Les Sceptiques du Québec

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À partir d’avant-hierCosmic Con'

Le cruel besoin d’esprit critique – Science Pop

Par : Théo

Reblog de : Le cruel besoin d’esprit critique – Science Pop

Article original : The Need for Critical Thinking, publié le jeudi 23 mars par Steven Novella sur son blog NeuroLogica.


Une des choses (potentiellement) positives à tirer du climat politique actuel aux États-Unis est une meilleure appréciation de la nécessité d’enseigner l’esprit critique. J’espère que l’on pourra tirer profit de cette prise de conscience pour effectuer des changements culturels durables.

Par exemple, un article récent du New York Times intitulé Pourquoi les gens continuent à croire des choses objectivement fausses, commence ainsi :

“Tout le monde a droit à sa propre opinion, mais pas à ses propres faits” comme on dit, enfin… comme on disait à une époque plus simple.

L’article aborde aussi quelques éléments suggérant que  la croyance conspirationniste autour du lieu de naissance d’Obama a chuté après que Trump ait admis qu’Obama était bien né à Hawaï. Juste après cette concession, 62% des gens ont déclaré penser qu’Obama était un citoyen américain, mais un sondage plus récent montre que ce nombre a chuté à 57% (sur cette période, moins de Républicains, et plus de Démocrates croyaient qu’il était citoyen américain). Les auteurs concluent qu’avec le temps, les gens oublient les informations spécifiques et retournent à leur croyance tribale d’origine.

Une étude récente s’intéressant à l’activité sur Twitter vient renforcer l’idée qu’en général, les gens suivent leurs instincts plutôt que d’exercer un esprit critique. Ils ont montré que les gens attribuent plus de crédibilité  à un tweet et sont plus susceptibles de le partager s’il a déjà un grand nombre de retweets. Cela crée un effet boule de neige dans lequel les retweets engendrent les retweets, indépendamment de la fiabilité intrinsèque de l’information.

Ceci est juste un exemple de l’effet médiatique de chambre d’écho, amplifié par le comportement tribal abordé dans l’article du New York Times (soyons clair, les réseaux sociaux n’ont pas créé ce comportement, ils lui ont juste donné des ailes).

Il y a de l’espoir

Il semble que l’on se soit complètement embourbés dans les « fake news », l’esprit partisan, les chambres d’écho et les « faits alternatifs ». La bonne nouvelle, néanmoins, c’est qu’on connaît déjà la solution : l’esprit critique.

On sait très bien que les faits ne suffisent pas (lien du traducteur). Si une personne a une croyance qui lui tient à cœur, vous ne la ferez pas changer d’avis en lui apportant les faits qui lui manquent. Vous pourriez au contraire la faire se retrancher encore plus dans ses convictions. Vous la rendrez encore plus partisane, et elle pourra même commencer à rejeter la science ou le concept même d’expertise et de connaissance juste pour maintenir sa croyance.

La formation scientifique aide, mais pas autant qu’elle le devrait. Les gens commencent à rejeter la pseudoscience seulement quand ils atteignent un stade universitaire avancé (master, doctorat…), ce qui ne concerne qu’un petit pourcentage de la population.

Il apparaît aujourd’hui évident que pour s’élever au-dessus de nos propres biais cognitifs, du comportement partisan, et de l’attrait des croyances magiques et pseudoscientifiques, nous avons besoin de cultiver des compétences d’esprit critique spécifiques, et de valoriser culturellement ces compétences.

Un autre étude vient une nouvelle fois appuyer cette conclusion. Des chercheurs se sont intéressés à trois groupes d’étudiants, l’un suivant un cours sur les méthodes de recherche en psychologie, et deux suivant un cours sur l’histoire des arnaques et mystères (un cours avancé et un cours standard, N.D.T.). Le cours de psychologie n’enseignait pas particulièrement l’esprit critique, contrairement aux deux autres. Ceux-ci ont abordé les erreurs de logique, les biais cognitifs, illustrés à travers des exemples de supercheries connues.

Tous les étudiants ont été évalués au début et à la fin du cours à travers un test standardisé de croyances pseudoscientifiques (noté de 1 pour l’absence de croyance, à 7 pour une forte croyance, et ce pour tout un ensemble de croyances).

Les résultats des étudiants du premier groupe n’ont pas changé entre le début et la fin du cours. Par contre, les étudiants du cours avancé sur l’histoire des arnaques ont diminué (donc amélioré, N.D.T.) leur score d’un point entier sur les sujets abordés dans le cours, et d’un demi-point sur les sujets n’ayant pas été abordés. Les étudiants du cours standard ont aussi diminué leurs croyances pseudoscientifiques, mais dans une moindre mesure.

Bien entendu, ce n’est qu’une seule étude, sans suivi à long terme. Ceci dit, elle suggère que pour réduire les croyances en des choses manifestement fausses, enseigner explicitement l’esprit critique est plus efficace, au moins à court terme, qu’enseigner uniquement la méthodologie scientifique.

Mais gardons aussi à l’esprit qu’il ne s’agissait que d’un seul cours. Imaginez si l’enseignement explicite de l’esprit critique faisait partie de la majorité des cours, et non seulement dans les disciplines scientifiques mais aussi en sciences humaines.

Je pense que c’est ce qu’il nous faut : une réforme majeure de notre système éducatif dans le but de vraiment intégrer l’enseignement de l’esprit critique tout au long du cursus.

Pensez à ce qu’on apprend jusqu’au baccalauréat. Une fois qu’on a assimilé les compétences fondamentales en lecture, écriture et en mathématiques, la plupart de ce qu’on apprend sera oublié une fois adulte (il suffit de regarder l’émission Êtes-vous plus fort qu’un élève de dix ans ?). Ce qu’on apprend vraiment, c’est comment apprendre, développer des méthodes de travail, mais aussi la nature de la connaissance elle-même et, on l’espère, quelques faits basiques à propos du monde dans lequel on vit.

Ce que je veux dire, c’est qu’après les fondamentaux comme la lecture, l’esprit critique est la chose la plus utile à enseigner aux élèves. La pensée critique est une compétence et une habitude qui leur restera pour la vie, et qui leur sera extrêmement utile. La pensée critique devrait représenter une des principales priorités dans le cursus scolaire, bien plus qu’aujourd’hui (attention, il ne s’agit pas d’être dénigrant à l’égard des autres matières, je dis seulement que la pensée critique devrait avoir une priorité relativement haute).

Ce que j’espère, c’est qu’il y aura une réaction suffisante contre cette ère des « fake news » pour créer la volonté politique permettant d’intensifier l’enseignement explicite de l’esprit critique. Il est donc utile que les chercheurs montrent la valeur d’une telle instruction.

Mais nous avons aussi besoin de nous assurer que cela ne devienne pas une question partisane. L’enseignement de l’esprit critique ne doit pas être vu comme une attaque contre un groupe particulier. La pensée critique est non partisane. C’est une compétence universelle que tout le monde devrait apprendre.

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grouchonation

Crise de la reproductibilité : l’affaire se corse ! (1)

Par : blackhime

Article original : Reproducibility Crisis: The plot thickens, publié par Neuroskeptic le 10 novembre 2015 sur son blog du magazine Discover.

820 mots – environ 5 minutes


Un nouvel article du psychologue anglais David Shanks et ses collègues vient ajouter au sentiment grandissant de « crise de la reproductibilité » en psychologie.

Cet article s’intitule « Romance, risque et réplication » (2) et il cherche à déterminer si de subtils rappels de « comportements d’accouplement » (c’est-à-dire de sexe) peuvent encourager les gens à dépenser plus d’argent ou prendre plus de risques. Dans les expériences d' »amorçage romantique », les participants sont en premier lieu « amorcés », c’est-à-dire qu’ils lisent une histoire dans laquelle il rencontre un membre du sexe opposé attirant. On leur demande ensuite de se soumettre à un test en apparence sans rapport, à savoir, de dire combien ils seraient prêts à dépenser pour une nouvelle montre.

De nombreuses études ont été publiées sur l’amorçage romantique (43 expériences publiées dans 15 articles selon Shanks et al.) et la grande majorité a trouvé des effets statistiquement significatifs. L’effet semble donc être reproductible ! Mais dans ce nouvel article Shanks et al. rapportent qu’ils ont tenté de répliquer cet effet au cours de huit expériences, avec un total de plus de 1600 participants, et qu’ils ne sont parvenus à aucun résultat. L’amorçage romantique n’a pas d’effet.

Alors, que s’est-il passé ? Pourquoi les résultats des réplications diffèrent tellement des résultats des études originales ?

La réponse est plutôt déprimante et se trouve dans le graphique établi par Shanks et al. c’est un graphique en entonnoir (3), un nuage de points en deux dimensions dans lequel chacun des points représente une étude précédemment publiée. Le graphique représente la taille de l’effet observé par chaque étude en comparaison avec l’erreur type de la taille de l’effet – fondamentalement la précision des résultats, qui est en grande partie déterminée par la taille de l’échantillon.

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Ce graphique en particulier est une preuve statistique fiable, et suggère que les résultats positifs des études d’origine (les points noirs) étaient probablement le résultat de p-hacking [NdT : partir de données ayant un grand nombre de variables et un grand nombre de résultats, et […] choisir les associations qui sont « statistiquement significatives (4)]. Ils ont été trouvés par hasard, et publiés de façon sélective car ils étaient positifs.

Voilà pourquoi. En théorie, les points d’un graphique en entonnoir devraient former un « entonnoir », c’est-à-dire un triangle qui pointe vers le haut. En d’autres termes, les études les plus précises, en haut du graphique, devraient avoir des estimations avec moins de bruit, mais elles devraient converger vers le même effet, ce dernier étant aussi la valeur moyenne des mesures moins précises.

Dans ce graphique cependant, les points noirs forment un « entonnoir » qui est très sérieusement déformé vers la gauche. La ligne directrice de ces points est une diagonale (la ligne rouge). En d’autres termes, les études les plus précises tendent à trouver des effets liés à l’amorçage romantique moindres. Plus l’étude est large, plus l’effet de l’amorçage romantique s’amoindrit.

En fait, cette ligne de tendance diagonale et rouge suit de près la ligne p<0,05 où un effet cesse d’avoir une signification statistique – ce qui est symbolisé par la limite extérieure du triangle gris sur le graphique. Un autre moyen d’exprimer cela serait de dire que les valeurs de p légèrement inférieures à 0.05 sont sur-représentées. Les résultats publiés frôlent la ligne de signification p=0.05. Ainsi chacune des études tend à reporter un effet à peine assez important pour être statistiquement significatif. Il est très difficile d’expliquer comment un tel motif pourrait apparaitre – excepté grâce aux biais.

Shanks et al. déclare que c’est la preuve « soit de p-hacking dans les études précédemment publiées soit d’une publication sélective des résultats (ou des deux) ». C’est deux formes de biais vont de pair, la réponse est donc probablement les deux. Le biais de publication est la tendance qu’ont les scientifiques (mais également les pairs et les éditeurs) à préférer les résultats positifs aux résultats négatifs. Le p-hacking est un processus grâce auquel les scientifiques peuvent augmenter leurs chances de trouver des résultats positifs.

Je publie des articles de blog sur ces problèmes depuis des années, malgré cela j’ai été extrêmement surpris par la nature dramatique du biais dans ce cas. Les études ressemblent à un torrent dégringolant le long de la montagne de la signification. L’image représente davantage un graphique en avalanche qu’un graphique en entonnoir.

avalanche

Quand pris de pair avec les résultats négatifs des huit réplications d’études conduites par Shanks et al., le graphique en entonnoir suggère que l’amorçage romantique n’existe pas, et que les nombreuses études reportant cet effet étaient fausses.

Cela ne signifie pas que les précédents chercheurs travaillant sur l’effet d’amorçage essayaient délibérément de tromper les gens en publiant des résultats qu’ils savaient faux. De mon point de vue, ils étaient probablement guidés par leurs propres biais cognitifs, aidés dans cette voie par la culture du « des résultats positifs ou rien » présent de nos jours en science. Ce système peut générer des réplicats de résultats positifs sortis de nulle part. Je ne pense pas que ce soit un moyen viable pour faire de la recherche. Une réforme est nécessaire.


Shanks DR, Vadillo MA, Riedel B, Clymo A, Govind S, Hickin N, Tamman AJ, & Puhlmann LM (2015). Romance, Risk, and Replication: Can Consumer Choices and Risk-Taking Be Primed by Mating Motives? Journal of experimental psychology. General PMID: 26501730


Notes de traduction :

(1) : Jeu de mots perdu lors de la traduction : « the plot thickens » peut se traduire par « l’affaire se corse » ou « le mystère s’épaissit » mais « plot » signifie également graphique

(2) Titre original : « Romance, Risk, and Replication »

(3) Tous les liens vers des pages Wikipédia présents dans l’article original ont étés remplacé par leur équivalent français.

(4) Définition reprise de : https://fr.wikipedia.org/wiki/Data_dredging

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Les cahiers de la naturopathie : confessions d’une ancienne naturopathe

Par : vegange

Article original : Naturopathic Diaries: Confessions of a Former Naturopath, publié par Jann Bellamy le 05 mars 2015 sur le blog Science-Based Medicine.

700 mots – environ 3 minutes.


Note : En supplément du bref soutien au site internet de Britt, j’ai aussi publié mon article de chaque jeudi, traitant cette semaine des mesures prises par l’État de Floride afin d’empêcher Brian Clement du Hippocrates Health Institute d’exercer la médecine.

Autre note : depuis cet article, Britt a commencé à écrire pour Science-Based Medicine. Voir « Confessions d’une ancienne naturopathe, partie 1 : entraînement clinique à l’intérieur et à l’extérieur ».

Britt Marie Deegan Hermes avait eu une mauvaise expérience avec un médecin allopathe, ce qui a suscité son intérêt pour la naturopathie. Elle a finalement obtenu un diplôme de naturopathie à l’université de Bastyr et a pratiqué la naturopathie pendant environ 3 ans. Mais sa confiance en la naturopathie a dépéri lorsqu’elle a vu des confrères naturopathes exercer à Tucson en Arizona. Son désenchantement vis-à-vis de la naturopathie l’a ramenée vers la médecine et la science. Britt a abandonné la pratique de la naturopathie et est désormais étudiante au Programme de Sciences de la Vie et de Médecine à l’université de Kiel en Allemagne, un programme de master en sciences se concentrant sur la recherche biomédicale. Britt ne tourne pas le dos à ceux qui sont victimes de ce qu’elle appelle « des pratiques dangereuses, malhonnêtes et indiscutablement fausses » qu’elle a pu observer du temps qu’elle était naturopathe. Elle ne souhaite pas non plus rester silencieuse alors que d’autres jeunes idéalistes sont attirés par l’étude de ce qu’elle décrit comme

un système d’endoctrinement basé sur des idées discréditées sur la santé et la médecine, rempli de rhétorique anti-science et de pratiques inefficaces et parfois dangereuses.

Ainsi, elle a commencé un blog le mois dernier afin d’apposer par écrit ses propres expériences : « Les Cahiers de la Naturopathie : Confessions d’une ancienne naturopathe ». Elle veut aussi donner une voix aux autres naturopathes désabusés ainsi qu’aux employés d’écoles de naturopathie agréées.

J’ai du mal à identifier exactement à quel moment j’ai arrêté de croire en la naturopathie. Ce fut un lent processus. Le doute s’est insidieusement installé lorsque j’ai d’abord rencontré des soucis mineurs avec la profession. Au départ, je ne voyais que de petits risques médicaux venant de transgressions cliniques mineures. Mais, comme tel est le cas avec tous les péchés, j’ai commencé à être témoin de pratiques naturopathiques graves et dangereuses. Malgré avoir fait 7 ans d’études et emprunté un quart de million de dollars pour celles-ci, je savais que je devais reculer face à ma conviction. J’ai intentionnellement utilisé le mot « croyance » pour décrire mes expériences avec la naturopathie. La naturopathie est une philosophie, une vision du monde et même un mode de vie. Ce n’est pas une méthode médicale réelle et distincte. Tout le monde n’a pas entendu parlé de naturopathie mais ses principes se trouvent dans n’importe quelle autre doctrine médicale alternative. En fait, c’est comme si la naturopathie récupérait tous les clichés réfutés par la science et empruntait la médecine quand ça l’arrange. Pour les naturopathes, ce n’est pas un problème si la science réfute les voies traditionnelles de guérison. Car pour les personnes croyant en la naturopathie, ce qui importe n’est pas ce que la science dit mais les croyances en une force guérisseuse magique et alternative. Les croyances en naturopathie comportent des idées pseudoscientifiques comme « les vaccins font plus de mal que de bien », « n’importe quelle maladie peut être soignée avec succès grâce à l’homéopathie », « les thérapies alternatives contre le cancer sont sans danger et efficaces » et « l’alimentation guérit les maladies mentales ». Ces croyances sont dangereuses et leur promotion est malhonnête.

Je salue Britt pour sa volonté de renoncer à l’exercice de la naturopathie, dans la lumière de la science et de la raison. J’ai mis « Les Cahiers de la Naturopathie » dans mes favoris et suis impatiente d’en savoir plus sur son savoir d’initiée à ce groupe occulte. Je pense que vous trouverez également cela intéressant.

britt-marie-hermes

vegange

Hypothèse (1) contre Logique Inductive : la datation radiométrique est-elle basée sur des suppositions ?

Article original : Assumptions vs. inductive logic: is radiometric dating based on assumptions?, publié le 18 Juin 2015 par Fallacy Man sur The Logic of Science.

1200 mots – environ 4 minutes.


Quiconque ayant débattu avec un créationniste a invariablement fait face à leur usage libéral du mot « hypothèse ». C’est l’un de leurs va-tout, leur argument fourre-tout qu’ils utilisent régulièrement pour « vaincre » toutes preuves opposées à leur position. Par exemple, si vous leur présentez le fait que les récifs coraux grandissent trop lentement pour s’être formés il y a 4 500 ans (ils calculent le temps depuis l’inondation supposée du monde entier), ils diront, « eh bien tu supposes que les coraux ne pouvaient pas grandir plus vite dans le passé ». De même, si vous soulevez le fait que les carottes de glace montrent clairement que la Terre ne peut absolument pas avoir moins de 10 000 ans, ils rétorqueront : « eh bien tu supposes que les couches se forment seulement annuellement ». Plus notoirement, quand ils font face au fait que la datation radiométrique anéantit complètement la notion de jeune Terre, ils choisissent d’ignorer cette preuve parce que les scientifiques « supposent un taux constant de désintégration/quantité de matière dans la roche originale ». Le rejet aveugle des preuves est souvent accompagné de la rhétorique : « tu étais là ? ». Le problème est que ces créationnistes utilisent mal le terme d' »hypothèse », et comme d’habitude, ils interprètent très mal la manière dont la science fonctionne vraiment. Comme je le démontrerai, le taux de croissance des coraux, le taux de désintégration radioactive, etc. ne sont pas des hypothèses. Au contraire, ce sont des conclusions d’une simple logique inductive.

La définition d' »Hypothèse ».

Premièrement, nous devons définir ce que signifie « hypothèse ». Au sens large, nous pourrions définir une hypothèse comme quelque chose qui ne peut pas être prouvé de manière certaine (à 100 %). Mais c’est une définition extrêmement problématique puisque que tout deviendrait virtuellement une hypothèse. C’est ce problème que Descartes décrit dans sa célèbre déclaration « cognito ergo sum » (« Je pense donc je suis »). Voyez-vous, je ne peux pas prouver avec 100 % de certitude que je ne suis pas en train de rêver, ou que je suis pas actuellement dans la Matrice. La seule chose dont je peux être à 100 % sûr, c’est de ma propre existence. Par conséquence, au sens large de cette définition, je « suppose » que je suis en fait dans un monde réel et physique. Heureusement, je pense que même les créationnistes seraient d’accord avec moi sur le fait que cette définition n’est pas vraiment pertinente et je ne pense pas que ce soit selon cette définition qu’ils agissent.

Une définition plus restrictive est qu’une hypothèse est quelque chose qui ne peut pas être directement observé. En effet, il semble que ce soit de cette définition qu’usent les créationnistes, mais cette définition est aussi remplie de problèmes et d’inconsistances. J’ai déjà développé le problème le plus fondamental. À savoir que l’observation directe est en fait peu fiable, et que vous pouvez utiliser la logique inductive pour parvenir à une conclusion à propos d’une chose sans l’avoir directement observée. (autrement dit: il n’y a aucune différence entre science « historique » et « observable ».) Souvenez-vous que la logique inductive est le type de logique qui va d’une série d’observations vers une conclusion générale.

J’avais déjà utilisé la théorie de la gravité pour l’illustrer, mais c’est un exemple tellement bon et clair quand je vais l’utiliser encore. La théorie de la gravité établit que tous les objets avec une masse produisent une gravité et sont attirés par la gravité d’autres corps. Elle détaille aussi comment mathématiquement ces corps interagissent entre eux, produisant finalement ce qui est connu comme la constante de gravitation (G) où G = 6,672×10-11  N.m2.kg-2. Cette valeur est extrêmement utile et nous permet de faire quelque chose de vraiment précis. Pour deux corps, n’importe lesquels, si nous connaissons la masse de chaque objet et la distance entre eux, alors nous pouvons utiliser G pour calculer la force de gravitation entre ceux deux objets. Ces calculs ne fonctionnent, cependant, que si G est bien constante.

La question est, bien sûr, comment savons-nous que la constante de gravitation est justement constante ? Eh bien, assez simplement, nous avons testé encore et encore et cela a toujours été correct. En d’autres termes, nous la considérons comme vraie à cause de la logique inductive (autrement dit : nous sommes partis d’une série d’observations jusqu’à une conclusion générale). Ce qui importe, c’est que nous ne pourrons jamais prouver que G est en fait constante, parce que faire cela requerrait que nous testions G sur chaque morceau de matière dans l’univers. C’est clairement impossible, donc, à la place, nous comptons sur la logique inductive (il y a par ailleurs de très solides raisons mathématiques de penser que G est constante).

C’est là que les choses deviennent intéressantes (et problématiques pour les créationnistes). Nous utilisons G tout le temps, et même dans des situations où l’on ne peut en fait pas observer que G fonctionne pour l’objet en question. Toutes les classes de physique niveau lycée ont déjà éprouvé les calculs qui utilisent G, et elle est extrêmement importante en astrophysique. C’est extrêmement important parce que personne ne prétendrait que G est juste une « hypothèse » mais cela correspond exactement à la définition que s’en font les créationnistes. Imaginez une seconde qu’un astrophysicien obtienne une explication pour quelque phénomène et que les mathématiques, pour cette explication, impliquent G. Ce serait complètement absurde que vous disiez : « Je n’ai pas à accepter cette explication car vous supposez que G est constante ». Nous savons que G est constante, car nous l’avons mesuré encore et encore et qu’elle a toujours été constante. De plus, via la logique inductive, nous devons accepter qu’elle est constante jusqu’à ce qu’il nous soit montré une raison irréfutable de penser qu’elle n’est pas constante. Dans le même ordre, nous avons mesuré les taux de désintégration radiométrique encore et encore et ils ont toujours été constants. […] De même, nous avons mesuré plusieurs fois le taux de croissance du corail, et nous savons que le plus rapide de leur taux de croissance n’est certainement pas suffisant pour qu’ils aient été formés il y a quelques petits milliers d’années. Quand nous faisons une affirmation de ce genre, nous ne « supposons » pas que les taux de croissance n’étaient pas plus grands : nous appliquons plutôt la logique inductive.

Par ailleurs, notez que l’argument que les créationnistes utilisent là n’est rien d’autre qu’un sophisme ad hoc. Il n’y a absolument aucune raison de penser que les récifs coralliens grandissaient plus vite dans le passé, ou que les strates et les noyaux de glace se formaient plusieurs fois par ans, ou que les particules radioactives se dégradaient plus vite, etc. Mais les créationnistes supposent que ces choses se sont produites alors même qu’ils n’ont aucune preuve pour appuyer ces notions. Voilà le vrai sens d' »hypothèse ». Une hypothèse est quelque chose que vous choisissez de considérer comme vrai malgré le manque de preuves. Alors, en dépit de ce qu’aiment croire les créationnistes, les méthodes scientifiques utilisées pour dater la Terre sont basées sur de la logique inductive et non sur des suppositions ; contrairement aux arguments des créationnistes qui sont entièrement basés sur des suppositions et des sophismes ad hoc (note : j’utilise « hypothèses » comme synonyme de « suppositions infondées » parce que c’est comme cela que les créationnistes semblent l’employer).

Comment fonctionne véritablement la datation radiométrique

Heureusement, à présent, vous réalisez que les scientifiques ne font pas juste des hypothèses hasardeuses, mais juste pour être sûr, je veux rapidement repasser sur la manière dont fonctionne véritablement la datation radiométrique parce qu’il y a beaucoup de confusions et une méconnaissance de ce phénomène. Premièrement, réalisez qu’il y a plusieurs types de datation radiométrique. Chaque méthode est spécifique au type de roche qu’elle peut dater et celle que vous utilisez dépend du type de matériau sur lequel vous travaillez (on peut noter par ailleurs, que vous pouvez voir des créationnistes prétendre qu’ils ont daté quelque chose que l’on sait récent, comme un rocher du Mont Saint Helens et que la datation radiométrique a dit que c’était ancien. Ces rapports sont généralement le résultat de créationnistes utilisant la mauvaise méthode sur le rocher en question).

Pour illustrer le fonctionnement de la datation radiométrique, je vais me concentrer sur une méthode (la datation par l’uranium-plomb) mais tous les autres types de datations radiométriques suivent les mêmes grandes étapes (note : techniquement, il y a deux types de datations par l’uranium-plomb et elles sont en général utilisées simultanément, mais je vais, ici, me concentrer sur le cycle du 235U pour faire simple). La datation par Uranium-plomb est utilisée sur un type de roche appelé « zircon ». Les zircons sont utiles car lorsqu’ils se sont formés, le processus de formation a incorporé de l’uranium mais à fortement repoussé le plomb, ce qui signifie que les zircons récemment formés ne comportent pas la moindre trace de plomb. A cette affirmation, l’argument des créationnistes est que les scientifiques « supposent que cette quantité est celle avec laquelle la roche s’est formée ». Mais nous ne « supposons » pas. Au contraire, nous avons testé le processus de formation des zircons, nous comprenons la chimie et nous savons que le plomb n’est pas incorporé. C’est simplement de la logique inductive (note : la quantité d’uranium dans la roche initiale est importante).

L’Uranium existe sous plusieurs formes d’isotopes (même élément, différent nombres de neutrons), et celui qui nous intéresse est le 235U. La désintégration de l’235U en 207Pb (un isotope du plomb) a un taux connu sous le nom de demi-vie. Une « demi-vie » est d’environ 704 millions d’années. Comment savons-nous quelle est sa demi-vie ? C’est simple : nous avons mesuré le taux de désintégration encore et encore et il a toujours été le même (autrement dit. : la logique inductive). Ainsi, de même qu’avec la théorie de la gravité, il y a de solides raisons mathématiques de penser que le taux est constant (en fait, c’est une loi scientifique connue sous le nom de loi de la désintégration radioactive). Alors, encore une fois, dire que les scientifiques « supposent » que les taux de désintégration sont constants n’est pas différent de dire que les scientifiques « supposent » que la gravité est constante. Dire que nous ne devrions pas croire les taux de désintégration est aussi absurde que de dire que nous ne devrions pas croire à la gravité.

Pour illustrer la manière dont fonctionne la demi-vie, disons qu’une roche commence avec 80 atomes de 235sU. Après 704 millions d’années, il y aura un ratio 1:1 (40 atomes de 235U et 40 atomes de 207Pb) parce que la moitié des particules se seront désintégrées. Après encore 704 millions d’années (1,408 millions au total), le ration sera de 1:7 (10 atomes de 235U et 70 atomes de 207Pb), etc. Les ratios sont ici des éléments importants, et ils sont ce pourquoi la quantité d’uranium dans la roche originale est pertinente. Nous pouvons prendre un zircon, mesurer la quantité de 235U et celle du 207Pb, et le ratio de ces deux éléments chimiques nous diront quel âge a la roche. Par exemple, si le ratio est de 1:7, alors elle a 2,1 milliards d’années. Peu importe que le ratio résulte de 1 atome de 235U et de 7 atomes de 207Pb ou de 1000 atomes de 235U et de 7000 atomes de 207Pb, le ratio est toujours 1:7.

En résumé, la datation radiométrique est basée sur de vrais tests, des résultats scientifiques et non des hypothèses. On sait qu’à la base il n’y a pas de plomb dans les zircons, parce que les zircons repoussent complètement le plomb lors de leur formation. Ce n’est pas une « hypothèse », c’est une conclusion inductive basée sur de nombreuses expérimentations. Nous ne connaissons pas la quantité d’uranium présente dans la roche originale, mais on n’en a pas besoin parce les ratios sont tout ce qui importe. Au final, nous connaissons le taux auquel l’uranium se dégrade en plomb, parce nous l’avons mesuré de manière répétée et qu’il a toujours été le même. Donc, voyez-vous, lorsque les créationnistes prétendent que la datation radiométrique dépend d’ »hypothèses », ils décrivent n’importe comment la manière dont le processus fonctionne et ils démontrent qu’ils sont eux-mêmes malhonnêtes et ignorants de la science. Par conséquence, ils ne sont pas une source fiable d’information.


Notes de traduction
(1) « Assumptions » peut être traduit par « Hypothèse » ou « Suppositions ». J’ai décidé de finalement traduire par « hypothèse » pour ne pas gêner la compréhension. Sachez que le polyptote entre « supposer » et « supposition » a donc été perdu.

creationism

quaedamblog

L’histoire justifie l’a priori sceptique

Par : nyvesoj

Article original : History Validates Initial Skepticism publié le 9 novembre 2015 par Steven Novella sur son blog NeuroLogica.

1800 mots – environ 6 minutes.


emdrive2Je comprends que le scepticisme zélé peut parfois agaçer, en particulier lorsqu’il vise une chose à laquelle vous croyez, ou tout au moins que vous trouvez plausible ou digne d’intérêt. C’est comme si les sceptiques essayaient de réfuter vos croyances.

Eh bien, c’est exactement le but. Bienvenue dans le monde de la science.

L’a priori sceptique est une réponse efficace à toute nouvelle affirmation, et l’histoire le prouve. Souvent les observations, ou même les expérimentations, conduisent à la possibilité d’un nouveau phénomène. Cette découverte, presque par définition, est basée sur une anomalie pour l’instant inexpliquée.

Une anomalie est un phénomène qui ne cadre pas avec notre compréhension actuelle de l’univers. Si nous rencontrons un phénomène entièrement nouveau, il est probable que ce que nous observons sera anormal, parce que nous ne pouvons pas expliquer ce que nous ne connaissons pas. En fait, les scientifiques adorent les anomalies – elles pointent vers de nouvelles découvertes. C’est là que l’action se déroule.

Mais c’est ici qu’il y a souvent un fossé entre les scientifiques et le public, exacerbé par les pseudo-scientifiques : quand des scientifiques rencontrent une anomalie, qu’est-ce que cela signifie pour eux et comment procèdent-ils ? Je constate souvent que les pseudo-scientifiques qui rencontrent une anomalie déclarent simplement que cette anomalie est une preuve (voire même LA preuve) du phénomène qui les intéresse : « Tu vois ce champ électromagnétique ? C’est un fantôme ! »

Parfois le nom qu’ils donnent à un phénomène apparent est révélateur du fait qu’ils sautent à la conclusion. Les points froids dans les vieilles maisons sont considérés comme fantomatiques. Le terme « perception extra-sensorielle » présuppose une certaine conclusion. Récemment, des chercheurs voulant se donner un air plus scientifique ont adopté l’expression « cognition anomalistique », qui sonne mieux.

L’histoire des anomalies

Les scientifiques, cependant, approchent les anomalies avec beaucoup de précautions. Leur réponse initiale est (ou du moins devrait être) le scepticisme, suivi par une tentative méticuleuse pour réfuter l’anomalie, ou l’expliquer par une erreur, un hasard, ou comme faisant partie d’un phénomène connu. Si, par excès d’enthousiasme, ils s’emballent avant même d’avoir des données solides, leurs collègues les confronteront et ils ne seront pas tendres.

Les scientifiques, bien sûr, sont des humains, et tout scientifique souhaite faire la grande découverte qui le rendra célèbre ; ceci incite fortement à croire, ou au moins espérer, que la nouvelle anomalie découverte représente un phénomène nouveau pour la science, plutôt qu’une erreur dans le dispositif expérimental. C’est pour cela que parfois, hélas, un enthousiasme prématuré règne autour de la communauté scientifique.

Il y a de nombreux exemples de ce processus à l’œuvre – une nouvelle anomalie apparente conduit à des spéculations enthousiastes, mais la communauté scientifique reste sceptique et finalement, une analyse rigoureuse révèle que l’anomalie n’est qu’un artefact ou une erreur.

L’histoire des neutrinos plus rapides que la lumière est devenue un exemple phare du scepticisme initial comme réponse correcte. À chaque fois que quelqu’un pensera qu’un nouveau phénomène a été découvert, vous entendrez la phrase « Souviens-toi de l’histoire des neutrinos plus rapides que la lumière ! ». Comme le rapporte le magazine Science :

L’équipe OPERA a chronométré des neutrinos tirés à travers la Terre, depuis le laboratoire européen de physique des particules du CERN, près de Genève en Suisse, et découvert qu’ils avaient parcourus le trajet de 730 kilomètres jusqu’à Gran Sasso en 60 nanosecondes de moins que s’ils avaient voyagé à la vitesse de la lumière.

Rien ne devrait pouvoir voyager plus vite que la lumière. De plus, nous avons détecté des neutrinos provenant de lointaines supernova, et n’avons jamais mesuré qu’ils se déplaçaient plus vite que la lumière. L’équipe OPERA le savait ; ils savaient que leur découverte était presque certainement un artefact, mais malgré des tentatives méticuleuses, ils n’ont pu trouver leur erreur ; ils ont alors présenté leurs résultats et demandé à la communauté scientifique de la trouver. Je suis sûr qu’ils espéraient que l’on y échoue, et qu’ils avaient réellement découvert la première preuve que quelque chose puisse briser l’ultime limite de vitesse, mais ils étaient de bons scientifiques. D’autres équipes autour du monde ont essayé de reproduire leurs résultats et n’y sont pas parvenu.

Puis, après deux ans :

Mais en février, l’équipe OPERA a aussi détecté qu’un câble en fibre optique débranché avait introduit un retard dans leur système de mesure de temps, ce qui expliquait l’effet.

L’anomalie était résolue – pas de neutrinos plus rapides que la lumière.

En 1989 Martin Fleischmann et Stanley Pons ont annoncé qu’ils avaient découvert la fusion froide. Ils s’avançaient un peu trop – ils avaient découvert une très légère quantité d’énergie anormale dans leur montage expérimental, énergie qu’ils ne pouvaient expliquer. Vous noterez que 26 ans plus tard nous n’alimentons pas le monde via la fusion froide. Plusieurs laboratoires autour du monde ont échoué à reproduire leurs résultats. [NdT : Michel de Pracontal aborde le sujet dans son livre « L’imposture scientifique en 10 leçons ». Ce livre est évoqué dans un épisode du blog Lisez la Science].

De très légères anomalies

C’est le problème avec les très légères anomalies – elles peuvent résulter de petites erreurs qu’il est trés difficile d’écarter. C’est essentiellement le fondement de l’histoire de la communauté de l’énergie libre. De petites mesures d’énergie anormale sont utilisées pour déclarer qu’un nouveau phénomène d’énergie libre existe, avec la promesse que le procédé pourra être passé à plus grande échelle et alimenter le monde en énergie. Cependant, il ne passe jamais à plus grande échelle parce que les petites erreurs ne s’amplifient pas, si elles le faisaient elles deviendraient évidentes.

Très récemment des astronomes ont découvert une étoile, KIC 8462852, qui présente une variation inhabituelle de luminosité. Cela signifie probablement qu’il y a quelque chose d’étrange en orbite autour de cette étoile. Rien de ce qui a été observé jusqu’à ce jour n’explique cette variation de lumière. C’est l’étape d’une découverte où les scientifiques sont en droit d’avancer les hypothèses les plus folles, du moment qu’ils ne confondent pas spéculation avec conclusion. La spéculation la plus passionnante étant que la variation de lumière est le résultat d’une construction extra-terrestre géante.

C’est aussi ici que le rasoir d’Occam tranche. Les spéculations, ou les hypothèses, qui nécessitent le moins de nouvelles suppositions sont celles ayant le plus de chances d’être vraies. Nous devrions nous rabattre sur les spéculations les plus surprenantes seulement lorsque les plus évidentes écartées. Les variations anormales de lumière ont plus de chances de provenir de comète que d’aliens.

Cela ne signifie pas que ces variations de lumière ne pourraient pas être extra-terrestres, mais simplement que nous ne devrions pas nous emballer. Personne d’autre que moi ne serait plus excité si elles s’avéraient être d’origine extra-terrestre. Cependant, récemment SETI a tourné ses radiotélescopes vers KIC 8462852 et n’a rien découvert. Cela ne prouve pas que cela ne provienne pas d’aliens, mais l’improbable devient encore plus improbable.

Durant les dernières années, des scientifiques de la NASA et d’ailleurs ont testé ce qui est appelé EM drive (Electromagnetic Drive, ou propulseur à cavité résonante électromagnétique). Ce moteur, qui est censé produire de la poussée sans propulseur (indice : c’est un phénomène inconnu par la science actuelle), a montré une petite quantité de poussée anormale pendant les phases de tests. Il y a tout juste une semaine [NdT : l’article date du 09/09/2015], il a été annoncé que les derniers tests en date produisaient toujours cette poussée anormale.

Même si ce moteur serait une œuvre technologique extraordinaire, je ne m’enflamme pas, pour la même raison que je n’investis pas dans la fusion froide. Les affirmations sont basées sur de petites anomalies, en supposant qu’elles puissent être (voilà encore ce fameux terme) amplifiées. Chaque fois qu’une expérience montre que des signes de poussée anormale sont encore présents, c’est rapporté comme « l’EM Drive fonctionne ». Cependant, chaque expérience essaye simplement d’éliminer une source possible d’erreur, exactement comme les scientifiques de l’équipe OPERA essayaient d’éliminer les sources d’erreurs auxquelles ils pouvaient penser.

C’est pour cela qu’une extrême prudence est de mise quand on a affaire à des anomalies. Peu importe le nombre de sources d’erreurs que vous éliminez s’il en reste encore une seule. Le problème est qu’il est impossible de démontrer l’inexistence, en l’occurence ici qu’aucune source d’erreur n’existe. Vous ne pouvez éliminer que les sources d’erreurs auxquelles vous pouvez penser et vérifier.

C’est alors que le jugement entre en jeu – quand avons-nous éliminé assez de sources possibles d’erreurs ? La meilleure façon de penser est : « jamais ». Nous n’avons jamais écarté que ce qui est en train de se passer pouvait être dû à d’autres phénomènes inconnus. Simplement, nous acceptons provisoirement une théorie, en particulier concernant le potentiel nouveau phénomène, lorsque cette dernière a résisté à tous les défis raisonnables. Nous pouvons alors continuer à découvrir comment ce potentiel  nouveau phénomène fonctionne, quelles sont ses propriétés. Finalement nous pouvons construire une compréhension de ce phénomène et il pourra alors entrer dans le domaine de la science établie. Cependant cette acceptation reste provisoire, même si la probabilité approche de 100 %.

Dans le cas d’une technologie qui, par exemple, produit une soi-disant énergie ou poussée, il existe aussi un test simple. Est-ce que la technologie peut être utile ? J’accepterai la fusion froide ou l’énergie du point zéro quand je pourrai faire fonctionner ma maison avec un tel système. Quand la NASA enverra des sondes sur Jupiter en utilisant EM Drive, alors effectivement la technologie sera indiscutable. Tant qu’un tel phénomène vivra dans le royaume des petites anomalies, je resterai sceptique.

Dans les domaines où ces phénomènes supposés sont subjectifs, de tels tests définitifs sont rarement possibles. C’est pour cela que la pseudo-science des médecines alternatives est si florissante – les anomalies qui conduisent à croire au nouveau phénomène (comme l’énergie vitale, par exemple) sont complètement subjectives. Des études rigoureuses sont nécessaires pour déterminer si le phénomène est réel, des études pouvant être truffées d’erreurs et de biais.

C’est pour toutes ces raisons qu’en fin de compte, il est si important de prendre en compte la plausabilité scientifique. Combien de temps et d’effort devons-nous investir dans un nouveau phénomène ? C’est une question d’appréciation, laquelle se base en partie sur la notion de plausibilité.

Conclusion

J’espère que dans 50 ans notre civilisation sera alimentée en énergie à l’aide de la fusion froide, que nous conduirons des voitures volantes propulsées par une version de l’EM Drive, et que nous décoderons l’Encyclopédie Galactique, transmise par une civilisation extra-terrestre. Les preuves actuelles pour cet avenir ne sont cependant pas convaincantes.

Voici la plus importante leçon, en tout cas. Si nous finissons par arriver jusqu’au point où nous pouvons conclure qu’un nouveau phénomène est probablement vrai, nous le ferons en affrontant le défi du scepticisme fervent. Les scientifiques se demandent « De quelle manière puis-je avoir tort ? » et construisent alors leur prochaine expérience. Nous progressons en essayant de donner tort aux nouvelles idées. Les bons scientifiques sont sceptiques et l’histoire montre que ce scepticisme initial n’est pas uniquement raisonnable, il est nécessaire.

sceptique

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La logique alternative dans la médecine alternative 

Article original : Alternative logic in alternative medicine: popular, fallacious and dangerously wrong, publié le 9 Novembre 2015 par Edzard Ernst sur son blog.

600 mots – environ 2 minutes.


Lorsque l’on débat à propos des médecines alternatives – qu’il s’agisse de moi ou de n’importe qui d’autre- avec leurs défenseurs, l’argument suivant revient toujours sous cette forme ou une autre : pas besoin de pointer du doigt les petites imperfections de notre thérapie préférée, regardez les énormes problèmes de la médecine conventionnelle.

Ce type de « logique alternative » a émergé à peu près à chaque fois que j’ai posté sur ce blog, et elle revient presque inévitablement après les conférences que je donne au grand public. Récemment, j’ai même été interrompu dans ce sens par l’une de mes hôtes dans un ‘Volkshochschule’ (NdT: école de cours du soir) allemand. Elle m’a interrompu deux fois pendant ma conférence après que j’eusse relevé le fait que l’homéopathie est à la fois coûteuse et non dépourvue de risques. Ses arguments étaient tellement typiques que je vais les répéter ici :

  1. Bien plus d’argent est dépensé dans les médicaments conventionnels que dans ceux homéopathiques.
  2. Les médecines conventionnelles ont des effets secondaires bien plus sérieux que ceux des médicaments homéopathiques.

Comme ce genre de logique est incroyablement populaire dans les médecines alternatives et comme elle semble si convaincante pour la plupart des gens, il est temps, je crois, que je m’y penche en détails.

C’est fallacieux

Cet argument qui semble au premier abord logique n’est en fait rien d’autre qu’un sophisme classique portant le nom « tu quoque » et qui peut facilement être démontré comme illogique, notamment par les exemples suivants :

  • Le grand nombre de morts sur les routes ne peut servir à justifier des trains dangereux
  • Les problèmes de conception en aéronautique ne rendent pas l’idée du tapis volant plus sérieuse
  • Votre voisin bat peut-être sa femme mais ça ne vous autorise pas à être méchant avec votre épouse.
  • Ce n’est pas parce que vous dites que tout le monde triche que vous êtes autorisé à être malhonnête.
  • Le haut niveau de mortalité d’un hôpital n’excuse pas la négligence d’un autre, etc, etc.

Dans le contexte de la médecine alternative : un résultat médiocre de la médecine mainstream n’est pas une raison pour tolérer les problèmes de la médecine alternative.

C’est dangereusement faux

Dire que les problèmes des médecines alternatives sont insignifiants comparés à la médecine conventionnelle ; ce n’est pas seulement fallacieux, c’est fallacieusement faux. La comparaison des coûts et des risques de l’homéopathie avec ceux des médecines conventionnelles, par exemple, est une approche complètement trompeuse.

Quand on aborde les risques d’une intervention thérapeutique, nous devons toujours considérer les bénéfices apportés ; comme les traitements homéopathiques n’en ont aucun, une comparaison risques/bénéfices entre l’homéopathie et la meilleure des thérapies conventionnelle ne peut être en faveur de l’homéopathie. Et quand on s’intéresse aux coûts, nous avons de nouveau besoin de considérer les bénéfices ; comme l’homéopathie n’a pas de bénéfices au-delà du placebo, une analyse coûts/bénéfices ne peut pas favoriser l’homéopathie.

Pourquoi est-il dangereux de prétendre le contraire ? La réponse est pourtant évidente, me semble-t-il : l’argument selon lequel les problèmes de la médecine alternative sont négligeables parce que ceux de la médecine conventionnelle sont de loin plus graves est fallacieux et il conduit à de mauvaises décisions en matière de santé. Qui prétendrait que de mauvaises décisions dans ce domaine ne sont pas dangereuses ? Et pour cause, elles coûtent des vies !

Alors, je vous en prie, faites-moi une faveur et n’utilisez plus jamais de tels pseudo-arguments irréfléchis sur ce blog !

alternatif

quaedamblog

Miracle Mineral Solution (MMS) : Si ça semble trop beau pour être vrai, c’est sans doute le cas

Par : blackhime

Article original : Miracle Mineral Solution (MMS): If it sounds too good to be true, it probably is, publié par Fallacy Man le 28 juin 2015 sur le blog The Logic of Science.

3900 mots – environ 13 minutes.


Il y a un vieux dicton qui dit que si quelque chose semble trop beau pour être vrai, c’est que cette chose n’est probablement pas vraie. J’aime beaucoup ce dicton car c’est une des bases du scepticisme, et qu’il va de pair avec un autre proverbe rendu célèbre par nul autre que Carl Sagan, à savoir, « Des affirmations extraordinaires nécessitent des preuves extraordinaires ». Je trouve que ces deux principes sont très largement applicables aux nombreux « traitements et régimes miracles » qui pullulent sur internet, mais je ne me concentrerai dans ce billet que sur la « Miracle Mineral Solution » (aussi connu sous le nom de Miracle Mineral Supplement ou MMS) pour servir d’illustration. Fondamentalement ce billet est juste un exercice de bon sens dans lequel je vais mettre en évidence quelques marques de fabrique évidentes de ces élixirs miracles.

Qu’est-que la MMS ?

Pour faire simple, c’est de la javel. Pour être plus technique, c’est une solution à 28 % de chlorate de sodium qui se désagrège et produit du dioxyde de chlore, et c’est en réalité ce dioxyde de chlore qui réagit avec les pathogènes (rappelez-vous de cette substance qui apparaîtra beaucoup durant ce billet). Pour être clair, la MMS n’est pas la même substance que celle que vous utilisez pour nettoyer votre maison (hypochlorite de sodium), mais ça reste néanmoins une sorte de javel qui est utilisée pour blanchir différents papiers, bois et textiles. C’est également l’un des types de chlore parfois utilisés à très faible concentration pour désinfecter l’eau destinée à la consommation. Le fait que quelqu’un vende une solution de javel concentrée comme un remède miracle devrait déjà déclencher des alarmes, mais creusons un peu. Après tout le principe du scepticisme est de demander des preuves, pas de rejeter aveuglement quelque chose sans chercher à trouver ces preuves.

Ses effets sont-ils plausibles ?

Selon l’Internet tout puissant, la MMS soigne quasiment tout. Spiritportal.org prétend qu’elle « GUÉRIT » (la mise en avant est la leur) « la malaria, le SIDA, la plupart des cancers, n’importe quel type d’hépatite, la tuberculose, la fièvre typhoïde, la pneumonie, l’asthme, l’herpès, le papillomavirus humain, la varicelle, la variole, la rougeole, les grippes (grippe aviaire incluse), les rhumes, les intoxications alimentaires, les morsures de serpent, la maladie de Lyme, les teignes, l’ascaridiose, le tæniasis, les infections aux levures, et beaucoup d’autres affections communes ». Beaucoup d’autres sites web listent des maladies supplémentaires, et un site web si peu factuel que c’en est drôle va jusqu’à dire qu’elle éradique 95 % de toutes les maladies ! De la même façon, MMSWiki a une liste ridiculement longue incluant certaines maladies comme le syndrome de Down, Alzheimer, le diabète, la dépression, etc. Et, bien entendu, que vaudrait un traitement miracle s’il ne traitait pas la calvitie et les problèmes d’érection. Ce genre de listes est typique des traitements miracles et elles fournissent des preuves extrêmement claires que ces « traitements » sont un tas de conneries. Premièrement, les maladies telles que le SIDA, le cancer et Alzheimer devraient vous sauter aux yeux. Chaque fois que quelqu’un prétend avoir trouvé un remède simple pour l’une d’entre elles vous devriez vous montrer très, très sceptique. De plus, la grande diversité de maladies supposément traitées par la MMS devrait vous donner une bonne raison d’être méfiant. La liste inclut les cancers, les virus, les champignons, les bactéries, les maladies auto-immunes, les infections à protozoaires, les parasites, les maladies génétiques, les troubles neurologiques, les morsures de serpent, etc. J’étudierai certains d’entre eux plus en détails dans la suite du billet, mais avant cela, demandez-vous simplement s’il est effectivement plausible que quelque chose soit efficace contre toutes ces maladies (spoiler alert : ce n’est l’est pas !).

Maladies infectieuses

En premier lieu, jetons un œil à la liste des maladies infectieuses que la MMS est supposée traiter. En d’autres termes tous les virus, bactéries, protozoaires, parasites intestinaux et champignons. Quand j’ai commencé à faire des recherches sur la MMS j’étais très sceptique sur le fait qu’elle puisse éradiquer tellement de types différents d’organismes car ils sont tous extrêmement différents les uns des autres. Par exemple, les bactéries ont une membrane cellulaire composée de peptidoglycane, alors que les champignons ont des membranes cellulaires composées de chitine ; les protozoaires et les parasites intestinaux n’ont pas de membranes cellulaires et les virus n’ont même pas de cellules. De ce fait, de manière générale, les traitements sont spécifiques à chaque groupe (par exemple, les antibiotiques fonctionnent contre les bactéries mais pas contre les virus).

À ma grande surprise, il y a des preuves très fiables que le dioxyde de chlore (la substance chimique produite par la MMS) est très efficace pour tuer tous ces organismes dans l’eau. C’est un point très important. Ce n’est pas parce que quelque chose élimine les « germes » dans un verre d’eau ou même lorsqu’on l’applique sur une coupure, que cela signifie forcément que ça élimine les germes ciblés à l’intérieur de vous. Il y a plusieurs raisons à cela, mais la plus importante est que les éléments chimiques vont réagir avec un tas d’autres choses avant de rencontrer l’organisme ciblé. L’un des mécanismes primordiaux par lesquels le dioxyde de chlore détruit les cellules est une réaction d’oxydoréduction avec les groupes aminés (entrez « amines de dioxyde de chlore » dans Google Scholar pour un panel d’articles traitant de ce comportement [NdT : « chlorine dioxide amine » dans le texte original]). Les amines sont un groupe chimique contenant un nitrogène et un doublet d’atomes, et ils sont omniprésents au sein des organismes vivants. Ils font partie, par exemple, de quelques-uns des acides aminés impliqués dans la création des protéines. Donc, nous comportons ces amines, les bonnes bactéries en comportent, les mauvaises bactéries en comportent, etc. C’est important car la MMS va réagir avec les premiers amines qu’elle va rencontrer. Rappelez-vous, c’est uniquement un atome de chlore lié à deux atomes d’oxygène. Ça n’a absolument aucun moyen de détecter les bonnes et les mauvaises cellules. Ça produit seulement de simples réactions chimiques. Supposons que vous preniez quelques gouttes de MMS pour traiter votre varicelle, la plupart va réagir avec les amines des bactéries présentes dans votre bouche et votre gorge bien avant qu’elle n’atteigne le virus avec lequel vous voudriez la voir réagir. Les tenants prétendent bien entendu le contraire. Selon un site web :

Elle [la MMS] ne réagit pas avec la matière organique, comme la nourriture, les cellules corporelles ni même nos ‘bonnes’ bactéries intestinales, mais est spécifique à la destruction des microbes pathogènes.

Cette déclaration est ridiculement impossible. Premièrement, tous les êtres vivants sont composés de matière organique. Les amines sont un exemple de matière organique. Cette déclaration est donc clairement fausse. Si elle était véridique, alors la MMS n’éliminerait pas les microbes pathogènes car ils sont composés de matière organique. En réalité, voici un article entièrement consacré au fait que le dioxyde de chlore dissout la matière organique. De plus, la MMS ne fait aucune différence entre les divers types de bactéries. Les bonnes comme les mauvaises bactéries sont composées des mêmes éléments chimiques et le dioxyde de chlore réagira tout aussi rapidement avec les amines des bonnes bactéries qu’avec celles des mauvaises. Pour finir, il y des preuves que le dioxyde de chlore réagit plus rapidement avec les bactéries qu’avec nos cellules (c’est le cas car les bactéries sont bien plus petites que nos cellules et que par conséquent les éléments chimiques peuvent réagir plus rapidement avec elles), mais ça ne veut pas dire qu’elle ne réagira pas avec nos cellules. Si vous placez du dioxyde de chlore sur une cellule humaine vivante et lui laissez suffisamment de temps, il pénétrera dans la cellule et réagira avec ses amines. C’est de la simple chimie.

Cancer

Ensuite nous avons le cancer. Je peux admettre qu’il soit techniquement possible que la MMS puisse traiter certaines maladies infectieuses (bien que ça ne signifie pas que ce soit une bonne idée d’en prendre), mais c’est totalement absurde de croire qu’elle puisse traiter un cancer. Le cancer est différent des autres maladies car il est causé par vos propres cellules mutant et se répliquant de façon incontrôlable. C’est ce qui rend le cancer très difficile à combattre car on doit combattre vos propres cellules ! De ce fait, quasiment tout ce qui peut éradiquer le cancer éradiquera aussi vos cellules saines. Ces deux types de cellules sont remplies d’amines et rien dans la composition chimique du dioxyde de chlore ne suggère qu’il puisse faire la différence entre une cellule cancéreuse et une cellule lambda. Encore une fois, il réagira avec les premières amines qu’il rencontra indépendamment du fait qu’elles proviennent de cellules saines ou cancéreuses.

Asthme

L’asthme est aussi présent dans la liste. Cette présence est plutôt vague car il existe plusieurs types d’asthmes pouvant être déclenchés par de nombreuses choses, mais la plupart du temps l’asthme fait partie des maladies auto-immunes. Pour faire simple, il est causé par la surréaction du corps à quelque chose d’inoffensif causant des dommages à ce dernier. Il serait par conséquent plutôt étonnant que la MMS parvienne à soigner l’asthme car il n’y a rien à éliminer (contrairement à la large majorité des autres choses qu’elle est supposée accomplir). Au contraire, il faudrait plutôt supprimer une réponse immunitaire. Comme avec le cancer il n’y a aucune raison de croire que le dioxyde de chlore soit capable de faire cela.

Morsures de serpent

Ensuite vient mon préféré : « les morsure de serpent ». Je vais devoir supposer qu’il s’agit de morsures de serpents venimeux (on n’a généralement pas besoin de soins pour une morsure de serpent classique), mais cela soulève la question évidente du type de morsures de serpents qu’elle soigne. Il existe en effet deux grandes catégories de venin de serpent : les neurotoxines (qui affectent le système nerveux) et les hémotoxines (qui affectent le système cardiovasculaire et le système musculaire). Il y a cependant de nombreuses sous-catégories et une quantité astronomique de variations. En d’autres termes, des espèces différentes auront des venins différents qui agiront de façons très différentes. Certains bloquent les signaux nerveux, d’autres font coaguler le sang, d’autres encore détruisent les membranes cellulaires, etc. La composition chimique des venins de serpents est très diversifiée et ce n’est simplement pas plausible qu’un seul élément chimique soit capable de contrer tous ces types de venins de serpent différents. En tant que chercheur sur les serpents venimeux, je vous en supplie, si vous êtes mordu par l’un d’entre eux, filez à l’hôpital aussi vite que possible et ne prenez pas de MMS pour la morsure. (À noter également, les kits pour morsures de serpents sont eux aussi totalement inutiles et font en général plus de mal que de bien. Se rendre à l’hôpital le plus rapidement possible est réellement la seule option).

Troubles mentaux

Pour finir, j’aimerais m’intéresser brièvement aux revendications les plus absurdes à propos de la MMS. Par exemple, la MMS est supposée guérir le syndrome de Down. Cela serait vraiment incroyable car le syndrome de Down est causé par une trisomie (copie superflue) du chromosome 21. Les personnes atteintes du syndrome de Down possèdent donc un chromosome supplémentaire complet donnant des instructions au corps. Ainsi pour traiter le syndrome de Down il faudrait d’une manière ou d’une autre inactiver entièrement ce chromosome sans interférer avec les autres chromosomes (qui sont composés des mêmes éléments chimiques, soit dit en passant). Il n’y a simplement aucun mécanisme via lequel le dioxyde de chlore serait capable de faire ça.

La procédure pour « soigner » l’autisme est tout aussi absurde (et presque barbare). Pour quelque raison que ce soit, les gens ont l’idée que l’autisme est causé par des parasites intestinaux (chose dont on est sûr qu’elle ne cause pas l’autisme). Aussi, pour le traiter les parents bien intentionnés mais dangereusement mal informés donnent des lavements de MMS à leurs enfants (parfois quotidiennement) ! Rappelez-vous la MMS c’est de la javel, et c’est suffisamment caustique pour parfois causer chez les enfants des rejets de la paroi intestinale. Pour les tenants cependant, ces rejets ne sont pas causés par la javel tuant les cellules intestinales de leurs enfants mais ce sont des « ténias » parasites, et leur présence dans les excréments de leurs enfants confirme que la MMS fonctionne.

Résumé des effets supposés

Pour résumer, ce composé chimique est supposément capable de soigner un très large panel de maladies, chacune nécessitant un mécanisme différent. Un mécanisme éliminant les bactéries ne traitera pas le cancer, ne soignera pas les morsures de serpent, n’inhibera pas le système immunitaire, ne provoquera pas la pousse des cheveux, ne soignera pas le syndrome de Down, etc. Ce n’est simplement pas plausible qu’un seul composé chimique réalise tout cela. Peut-être vous dites-vous en ce moment : « d’accord, peut-être que les prétentions sont exagérées, mais juste parce que ça ne soigne pas toutes ces maladies, ça ne signifie pas que ça n’en soigne pas certaines« . C’est exact, mais il reste malgré tout plusieurs problèmes. Premièrement sans tests rigoureux vous n’avez aucun moyen de savoir lesquelles (si ce n’est pas aucune) elle traite réellement, et vous n’avez aucune raison de croire les personnes vendant cette chose. Je pense avoir clairement démontré qu’au moins certaines des déclarations à propos de la MMS sont scientifiquement incorrectes. Cela signifie que les personnes faisant ces déclarations sont soit malhonnêtes soit ignorantes. Dans les deux cas vous ne devriez pas suivre leurs conseils médicaux. Deuxièmement sans tests rigoureux vous ne savez pas si c’est sûr. Il y a par exemple de nombreuses choses qui éradiquent les bactéries (comme l’iode, l’essence, le Clorox [NdT : marque d’eau de javel américaine], l’alcool ménager, etc.) sans que cela ne veuille dire que ce soit une bonne idée d’en boire.

Y a-t-il des preuves scientifiques pour soutenir ces déclarations ?

En de très rares cas, une déclaration extraordinaire se révèle vraie mais nous avons besoin de preuves vraiment solides avant de conclure que c’est vrai. Aussi, les déclarations des colporteurs de la MMS sont-elles soutenues par la science ? NON ! Il n’y a pas la moindre trace d’une preuve scientifique que prendre de la MMS soit bénéfique ! Les seules « études » sont des tests mal réalisés, non contrôlés et auto-reportés par l’inventeur de la MMS (Jim Humble). Vous pouvez en apprendre plus sur ces « tests » dans l’un de ses nombreux livres qu’il sera plus qu’heureux de vous vendre. Toutes les autres « preuves » proviennent de témoignages. J’ai déjà développé les raisons pour lesquelles les témoignages n’ont pas de sens, je ne le ferai donc pas ici.

Y a-t-il des effets secondaires ?

Selon les charlatans qui vendent ce truc, elle n’a « aucun effet secondaire néfaste et n’endommage pas les cellules saines« . Cette déclaration, caractéristique des remèdes de charlatans et des remèdes miracles, trahit le fait qu’on vous ment. Tout traitement médical ayant un effet sur votre corps aura des effets secondaires. C’est un aspect inévitable du fonctionnement chimique de notre corps. Tous les médicaments (y compris la poignée de produits alternatifs qui fonctionnent vraiment) fonctionnent entièrement grâce à des réactions chimiques à l’intérieur de notre corps et pour au moins quelques personnes, ces réactions vont inévitablement avoir des conséquences imprévues. Ainsi le seul moyen pour que quelque chose n’ait pas d’effets secondaires est qu’il n’ait pas d’effets en premier lieu (à noter que c’est la raison pour laquelle l’homéopathie n’a pas d’effets secondaires).

Cette affirmation est d’autant plus absurde dans le cas de la MMS car on sait qu’elle a des effets secondaires. Rappelez-vous qu’il s’agit de javel avec des capacités industrielles. Pour être sincère, elle n’est pas aussi puissante que de la javel classique et elle attaque les bactéries plus rapidement que les cellules humaines, mais à dose suffisante elle endommagera malgré tout les tissus humains. La plupart des gens ne prennent qu’une ou deux gouttes de cette chose, ce qui n’est probablement pas suffisant pour causer beaucoup de dégâts, mais certaines personnes en consomment de grandes quantités et ce, quotidiennement, ce qui s’avère potentiellement dangereux. Malgré toutes les déclarations selon lesquelles la MMS n’affecte pas les bonnes cellules de votre corps c’est un fait scientifiquement avéré que le dioxyde de chlore peut être létal. Heureusement, la LD50 (la dose suffisante pour tuer 50 % des souris auxquelles elle a été donnée) est estimée à plus de 10 000 mg/kg, ce qui représente une LD50 très élevée. Vous ne vous tuerez donc probablement pas avec cette substance, mais dans le même temps il y a eu de nombreux essais en laboratoires au sein desquels des animaux sont décédés suite à une exposition au dioxyde de chlore. Le caractère non létal varie. Certaines études n’ont pas trouvé beaucoup de preuves d’effets secondaires néfastes, mais d’autres ont trouvé des preuves fiables que le dioxyde de chlore cause divers problèmes comme des ulcères, des lésions, une modification de la composition sanguine, des nausées ou la diarrhée (Vous pouvez trouver un bon résumé sur la toxicité du dioxyde de chlore ici).

En conclusion, pour de la javel, la MMS est plutôt inoffensive et ne vous causera probablement pas de problèmes graves aux quantités consommées par la plupart des gens. Néanmoins les preuves en sa défaveur sont suffisamment fortes pour que les institutions de santé de plusieurs pays s’opposent à son utilisation. Ces pays incluent : les USA, l’Australie, le Canada et de nombreux autres. La FDA [NdT : Food and Drug Administration, organisme américain contrôlant les denrées alimentaires et les médicaments] se permet même un trait d’humour en déclarant :

Les particuliers qui disposent de MMS devraient arrêter de l’utiliser immédiatement et s’en débarrasser.

Mais bien entendu nous savons tous que toutes les institutions de santé mondiales majeures sont payées par Big Pharma (notez la forte dose de sarcasme), intéressons-nous donc aux informations fournies par les supporters de la MMS. Miracle-mineral-supplement.com fait la déclaration suivante :

Remarque : Si vous remarquez une diarrhée, ou même des vomissements ce n’est pas forcément mauvais signe. Le corps est simplement en train de se débarrasser des toxines et de se nettoyer. Certaines personnes déclarent se sentir beaucoup mieux après avoir eu la diarrhée.

Bien sûr, une personne rationnelle pourrait prendre le temps de réfléchir et penser qu’elle vomit car elle a bu de la javel, mais selon les tenants c’est simplement la MMS accomplissant sa tâche en éliminant quelques vagues « toxines » et n’importe quoi d’autre qui puisse vous être nocif (tout cela bien entendu sans endommager vos cellules ou les bonnes bactéries présentes dans vos entrailles). C’est clairement stupide. Premièrement, même si l’affirmation selon laquelle votre nausée et votre diarrhée étaient dues au bon fonctionnement de la MMS était vraie, ça reste un effet secondaire ! Vous ne pouvez pas dire en même temps « ça n’a pas d’effets secondaires » et « pendant la durée du traitement vous pourriez perdre l’appétit et votre anus pourrait se transformer en geyser ». Si prendre quelque chose vous donne la diarrhée, alors la diarrhée est un effet secondaire. Deuxièmement, sauf en de très rares cas, l’élimination de bactérie, virus, etc. ne vous rendra pas malade. Vous disposez de ces merveilleuses cellules appelées des phagocytes qui se déplacent en éliminant les vieilles cellules et les éléments nocifs.

Elles le font constamment et vous n’êtes pas malade à cause d’elles. Chaque jour des milliers de cellules meurent et les phagocytes se chargent de s’en débarrasser.

Les choses sont tout aussi étonnantes quand on s’intéresse à la procédure pour « traiter » le cancer. Selon spiritportal.org vous devriez commencer par prendre une ou deux gouttes et voir si vous vous sentez nauséeux. Si ce n’est pas le cas, vous devriez augmenter la quantité petit à petit jusqu’à trouver la quantité qui vous fera vous sentir nauséeux. Vous voulez atteindre la dose qui vous fera vous sentir nauséeux car c’est censé être la preuve que ça fonctionne. Voyez-vous, après que la MMS ait éradiqué les cellules cancéreuses, elles deviennent « un poison pour votre corps » et ce sont ces cellules empoisonnées (pas la javel) qui vous rendent malade. J’ai sincèrement ri quand j’ai lu cela pour la première fois. S’il y a une chose que nous apprend le rasoir d’Occam c’est que nous devrions privilégier l’explication la plus simple, or, l’explication la plus simple est très clairement que vous vomissez parce que vous avez bu de la javel. De plus, pourquoi diable une cellule cancéreuse morte serait-elle un poison ? La composition chimique d’une cellule de cancer n’est pas différente de celle de n’importe quelle autre cellule, et comme dit précédemment, vos cellules meurent constamment. Alors pourquoi une cellule cancéreuse morte serait un poison quand une cellule morte lambda ne l’est pas ? Encore une fois vous disposez de phagocytes qui font un très bon travail pour vous débarrasser de ces cellules mortes.

Pourquoi la MMS n’est pas un traitement approuvé ?

Aucune cure miracle ne serait complète sans une théorie du complot et les supporters de la MMS sont plus que ravis d’en créer une. Selon le schéma classique de la théorie du complot, presque tous les sites à propos de la MMS que j’ai consultés déclarent que les compagnies pharmaceutiques cachent la vérité sur la MMS car elles gagnent énormément d’argent en soignant ces maladies, et bien entendu toutes les organisations de santé mondiales (et les blogueurs comme moi) sont des complices payés. Il y a tellement de problèmes avec cet argument que je prévois d’y dédier un billet entier, mais pour le moment je vais juste m’attarder sur les points principaux.

Premièrement les compagnies pharmaceutiques dépensent des millions de dollars dans la recherche de traitements contre le cancer, la maladie d’Alzheimer, etc. Pourquoi le feraient-elles si elles disposaient déjà d’un traitement qu’elles ne souhaitaient pas utiliser ?

Deuxièmement, si la MMS fonctionnait vraiment pourquoi n’auraient-elles pas commencé à la vendre elles-mêmes pour en tirer des milliards de dollars ? Elles la factureraient assurément bien plus que ce qu’elle coûte à produire, alors bien sûr elles seraient en compétition avec les revendeurs internet non certifiés, mais il y a toujours énormément de gens qui préféreraient payer un peu plus pour obtenir quelque chose d’officiel plutôt que de l’acheter sur internet. Cela serait assurément plus logique que de dépenser des milliards de dollars pour payer tous les médecins de la planète tout en dépensant des milliards de dollars pour un remède dont elles disposent déjà.

Troisièmement, rendez-vous compte que tous les milliers de docteurs qui travaillent pour ces compagnies pharmaceutiques ont de la famille ou des amis affectés par ces maladies (surtout le cancer). Pensez-vous vraiment qu’ils resteraient assis là, à regarder des tas de personnes souffrir et mourir en sachant qu’un traitement existe ?

Enfin, rendez-vous compte que cette affirmation est un argument circulaire / hypothèse ad hoc (selon la façon dont elle est formulée). En d’autres termes, je n’accepterai jamais cette théorie du complot absurde sans être auparavant entièrement sûr que la MMS fonctionne. C’est donc un argument logiquement invalide.

Conclusion

Avec un peu de chance, ce billet a permis de clarifier le fait que la MMS n’était rien d’autre qu’un remède de charlatan et que vous ne devriez pas y croire. Plus important encore, j’espère que ce billet vous aura fourni des principes de base pour vous guider dans l’évaluation de remèdes miracles, régimes miracles, etc. La liste qui suit détaille quelques-unes des marques de fabrique des élixirs miracles dont vous devriez vous méfier.

  • Effets improbables (c’est-à-dire un nombre absurde d’affections soignées, guérisons irréalistes, pertes de poids improbables, etc.)
  • Aucun mécanisme plausible pour expliquer lesdits effets
  • Aucune preuve scientifique pour soutenir ces affirmations
  • Affirmations qu’il n’y a aucun effet secondaire
  • Théories du complot

Dans le cas de la MMS, on constate qu’elle ne résiste à aucun point de la liste, et il n’y a absolument aucune raison de penser qu’en prendre soit une bonne idée.

Medecine alternative

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Questions sur les OGM

Par : elleagn

Article original : Questions on GMOs, publié par Steven Novella sur son blog Neurologica.

1500 mots – environ 5 minutes.


Les Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) restent la question sur laquelle il y a la plus grande disparité d’opinions entre les scientifiques et le grand public. Même parmi les personnes se considérant comme sceptiques, qui font un réel effort pour aligner leurs opinions avec les faits scientifiques, il reste une grande méfiance vis-à-vis des OGM et des compagnies qui les produisent (comme Monsanto).

Cette disparité est en partie due aux décennies de campagne menées par Greenpeace et le lobby biologique pour diaboliser les OGM. Il est beaucoup plus facile de susciter des peurs que de rassurer. Je pense que nous commençons doucement à revenir à la raison sur cette question, mais ils nous reste un long chemin à parcourir. Nous avons commencé par le plus facile, corriger les mensonges purs et simples.

Il est par contre beaucoup plus difficile de dissiper la vague sensation qu’il y a quelque chose de menaçant à propos des OGM. Nous avons une profonde connexion émotionnelle avec la nourriture dont nous ne nous rendons peut-être même pas compte. Il est facile de déclencher notre sentiment de dégoût, et nous avons une tendance probablement évolutive à éviter tout ce qui pourrait être contaminé. L’image de « frankenfood » contre-nature s’accroche toujours à notre culture et est compliquée à dissiper.

J’ai récemment reçu la question suivante d’un auditeur du SGU (NdT : The Skeptic’s Guide to the Universe, un podcast hebdomadaire tenu par l’auteur du post original), que je pense être représentative de cette inquiétude persistante :

Ma question est, étant données nos actuelles capacités de recherche scientifique, existe-t-il des études scientifiques irréfutables qui peuvent prédire les effets à long terme des OGM, en termes de santé personnelle et de l’impact environnemental potentiel (c’est-à-dire la diversité génétique) ? Quelles sont les techniques que nous pouvons utiliser, étant donnée la nature potentiellement lente et à long terme d’un véritable impact sur ces deux aspects (bien-être et environnement) ?

Les OGM introduisent-ils aussi de nouveaux risques dans le monde, dans la mesure où ces modifications pourraient commencer à être faites pour le profit ou pour des raisons géopolitiques plutôt que pour le bien-être social ? Peut-être un OGM rebelle inspiré d’une mauvaise science-fiction pourrait anéantir par inadvertance les réserves en nourriture d’une autre nation (une adaptation du concept des moustiques non-contaminables pour réduire la diffusion de la malaria) ?

Je pense que des questions raisonnables comme celles-ci contribuent beaucoup à expliquer la déconnexion entre les scientifiques et le public. Même un sceptique raisonnable et scientifiquement instruit pourrait simplement ne pas suffisamment comprendre la science des OGM pour avoir confiance en leur sûreté.

En premier lieu nous devons distinguer le processus du résultat final. Le fait d’être un OGM décrit seulement le processus par lequel le cultivar a été fait. Il ne dit rien de la nature du résultat final. La modification génétique, un terme un peu vague, se réfère habituellement aux techniques qui altèrent directement le génome d’une plante, plutôt qu’aux techniques de croisement. Il y a toujours des techniques que j’estime être dans une zone de flou, comme la mutagenèse, où des produits chimiques ou des radiations sont utilisés pour augmenter le taux de mutations en vue de produire plus de variétés à sélectionner et cultiver.

L’altération génétique directe peut inclure l’extinction où la modification d’un gène déjà présent dans la plante ou l’insertion d’un nouveau gène, qui peut venir d’une espèce très proche ou d’une espèce appartenant à un autre règne du vivant. C’est cette dernière catégorie qui attire le plus les critiques parce qu’elle semble la plus « contre-nature ».

Cela amène un point important. Les biologistes savent que tous les êtres vivants connus sur Terre partagent le même code génétique. Un gène est un gène. Les humains partagent déjà environ 60 % de leurs gènes avec les plantes. La « tomate-poisson » illustre parfaitement cette mauvaise compréhension. Un programme OGM prévoyait d’insérer un gène d’un poisson résistant au froid dans un plant de tomates, résultant en des tomates résistantes au froid. Cela aurait pu étendre la saison de pousse des tomates, et augmenter la productivité. Ce produit a été développé mais n’a jamais été approuvé ou commercialisé. La « tomate-poisson », généralement dépeinte comme une tomate effrayante avec des écailles et des nageoires, est devenue un mème anti-OGM courant.

Mais seulement voilà, les tomates partagent déjà plus ou moins 60 % de leurs gènes avec le poisson. Par ailleurs, les gens mangent du poisson qui, sauf erreur de ma part, contient beaucoup de gènes de poisson. La source du gène n’est pas pertinente. La tomate ne sait pas d’où vient le gène. Tout ce qui compte est la protéine codée par le gène et ce qu’elle fait. En attendant, dans une enquête canadienne, 22 % des sondés pensaient que des tomates modifiées avec un gène de poisson auraient un goût de poisson.

Entre parenthèses, pour être totalement précis, les différents règnes du vivant utilisent bien des séquences promotrices différentes dans leur génome, donc quand des gènes sont pris d’espèces éloignées, les scientifiques ont parfois besoin d’insérer un promoteur qui sera fonctionnel chez l’hôte. Cela n’affecte cependant pas le produit final.

Cette même enquête canadienne a trouvé ceci :

Un pourcentage significatif de la population croit que la modification génétique implique aussi des radiations et/ou l’injection d’antibiotiques, de stéroïdes et d’hormones dans la nourriture et les produits alimentaires.

À nouveau, une vague impression que quelque chose de contre-nature se trame. Les gens pensent aussi que les OGM sont anormalement gros, et que ce sont des mutants, comme les X-Men, mais en plantes. Elles pourraient donc être des superprédateurs, ou faire des choses qu’aucune plante « normale » ne peut faire, ce qui pourrait tuer notre écosystème. C’est une chimère.

Tous les êtres vivants sont des mutants. Il n’y a pas d’état naturel pour aucun gène. Ils subissent des mutations en permanence. Certains gènes sont extrêmement « conservés », ce qui signifie que leurs fonctions sont tellement critiques et stables qu’ils ne tolèrent pas de mutations, lesquelles sont sélectionnées lorsqu’elles arrivent. Nous partageons les mêmes histones avec les pois, par exemple. Mais pour la plupart des gènes et protéines, qui sont peu conservés, ils ne sont pas plus mutés que n’importe quel autre gène.

Quand les biologistes parlent de mutation ils font généralement une affirmation relative, par rapport à la quantité de différences entre les gènes. Une mutation est un changement, mais le résultat final n’est pas intrinsèquement différent biologiquement de la source. Cela ne donne pas de super-pouvoirs, ou ne fait des produits prodigieusement gros, ou ne les rend « contre-nature ».

En d’autres termes, il n’existe pas réellement de « mutants », seulement des différences relatives entre les espèces, races, et variétés cultivées.

Existe-il donc un quelconque risque intrinsèque ou méconnu des OGM car ce sont des « mutants » ? Non. La question même montre une mauvaise compréhension de la biologie et de la génétique.

C’est pourquoi les scientifiques vont mettre en avant que tout a évolué dans le temps, et que les humains ont artificiellement fait évoluer presque toute la nourriture avec différentes méthodes. Tous nos aliments ont muté par rapport à ce qui était présent dans la nature préalablement à l’intervention humaine. Les OGM ne sont pas plus des « mutants » que les variétés développées à travers le croisement ou l’hybridation.

La seule vraie question est celle-ci : existe-t-il des risques spécifiques ou uniques aux processus utilisés pour développer des OGM ? La réponse à cette question est non. Cela a été étudié depuis des décennies maintenant. Oui, les techniques de modification génétique touchent au génome. C’est un peu le but. Mais le processus implique un croisement entre les plantes avec un gène inséré et la variété originelle jusqu’à ce qu’une nouvelle variété stable soit développée. Cela est fait jusqu’à ce que l’on ait une nouvelle plante qui diffère seulement par le fait qu’elle contient le nouveau gène voulu.

Nous étudions toujours soigneusement les nouveaux OGM pour s’assurer que toutes les nouvelles protéines exprimées ne sont pas dangereuses, ce qui est raisonnable. Nous les étudions pour être sûrs qu’elles ne diffèrent pas fondamentalement de leur variété d’origine, qu’il n’y a pas eu de changements inattendus.

L’environnement n’a rien de particulier à craindre de OGM. Nous ne créons pas des plantes envahissantes. Les scientifiques créent des plantes. Ces plantes, par leur nature même, ne sont pas robustes. Elles dépendent des humains pour leur fournir des conditions de croissance optimales et pour les protéger des parasites. Nous les rendons aussi plus comestibles en réduisant une grande partie de leurs défenses naturelles. Les plantes produisent elles-même une série de pesticides qu’elles utilisent pour se protéger, ce qui peut les rendre amères ou nocives, nous les sélectionnons donc pour les éliminer. Dans la nature, sans les humains pour s’occuper d’elles, les plantes seraient pour la plupart fragiles. Ne craignez donc pas qu’elles prennent le contrôle.

La peur des OGM est un sujet qui pourrait être particulièrement sensible à l’éducation, puisque plus les gens comprennent la biologie des plantes et les OGM,  moins ils sont inquiets,  et plus ils acceptent cette technologie.

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Consensus, causalité et déni de science

Par : elleagn

Article original : Removing the Rubbish: Consensus, Causation, and Denial publié par Lawrence Torcello sur Scienta Salon.

2000 mots – environ 7 minutes.


Au XVIIe siècle, le philosophe John Locke, écrivant son admiration des grands penseurs scientifiques de son époque, notait qu’il trouvait « une ambition suffisante que d’être employé comme un travailleur subordonné à nettoyer un peu le sol et enlever quelques déchets qui reposent sur le chemin de la connaissance ». Locke mesurait sa contribution considérable aux nouvelles sciences empiriques et expérimentales [1]. Encore aujourd’hui, l’observation de Locke tient un rôle essentiel de la philosophie par rapport à la science. Une bonne philosophie est caractérisée par le progrès de la compréhension à travers la critique rigoureuse et la clarification des concepts. Même si les philosophes ne sont pas nécessairement mieux équipés pour arriver à la vérité que les autres, ils sont souvent, par leur entraînement, parfaitement aptes à détecter un raisonnement confus et embrouillé. Nous négligeons trop souvent que la science progresse autant à travers la détection et l’exposition des erreurs – le nettoyage des déchets – qu’à travers la découverte de faits. Par exemple, le réchauffement global anthropique, porte des implications existentielles et éthiques qui requièrent notre attention immédiate [2], pourtant, pour que le discours du public informé progresse, il faut dissiper certaines méconnaissances. Dans ce qui suit j’aborde trois confusions communes qui sont souvent rencontrées dans le discours public et politique au sujet du changement climatique.

Confusion n°1 : « Le consensus n’a rien à voir avec la science »

Cette affirmation erronée joue sur l’ambiguïté du terme consensus. Dans le langage populaire, consensus renvoie souvent à un simple accord (ou à un accord purement populaire). En sciences, le terme est utilisé de manière approprié pour exprimer qu’une nette majorité de chercheurs reconnaît que les sources de données convergentes confirment la même conclusion. C’est précisément ce que l’on veut dire lorsque l’on entend qu’il y a un énorme consensus par rapport à l’activité humaine comme cause du réchauffement climatique [3]. Le consensus scientifique n’est pas une affaire d’opinion publique. Un consensus signifie une large acceptation de la part des experts qu’une affirmation particulière est supportée par des preuves solides. Le stock de connaissances collectives de l’humanité augmente une fois qu’un consensus scientifique est atteint.

Il s’ensuit que s’il n’existe pas de consensus, la question scientifique sous investigation demeure non résolue. Les chercheurs individuels, les équipes de chercheurs, les pairs examinateurs sont tous sujets à l’erreur ; il est d’autant plus important pour les non-experts de reconnaître le consensus comme une preuve que l’affirmation a été attentivement examinée. Bien sûr, il demeure possible qu’un consensus scientifique soit faux. Certaines personnes pointent parfois des cas historiques de conclusions erronées, ou de scientifiques peu scrupuleux, afin de remettre en cause la fiabilité du consensus ou de la science sur un problème donné. Ces critiques négligent le fait que de telles erreurs ont finalement été révélées et surmontées précisément grâce au processus de contrôle dont il est question, et en arrivant au consensus que leur rhétorique à pour objectif de remettre en cause.

Les ambiguïtés dans le langage peuvent mener les gens à un dialogue de sourds. Quand les gens ne sont pas au courant de l’usage technique d’un terme ou ne réussissent pas à spécifier comment ils l’utilisent, cela crée une atmosphère propice à l’incompréhension et à l’équivoque. On peut voir une confusion similaire à celle qui concerne le terme « consensus » dans l’affirmation que l’évolution est « simplement une théorie ». Théorie dans le sens où le terme est utilisé en science diffère de son usage populaire, qui signifie quelque chose de plus proche de la spéculation ou de l’opinion. Dans les sciences modernes, une théorie décrit la réalité de manière fiable dans la mesure où elle est soutenue par un large corps de preuves considérées tellement solides, tellement vérifiables, qu’il est improbable qu’elle soit jamais infirmée. En effet, une théorie n’existe pas sans un énorme consensus scientifique.

La science est puissante sur le plan épistémologique parce qu’elle s’auto-corrige, au même titre qu’elle est opposée à l’étanchéité intellectuelle. C’est pour cela que le consensus scientifique possède une valeur intellectuelle et expérimentale, et pourquoi il est raisonnable pour des non-experts de faire confiance aux affirmations approuvées par le consensus scientifique.

Confusion n°2 : Il n’y a pas de « preuve » que l’activité humaine cause le réchauffement climatique

Preuve est un terme qu’il vaut mieux laisser aux mathématiques et à la logique formelle. N’importe quel étudiant de premier cycle qui étudie la philosophie (pour ne pas mentionner les statistiques !) aura entendu une version du mantra « corrélation n’implique pas causalité ». C’est vrai, mais c’est loin d’être la fin de l’histoire. David Hume, écrivant au XVIIIe siècle, a clairement établi que les liens de causalité ne sont pas une affaire de certitude mathématique [4]. En résumé : pour n’importe quelle relation causale possible il reste logiquement possible  qu’une autre relation causale, ou aucune des deux, soit vraie. Le terme « preuve » est, et restera, non pertinent pour le raisonnement causal. La question par rapport à une corrélation scientifique n’est pas une question de preuve, mais plutôt de schéma statistiquement pertinent. En conséquence, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) traduit le niveau de confiance de 95 % que le réchauffement climatique soit principalement causé par l’activité humaine par « extrêmement probable » [5].

Comprendre les limites de l’inférence causale est également utile pour appréhender la relation entre le changement climatique et les phénomènes météorologiques extrêmes. Aucun ouragan, tempête de neige, sécheresse ou inondation ne peut individuellement être attribué directement et exclusivement au réchauffement climatique. Mais il reste tout de même vrai que le réchauffement terrestre exerce une influence discernable sur les phénomènes météorologique extrêmes. Arguer qu’aucun événement météo unique ne peut être lié causalement au réchauffement climatique revient à arguer qu’aucun acte criminel spécifique ne peut être lié causalement à la pauvreté. Le leurre de la recherche de connexions nécessaires précises et irréfutables n’est pas pertinent pour la tendance plus générale de la corrélation et l’influence statistique.

La relation entre la production de CO2 et le réchauffement climatique est aussi bien établie que le lien entre fumer et le cancer du poumon [6]. Lors d’un diagnostic d’un cancer du poumon, il serait idiot d’insister, avant d’arrêter de fumer et de suivre le plan de traitement, pour qu’un médecin identifie la cigarette spécifique (ou le paquet, ou même l’année passée à fumer) qui a causé la maladie. La certitude est une impossibilité épistémique quand il s’agit de n’importe quelle inférence inductive, inférences scientifiques incluses. Après Humes, cette limitation épistémologique a depuis longtemps été reconnue ; en fait beaucoup diraient que cela a été compris depuis le scepticisme hellénistique. Dans la philosophie et la science moderne, la reconnaissance de la faillibilité est une démarche constructive, séparant une authentique découverte du dogme. Un raisonnement raisonnable ne justifie pas l’exploitation rhétorique de l’incertitude ; l’avancement de la compréhension scientifique peut être concédé malgré la reconnaissance de sa faillibilité. En tant que tel, exiger obstinément une « preuve » que le réchauffement climatique résulte de l’activité humaine et que le changement climatique influence les phénomènes météorologiques extrêmes – étant donné la prépondérance de véritables signes disponibles – se réduit simplement à un appel à l’ignorance.

Confusion n°3 : Les termes négationniste et négationnisme sont des formes d’attaques ad hominem (ou abusivement personnelles) contre les climato-sceptiques et leur travail

Le terme négationniste est souvent associé à ceux qui affirment que l’Holocauste est un hoax (NdT : c’est-à-dire un canular). Ce terme est considéré comme insultant, et puisque les conversations sincères devraient éviter l’insulte, selon cet argument, nous devrions éviter d’utiliser de tels termes. Néanmoins le négationnisme est un phénomène d’intérêt académique, suivant des schémas reconnaissables, et, dans le but d’éviter les confusions, cela devrait être discuté avec son étiquette appropriée [7].

La science établie peut être niée pour de nombreuses raisons. Certaines personnes nient une affirmation scientifiquement établie parce qu’elles adoptent une doctrine religieuse envers laquelle elles trouvent l’affirmation défavorable. D’autres peuvent nier une affirmation scientifiquement établie parce qu’ils espèrent remettre en cause le privilège épistémique de la science sur un plan philosophique. D’autres encore sont motivés à rejeter la science pour des raisons financières ou politiques, ou un sentiment plus vague d’affiliation avec une faction politique ou culturelle. Quand ceux qui n’ont pas l’expérience scientifique font une affirmation qui nie la science établie sur la question, ils évoquent le langage et l’autorité de la science en exigeant d’être décrits comme des sceptiques. Le scepticisme n’est pas la pure incrédulité motivée par le pessimisme, le cynisme, ou une idéologie politique. Le scepticisme a toujours impliqué une investigation philosophique des contraintes de la connaissance humaine, que ce soit en général ou sur un domaine donné. La nature intellectuellement prudente de la science reflète cette ascendance philosophique.

La science fonctionne à travers sa méthodologie sceptique ; c’est le moteur du processus de contrôle qui mène finalement au consensus. On n’attend pas des scientifiques faisant des études de terrain qu’ils partagent exactement les méthodologies des scientifiques travaillant dans un contexte de laboratoire, mais tous les champs de la science impliquent (idéalement) une application rigoureuse du scepticisme méthodologique. Le scepticisme est une composante essentielle du processus scientifique. Quand quelqu’un qui manque d’expertise nie un consensus scientifique, et attaque les scientifiques qui le supportent, cette personne ne se comporte pas comme un sceptique. C’est jouer au sceptique tout en refusant d’admettre les fruits légitimes du scepticisme. Cette forme de négationnisme est correctement qualifiée de pseudo-scepticisme, qui est une caractéristique commune, sinon essentielle, des pseudosciences [8]. Le pseudo-scepticisme et les pseudosciences devraient tous les deux être correctement compris comme des types de négationnisme scientifique. Plus d’un qualificatif approprié peut-être utilisé de manière constructive ou comme une massue ad hominem ; cet argument seul n’est pas une bonne raison pour abandonner les qualificatifs appropriés.

La majorité des gens qui ne sont pas sûrs de quoi penser du changement climatique ne sont pas des négationnistes de la science climatique. Mais pour des négationnistes engagés, sceptique est un qualificatif inapproprié et trompeur [9]. Le terme scepticisme n’est pas adapté pour décrire le comportement de ceux qui nient obstinément la preuve du réchauffement climatique anthropique – le terme pseudo-scepticisme est plus correct. De plus, il est plus approprié d’un point de vue éthique de mettre à l’épreuve, plutôt que d’ignorer, le phénomène plus vaste phénomène de déni de science [10]. En effet, il est vital de nettoyer ce genre de déchets, qui embrouillent la connaissance du public du consensus scientifique sur le changement climatique. Le faire requiert une clarté soutenue des concepts, une utilisation cohérente du langage, et un rejet actif des distractions induites par la minorité bruyante des négationnistes. C’est un effort bien adapté aux scientifiques comme aux philosophes.


Lawrence Torcello est Professeur Adjoint de Philosophie à l’Institut de Technologie de Rochester, New York. Il se spécialise dans la philosophie sociale et politique, la théorie morale, et l’éthique appliquée. Ses sujets de recherches actuels se concentrent sur la théorie démocratique, le libéralisme, et la justice climatique. Des travaux récents explorent les implications morales du climato-négationnisme et des autres formes de déni de science.

[1] Locke J., (1689) An Essay Concerning Human Understanding, Edited by Peter Nidditch (1979), “The Epistle to the Reader,” pp. 9-10 Oxford University Press.

[2] Torcello, L., Mann M.E., (2014) “Limiting global warming to 2°C: the philosophy and the science,” The Conversation US, Publié en ligne, Oct. 21.

[3] Cook, J., et al., (2013) “Quantifying the consensus on anthropogenic global warming in the scientific literature,” Environmental Research Letters, Vol. 8, No, 024024, 7 pages.

(NdT : La traduction d’un commentaire de cette étude est disponible sur La Théière Cosmique)

[4] Hume, D., (1748)  An Enquiry Concerning Human Understanding, édité par Peter Millican, (2008) Oxford University Press.

[5] IPCC AR5 (2013) site internet.

[6] Fischer, D., (2014) “Climate Risks as Conclusive as Link between Smoking and Lung Cancer,” Scientific American, Publié en ligne: Mars, 19.

[7] Pigliucci, M., (2014) “The varieties of denialism,” Scientia Salon, Publié en ligne, Oct., 28.

[8] Torcello, L., (2012) “The Trouble with Pseudoskepticism,” Skeptical Inquirer, Vol. 36, No. 3, pp. 37-41.

[9] Deniers are not Skeptics, Skeptical Inquirer, 5 Decembre 2014.

[10] Torcello, L., (2011) “The Ethics of Inquiry, Scientific Belief, and Public Discourse,” Public Affairs Quarterly, Vol. 25, No. 3, pp. 197-215.

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