Les Sceptiques du Québec

🔒
❌ À propos de FreshRSS
Il y a de nouveaux articles disponibles, cliquez pour rafraîchir la page.
À partir d’avant-hierSham and Science

Sham and Science sur Podcast Science #vaccination

Par : sham

sciencePetit article simplement pour vous signaler mon interview sur Podcast Science à propos des vaccins. Vous pouvez écouter l’interview et commenter sur cette page:

Podcast Science, 177, les vaccins avec Nima Yeganefar

Par rapport à ma dernière prestation sur le balado scientifique, je parle toujours autant… Pardon aussi des nombreuses fautes grammaticales, une spécialité que je traine depuis longtemps ainsi que quelques tics de langage dont un « c’est terrible » répété 10 fois de suite en une minute qui fera beaucoup rire quelques amis d’enfances. Je confonds toujours avortement/fausse couche (il faut remplacer « avortement » par « fausse couche » dans mon discours), et parfois virus/vaccin, un comble…

Merci de tout cœur à toute l’équipe de Podcast Science pour m’avoir invité et tout particulièrement Alan et Billy, j’ai passé un très agréable moment. N’hésitez pas à me faire des retours sur l’interview ici ou sur la page podcast science.

sham (FacebookTwitterGoogle+)

Quand les scientifiques s’amusent: opération Emoto Riz!

Par : sham

300-704938A ses yeux vides et ses épaules tombantes, je sentais bien que j’avais raté mon effet. L’opération “Emoto Riz” me semblait pourtant être en mesure de l’impressionner, sans parler du prix Nobel possible à la clé. Mais rassurez-vous, il m’en fallait plus pour me décourager, d’autant plus que je ne suis pas seul dans cette affaire, mon ami Nicolas Gauvrit est de mèche, l’opération “Emoto Riz” ira jusqu’au bout!

Quand le bol de riz rencontre la gentille pensée

Masaru Emoto est un personnage qui connait une certaine popularité sur le net. Il prétend pouvoir démontrer l’influence de la pensée sur la matière notamment par la création de cristaux dans l’eau suite à des “énergies” positives. Plus récemment, dans une vidéo de démonstration, Emoto montre qu’il suffit de parler avec amour à un bocal de riz pour qu’il reste sain, tandis qu’un bocal se faisant insulter pourrit rapidement pour finir tout noir, tout vilain. La morale de l’histoire mérite votre attention, cher(e)s lecteurs/rices, car si le riz tourne noir, imaginez l’influence que vos mauvaises pensées peuvent avoir sur les cellules de vos enfants!

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=Ehlw-9PJkIE[/youtube]

Les méchants scientifiques

En vous promenant sur youtube, vous constaterez vite que de nombreuses vidéos confirment cette merveilleuse “mind blowing” expérience. Malheureusement, ces vilains scientifiques n’ont que mépris pour les travaux de Masaru Emoto, songez qu’il n’a même pas de diplôme et aucune publication scientifique à son actif. Ha! On l’accuse aussi de suivre une méthodologie rédhibitoire qui ne permet absolument pas de conclure: l’expérience ne contrôle pas suffisamment de variables, le nombre de bocaux est bien trop faible pour mettre en évidence des différences significatives, sans parler de l’absence de démarche en double aveugle, l’expérimentateur peut donc involontairement (ou volontairement) influencer le résultat, etc. Bref, circulez, il n’y a rien à voir!

ch890807Les gentils scientifiques (ie. qui ont du temps à perdre)

Pour clouer le bec à ces détracteurs, Nicolas a mis au point un protocole scientifique pour, nous l’espérons, démontrer la validité des théories de Emoto. Il faut réunir 10 bocaux de riz, 5 qui seront traités avec amour et 5 autres qui n’auront droit qu’à de la haine. Une étiquette amour/haine indiquera sur chaque bocal quel sort est réservé au riz, ces étiquettes seront ensuite cachées de telle sorte qu’on ne puisse pas distinguer les différentes boites. Un individu sera chargé d’insulter/d’aimer chaque bocal tandis qu’un autre devra désigner à l’aveugle quelle boite contient le riz le plus pourri. Pour plus de détails, on peut se référer à ce protocole [doc] ouvert à la critique d’ailleurs.

Dans cette configuration, comme il existe une chance sur deux de tomber sur la bonne configuration (pourri/insulte ou sain/amour), l’expérience est considérée comme réussie si le résultat final fait mieux que le simple hasard. Je donnerai les détails de cette étape une fois l’expérience terminée, ça fera une excellente introduction aux statistiques!

Les candidatures sont ouvertes!

Si comme nous, vous avez l’âme du scientifique, que vous sentez l’enthousiasme des pionniers vous envahir, que vous sentez que vous allez ouvrir des perspectives révolutionnaires à l’humanité, n’hésitez plus, rejoignez Nicolas et moi-même dans l’opération “Emoto Riz”!

Sham (Facebook, Twitter, Google+)

Paludisme et DDT, les écologistes sont-ils coupables?

Par : sham

mlkjsdflmksgLe DDT est un insecticide dont la toxicité environnementale est avérée depuis quelques décennies [pdf] mais son utilisation est toujours préconisée dans la lutte contre le paludisme par l’OMS. Le magazine Science et Pseudo-Science (SPS) a récemment publié un article de Jean-Paul Krivine intitulé: DDT et lutte contre le paludisme, la réécriture de l’histoire. Cet article met en cause le journaliste Stéphane Foucart et avance la théorie selon laquelle les campagnes écologistes ont conduit à bannir de fait l’utilisation du DDT entrainant des millions de victimes. Le journaliste Stéphane Foucart et le blog Factsory ont répliqué en accusant l’AFIS de propager des mythes inventés par les néo-conservateurs américains. Pour en avoir le coeur net, je me suis plongé dans la littérature du DDT et je tenais à présenter, sans polémique, les résultats de cette enquête bibliographique.

1955, début d’une grande campagne de l’OMS pour éradiquer le paludisme

Dans les années 50, l’OMS envisage l’éradication de la maladie par l’utilisation du DDT. Le plan est simple et potentiellement rapide: le paludisme est une maladie provoquée par des parasites que les moustiques transmettent d’un humain à l’autre; pour obtenir l’éradication, il “suffit” donc de stopper la transmission en tuant les moustiques qui transportent ces parasites et soigner les malades pour éliminer le réservoir de parasites. En maintenant la pression sur plusieurs années, on pourrait venir à bout du paludisme.

Reste à savoir comment repérer un moustique porteur du paludisme et surtout comment l’arrêter? Tout simplement en badigeonnant de DDT l’intérieur des murs des maisons. En effet, le comportement des moustiques vecteurs de la maladie est assez systématisé. Le moustique (femelle) pique généralement la nuit, à l’intérieur des maisons et se réfugie ensuite vers un mur proche. L’insecticide rentre alors en jeu…RIP! Il faut néanmoins pouvoir traiter un grand nombre de maisons pour garantir l’éradication, généralement autour de 80% [pdf].

L’éradication semble donc réalisable, rapidement qui plus est. L’enthousiasme est grand et des sommes colossales sont réunies pour une première grande campagne internationale. Le plan est d’ailleurs en partie un succès: le paludisme est effectivement éradiqué dans certains pays tandis que d’autres s’en approchent. Le Sri Lanka voit par exemple le nombre de malades réduit à une poignée d’individus en quelques années. En Indddt-is-good-for-mee, une chute vertigineuse de 75 millions à quelques milliers de malades est observée et la mortalité s’approche de zéro au début des années soixante. En une dizaine d’année, le DDT a permis de sauver des millions de vie humaines mais pour des raisons que nous détaillerons plus loin, l’éradication n’est pas achevée partout[ref]Nos lecteurs anglophones pourront lire The mosquito killer, publié dans The New Yorker, qui conte cette extraordinaire aventure humaine.[/ref].

La suite de l’histoire du DDT en quelques dates clés

L’objectif d’éradication n’étant pas atteint, le plan reste actif jusqu’en 1969 pour être finalement abandonné; l’OMS change son fusil d’épaule pour tenter non plus d’éradiquer mais simplement de contenir la maladie en limitant la mortalité[ref]De nombreux documents de l’OMS relatent ces faits, par exemple [pdf], [pdf].[/ref].

Seulement, le DDT à cette époque est aussi utilisé en agriculture et de manière intensive. Pour donner un ordre de grandeur, le traitement de 40 hectares de coton sur une saison nécessite autant de DDT que traiter 1700 maisons[ref]Comparaison proposée dans cet article.[/ref]! Or cette utilisation intensive n’est pas sans conséquence et plusieurs rapports gouvernementaux tirent à juste titre la sonnette d’alarme: le DDT est plus toxique que prévu, notamment pour certains animaux, il persiste longtemps dans la nature et des résistances sont constatées chez certains moustiques. Le grand public, quant à lui, prend conscience des dangers du DDT à travers le roman best-seller de Rachel Carson qui dénonce l’utilisation abusive de cet insecticide et fait un plaidoyer sans appel contre le DDT, parfois de manière caricaturale, tout en reconnaissant de manière succincte que l’utilisation de cet insecticide est utile pour la prévention des maladies.

peanuts11-12

En 1972, le gouvernement américain décide alors d’interdire le DDT sur son territoire mais en autorisant son exportation ainsi que son utilisation en cas d’urgence sanitaire. Il faut attendre la fin des années 90 pour que le paludisme revienne sur le devant de la scène médiatique avec des résurgences importantes dans certains pays africains. En 2001, la conférence de Stockholm interdit l’utilisation de polluants persistants dans la nature mais une clause, encore une fois, autorise le DDT comme outil sanitaire. Cette convention, bien que ratifiée par toutes les associations écologistes, a fait l’objet d’intenses débats. Ces associations tenaient à imposer une date de fin d’utilisation du DDT, mais au final, le traité souligne simplement l’importance de trouver des solutions alternatives rapidement sans fixer de date. Les débats sont relancés en 2006, quand l’OMS remet l’utilisation du DDT au centre du dispositif anti-paludisme dans un communiqué assez virulent et dénonce dans un rapport [pdf page 6] de récentes peurs non fondées contre son utilisation[ref]La phrase est un peu ambigüe la voici dans sa globalité: “Despite its initial widespread use and contribution to the success of malaria eradication and control efforts, in recent years, the use of IRS [indoor residual spraying] has declined. This is due in part to lack of government commitment and financing to sustain these efforts over the long term and to concerns about insecticide resistance and community acceptance. However, another important factor has been general disapproval of DDT use, due to fears of its harmful effects on the environment and on human health, fears which are unjustified when DDT is used appropriately for IRS” (je souligne).[/ref]. Cette annonce déclenche rapidement la polémique puisqu’elle semble mettre de côté la volonté d’en finir avec le DDT, l’un des objectifs de Stockholm.

Des problèmes inattendus avec les campagnes massives

Il est difficile d’imaginer les difficultés rencontrées dans des campagnes aussi importantes; elles peuvent être de nature financière, psychologique, administrative, politique, technique, etc. Par exemple, dans les villages de Malaisie, les toits de chaume ont commencé à s’effondrer suite au traitement au DDT. En effet, les toits sont généralement attaqués par des chenilles mais ces dernières sont mangées par des guêpes. Or le DDT repousse les guêpes laissant les chenilles libres de se goinfrer… De même, les habitants se plaignent rapidement d’une augmentation vertigineuse de punaises dans leurs lits, autre conséquence indirecte et non prévue du DDT [pdf]. Autre problème inattendu: le DDT pouvait être dilué à des concentrations trop faibles soit pour faire des économies, soit pour faire des profits au marché noir.

Mais ces exemples ne nous disent rien sur l’importance du rôle qu’ils ont pu jouer dans la résurgence du paludisme. Pour éviter les polémiques, il est bon de s’appuyer sur toutes les sources scientifiques analysant les problèmes de résurgence évitant ainsi les biais de sélection. Ce travail porte un nom en science: l’étude systématique. La dernière en date a été réalisée en 2012, elle a répertorié 75 cas de résurgences dans 61 pays différents et a classé les causes mises en avant ainsi que la qualité de chaque étude associée.

Les causes de la résurgence du paludisme: l’argent, le nerf de la guerre

Cette étude répertorie donc par ordre d’importance les raisons listées dans les articles scientifiques qui peuvent d’ailleurs se cumuler. On note que dans 91% des cas, l’arrêt du programme de la lutte contre le paludisme est la première cause de la résurgence, ce qui est presque une tautologie. Dans 59% des cas, l’augmentation du potentiel de transmission du paludisme est évoquée (changement des méthodes agricoles, mouvements migratoires ou modifications des types de moustiques, changement climatique, guerre civile et détéroriation des conditions économiques). Dans 32% des cas, on signale des problèmes techniques comme les résistances aux insecticides ou aux médicaments anti-paludiques.

Il faut se plonger plus en avant dans l’article pour comprendre ce que représente les 91% de cas où l’arrêt des programmes est en cause. On y liste des problèmes de financement (54% des cas), des problèmes d’exécution et un optimisme trop grand (47%)[ref]Traduction approximative, le terme anglais utilisé est “complacency”.[/ref], des guerres ou catastrophes naturelles (25%), des abandons délibérés du programme (25%), la non coopération des autorités locales (10%) et un ensemble de facteurs divers (10%).

Quel rôle ont alors joué les campagnes écologistes dans tout cela? Les financements venant principalement de donateurs issus de pays riches, la propagande écologiste a-t-elle favorisée cette diminution? Ce n’est pas impossible, mais à part le rapport de l’OMS en 2006 qui accuse de récentes pressions, peu d’éléments permettent de confirmer cette accusation. La principale raison avancée dans l’article reprend le paradoxe bien connu de ceux qui s’intéressent à l’histoire de la vaccination: une trop grande efficacité. En effet, lorsque la maladie semble être maitrisée, l’aide internationale est arrêtée pour être dirigée vers d’autres secteurs jugés plus importants. Confronté à un manque de financement, le pays n’arrive pas ou décide de ne pas continuer le programme de lutte provoquant, à plus ou moins long terme, la résurgence de la maladie.

Le DDT est une solution utile mais pas unique

Si le DDT est souvent considéré comme une solution intéressante et en plus économique, il n’en reste pas moins que l’expérience des grandes campagnes montre qu’il faut toujours prévoir un arsenal de solutions adaptées à chaque situation. Le paludisme a été éradiqué dans certains pays grâce à une bonne « maitrise » du territoire éliminant les milieux où le moustique peut se reproduire. Par exemple, dans certains pays africains, les habitants doivent régulièrement consolider avec de la boue leur maison en terre. Cette boue présente un terrain idéal de prolifération des moustiques. Apporter des financements pour construire des maisons en briques est dans ce cas une solution intéressante. Dans le même esprit, les champs de riz sont un lieu particulièrement apprécié des moustiques qui s’y reproduisent. Or si le champ est drainé de manière intermittente, les larves de moustiques peuvent être détruites efficacement[ref]On pourra se référer à cet article qui répertorie des exemples de ce type de stratégies.[/ref]. Quant aux insecticides, des alternatives au DDT existent mais sont souvent plus chères; il ne faut pas non plus oublier l’utilisation de filets anti-moustiques autour du lit dont l’efficacité est aussi très importante. Enfin, traiter les humains par des thérapies à effets rapides se montre aussi un moyen efficace de lutte et a le bon goût de limiter les résistances [pdf page 18]. Pour une analyse économique de ces différents traitements, on peut se référer à cette autre étude systématique [pdf].

Conclusion personnelle et biaisée

Il serait facile d’adopter une posture à mi-chemin entre le discours développé dans l’AFIS et celui développé par Foucart étant donné que les preuves factuelles sont sujettes à interprétation. Je voulais éviter cet écueil alors je vais simplement signaler mon opinion forcément biaisée notamment par mes penchants politiques. Car en traçant cette histoire, je suis tombé sur des documents montrant clairement que le discours accusant les écologistes a été propagé par les néo-conservateurs américains fin des années 90[ref]Voir 1, 2, et les liens sur les “tobacco documents”.[/ref]. Le but était de nuir à l’image des écologistes et, en particulier, de brouiller les pistes sur le tabagisme passif. J’essaie bien évidemment de ne pas céder au “délit de sale gueule”, car après tout, si un nazi avance que 2+2=4, cela reste toujours une vérité. Ce contexte politique houleux me pousse néanmoins à penser que la responsabilité des écologistes est largement exagérée, je n’en ai malheureusement pas la preuve formelle.

Sham (Facebook, Twitter, Google+)

PS: Pour mémoire, je fais partie du comité de rédaction du magazine de l’AFIS, Science et Pseudo Science, qui a publié l’article de Jean-Paul Krivine signalé au début.

Méfiez-vous des arnaqueurs dans la rue!

Par : sham

oiujkhsdgfh-6600-X1R2100ZEn balade dans Paris, je viens de voir un jeune touriste se faire arnaquer d’une centaine d’euros en moins de deux minutes sans que je puisse l’avertir. L’arnaque en question étant vieille comme le monde, je ne pensais pas qu’il existait encore des personnes se faisant piéger ainsi. Il s’agit de ce jeu où il faut trouver la bonne carte parmi trois autres (three card monte en Anglais ou bonneteau en Français) ou autres variantes autour de ce thème. Cet article pourrait être résumé en une phrase: ne jouez pas, VOUS NE POUVEZ PAS GAGNER!

La simplicité du jeu est certainement à l’origine de l’efficacité et de la longévité de cette arnaque. En observant le déroulement d’une partie, vous pensez avoir au moins une chance sur trois de trouver la bonne carte en choisissant au hasard, et généralement vous estimez qu’il est possible d’augmenter vos chances en suivant attentivement le mouvement des cartes. D’ailleurs, cela ne semble pas forcément difficile à première vue, car généralement, les mouvements de cartes ne sont pas très nombreux. Pour jouer, il faut miser avec un billet de 50€ placé sur la carte que vous avez choisie. Si vous gagnez, votre mise est doublée. Un jeu simple que vous avez peut-être déjà vu dans des émissions de divertissement (argent en moins). « Ça ne peut pas être tellement différent qu’à la télé » devez-vous penser. Grossière erreur car, dans la rue, une subtilité vous échappe: il s’agit d’une escroquerie!

L’arnaqueur

D’abord, la personne qui manipule les cartes possède une dextérité dont vous n’avez certainement pas conscience. Même avec peu de mouvements, il peut tromper votre vigilance en vous faisant croire que vous avez suivi la bonne carte depuis le début. La vidéo ci-dessous vous montre deux techniques différentes de faire tomber les cartes.

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=qyARJj7xdSA[/youtube]

Si vous avez affaire à une variante où il faut trouver une bille, c’est encore plus difficile. La bille reste généralement dans les mains de l’arnaqueur (discrètement coincée entre deux doigts) sans que vous en soyez conscient. Il peut donc choisir de mettre la bille où il veut après que vous ayez fait votre choix!

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=C5T-OBDSeVM[/youtube]

Les complices

Ensuite, règle de base d’une bonne arnaque, elle n’est jamais réalisée en solo! Les complices sont l’élément essentiel d’une escroquerie bien menée et leurs rôles sont multiples. Nous pouvons passer en revues les plus importants:

  • rendre le jeu crédible

Les complices jouent; qu’ils perdent ou gagnent n’a que peu d’importances et pour cause. Il s’agit ici simplement de rendre le jeu crédible. Les complices sont facilement repérables, ils jouent sans hésiter, ne semblent pas être affectés par leurs pertes et gains. Il peut y en avoir un, deux, trois, ou même cinq comme dans l’arnaque dont j’ai été témoin aujourd’hui.

  • inciter la victime à jouer

Leur deuxième rôle est d’inciter le touriste à participer. Cela peut se faire par un simple sourire, une incitation verbale, une proposition d’aide, ou en sympathisant. Mais cela peut aussi se faire par exemple en découvrant une fausse carte. Dans cette configuration, il vous reste en apparence une chance sur deux de gagner. La tentation est alors beaucoup plus forte.

  • défendre l’arnaqueur

Si on tente d’avertir la personne désirant tenter sa chance en lui expliquant la manipulation, alors les complices font barrières en isolant la victime (ce qui s’est produit aujourd’hui).

  • s’assurer qu’il soit impossible de gagner le jeu

Dernier rôle des complices, et non pas des moindres, est de faire en sorte que, quelle que soit la configuration envisagée, vous perdiez vos sous. Imaginez par exemple que vous tombiez sur la bonne carte, un complice peut miser plus sur une autre carte annulant ainsi votre mise[ref]Les plus malins noteront que le complice ne peut pas savoir où est la bonne carte. Pour contourner cette difficulté, il suffit simplement de mettre en place des codes avec celui qui bouge les cartes.[/ref]. Autre possibilité, les complices se ruent devant les cartes pour que l’arnaqueur ait le temps de modifier sans que vous puissiez y voir quelque chose, perdu encore! Les possibilités de vous arnaquer sont en réalité infinies. Une autre solution consiste tout simplement à tout ranger (votre argent compris) en feignant de voir des policiers et partir rapidement, les complices vous retenant d’une manière ou d’une autre.

Bref, quoique vous fassiez, vous êtes sûr de perdre.

Pour les anglophones, cette émission anglaise à succès est très instructive et reprend grosso modo les grandes lignes que je viens d’énoncer.

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=N_9IsdLbuo0[/youtube]

Sham (FacebookTwitterGoogle+)

Comment se débarrasser une bonne fois pour toute de l’homéopathie?

Par : sham

11Une nouvelle synthèse des publications scientifiques conclut à l’absence d’efficacité de l’homéopathie: comment pourrait-il en être d’ailleurs autrement? Pour mémoire, les pilules homéopathiques ne contiennent rien d’autres que du sucre! Pourtant, l’influence, la popularité et les profits de Boiron ne diminuent pas. Devant l’impuissance de la science à se faire entendre, j’ai envie de mettre en avant quelques propositions radicales pour nous débarrasser une bonne fois pour toute de l’homéopathie. Mais avant cela, passons en revue quelques arguments éculés.

L’expérience personnelle n’est pas suffisante pour démontrer une efficacité

En décembre dernier, après une longue journée de marche, j’ai senti une légère douleur au niveau de mon genou. Après quelques heures de repos, la douleur était telle que je ne pouvais plus du tout marcher. Paniqué, je trouvai heureusement dans ma petite pharmacie une boite de Rhus Toxicodendron dont je pris quelques granules. Le lendemain matin, je pouvais à nouveau gambader et sauter en l’air, plus aucune trace de la douleur: efficacité garantie!

Garantie, vraiment? Remplacez maintenant Rhus Toxicodendron par du gel d’Arnica, ou par une séance d’ostéopathie, ou par une séance d’acupuncture, ou par un bain de boue, ou par un coup de téléphone chez un rebouteux, ou même par une visite chez le médecin ou un épisode de Julie Lescaut. Car cette histoire, cher(e)s lecteurs/lectrices, est bien réelle, simplement je n’ai rien fait du tout avant de m’endormir et le lendemain matin, j’étais tout de même guéri! Notre cerveau peut donc facilement nous jouer des tours. Il est tellement habitué à faire des liens de cause à effet, qu’il nous parait évident que notre rémission est due à l’action que nous avons pu effectuer la veille.

A toutes ces questions, une réponse simple existe, il convient d’utiliser des méthodes validées scientifiquement. L’expérience personnelle ne suffit pas pour se faire une idée de l’efficacité d’un traitement, quand bien même cette expérience serait partagée par des millions de personnes. La saignée, pratiquée pendant des siècles, était largement justifiée par l’expérience de milliers de médecins l’utilisant dans leurs pratiques jusqu’à ce que les outils scientifiques concluent à son inefficacité.

Je développe ce problème de l’efficacité dans deux anciens articles:
Les biais à éviter pour évaluer l’efficacité d’un traitement,
Comment savoir si un traitement est efficace: introduction au RCT.

L’homéopathie est évaluée, son efficacité est nulle

Contrairement à une idée parfois défendue, l’efficacité de l’homéopathie est régulièrement évaluée par des essais cliniques. Tellement d’essais ont d’ailleurs été réalisés depuis une trentaine d’années qu’on cherche maintenant à faire ce que l’on appelle des méta-analyses. Une méta-analyse sélectionne, suivant des critères prédéfinis notamment la qualité de l’étude, un ensemble d’articles publiés sur l’homéopathie (ou tout autre sujets) pour permettre une fiabilité encore plus grande dans les résultats obtenus. Lister toutes ces méta-analyses rallongeraient inutilement cet article. Citons la dernière en date, en 2014, l’agence nationale de la santé en Australie dans un rapport analysant l’ensemble des publications sur l’homéopathie conclut: « les preuves sont insuffisantes et ne démontrent pas l’efficacité de l’homéopathie quelle que soit la maladie envisagée dans ces essais cliniques » (traduction approximative de ma part issue de la conclusion [pdf]). Plus de 1300 articles sont trouvés, plus de 60 maladies que les homéopathes prétendent soigner sont analysées.

Des études montrent que…

Bien sûr, les défenseurs de l’homéopathie familiarisés avec la littérature scientifique, pourront, comme nos amis anti-vaccins, vous fournir une liste de publications scientifiques « démontrant » l’efficacité de l’homéopathie. C’est une technique habituelle qui en anglais est appelée « cherry picking »: imaginez une boite de cerise dans laquelle vous choisissez que celles qui vous paraissent les plus appétissantes. Il en va de même pour la littérature scientifique, appétit en moins. On sélectionne de manière biaisée des études qui confirment nos croyances. Mais toutes les études scientifiques ne se valent pas en termes de qualité. Une publication dans le journal scientifique Lancet en 2005 montre d’ailleurs un phénomène qui se produit régulièrement quand on analyse les médecines dites « alternatives »: plus l’étude est bien menée (minimisant les biais méthodologiques), plus l’effet observé est faible voire inexistant. D’où l’intérêt des méta-analyses qui font le bilan complet de la littérature évitant les biais de sélections.

Mémoire de l’eau et autres joyeusetés quantiques

Vous trouverez dans la littérature pro-homéopathie des explications fort complexes sur le mécanisme supposé de l’homéopathie incluant généralement le mot quantique quelque part pour faire savant ou encore la fameuse thèse de la mémoire de l’eau.

En 1988, Benveniste, un scientifique français, publie un article qui fait sensation dans la fameuse revue scientifique Nature. Il prétend arriver à faire la différence entre une solution homéopathique et une solution non homéopathique ce qui serait une découverte digne d’un prix Nobel. Comme je le disais en introduction, les dilutions homéopathiques sont tellement importantes qu’il est impossible de les différencier avec l’eau. Comme Benveniste pense y arriver, il imagine une mémoire à l’eau qui retiendrait le passé en quelque sorte. L’étude a néanmoins été rapidement réfutée et surtout jamais répliquée depuis. Rappelons que Benveniste a même conclu à la transmission de cette « mémoire » via internet après des expériences qui n’ont convaincu que lui-même et lui valant le prix parodique Ig Nobel…

Au-delà de l’aspect technique de ces discussions, il faut garder en tête les deux niveaux de preuves attendues pour valider un traitement thérapeutique: le mécanisme d’action et les effets. Si on peut valider un traitement si les effets sont présents sans en connaître un mécanisme, l’inverse n’est pas justifié. Dans le cas de l’homéopathie, les effets sont absents et la recherche sur un mécanisme possible ne débouche pour l’instant que sur des théories fumeuses ou des expériences non répliquées.

Des contributions beaucoup plus techniques:
Mémoire de l’eau et biologie numérique
Jacques Benveniste et la mémoire de l’eau : quelques souvenirs personnels

Et sur les animaux alors? et les bébés?poizeriolkdfglkjsdf

L’homéopathie n’a pas plus d’effet sur les animaux que sur les humains. Pour citer quelques études sur le sujet, en 2003, l’institut national vétérinaire de Suède conduit un essai clinique en double aveugle [pdf] sur les veaux en testant le produit homéopathique Podophylum: aucune efficacité observée. Les auteurs s’inquiètent d’ailleurs de la santé des animaux soignés par de l’homéopathie. Une autre étudie, toujours en double aveugle, l’efficacité homéopathique pour réduire l’inflation des mamelles chez certaines vaches: aucune efficacité.

Pourtant des éleveurs constatent tous les jours l’efficacité de l’homéopathie sur leurs animaux rétorquent les aficionados. On retombe sur le problème lié à l’expérience personnelle qui n’est pas une preuve suffisante. Par ailleurs, l’effet placebo peut aussi fonctionner sur les animaux par ce que l’on appelle le conditionnement. Mais surtout, il fonctionne sur les éleveurs (ou les parents) qui constatent une amélioration parce qu’ils savent que les animaux (ou les bébés) ont été traités. Plusieurs effets psychologiques se mêlent alors dont un phénomène assez bien analysé que l’on appelle l’effet Hawthorne: en administrant de l’homéopathie à leurs bébés, les parents modifient aussi inconsciemment leur attitude envers eux. Plus d’attentions, plus de soins, les bébés peuvent facilement montrer des signes interprétés comme un mieux être.

Pour aller plus loin:
L’homéopathie en médecine vétérinaire
Homéopathie, chiens et feux d’artifice
HOMEOPATHY, does it really work in animals?

Pourquoi tant de haine?

Certains esprits rationnels se demandent encore pourquoi les sceptiques s’acharnent sur l’homéopathie. Comme les remèdes homéopathiques ne contiennent que du sucre, finalement, c’est pas bien grave. D’ailleurs certains l’utilisent pour leurs enfants, pour des petits bobos du quotidien ou autres, ça ne peut pas leur faire de mal et ça optimise l’effet placebo, toujours ça de pris!

Ce genre de raisonnements, aussi raisonnables qu’ils paraissent, oublient malheureusement les dérives possibles d’une minorité. A laisser entendre que l’homéopathie aurait une certaine efficacité, certains en arrivent à se passer de la médecine officielle. Des homéopathes inconscients proposent de l’homéopathie pour protéger du Sida, des radiations (après Fukushima), pour soigner les cancers, la pédophilie (!), etc. Une page entière anglophone est d’ailleurs dédiée à toutes ces personnes qui refusent de se soigner, ne jurent que par l’homéopathie ou autres médecines alternatives et finissent mal. Et si vous voulez optimiser l’effet placebo, un bonbon fera tout aussi bien l’affaire chez les tout petits, un bon chocolat chaud pour les plus âgés!

Des documentaires relatant ce genre de situations:
Homéopathie mystère et boules de sucre (doc télé avec les défauts habituels)
L’homéopathie: quelle efficacité (émission de radio) 

Mes propositions pour en finir avec l’homéopathie

J’en viens donc à mes propositions sanguinaires pour débarrasser une bonne fois pour toute la planète de cette arnaque lucrative qu’est l’homéopathie:

  1. Former ou plutôt reformer les médecins et les pharmaciens à la démarche scientifique. Je ne veux plus entendre un seul pharmacien me proposer un vaccin homéopathique contre la grippe quand je fais part de ma peur des piqures ou un médecin me dire « bien sûr que ça marche, je le vois tous les jours à mon cabinet ».
  2. Former les médecins et les pharmaciens à l’homéopathie, formation délivrée par des sceptiques évidemment. Je ne veux plus entendre des médecins me dire « c’est pas bien évalué », « on ne sait pas trop », « essayez, vous verrez bien ».
  3. Arrêter le remboursement de l’homéopathie par la sécurité sociale.
  4. Interdire les ventes de produits homéopathiques en pharmacie. Les vendre au rayon sucrerie des grandes surfaces.
  5. Interdire le titre de « médecin homéopathe », c’est contradictoire dans les termes.
  6. Transformer tous les pharmaciens en pharmachiens.

Pour exécuter ce programme, votez pour sham (FacebookTwitterGoogle+)
😉

PS: cet article s’inscrit dans le cadre de la semaine de la sensibilisation à l’homéopathie. Plus d’infos: http://www.homeopathyawarenessweek.org/

J’ai une dent contre les charlatans

Par : sham

pe19970310« Mais pourquoi tu fais ça? » me demande régulièrement mon ami Patrice qui ne comprend pas que je passe du temps à parler des pseudosciences. Pourtant, l’actualité nous rappelle quotidiennement combien il est important de donner des outils de défenses intellectuelles au plus grand nombre. Dernier épisode en date, Jérôme Golmard, ancien tennisman atteint par la maladie de Charcot, en appelle à la générosité du grand public pour financer une thérapie « alternative » censée le guérir là où la médecine officielle ne peut rien. Coût de la thérapie: 300000$… Efficacité prouvée? Zéro pointé! Bienvenue dans le monde des charlatans

Maladie de Charcot

La maladie de Charcot, d’après notre ami Wikipedia, engendre une dégénérescence des cellules nerveuses ce qui nuit à la communication entre le cerveau et les muscles. Cette maladie a des formes diverses, certaines mortelles très rapidement – ce qui semble être malheureusement le cas de Jérôme – d’autres plus lentes mais toutes aux conséquences désastreuses physiquement (épargnant néanmoins les capacités cognitives).oiuzeruhfsgkjhzetroiuerytlkjg

Stephen Hawking est un exemple de célébrité atteinte de cette maladie. L’origine de la maladie est en partie génétique mais dans la majorité des cas, les causes sont encore inconnues. Terrain idéal donc pour les charlatans en tout genre qui peuvent proposer des thérapies sans aucune base scientifique et dont l’efficacité n’a, soit jamais été testée, soit jamais été démontrée.

Un dentiste à la rescousse

D’après la page de soutien de Jérôme, la maladie s’est déclarée après le retrait de ses dents de sagesses et le docteur Lechner a repéré – avec une machine à ultrasons – une infection de bactéries dans sa bouche qu’il considère être à l’origine de la maladie et qu’il veut soigner (pour 300000$, pour mémoire). Le site allodocteurs (que l’on peut féliciter pour sa réactivité) a déjà recueilli la réaction de quelques spécialistes de la maladie de Charcot qui sont tous affligés par ces proclamations qui n’ont pas de base scientifique: aucune bactérie n’est à l’origine de la maladie de Charcot. On pourrait aussi demander à des experts si on peut détecter des bactéries avec des ultrasons (avis aux lecteurs informés!).

Au passage, cette histoire illustre parfaitement la confusion entre causalité et corrélation que nous avons régulièrement abordée sur ce blog. Jérôme se serait vacciné qu’il aurait accusé la vaccination d’être à l’origine de sa maladie! Ce n’est pas parce que deux évènements se suivent qu’ils sont forcément liés…

Les dents, l’ennemi dans votre bouche (?)

Il faut dire que les théories développées par le Dr. Lechner ont de quoi surprendre. Dans un article allemand [pdf] publié par ce dentiste, je trouve ce graphique qui résume parfaitement le charabia new age propre à la plupart des thérapies alternatives.

poiusdfjllkdjfgpoidMa traduction approximative: « les bases de cette connaissance sont les méridiens – faisceaux  de réseaux énergétiques -, qui relient les dents et les organes importants du corps humain en un tout interconnecté ». Arrachez-vous une dent et votre cœur cessera de battre me disait en rigolant un ami à qui je montrais ce schéma. Au-delà de l’ironie, on peut simplement signaler au lecteur peu familier de cette littérature que certaines médecines alternatives adoptent ce genre de schémas de pensée en parlant de méridiens énergétiques qui n’ont aucune existence scientifique (j’en discuterai plus longuement quand j’aborderai l’acupuncture sur ce blog). La réflexologie par exemple cherchera à relier vos maladies ou troubles corporels à des points particuliers de votre pied; principe qu’on retrouvera dans la médecine chinoise ou l’acupuncture. Alors, pourquoi pas les dents ou les fesses! Nous avons ici affaire à une vision anachronique du corps humain qui pourrait à la limite se comprendre à l’époque où l’anatomie était peu connue, la circulation du sang et le rôle des neurones pas encore découverts.

Le Dr. Lechner est un spécialiste de la « névralgie induite par ostéonécrose des cavitations » (en anglais NICO pour Neuralgia-inducing cavitational osteonecrosis). Une théorie qui a évolué au cours de l’histoire mais qui prétendait à son origine que les douleurs ou dysfonctionnements dans le corps seraient issus de cavités infectées présentent dans les os de la mâchoire. On pourrait donc soigner en traitant ces cavités, chirurgie que j’imagine lourde et traumatisante. Cette condition NICO dont le diagnostic est aux contours imprécis est peu évaluée scientifiquement. Un article fait un bilan des publications scientifiques sur le sujet en 2000. L’auteur souligne la proximité de NICO avec des diagnostiques validés mais ne peut conclure quant à sa réalité. Un autre article plus récent (2009), dont je n’ai accès qu’au résumé, rappelle les nombreux changements aussi bien théoriques (comment ça marche?) que pratiques (que faire pour soigner?) qui ont rendu difficile l’évaluation de NICO. Pour finir sur cette thérapie NICO, j’adhère donc volontiers à la conclusion du site quackwatch bien connu de la communauté sceptique: pas de bases scientifiques solides, pas d’efficacité démontrée, mieux vaut passer son chemin.

Un cas emblématique: désespoir, manipulation, gros sous et médias complaisants

Une histoire touchante, une personnalité plus ou moins connue, un appel à la générosité du public, il n’en fallait pas plus pour que la plupart des médias s’emballent dans cette affaire. Au lieu de dénoncer le scandale – une escroquerie à hauteur de 300000$ et qui repose sur la détresse d’un homme!! – au lieu de rappeler combien sont nombreuses les victimes des charlatans en tout genre et mettre en garde le grand public contre la tentation de soutenir le tennisman, on peut lire des gros titres qui laissent planer le doute: Tennis Golmard : un cas qui pose question (1),  ou pire, Maladie de Charcot de Jérôme Golmard : la mystérieuse solution miracle venue d’Allemagne (2), Très malade, Jérôme Golmard veut entretenir l’espoir (3), etc[ref]Signalons tout de même la position exemplaire du site Allodocteurs avec un titre clair: Non, la maladie de Charcot n’est pas causée par des bactéries (4). Ouf![/ref].

Justement, n’entretenons pas les FAUX espoirs, si vous voulez aider Jérôme, mieux vaut vous abstenir de le financer et relayer les informations qui lui permettront non seulement de ne pas se faire avoir, mais d’éviter à d’autres de tomber dans les escroqueries de ce genre.

sham (FacebookTwitterGoogle+)

Y a-t-il un hypnotiseur dans la salle?!

Par : sham

lkjfdgpoiitzdsfsdg« Dormez, je le veux! » Un peu cliché je vous l’accorde mais c’est bien en ces termes, d’après mes souvenirs, que l’hypnotiseur opérait sur la scène. Tel un fauve rugissant, il passait d’un copain de promotion à un autre, tombant les uns après les autres, tout en se rapprochant dangereusement de moi. Ami lecteur, pas de suspense aujourd’hui, hélas je ne suis pas tombé…Le bougre en a profité pour me virer de scène d’un geste hâtif tout en lançant un féroce « Réveillez-vous en cochon! ».

L’hypnose en tant que spectacle

Effectivement, ils se sont réveillés en cochons sous le regard perplexe mais surtout amusé de l’audience. Ce genre de démonstration grand public et très médiatisé a contribué au mythe de l’hypnotiseur au pouvoir absolu. En réalité ce qui se passe sur scène n’a rien à voir avec un quelconque pouvoir hypnotique. Les participants exécutent délibérément les ordres de l’hypnotiseur: de la suggestion, tout simplement! Le succès de cette opération est possible pour différentes raisons. D’abord les comportements étranges sont facilités précisément parce que l’on se trouve sur une scène et que tout le monde est conscient de ce qui est censé se produire. La sélection d’une partie de l’audience favorise les éléments « bon public » (pas comme moi!). Ensuite, l’expérience est reproductible par des personnes qui ne prétendent pas avoir un pouvoir particulier. Enfin les hypnotiseurs eux-mêmes font souvent appels à des complices pour faciliter la bonne volonté du groupe sur scène. Le problème a aussi été étudié scientifiquement notamment dans cet article qui détaille les différents éléments nécessaires ainsi que les mécanismes psychologiques favorisant ce genre d’évènements.

L’état hypnotique

Pour autant, conclure que l’hypnose se limite à une supercherie serait erroné. La réalité de l’état hypnotique dans le milieu scientifique est généralement admise mais fait encore l’objet d’études et de discussions[ref]Les accrocs de la référence pourront commencer par cet article et suivre les différentes réponses proposées.[/ref]. Mais il ne correspond en aucun cas à l’imagerie populaire associée à l’hypnose. Il est défini par certaines caractéristiques, comme par exemple une attention extrême à un élément de l’environnement, une relaxation importante et une suggestibilité accentuée. En ce sens, la plupart des personnes peuvent être hypnotisées avec un peu de bonne volonté, et chacun a certainement déjà expérimenté des formes proches de cet état hypnotique: on pourra songer par exemple à un voyage en voiture sur une route connue et la surprise de se voir déjà arriver. Les scientifiques utilisent d’ailleurs une échelle de suggestibilité[pdf] qui décrit aussi explicitement comment se passe une séance d’hypnose. Une autre preuve assez convaincante de cet état hypnotique nous provient d’une expérience de psychologie appelée l’effet Stroop du nom de son inventeur.

Hypnota_h

L’effet Stroop

L’effet Stroop est le temps de latence qui est observé quand on tente de jouer à un petit jeu de psychologie (vicieux comme toujours!). Le jeu consiste à prononcer la couleur du mot qui est observé, mais le mot en question désigne aussi une couleur. Par exemple, sur la séquence suivante « bleu, rouge, jaune, » on prononcera rouge, bleu, vert. Avec un peu d’entrainement, on peut facilement réduire ce temps de latence. Cet effet Stroop est extrêmement important pour les scientifiques et a de nombreuses applications en psychologie. Il permet aux chercheurs de mieux comprendre le fonctionnement du cerveau ainsi que de certaines maladies[ref]On pourra lire ici et quelques articles des copains du café des sciences discutant de l’effet Stroop.[/ref].

Quel rapport avec l’hypnose? Il se trouve que des chercheurs ont mis en évidence une absence d’effet Stroop[pdf] quand on conditionne des personnes par l’hypnose avant de passer ce test. S’il existe un état hypnotique, quid de ses applications thérapeutiques? Comme toujours, il est important de faire un tri entre ce qui est validé scientifiquement et ce qui semble plus que douteux pour rester poli!

L’hypnose en tant que thérapie

Que peut-on soigner avec l’hypnose? En la matière, on trouve à peu près de tout… Des affirmations qui semblent raisonnables – comme par exemple, lutter contre les phobies, les addictions, aider à l’arrêt du tabac, à maigrir, etc.- car si l’hypnose est avant tout une affaire de suggestion, il ne serait pas surprenant qu’elle ait une certaine efficacité dans les domaines précités. Mais on peut rapidement dériver vers des affirmations douteuses et parfois ahurissantes comme par exemple augmenter la taille de votre pénis, réduire à néant votre cancer, et, plus dangereux encore car bien plus vraisemblable, retrouver vos souvenirs de petite enfance[ref]A ce propos, on peut signaler le livre de Brigitte Axelrad (et sa note de lecture) que je côtoie maintenant au comité de rédaction de l’AFIS.[/ref]. Les aficionados de l’hypnose usent et abusent donc de l’image mythifiée de l’hypnotiseur et surfent sur cette nouvelle vague qui voudrait que l’effet placebo ait des pouvoirs infinis et inexploités contrairement à ce que montrent les études scientifiques sur le sujet.poizerkldkfgy

La réalité peut donc être un peu frustrante car généralement l’hypnose ne fait pas mieux que le placebo et si elle montre une certaine efficacité c’est souvent en compagnie des psychothérapies cognitivo-comportementales. Une recherche dans les méta-analyses du groupement Cochrane, connu pour sa rigueur scientifique, permet rapidement de se faire une idée sur le sujet[ref]On me pardonnera la traduction approximative des passages cités, n’hésitez pas à me faire part de vos suggestions, je corrigerai a posteriori.[/ref].

  • Arrêt du tabac: « Nous n’avons pas montré que la thérapie par l’hypnose a un taux de réussite à 6 mois plus élevé que d’autres interventions ou sans traitement (We have not shown that hypnotherapy has a greater effect on six-month quit rates than other interventions or no treatment.) »
  • Irritation du colon: « Bien que les données semblent prometteuses, les preuves sont pour le moment insuffisantes pour conclure sur l’efficacité de l’hypnose (Although current data are promising, there is insufficient evidence to allow any conclusion about the effectiveness of hypnotherapy for the treatment of irritable bowel syndrome) »
  • réduction du stress pendant l’accouchement: d’après l’étude, il existe des preuves faibles montrant une réduction du stress pendant l’accouchement pour des thérapies de type yoga ou hypnose (« Based on individual studies, there is some but no strong evidence for the effectiveness of mind-body interventions for the management of anxiety during pregnancy »)
  • contrôle de la douleur pendant l’accouchement: même son de cloche, preuves insuffisantes (« Hypnosis may help relieve pain in labour but research so far conducted has not conclusively shown benefit »)

On peut aussi citer d’autres méta-analyses un peu plus positives qui ne sont pas effectuées par le groupement Cochrane:

  • nausée et vomissement pendant les chimiothérapies: la méta-analyse montre que l’hypnothérapie pourrait être un outil clinique efficace pour anticiper et résoudre les problèmes liés à la chimiothérapie chez les enfants cancéreux (« Meta-analysis has demonstrated that hypnosis could be a clinically valuable intervention for anticipatory and CINV in children with cancer. »)
  • douleur chez les personnes cancéreuses: cette méta-analyse ne focalise pas sur l’hypnothérapie mais un ensemble d’outils thérapeutiques dont l’hypnose. Sa conclusion souligne l’efficacité de ces interventions pour la réduction de la douleur pour les porteurs d’un cancer. Dans ce même registre, on peut aussi signaler les succès de l’hypnose en anesthésie en gardant néanmoins en mémoire que l’effet placebo marche particulièrement bien pour tous les symptômes suggestifs comme la douleur

Conclusion

Pour conclure cet article, je crois qu’il est important de retenir plusieurs choses. La première est évidemment que l’hypnotiseur ne contrôle personne comme un marionnettiste. La deuxième est la portée somme toute limitée de l’hypnose d’un point de vue thérapeutique. Si effet il y a, il est pour le moment faible. Cela ne signifie pas néanmoins qu’il faille mettre au banc l’hypnose. Bien expliqué et dans un cadre sain, elle peut très bien s’insérer dans un arsenal de techniques touchant la psychologie humaine (douleurs, addictions, comportements, etc.) où les solutions miracles n’existent que chez les charlatans. Diversifier les méthodes et approches, continuer la recherche en lien avec avec les thérapies cognitives et comportementales, sont, je pense, de bonnes choses à soutenir. Pour paraphraser, l’hypnose est morte, vive l’hypnose!

sham (FacebookTwitterGoogle+)

NB: cet article a été édité pour prendre en compte les remarques de Jérémy Royaux dans les commentaires (merci à lui!).

Fontcuberta: le scepticisme par l’image!

Par : sham

s19876EGHJFgvLe 25 août 1968, le colonel Ivan Istochnikov, propulsé dans l’espace par Soyouz 2, disparait mystérieusement. « Le politburo ne veut pas reconnaître la perte fâcheuse d’un homme dans l’espace (…) Ce n’est qu’avec la chute du communisme que les documents seront déclassifiés » nous apprend le photographe Joan Fontcuberta qui expose jusqu’au 16 Mars à la Maison Européenne de la Photographie et retrace – parmi d’autres extraordinaires révélations – l’étonnante histoire de ce colonel effacé de l’histoire!

La vérité est ailleurs

ekjdsfiutea« Mais comment ils ont fait pour prendre une telle photo? In-croyable! » se demande un visiteur. Il ne pensait pas si bien dire puisque l’ensemble du « reportage » sur ce colonel est truqué – de A à Z – mais avec tellement de perfection que malgré quelques avertissements, beaucoup se font prendre. De mon côté, je me moquais d’un rire narquois de la naïveté de certains, pour me faire à mon tour piéger quelques mètres plus loin sur un autre reportage tout aussi bidonné…

« J’appartiens à la race des sceptiques »

C’est ainsi que se présente Fontcuberta dans son livre « Le baiser de Judas ». Il nous invite à réfléchir, par son œuvre, à la notion de vérité. Plus précisément, comment sait-on si quelque chose est vrai ou faux? A qui peut-on faire confiance? Quelle valeur de preuve doit-on donner à une photographie? Un reportage? Est-ce plus crédible si une personne en blouse blanche y apparaît? Quid d’un journal télévisé? Des questionnements qui sont évidemment en lien avec la thématique de ce blog. Fontcuberta quant à lui choisit l’art pour s’exprimer. Il nous embarque dans des reportages plus ou moins farfelus mais tous vraisemblables, reprenant en faussaire de génie toutes les règles du genre jusqu’à nous faire douter…de la fausseté même de l’information qui nous est donnée! Il use et abuse de l’argument d’autorité et du discours scientifique: les diplômes, les institutions, le vocabulaire, le laboratoire, le latin, etc. L’ensemble des codes que le grand public pense connaître de la profession est utilisé pour crédibiliser le discours. Ce qui n’est pas sans rappeler les techniques développées par les pseudoscientifiques. Saupoudrez le tout d’un humour savamment dosé et cela donne une formidable opportunité d’initier votre entourage à la réflexion critique notamment des médias et de l’information qui circule à la vitesse de la lumière aujourd’hui.

ddb824d6d51acc7bf4ae9a6ed3Les humanistes, c’est pour les ringards

C’est donc une exposition à ne pas rater, que vous soyez novice, amateur de photographie, scientifique curieux, ou sceptique à la dent dure, vous ne serez pas déçu. Si de plus, comme moi, vous en avez assez des photographes dits humanistes qui sont à l’affiche partout en France (Cartier Bresson and co), cette exposition sera un grand bol d’air frais d’autant plus que ce n’est pas tous les jours que l’art et la science fusionnent de manière si judicieuse.

sham (FacebookTwitterGoogle+)

PS: L’exposition s’intitule Camouflage et a lieu à la Maison Européenne de la Photographie jusqu’au 16 mars. Je signale aussi un autre article du café des sciences sur cette même exposition, à lire sur le Dinoblog.

Magneto existe-t-il vraiment?

Par : sham

581373_469311686423181_850488894_nC’est mon copain Laurent qui m’en a parlé récemment. Comme il lit, en cachette, le « Petit Quotidien », il était étonné d’y trouver une histoire digne des X-men: « le corps d’un garçon de 11 ans fonctionne comme un aimant! ». Tiens donc! Ce journal pour enfant précise: « C’est bizarre mais les médecins disent que ce n’est pas dangereux pour sa santé ». Me voilà rassuré sur la santé de cet enfant mais beaucoup moins quant à la crédibilité de ce petit quotidien…

Magnétique tu seras

Certains trouvent encore que la nature n’est pas assez extraordinaire et ont besoin de rêver à des supers pouvoirs…L’industrie cinématographique et publicitaire en sait d’ailleurs quelque chose! Rien de mal à cela sauf quand on cherche à le faire passer pour une réalité car je suis au regret de vous annoncer que l’évolution n’a pas encore engendré d’homme magnétique!

Un regard attentif sur les nombreuses vidéos qui trainent sur le net éveille rapidement quelques soupçons quant à la véracité d’un tel phénomène. Tout d’abord, certains « attirent » du plastique ce qui commence mal pour la théorie magnétique… Ensuite, les démonstrations se font systématiquement sur une peau nue. Un aimant pouvant parfaitement fonctionner à travers un tissu léger, on peut se poser la question d’un tel systématisme. Il peut peut-être s’agir d’une volonté de transparence afin de montrer qu’aucun dispositif n’est fixé sur le corps. Ou bien l’aimantation est vraiment très faible mais au vu des objets qui sont « attirés » dans certaines vidéos, cela semble peu défendable.hil9817et

Deuxième surprise, aucun objet n’est placé horizontalement sur la peau mais toujours verticalement et souvent avec un angle légèrement incliné favorisant la tenue de l’objet en question. Et plus l’objet semble lourd plus l’inclinaison est visible.

Te laver tu oublieras

S’il ne s’agit pas de magnétisme, comment peut-on expliquer de telles performances qui dans certaines vidéos sont vraiment impressionnantes? Je n’ai pas une réponse définitive à cette question. Mais l’explication la plus simple et surtout la plus plausible (testée qui plus est) est la suivante: la peau sécrète un produit appelé sébum qui a un pouvoir adhésif important. Vous avez certainement d’ailleurs remarqué qu’après une transpiration forte, votre peau devient plus collante. La recette pour devenir un homme magnétique est donc assez facile[ref]Il n’est pas impossible que ces personnes qui se prétendent magnétiques aient une peau particulière favorisant ce phénomène de collage.[/ref]: faites du sport tous les jours sans prendre de douche pendant minimum une semaine et le tour est joué, vous faites la une des journaux.

Le talc tu éviteras

Cette hypothèse du sébum a d’ailleurs été expérimentée par le magicien James Randi, encore trop peu connu du grand public mais le Yoda des sceptiques en herbe comme moi. Dans une démonstration télévisée qui date un peu, il a montré qu’avec un peu de talc saupoudré sur la peau de l’homme « magnétique », ses pouvoirs d’attraction disparaissaient aussitôt. Un grand moment de solitude pour notre homme magnétique, un excellent moment de bien être pour ces sceptiques à l’esprit tordu qui ne croient en rien et réduisent les rêves des autres à néants, science ruining everything…Enjoy:

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=OTVWMY8EZCA&feature=player_embedded[/youtube]

sham (FacebookTwitterGoogle+)

!!!News!!!

Ca faisait beaucoup trop longtemps que je n’avais pas écrit sur ce blog donc voici quelques bonnes nouvelles. D’abord, ce blog a désormais un index plus ou moins à jour. Ensuite – mes chevilles commencent déjà à enfler – Sham and Science a donné lieu à une création de notice bibliographique dans le catalogue de la Bibliothèque nationale de France qui lui a attribué un numéro ISSN: 2270-5694. Si comme moi vous n’avez aucune idée de ce que c’est, je vous invite à lire cette page et à me résumer tout ça par mail![ref]En fait, les copains du café des sciences m’ont tout expliqué, c’est juste compliqué à résumer.[/ref]

Le vaccin contre la grippe: trier entre l’information et la désinformation

Par : sham

Swine-Flu-ShotDepuis la communication désastreuse du gouvernement en 2009, le vaccin contre la grippe n’a pas bonne réputation et les idées reçues ne désemplissent pas. Selon un récent sondage, un Français sur deux pense que le vaccin peut donner la grippe, un sur trois que le virus de la grippe peut être soigné grâce aux antibiotiques (sic!) et un sur cinq qu’il est plus dangereux de se faire vacciner que d’avoir la grippe: trois idées fausses à propos de la grippe et de son vaccin qui sont largement partagées par la population. Il faut dire que le vaccin contre la grippe présente des particularités qui sont parfois difficiles à comprendre.

Une maladie potentiellement dangereuse

Rappelons rapidement que la grippe est une infection d’origine virale (les antibiotiques ne vous serviront à rien) le plus souvent bénigne si vous êtes en bonne santé. Elle vous laissera néanmoins cloué au lit, avec 40°C de fièvre, des courbatures et des maux de têtes, rien à voir donc avec le rhume. Autrement plus grave, la grippe est responsable d’une centaine de morts par an (essentiellement des personnes âgées) sans parler des formes virulentes qu’elle peut prendre. Le vaccin est donc recommandé aux personnes âgées ou fragilisées (femmes enceintes, diabétiques, personnes fortement obèses, etc.). L’ANSM estime qu’en prenant en compte la mortalité indirecte, plusieurs milliers de décès seraient liés chaque année au virus de la grippe.

Un virus pas comme les autres

Le virus de la grippe a la particularité de muter très rapidement. De fait, le virus rencontré d’une année sur l’autre n’a pas la même forme, les défenses immunitaires du corps humain doivent donc toujours se maintenir à jour: d’où l’obligation de se vacciner tous les ans contrairement à la plupart des vaccins qui confèrent une immunité sur plusieurs années. Les chercheurs doivent ainsi créer un nouveau vaccin en anticipant la souche qui sera en circulation la saison suivante.

L’efficacité du vaccin dépend donc de plusieurs paramètres. D’abord, il est évident que plus la prédiction des chercheurs est précise et plus le vaccin sera efficace. Suivant les années, vous aurez donc une efficacité variable. Ensuite, la réponse immunitaire diffère d’une personne à l’autre et elle est généralement plus faible chez les personnes âgées (malheureusement ce sont ces personnes qui sont les plus vulnérables face à la grippe) et les petits bébés (0 à 2 ans). Autre problème, la couverture vaccinale pour la grippe est très faible, la protection de groupe (herd immunity en anglais) ne s’applique presque pas. Nous en parlions quand nous avons abordé les modèles mathématiques, un récent article montre que si on vaccinait la moitié des enfants de 5 à 16 ans, on diviserait la mortalité liée à la grippe quasiment par deux non pas chez les enfants mais dans l’ensemble de la population.

Pour toutes ces raisons, l’efficacité du vaccin contre la grippe est généralement évaluée entre 50 et 70%. Attention, par efficacité, on entend ici la diminution du risque de développer des complications graves associées à la grippe[ref]Toujours sur le site du CDC américain, vous trouverez une liste d’articles étudiant l’efficacité du vaccin contre la grippe.[/ref]. Concrètement, cela veut dire que vous pouvez tout de même attraper la grippe mais le risque d’avoir des complications est fortement réduit.

Des difficultés méthodologiques

Dans ma dernière remarque réside une des clé de la désinformation ambiante sur le vaccin contre la grippe. En effet, évaluer l’efficacité du vaccin est une tâche plus complexe que pour les autres vaccins. D’abord, comme on l’a vu, parce que le vaccin n’est pas toujours bien ajusté au virus en circulation, d’une année sur l’autre, une étude, même bien menée, peut aboutir à des conclusions différentes. Ensuite, suivant la manière dont on définit « efficacité », les conclusions dans les études scientifiques peuvent différer[ref]Deux termes différents sont d’ailleurs utilisés en anglais: efficacy et effectiveness, pour plus de détail, consulter cet article.[/ref].

Par exemple, on peut s’intéresser aux nombres de personnes qui contractent la grippe suite à une vaccination soit par un placebo, soit par un vaccin approprié. Une telle étude cherche à montrer si, à titre individuel, le vaccin protège contre la grippe (eg. ici). La difficulté de telles études résident dans la manière de compter les cas de grippes (se base-t-on sur des symptômes, où fait-on des analyses qui peuvent être coûteuses quand on suit un grand nombre de personnes?). On peut aussi choisir de privilégier le gain en terme de mortalité, ou d’autres paramètres, comme par exemple le nombre d’absences au travail (eg. ici). Vous pouvez aussi vous intéresser à des bénéfices indirects, comme les crises cardiaques (eg. ici). Pour résumer, suivant le critère mis en avant, les bénéfices liés à la vaccination peuvent être plus ou moins importants[ref]Conséquence directe de ces difficultés, vous trouverez une argumentation des communautés anti-vaccins qui semble un peu plus solide que ce qu’elles ont l’habitude de fournir sur d’autres vaccins. Notamment en invoquant régulièrement les méta-analyses du groupement Cochrane (réputé pour la qualité de ses travaux) ainsi que les interviews de l’auteur principal Thomas Jefferson qui, généralement, est bien plus critique en interview que dans ses études. Pour ceux qui suivent ce blog régulièrement, Jefferson semble être pour les anti-vaccins ce que Judith Curry est pour les climato-sceptiques.[/ref].

Au-delà de ces difficultés, des mythes persistent sur le vaccin contre la grippe, rétablissons quelques vérités.

Le vaccin ne peut pas vous donner la grippe

Il est impossible d’attraper la grippe en se vaccinant: le vaccin contient des fragments du virus de la grippe inactivé. Si cette fausse idée est si répandue, c’est tout simplement parce que l’expérience personnelle induit facilement en erreur. Par exemple, le système immunitaire met une dizaine de jours avant de développer les défenses nécessaires après une vaccination. Si la vaccination se fait de façon tardive, cela peut donner l’impression qu’elle n’a pas été efficace[ref]Les possibles effets indésirables liés au vaccin rapportés chez plus d’1 personne sur 100 ressemblent aussi fortement aux symptômes de la grippe: maux de tête, sueurs, douleurs musculaires, articulaires, fièvre, sensation générale de malaise, frissons, fatigue, etc.[/ref]. De même, il existe aussi de nombreux virus dont les symptômes ressemblent à ceux de la grippe renforçant à nouveau la confusion.

20091129Le vaccin n’est pas toxique

On a régulièrement abordé ce sujet sur ce blog, on pourra se référer par exemple à cet article. Pour résumer, on trouve dans les vaccins des éléments, comme des adjuvants ou des conservateurs, qui, à partir d’une certaine dose, peuvent être dangereux pour l’homme. Les adjuvants servent généralement à amplifier la réponse du système immunitaire (comme par exemple l’aluminium); les conservateurs comme le mercure[ref]Pour être précis, il s’agit d’hydroxyde d’aluminium et d’éthylmercure.[/ref] sont essentiellement utilisés dans les vaccins multi-doses. On peut aussi trouver du formaldéhyde qui sert à inactiver le virus.

En France, il n’y a pas de mercure ni d’aluminium dans le vaccin commercialisé contre la grippe. Quant aux doses de formaldéhydes présentes dans le vaccin, elles sont largement négligeables par rapport aux quantités naturellement présentes dans le sang issues de certains aliments comme les fruits. A titre de comparaison, certains vaccins peuvent contenir jusqu’à 100 µg de formaldéhyde, un bébé de 6 mois en aura plus de 1000 µg constamment dans le sang. Enfin, le formaldéhyde est rapidement métabolisé et éliminé sous forme d’urine par l’être humain (en quelques heures seulement)[ref]Concernant le formaldéhyde, on pourra consulter cet article pour aller plus loin ainsi que cet article anglophone encore plus technique. [/ref].

Grippe et narcolepsie

La narcolepsie est un dysfonctionnement neurologique qui empêche le cerveau de contrôler normalement le sommeil. Plusieurs études récentes ont trouvé un lien entre le vaccin Pandemrix (contre la grippe H1N1) et la narcolepsie. Selon l’ANSM, pour le vaccin Pandemrix, 23 cas sur 4100000 personnes vaccinées ont été observés entre 2009 et 2010. Tandis que les associations anti-vaccins font sonner les cloches, les esprits rationnels restent admiratifs devant la qualité de la pharmacovigilance qui arrive à détecter des risques aussi faibles et aussi rapidement! Le vaccin est désormais retiré de la vente.

Soulignons que ce lien n’est avéré que pour le vaccin Pandemrix qui n’est pas le vaccin contre la grippe saisonnière. Les cas de narcolepsies n’ayant pas été signalé aux USA – ce pays utilisant un vaccin contre le H1N1 différent – les scientifiques cherchent des pistes du côté des adjuvants pour comprendre pourquoi le Pandemrix a posé problème; une étude du CDC américain devrait donner quelques réponses en 2014.

Vaccination, une affaire collective

Comme je l’ai précisé au début de cet article, le vaccin contre la grippe n’est pour le moment recommandé qu’à une petite partie de la population. La dernière publication que j’ai signalée précédemment risque de changer la donne: vacciner les enfants de 5 à 16 ans devrait avoir un impact conséquent en terme de santé publique. La Grande-Bretagne va mener une expérience grandeur nature pour tester l’efficacité de cette stratégie. Si vous avez alors bien suivi, il s’agira de vacciner les enfants non pas tellement pour eux mais surtout pour les autres. Affaire à suivre!

❌