instructive. Les croyances irrationnelles finissent tôt ou tard par avoir des conséquences. Dans le cas présent, elles sont responsables de milliers de morts parfaitement évitables.


1. Par exemple, le pape Jean-Paul II dans l'encyclique Fides et ratio (1998). Plus généralement, sur les rapports entre science et religion, consulter l'excellent dossier thématique de l'AFIS.

2. Je n'ai pas ajouté l'église évangélique de Mulhouse à cette liste, bien qu'elle ait joué un rôle indéniable dans l'épidémie en France, considérant que ses dirigeants pouvaient plaider une relative ignorance du danger à la date du rassemblement du 17 au 24/02/2020. Cette section démarre au 12/03/2020, date à laquelle il n'était plus possible de l'ignorer, les premières mesures de confinement (fermeture des écoles et universités) étant annoncées.

3.Lire à ce sujet le récit des travaux de Leon Festinger sur la religion apocalyptique de Salt Lake City.

4. Quoique pas l'Eglise du Monstre en Spaghetti Volant, on ne peut que déplorer cette discrimination.

Cet article Les religions à l’épreuve du COVID-19 est apparu en premier sur Ramus méninges.

Commentaires sur le webinaire « Hauts potentiels » du 29/04/2020

Lors du Webinaire du 29 avril 2020 "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les HP sans jamais oser le demander", il y a eu beaucoup d'intervenants, peu de temps, et peu d'occasions d'interagir les uns avec les autres. Beaucoup pourrait être dit sur de nombreux sujets, et cela prendrait beaucoup de temps. Ici, j'ai simplement réagi à chaud à deux interventions qui m'ont particulièrement interpellé.

La première était l'intervention de François Vialatte:

Comme je l'ai dit dans la vidéo, je n'ai pas eu le temps de consulter toutes les études qu'il cite, et je ne l'aurai sans doute pas. Cela n'empêche pas d'autres ayant les compétences et le temps de le faire. Je les invite donc à compléter mon analyse et à nous en faire part ci-dessous en commentaires, ou à me communiquer leurs réflexions pour intégration directement ici.

La seconde intervention qui m'a interpellé était la conclusion d'Olivier Revol:

 

Cet article Commentaires sur le webinaire « Hauts potentiels » du 29/04/2020 est apparu en premier sur Ramus méninges.

La psychanalyse à l’université en 2020 : Analyse quantitative (1ère partie)

La prépondérance de la psychanalyse au sein de la psychologie clinique française reste un sujet de débats animés : d’un côté, les détracteurs de la psychanalyse se lamentent de son emprise considérable, et du fait que la situation ne semble pas évoluer (ou excessivement lentement)[1] ; de l’autre, les défenseurs de la psychanalyse adoptent une posture victimaire, se présentant comme une espèce en voie de disparition sous les assauts répétés de forces hostiles[2].

L’objet de cet article n’est pas de prendre parti pour un camp ou pour l’autre, mais simplement d’apporter des données factuelles incontestables pour que ce débat soit fondé sur des faits, et non sur des allégations invérifiables.

Il existe plusieurs sources de données qui peuvent être utilisées dans ce but. Dans le présent article, nous allons examiner :

  • Les affiliations revendiquées par les membres de la section 16 du CNU[3].
  • Les demandes de qualifications reçues par la section 16 du CNU.
  • Les postes de maître de conférences et de professeurs de psychologie ouverts au concours en 2020 dans les universités françaises.

Dans un article ultérieur, nous examinerons les mentions de Master en psychologie dans les universités françaises.

Composition de la section 16 du CNU

La section 16 du CNU a été renouvelée à l’automne 2019. Le bureau nouvellement élu a procédé à un sondage des 72 membres (titulaires et suppléants) leur demandant de déclarer la sous-discipline de la psychologie à laquelle ils se rattachaient. 55 membres ont répondu. Les données manquantes ont été complétées en analysant les pages web des non-répondants. Les résultats (qui incluaient aussi une analyse de l’équilibre hommes/femmes et de la répartition géographique) ont ensuite été diffusés à l’ensemble des enseignants-chercheurs en psychologie par Thérèse Collins, présidente de la section 16. Ils sont donnés dans la Figure 1.

 

Figure 1. Sous-disciplines de l’ensemble des membres de la section 16, avec différentiation de la psychologie clinique entre courants psychanalytique et autres. Ergo : ergonomie ; Sociale : psychologie sociale ; PTO : psychologie du travail et des organisations ; Dév : psychologie du développement ; Diff : psychologie différentielle ; Santé : psychologie de la santé ; Cognitive : psychologie cognitive ; Clinique : psychologie clinique non psychanalytique. Source : Thérèse Collins, section 16 du CNU.

Ce sondage a le mérite de montrer qu’il y a de nombreuses sous-disciplines au sein de la psychologie, la psychologie clinique (qui s’occupe des troubles mentaux, des psychothérapies) ne représentant pas plus d’un quart.[4]

Au sein de la psychologie clinique, les membres de la section 16 se répartissent actuellement à parts égales entre les courants psychanalytiques et les autres courants (TCC, systémique, familiale…).

Demandes de qualification en 2020

La section 16 a également diffusé des statistiques sur les sous-disciplines des demandes de qualification reçues pour l’année 2020. Les résultats sont donnés en figures 2 (postes de professeur des universités, PR) et 3 (postes de maître de conférences, MCF).

Figure 2. Sous-disciplines des demandes de qualification au poste de professeur des universités en psychologie en 2020. Source : Thérèse Collins, section 16 du CNU.

Les demandes de qualification au poste de PR (Figure 2) sont le fait de personnes qui ont déjà un certain nombre d’années d’ancienneté (au moins 8) dans le grade de MCF. Elles donnent donc une image des enseignants-chercheurs en psychologie actuellement en poste. Au sein de la psychologie clinique, on observe que le courant psychanalytique est dominant, recueillant environ 61% des demandes de qualification.

Figure 3 : Sous-disciplines des demandes de qualification au poste de Maître de conférences en psychologie en 2020. Source : Thérèse Collins, section 16 du CNU.

A contrario, les demandes de qualification au poste de MCF (Figure 3) sont le fait de personnes qui généralement n’ont pas de poste titulaire à l’université ou en organisme de recherche, et qui ont soutenu leur doctorat quelques années auparavant. Elles reflètent donc les courants représentés parmi les jeunes docteurs en psychologie. Au sein de la psychologie clinique, on observe une prédominance des courants non psychanalytiques (77%).

La comparaison des deux niveaux de qualification fait apparaître un fort contraste à deux niveaux :

  • D’une part, la psychologie clinique est surreprésentée parmi les demandes de qualification MCF (35%) par rapport aux demandes de qualification PR (23%). Autrement dit, la psychologie clinique produit plus d’aspirants à un poste universitaire, et donc probablement plus de doctorats par enseignant-chercheur en poste, que les autres sous-disciplines de la psychologie. Il y a sans doute plusieurs explications possibles à cette observation. L’une d’entre elles est qu’il est peut-être plus fréquent pour les psychologues cliniciens de mener un doctorat en parallèle avec leur activité clinique, sans financement spécifique, alors que les étudiants dans les autres sous-disciplines seraient plus dépendants de l’obtention d’une bourse de doctorat pour effectuer une thèse.
  • D’autre part, il semble que par rapport à leurs aînés qui sont majoritairement de courant psychanalytique (61%), les candidats à un poste de MCF en psychologie clinique ne sont plus que 33% à s’en réclamer. Si cette tendance est confirmée sur plusieurs années, elle pourrait refléter un changement générationnel massif en l’espace de 10-15 ans (le délai typique entre les demandes de qualification MCF et PR). L’explication d’une telle tendance reste à déterminer. Cela pourrait refléter un plus grand nombre de thèses récemment soutenues dans les approches non psychanalytiques que psychanalytiques. Peut-être les contrats doctoraux sont-ils plus souvent attribués à des projets portant sur les approches non psychanalytiques ? Je suis preneur de toute donnée permettant de le déterminer. Reste à savoir si ces candidats à un poste de MCF en psychologie clinique non psychanalytique vont trouver des postes correspondant à leur profil.

Postes d’enseignants-chercheurs en psychologie ouverts en 2020

J’ai téléchargé le 6/04/2020 la liste des postes d’enseignants-chercheurs ouverts au concours en 2020 sur le portail Galaxie. J’ai extrait ceux qui relevaient de la section 16, puis je les ai catégorisés (colonne W) selon les sous-disciplines, sur la base du profil indiqué (colonne P du fichier). Pour la catégorie Psychologie clinique, j’ai de plus subdivisé entre Psychologie clinique psychanalytique et Psychologie clinique non psychanalytique. Lorsque que l’intitulé du profil de poste n’était pas suffisamment explicite pour déterminer immédiatement l’orientation (lignes en jaune), j’ai consulté le profil complet. Par souci de transparence je donne dans ces cas le lien vers le profil. Je peux bien sûr avoir fait des erreurs de catégorisation, n’hésitez pas à me les signaler. Les résultats sont donnés dans la Figure 4 (les nombres de postes sont également compilés dans le fichier source dans les colonnes Y-AB).

Figure 4 : Sous-disciplines et courants des postes d’enseignants-chercheurs en psychologie ouverts au concours en 2020. Source : Portail Galaxie.

On observe donc que, parmi les 22 postes en psychologie clinique ouverts au concours en 2020, 13 (59%) relèvent de l’approche psychanalytique, et 9 des autres approches. Cette répartition est similaire dans les postes de MCF et de PR.

Conclusions

L’analyse de la composition de la section 16 et des demandes de qualification PR convergent pour suggérer que les enseignants-chercheurs en psychologie clinique en poste actuellement sont en majorité (environ 60%) d’orientation psychanalytique.

L’analyse des postes ouverts au concours en 2020 suggère un équilibre similaire. Autrement dit, les recrutements effectués cette année vont préserver la prépondérance de la psychanalyse au sein des différentes approches de la psychologie clinique.

Une seule donnée s’écarte de ce constat : les demandes de qualifications au grade de MCF en psychologie clinique sont majoritairement dans les orientations non psychanalytiques. Il n’est pas clair à ce stade s’il s’agit d’une tendance durable, ni quelles en sont les explications. Néanmoins, on ne peut que constater qu’il y a cette année un déséquilibre entre l’offre de postes de MCF en psychologie clinique (majoritairement psychanalytique), et la demande de la part des jeunes docteurs (majoritairement non psychanalytique).

Au final, les données factuelles disponibles suggèrent que la psychanalyse reste dominante au sein de la psychologie clinique dans les universités françaises, et ne semble pas en voie de disparition.

Post-scriptum

Il manque ici des données similaires sur les années précédentes permettant d’analyser les tendances au cours du temps. Il manque également des données d’autre nature permettant de départager différentes explications possibles des tendances observées. Je serai reconnaissant à toute personne pouvant m’apporter de telles données.


[1] Voir par exemple la pétition « Pourquoi les psychanalystes doivent être exclus des tribunaux » (2019), l’article « Psychologie à l’université : témoignages sur un « Hold-up » » (2019), l’article « En marche arrière pour la psychiatrie et la psychologie? » (2017), l’article « Manifeste pour une psychiatrie et une psychologie basées sur des preuves scientifiques » (2012), Le livre noir de la psychanalyse (2005).

[2] Voir par exemple la pétition « Contre l’exclusion de la psychanalyse pour la diversité des méthodes de recherches et de soins » (2019), la pétition « Contre la suppression de la psychanalyse dans la formation des psychologues cliniciens » (2018), la lettre-pétition « Lettre au président de la république : Pour la Psychanalyse » (2017), la pétition « Pour l’enseignement de la psychanalyse à l’université » (2013), l’article « L'enseignement de la psychanalyse à l'université est-il condamné à disparaître ? » (2008)

[3] La section 16 « Psychologie et ergonomie » du Conseil National des Universités (CNU) a notamment pour mission de qualifier (ou pas) les candidats potentiels aux postes de maître de conférences et de professeurs des universités. Sur le recrutement des enseignants-chercheurs en psychologie, voir ce précédent article (2017) et celui-là (2019).

[4] Il n’existe pas de nomenclature officielle des sous-disciplines de la psychologie, il en existe plusieurs, à différents niveaux de granularité (jusqu’à 54 divisions au sein de l’American Psychological Association). Nous reprenons ici telles quelles la nomenclature utilisée par la section 16 pour ses statistiques, ainsi que celle reconstituée à partir des profils de poste diffusés par les universités (qui concordent presque).

Dans ces deux nomenclatures, la psychologie clinique est l’une des sous-disciplines de la psychologie. La psychanalyse, en revanche, n’est pas une sous-discipline à part entière, mais plutôt une théorie au sein de la psychologie clinique. Néanmoins, dans le présent article, afin de mieux répondre à la question que nous posons, nous subdivisons systématiquement la psychologie clinique en deux : une catégorie pour le courant psychanalytique, et une autre pour tous les autres courants.

Cet article La psychanalyse à l’université en 2020 : Analyse quantitative (1ère partie) est apparu en premier sur Ramus méninges.

Les écrans et l’enfant: décryptage de la nouvelle méta-analyse

par Coralie Chevallier, chargée de recherche à l'Inserm.

J'ai passé mon enfance devant la télé, des heures et des heures (et des heures!) passées devant un écran à regarder des contenus idiots. Je suis aussi la première personne de ma famille à être allée à l'université, et aujourd'hui, je suis chercheuse à l'INSERM. Est-ce une preuve que les écrans ont un impact positif sur la réussite scolaire ? Non, bien sûr !

Nous savons tous qu'il ne faut pas confondre anecdote et données scientifiques. Et nous savons aussi qu'il faut distinguer corrélation et causalité. Ce n'est pas parce que j'ai beaucoup regardé la télé ET bien réussi à l'école que la télé a causé ma réussite. J'ai pu réussir dans la vie pour toutes sortes de raisons autres : la chance, par exemple (la chance de grandir dans un environnement bienveillant, ou celle d'avoir tiré un bon ticket à la grande loterie génétique qui détermine, en partie, qui nous sommes).

Dans un article récent paru dans JAMA1, ces précautions intellectuelles sont en partie mises de coté pour "montrer" ce que tout le monde se tue à répéter : les écrans, c'est mal. Les écrans nuisent au développement cognitif des enfants. Les écrans doivent être utilisés le moins possible. Les écrans ont un impact négatif sur le développement du langage. Il faut arrêter avec les écrans.

Il s'agit ici d'une méta-analyse, c'est à dire que plusieurs études scientifiques sont mises ensemble dans le but de produire une estimation plus robuste des résultats. Cette méta-analyse est par ailleurs publiée dans l'une des meilleures revues de médecine. A priori, donc, on a toutes les raisons d'avoir confiance dans la recommandation éducative qui est faite en fin d'article : "limiter l'exposition aux écrans, proposer des contenus de bonne qualité, et regarder avec son enfant lorsque cela est possible". Alors pourquoi douter ?Les écrans c'est pas méchant! Et si on s'occupait autrement

1) Les méta-analyses sont un instrument puissant pour améliorer l'estimation des effets, mais seulement si les études individuelles incluses dans les méta-analyses sont de bonne qualité. Si on met ensemble plein de mauvaises études, on fait une mauvaise méta-analyse. Ce problème est en partie corrigé par le fait que les estimateurs donnent moins de poids aux petites études, et par le fait que la méta-analyse inclut aussi un certain nombre d'études à grande échelle. Néanmoins, comme les auteurs le reconnaissent eux-mêmes, la validité des résultats rapportés dans leur méta-analyse est nécessairement affectée par l'inclusion d'études réalisées sur de petites populations.

2) Les études incluses dans la méta-analyse sont corrélationnelles. Ce qui est observé dans l'article, c'est que, en moyenne, lorsque toutes ces études corrélationnelles sont mises ensemble, le temps d'écran est associé à de plus faibles performances langagières. Mais de la même manière qu'on ne pouvait pas dire que c'est le fait de regarder beaucoup la télé qui a causé ma réussite scolaire, on ne peut pas dire ici que beaucoup de temps d'écran cause les faibles performances. Qui sont les enfants qui regardent peu les écrans ? Peut-on imaginer que les familles qui autorisent peu les écrans soient différentes de celles où les écrans sont beaucoup utilisés ? Si oui, ces différences peuvent-elles expliquer les différences de performances en langage des enfants ? Comme vous en aurez probablement l'intuition, ce n'est pas impossible... C'est même probable.

Pour ne citer que quelques exemples,  les familles où les enfants regardent le plus les écrans sont en moyenne plus pauvres et moins éduquées. Et on a de bonnes raisons de penser que le niveau d'éducation des parents et leur niveau de ressources peuvent influencer le langage des enfants, indépendamment de la consommation d'écrans. Ce problème affecte aussi la deuxième conclusion de l'article sur l'importance du fait que l'adulte regarde le contenu à côté de son enfant. Qui sont les parents qui s'asseyent à côté de leurs enfants pour regarder la télévision et parler du contenu avec eux ? Ont-ils des caractéristiques différentes des parents qui laissent les enfants seuls devant des écrans ? Même si le niveau socioéconomique est souvent inclus dans les modèles statistiques, il est impossible de contrôler l'ensemble des facteurs (souvent appelés "inobservables") qui peuvent influencer la corrélation entre écrans et développement cognitif.2

3) Pour toutes les études de la méta-analyse, la mesure du temps d'écran est un simple questionnaire rempli par les parents. Dans ce type de questionnaires, on sait que les répondants ne disent pas complètement la vérité, en particulier lorsque la norme sociale privilégie un type de réponse plutôt qu'un autre. C'est pour cette raison que les instituts de sondage sont obligés de redresser les réponses, pour compenser le fait que, par exemple, les Français sous-déclarent leur adhésion au Rassemblement National. Dans le cas qui nous concerne ici, les mesures auto-déclarées posent un problème spécifique, qui est que la mesure pourrait ne pas être biaisée de la même manière pour tous les groupes sociaux. On peut ainsi imaginer que les familles éduquées soient davantage influencées par la norme du "pas d'écran" que les familles moins éduquées. Si c'est le cas, cela pourrait conduire les familles les plus éduquées à davantage sous-déclarer le temps d'écran que les familles moins éduquées, créant ainsi une association statistique artéfactuelle.

Prises ensemble, ces trois critiques devraient conduire à la conclusion suivante : "Des études, souvent à petite échelle, montrent qu'il existe une corrélation entre le temps d'écran rapporté par les parents et les performances de langage des enfants. En l'absence de mesure objective et d'une méthodologie d'évaluation causale, il est impossible pour le moment de formuler une recommandation fiable pour les parents, les personnels de santé, et le monde de l'éducation".

Mais alors, ne faut-il pas dans ce cas adopter le "principe de précaution" ? Que risque t-on à être trop prudents ?

On risque tout simplement de nuire, en particulier aux populations les plus défavorisées. Tout d'abord, la recommandation de ne pas utiliser les écrans est stigmatisante pour les familles qui consomment beaucoup d'écran. En résumé, on est en train de leur dire que les loisirs qu'ils choisissent pour leurs enfants sont en réalité toxiques. Si c'est le cas, il faut bien sûr le dire. Mais si ce n'est pas le cas, cette stigmatisation n'est pas éthique. Ensuite, il n'est pas  impossible que la recommandation ait un effet néfaste sur certaines populations. On peut par exemple imaginer que les enfants qui grandissent dans des familles très peu éduquées bénéficient d'opportunités langagières supérieures en regardant la télé : vocabulaire plus diversifié, syntaxe correcte, narrations, etc.

Toute la question, en effet, est de savoir quel serait le substitut de la télé si elle était plus souvent éteinte. Pour les auteurs, il est raisonnable d'imaginer qu'il s'agirait d'activités comme le dessin ou la lecture. Mais ils ne testent pas cette hypothèse. De fait, nous venons de terminer une étude à grande échelle qui montre que cela ne va pas de soi.

L'objectif de notre étude était d'évaluer l'impact d'un programme éducatif visant à améliorer les performances scolaires en REP et REP+. Pour évaluer ce programme, nous avons utilisé la méthodologie la plus solide, celle de l'essai randomisé contrôlé, qui implique de distribuer aléatoirement les élèves entre un groupe qui reçoit l'intervention (le groupe dit traitement) et un groupe qui ne reçoit pas l'intervention (le groupe dit contrôle). Cette méthode permet de véritablement tester l'impact causal d'un programme éducatif sur les performances scolaires puisque la seule chose qui change entre le groupe traitement et le groupe contrôle, c'est précisément le fait de bénéficier, ou non, du programme. Nous avons par ailleurs déployé l'étude à grande échelle, auprès de plus de 20,000 collégiens sur tout le territoire français.3

Nos résultats montrent que le programme a un effet sur les notes : les élèves bénéficiaires réussissent mieux à l'école que les élèves du groupe contrôle. Nos résultats montrent aussi que le programme a un effet sur le temps d'écran : les élèves bénéficiaires déclarent passer plus de temps (oui, plus, pas moins) à regarder des écrans. Comment peut-on expliquer ce résultat sachant que les notes de ces mêmes élèves s'améliorent ? Notre étude ne permet pas de répondre à cette question, mais une possibilité est que regarder plus d'écrans, c'est faire moins d'activités qui nuisent à la réussite scolaire (être dehors sur un banc à découvrir les joies du tabac, par exemple). Autrement dit, le temps d’exposition aux écrans n’a pas nécessairement un effet positif ou négatif en soi : tout dépend à quoi il se substitue pour un enfant donné dans une famille donnée.

En matière de politique éducative, il nous faut appliquer la même rigueur scientifique qu'en médecine et se garder de faire des recommandations sur la base d'études corrélationnelles, à petite échelle, et utilisant des mesures déclaratives. Esther Duflo a reçu cette année le prix Nobel d'économie pour avoir appliqué les méthodes les plus exigeantes des essais cliniques à de grandes questions de politiques publiques. Il ne viendrait à personne l'idée de prescrire des médicaments non testés ou mal testés. Ayons la même exigence pour les recommandations éducatives !


  1. Madigan, S., McArthur, B. A., Anhorn, C., Eirich, R., & Christakis, D. A. (2020). Associations Between Screen Use and Child Language Skills : A Systematic Review and Meta-analysis. JAMA Pediatrics. https://doi.org/10.1001/jamapediatrics.2020.0327
  2. Sur cette question de la causalité, voir également l'article d'Ava Guez et Franck Ramus.
  3. Huillery, Bouguen, Charpentier, Algan, & Chevallier, in preparation. The Impact of a Large-Scale Mindset Intervention on School Outcomes: Experimental Evidence from France.

Cet article Les écrans et l’enfant: décryptage de la nouvelle méta-analyse est apparu en premier sur Ramus méninges.

En temps de pandémie, faut-il tout reporter au semestre suivant ?

Les évènements publics qui devaient avoir lieu ce printemps ne peuvent évidemment plus se tenir en cette période de confinement. Pour ma part, toutes les conférences que j’avais accepté de donner jusqu’à fin août sont annulées les unes après les autres. Mais généralement, les organisateurs ne se résolvent pas à annuler purement et simplement ce qu’ils avaient prévu : la question posée est plutôt de savoir quand et comment l’évènement pourra finalement avoir lieu.

Certains grands évènements qui demandent une logistique importante, qui étaient prévus de longue date, et ne peuvent se réorganiser dans de courts délais ont d’ores et déjà été reportés d’un an. C’est le cas par exemple du Congrès International de Psychologie à Prague, reporté à l’été 2021. C’est un choix tout à fait défendable.

Matti Blume / CC BY-SA (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0)

Pour beaucoup d’autres, les organisateurs proposent le plus souvent de reporter leur évènement à l’automne. Je suis plus dubitatif. D’une part, parce que des évènements étaient déjà prévus à l’automne. Reporter tout le programme du printemps à l’automne risque de provoquer un embouteillage difficile à gérer. De plus, pour certains évènements, comme les forums étudiants (fournissant informations sur formations et emplois) ou divers salons professionnels, le moment dans l’année où ils se déroulent est crucial : déplacés à une autre période, ils risquent de ne pas bien remplir leur fonction et de ne pas trouver leur public.

Reporter n’est pourtant pas la seule possibilité : l’éducation nationale et l’enseignement supérieur nous en fournissent une démonstration à très grande échelle. Heureusement que tous les enseignants de France et du monde ne reportent pas tous leurs cours du printemps à l’automne ! Dans le master dont je m’occupe, nous assurons 100% de nos cours à distance depuis le 16 mars. Aucune heure de cours n’est perdue ni reportée à l’automne, et pour cause, nous comptons bien pouvoir diplômer nos étudiants à la fin de l’année comme prévu.

On est donc en droit de se demander : pourquoi est-ce que ce qui est possible et qui marche (malgré d’inévitables difficultés) actuellement dans toutes les universités, ne le serait pas pour les conférences, les colloques, les séminaires, les journées d’étude, les formations… ? Pourquoi reporter à l’automne un évènement que l’on peut maintenir à la date prévue, en adaptant le format et les canaux de communication ?

Je ne dis pas que faire cela est facile, changer de mode d’organisation est toujours un effort important, et organiser une visioconférence fiable et de qualité a aussi un coût. Mais organiser un évènement demande toujours des efforts et a toujours un coût : ne pas faire l’évènement en présentiel, c’est aussi économiser beaucoup de temps, d’efforts et d’argent en location de salle, en logistique, en transport, en hébergement, en repas… qui peuvent être réinvestis dans la recherche et la mise en place d’une solution technique satisfaisante pour une tenue en ligne. In fine, organiser un évènement en ligne permet de diminuer considérablement son budget.

C’est d’ailleurs la voie choisie par de grandes conférences scientifiques. La conférence de l’American Physical Society, qui devait accueillir 11000 participants du 2 au 6 mars à Denver, a été annulée à 36 heures du début, et un site web accueille maintenant les vidéos et les diapos envoyées par les participants. La conférence de la Cognitive Neuroscience Society, initialement prévue les 14-17 mars à Boston, est maintenant reprogrammée entièrement en ligne les 2-5 mai. (voir également ce billet)

Alors bien sûr, aucun système de visioconférence ne remplace la qualité du présentiel. Les interactions dans une séance de questions ou autour d’un poster ne sont jamais aussi fluides par écrans interposés. Et bien sûr, boire un verre ou dîner avec des collègues est une excellente manière de joindre l’utile à l’agréable. Malgré tout, les évènements virtuels présentent aussi des avantages. De plus en plus de chercheurs se demandent s’il est bien raisonnable d’aller au bout du monde pour faire une présentation de 20 minutes. Au-delà du temps et du coût financier (aux frais le plus souvent du contribuable) que cela implique, le bilan carbone de tels voyages est de plus en plus présent dans les esprits.

Il y a quelques mois, un chercheur californien invité à parler au colloquium de mon département a accepté, sous condition de pouvoir le faire en visioconférence plutôt qu’en présentiel, argumentant qu’il cherchait à réduire l’impact environnemental de ses activités de recherche. Cela s’est très bien passé et a été très enrichissant, même si nous avons regretté ne pas pouvoir l’inviter au restaurant. Est-ce que le plaisir de dîner avec lui justifiait 2 fois 12 heures de vol, 3-4 jours de voyage fatigant, et les coûts et le bilan carbone associés ?

Un article de Nature recense d’autres effets bénéfiques inattendus de la virtualisation subite de certaines conférences : tout d’un coup, ces conférences sont devenue accessibles à un nombre beaucoup plus grand de chercheurs et d’étudiants (notamment des pays du sud), qui auparavant ne pouvaient y assister, à cause des coûts rédhibitoires du voyage, du séjour, et de l’inscription. Elles sont aussi devenues plus accessibles à des chercheurs en situation de handicap, ou encore à des chercheurs peu mobiles du fait de jeunes enfants ou d’autres personnes à charge.

Si les organisateurs de grandes conférences internationales se posent autant de questions et trouvent que les conférences virtuelles ne sont pas de si mauvaises solutions, pourquoi pas les organisateurs d’évènements plus petits et plus locaux ? Toutes ces considérations restent pertinentes, même dans une France hyperconnectée par un TGV alimenté à une électricité peu carbonée. Etant régulièrement sollicité pour des interventions aux quatre coins de France, je rechigne de plus en plus à sacrifier une journée entière de ma recherche pour aller parler devant quelques dizaines de personnes. Dans bien des cas, je préfèrerais nettement y consacrer deux heures, en visioconférence depuis mon bureau, pour un public potentiellement plus nombreux car libéré des contraintes matérielles des salles et des lieux, avec en prime à l’issue une vidéo de l’intervention propre à être diffusée encore plus largement sur les réseaux. Dans les cas où une intervention similaire existe déjà en vidéo, j’aimerais encore plus envoyer cette vidéo aux participants pour qu’ils la visionnent en amont de l’évènement, et consacrer le temps passé ensemble (soit présentiel, soit par visioconférence) à interagir plus, à répondre à toutes les questions, voire à animer des activités pédagogiques (c’est le principe de la classe inversée). Ainsi, j’aurais l’impression de faire un meilleur usage du temps limité que je peux consacrer à de telles interventions.

Capture d'écran du webinaire du 6/04/2020 de la DITP sur la gestion du COVID19, qui a réuni plus de 700 participants.

Bien entendu, il ne s’agit pas de dire que toutes les conférences et tous les évènements devraient se produire sur internet. Nous continuerons à avoir besoin de rencontres et d’interactions physiques. Mais une gestion rationnelle de nos précieuses ressources que sont le temps, l’attention, l’argent, et l’environnement devrait nous conduire à faire moins d’évènements présentiels, et à transférer une partie de ces activités sur internet. Le mouvement est en marche dans le monde universitaire. La crise du COVID19 nous offre l’occasion de nous y mettre et de tester les nouveaux outils de communication en ligne. Saisissons-la maintenant plutôt que de vouloir continuer à faire comme nous avons toujours fait, mais au semestre suivant.

 

PS du 8/04/2020: cet article donne quelques tuyaux intéressants (en anglais) pour animer une conférence en ligne.

Cet article En temps de pandémie, faut-il tout reporter au semestre suivant ? est apparu en premier sur Ramus méninges.

Ecrans et troubles du langage : Ce que ne montre pas l’étude d’Ille-et-Villaine

L’année dernière a été publié une rare étude française portant sur l’effet de l’exposition aux écrans sur les troubles du langage chez l’enfant (Collet et al. 2019). Un compte-rendu en français vient d’en être diffusé sur le site Santé publique France. Cette étude est intéressante et contribue au débat. Mais il y a fort à parier qu’elle va faire l’objet de commentaires allant bien au-delà de ce qu’autorisent les données. En particulier, si ce que montre l’étude va être largement diffusé, amplifié, et exagéré, il est prévisible que les commentateurs et médias oublieront de mentionner ce que ne montre pas l’étude, voire lui feront dire le contraire de ce qu’elle dit.

Mon propos n’est pas de faire un compte-rendu ni une critique complète de l’étude. On pourrait évidemment s’étendre sur ses diverses limites : l’effectif limité, le fait que les enfants avec et sans troubles n’ont pas été recrutés par les mêmes canaux, l’absence de correction pour les tests statistiques multiples. Toute étude a ses limites, bien entendu. On pourrait aussi souligner le fait qu’il s’agit d’une étude qui ne montre qu’une corrélation, une association statistique, et que l’établissement d’un lien de causalité nécessite un tout autre niveau de preuve. C’était l’objet de notre précédent article sur le lien entre l’exposition aux écrans et le QI des enfants. Ici, je veux simplement compléter les comptes-rendus médiatiques en mettant en exergue tous les facteurs d’exposition aux écrans dont cette étude n’a pas montré d’association avec les troubles du langage.

En effet, cette étude a comparé pas moins de 21 variables d’exposition aux écrans entre les enfants ayant un trouble du langage et le groupe contrôle. La première constatation intéressante est que, lorsqu’on ne contrôle aucun facteur confondu, 11 variables sur les 21 diffèrent significativement entre les deux groupes. En revanche, lorsque l’on contrôle le sexe, la présence de frères et sœurs plus âgés, la situation familiale, et le niveau d’étude des parents, autant de variables qui diffèrent entre les deux groupes, qui à la fois sont associées à l’exposition aux écrans et sont des facteurs de risque pour les troubles du langage, alors il ne reste plus que 2 variables qui diffèrent entre les deux groupes. Cette simple constatation montre toute l’étendue des facteurs qui sont confondus avec l’association statistique entre écrans et troubles du développement, et la très grande prudence avec laquelle il faut donc considérer de telles corrélations. De toute évidence, seuls les résultats ajustés sur un maximum de ces facteurs confondus sont à prendre au sérieux (c’est d’ailleurs bien ce que font les auteurs de l’étude).

La deuxième constatation intéressante, c’est justement que sur ces 21 variables, seules 2 ont montré une différence significative entre les deux groupes. Autrement dit, 19 des 21 facteurs d’exposition aux écrans n’ont pas montré d’association statistiquement significative avec les troubles du langage. Pour que les choses soient bien claires, j’en fais la liste ci-dessous.

Facteurs qui ont montré une différence statistiquement significative (et indépendante les unes des autres) entre enfants avec troubles du langage et enfants contrôles :

  1. Exposition aux écrans le matin avant d’aller à l’école.
  2. Parler rarement ou jamais du contenu des écrans avec l’enfant.

Facteurs qui n’ont pas montré une différence statistiquement significative (et indépendante les unes des autres) entre enfants avec troubles du langage et enfants contrôles :

  1. Age de la première exposition aux écrans.
  2. Première exposition aux écrans avant 24 mois.
  3. Nombre d’écrans à la maison supérieur à 6.
  4. Durée hebdomadaire d’exposition aux écrans.
  5. Accès à la télévision.
  6. Accès à un ordinateur.
  7. Accès à une console de jeux.
  8. Accès à une tablette.
  9. Accès à un smartphone.
  10. Exposition aux écrans les jours d’école.
  11. Exposition aux écrans les jours sans école.
  12. Exposition aux écrans pendant les vacances.
  13. Exposition aux écrans pendant le déjeuner.
  14. Exposition aux écrans pendant l’après-midi.
  15. Exposition aux écrans pendant le dîner.
  16. Exposition aux écrans le soir avant de se coucher.
  17. Télévision allumée en bruit de fond.
  18. Prendre le temps de faire des activités avec les enfants.
  19. Prendre le temps de communiquer avec les enfants.

Bien entendu, les résultats nuls sont difficiles à interpréter. Ces 19 absences de différence ne sont pas 19 preuves d’une absence de différence. L’effectif limité de l’étude peut avoir limité la possibilité d’observer des différences statistiquement significatives. Mais on ne peut pas non plus présenter une limite de l’étude comme fournissant une preuve de quoi que ce soit !

Encore une fois, il ne s’agit pas de dire qu’il n’y a aucune exposition problématique aux écrans. Il existe de toute évidence dans certaines familles des expositions très excessives, qui ont des effets délétères sur le développement de l’enfant. Il n’est d’ailleurs pas inintéressant que le résultat le plus fort de cette étude concerne l’exposition aux écrans le matin avant l’école, c’est-à-dire à un moment où elle n’est nullement justifiée, où elle peut se substituer à du temps de sommeil, et on peut soupçonner que cette exposition matinale soit en fait un révélateur de bien d’autres problèmes.

Il ne s'agit pas non plus de nier que certains contenus soient problématiques. Au contraire, il est urgent de s'intéresser aux effets de contenus et d'usages spécifiques, plutôt que de continuer à mettre en cause "l'exposition aux écrans", notion vide de sens tant elle recouvre des situations hétérogènes. De ce point de vue, il est aussi intéressant que dans cette étude, le deuxième facteur significatif (quoique pas après une correction statistique pour tests multiples) traduise le désintérêt des parents pour ce que les enfants voient sur les écrans.

Tant que l'on en reste au facteur vague et hétérogène "exposition aux écrans", on ne peut que constater que les résultats de toutes les études disponibles montrent des effets faibles, qui sont largement exagérés dans les médias et livres grand public. Les écrans justifient une vigilance par rapport aux expositions excessives et aux contenus douteux, mais pas la panique généralisée que l’on observe actuellement.

Pour en revenir au principal propos de cet article, il sera intéressant d’observer, parmi tous les commentateurs dans tous les médias, lesquels penseront à mentionner que dans cette étude, la plupart des facteurs d’exposition aux écrans n’ont pas montré de lien avec les troubles du langage. Et lesquels, non seulement s’abstiendront de le mentionner, mais au contraire, emportés par leur enthousiasme, présenteront à tort certains des 19 facteurs n’ayant pas d’effet comme en ayant un. Rendez-vous dans les commentaires ci-dessous pour compter les points.

Référence

Collet, M., Gagnière, B., Rousseau, C., Chapron, A., Fiquet, L., & Certain, C. (2019). Case–control study found that primary language disorders were associated with screen exposure. Acta Paediatrica, 108(6), 1103–1109. https://doi.org/10.1111/apa.14639

Cet article Ecrans et troubles du langage : Ce que ne montre pas l’étude d’Ille-et-Villaine est apparu en premier sur Ramus méninges.

Quelles leçons tirer de l’affaire Dolto?

Les débats récents suscités par la diffusion de citations de Françoise Dolto à propos de l’inceste et des viols d’enfant se sont essentiellement centrés sur leur caractère scandaleux, intolérable, et sur le fait qu’ils seraient susceptibles d’excuser les auteurs de crimes pédophiles. Cette réaction est bien entendu compréhensible, mais elle a l’inconvénient d’occulter totalement la question de la véracité des propos de Dolto.

D’une certaine manière, la plupart des commentateurs, emportés par l’émotion, raisonnent sur le mode « c’est tellement scandaleux et immoral que c’est ridicule et nécessairement faux » (et éventuellement qu’il faut censurer de tels propos). Le problème est que c’est une erreur de raisonnement, consistant à confondre les états de fait et les jugements de valeur. Cette confusion est malheureusement fréquente, je l’ai déjà dénoncée dans bien d’autres contextes, par exemple la question des différences cognitives entre les sexes, ou encore des bases biologiques de l’homosexualité.

S’il est important de comprendre toutes les implications morales et judiciaires des propos de Dolto, cela ne doit pas empêcher également de les évaluer de manière objective et dépassionnée.

Car ce qu’a dit Dolto pourrait être vrai. Il pourrait être vrai que les enfants dont elle parle ont véritablement eu des désirs sexuels pour des adultes, et les ont séduits activement, et ont « pris leur pied » au cours de relations sexuelles avec ces adultes. La rigueur et la neutralité scientifique imposent de considérer les affirmations de Dolto comme des hypothèses, qui pourraient être justes comme elles pourraient être fausses. Et si elles étaient justes, quand bien même ces idées nous paraitraient scandaleuses et leurs conséquences nous effraieraient, alors il faudrait bien en tenir compte, à la fois pour notre compréhension de la psychologie humaine, pour nos jugements moraux, et pour les décisions de justice. La question de la véracité factuelle de ce qu’affirme Dolto (et bien d’autres) est donc cruciale.

 

En psychologie comme dans les autres disciplines, ce que l’on affirme doit être étayé par des preuves, par des données factuelles. Et plus les hypothèses sont extraordinaires, c’est-à-dire en décalage avec les connaissances déjà acquises et l’expérience commune, plus les preuves doivent être fortes pour que l’on puisse les accepter. C’est ce qui distingue la science du charlatanisme ou de la religion. Si une personne a un désir (quand bien même serait-il inconscient), ou éprouve du plaisir, cela doit pouvoir s’observer dans des données factuelles, soit dans ce que la personne dit elle-même de son propre ressenti, soit dans son comportement qui manifeste ce ressenti de manière non ambigüe. Or, quelles preuves Dolto apporte-t-elle de ces désirs sexuels, de ces tentatives de séduction, de ce plaisir ressenti qu’elle attribue aux enfants ? On peut parcourir ses livres et les transcriptions de ses entretiens en long et en large, on n’en trouve strictement aucune. Dolto se contente d’asséner ce qu’elle croit vrai, ce qu’elle imagine et qui fait sens pour elle, dans le cadre interprétatif des dogmes freudo-lacaniens.

Comme je le rappelle dans mon précédent article, il n’y a pas que sur le viol d’enfants que Dolto a dit des énormités. Cette manière d’affirmer sans preuve des hypothèses extraordinaires s’est exercée très largement pour tenter d’expliquer tous les troubles et difficultés de l’enfant et de ses parents.

Si encore Françoise Dolto était la seule à affirmer n’importe quoi sans preuve. Le problème, c’est que jusqu’à ce jour elle est en bonne compagnie, car c’est le mode opératoire habituel de la psychanalyse, d’affabuler des interprétations sans jamais fournir la moindre preuve factuelle de ce qui est affirmé, et sans jamais prendre en considération des interprétations alternatives plus simples et beaucoup plus convaincantes des mêmes observations.

Alors, quelles leçons peut-on tirer de l'affaire Dolto ?

Premièrement, que jusqu’à preuve du contraire, ce qu’elle dit est faux. Concernant les enfants dont elle parlait, ni elle ni personne d’autre n’a jamais apporté la moindre donnée factuelle qu’ils avaient des désirs sexuels pour des adultes, les ont provoqués, et ont « pris leur pied ». Concernant la formulation plus générale de l’hypothèse, selon laquelle tous les enfants auraient des désirs sexuels (inconscients ou pas) pour le parent de sexe opposé, ou pour des adultes en général, même si l’on ne peut exclure l’existence de cas particuliers, ces hypothèses sont très peu plausibles, compte tenu à la fois de l’expérience que chacun a de sa propre enfance, des preuves inexistantes et de toutes les connaissances accumulées à ce jour en psychologie de l’enfant. Ce genre de théorie n’est plus enseigné que dans les facultés de psychologie françaises et argentines, et est vu comme une aberration par les psychologues du reste du monde.

Deuxièmement, que c’est seulement parce que ce qu’elle dit est faux qu’on peut se permettre de ne pas en tenir compte d’un point de vue moral et juridique. Encore une fois, il est important de ne pas confondre les faits et les valeurs.

Troisièmement, que le problème n’est pas restreint à ce qu’a dit Françoise Dolto, ni au seul sujet du viol d’enfants. Comme le scandale de l’autisme il y a quelques années, Dolto n’est qu’un révélateur d’un problème bien plus vaste affectant toute la psychiatrie et la psychologie de l’enfant : c’est le problème de l’influence indue de la psychanalyse et de ses théories invraisemblables ne reposant sur rien. Il est temps que cette manière fantaisiste et charlatanesque de discourir sur la psychologie humaine perde son influence démesurée, pas seulement dans les cas que tout le monde trouve scandaleux, mais dans tous les cas où ces théories absurdes influencent les pratiques des professionnels de la petite enfance, la prise en charge des personnes avec troubles mentaux, ainsi que des décisions de justice.

Post-scriptum

Peut-on encore conserver 138 écoles au nom de "Françoise Dolto", connaissant ses propos sur l'inceste, la pédophilie et le viol d'enfants ? La question est posée, et une pétition est ouverte pour demander leur changement de nom.

Cet article Quelles leçons tirer de l’affaire Dolto? est apparu en premier sur Ramus méninges.

Catalogue Ramus méninges 2019

Pour Noël 2019, je vous offre une mise à jour du catalogue Ramus Méninges incluant tous les nouveaux articles de l'année, classés par thème. Bonne lecture!


Thèmes


L'autisme

L'éducation

La génétique, l'inné et l'acquis

L'intelligence

La médecine et les pratiques fondées sur des preuves

Les médias

Psychanalyse, psychiatrie, psychologie et psychothérapies

La recherche et le monde universitaire

Les religions et les croyances

Les sciences cognitives et les neurosciences

Sexe, genre et orientation sexuelle

Société et rationalisme

Les troubles dys et le TDAH

Cet article Catalogue Ramus méninges 2019 est apparu en premier sur Ramus méninges.

Connaissez-vous Françoise Dolto?

Le meilleur moyen de se faire un avis sur la psychanalyse, c'est de la lire! Commençons par Françoise Dolto, qui a fasciné la France pendant plusieurs décennies, et qui continue à faire l'objet d'une véritable vénération dans les PMI, les crèches, les maternelles, l'aide sociale à l'enfance, chez de nombreux professionnels spécialistes de l'enfant  (psychologues, psychomotriciens, pédopsychiatres...) et dans les médias.

Je propose ci-dessous quelques morceaux choisis, sur deux thèmes particuliers: les troubles du développement de l'enfant, et le viol d'enfants.

Les troubles du développement

La mort subite du nourrisson

« Vous savez que la mort subite du nourrisson survient très souvent lorsqu’ils avalent leur langue, comme si la souffrance et la solitude les poussaient à vouloir retourner à la vie fœtale. »
(Dolto, F. & Nasio, J.-D., L’enfant du miroir. Éd. Rivages, 1987, p. 12)

Le retard de développement

« Le retard de langage et le retard psychomoteur, plaie des enfants des villes, et qui font de ces enfants des retardés pour entrer à l’école, provient du dérythmage des besoins alimentaires, excrémentiels et moteurs des petits. Dérythmage dû surtout à l’ignorance des mères et à leur manque d’observation et de respect du rythme de besoin et de l’apparition du désir des enfants qui accompagne leur développement sensori-psychique, lequel dépend de la relation langagière à la mère et non du dressage à la propreté. »
(La difficulté de vivre, Gallimard, 1995)

L'arriération mentale

«Il vaut mieux que la violence s'exprime physiquement, sinon elle s'exprime somatiquement, dans le corps, et si elle ne s'exprime pas somatiquement dans le corps, elle s'exprime cérébralement par un brouillard qui se met dans l'intelligence de l'enfant. Donc à ce moment-la, c'est l'effet de cette non-agressivité qui le rend arriéré. L'arriération d'un enfant, c'est une agressivité qui n'a pas pu s'exprimer de façon ni motrice ni verbale, et malheureusement il est en bonne santé psychosomatique»!

(Les Étapes majeures de l’enfance. Gallimard, Folio, 1994, p. 251).

L'autisme

«Tous les autistes sont surdoués pour la relation humaine et pourtant ils sont dans un désert de communication. Souvent la personne qui s’occupait d’eux était désertée elle aussi au cours de son premier âge et elle a transmis l’état de désert à ce bébé qui évoquait pour elle son petit âge.»

(La cause des enfants. Laffont, 1985, p. 391)

«L'enfant autiste est télépathe. J'ai l'exemple d'une petite fille autiste de cinq ou six ans. Sa mère me racontait que lorsqu'elle voyageait avec elle dans le train, c'était intolérable parce que cette enfant parlait toute seule, et elle disait la vérité des gens qui étaient dans le compartiment... Une fois, une voisine disait à sa mère: “Je vais à Paris voir mon mari...”, et l'enfant coupait: “C'est pas vrai, c'est pas son mari, c'est un monsieur que son mari connaît pas...”! Elle parlait avec une voix bizarre, sans poser son regard, dans un habitus de somnambule.»

(La cause des enfants. Laffont, 1985, p. 392)

La psychose

«Je ne crois pas aux psychotiques. Je veux dire à la “fatalité” de ces états. Pour moi, ce sont des enfants précoces à qui on ne parle pas de ce qui les concerne. Ça peut se passer dans les premiers jours, à la maternité, quand on ne parle pas à l'enfant, par exemple, de l'angoisse de sa mère à accoucher un enfant sans père, ou qu'elle ne lui dit pas que sa famille ne voudra pas de lui, ou qu'elle voulait une fille et que c'est un garçon ou qu'elle a tel ou tel souci majeur étranger à lui qui l'obsède.»

(La cause des enfants. Laffont, 1985, p.386)

«La psychanalyse a révélé ce qu’on pourrait appeler la “solidarité génétique”. Elle a permis de découvrir que des événements qui sont arrivés dans la famille d'un être humain, avant même qu'il ne naisse, pendant qu'il est fœtus, dans le ventre de sa mère qui souffre de l'événement qui s'est passé et qui n'a personne à qui le dire, sont capables d'induire une psychose chez cet être en gestation. Cet enfant va, par son corps, dire la souffrance que la mère a tue. Donc, il a porté l'effet d'une souffrance non dite de la mère. La psychanalyse —et surtout la psychanalyse d'enfants —a fait comprendre la solidarité des générations devant les effets dévitalisants de certains traumatismes, stress, chocs affectifs ou vitalisants, réussites, joies. Cette découverte de la transmission de l'héritage aussi bien que de la dette sur le plan émotionnel inconscient des êtres humains est comparable, pour son importance capitale, à la découverte sur le plan pathogène de la transmission génétique de certaines maladies.»

(La cause des enfants. Laffont, 1985, p.291)

La dyslexie

« Mais d’abord le mot ‘lire’ est un mot qui, pour certains enfants, éveille quelque chose de totalement tabou : c’est le lit conjugal des parents. Au moment ou l’enfant est en train d’élaborer son interdit de l’inceste, le verbe du ‘lit’ que leur paraît être le mot ‘lire’ rend ce mot banni, et les activités qui entourent le fait de lire sont quelque chose qui le met dans un très grand trouble. Bien sûr, les maitresses d’école ne le savent pas et cela doit rester inconscient »

" Les mots de “lire” et “écrire”, pour certains enfants, sont des signifiants inconscients de l'union sexuelle dont on ne leur a pas clairement parlé et qui, à cause de cela, les empêche de dépasser le trouble que ces mots induisent dans leur vie imaginaire.Leur curiosité, quelle qu'elle soit, leur semble coupable."
(L’échec scolaire. Essais sur l’éducation, 1990, pp. 19, 38)

La dyscalculie

« Le calcul étant tout ce qui se passe autour des nombres et des ‘opérations’. La multiplication : comment un et un, dans la vie quelquefois ça fait trois au lieu que un et un ça fasse deux quand c’est des choses. Comment un tout seul (avec une maman toute seule) on soit (on est, on naît) tout d’un coup trois, parce que maman a un bébé sans qu’il y ait un ‘papa' »
(L’échec scolaire. Essais sur l’éducation, 1990)

La difficulté scolaire

« Sur le plan de toutes les activités intellectuelles et sociales, le complexe de castration entrera en jeu; l'intérêt de l'enfant découle de sa curiosité sexuelle et de son ambition à égaler son père, curiosité et ambition coupables tant que le complexe d'Œdipe n'est pas liquidé. Dans le domaine scolaire surtout, on verra des inhibitions au travail; le garçon deviendra incapable de fixer son attention. C'est l'instabilité de l'écolier, si fréquente, et source pour lui de tant de remontrances. Le calcul, particulièrement, lui paraîtra difficile; le calcul étant associé dans l'inconscient aux “rapports” (ressemblance, différence, supériorité, égalité, infériorité) —aux problèmes quels qu'ils soient —et l'orthographe associée à “l’observation”, grâce à laquelle on “voit clair”»

(Psychanalyse et pédiatrie. Seuil, 1971, p.99. Italiques de Dolto)

«De fait, la nullité scolaire, c'est l'interdiction de se servir de ses pulsions sublimées orales et anales, comme nous disons dans notre jargon, c'est-à-dire prendre et donner: prendre des éléments, rendre des éléments. C'est le digestif qui se fait de façon symbolique dans le mental et qui, en principe, se traduit chez l'enfant par “réussir à l'école”»!

(Tout est langage.Gallimard, Folio, 1994, p.32)

«Il faut savoir que tout travail scolaire fait avec une mère féminise un garçon; et que, au moment de la prépuberté puis de la puberté, tout ce qui a été fait en couplage avec elle perd complètement son intérêt. Ou, s'il le conserve, c'est la masculinité du garçon qui sera atteinte plus tard.»

(Lorsque l’enfant paraît. Tome 3. Éd. du Seuil, 1979, p. 98)

L'énurésie

«Beaucoup de “pipis au lit” disparaissaient quand l'enfant a de l'eau près de lui. Chose tout à fait paradoxale pour les parents! Cela vient de ce que l'enfant, un peu inquiet ou angoissé, a besoin d'eau. Or, la manière immédiate de “faire” de l'eau, c'est de pisser au lit; la deuxième, c'est de boire. Eh bien, si l'enfant qui a l'habitude de faire pipi au lit a un verre d'eau près de lui, il la boira.»

(Lorsque l’enfant paraît. Tome 1. Seuil, coll. Points, 1977, p.62)

Le harcèlement

«Il y a des enfants qui —on ne sait pourquoi —se laissent battre, et même provoquent les autres à les battre, mais alors ce n'est pas seulement à l'école. Nous ne pouvons pas entrer dans les détails, mais pour ces petits masochistes en herbe, ces apeurés de tout, il y a un moyen qui les aide beaucoup, c'est de dire: “Je pense que tu ne fais pas attention à la façon dont les autres te battent. Tu te réfugies tout de suite, tu te caches, ce n'est pas ainsi que tu sauras jamais te défendre. Fais bien attention, au contraire. Alors tu remarqueras les coups qui font mal, et ceux qui font mieux mal.” Il faut dire ceci: “mieux mal”, bien que ce ne soit pas très correct. Avec l'autorisation de recevoir des coups et de faire attention à la façon dont il les reçoit, généralement l'enfant triomphera de sa difficulté au bout de quelques jours, il saura répondre et ne sera plus ennuyé par les autres.»

(Lorsque l’enfant paraît. Tome 1. Seuil, coll. Points, 1977, p.188).

Faible estime de soi

Jacques Pradel: «Une jeune maman vous demande si les parents peuvent vivre nus devant leur enfant, sans que cela risque d'être traumatisant pour celui-ci.»

F. Dolto: «C'est toujours traumatisant pour l'enfant. II faut que les parents respectent toujours leur enfant, comme un hôte d'honneur. Et devant un hôte d'honneur, ils ne se promèneraient pas nus! Pour un enfant, la nudité de ses parents est tellement belle, tellement séductrice, qu'il se sent minable à côté d'eux. Ces enfants développent des sentiments d'infériorité ou, pire, ils ne se voient plus eux-mêmes, et ils ne se sentent plus le droit d'avoir eux-mêmes un corps. Alors, que la mère et le père soient toujours décents, chez eux, comme les adultes le sont sur les plages, pas nus.»

(Lorsque l’enfant paraît. Tome 1. Seuil, coll. Points, 1977, p.119).

Les angines

«Vous aviez commencé à développer un jour la signification symbolique des angines...

Françoise Dolto: Oui, mais c'est tout à fait autre chose, le fait d'avoir des angines à répétition. Enfin, dans mes analyses, je constate toujours l'apparition d'angines au moment où le patient travaille l'époque orale, car l'angine est une réaction à l'abandon. Je crois que c'est un symptôme exprimant le désir du sujet d'appeler quelqu'un qui ne viendra pas. La gorge se serre au lieu même où elle voudrait appeler cette personne absente.»

(Séminaire de psychanalyse d’enfants. Tome I. Seuil, 1982, p.213)

Le viol d'enfants et l'inceste

Citations extraites de L’ENFANT, LE JUGE ET LA PSYCHANALYSTE, Françoise Dolto et Andrée Ruffo, Gallimard, 1999.

P33 : Question de la juge Andrée Ruffo à propos d’un enfant victime d’inceste

Dolto : L’important c’est : puisqu’il a survécu, qu’est-ce qu’il y a eu de suffisant pour y prendre son pied ? Si un être est vraiment traumatisé il tombe malade ; si un être n’a pas de quoi vivre il ne continue pas.

P 52 : à propos d’une enfant violée.

La juge : Mais on sait très bien que cet enfant est battue, qu’elle a été violée.
Dolto : Oui, et d’ailleurs qu’elle le provoque.

P 53 : à propos des enfants violés et battus :

Dolto : les enfants sont responsables de laisser les parents commettre un acte qui les avilit dans leur relation à leurs enfants.

P 81 : à propos d’un enfant victime de violences sexuelles

Dolto : … peut être que sans l’avoir cherché, l’enfant en était complice. Parce que je crois que ces enfants sont plus ou moins complices de ce qu’il se passe.

P 83 : La juge : On a souvent au tribunal la fameuse question : est-ce que les enfants (abusés) mentent ?

Dolto : Les enfants fabulent beaucoup, oui, c’est vrai.
(…)

La juge : Mais comment nous, juges, pouvons-nous savoir si l’enfant fabule ou non ?

Dolto : moi j’ai vu beaucoup d’enfants qui fabulaient et ça se voyait d’après leurs dessins.
(…)

P84 Dolto : Les enfants ont des désirs pour les adultes, ils piègent les adultes à cause de ça. Ils n’ont que ça à penser, à provoquer l’adulte.

P85 : La juge : mais pourquoi l’enfant fabule ? C’est qu’il doit y avoir un désir ?

Dolto : (…) le fantasme de l’inceste la littérature en est pleine. La littérature est pleine de modes défendus de relations sexuelles.

P87 : la juge : est-ce qu’il est utile pour les enfants qu’il y ait un jugement social, que l’enfant soit déclaré victime ?

Dolto : Non, justement c’est très difficile parce que ça le marque pour la vie. Si ça se passe à huis clos, entre l’enfant et les parents c’est beaucoup mieux. C’est bien dommage ce qui s’est passé. Il faut dorénavant que ce soit terminé et que ce ne soit pas toute une histoire. Ce sont des choses qui se passent dans le cabinet du psychiatre ou du médecin qui justement le garde en secret professionnel. Il travaille avec les parents pour ce dérapage dans leur vie imaginaire. C’est toujours sous médicament ou sous alcool que les choses se sont passées.

P 88 : la juge : mais quand c’est le père et qu’il nie ?

Dolto : Il a raison, c’est pas le même celui qui nie et celui qui a fait. Quand on leur dit ça : « Oui, vous avez raison. Celui qui dit « non » aujourd’hui il a raison parce que c’est impensable pour vous. Vous vous sentiriez un salaud si vous l’aviez fait avec toute votre conscience. Donc vous n’aviez plus votre conscience.

La juge : et qu’est-ce que vous faites en tant que juge pour enfant ?

Dolto : on prévient l’enfant : ça ne recommencera pas, sans ça tu seras complice.

P88 : la juge parle des mères abusées, de génération en génération

Dolto : et alors, vous n’en êtes pas morte. Pourquoi vous en faites toute une histoire ?

Citations extraites d'un entretien dans la revue Choisir, 1979

« Choisir – Mais enfin, il y a bien des cas de viol ?

F.Dolto – Il n’y a pas de viol du tout. Elles sont consentantes.

Choisir – Quand une fille vient vous voir et qu’elle vous raconte que, dans son enfance, son père a coïté avec elle et qu’elle a ressenti cela comme un viol, que lui répondez-vous ?

F.Dolto – Elle ne l’a pas ressenti comme un viol. Elle a simplement compris que son père l’aimait et qu’il se consolait avec elle, parce que sa femme ne voulait pas faire l’amour avec lui.

Choisir – D’après vous, il n’y a pas de père vicieux et pervers ?

F.Dolto – Il suffit que la fille refuse de coucher avec lui, en disant que cela ne se fait pas, pour qu’il la laisse tranquille.

Choisir – Il peut insister ?

F.Dolto – Pas du tout, parce qu’il sait que l’enfant sait que c’est défendu. Et puis le père incestueux a tout de même peur que sa fille en parle. En général la fille ne dit rien, enfin pas tout de suite. »

L'entretien vaut bien la peine d'être lu dans son intégralité. (p. 20-22)

Discussion

Peut-être ces citations sont-elles bidonnées, extraites de leur contexte pour leur faire dire autre chose que ce qu'elles disent? J'invite toute personne sceptique à consulter les sources citées pour vérifier les citations, et à se demander dans quel contexte exactement elles pourraient devenir acceptables.

On pourrait penser que ces idées appartiennent au passé et ne reflètent pas la psychanalyse actuelle. Ce serait une erreur. Aussi incroyable que cela puisse paraître, en 2019, de nombreux psychologues, psychiatres, et professionnels de la petite enfance considèrent encore Dolto comme une grande figure de la psychologie de l'enfant, et s'appuient quotidiennement sur ses idées dans leur pratique, ainsi que dans leurs rapports d'experts pour les tribunaux. De nombreux livres et colloques lui sont encore consacrés. Et bien sûr de nombreux médias français (notamment France Culture, France Inter, France Télévision...) perpétuent éternellement le culte de sainte Dolto.

On pourrait se rassurer en se disant que Dolto a peut-être déliré sur ces deux sujets particuliers, mais qu'il s'agit d'exceptions au sein d'une pensée par ailleurs remarquable sur bien d'autres sujets. Pour vous en faire une idée, je vous invite à lire ce recueil beaucoup plus vaste de citations de Dolto (cliquer sur Oui en bas de page), rassemblé par Jacques van Rillaer et auquel j'ai emprunté une bonne partie des citations. On pourra également retrouver des idées similaires dans la bouche de nombreux psychanalystes interrogés dans les documentaires de Sophie Robert.

Enfin, les derniers défenseurs de Dolto diront sans doute que quand bien même certaines de ses idées sont périmées, il faut tout de même lui reconnaître le mérite d'avoir fait reconnaître l'enfant comme une personne à part entière dès sa naissance, ouvrant la voie à l'anesthésie du bébé, aux droits de l'enfant, etc. Mais quelle est exactement sa contribution dans ce domaine?
La reconnaissance du statut et des droits de l'enfant est en fait une aventure ancienne, qui remonte au moins à Jean-Jacques Rousseau (Emile) et à John Locke, qui a fait l'objet de lois spécifiques en France et en Angleterre dès le XIXème siècle, et qui a fait l'objet d'un mouvement international dès le début du XXème siècle (cf. par exemple Wikipedia). Une première déclaration des droits de l'enfant est adoptée en 1924 par la Société des Nations (Françoise Dolto avait alors 16 ans). Ce mouvement international s'est plus tard nourri des progrès de la médecine et des sciences cognitives, qui ont notamment révélé la sensibilité et les capacités cognitives précoces du nourrisson, et qui ont établi le rôle de certaines expériences précoces dans les apprentissages, notamment celui du langage, ainsi que dans la psychopathologie. On peine à voir la moindre contribution spécifique à ce vaste mouvement de la part de Françoise Dolto, ni de la part de la psychanalyse en général (dont les hypothèses sur les facteurs précoces influençant le développement psychologique restent à ce jour purement spéculatives, lorsqu'elles n'ont pas été réfutées). Tout au plus peut-on reconnaître à Dolto le mérite d'avoir accompagné ce mouvement et d'en avoir popularisé les idées dans les années 1970-1980 en France.

Cet article Connaissez-vous Françoise Dolto? est apparu en premier sur Ramus méninges.

Sur quels critères les membres du CNU en psychologie sont-ils nommés? Une analyse bibliométrique de la section 16

A la suite des élections du Conseil National des Universités (CNU), qui fournissent deux tiers des membres de chaque section, le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche a procédé aux nominations du troisième tiers des membres, puis les sections se sont réunies et ont procédé à l’élection de leur bureau. En section 16 (psychologie et ergonomie), un petit débat a animé la communauté sur la question de la légitimité et de la représentativité des membres nommés, et sur les critères de choix de ces membres par le ministère. Dans cet article, je pose la question de savoir si la qualité de la recherche scientifique fait partie des critères utilisés par le ministère.

Le fait est que les critères de sélection des membres nommés sont relativement peu explicites. Le Décret n°92-70 du 16 janvier 1992 relatif au Conseil national des universités précise simplement que chaque section « a vocation à assurer la représentation équilibrée de la diversité du champ disciplinaire concerné, des établissements d'affectation des enseignants-chercheurs en relevant et de la répartition entre les femmes et les hommes qui la composent » (article 3), et que les nominations « concourent à l'objectif de représentation équilibrée » (article 4). On s’attend donc à ce que le ministère assure, via les nominations, un certain équilibre entre hommes et femmes, entre universités, et entre sous-disciplines de la psychologie. Cet ajustement par les nominations peut être important, car le système d’élections par listes ne garantit nullement qu’un tel équilibre soit atteint.

Par ailleurs, s’agissant d’une instance qui a pour rôle de se prononcer sur la qualification des enseignants-chercheurs, le suivi de leur carrière, l’attribution des primes d’encadrement doctoral et de recherche, et des congés pour recherches ou conversions thématiques, autrement dit de participer à l’évaluation des travaux des enseignants-chercheurs, il parait logique d’exiger un minimum de compétence. Là encore, les nominations peuvent jouer un rôle important. Les élections n’offrent aucune garantie concernant la compétence des personnes élues, les électeurs pouvant utiliser bien d’autres critères pour voter. Les CV des candidats annexés aux professions de foi des listes sont d’ailleurs très succincts, ne rendant pas la tâche aisée à l’électeur qui souhaiterait se faire une idée de leurs compétences professionnelles.

L’activité des enseignants-chercheurs est multidimensionnelle, comprenant des activités de recherche, d’enseignement, et des responsabilités administratives. Toutes ces activités sont prises en compte dans les évaluations faites par le CNU. Si on voulait garantir un minimum de compétence au sein même du CNU, il faudrait donc évaluer les candidats potentiels sur ces trois dimensions. Les responsabilités administratives sont en principe officielles et peuvent donc être prises en compte, il serait intéressant d’analyser si elles le sont. Les compétences d’enseignement, elles, sont la grande inconnue, elles ne sont à ma connaissance pas évaluées par les universités et sont donc impossibles à prendre compte par le ministère. Les compétences en matière de recherche, enfin, peuvent être évaluées sur la base des travaux publiés par les chercheurs. Je propose donc de tester l’hypothèse selon laquelle le ministère utilise également des critères de qualité scientifique pour sélectionner les membres nommés.

Bien évidemment, il est très difficile de classer rigoureusement la qualité des travaux des chercheurs, et on peut débattre longuement de la meilleure manière de le faire. Idéalement, l’évaluation des travaux d’un chercheur impliquerait la lecture critique complète de toutes ses publications (ou d’un « best of » choisi par l’auteur), par des experts au moins aussi compétents que lui sur le sujet. En pratique, ces conditions sont impossibles à réunir en dehors des jurys de thèse ou d’habilitation. La seule manière dont un petit nombre de chercheurs peut évaluer les travaux d’un plus grand nombre d’autres chercheurs dans un temps fini est de procéder à l’analyse de la liste de leurs publications : le plus souvent, leur nombre (productivité), et leur qualité inférée via les revues (plus ou moins exigeantes) dans lesquelles elles sont publiées, qualité parfois quantifiée par leur facteur d’impact (nombre moyen de citations reçus par les articles de la revue dans les deux années qui suivent la publication). Cela dit, la plupart des chercheurs s’accordent à dire que le facteur d’impact des revues est un indicateur trop grossier qui comporte de nombreux effets pervers. Quitte à utiliser le nombre de citations des publications pour inférer l’influence qu’elles ont sur les autres travaux scientifiques, autant analyser directement le nombre de citations reçues par les publications du chercheur évalué. C’est ce que fait le h-index, en combinant astucieusement le nombre d’articles publiés et le nombre de leurs citations : il est égal au nombre n de publications du chercheur qui ont recueilli chacune au moins n citations. C’est l’indicateur que je propose d’utiliser, tout en offrant la possibilité d’analyser d’autres indicateurs.

Méthode

Afin d’être le plus exhaustif possible, j’ai utilisé Google Scholar comme source d’information concernant les articles et leurs citations, ce qui permet d’inclure les articles dans les revues indexées ou non indexées, ainsi que les livres, les chapitres, les thèses, les brevets et même des rapports et mémoires non publiés, et ce quelle que soit la langue de publication. Afin d’automatiser le processus, j’ai utilisé le logiciel Publish or Perish, qui permet de collecter toutes les données de Google Scholar et calcule un grand nombre d’indices en plus du h-index.

J’ai ainsi collecté les publications et indices de tous les enseignants-chercheurs nouvellement élus ou nommés à la section 16 du CNU. Pour limiter le travail, je ne l’ai fait que pour les titulaires, pas pour les suppléants. Pour chacun, j’ai parcouru la liste des publications participant à son h-index (les n plus citées) pour vérifier s’il s’agissait bien de publications en psychologie ou dans un champ relié, et j’ai éliminé celles qui étaient de toute évidence dues à un homonyme travaillant dans un autre domaine. J’ai bien sûr pu en éliminer quelques-unes à tort ou en rater certaines. Les données brutes sont disponibles dans ce fichier. Je serai reconnaissant à toute personne me signalant des erreurs que je pourrais corriger.

Les données synthétiques qui ont servi à la production des figures sont dans ce fichier. Là encore, merci de me signaler d’éventuelles erreurs. Pour une explication détaillée de tous les indices rapportés et des multiples variantes du h-index, voir cet article. Il est bien sûr possible de faire d'autres analyse sur d’autres indices. Je serais intéressé de savoir si d’autres analyses donnent des résultats différents.

Résultats

Les graphiques ci-dessous montrent les histogrammes de h-index, pour les membres élus (en bleu) et les membres nommés (en orange), séparément pour les collèges A (professeurs) et B (maîtres de conférences) puisqu’il s’agit de stades différents de la carrière (12 élus et 6 nommés titulaires dans chaque collège).

Histogramme des h-index des membres nommés et élus du Collège A de la section 16.

Histogramme des h-index des membres nommés et élus du Collège B de la section 16.

Malgré les faibles effectifs, la tendance semble suffisamment claire pour ne nécessiter aucune statistique : les membres nommés ont en moyenne un h-index supérieur aux membres élus.

Discussion

Ces résultats suggèrent donc que le ministère a bien pris en compte, d’une manière ou d’une autre, un critère de qualité des travaux de recherche (tel qu’il peut être quantifié par le h-index), pour procéder aux nominations. Même si les nominations ne semblent pas refléter une recherche de performance extrême, on peut soupçonner qu’il y a eu un filtre minimal, consistant à ne pas inclure des enseignants-chercheurs ayant une production scientifique jugée trop faible.

Comme je l’ai expliqué plus haut, ce critère parait tout à fait légitime, puisque le CNU est amené notamment à évaluer les travaux de recherche d’autres enseignants-chercheurs. Il poserait problème que les évaluateurs ne soient pas au moins aussi compétents dans ce domaine que les évalués. Par ailleurs, les données révèlent que les élections de listes ne garantissent effectivement pas un niveau minimal de qualité scientifique : peuvent être élus des enseignants-chercheurs qui ont une activité de publication très faible, quel que soit le critère que l’on considère. Le ministère n’y peut rien, il ne peut que tenter de compenser cela partiellement par les nominations.

Plus généralement, on peut se poser la question de savoir si une instance d’évaluation comme le CNU (et aussi le CoNRS) doit être élue ou nommée, et dans ce dernier cas, sur quels critères. Les défenseurs des assemblées élues revendiquent la démocratie et la représentativité, ce qui est tout à fait souhaitable dans le domaine politique ou syndical, mais peut sembler plus discutable concernant une instance d’évaluation, pour laquelle la compétence semble une condition sine qua non, et devrait donc primer sur tout autre critère.

La représentativité est, certes, une qualité des assemblées élues, mais elle peut également être un problème. Dans le cas d’une communauté scientifique de bon niveau, une section du CNU élue sera à son image et aura toutes les chances de bien remplir sa mission. A contrario, une communauté scientifique faible, décalée par rapport à l’état de l’art international de sa discipline, élira aussi une section à son image, et aura peu de chances de progresser, car cela supposerait d’utiliser des critères d’évaluation qui mettraient en difficulté les membres de la section eux-mêmes. Dans un cas intermédiaire de communauté scientifique de niveau hétérogène, élisant une section du CNU reflétant cette hétérogénéité, les luttes de clans, les trafics d’influence et les compromis donnant-donnant risquent de se substituer à toute démarche d’évaluation rationnelle et objective.

C’est pour cela qu’il est généralement préférable que les instances d’évaluations soient constituées uniquement de membres sélectionnés pour leur compétence, comme c’est le cas pour les comités de sélection par exemple. On peut lire dans ce dossier de la revue En Temps Réel un argumentaire plus complet sur ce sujet et sur d’autres.

Est-ce que la procédure de nomination par le ministère répond à cette exigence ? Pas vraiment. D’une part, le décret qui précise les conditions de nomination est totalement flou sur leurs critères, si ce n’est qu’elles « concourent à l'objectif de représentation équilibrée ». La compétence n’est mentionnée nulle part. D’autre part, quelles que soient la compétence et la bonne volonté des personnels de la DGESIP et de la DGRI qui suggèrent les enseignants-chercheurs à nommer, ces personnels sont en nombre restreint, s’occupent de champs disciplinaires vastes qu’ils ne peuvent connaître en détail, et opèrent donc en partie à l’aveugle, et dans la plus totale opacité du point de vue de la communauté scientifique concernée. Par ailleurs, leurs suggestions sont soumises au cabinet du ministre, qui n’a pourtant aucun avis pertinent sur la qualité scientifique des personnes à nommer, et qui peut être soumis à diverses pressions électorales ou corporatistes.

Face à ces problèmes, certains recommandent la suppression pure et simple du CNU, institution jugée archaïque, corrompue, embolisée par le pouvoir syndical, coûteuse (en budget mais aussi en temps d’enseignant-chercheur gaspillé à des tâches inutiles), et incapable de véritablement assurer sa mission de garantir le niveau de recrutement des enseignants-chercheurs (voir par exemple le livre Le dernier verrou de François Garçon). Peut-être la plupart des disciplines universitaires pourraient-elles se passer du CNU sans grand dommage. Mais en médecine ou en psychologie où l’enjeu n’est rien moins que la qualité des soins offerts aux Français, cette perspective peut légitimement inquiéter. L’alternative serait d’avoir un CNU renforcé, composé de membres ayant toute la compétence et la légitimité nécessaire pour appliquer des critères d’évaluation rigoureux.

Si l’on voulait avoir un CNU entièrement composé d’enseignants-chercheurs sélectionnés pour leur compétence, le meilleur moyen serait d’organiser un appel ouvert à candidatures, dans lequel les candidats soumettraient à la fois une lettre de motivation, et un dossier donnant un maximum d’éléments permettant d’évaluer leurs compétences dans les domaines de la recherche, de l’enseignement, et des responsabilités administratives. Ces candidatures pourraient être examinées par des comités d’experts étrangers, reconnus internationalement pour leur compétence et minimisant les conflits d’intérêt avec la communauté française.

Cet article Sur quels critères les membres du CNU en psychologie sont-ils nommés? Une analyse bibliométrique de la section 16 est apparu en premier sur Ramus méninges.

Inquiétudes autour de la lutte contre les sectes

Inquiétudes autour de la lutte contre les sectes

www.lefigaro.fr
Par Angélique Négroni –

Les associations de victimes redoutent la disparition de la Miviludes qui combat ces dérives depuis 17 ans.

«Les sectes ont infiltré les hauts lieux de l’État et elles viennent de gagner le combat», rage l’ancien magistrat Georges Fenech. Sa colère fait suite à la décision du gouvernement de rattacher dès l’an prochain la Miviludes, cette structure qui œuvre contre le phénomène sectaire, au ministère de l’Intérieur et non plus à Matignon.

Pour l’ancien juge d’instruction, ce choix, a priori anodin, est lourd de conséquences. Il sonne la mort de cet organisme spécialisé qu’il avait présidé durant plusieurs années. En coupant les ponts avec les services du premier ministre, la Miviludes va perdre, selon lui, sa mission interministérielle qui lui permettait de balayer l’ensemble du phénomène sectaire en France et de mobiliser tous les ministères concernés. Cette structure va aussi, dit-il, se désintégrer au sein du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR) qu’elle est appelée à rejoindre à Beauvau. «C’est tout un savoir qui va se perdre», relate un fonctionnaire…

Montpellier : la fausse psy usait de méthodes sectaires pour dépouiller ses clients

Montpellier : la fausse psy usait de méthodes sectaires pour dépouiller ses clients

http://www.leparisien.fr/
Julien Constant | Le 10 novembre 2019 à 10h27

Cette femme de 63 ans a été mise en examen jeudi, avant d’être écrouée.

Par Julien Constant

C’est une fausse psychothérapeute qui a dépouillé une cinquantaine de personnes vulnérables depuis plus d’un an en utilisant les mêmes méthodes qu’une secte. Cette femme de 63 ans a été mise en examen, jeudi à Montpellier, pour escroquerie et abus de faiblesse avant d’être écrouée.

L’histoire commence en novembre 2018, lorsque la Sûreté départementale de l’Hérault et l’office central de répression des violences aux personnes (OCRVP) sont chargés de mener les investigations sur les activités de Simone. « Depuis plusieurs années, de nombreuses personnes se sont manifestées auprès de la Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires ( MIVILUDES ) pour dénoncer les pratiques douteuses de cette sexagénaire qui se présentait comme psychothérapeute et somatothérapeute », explique une source proche du dossier.

En fait, cette femme déjà connue des services de police n’a aucun diplôme et, sur sa page Internet, elle se dit spécialiste du toucher thérapeutique pour débloquer les tensions, affichant des compétences dans toutes les disciplines du genre : Shiatsu, réflexologie plantaire, rêve éveillé etc.

Les enquêteurs ont rapidement découvert qu’elle ne déclarait pas ses revenus. Et surtout, qu’elle était aidée par son conjoint et quatre autres femmes pour mettre en place une stratégie destinée à dépouiller des gens vulnérables psychologiquement qui poussaient la porte de son cabinet.

Désocialisation des patients

« Elle leur proposait des stages très coûteux qu’elle animait elle-même et usait de son influence pour accélérer la désocialisation de ses patients. Elle les coupait de tout lien d’amitié et avec leurs familles afin de mieux parvenir à ses fins », précise une source proche de l’affaire.

Les enquêteurs, épaulés par le GIR (groupe d’intervention régional) du Languedoc ont surveillé et écouté les escrocs durant de nombreux mois. Ils sont parvenus à identifier une cinquantaine de victimes depuis 2013. Mais seule une dizaine a été entendue, pour lesquelles le préjudice s’élève à 120 000 euros.

La fausse praticienne, son époux et ses quatre complices, âgés de 38 à 65 ans, ont été arrêtés mardi dernier à Montpellier. Lors des perquisitions les forces de l’ordre ont mis la main sur 19 000 euros en espèces au domicile d’une des complices. 4000 euros ont été saisis sur le compte bancaire du couple. Leur Audi Q3 a aussi été saisie. Les six suspects ont été placés en garde à vue dans les locaux de la Sûreté.

La fausse psychothérapeute a reconnu du bout des lèvres en tentant de minimiser l’ampleur de ses méfaits. Son époux a été mis en examen mais il a pu recouvrer la liberté sous contrôle judiciaire. Les quatre complices ont été laissées libre à l’issue de la garde à vue. La suite des investigations s’avère déjà longue car les policiers devront entendre une centaine de victimes et le montant du préjudice pourrait atteindre le million d’euros.

Fusion de la Miviludes avec le CIPDR

A F S I

Alerte Faux Souvenirs Induits

Maison de la vie associative et Citoyenne
18 rue Ramus 75020 PARIS
Métro : gambetta – Ligne 3

Tél. : 06 81 67 10 55

Fusion de la Miviludes avec le CIPDR
(Comité Interministériel de Prévention de la Délinquance et de la Radicalisation :

L' A F S I monte au créneau dans un courrier auprès du Premier ministre.

Paris, le 3 Octobre 2019

Monsieur Edouard PHILIPPE
Premier Ministre
Hôtel de Matignon
57 rue de Varenne
75007 PARIS

Monsieur le Premier Ministre,

Présidente de l’association A F S I , Alerte Faux Souvenirs Induits, association de la Loi 1901, depuis sa création en Juillet 2005, notre association lutte contre les dérives sectaires dans le domaine de la Santé, les thérapies en particulier.

Toutes les dérives de thérapeutes souvent autoproclamés sont notre principale préoccupation, puisque notre association a recensé plus de neuf cents familles et victimes, venant de toute la France, ce qui représente des milliers de victimes, dont les enfants sont sous l’emprise de thérapeutes charlatans qui usent de leur pouvoir de suggestion pour induire via diverses techniques de manipulation mentale des traumatismes inexistants dans l’esprit de leurs patients entraînant chez eux une destruction psychologique grave et durable ainsi qu’une rupture avec leur famille, et que nous appelons « les faux souvenirs induits ».

Pour venir en aide aux victimes et leur famille nous nous tournons régulièrement vers les agents de la Miviludes. Leur expérience nous permet de mieux renseigner les familles et, si nécessaire, de les amener à se retourner contre leur thérapeute malfaisant.

Notre association a toujours travaillé avec la Miviludes et ses agents, depuis sa création en 2005. C’est dans son Rapport 2007 remis au Premier Ministre que la Miviludes avait abordé cette problématique des faux souvenirs induits dans une étude intitulée : les dérives psychothérapeutiques, le cas des faux souvenirs induits (page 39).

Pour la première fois un rapport officiel parlait des faux souvenirs induits, phénomène qui nous vient des Etats-Unis, qui après les mouvements féministes des années soixante-dix, ont vu déferler chez eux une vague d’accusations de parents innocents. La False Memory Syndrome Foundation (FMS) s’est créée en 1992 pour justement combattre ces fausses accusations. En 1997 plus de 150 procès ont eu lieu, des victimes de thérapeutes déviants et leurs parents se sont retournés contre leur thérapeute. Tous les procès ont été gagnés et les victimes ont reçu des millions de dollars en dommages et intérêts.

La médiatisation de ces procès a fait que depuis 2000 il n’y a pratiquement plus de faux souvenirs aux Etats-Unis. Nous avons en France près de 20 ans de retard sur les américains, c’est la raison pour laquelle nous sommes aujourd’hui « en plein » dans les faux souvenirs induits.

Les Agents de la Miviludes nous reçoivent régulièrement pour des sujets épineux que nous ne pouvons pas toujours résoudre nous-mêmes et leurs conseils avisés, que ce soit dans le domaine de la santé ou de la Justice, nous permettent de répondre le mieux possible eux familles. La Miviludes reçoit également les familles dans la détresse qui ont souvent des problèmes avec des jeunes enfants ou petits-enfants.

Aujourd’hui vous avez décidé de rapprocher la Miviludes avec le Comité Interministériel de Prévention de la Délinquance et de la Radicalisation (CIPDR) qui dépend du Ministère de l’Intérieur. Vous expliquez que « la Miviludes et le CIPDR ont un point commun important qui est la lutte contre les nouvelles formes de radicalité et les phénomènes d’emprise et d’enfermement … »

• Que deviendront les victimes de thérapeutes déviants ?
• Que deviendra notre association si elle ne peut plus se tourner vers la Miviludes ?

Car la radicalité ce n’est pas du tout notre problème, nous le voyons bien, depuis 2015 on ne parle que de la radicalisation mais plus du tout des faux souvenirs induits ni des thérapeutes déviants, alors que nous recevons en moyenne entre quatre-vingt et cent familles chaque année.

• Vers qui devrons-nous nous tourner ?
• Quel service au CIPDR sera à même de nous dire si tel ou tel thérapeute est toxique ou si telle ou telle thérapie est dangereuse, parce que la Miviludes a une certaine expérience que nous n’avons pas, faute d’avoir reçu aucune subvention depuis notre création en 2005.

Nous savons depuis longtemps que les Pouvoirs publics attendent tout des associations sans rien donner en retour. Avec la Miviludes nous sommes certains d’avoir les bons renseignements, qui allons-nous avoir maintenant ? A qui devrons-nous faire confiance ?

Nous sommes désolés de vous dire, Monsieur le Premier Ministre, que faire disparaître la Miviludes comme vous en avez décidé, est une grossière erreur, vous laissez ainsi la porte ouverte à tous les charlatans de la santé et des mouvements sectaires. En œuvrant ainsi vous voulez la perte des associations.

Nous nous tenons à votre disposition pour vous rencontrer et vous présenter notre association.

Veuillez croire, Monsieur le Premier Ministre, en l’assurance de notre considération distinguée.

La présidente
Claude Delpech

Les fake news peuvent créer de faux souvenirs

Les fake news peuvent créer de faux souvenirs

https://www.courrierinternational.com
Carole Lembezat – Publié le 

Selon une étude publiée dans Psychological Science,les électeurs peuvent se créer de faux souvenirs après avoir été exposés à des informations inventées, en particulier si elles correspondent à leurs convictions politiques.

“Nul ne peut nier que les fake news sont un vrai problème”,commence Forbes. En se propageant via les réseaux sociaux, elles contribuent à renforcer des préjugés, influencent les gens et sont souvent difficiles à stopper. Elles conduiraient même à la fabrication de faux souvenirs, en particulier si ces fausses informations vont dans le sens de nos convictions. C’est ce que montre une étude parue le 21 août dans la revue à comité de lecture Psychological Science.

Menée auprès de 3 140 volontaires, une semaine avant le référendum sur la légalisation de l’avortement en Irlande, en 2018, cette étude “montre de façon terrifiante qu’il est extrêmement facile de nous manipuler et extrêmement difficile pour beaucoup d’entre nous de distinguer le vrai du faux”, analyseRolling Stone.

Près de la moitié des participants ont en effet affirmé se souvenir d’au moins une des fausses informations qui leur étaient présentées, “et beaucoup n’ont pas remis en question leurs faux souvenirs, même après avoir appris que les articles qu’ils avaient lus étaient faux”, rapporte BBC News.

Gillian Murphy, chercheuse à l’University College Cork, qui a dirigé l’étude, explique à la chaîne britannique :

La mémoire est un processus de reconstruction et nous sommes vulnérables aux suggestions qui faussent nos souvenirs sans que nous en prenions conscience.”

Pour cette étude, les chercheurs ont demandé à chaque participant leurs intentions de vote, puis ils leur ont montré six informations dont deux étaient inventées. “Un exemple concernait la destruction forcée d’affiches de campagne qui auraient été achetées illégalement avec des fonds étrangers”, détaille BBC News. Les participants devaient dire s’ils se souvenaient ou non de ces informations et dans quel contexte ils en avaient eu connaissance.

Une étude sur un cas réel : une première

Les partisans de la légalisation de l’avortement – qui avaient annoncé qu’ils voteraient oui au référendum – étaient plus susceptibles de prétendre se souvenir de ce qui s’était passé si l’histoire concernait la campagne du non – et inversement.

Pour Rolling Stone“les conclusions de cette étude sont claires : non seulement il est terriblement facile pour des individus mal intentionnés d’exploiter les biais (cognitifs) des gens pour les manipuler, mais il est aussi très difficile pour ces gens de réajuster leur perspective une fois qu’ils ont été manipulés, et ce même si on leur dit explicitement qu’il s’agissait d’une manipulation”.

Et pour BBC News, “cette étude corrobore des travaux antérieurs. Mais, selon les auteurs, c’est la première fois que le problème était mis à l’épreuve dans le cadre d’un véritable référendum et simultanément à ce dernier.”

Paris : le gynécologue adepte de la «méditation orgasmique» aurait fait plusieurs victimes

Paris : le gynécologue adepte de la «méditation orgasmique» aurait fait plusieurs victimes

http://www.leparisien.fr/
Cécile Beaulieu | 29 mai 2019, 18h25| MAJ : 29 mai 2019, 18h56

Prévenu d’agression sexuelle sur une patiente, le gynécologue parisien aurait fait d’autres victimes. Le procès a été renvoyé pour que toutes ces femmes soient entendues.

Par Cécile Beaulieu

Le 29 mai 2019 à 18h25, modifié le 29 mai 2019 à 18h31

Marie * ne serait pas la seule victime du gynécologue. Alors que le médecin parisien, septuagénaire, devait être jugé pour avoir agressé sexuellement la jeune femme de 26 ans, en 2016, dans son cabinet du nord de Paris, c’est un véritable coup de théâtre qui s’est joué devant la 10e chambre du tribunal correctionnel, où s’est présentée une seconde partie civile. Comme Marie, Sophie *, 30 ans, affirme avoir subi les assauts du praticien, des attouchements buccaux, et même une pénétration. Comme Marie, elle lui a demandé d’arrêter… Et l’homme a repris la consultation en toute indifférence. Comme Marie, encore, dans un état de sidération totale, elle a réglé le médecin sans un mot.

La police judiciaire retrouve des victimes

Retour quelques mois en arrière : Sophie se décide à pousser la porte la porte du 2e DPJ (district de police judiciaire), pour dénoncer, enfin, l’agression dont elle a été victime. Immédiatement, le nom du gynécologue évoque aux enquêteurs une autre affaire, celle de Marie, et ils en réfèrent au parquet qui lance des investigations, répertorie méthodiquement les plaintes déposées, et recherche activement d’autres victimes potentielles.

Une expertise psychiatrique accablante

Outre Marie et Sophie, deux autres jeunes femmes sont identifiées : l’une n’a pas encore souhaité déposer plainte, et, pour la seconde, les faits, trop anciens sont désormais prescrits. « Mais l’affaire prend une toute autre dimension, souligne Me Marie-Alix Canu-Bernard, l’une des conseils de Marie. Nous pensions à un comportement isolé. Un médecin qui, brutalement, perd pied, mais il semble qu’il s’agisse d’un comportement en série, beaucoup plus inquiétant. D’ailleurs, termine-t-elle, la seconde expertise psychiatrique dresse le portrait d’un homme pervers et dangereux ». A la vue du dossier, le président décide de joindre les affaires et reporte leur examen à l’automne, dans une audience fleuve de 7 heures.

C’est sur les bancs du tribunal que Marie et Sophie se sont découvertes, et constaté leur étonnante ressemblance physique. Confronté, aussi, leur douloureuse expérience dans le cabinet du médecin, qu’elles avaient pourtant consulté à de multiples reprises avant d’être agressées.

Une séance de « méditation orgasmique »

Marie, elle, connaissait même le praticien, ami de sa famille, depuis l’enfance. C’est donc en toute confiance qu’elle se rend, ce 13 avril 2016, à sa consultation. Mais, rapidement, l’examen tourne au cauchemar. Délaissant toutes considérations médicales, le gynécologue propose à sa patiente une séance de « méditation orgasmique », étrange concept qui se traduira par des attouchements sexuels, si poussés, qu’une information judiciaire pour viol avait initialement été ouverte, avant que les faits ne soient requalifiés en « agression sexuelle par personne ayant autorité ». Le lendemain, le docteur avait envoyé à Marie un SMS d’excuses qui sonne comme un aveu. Aujourd’hui, il nie pied à pied à l’accusation, taxant sa patiente de « dévergondée » qui n’hésiterait pas à s’afficher en maillot de bain sur les réseaux sociaux, comme il l’a martelé lors de la première audience, au mois de janvier.

Des victimes très éprouvées

Très douloureusement éprouvée, Marie est toujours suivie par un psychologue. Quelques mois auparavant, Sophie passe la porte du gynécologue. Il la suit régulièrement car elle souhaite avoir un enfant. Cette fois, il n’est pas question de méditation orgasmique, mais là encore, la consultation dérape : effarée, la patiente découvre que les gestes du médecin n’ont rien avoir avec un examen médical : « Ça ne va pas ! », s’exclame-t-elle alors. Sans se départir de son calme, le praticien, rappelé à l’ordre, poursuit comme si de rien n’était, la consultation.

L’audience se tiendra le 24 octobre prochain.

* Les prénoms ont été modifiés

❌