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À partir d’avant-hierARCHEOLOGIE RATIONNELLE

(Debunk) Bâtisseurs de l’Ancien Monde : Machu Picchu, Caral et Puma Punku

Par : WikArch

Pour ce deuxième article critique sur le film du réalisateur Patrice Pouillard « BAM : Les Bâtisseurs de l’Ancien Monde », direction Caral, le Machu Picchu et Puma Punku. On va revenir ici sur divers propos du réalisateur et en profiter pour développer certains points qui méritent qu’on s’y attarde un peu plus.

PS: Le timecode dans cet article est basé sur la version du film dans laquelle le réalisateur laisse un message à ces contributeurs au début du film. Si vous avez vu ou êtes amené à regarder ce film à l’avenir sans ce message, il faut enlever 02:40 min au timecode dans l’article.

Caral (Pérou)

Caral pérou

19:01 Elle (la cité de Caral) a posé un énorme problème à ceux qui l’ont étudié car on n’a retrouvé ni fortifications, ni armes défensives et on a dû se rendre à l’évidence de la possibilité d’une chose incroyable, cette cité avait vécu en paix durant plus de 1000 ans en coopération commerciale avec ses voisins.

Selon les recherches actuelles qui ne sont pas terminées, c’est en effet une possibilité. Cependant, ce n’est pas forcément aussi simple que ça. Il est tout de même nécessaire de préciser certaines choses. Ce n’est pas parce qu’on ne retrouve aucune fortification, ni armes défensives ou offensives dans cette cité que des batailles n’ont pas éclatées entre eux et des voisins à des endroits plus éloignés des lieux d’habitations.

Ensuite, il est intéressant également de découvrir que les habitants de Caral se droguaient en mélangeant de la chaux et des feuilles de Coca. Selon les scientifiques, ces drogues devaient être assimilées durant des cérémonies religieuses [1]. Enfin, on sait également que ça arrivait aux habitants de Caral de faire des sacrifices humains [2].

Donc, on ne sait pas pour l’instant si le peuple de Caral a bien vécu en paix durant 1000 ans avec ses voisins mais manifestement, on peut avoir certaines difficultés à associer la notion de paix et de peuple pacifique avec certains rituels qui étaient les leurs. Enfin, le réalisateur tombe ici dans les mêmes travers qu’il reproche un peu vite aux archéologues, c’est à dire transformer une supposition en affirmation. Il aurait été plus prudent dans ses propos en formulant sa dernière phrase ainsi « … on peut noter une chose intéressante, cette cité pourrait avoir vécu en paix durant plus de 1000 ans… » et non « avait vécu en paix ».

Sources

[1] Les pyramides oubliées de Caral (Timecode vidéo 32:37)

[2] Pérou, la cité perdue de Caral

Le Machu Picchu (Pérou)

Machu_Picchu -Perou

20:40 « Ce qui m’a surprise, c’est le cœur de ce site (les temples) réalisé dans un style totalement différent (des habitations). D’énormes blocs d’andésite, une roche très dure, ont été assemblés avec une très grande précision sans joints entre eux. Si cette roche provient bien d’une carrière en face de l’autre côté de la vallée, alors on se demande comment ils ont pu transporter des blocs aussi lourds sur une pente aussi raide. »

Pourquoi ces blocs viendraient-ils de l’autre côté de la vallée ? Le granite (et non l’andésite) utilisé pour les habitations et les temples était disponible sur place. On voit encore actuellement une carrière de granite au Machu Picchu [3].

Carrière granite
Carrière de granite au Machu Picchu

Cette carrière n’était manifestement pas assez visible pour l’équipe de BAM. Avant la construction du Machu Picchu, cette carrière s’étendait sur l’intégralité de l’emplacement actuel du Machu Picchu. Dans le film, l’intervenant Mallku Aribalo précise que les blocs des temples sont très bien ajustés car le travail était plus méticuleux pour les temples que pour les habitations. Curieusement, il n’est pas signalé par Mallku Aribalo, ou peut-être par le montage du réalisateur, que la roche utilisée pour les différentes constructions du Machu Picchu est disponible sur place. Et oui, quand vous émettez l’hypothèse, comme le réalisateur, que les blocs proviennent de l’autre côté de la vallée, vous n’allez pas demander à un connaisseur du site de préciser qu’en fait la roche utilisée se trouvait sur place. Car bien évidemment, Mallku Aribalo doit forcément savoir cela. Je m’étonne aussi que le géologue Erik Gonthier n’ai pas réagi sur ce sujet car même s’il n’était, semble t-il, pas présent au Machu Picchu durant le tournage de ce site, étant membre de l’équipe de BAM, il a dû voir le film avant qu’il ne soit diffusé.

Sources

[3] Machu Picchu, le secret des incas

21:26 « On ne travaillerait donc pas de la même manière ce qui est destiné aux rituels que les habitations, ce que je veux bien admettre mais alors comment expliquer ces murs mixtes. On pense à des rénovations ultérieures. Mais alors pourquoi çà n’a pas été réparé à l’identique ? On voit clairement que la disposition ancienne de gros blocs et plus anciennes que celles de petits blocs. Pourquoi ? Tout simplement parce que les petits sont au-dessus des gros. »

Temples et terasses
Temple du Machu Picchu

Peut-on sérieusement parler (à droite du temple dans l’image ci-dessus), d’ancienneté sous prétexte que des petits blocs sont au-dessus de gros blocs ? Cette région était soumise à des séismes assez fréquents. Il est donc plus logique que les gros blocs ajustés pour des temples soient placés en premier. Dans le cas présent, il est aussi possible qu’une quantité limitée de gros blocs de roche étaient disponibles à cet endroit précis de la carrière. Après avoir façonner ces gros blocs sans avoir forcément eu besoin de déplacer certains d’entres eux comme les blocs du bas, des petits blocs ont pu ensuite être ajoutés pour finaliser le mur. On ne sait pas à quoi ressemblait la carrière à cet endroit précis à l’origine. Les incas ont simplement pu être pragmatiques jusqu’à notamment choisir volontairement d’édifier les temples à des endroits de la carrière où il y avait suffisamment de gros blocs de roche afin de les ajuster et de faire en sorte que les temples puissent résister aux séismes. Il suffisait d’étudier le terrain, ça n’avait rien de bien sorcier.

Il est aussi intéressant en regardant le temple (ci-dessus) de constater que les gros blocs de droite ont fait l’objet d’un ajustement plus méticuleux. Concernant les gros blocs de gauche, on voit bien qu’ils n’ont pas été travaillés pour s’ajuster parfaitement avec les blocs voisins. On peut se dire qu’il n’était pas si important que les blocs soient parfaitement ajustés mais aussi que certains tailleurs de pierre pouvaient travailler moins vite que d’autres et que l’esthétique n’était pas forcément ici le plus important comme cela avait pu être le cas pour le temple Coricancha dans le monastère de Santo Domingo à Cusco.

Un élément intéressant à apporter également est la découverte par les scientifiques de squelettes au Machu Picchu qui font apparaître que différents peuples incas avec des cultures différentes vivaient ensemble dans ce lieu isolé [4]. Il est donc aussi possible d’envisager que différentes cultures incas aient pu participer à la construction du Machu Picchu et que certains de ces peuples incas possédaient également plus de compétences dans la taille de pierre que d’autres. Différents peuples incas ont très bien pu s’organiser par rapport aux compétences présentes au sein de chacun de ces peuples.

Enfin, si les gros blocs ont été installés bien avant les petits blocs, comment expliquer l’empilement aléatoire de gros et petits blocs non taillés pour les terrasses ? Le réalisateur ne se pose manifestement pas la question car son but semble d’orienter la réflexion du public vers une hypothèse, une théorie ou une conviction qui n’est pas en phase avec celle des historiens et des archéologues.

Le réalisateur ne semble pas comprendre que les bâtisseurs du Machu Picchu se sont adaptés au mieux, notamment par rapport à la carrière de granite, à la main d’oeuvre, aux compétences de cette main d’oeuvre et à la source d’eau provenant de la montagne. Ce n’est pas parce que l’on trouve des petits blocs au-dessus de gros blocs que tous ces blocs n’ont pas été disposés dans un même intervalle de temps durant un siècle. La réflexion du réalisateur tient manifestement à tenter de mettre en évidence l’existence d’une ou plusieurs civilisations anciennes avancées imaginaires qui auraient disparues comme les atlantes et le peuple de Mu, des millénaires avant la période inca. Et ce ne sera ni la première, ni la dernière fois dans son film car le but de ce film est d’amener le grand public à envisager une autre version de l’histoire. Cela n’est pas bien difficile car le grand public n’a de toute façon pas les connaissances suffisantes en histoire et en archéologie, ce qui est tout à fait normal, pour juger du sérieux et de la cohérence des propos du réalisateur. Pour ma part, je ne les avais pas non plus avant de faire mes propres recherches et de créer ce blog. Et j’ai clairement encore bien des choses à apprendre et à découvrir sur des sites comme le Machu Pichu. Tout cet enseignement ne pourrait se faire sans le travail méthodique et méticuleux des archéologues et des historiens, un travail dont ne fait jamais véritablement mention le réalisateur.

Mais revenons sur l’intervention dans le film BAM de Mallku Aribalo concernant les différentes structures du Machu Picchu. Voici ce qu’il nous dit :

21:00 « Il faut pas confondre la fonction de certaines structures, de certains espaces comme par exemple les temples et les palais qui ont toujours eu des constructions sophistiquées… à différence des structures plus fonctionnelles comme par exemple une maison.« 

A cela, je reviens sur les mots de Mallku Aribalo dans un extrait vidéo [5] d’une interview plus fourni mené par le réalisateur de BAM. Dans cette interview intéressante dans laquelle il réagit à une fresque qui concernerait le site Inca d’Ollantaytambo au Pérou, le chercheur péruvien raconte que dans l’histoire du Pérou il y a beaucoup d’éléments qui se sont perdus comme par exemple les anciennes technologies pour pouvoir réaliser des transports précis dans certains contextes mais que ça n’amène pas non plus à considérer la présence d’êtres du ciel mais à considérer d’autres peuples qui sont venus pour aider à construire. Et parmi ces peuples il y a des spécialistes dans l’architecture qui vont chercher les meilleurs moyens soit pour tailler, soit pour transporter… Mallku Aribalo parle bien ici d’autres peuples qui sont venus aider à construire le Machu Picchu durant le XVème siècle et non de peuples bâtisseurs il y a 12000 ans. Sur ce point, rappelons nous comme précisé plus haut la découverte de squelettes Incas de différentes cultures sous le sol du Machu Picchu.

Enfin, revenons sur des propos du réalisateur dans BAM

20:10  » Découverte en 1911, à une époque où en Europe on considérait encore les Incas comme des sauvages, cette cité était inconnue des espagnols…« 

En considérant dans son film que certaines constructions au Machu Picchu n’ont pas pu être construites par les bâtisseurs Incas, lui aussi considère les ancêtres Incas de Mallku Aribalo comme des sauvages juste capables d’empiler des pierres de petites tailles non taillées. Le film BAM, par des propos maladroits du réalisateur et par son obsession de vouloir trouver des traces de civilisations avancées disparues il y a + de 12000 ans, fait preuve d’un manque de respect envers les différents peuples bâtisseurs de notre histoire. D’autant plus que le réalisateur cherche la trace de civilisations perdues comme les Atlantes qu’il voit manifestement comme des peuples pacifistes alors que quand on prend la peine de le lire attentivement le mythe de Platon qui n’est qu’un mythe, celui-ci nous apprend que l’Atlantide est venu envahir l’Europe et l’Asie. Beaucoup d’éléments contradictoires donc dans ce film. On sent bien que le réalisateur a eu certaines difficultés à trouver un lien entre les différents sites archéologiques et à faire passer un message qu’on a du mal à véritablement cerner. Il faut se rappeler qu’à la base BAM prenait la direction de ce qu’on appelle « la théorie des anciens astronautes », une direction qui n’a pas fait l’unanimité auprès des contributeurs du film d’où la décision suite à cela de prendre une autre direction sans pour autant laisser véritablement tomber cette pseudo théorie ufologique de par le choix de certains intervenants dans le film comme Bleuette Diot.

Mais pour revenir à nos bâtisseurs Incas, les considérer comme des sauvages juste capables d’empiler des pierres de petites tailles non taillées, c’est déjà faire preuve d’un manque de respect mais aussi d’un manque cruel de réflexion et d’analyse sérieuse de ce site. En effet, ce n’est pas aussi simple que ça car ces pierres brutes non taillées sont pour certaines également de tailles importantes d’où l’intelligence et le pragmatisme des Incas d’avoir utilisé certaines grosses pierres sur place sans avoir eu à les déplacer ou très peu, notamment pour des terrasses et des temples.

machu-picchu-2608854_1024

Et concernant les pierres taillées, elles ont également été utilisés pour certaines constructions ressemblant à des habitations comme pour le cas ci-dessous qui a possiblement dû être une structure pour entreposer des biens essentiels pour les Incas. Si cette construction a pu être un entrepôt pour des biens essentiels du genre récoltes ou autres et donc un bâtiment particulièrement important, il n’y a rien d’anormal quant au fait que ses fondations soient en pierres taillées parfaitement ajustées afin de résister aux potentiels séismes.

inca-architecture-2913005_1024

L’un des gros problèmes des chercheurs de vérité est de toujours chercher à privilégier les thèses fantaisistes, sans arguments valables ou l’ombre d’une preuve, au détriment des thèses réalistes.

Enfin, je serais curieux de savoir si Mallku Aribalo a visionné le film BAM car je ne suis pas persuadé qu’il serait en accord avec certains propos du réalisateur concernant ses ancêtres Incas.

Sources

[4] Machu Picchu, le secret des incas

[5] BAM Extrait ITV : Mallku Aribalo

Puma Punku (Bolivie)

Puma Punku

27:37 Que s’est- il passé ? Pourquoi ce site est-il détruit ? On évoque un différend entre chamanes. Si c’est bien la raison, alors mieux valait ne pas trop les énerver en ce temps là car ils avaient vite fait de défoncer des dalles de plusieurs dizaines de tonnes.

Manifestement ce réalisateur a trop abusé de films et dessins animés de super héros ou de magiciens. Même si cette destruction était la conséquence d’un différend entre chamanes, ce différend pouvait simplement générer des guerres de clans et non un combat du genre entre Gandalf et Saroumane, les deux magiciens du film « Le Seigneur des anneaux ». Cela pourrait être une simple boutade de la part du réalisateur mais quand le but du film est de démontrer qu’une civilisation avancée technologiquement a vécu 10000 ans avant notre ère, il peut être difficile d’imaginer que ces propos sont une simple boutade de sa part.

29:27 Le lendemain Erik Gonthier utilisera notre rugosimètre, un appareil qui permet de mesurer la précision des surfaces grâce à une minuscule pointe en diamant manœuvré par un bras robotisé. Les premières mesures donneront des résultats (114.81 microns, 108.39 microns) plus qu’acceptable sur des blocs pris au hasard. Puis à mesure que l’on choisit des blocs, essayant d’en trouver en meilleur état que d’autres, les chiffres (76.516 microns) se précisent. On arrive sur le bloc que je guette depuis le matin. Erik pose le rugosimètre. La courbe qui se dessine est très plate (31.653 microns). A savoir qu’un micron fait 0.001 millimètres… Cette surface est dix fois plus plane q’un béton lisse moderne.

Il est tout d’abord essentiel de préciser qu’un rugosimètre de par la taille de son diamant peut mesurer la rugosité d’une surface de seulement quelques millimètres et non de toute la surface d’un pan d’un bloc. Quant aux premières mesures qu’ils ont prise sur des blocs pris au hasard, ils ont manifestement pris une seule fois sur chaque bloc la mesure d’une seule surface de quelques millimètres choisi à l’avance selon certains critères ce qui n’est absolument pas représentatif de la rugosité de toute la surface d’un pan du bloc qui amènerait dans ce dernier cas, suite aux différents résultats, à faire une moyenne de la rugosité de ce pan ce qui n’aurait pas plus d’intérêt. Mesurer la rugosité d’une surface de quelques millimètres n’a donc ici aucun intérêt. Mais pour autant, Erik Gonthier et le réalisateur Patrice Pouillard continuent à chercher les petites surfaces qui leur permettront d’obtenir les meilleurs résultats. D’ailleurs, le réalisateur signale à un moment qu’il guette un bloc depuis le matin. Leurs résultats sont donc biaisés puisqu’ils ne cherchent qu’à récupérer les mesures qui sont censées les arranger. Enfin, on finit par comprendre ce qui ne va pas dans leur démarche qui semble ne servir à rien. Les deux chercheurs ont confondu rugosité et planéité d’une surface. Or, la planéité ne se mesure pas sur juste quelques millimètres. Ça n’aurait aucun intérêt. Et ce n’est pas l’ingénieur Christopher Dunn, maintenant bien connu dans le milieu de la pyramidologie, qui va rectifier le tir puisque lui aussi fait la même erreur. Comme quoi, avoir été ingénieur ne dispense pas d’être sujet à des biais cognitifs plus ou moins importants dans certains domaines.

01:01:47 (Le géologue Erik Gonthier concernant la précision sur bien peu de mesures de 2 ou 3 blocs en H) On a 60 cm. On a trouvé un bloc de 1 mètre (de hauteur). On est dans un système décimal ultra précis. On peut presque dire que les blocs ont été préfabriqués, c’est à dire qu’on a imposé un modèle et que tous les blocs ont été alignés sur ce modèle. Les blocs en forme de H mesure un mètre de hauteur, les croix 30 cm de largeur, ce renfoncement là 22 cm. On est en système métrique.

Tout d’abord, le réalisateur précise un peu plus loin qu’ils ont effectué des mesures sur uniquement 3 blocs en H car les autres étaient soit en trop mauvais état, soit (selon lui) inaccessibles.

Erik Gonthier précise qu’en trouvant une mesure de 60 cm et une de 1 mètre, on est dans un système décimal ultra précis. En effet, comme le souligne le géologue, le système décimal est très précis car c’est bien le système décimal et le système métrique qui sont précis dans la mesure de ces blocs. Ce ne sont pas les dimensions de ces blocs qui sont précises de par les mesures qu’on y trouve spécifiquement en mètre. Cependant le géologue ne semble pas bien comprendre la nuance car il en conclue par les dimensions mesurées qu’il est face ici à un système métrique connu des bâtisseurs de Puma Punku et utilisé ici pour tailler ces blocs. Or, je rappelle que le mètre est une unité de longueur qui a été adopté via la convention du mètre qui est un traité international signé le 20 mai 1875 par 17 états. Ce n’est pas une valeur de mesure universelle. Quant  à ce site de Puma Punku, il est daté au Vème siècle de notre ère, voire après le Vème siècle. Une chose à signaler également est qu’Erik Gonthier semble s’arrêter sur quelques rares mesures ayant comme valeur des nombres entiers en mètre comme 60 centimètres ou 1 mètre mais en oublie toutes les mesures qui ont plusieurs chiffres après la virgule et qui invalident cette soi-disante connaissance du mètre par les bâtisseurs de Puma Punku.

Ensuite, concernant la précision du travail effectué qui reste cependant assez impressionnant, le travail de ces blocs n’est pas pour autant si précis que ça comme en témoigne l’image ci-dessous.

bloc puma punku équerre

Le géologue suggère que les bâtisseurs de Puma Punku ont travaillé un bloc en H qui a servi de modèle pour les autres. En effet, c’est possible. Mais il n’y a pas besoin du système métrique pour réaliser cela. Un autre système de mesure plus basique pouvait  faire l’affaire.

Enfin, suite à ces quelques mesures, l’équipe de BAM n’est pas en train de valider la présence du système métrique à l’époque des bâtisseurs de Puma Punku. Ils utilisent simplement le système métrique pour mesurer ces blocs en H.

 

 

 

Debunk BAM Amerique Andine

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Caral pérou

Machu_Picchu -Perou

Carrière granite

Temples et terasses

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Puma Punku

bloc puma punku équerre

(Debunk) Bâtisseurs de l’Ancien Monde : Machu Picchu, Caral et Puma Punku

Par : WikArch

Pour ce deuxième article critique sur le film du réalisateur Patrice Pouillard “BAM : Les Bâtisseurs de l’Ancien Monde”, direction Caral, le Machu Picchu et Puma Punku. On va revenir ici sur divers propos du réalisateur et en profiter pour développer certains points qui méritent qu’on s’y attarde un peu plus.

PS: Le timecode dans cet article est basé sur la version du film dans laquelle le réalisateur laisse un message à ces contributeurs au début du film. Si vous avez vu ou êtes amené à regarder ce film à l’avenir sans ce message, il faut enlever 02:40 min au timecode dans l’article.

Caral (Pérou)

Caral pérou

19:01 Elle (la cité de Caral) a posé un énorme problème à ceux qui l’ont étudié car on n’a retrouvé ni fortifications, ni armes défensives et on a dû se rendre à l’évidence de la possibilité d’une chose incroyable, cette cité avait vécu en paix durant plus de 1000 ans en coopération commerciale avec ses voisins.

Selon les recherches actuelles qui ne sont pas terminées, c’est en effet une possibilité. Cependant, ce n’est pas forcément aussi simple que ça. Il est tout de même nécessaire de préciser certaines choses. Ce n’est pas parce qu’on ne retrouve aucune fortification, ni armes défensives ou offensives dans cette cité que des batailles n’ont pas éclatées entre eux et des voisins à des endroits plus éloignés des lieux d’habitations.

Ensuite, il est intéressant également de découvrir que les habitants de Caral se droguaient en mélangeant de la chaux et des feuilles de Coca. Selon les scientifiques, ces drogues devaient être assimilées durant des cérémonies religieuses [1]. Enfin, on sait également que ça arrivait aux habitants de Caral de faire des sacrifices humains [2].

Donc, on ne sait pas pour l’instant si le peuple de Caral a bien vécu en paix durant 1000 ans avec ses voisins mais manifestement, on peut avoir certaines difficultés à associer la notion de paix et de peuple pacifique avec certains rituels qui étaient les leurs. Enfin, le réalisateur tombe ici dans les mêmes travers qu’il reproche un peu vite aux archéologues, c’est à dire transformer une supposition en affirmation. Il aurait été plus prudent dans ses propos en formulant sa dernière phrase ainsi “… on peut noter une chose intéressante, cette cité pourrait avoir vécu en paix durant plus de 1000 ans…” et non “avait vécu en paix”.

Sources

[1] Les pyramides oubliées de Caral (Timecode vidéo 32:37)

[2] Pérou, la cité perdue de Caral

Le Machu Picchu (Pérou)

Machu_Picchu -Perou

20:40 “Ce qui m’a surprise, c’est le cœur de ce site (les temples) réalisé dans un style totalement différent (des habitations). D’énormes blocs d’andésite, une roche très dure, ont été assemblés avec une très grande précision sans joints entre eux. Si cette roche provient bien d’une carrière en face de l’autre côté de la vallée, alors on se demande comment ils ont pu transporter des blocs aussi lourds sur une pente aussi raide.”

Pourquoi ces blocs viendraient-ils de l’autre côté de la vallée ? Le granite (et non l’andésite) utilisé pour les habitations et les temples était disponible sur place. On voit encore actuellement une carrière de granite au Machu Picchu [3].

Carrière granite

Carrière de granite au Machu Picchu

Cette carrière n’était manifestement pas assez visible pour l’équipe de BAM. Avant la construction du Machu Picchu, cette carrière s’étendait sur l’intégralité de l’emplacement actuel du Machu Picchu. Dans le film, l’intervenant Mallku Aribalo précise que les blocs des temples sont très bien ajustés car le travail était plus méticuleux pour les temples que pour les habitations. Curieusement, il n’est pas signalé par Mallku Aribalo, ou peut-être par le montage du réalisateur, que la roche utilisée pour les différentes constructions du Machu Picchu est disponible sur place. Et oui, quand vous émettez l’hypothèse, comme le réalisateur, que les blocs proviennent de l’autre côté de la vallée, vous n’allez pas demander à un connaisseur du site de préciser qu’en fait la roche utilisée se trouvait sur place. Car bien évidemment, Mallku Aribalo doit forcément savoir cela. Je m’étonne aussi que le géologue Erik Gonthier n’ai pas réagi sur ce sujet car même s’il n’était, semble t-il, pas présent au Machu Picchu durant le tournage de ce site, étant membre de l’équipe de BAM, il a dû voir le film avant qu’il ne soit diffusé.

Sources

[3] Machu Picchu, le secret des incas

21:26 “On ne travaillerait donc pas de la même manière ce qui est destiné aux rituels que les habitations, ce que je veux bien admettre mais alors comment expliquer ces murs mixtes. On pense à des rénovations ultérieures. Mais alors pourquoi çà n’a pas été réparé à l’identique ? On voit clairement que la disposition ancienne de gros blocs et plus anciennes que celles de petits blocs. Pourquoi ? Tout simplement parce que les petits sont au-dessus des gros.”

Temples et terasses

Temple du Machu Picchu

Peut-on sérieusement parler (à droite du temple dans l’image ci-dessus), d’ancienneté sous prétexte que des petits blocs sont au-dessus de gros blocs ? Cette région était soumise à des séismes assez fréquents. Il est donc plus logique que les gros blocs ajustés pour des temples soient placés en premier. Dans le cas présent, il est aussi possible qu’une quantité limitée de gros blocs de roche étaient disponibles à cet endroit précis de la carrière. Après avoir façonner ces gros blocs sans avoir forcément eu besoin de déplacer certains d’entres eux comme les blocs du bas, des petits blocs ont pu ensuite être ajoutés pour finaliser le mur. On ne sait pas à quoi ressemblait la carrière à cet endroit précis à l’origine. Les incas ont simplement pu être pragmatiques jusqu’à notamment choisir volontairement d’édifier les temples à des endroits de la carrière où il y avait suffisamment de gros blocs de roche afin de les ajuster et de faire en sorte que les temples puissent résister aux séismes. Il suffisait d’étudier le terrain, ça n’avait rien de bien sorcier.

Il est aussi intéressant en regardant le temple (ci-dessus) de constater que les gros blocs de droite ont fait l’objet d’un ajustement plus méticuleux. Concernant les gros blocs de gauche, on voit bien qu’ils n’ont pas été travaillés pour s’ajuster parfaitement avec les blocs voisins. On peut se dire qu’il n’était pas si important que les blocs soient parfaitement ajustés mais aussi que certains tailleurs de pierre pouvaient travailler moins vite que d’autres et que l’esthétique n’était pas forcément ici le plus important comme cela avait pu être le cas pour le temple Coricancha dans le monastère de Santo Domingo à Cusco.

Un élément intéressant à apporter également est la découverte par les scientifiques de squelettes au Machu Picchu qui font apparaître que différents peuples incas avec des cultures différentes vivaient ensemble dans ce lieu isolé [4]. Il est donc aussi possible d’envisager que différentes cultures incas aient pu participer à la construction du Machu Picchu et que certains de ces peuples incas possédaient également plus de compétences dans la taille de pierre que d’autres. Différents peuples incas ont très bien pu s’organiser par rapport aux compétences présentes au sein de chacun de ces peuples.

Enfin, si les gros blocs ont été installés bien avant les petits blocs, comment expliquer l’empilement aléatoire de gros et petits blocs non taillés pour les terrasses ? Le réalisateur ne se pose manifestement pas la question car son but semble d’orienter la réflexion du public vers une hypothèse, une théorie ou une conviction qui n’est pas en phase avec celle des historiens et des archéologues.

Le réalisateur ne semble pas comprendre que les bâtisseurs du Machu Picchu se sont adaptés au mieux, notamment par rapport à la carrière de granite, à la main d’oeuvre, aux compétences de cette main d’oeuvre et à la source d’eau provenant de la montagne. Ce n’est pas parce que l’on trouve des petits blocs au-dessus de gros blocs que tous ces blocs n’ont pas été disposés dans un même intervalle de temps durant un siècle. La réflexion du réalisateur tient manifestement à tenter de mettre en évidence l’existence d’une ou plusieurs civilisations anciennes avancées imaginaires qui auraient disparues comme les atlantes et le peuple de Mu, des millénaires avant la période inca. Et ce ne sera ni la première, ni la dernière fois dans son film car le but de ce film est d’amener le grand public à envisager une autre version de l’histoire. Cela n’est pas bien difficile car le grand public n’a de toute façon pas les connaissances suffisantes en histoire et en archéologie, ce qui est tout à fait normal, pour juger du sérieux et de la cohérence des propos du réalisateur. Pour ma part, je ne les avais pas non plus avant de faire mes propres recherches et de créer ce blog. Et j’ai clairement encore bien des choses à apprendre et à découvrir sur des sites comme le Machu Pichu. Tout cet enseignement ne pourrait se faire sans le travail méthodique et méticuleux des archéologues et des historiens, un travail dont ne fait jamais véritablement mention le réalisateur.

Mais revenons sur l’intervention dans le film BAM de Mallku Aribalo concernant les différentes structures du Machu Picchu. Voici ce qu’il nous dit :

21:00 “Il faut pas confondre la fonction de certaines structures, de certains espaces comme par exemple les temples et les palais qui ont toujours eu des constructions sophistiquées… à différence des structures plus fonctionnelles comme par exemple une maison.

A cela, je reviens sur les mots de Mallku Aribalo dans un extrait vidéo [5] d’une interview plus fourni mené par le réalisateur de BAM. Dans cette interview intéressante dans laquelle il réagit à une fresque qui concernerait le site Inca d’Ollantaytambo au Pérou, le chercheur péruvien raconte que dans l’histoire du Pérou il y a beaucoup d’éléments qui se sont perdus comme par exemple les anciennes technologies pour pouvoir réaliser des transports précis dans certains contextes mais que ça n’amène pas non plus à considérer la présence d’êtres du ciel mais à considérer d’autres peuples qui sont venus pour aider à construire. Et parmi ces peuples il y a des spécialistes dans l’architecture qui vont chercher les meilleurs moyens soit pour tailler, soit pour transporter… Mallku Aribalo parle bien ici d’autres peuples qui sont venus aider à construire le Machu Picchu durant le XVème siècle et non de peuples bâtisseurs il y a 12000 ans. Sur ce point, rappelons nous comme précisé plus haut la découverte de squelettes Incas de différentes cultures sous le sol du Machu Picchu.

Enfin, revenons sur des propos du réalisateur dans BAM

20:10 ” Découverte en 1911, à une époque où en Europe on considérait encore les Incas comme des sauvages, cette cité était inconnue des espagnols…

En considérant dans son film que certaines constructions au Machu Picchu n’ont pas pu être construites par les bâtisseurs Incas, lui aussi considère les ancêtres Incas de Mallku Aribalo comme des sauvages juste capables d’empiler des pierres de petites tailles non taillées. Le film BAM, par des propos maladroits du réalisateur et par son obsession de vouloir trouver des traces de civilisations avancées disparues il y a + de 12000 ans, fait preuve d’un manque de respect envers les différents peuples bâtisseurs de notre histoire. D’autant plus que le réalisateur cherche la trace de civilisations perdues comme les Atlantes qu’il voit manifestement comme des peuples pacifistes alors que quand on prend la peine de le lire attentivement le mythe de Platon qui n’est qu’un mythe, celui-ci nous apprend que l’Atlantide est venu envahir l’Europe et l’Asie. Beaucoup d’éléments contradictoires donc dans ce film. On sent bien que le réalisateur a eu certaines difficultés à trouver un lien entre les différents sites archéologiques et à faire passer un message qu’on a du mal à véritablement cerner. Il faut se rappeler qu’à la base BAM prenait la direction de ce qu’on appelle “la théorie des anciens astronautes”, une direction qui n’a pas fait l’unanimité auprès des contributeurs du film d’où la décision suite à cela de prendre une autre direction sans pour autant laisser véritablement tomber cette pseudo théorie ufologique de par le choix de certains intervenants dans le film comme Bleuette Diot.

Mais pour revenir à nos bâtisseurs Incas, les considérer comme des sauvages juste capables d’empiler des pierres de petites tailles non taillées, c’est déjà faire preuve d’un manque de respect mais aussi d’un manque cruel de réflexion et d’analyse sérieuse de ce site. En effet, ce n’est pas aussi simple que ça car ces pierres brutes non taillées sont pour certaines également de tailles importantes d’où l’intelligence et le pragmatisme des Incas d’avoir utilisé certaines grosses pierres sur place sans avoir eu à les déplacer ou très peu, notamment pour des terrasses et des temples.

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Et concernant les pierres taillées, elles ont également été utilisés pour certaines constructions ressemblant à des habitations comme pour le cas ci-dessous qui a possiblement dû être une structure pour entreposer des biens essentiels pour les Incas. Si cette construction a pu être un entrepôt pour des biens essentiels du genre récoltes ou autres et donc un bâtiment particulièrement important, il n’y a rien d’anormal quant au fait que ses fondations soient en pierres taillées parfaitement ajustées afin de résister aux potentiels séismes.

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L’un des gros problèmes des chercheurs de vérité est de toujours chercher à privilégier les thèses fantaisistes, sans arguments valables ou l’ombre d’une preuve, au détriment des thèses réalistes.

Enfin, je serais curieux de savoir si Mallku Aribalo a visionné le film BAM car je ne suis pas persuadé qu’il serait en accord avec certains propos du réalisateur concernant ses ancêtres Incas.

Sources

[4] Machu Picchu, le secret des incas

[5] BAM Extrait ITV : Mallku Aribalo

Puma Punku (Bolivie)

Puma Punku

27:37 Que s’est- il passé ? Pourquoi ce site est-il détruit ? On évoque un différend entre chamanes. Si c’est bien la raison, alors mieux valait ne pas trop les énerver en ce temps là car ils avaient vite fait de défoncer des dalles de plusieurs dizaines de tonnes.

Manifestement ce réalisateur a trop abusé de films et dessins animés de super héros ou de magiciens. Même si cette destruction était la conséquence d’un différend entre chamanes, ce différend pouvait simplement générer des guerres de clans et non un combat du genre entre Gandalf et Saroumane, les deux magiciens du film “Le Seigneur des anneaux”. Cela pourrait être une simple boutade de la part du réalisateur mais quand le but du film est de démontrer qu’une civilisation avancée technologiquement a vécu 10000 ans avant notre ère, il peut être difficile d’imaginer que ces propos sont une simple boutade de sa part.

29:27 Le lendemain Erik Gonthier utilisera notre rugosimètre, un appareil qui permet de mesurer la précision des surfaces grâce à une minuscule pointe en diamant manœuvré par un bras robotisé. Les premières mesures donneront des résultats (114.81 microns, 108.39 microns) plus qu’acceptable sur des blocs pris au hasard. Puis à mesure que l’on choisit des blocs, essayant d’en trouver en meilleur état que d’autres, les chiffres (76.516 microns) se précisent. On arrive sur le bloc que je guette depuis le matin. Erik pose le rugosimètre. La courbe qui se dessine est très plate (31.653 microns). A savoir qu’un micron fait 0.001 millimètres… Cette surface est dix fois plus plane q’un béton lisse moderne.

Il est tout d’abord essentiel de préciser qu’un rugosimètre de par la taille de son diamant peut mesurer la rugosité d’une surface de seulement quelques millimètres et non de toute la surface d’un pan d’un bloc. Quant aux premières mesures qu’ils ont prise sur des blocs pris au hasard, ils ont manifestement pris une seule fois sur chaque bloc la mesure d’une seule surface de quelques millimètres choisi à l’avance selon certains critères ce qui n’est absolument pas représentatif de la rugosité de toute la surface d’un pan du bloc qui amènerait dans ce dernier cas, suite aux différents résultats, à faire une moyenne de la rugosité de ce pan ce qui n’aurait pas plus d’intérêt. Mesurer la rugosité d’une surface de quelques millimètres n’a donc ici aucun intérêt. Mais pour autant, Erik Gonthier et le réalisateur Patrice Pouillard continuent à chercher les petites surfaces qui leur permettront d’obtenir les meilleurs résultats. D’ailleurs, le réalisateur signale à un moment qu’il guette un bloc depuis le matin. Leurs résultats sont donc biaisés puisqu’ils ne cherchent qu’à récupérer les mesures qui sont censées les arranger. Enfin, on finit par comprendre ce qui ne va pas dans leur démarche qui semble ne servir à rien. Les deux chercheurs ont confondu rugosité et planéité d’une surface. Or, la planéité ne se mesure pas sur juste quelques millimètres. Ça n’aurait aucun intérêt. Et ce n’est pas l’ingénieur Christopher Dunn, maintenant bien connu dans le milieu de la pyramidologie, qui va rectifier le tir puisque lui aussi fait la même erreur. Comme quoi, avoir été ingénieur ne dispense pas d’être sujet à des biais cognitifs plus ou moins importants dans certains domaines.

01:01:47 (Le géologue Erik Gonthier concernant la précision sur bien peu de mesures de 2 ou 3 blocs en H) On a 60 cm. On a trouvé un bloc de 1 mètre (de hauteur). On est dans un système décimal ultra précis. On peut presque dire que les blocs ont été préfabriqués, c’est à dire qu’on a imposé un modèle et que tous les blocs ont été alignés sur ce modèle. Les blocs en forme de H mesure un mètre de hauteur, les croix 30 cm de largeur, ce renfoncement là 22 cm. On est en système métrique.

Tout d’abord, le réalisateur précise un peu plus loin qu’ils ont effectué des mesures sur uniquement 3 blocs en H car les autres étaient soit en trop mauvais état, soit (selon lui) inaccessibles.

Erik Gonthier précise qu’en trouvant une mesure de 60 cm et une de 1 mètre, on est dans un système décimal ultra précis. En effet, comme le souligne le géologue, le système décimal est très précis car c’est bien le système décimal et le système métrique qui sont précis dans la mesure de ces blocs. Ce ne sont pas les dimensions de ces blocs qui sont précises de par les mesures qu’on y trouve spécifiquement en mètre. Cependant le géologue ne semble pas bien comprendre la nuance car il en conclue par les dimensions mesurées qu’il est face ici à un système métrique connu des bâtisseurs de Puma Punku et utilisé ici pour tailler ces blocs. Or, je rappelle que le mètre est une unité de longueur qui a été adopté via la convention du mètre qui est un traité international signé le 20 mai 1875 par 17 états. Ce n’est pas une valeur de mesure universelle. Quant  à ce site de Puma Punku, il est daté au Vème siècle de notre ère, voire après le Vème siècle. Une chose à signaler également est qu’Erik Gonthier semble s’arrêter sur quelques rares mesures ayant comme valeur des nombres entiers en mètre comme 60 centimètres ou 1 mètre mais en oublie toutes les mesures qui ont plusieurs chiffres après la virgule et qui invalident cette soi-disante connaissance du mètre par les bâtisseurs de Puma Punku.

Ensuite, concernant la précision du travail effectué qui reste cependant assez impressionnant, le travail de ces blocs n’est pas pour autant si précis que ça comme en témoigne l’image ci-dessous.

bloc puma punku équerre

Le géologue suggère que les bâtisseurs de Puma Punku ont travaillé un bloc en H qui a servi de modèle pour les autres. En effet, c’est possible. Mais il n’y a pas besoin du système métrique pour réaliser cela. Un autre système de mesure plus basique pouvait  faire l’affaire.

Enfin, suite à ces quelques mesures, l’équipe de BAM n’est pas en train de valider la présence du système métrique à l’époque des bâtisseurs de Puma Punku. Ils utilisent simplement le système métrique pour mesurer ces blocs en H.

 

 

 

L’Atlantide et le temple d’Edfou selon Graham Hancock

Par : WikArch

Selon certains chercheurs indépendants, de nombreuses inscriptions sur les murs du temple d’Edfou, qui n’est autre qu’un temple d’Horus, évoqueraient l’Atlantide et son lien avec l’Egypte.

Parmi ces chercheurs affirmant la présence de l’Atlantide ou d’une civilisation similaire disparue sur les murs du temple d’Edfou, il y a surtout l’écrivain Graham Hancock. Dans son livre « Magicien des Dieux » [1], où il s’évertue à tenter de démontrer l’existence de l’Atlantide ou d’une potentielle civilisation similaire évoluée qui aurait disparu sous les eaux il y a 11600 ans, il se sert d’une source, un livre intitulé « The Mythical Origin of the Egyptian Temple » [2] écrit par l’égyptologue Eve Elisabeth Reymond et publié en 1969.

Ps : Graham Hancock intervenant dans le film « BAM : les bâtisseurs de l’ancien monde » du réalisateur Patrice Pouillard en 2018 réaffirme dans ce film la présence de l’Atlantide dans les écrits présents sur les murs du temple d’Edfou.

A savoir que l’auteur Anton Parks affirme également la même chose dans son livre « La dernière marche des dieux » mais ne semble pas s’être basé en priorité sur l’ouvrage d’ Eve Elisabeth Reymond même s’il en a connaissance comme ont peut le vérifier en l’écoutant dans cette vidéo sur la chaîne BTLV. Sa conviction semblerait plutôt provenir de ses visions qu’il aurait eu dans l’enfance et sur ses traductions très personnelles qui n’ont pas fait l’objet d’une publication scientifique pouvant être étudié par des égyptologues. 

Avant de revenir plus en détails sur la source utilisée par Graham Hancock, il est important de rappeler quelques épisodes importants dans l’historique des publications concernant le temple d’Edfou et ses très nombreuses inscriptions.

Textes temple Edfou

Fin du 19ème siècle, le marquis de Rochemonteix, avec son équipage, passe de nombreux mois à estamper et copier les nombreuses inscriptions présentes sur les murs du temple d’Edfou. Il avait pour grand projet de publier la totalité des inscriptions du temple d’Edfou. Tandis qu’il dessinait, ses matelots estampaient les murs avec du papier gris. Malheureusement pour lui, il ne put aller au bout de son projet. Il décéda en décembre 1891 sans avoir pu terminer la transcription de ces très nombreuses inscriptions.

De 1897 à 1920, l’égyptologue Emile Chassinat publie en 3 tomes les nombreuses inscriptions estampées et copiées par le marquis de Rochemonteix. Ensuite, il poursuivit et termina le travail de transcription commencé par le marquis et publia les 11 tomes suivants au cours du XXème siècle. Enfin, un quinzième tome fut publié par Sylvie Cauville et Didier Devauchelle en 1985.

En 1949 et 1954, l’égyptologue Maurice Alliot publie les 2 tomes de son ouvrage « Le culte d’Horus à Edfou au temps des Ptolémées » [3] accompagnés de justifications philologiques et exégétiques qui s’imposent dans ce type d’exercice qu’est la traduction des hiéroglyphes égyptiens. Cependant, ces 2 ouvrages ne comprennent pas les textes se trouvant sur le mur d’enceinte du temple et qui concernent le mythe de la genèse du temple d’Edfou. La retranscription hiéroglyphique de ce mythe a été effectuée dans le tome 6 d’Emile Chassinat.

Transcriptions Edfou - Chassinat
Le temple d’Edfou (Tome 6) publié par l’égyptologue Emile Chassinat (Source)

En 1960, Eve Elisabeth Reymond développe une thèse sur le temple d’Edfou pour son doctorat. C’est en 1969, en tant qu’égyptologue, qu’elle fait publier une version plus développée de sa thèse de doctorat qu’elle intitulera « The mythical origin of the Egyptian temple ». Comme on peut le comprendre de par le titre de son livre mais aussi en le lisant, l’égyptologue s’est surtout intéressé à une partie du tome 6 d’Emile Chassinat qui décrit le mythe de la genèse de ce temple. A ce moment là, comme elle le précise dans sa préface, son étude du temple n’est qu’une première tentative d’interprétation des points de vue égyptiens en ce qui concerne le temple d’Edfou car une étude philologique (avec traductions et commentaires) de ces textes égyptiens aurait représenté un volume et un coût trop élevé.

Au moment où Eve Elisabeth Reymond travaille sur son ouvrage, à sa connaissance (comme elle le souligne dans sa préface), les textes d’Edfou concernant le mythe de la genèse du temple dans le tome 6 d’Emile Chassinat n’ont jamais été traduits et commentés. En effet, aucun travaux de traduction n’avaient été publiées. Cependant, quasiment au même moment l’égyptologue Maurice Alliot avait déjà entamé le travail sur ces textes du mur d’enceinte du temple d’ Edfou qui allaient aussi intéresser Eve Reymond de son côté. Maurice Alliot décède en 1960 sans avoir pu publier ses travaux. Ceux sont ses filles après son décès qui prendront l’initiative de fournir les travaux de leur père à certains de ses collègues afin que son travail suffisamment avancé sur les textes cosmogoniques d’Edfou [4] puisse être publié. C’est André Baruq en 1964 qui publiera les travaux de Maurice Alliot.

En 2007, l’égyptologue Nathalie BAUM publie un ouvrage intitulé « Le Temple d’Edfou » [5]. Dans son livre basé sur la quasi totalité des textes présents sur les murs du temple d’Edfou, on y trouve bon nombre d’informations sur les fêtes, les prières, les incantations, les rituels de purification, les sacrifices d’animaux et autres rites religieux qui se déroulaient dans le temple d’Edfou durant la dynastie des Ptolémées.

En 2014, l’égyptologue allemand Dieter Kurth publie une étude philologique [6] du tome 6 des inscriptions du temple d’Edfou publié par Emile Chassinat, une étude qui reste actuellement la plus aboutie. L’égyptologue souligne d’ailleurs dans son étude que les textes présents sur les murs d’enceinte du temple sont parmi les plus difficile à traduire.

Suite à ces précisions importantes, nous pouvons maintenant analyser le discours de Graham Hancock, dans le chapitre 9 « L’île du Ka » de son livre « Magiciens des dieux » publié en 2015 concernant le temple d’Edfou ainsi que sa lecture qu’il a du livre d’Eve Reymond, un ouvrage de l’égyptologue qui je le rappelle n’est qu’une première tentative d’interprétation des textes du mur d’enceinte du temple d’Edfou. A cette analyse, je vais ajouter l’analyse récente de l’égyptologue Dieter Kurth, mais aussi la traduction de Maurice Alliot si celle-ci existe car il n’avait pas terminé le travail de traduction.

Pour ma part, Graham Hancock a interprété comme il a bien voulu les propos de l’égyptologue E. Reymond et a été jusqu’à transformer des mythes en fausses réalités et des suppositions en affirmations. Je ne dis pas que cela a forcément été fait de manière volontaire et donc sans aucun scrupules mais si l’origine de ses interprétations provient de biais cognitifs, ces derniers sont particulièrement présents chez Graham Hancock.

L’écrivain s’est beaucoup basé aussi sur le fait que dans cette partie du tome 6, on y parle d’une île. En vérité, il y en a plusieurs. Mais surtout ce qu’il faut comprendre, c’est que le terme « île » dans les écritures égyptiennes n’est pas à prendre comme la définition actuelle d’une île mais plutôt comme une notion abstraite d’un lieu, d’une zone qui a une connotation divine forte. On peut prendre comme exemple la ville Soknopaiou Nesos, une ville égyptienne qui dans les écrits égyptiens se traduit par « l’île de Sobek, seigneur de l’île ». Cette île [7] de la divinité égyptienne Sobek, qui est aujourd’hui connue sous le nom de « Dime es-Seba », se trouve dans une région désertique du Fayoum. Et pourtant les égyptiens considéraient cette ville comme une île. Mais dans les écrits qui concernent le mythe de la genèse du temple d’Edfou, les îles que sont l’île du déluge, l’île de combat et l’île de paix semblent être des forces divines représentées par le comportement des eaux et qui ont un rapport avec le Nil, ce fleuve qui est à l’époque la colonne vertébrale de l’Égypte.

Le nil
Le Nil à Assouan

Pour expliquer, je vais proposer une première hypothèse qui part de réflexions succinctes apportées en annotations par Dieter Kurth dans sa publication.  Et j’en ferai une seconde plus personnelle qui ne déviera pas beaucoup de la première mais qui pourrait représenter une autre compréhension réaliste de ces écrits.

Première hypothèse :

L’île du déluge pourrait représenter une inondation ou plus spécifiquement une crue car cela concerne le Nil. Avec la force du courant, la crue entraîne avec elle de la terre se trouvant au fond du Nil formant ainsi un courant d’eau composé dans sa partie haute d’une eau claire et dans sa partie basse une eau à laquelle s’est mélangé de la terre reposant au fond du Nil. Ce processus pourrait en effet représenter l’île de combat. Enfin, une fois les eaux du Nil apaisées et la terre s’étant déposée au fond du fleuve, ces eaux pourraient représenter, dans la mythologie égyptienne, l’île de paix.

Seconde hypothèse :

L’île du déluge pourrait représenter des chutes de pluies abondantes situées annuellement au dessus des montagnes éthiopiennes et surtout au dessus du Rwenzori, une chaîne de montagnes située entre l’Ouganda et la République démocratique du Congo où également il pleut abondamment [8]. Ces sources d’eaux alimentent respectivement le Nil bleu et le Nil blanc qui se rejoignant à un confluent se combattent, s’entrechoquent, pouvant représenter ainsi cette notion d’île du combat qui représentent la crue du Nil en Egypte, une crue qui finit par se calmer et qui ferait des eaux du Nil apaisé, l’île de paix.

Exemples d’interprétations et de traductions

Je laisse donc à chacun le loisir de constater par lui même, avec les informations que j’ai pu récolter ci-dessous, le niveau d’interprétation de Graham Hancock dans sa lecture de l’ouvrage de E. Reymond. Je précise également parmi les travaux des différents égyptologues quels sont ceux qui ont interprétés les textes d’Edfou et quels sont ceux qui ont proposé une véritable traduction notamment accompagnée de justifications philologiques dans leurs publications. Vous pourrez constater par vous-même que la traduction n’est pas simple. Mais ces traductions qui sont celles de Maurice Alliot et de Dieter Kurth concordent sur bien des points avec les traductions des autres textes d’Edfou et surtout n’ont rien à voir avec l’Atlantide. Pour ces autres textes d’Edfou, le mieux est de lire « Le temple d’Edfou » de Nathalie Baum ou « Le culte d’Horus à Edfou au temps des Ptolémées » de Maurice Alliot.

Ps: Je spécifie dans les exemples ci-dessous, si nécessaire pour chaque sujet, la page et la ligne du texte hiéroglyphique dans le tome 6 d’Emile Chassinat.

Des textes d’origines lointaines

G. Hancock (MdD – Chap 9 – Page 128)  : Ce qui est important dans l’évaluation de ces textes (religieux égyptiens présents dans les différents temples d’Egypte antique) est de comprendre qu’ils n’ont pas été composés dans le temple historique (Edfou). Au contraire, nous informe Reymond, les prêtres et scribes d’Edfou se sont contentés de copier ce qu’ils considéraient être les plus importants extraits d’une vaste quantité d’archives qu’ils avaient à leur disposition.

E. E. Reymond (TMOOTET – Page 305) – Interprétation : Il est essentiel de mentionner ici la liste des noms du texte de construction de la face extérieure du mur d’enceinte, qui est le document le plus étendu de ce type. Cette longue liste confirme que les noms mythologiques du temple historique n’ont pas été compilés délibérément, mais étaient plutôt des copies abrégées d’archives mythologiques conservées dans le temple.

Conclusions : Graham Hancock suggère ici que les scribes d’Edfou ont simplement copié les inscriptions de temples plus anciens, voire même des inscriptions de temples qui n’appartenaient pas à leur religion. Or, Mme Reymond parle ici d’inscriptions de noms mythologiques qui se trouvent spécifiquement sur la face extérieure du mur d’enceinte et qui seraient des copies d’archives mythologiques conservées dans le temple d’Edfou, c’est à dire gravées à un autre endroit dans le temple d’Edfou lui-même. Il n’est pas question ici d’archives non composées dans le temple d’Edfou et qui auraient une origine bien plus ancienne autre que ce temple. Graham Hancock interprète comme çà l’arrange les propos de l’égyptologue. Je rappelle également que le temple a été construit en partant du cœur du temple et s’est terminé par le mur d’enceinte sur lequel sont inscrits les textes qui nous intéressent ici.

Plan Temple Edfou

Le canal (E VI 183,1)

Hancock (MdD – Page 133) :

Canal dans livre hancock

E. E. Reymond (TMOOTET – Page 20) – Interprétation : L’événement suivant semble être la conséquence de l’attaque de l’ennemi sur la zone sacrée. Cette partie du récit semble décrire ce qui a été créé et façonné dans l’originel domaine de l’île. L’allusion est faite à la mise en place d’une enceinte et au creusement d’un canal qui contenait une eau d’un genre spécial, et qui a été sanctifiée contre le serpent. Ce moment a été l’origine de l’eau par l’entremise de la Divinité du Cœur.

D. Kurth (Edfu VI – Page 329) – Traduction : « Le dieu du temple est le nom Ka du diviseur de l’inondation (crue), le seigneur de la terreur. Ils sont le diviseur de l’inondation, le seigneur de la terreur (comme le nom de la masse d’eau). Voir le diviseur (le courant) : dit le faucon. »

Conclusions : Graham Hancock précise donc dans son livre qu’un passage des textes d’Edfou selon Eve Elisabeth Reymond mentionne un canal circulaire. Or, dans son livre elle mentionne un potentiel canal mais sans préciser sa forme. Quant à la traduction de Dieter Kurth, qui est une véritable traduction comparée à celle de Reymond qui tient plus d’une potentielle interprétation d’une infime partie du texte, il n’est plus question d’un canal quelconque. Il est toujours question d’eau mais ce passage selon Kurth ne fait ni allusion à un canal ni même à une enceinte comme l’avait suggérer Reymond. Quant à Maurice Alliot, il n’a pas proposé de traduction ni pour cette ligne d’inscriptions,  ni pour la précédente qui débute à la page 183 du tome 6 de Chassinat.

Un temple Atlante ? (E VI 170,2 à E VI 173,3)

G. Hancock (MdD – Page 136) : Ceux qu’il appelle les Originels dans cette citation sont les Atlantes.

Temple coudées Hancock

E. E. Reymond (TMOOTET – Pages 36,37,38) – Interprétation : La cérémonie de fondation de l’enceinte extérieure de Rê  fut organisée en présence de l’aîné de Wetjeset-Neter, de Tanen, de l’Ogdoad, de Rê et du Shebtiw . Le texte semble indiquer qu’avant la construction du temple, l’enceinte avait été construite en roseaux et que cette enceinte mesurait 300 x 400 coudées… Après l’achèvement de ce temple initial, un second a été construit à l’avant de ce complexe, mais lui est contigu. Il semble qu’il y ait eu au début une salle hypostyle de 30 coudées sur 50 devant l’ancien complexe…

D. Kurth (Edfou VI – Page 297 à 302) – Traduction : « Construisez un mur d’enceinte de 300 à 400 coudées. Le mur est fait de roseaux de Nebit, l’ombre est capturée, la cornaline est à son emplacement…« 

Conclusions : Ici, l’écrivain croit trouver dans l’ouvrage de Reymond une description d’un temple Atlante. Cependant, il n’en est rien. La description faite dans l’ouvrage de l’égyptologue concerne la version mythique de la construction du temple d’Edfou, tout simplement. Je rappelle que le titre de son livre est « L’origine mythique du temple Egyptien », même si cela concerne plus précisément dans son livre le temple d’Edfou. De plus, l’égyptologue commence avec la construction de l’enceinte extérieure, celle-là même sur laquelle est gravé le mythe de la genèse du temple d’Edfou. Enfin, quant au fait qu’un mur d’enceinte fut construit avec des roseaux, je laisse chacun juger du caractère réaliste de ce genre de construction.

Le déluge (E VI 181,14)

G. Hancock (MdD – Page 133) : Si violent qu’il détruisit la terre sacrée. […]Les eaux originelles […] submergèrent l’ïle […], et l’île devint le tombeau de ses divins habitants. […] La demeure disparut dans les ténèbres sous les eaux primitives.

E. E. Reymond (TMOOTET – Page 109) – Interprétation : Le résultat fut que les deux premiers domaines ont été détruits et l’œil saint est tombé. […] L’eau primitive (ou eaux originelles) aurait pu submerger l’île à la suite d’un combat et l’île est devenu le tombeau des premiers habitants divins.

D. Kurth (Edfou VI – Page 323) – Traduction : « Il y a l’île du déluge, l’île du combat, l’île de paix et la crue persistante comme nom de ce lit des eaux.« 

M. Alliot (TCE – Page 133) – Traduction : « Il y eut les eaux étendues, les eaux du combat, les eaux apaisées, les eau immobiles comme nom de la nappe (d’eau) sur l’heure« .

L’œil saint (E VI 181,11 ; E VI 181,13)

G. Hancock (MdD – Page 137) :

Mais la meilleure preuve d’une technologie avancée dans la demeure des Originels est livrée dans l’un des extraits d’Edfou … « L’évocation de l’Oeil saint semble un peu étrange » concède Reymond. Mais elle explique, bien que les textes semblent imprécis sur ce point, qu’il pourrait s’agir « du nom du centre de lumière qui éclairait l’île ». Nous sommes, en bref, contraints d’envisager une espèce d’éclairage artificiel sur l’île originelle de dieux. En dehors de çà :   » Tout ce que nous pouvons dire avec des réserves, c’est qu’une sorte de désastre aurait précipité la chute de l’Oeil Saint, avec pour conséquence de plonger dans l’obscurité totale le domaine du Créateur. » (Reymond)

E. E. Reymond (TMOOTET – Page 108) – Interprétation : 

La mention de l’Oeil saint dans cette histoire de création semble un peu étrange. En fait, la fonction de l’Oeil saint n’est pas claire ici, car elle n’est jamais mentionnée dans le récit qui suit. À l’exception d’une référence assez vague à la lumière, ce mythe de la création ne mentionne aucun corps astral, ni ne fait allusion au disque solaire. L’œil saint pourrait dans cette tradition avoir été le nom du centre de la lumière qui a illuminé l’île. C’est cependant quelque peu hypothétique. Tout ce que l’on peut dire, avec réserve, c’est qu’il semble y avoir une allusion à un désastre qui aurait causé la chute de l’œil Saint, de sorte que l’obscurité totale est tombée sur le domaine sacré du Créateur. (E VI 181,11 ; 181,13)

D. Kurth (Edfou VI – Pages 322 et 323 ) – Traduction : « (Ceci est) une reproduction fidèle du texte de Thot, d’après la parole du Djaisu du Mehet-weret, qui est appelé le lieu des premiers temps primitifs. » (E VI 181,11)

L’origine des deux dieux Schebti, « le lointain » est le nom Ka de l’un, « le grand » est le nom Ka de l’autre. (E VI 181,13)

M. Alliot (TCE – Page 133) – Traduction : « Quant à : « Celui-qui-rend-prospère-l'(Oeil) le Seul-et-Unique, étend l'(Oeil). » (E VI 181,11)

« (Qui sont en) tête de pourvoyeurs : « Lointain », (dont) le nom est l' »unique », (et) « le Grand », « le Seul-et-Unique », à l’instant de midi. » (E VI 181,13)

Conclusions : 

Comme on peut le constater, E. Reymond était assez loin du compte. Mais comme elle l’a répété avec insistance, son interprétation était très hypothétique. Cela n’a pas empêché G. Hancock de prendre ses propos au sérieux pour en arriver au point d’écrire « Nous sommes contraints d’envisager une espèce d’éclairage artificiel sur l’île originelle ». Cet éclairage qui au final n’existe pas aurait pu être le soleil ou la lune mais non, pour G. Hancock c’était forcément un éclairage artificiel. Hancock est tellement persuadé que les atlantes, et cela sans justifications valables, ont réellement existé, qu’il cherche tout ce qu’il peut trouver dans des écrits anciens (mettant tout le reste de côté) pour confirmer sa conviction personnelle quitte à transformer les interprétations très hypothétiques d’une jeune Egyptologue en des suggestions inspirées de ses propres convictions.

Sources 

[1] « Magiciens des Dieux » de Graham Hancock, publié en 2014.

[2] « The mythical origin of the egyptian temple » de l’égyptologue Eve Elisabeth Reymond, publié en 1969.

[3] « Le culte d’Horus à Edfou au temps des Ptolémées » de Maurice Alliot – Tome 1Tome 2.

[4] Les textes cosmogoniques d’Edfou (d’après les travaux de Maurice Alliot), publié par André Barucq en 1964.

[5] « Le temple d’Edfou » de Nathalie Baum (Egyptologue/Historienne), publié en 2007.

[6] Edfou VI: Die Inschriften Des Tempels Von Edfu, publié par Dieter Kurth (2014).

[7] L’île du Fayoum (Article du Louvre)

[8] Revue des deux mondes (Volume 70 – Page 276), publié en 1942.

 

 

Graham Hancock Debunk temple Edfou

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Textes temple Edfou

Transcriptions Edfou - Chassinat

Le nil

Plan Temple Edfou

Canal dans livre hancock

Temple coudées Hancock

L’Atlantide et le temple d’Edfou selon Graham Hancock

Par : WikArch

Selon certains chercheurs indépendants, de nombreuses inscriptions sur les murs du temple d’Edfou, qui n’est autre qu’un temple d’Horus, évoqueraient l’Atlantide et son lien avec l’Egypte.

Parmi ces chercheurs affirmant la présence de l’Atlantide ou d’une civilisation similaire disparue sur les murs du temple d’Edfou, il y a surtout l’écrivain Graham Hancock. Dans son livre “Magicien des Dieux” [1], où il s’évertue à tenter de démontrer l’existence de l’Atlantide ou d’une potentielle civilisation similaire évoluée qui aurait disparu sous les eaux il y a 11600 ans, il se sert d’une source, un livre intitulé “The Mythical Origin of the Egyptian Temple” [2] écrit par l’égyptologue Eve Elisabeth Reymond et publié en 1969.

Ps : Graham Hancock intervenant dans le film “BAM : les bâtisseurs de l’ancien monde” du réalisateur Patrice Pouillard en 2018 réaffirme dans ce film la présence de l’Atlantide dans les écrits présents sur les murs du temple d’Edfou.

A savoir que l’auteur Anton Parks affirme également la même chose dans son livre “La dernière marche des dieux” mais ne semble pas s’être basé en priorité sur l’ouvrage d’ Eve Elisabeth Reymond même s’il en a connaissance comme ont peut le vérifier en l’écoutant dans cette vidéo sur la chaîne BTLV. Sa conviction semblerait plutôt provenir de ses visions qu’il aurait eu dans l’enfance et sur ses traductions très personnelles qui n’ont pas fait l’objet d’une publication scientifique pouvant être étudié par des égyptologues. 

Avant de revenir plus en détails sur la source utilisée par Graham Hancock, il est important de rappeler quelques épisodes importants dans l’historique des publications concernant le temple d’Edfou et ses très nombreuses inscriptions.

Textes temple Edfou

Fin du 19ème siècle, le marquis de Rochemonteix, avec son équipage, passe de nombreux mois à estamper et copier les nombreuses inscriptions présentes sur les murs du temple d’Edfou. Il avait pour grand projet de publier la totalité des inscriptions du temple d’Edfou. Tandis qu’il dessinait, ses matelots estampaient les murs avec du papier gris. Malheureusement pour lui, il ne put aller au bout de son projet. Il décéda en décembre 1891 sans avoir pu terminer la transcription de ces très nombreuses inscriptions.

De 1897 à 1920, l’égyptologue Emile Chassinat publie en 3 tomes les nombreuses inscriptions estampées et copiées par le marquis de Rochemonteix. Ensuite, il poursuivit et termina le travail de transcription commencé par le marquis et publia les 11 tomes suivants au cours du XXème siècle. Enfin, un quinzième tome fut publié par Sylvie Cauville et Didier Devauchelle en 1985.

En 1949 et 1954, l’égyptologue Maurice Alliot publie les 2 tomes de son ouvrage “Le culte d’Horus à Edfou au temps des Ptolémées” [3] accompagnés de justifications philologiques et exégétiques qui s’imposent dans ce type d’exercice qu’est la traduction des hiéroglyphes égyptiens. Cependant, ces 2 ouvrages ne comprennent pas les textes se trouvant sur le mur d’enceinte du temple et qui concernent le mythe de la genèse du temple d’Edfou. La retranscription hiéroglyphique de ce mythe a été effectuée dans le tome 6 d’Emile Chassinat.

Transcriptions Edfou - Chassinat
Le temple d’Edfou (Tome 6) publié par l’égyptologue Emile Chassinat (Source)

En 1960, Eve Elisabeth Reymond développe une thèse sur le temple d’Edfou pour son doctorat. C’est en 1969, en tant qu’égyptologue, qu’elle fait publier une version plus développée de sa thèse de doctorat qu’elle intitulera “The mythical origin of the Egyptian temple”. Comme on peut le comprendre de par le titre de son livre mais aussi en le lisant, l’égyptologue s’est surtout intéressé à une partie du tome 6 d’Emile Chassinat qui décrit le mythe de la genèse de ce temple. A ce moment là, comme elle le précise dans sa préface, son étude du temple n’est qu’une première tentative d’interprétation des points de vue égyptiens en ce qui concerne le temple d’Edfou car une étude philologique (avec traductions et commentaires) de ces textes égyptiens aurait représenté un volume et un coût trop élevé.

Au moment où Eve Elisabeth Reymond travaille sur son ouvrage, à sa connaissance (comme elle le souligne dans sa préface), les textes d’Edfou concernant le mythe de la genèse du temple dans le tome 6 d’Emile Chassinat n’ont jamais été traduits et commentés. En effet, aucun travaux de traduction n’avaient été publiées. Cependant, quasiment au même moment l’égyptologue Maurice Alliot avait déjà entamé le travail sur ces textes du mur d’enceinte du temple d’ Edfou qui allaient aussi intéresser Eve Reymond de son côté. Maurice Alliot décède en 1960 sans avoir pu publier ses travaux. Ceux sont ses filles après son décès qui prendront l’initiative de fournir les travaux de leur père à certains de ses collègues afin que son travail suffisamment avancé sur les textes cosmogoniques d’Edfou [4] puisse être publié. C’est André Baruq en 1964 qui publiera les travaux de Maurice Alliot.

En 2007, l’égyptologue Nathalie BAUM publie un ouvrage intitulé “Le Temple d’Edfou” [5]. Dans son livre basé sur la quasi totalité des textes présents sur les murs du temple d’Edfou, on y trouve bon nombre d’informations sur les fêtes, les prières, les incantations, les rituels de purification, les sacrifices d’animaux et autres rites religieux qui se déroulaient dans le temple d’Edfou durant la dynastie des Ptolémées.

En 2014, l’égyptologue allemand Dieter Kurth publie une étude philologique [6] du tome 6 des inscriptions du temple d’Edfou publié par Emile Chassinat, une étude qui reste actuellement la plus aboutie. L’égyptologue souligne d’ailleurs dans son étude que les textes présents sur les murs d’enceinte du temple sont parmi les plus difficile à traduire.

Suite à ces précisions importantes, nous pouvons maintenant analyser le discours de Graham Hancock, dans le chapitre 9 “L’île du Ka” de son livre “Magiciens des dieux” publié en 2015 concernant le temple d’Edfou ainsi que sa lecture qu’il a du livre d’Eve Reymond, un ouvrage de l’égyptologue qui je le rappelle n’est qu’une première tentative d’interprétation des textes du mur d’enceinte du temple d’Edfou. A cette analyse, je vais ajouter l’analyse récente de l’égyptologue Dieter Kurth, mais aussi la traduction de Maurice Alliot si celle-ci existe car il n’avait pas terminé le travail de traduction.

Pour ma part, Graham Hancock a interprété comme il a bien voulu les propos de l’égyptologue E. Reymond et a été jusqu’à transformer des mythes en fausses réalités et des suppositions en affirmations. Je ne dis pas que cela a forcément été fait de manière volontaire et donc sans aucun scrupules mais si l’origine de ses interprétations provient de biais cognitifs, ces derniers sont particulièrement présents chez Graham Hancock.

L’écrivain s’est beaucoup basé aussi sur le fait que dans cette partie du tome 6, on y parle d’une île. En vérité, il y en a plusieurs. Mais surtout ce qu’il faut comprendre, c’est que le terme “île” dans les écritures égyptiennes n’est pas à prendre comme la définition actuelle d’une île mais plutôt comme une notion abstraite d’un lieu, d’une zone qui a une connotation divine forte. On peut prendre comme exemple la ville Soknopaiou Nesos, une ville égyptienne qui dans les écrits égyptiens se traduit par “l’île de Sobek, seigneur de l’île”. Cette île [7] de la divinité égyptienne Sobek, qui est aujourd’hui connue sous le nom de “Dime es-Seba”, se trouve dans une région désertique du Fayoum. Et pourtant les égyptiens considéraient cette ville comme une île. Mais dans les écrits qui concernent le mythe de la genèse du temple d’Edfou, les îles que sont l’île du déluge, l’île de combat et l’île de paix semblent être des forces divines représentées par le comportement des eaux et qui ont un rapport avec le Nil, ce fleuve qui est à l’époque la colonne vertébrale de l’Égypte.

Le nil
Le Nil à Assouan

Pour expliquer, je vais proposer une première hypothèse qui part de réflexions succinctes apportées en annotations par Dieter Kurth dans sa publication.  Et j’en ferai une seconde plus personnelle qui ne déviera pas beaucoup de la première mais qui pourrait représenter une autre compréhension réaliste de ces écrits.

Première hypothèse :

L’île du déluge pourrait représenter une inondation ou plus spécifiquement une crue car cela concerne le Nil. Avec la force du courant, la crue entraîne avec elle de la terre se trouvant au fond du Nil formant ainsi un courant d’eau composé dans sa partie haute d’une eau claire et dans sa partie basse une eau à laquelle s’est mélangé de la terre reposant au fond du Nil. Ce processus pourrait en effet représenter l’île de combat. Enfin, une fois les eaux du Nil apaisées et la terre s’étant déposée au fond du fleuve, ces eaux pourraient représenter, dans la mythologie égyptienne, l’île de paix.

Seconde hypothèse :

L’île du déluge pourrait représenter des chutes de pluies abondantes situées annuellement au dessus des montagnes éthiopiennes et surtout au dessus du Rwenzori, une chaîne de montagnes située entre l’Ouganda et la République démocratique du Congo où également il pleut abondamment [8]. Ces sources d’eaux alimentent respectivement le Nil bleu et le Nil blanc qui se rejoignant à un confluent se combattent, s’entrechoquent, pouvant représenter ainsi cette notion d’île du combat qui représentent la crue du Nil en Egypte, une crue qui finit par se calmer et qui ferait des eaux du Nil apaisé, l’île de paix.

Exemples d’interprétations et de traductions

Je laisse donc à chacun le loisir de constater par lui même, avec les informations que j’ai pu récolter ci-dessous, le niveau d’interprétation de Graham Hancock dans sa lecture de l’ouvrage de E. Reymond. Je précise également parmi les travaux des différents égyptologues quels sont ceux qui ont interprétés les textes d’Edfou et quels sont ceux qui ont proposé une véritable traduction notamment accompagnée de justifications philologiques dans leurs publications. Vous pourrez constater par vous-même que la traduction n’est pas simple. Mais ces traductions qui sont celles de Maurice Alliot et de Dieter Kurth concordent sur bien des points avec les traductions des autres textes d’Edfou et surtout n’ont rien à voir avec l’Atlantide. Pour ces autres textes d’Edfou, le mieux est de lire “Le temple d’Edfou” de Nathalie Baum ou “Le culte d’Horus à Edfou au temps des Ptolémées” de Maurice Alliot.

Ps: Je spécifie dans les exemples ci-dessous, si nécessaire pour chaque sujet, la page et la ligne du texte hiéroglyphique dans le tome 6 d’Emile Chassinat.

Des textes d’origines lointaines

G. Hancock (MdD – Chap 9 – Page 128)  : Ce qui est important dans l’évaluation de ces textes (religieux égyptiens présents dans les différents temples d’Egypte antique) est de comprendre qu’ils n’ont pas été composés dans le temple historique (Edfou). Au contraire, nous informe Reymond, les prêtres et scribes d’Edfou se sont contentés de copier ce qu’ils considéraient être les plus importants extraits d’une vaste quantité d’archives qu’ils avaient à leur disposition.

E. E. Reymond (TMOOTET – Page 305) – Interprétation : Il est essentiel de mentionner ici la liste des noms du texte de construction de la face extérieure du mur d’enceinte, qui est le document le plus étendu de ce type. Cette longue liste confirme que les noms mythologiques du temple historique n’ont pas été compilés délibérément, mais étaient plutôt des copies abrégées d’archives mythologiques conservées dans le temple.

Conclusions : Graham Hancock suggère ici que les scribes d’Edfou ont simplement copié les inscriptions de temples plus anciens, voire même des inscriptions de temples qui n’appartenaient pas à leur religion. Or, Mme Reymond parle ici d’inscriptions de noms mythologiques qui se trouvent spécifiquement sur la face extérieure du mur d’enceinte et qui seraient des copies d’archives mythologiques conservées dans le temple d’Edfou, c’est à dire gravées à un autre endroit dans le temple d’Edfou lui-même. Il n’est pas question ici d’archives non composées dans le temple d’Edfou et qui auraient une origine bien plus ancienne autre que ce temple. Graham Hancock interprète comme çà l’arrange les propos de l’égyptologue. Je rappelle également que le temple a été construit en partant du cœur du temple et s’est terminé par le mur d’enceinte sur lequel sont inscrits les textes qui nous intéressent ici.

Plan Temple Edfou

Le canal (E VI 183,1)

Hancock (MdD – Page 133) :

Canal dans livre hancock

E. E. Reymond (TMOOTET – Page 20) – Interprétation : L’événement suivant semble être la conséquence de l’attaque de l’ennemi sur la zone sacrée. Cette partie du récit semble décrire ce qui a été créé et façonné dans l’originel domaine de l’île. L’allusion est faite à la mise en place d’une enceinte et au creusement d’un canal qui contenait une eau d’un genre spécial, et qui a été sanctifiée contre le serpent. Ce moment a été l’origine de l’eau par l’entremise de la Divinité du Cœur.

D. Kurth (Edfu VI – Page 329) – Traduction :Le dieu du temple est le nom Ka du diviseur de l’inondation (crue), le seigneur de la terreur. Ils sont le diviseur de l’inondation, le seigneur de la terreur (comme le nom de la masse d’eau). Voir le diviseur (le courant) : dit le faucon.”

Conclusions : Graham Hancock précise donc dans son livre qu’un passage des textes d’Edfou selon Eve Elisabeth Reymond mentionne un canal circulaire. Or, dans son livre elle mentionne un potentiel canal mais sans préciser sa forme. Quant à la traduction de Dieter Kurth, qui est une véritable traduction comparée à celle de Reymond qui tient plus d’une potentielle interprétation d’une infime partie du texte, il n’est plus question d’un canal quelconque. Il est toujours question d’eau mais ce passage selon Kurth ne fait ni allusion à un canal ni même à une enceinte comme l’avait suggérer Reymond. Quant à Maurice Alliot, il n’a pas proposé de traduction ni pour cette ligne d’inscriptions,  ni pour la précédente qui débute à la page 183 du tome 6 de Chassinat.

Un temple Atlante ? (E VI 170,2 à E VI 173,3)

G. Hancock (MdD – Page 136) : Ceux qu’il appelle les Originels dans cette citation sont les Atlantes.

Temple coudées Hancock

E. E. Reymond (TMOOTET – Pages 36,37,38) – Interprétation : La cérémonie de fondation de l’enceinte extérieure de Rê  fut organisée en présence de l’aîné de Wetjeset-Neter, de Tanen, de l’Ogdoad, de Rê et du Shebtiw . Le texte semble indiquer qu’avant la construction du temple, l’enceinte avait été construite en roseaux et que cette enceinte mesurait 300 x 400 coudées… Après l’achèvement de ce temple initial, un second a été construit à l’avant de ce complexe, mais lui est contigu. Il semble qu’il y ait eu au début une salle hypostyle de 30 coudées sur 50 devant l’ancien complexe…

D. Kurth (Edfou VI – Page 297 à 302) – Traduction :Construisez un mur d’enceinte de 300 à 400 coudées. Le mur est fait de roseaux de Nebit, l’ombre est capturée, la cornaline est à son emplacement…

Conclusions : Ici, l’écrivain croit trouver dans l’ouvrage de Reymond une description d’un temple Atlante. Cependant, il n’en est rien. La description faite dans l’ouvrage de l’égyptologue concerne la version mythique de la construction du temple d’Edfou, tout simplement. Je rappelle que le titre de son livre est “L’origine mythique du temple Egyptien”, même si cela concerne plus précisément dans son livre le temple d’Edfou. De plus, l’égyptologue commence avec la construction de l’enceinte extérieure, celle-là même sur laquelle est gravé le mythe de la genèse du temple d’Edfou. Enfin, quant au fait qu’un mur d’enceinte fut construit avec des roseaux, je laisse chacun juger du caractère réaliste de ce genre de construction.

Le déluge (E VI 181,14)

G. Hancock (MdD – Page 133) : Si violent qu’il détruisit la terre sacrée. […]Les eaux originelles […] submergèrent l’ïle […], et l’île devint le tombeau de ses divins habitants. […] La demeure disparut dans les ténèbres sous les eaux primitives.

E. E. Reymond (TMOOTET – Page 109) – Interprétation : Le résultat fut que les deux premiers domaines ont été détruits et l’œil saint est tombé. […] L’eau primitive (ou eaux originelles) aurait pu submerger l’île à la suite d’un combat et l’île est devenu le tombeau des premiers habitants divins.

D. Kurth (Edfou VI – Page 323) – Traduction : Il y a l’île du déluge, l’île du combat, l’île de paix et la crue persistante comme nom de ce lit des eaux.

M. Alliot (TCE – Page 133) – Traduction :Il y eut les eaux étendues, les eaux du combat, les eaux apaisées, les eau immobiles comme nom de la nappe (d’eau) sur l’heure“.

L’œil saint (E VI 181,11 ; E VI 181,13)

G. Hancock (MdD – Page 137) :

Mais la meilleure preuve d’une technologie avancée dans la demeure des Originels est livrée dans l’un des extraits d’Edfou … “L’évocation de l’Oeil saint semble un peu étrange” concède Reymond. Mais elle explique, bien que les textes semblent imprécis sur ce point, qu’il pourrait s’agir “du nom du centre de lumière qui éclairait l’île”. Nous sommes, en bref, contraints d’envisager une espèce d’éclairage artificiel sur l’île originelle de dieux. En dehors de çà :  ” Tout ce que nous pouvons dire avec des réserves, c’est qu’une sorte de désastre aurait précipité la chute de l’Oeil Saint, avec pour conséquence de plonger dans l’obscurité totale le domaine du Créateur.” (Reymond)

E. E. Reymond (TMOOTET – Page 108) – Interprétation : 

La mention de l’Oeil saint dans cette histoire de création semble un peu étrange. En fait, la fonction de l’Oeil saint n’est pas claire ici, car elle n’est jamais mentionnée dans le récit qui suit. À l’exception d’une référence assez vague à la lumière, ce mythe de la création ne mentionne aucun corps astral, ni ne fait allusion au disque solaire. L’œil saint pourrait dans cette tradition avoir été le nom du centre de la lumière qui a illuminé l’île. C’est cependant quelque peu hypothétique. Tout ce que l’on peut dire, avec réserve, c’est qu’il semble y avoir une allusion à un désastre qui aurait causé la chute de l’œil Saint, de sorte que l’obscurité totale est tombée sur le domaine sacré du Créateur. (E VI 181,11 ; 181,13)

D. Kurth (Edfou VI – Pages 322 et 323 ) – Traduction : “(Ceci est) une reproduction fidèle du texte de Thot, d’après la parole du Djaisu du Mehet-weret, qui est appelé le lieu des premiers temps primitifs.” (E VI 181,11)

L’origine des deux dieux Schebti, « le lointain » est le nom Ka de l’un, « le grand » est le nom Ka de l’autre. (E VI 181,13)

M. Alliot (TCE – Page 133) – Traduction : “Quant à : “Celui-qui-rend-prospère-l'(Oeil) le Seul-et-Unique, étend l'(Oeil).” (E VI 181,11)

“(Qui sont en) tête de pourvoyeurs : “Lointain”, (dont) le nom est l'”unique”, (et) “le Grand”, “le Seul-et-Unique”, à l’instant de midi.” (E VI 181,13)

Conclusions : 

Comme on peut le constater, E. Reymond était assez loin du compte. Mais comme elle l’a répété avec insistance, son interprétation était très hypothétique. Cela n’a pas empêché G. Hancock de prendre ses propos au sérieux pour en arriver au point d’écrire “Nous sommes contraints d’envisager une espèce d’éclairage artificiel sur l’île originelle”. Cet éclairage qui au final n’existe pas aurait pu être le soleil ou la lune mais non, pour G. Hancock c’était forcément un éclairage artificiel. Hancock est tellement persuadé que les atlantes, et cela sans justifications valables, ont réellement existé, qu’il cherche tout ce qu’il peut trouver dans des écrits anciens (mettant tout le reste de côté) pour confirmer sa conviction personnelle quitte à transformer les interprétations très hypothétiques d’une jeune Egyptologue en des suggestions inspirées de ses propres convictions.

Sources 

[1] “Magiciens des Dieux” de Graham Hancock, publié en 2014.

[2] “The mythical origin of the egyptian temple” de l’égyptologue Eve Elisabeth Reymond, publié en 1969.

[3] “Le culte d’Horus à Edfou au temps des Ptolémées” de Maurice Alliot – Tome 1Tome 2.

[4] Les textes cosmogoniques d’Edfou (d’après les travaux de Maurice Alliot), publié par André Barucq en 1964.

[5] “Le temple d’Edfou” de Nathalie Baum (Egyptologue/Historienne), publié en 2007.

[6] Edfou VI: Die Inschriften Des Tempels Von Edfu, publié par Dieter Kurth (2014).

[7] L’île du Fayoum (Article du Louvre)

[8] Revue des deux mondes (Volume 70 – Page 276), publié en 1942.

 

 

La grande pyramide est bien celle de Khéops

Par : WikArch

ll est parfaitement établi pour la communauté scientifique que la grande pyramide est bien celle du pharaon Khéops. Le public a donc pris connaissance au cours du temps de cette réalité. Mais que sait vraiment le public des éléments qui permettent d’affirmer cela ? Assez peu de choses en réalité, ce qui entre autres amène un certain nombre de personnes, essentiellement sur Internet et les réseaux sociaux, à remettre en question l’attribution de la grande pyramide au pharaon Khéops. Il semble donc nécessaire de refaire un point sur ce sujet.

Pour avoir une idée de l’emplacement dans la grande pyramide où se trouve les principaux éléments de preuve, voici le schéma de la chambre du pharaon Khéops et des chambres dites « de décharge ».

Chambre roi Kheops et decharges avec noms
Schéma des chambres dites « de décharge » (Archéologie Rationnelle)

Giovanni Battista Caviglia, l’un des pionniers de l’Egyptologie donna le nom de chambre « de Davison » à la première chambre dite « de décharge » au-dessus de celle du pharaon Khéops. Quant aux autres chambres dites « de décharge », elles ont été nommées par le colonel Howard Vyse qui les a découvert par la suite en 1837.

L’élément le plus connu permettant d’attribuer la grande pyramide au pharaon Khéops est ce cartouche peint en rouge ci-dessous découvert par le colonel Vyse en 1837 dans la chambre « de Campbell ». Je rappelle que Khéops est le nom grec du pharaon Khufu.

Cartouche Khufu

Un cartouche que certains considèrent toujours comme un gribouillage et qui aurait été, selon eux, peint par le colonel Howard Vyse lui même lors de ses fouilles dans la grande pyramide. Or, selon le compte rendu de Vyse rédigé dans le tome 1 de son ouvrage « Operations carried on at the pyramids of Gizeh in 1837 » [1], le colonel, n’ayant pas les connaissances pour traduire les hiéroglyphes découverts sur place, demanda de l’aide auprès de l’égyptologue Samuel Birch du British Museum à qui il envoya par courrier les retranscriptions des différentes inscriptions découvertes, dont ce cartouche de Khéops.

Mais dans la chambre de Campbell, on distingue également derrière un bloc de granite sur la face nord le bout d’un cartouche qui démarre avec le premier hiéroglyphe du cartouche « Khufu » de Khéops. On distingue également une partie du second hiéroglyphe qui semble confirmer cela.

Cartouches khufu chambres
Cartouches de Khufu (Khéops) dans le livre d’Howard Vyse (Source)

On peut donc sérieusement envisager que ce cartouche caché derrière ce bloc puisse être le cartouche « Khufu » de Khéops, et qu’il date forcément du transport ou de la mise en place de ces blocs de granite durant la construction de la grande pyramide et ne peut donc pas avoir été rajouté par le colonel Vyse.

Mais ces deux cartouches ne sont pas les seuls cartouches de  Khéops. En effet, on trouve également un second cartouche royal avec le nom complet de Khéops « Khnum Khufu » qui précise que Khéops est protégé par le dieu Khnum, entre autres gardien du Nil.

Cartouche Khnum Khufu

On retrouve ce cartouche « Khnum Khufu » à trois reprises dans la chambre « Lady Arbuthnot ». Ces cartouches sur le mur Est en calcaire que je vous ai mis à l’endroit (ci-dessous) sont en fait à l’envers par rapport au sol. Ces inscriptions ont donc dû être peintes par des ouvriers avant l’installation des blocs de calcaire et de granite.

Cartouches khnum khufu chambres - zoom
Cartouches de Khnum Khufu (Khéops) dans le livre d’Howard Vyse (Source)

Mais ce n’est pas tout. Une autre inscription qui n’est pas un cartouche royal et que l’on retrouve dans cette chambre « de Nelson » évoque également le pharaon Khéops en tant qu’Horus Medjedou.

Horus Medjedou

 

Là aussi, on retrouve une de ces inscriptions à l’envers par rapport au sol dans cette chambre.

Inscription Horus Medjedou Khéops
Horus Medjedou (Khéops) dans le livre d’Howard Vyse (Source)

C’est une inscription du pharaon Khéops que l’on retrouve sous une forme verticale sur la statuette de Khéops et dans l’oasis de Dakhla. En effet, chaque pharaon de la IVème dynastie possédait un nom associé à Horus.

Noms pharaons Horus
Liste de noms de pharaons de la IVème dynastie (Source page 66)

On retrouve également cette inscription, tout comme les deux autres cartouches royaux de Khéops [2], dans les papyrus de Merer [3] ainsi que dans une mine de Turquoise au Wadi Maghareh [4], un site situé dans la péninsule du sud-ouest du Sinaï.

Cartouches de Kheops - Lepsius
Les différents noms de Khéops au Wadi Maghareh (Source)

De plus, des inscriptions similaires en rouge faites par des ouvriers ont été retrouvées à différents endroits comme au Ouadi el-Jarf [5] où ont été découverts les papyrus de Merer, dans la tombe G VI [6] se trouvant au sud de la grande pyramide, dans le temple de Neferirkare [7], dans la tombe G 2430 [8] à l’ouest de la grande pyramide, dans le temple funéraire de Mykérinos [9] et dans bien d’autres lieux d’Egypte.

Enfin, des inscriptions retrouvées dans des tombes de prêtres de la VIème dynastie, notamment celles des prêtres Qar et Idu [10] nous apprennent que ces prêtres ont eu des fonctions en relation directe avec les pyramides de Gizeh de la IVème dynastie. Entre autres fonctions,  le prêtre Qar a été responsable des prêtres de « la Grande (pyramide) de Khéphren », responsable de la cité de la pyramide « l’Horizon de Khéops » et responsable de la cité de la pyramide de Mykérinos appelé « la Pyramide de Menkaure est Divin ». Quant au prêtre Idu, il a rempli les fonctions de responsable des prêtres de la pyramide « l’Horizon de Khéops » et responsable des prêtres de « la Grande (pyramide) de Khéphren ».

Ps : La « cité » est ici un terme attribué au complexe funéraire.

Sources

[1] Operations carried on at the pyramids of Gizeh in 1837

[2]Egyptian phyles in the old Kingdom (1991) – Pages 125 à 127

[3] Bulletin de la société française d’Egyptologie N° 188  (Février 2014) – Page 42

[4] Site Web « Lepsius Projekt » – Band III Altes Reich – Page 2

[5] Bulletin de la société française d’Egyptologie N° 188  (Février 2014) – Pages 37, 38, 41

[6] Egyptian phyles in the old Kingdom (1991) – Page 130

[7] Egyptian phyles in the old Kingdom (1991) – Page 200

[8] Egyptian phyles in the old Kingdom (1991) – Pages 19, 102

[9] Egyptian phyles in the old Kingdom (1991) – Pages 4, 13

[10] The Mastabas of Qar and Idu (1976) – Pages 9, 23, 28, 31

Couverture article Khéops

wikarch371426199

Chambre roi Kheops et decharges avec noms

Cartouche Khufu

Cartouches khufu chambres

Cartouche Khnum Khufu

Cartouches khnum khufu chambres - zoom

Horus Medjedou

Inscription Horus Medjedou Khéops

Noms pharaons Horus

Cartouches de Kheops - Lepsius

La grande pyramide est bien celle de Khéops

Par : WikArch

ll est parfaitement établi pour la communauté scientifique que la grande pyramide est bien celle du pharaon Khéops. Le public a donc pris connaissance au cours du temps de cette réalité. Mais que sait vraiment le public des éléments qui permettent d’affirmer cela ? Assez peu de choses en réalité, ce qui entre autres amène un certain nombre de personnes, essentiellement sur Internet et les réseaux sociaux, à remettre en question l’attribution de la grande pyramide au pharaon Khéops. Il semble donc nécessaire de refaire un point sur ce sujet.

Pour avoir une idée de l’emplacement dans la grande pyramide où se trouve les principaux éléments de preuve, voici le schéma de la chambre du pharaon Khéops et des chambres dites “de décharge”.

Chambre roi Kheops et decharges avec noms

Schéma des chambres dites “de décharge” (Archéologie Rationnelle)

Giovanni Battista Caviglia, l’un des pionniers de l’Egyptologie donna le nom de chambre “de Davison” à la première chambre dite “de décharge” au-dessus de celle du pharaon Khéops. Quant aux autres chambres dites “de décharge”, elles ont été nommées par le colonel Howard Vyse qui les a découvert par la suite en 1837.

L’élément le plus connu permettant d’attribuer la grande pyramide au pharaon Khéops est ce cartouche peint en rouge ci-dessous découvert par le colonel Vyse en 1837 dans la chambre “de Campbell”. Je rappelle que Khéops est le nom grec du pharaon Khufu.

Cartouche Khufu

Un cartouche que certains considèrent toujours comme un gribouillage et qui aurait été, selon eux, peint par le colonel Howard Vyse lui même lors de ses fouilles dans la grande pyramide. Or, selon le compte rendu de Vyse rédigé dans le tome 1 de son ouvrage “Operations carried on at the pyramids of Gizeh in 1837” [1], le colonel, n’ayant pas les connaissances pour traduire les hiéroglyphes découverts sur place, demanda de l’aide auprès de l’égyptologue Samuel Birch du British Museum à qui il envoya par courrier les retranscriptions des différentes inscriptions découvertes, dont ce cartouche de Khéops.

Mais dans la chambre de Campbell, on distingue également derrière un bloc de granite sur la face nord le bout d’un cartouche qui démarre avec le premier hiéroglyphe du cartouche “Khufu” de Khéops. On distingue également une partie du second hiéroglyphe qui semble confirmer cela.

Cartouches khufu chambres

Cartouches de Khufu (Khéops) dans le livre d’Howard Vyse (Source)

On peut donc sérieusement envisager que ce cartouche caché derrière ce bloc puisse être le cartouche “Khufu” de Khéops, et qu’il date forcément du transport ou de la mise en place de ces blocs de granite durant la construction de la grande pyramide et ne peut donc pas avoir été rajouté par le colonel Vyse.

Mais ces deux cartouches ne sont pas les seuls cartouches de  Khéops. En effet, on trouve également un second cartouche royal avec le nom complet de Khéops “Khnum Khufu” qui précise que Khéops est protégé par le dieu Khnum, entre autres gardien du Nil.

Cartouche Khnum Khufu

On retrouve ce cartouche “Khnum Khufu” à trois reprises dans la chambre “Lady Arbuthnot”. Ces cartouches sur le mur Est en calcaire que je vous ai mis à l’endroit (ci-dessous) sont en fait à l’envers par rapport au sol. Ces inscriptions ont donc dû être peintes par des ouvriers avant l’installation des blocs de calcaire et de granite.

Cartouches khnum khufu chambres - zoom

Cartouches de Khnum Khufu (Khéops) dans le livre d’Howard Vyse (Source)

Mais ce n’est pas tout. Une autre inscription qui n’est pas un cartouche royal et que l’on retrouve dans cette chambre “de Nelson” évoque également le pharaon Khéops en tant qu’Horus Medjedou.

Horus Medjedou

 

Là aussi, on retrouve une de ces inscriptions à l’envers par rapport au sol dans cette chambre.

Inscription Horus Medjedou Khéops

Horus Medjedou (Khéops) dans le livre d’Howard Vyse (Source)

C’est une inscription du pharaon Khéops que l’on retrouve sous une forme verticale sur la statuette de Khéops et dans l’oasis de Dakhla. En effet, chaque pharaon de la IVème dynastie possédait un nom associé à Horus.

Noms pharaons Horus

Liste de noms de pharaons de la IVème dynastie (Source page 66)

On retrouve également cette inscription, tout comme les deux autres cartouches royaux de Khéops [2], dans les papyrus de Merer [3] ainsi que dans une mine de Turquoise au Wadi Maghareh [4], un site situé dans la péninsule du sud-ouest du Sinaï.

Cartouches de Kheops - Lepsius

Les différents noms de Khéops au Wadi Maghareh (Source)

De plus, des inscriptions similaires en rouge faites par des ouvriers ont été retrouvées à différents endroits comme au Ouadi el-Jarf [5] où ont été découverts les papyrus de Merer, dans la tombe G VI [6] se trouvant au sud de la grande pyramide, dans le temple de Neferirkare [7], dans la tombe G 2430 [8] à l’ouest de la grande pyramide, dans le temple funéraire de Mykérinos [9] et dans bien d’autres lieux d’Egypte.

Enfin, des inscriptions retrouvées dans des tombes de prêtres de la VIème dynastie, notamment celles des prêtres Qar et Idu [10] nous apprennent que ces prêtres ont eu des fonctions en relation directe avec les pyramides de Gizeh de la IVème dynastie. Entre autres fonctions,  le prêtre Qar a été responsable des prêtres de “la Grande (pyramide) de Khéphren”, responsable de la cité de la pyramide “l’Horizon de Khéops” et responsable de la cité de la pyramide de Mykérinos appelé “la Pyramide de Menkaure est Divin”. Quant au prêtre Idu, il a rempli les fonctions de responsable des prêtres de la pyramide “l’Horizon de Khéops” et responsable des prêtres de “la Grande (pyramide) de Khéphren”.

Ps : La “cité” est ici un terme attribué au complexe funéraire.

Sources

[1] Operations carried on at the pyramids of Gizeh in 1837

[2]Egyptian phyles in the old Kingdom (1991) – Pages 125 à 127

[3] Bulletin de la société française d’Egyptologie N° 188  (Février 2014) – Page 42

[4] Site Web “Lepsius Projekt” – Band III Altes Reich – Page 2

[5] Bulletin de la société française d’Egyptologie N° 188  (Février 2014) – Pages 37, 38, 41

[6] Egyptian phyles in the old Kingdom (1991) – Page 130

[7] Egyptian phyles in the old Kingdom (1991) – Page 200

[8] Egyptian phyles in the old Kingdom (1991) – Pages 19, 102

[9] Egyptian phyles in the old Kingdom (1991) – Pages 4, 13

[10] The Mastabas of Qar and Idu (1976) – Pages 9, 23, 28, 31

(Debunk) Bâtisseurs de l’Ancien Monde : L’île de Pâques

Par : WikArch

Pour ce premier article critique sur le film du réalisateur Patrice Pouillard « BAM : Les Bâtisseurs de l’Ancien Monde », direction l’île de Pâques et ses moaï. On va revenir ici sur certains propos du réalisateur et en profiter pour développer certains points qui méritent qu’on s’y attarde un peu plus.

PS: Le timecode dans cet article est basé sur la version du film dans laquelle le réalisateur laisse un message à ces contributeurs au début du film. Si vous avez vu ou êtes amené à regarder ce film à l’avenir sans ce message, il faut enlever 02:40 min au timecode dans l’article.

10:22 – Les Rapa Nui seraient originaires (selon la tradition orale) de Hiva Oa à environ 3600 km au Nord-Ouest (de l’île de Pâques). On n’entreprend pas un tel trajet au hasard. Il faut prévoir des vivres et surtout de l’eau, et en cas d’échec, il faut avoir de quoi assurer le retour… Soit Hotu Matu’a (premier roi des Pascuans) a envoyé des éclaireurs dans diverses directions et par chance l’un d’eux a découvert l’île de Pâques, soit ils sont partis au hasard et par chance ils ont découverts ce confetti de terre dans le Pacifique, soit enfin ils connaissaient la position de cette île ce qui soulève la question de savoir comment ils auraient pu la connaître.

A ce moment de son film, le réalisateur nous présente à l’écran une carte de l’Océan Pacifique. Cependant, avant de regarder la carte proposée dans BAM, il me semble intéressant de faire un retour en arrière et de revoir ensemble la carte (Timecode 32:47) qui était présentée dans son précédent film « La Révélation Des Pyramides (LRDP) ».

Carte ile de paques LRDP
Carte de l’océan Pacifique dans LRDP

Pour celle-ci, les emplacements de l’île de Pâques et de Tahiti sont corrects. On remarque cependant qu’il manque sur cette carte un certain nombre d’îles qui apporteraient une meilleure visibilité quant à la manière avec laquelle ils ont pu envisager leur voyage qui les amena au final sur l’île de Pâques.

Voyons maintenant la carte (Timecode 11:04) dans BAM.

carte BAM ile de Paques -Timecode 11-04
Carte de l’océan Pacifique dans BAM

Comme vous pouvez le constater sur cette carte, l’île de Pâques a fait une chute assez conséquente vers le sud par rapport à la carte de LRDP. Pour être plus précis, elle a fait une chute de 1400 km par rapport à son emplacement d’origine. Mais ce n’est pas tout. Sur cette image ci-dessus, on ne le voit pas mais dans le film on distingue légèrement un archipel d’îles au sud-ouest de l’île Hiva Oa. J’encercle la localisation de ces îles dans l’image ci-dessous.

PS: Pour rappel, l’île d’Hiva Oa fait partie des îles Marquises à l’est de Tahiti. 

carte BAM ile de Paques -Timecode 11-04 - iles tuamotu
Carte de l’océan Pacifique dans BAM

Cet archipel d’îles représente en fait l’archipel des Tuamotu qui s’étend sur 1600 km du nord-ouest au sud-est. Sur cette carte, les îles Tuamotu, qui ont été considérées par le réalisateur comme des îles sans importance dans sa réflexion, sont bien trop à gauche par rapport aux îles Marquises et donc par rapport à Hiva Oa. En fait, pour être définitivement clair sur ce à quoi ressemble cette zone du Pacifique, il suffit de regarder cela sur Google Earth.

trajectoire vers l'ile de Paques - Tuamotu
Carte de l’océan Pacifique sur Google Earth

Plutôt que de partir dans n’importe quelle direction, les Polynésiens partis d’Hiva Oa, selon la tradition orale, ont très bien pu suivre les îles successives vers le Sud/Sud-Est que sont les îles Tuamotu (qui s’étendent sur 1600 km), les îles Gambier et cela jusqu’aux îles Pitcairn qui sont les dernières îles les plus proches de l’île de Pâques. S’ils ont suivi ces îles, ils ont pu naviguer en sécurité durant une bonne partie de leur voyage ayant assez fréquemment des îles sur leur chemin qui pouvaient ainsi leur permettre de se reposer et de se réapprovisionner en nourriture selon ce que ces îles pouvaient fournir. Une fois arrivés aux îles Pitcairn, ils n’étaient plus à 3600 km de l’île de Pâques mais tout au plus à environ 1900 km. On constate d’ailleurs que si l’on suit le prolongement de ces îles, on tombe plutôt facilement sur l’île de Pâques [1].

Il est nécessaire également de rappeler que les Pascuans avaient la navigation dans le sang [1], leurs ancêtres Austronésiens ayant découverts de nombreuses îles et territoires durant 4000 ans. Les Pascuans maîtrisaient, bien entendu, la construction de simples pirogues mais aussi de voiliers doubles coques pour les voyages en haute mer. Ayant donc les connaissances, l’expérience et les moyens de navigations suffisants, ils auraient  très bien pu entreprendre un voyage d’environ 3600 km vers les côtes américaines.

Sources

[1] Découverte de l’île de Pâques par les Polynésiens (Archéologie Rationnelle – 2019)

12:40 Et puis, il y a les films peu respectueux du peuple Rapa Nui, à tel point qu’après un tournage sur l’île, une production américaine n’a pas trouvé mieux que de jeter à la mer un moaï de béton devenu inutile.

DCIM100GOPRO

Ce moaï, qui est en ciment, est immergé par 22 mètres de fond à l’ouest de l’île de Pâques à moins d’un kilomètre de la côte. Ce moaï n’est pas un moaï de l’île puisque les moaï de l’île sont en tuf, un amas de cendres volcaniques solidifiées présent en grande quantité sur les flancs du volcan Rano Raraku. Ce moaï immergé a été fabriqué puis déposé volontairement au fond de l’eau pour les besoins d’une série télévisée chilienne intitulée « Iorana » [2] en 1997. On peut le vérifier dans la bande annonce de ce téléfilm.

Moaï immergé à 0:34 et 1:13

En faisant référence à une production américaine qui aurait jeté à la mer un moaï de béton devenu inutile, le réalisateur a dû penser que ce moaï provenait du film américain « Rapa-Nui » de Kevin Reynolds sorti en salle en 1994. Or, les moaï fabriqués pour le film « Rapa-Nui » étaient en résine et creux [3], ce qui n’est pas surprenant car les membres du film n’allaient pas s’amuser à déplacer des moaï en pierre pour des raisons évidentes de production.

Sources

[2] Les sites de plongée de l’île de Pâques

[3] Carnet de voyage – Il y a 25 ans, Hollywood était à Rapa Nui

14:13 Des expériences ont été effectuées sur sol plat pour simuler le transport de moaï de 5 tonnes mais il est impossible d’affirmer que cette même méthode soit possible avec un moaï de 80 tonnes.

PS: Ce point ci n’est pas du debunk vu que la réflexion du réalisateur est juste, même si très incomplète, mais je souhaitais refaire un point sur cette expérience et en même temps la développer un peu.

Le réalisateur parle ici de l’expérimentation de l’archéologue américain Carl Lipo qui décida de prendre au pied de la lettre une légende locale racontant que les moaï marchaient. En fixant des cordes sur la tête d’un moaï en béton qu’il a fait fabriqué pour l’expérience et avec trois équipes sur les côtés de ce moaï, ils ont sur un terrain plat à Hawaï tenté de le faire marcher en utilisant la technique du frigo.

Cette expérience a été réalisé avec succès, mais sur sol plat et avec un moaï en béton de seulement 5 tonnes. Le problème avec cette expérience est que Carl Lipo ne prend pas en compte un certain nombre d’éléments importants [4]. L’île de Pâques a très peu de terrains plats. Les moaï proviennent de la carrière en pente du volcan Rano Raraku et le sol de l’île de Pâques est jonché de pierres. Mais le problème de cette expérience est aussi qu’elle a été réalisée avec un moaï en béton et de seulement 5 tonnes. Comme le souligne le réalisateur, faire la même expérience avec un moaï de 80 tonnes, même en béton, risquerait de sérieusement poser problème. Enfin, on en vient au problème principal qui est que les moaï sont en tuf, un amas de cendres solidifiées qui rend cette roche assez fragile. Tenter la même chose avec un moaï en tuf, quelque soit son poids, et il ne faudra pas longtemps avant que la tête ne se détache du corps à force de tirer dessus avec des cordes. De par ce dernier point essentiel, la majorité des archéologues ayant travaillé sur l’île de Pâques estiment qu’il est improbable que les Pascuans aient procédé de la sorte pour acheminer des moaï jusqu’aux aux différents ahu.

Enfin, il est également à se demander si les moaï que l’on trouve le long des côtes ont d’abord été façonnés dans leur carrière ou bien s’ils ont été façonnés une fois arrivés à proximité de leurs ahu respectifs. Les Pascuans ont très bien pu descendre des blocs de tuf depuis le flanc du Rano Raraku et façonner les moaï une fois acheminés à l’emplacement où ils allaient trôner. Le tuf est une roche facile à travailler. D’autant plus que de grandes quantités de poudres de tuf ont été retrouvées dans le sol à proximité des ahu, ces plateformes servant de supports pour les moaï mais aussi de caveaux dans lesquels ont été retrouvés des squelettes humains qui devaient être les squelettes de chefs de clans inhumés, des chefs représentés par les moaï qui étaient considérés comme des gardiens de l’île et de ces clans.

Sources

[4] Mythes et mystères de l’Île de Pâques – Nicolas Cauwe (Tedex)

14:24 L’Ahu Vinapu se distingue nettement des autres par son architecture massive… Etant le plus ancien et toujours en place, il démontre que cette manière de bâtir est la plus résistante. Parmi tous ces constructeurs Rapa Nui qui se sont succédés, aucun n’aurait remarqué que la seule technique valable est celle de l’ahu Vinapu. Et si oui, pourquoi ne pas avoir reproduit cette technique ? Donc, soit le secret de cette fabrication est un cas unique et qui s’est perdu, soit le peuple Rapa Nui n’a rien à voir avec cette construction ?

Ahu Tahira -Vinapu
Partie droite de l’ahu Vinapu 1 ou « ahu Tahira » (présentée dans BAM)

Il est nécessaire ici de préciser que Vinapu est une zone côtière dans la partie sud-ouest de l’île. Dans cette zone se trouvaient dans le passé trois ahu. Actuellement, deux d’entre eux sont toujours en place. L’un de ces deux ahu toujours debout est appelé l’ahu Vinapu 1 ou ahu Tahira et l’autre, l’ahu Vinapu 2. En parlant de l’ahu Vinapu et en montrant les images d’un de ces ahu (comme ci-dessus), le réalisateur parle en fait de l’ahu Vinapu 1, c’est à dire de l’ahu Tahira. Pour bien les identifier, les voici en photos.

PS : La partie droite de l’ahu Tahira est visible dans l’image précédente ci-dessus.

Ahu Tahira -Vinapu 1
Photo de l’ahu Vinapu 1 ou « ahu Tahira » depuis son côté gauche
Ahu Vinapu 2
Photo de l’ahu Vinapu 2 (source)

L’ahu Tahira n’est pas le plus ancien de l’île mais serait l’un des plus récents selon les différentes campagnes au carbone 14 réalisées [5][6]. L’édification de l’ahu Vinapu 1 ou ahu Tahira se situerait entre le 15ème et 16ème siècle. Quant à l’ahu Vinapu 2, il est l’un des plus anciens de l’île avec une datation se situant entre le 8ème et le 12ème siècle. Voici les datations relevées d’une de ces campagnes pour les deux ahu de Vinapu, des datations confirmées par d’autres sources.

PS : Dans ce tableau ci-dessous, il est préférable de mettre de côté les résultats concernant les crématoriums ou caveaux sous les ahu car les échantillons ne concernant pas directement les ahu eux-mêmes peuvent induire en erreur. Des Pascuans ont pu être inhumés à différentes périodes dans le même caveau et certains ahu ont pu être reconstruit sur des caveaux existants au cours des siècles durant lesquels les Pascuans ont résidé sur leur île.

Datation carbone 14 de 2002
Datations au carbone 14 (Source)

A savoir également qu’en 1961, le lichenologiste Gerhard Follmann a conduit une étude lichenométrique sur l’un des ahu de Vinapu afin de dater son édification. On ne sait pas sur quel ahu il a réalisé cette étude mais il est probable qu’il l’ait réalisé sur l’ahu Tahira car en 2005 une nouvelle étude lichenométrique réalisée par une équipe de chercheurs à Vinapu amena cette équipe à choisir d’étudier l’ahu Tahira pour des raisons méthodologiques et pragmatiques. Les résultats, délivrés par Follmann en 1961, donnent des estimations qui se situent vers la fin du 16ème et le début du 17ème siècle [7]. Les résultats de l’équipe de 2005 ne semblent par contre pas disponibles.

[5] Early Settlement of Rapa Nui – 2002 (page 252)

[6] The Rough Guide to Chile & Easter Islands

[7] A Preliminary Lichenometry Study on Rapa Nui – publié en 2008 (page 43)

15:27 On remarque une très forte parenté de style entre l’ahu Vinapu et des constructions attribués aux Incas. Les analyses génétiques des poules sur l’île démontrent qu’il y a eu contact entre ces peuples mais on ne sait pas dans quel sens.

En effet, il y a une parenté de style entre l’ahu Tahira et certaines constructions Incas, et non « attribuées aux Incas », le réalisateur tentant ici une pirouette subtile pour amener le public à écarter le fait que certaines constructions Incas puissent avoir été érigées par les Incas eux-mêmes. Cette parenté de style ne démontre pas pour autant qu’il y a eu contact entre les Pascuans et les Incas.

Quant aux poules sur l’île de Pâques, elles sont d’origine polynésienne [8][9]. On ne sait pas de quelles analyses génétiques le réalisateur parle, mais si les analyses génétiques des poules sur l’île auraient démontrer qu’il y avait eu contact entre ces peuples, c’est que ces poules seraient venu d’Amérique du Sud vu que ce sont les poules de l’île qui ont été analysées. Du coup, on saurait dans quel sens le contact aurait pu être fait. Cependant, il semblerait que le contact ait bien été fait mais plutôt dans l’autre sens [8].

[8] Examining dispersal mechanisms for the translocation of chicken (Gallus gallus) from Polynesia to South America (Publication de 2009).

[9] La faune de l’île de Pâques

 

BAM debunk ile de paques

wikarch371426199

Carte ile de paques LRDP

carte BAM ile de Paques -Timecode 11-04

carte BAM ile de Paques -Timecode 11-04 - iles tuamotu

trajectoire vers l'ile de Paques - Tuamotu

DCIM100GOPRO

Ahu Tahira -Vinapu

Ahu Tahira -Vinapu 1

Ahu Vinapu 2

Datation carbone 14 de 2002

(Debunk) Bâtisseurs de l’Ancien Monde : L’île de Pâques

Par : WikArch

Pour ce premier article critique sur le film du réalisateur Patrice Pouillard “BAM : Les Bâtisseurs de l’Ancien Monde”, direction l’île de Pâques et ses moaï. On va revenir ici sur certains propos du réalisateur et en profiter pour développer certains points qui méritent qu’on s’y attarde un peu plus.

PS: Le timecode dans cet article est basé sur la version du film dans laquelle le réalisateur laisse un message à ces contributeurs au début du film. Si vous avez vu ou êtes amené à regarder ce film à l’avenir sans ce message, il faut enlever 02:40 min au timecode dans l’article.

10:22 – Les Rapa Nui seraient originaires (selon la tradition orale) de Hiva Oa à environ 3600 km au Nord-Ouest (de l’île de Pâques). On n’entreprend pas un tel trajet au hasard. Il faut prévoir des vivres et surtout de l’eau, et en cas d’échec, il faut avoir de quoi assurer le retour… Soit Hotu Matu’a (premier roi des Pascuans) a envoyé des éclaireurs dans diverses directions et par chance l’un d’eux a découvert l’île de Pâques, soit ils sont partis au hasard et par chance ils ont découverts ce confetti de terre dans le Pacifique, soit enfin ils connaissaient la position de cette île ce qui soulève la question de savoir comment ils auraient pu la connaître.

A ce moment de son film, le réalisateur nous présente à l’écran une carte de l’Océan Pacifique. Cependant, avant de regarder la carte proposée dans BAM, il me semble intéressant de faire un retour en arrière et de revoir ensemble la carte (Timecode 32:47) qui était présentée dans son précédent film “La Révélation Des Pyramides (LRDP)”.

Carte ile de paques LRDP

Carte de l’océan Pacifique dans LRDP

Pour celle-ci, les emplacements de l’île de Pâques et de Tahiti sont corrects. On remarque cependant qu’il manque sur cette carte un certain nombre d’îles qui apporteraient une meilleure visibilité quant à la manière avec laquelle ils ont pu envisager leur voyage qui les amena au final sur l’île de Pâques.

Voyons maintenant la carte (Timecode 11:04) dans BAM.

carte BAM ile de Paques -Timecode 11-04

Carte de l’océan Pacifique dans BAM

Comme vous pouvez le constater sur cette carte, l’île de Pâques a fait une chute assez conséquente vers le sud par rapport à la carte de LRDP. Pour être plus précis, elle a fait une chute de 1400 km par rapport à son emplacement d’origine. Mais ce n’est pas tout. Sur cette image ci-dessus, on ne le voit pas mais dans le film on distingue légèrement un archipel d’îles au sud-ouest de l’île Hiva Oa. J’encercle la localisation de ces îles dans l’image ci-dessous.

PS: Pour rappel, l’île d’Hiva Oa fait partie des îles Marquises à l’est de Tahiti. 

carte BAM ile de Paques -Timecode 11-04 - iles tuamotu

Carte de l’océan Pacifique dans BAM

Cet archipel d’îles représente en fait l’archipel des Tuamotu qui s’étend sur 1600 km du nord-ouest au sud-est. Sur cette carte, les îles Tuamotu, qui ont été considérées par le réalisateur comme des îles sans importance dans sa réflexion, sont bien trop à gauche par rapport aux îles Marquises et donc par rapport à Hiva Oa. En fait, pour être définitivement clair sur ce à quoi ressemble cette zone du Pacifique, il suffit de regarder cela sur Google Earth.

trajectoire vers l'ile de Paques - Tuamotu

Carte de l’océan Pacifique sur Google Earth

Plutôt que de partir dans n’importe quelle direction, les Polynésiens partis d’Hiva Oa, selon la tradition orale, ont très bien pu suivre les îles successives vers le Sud/Sud-Est que sont les îles Tuamotu (qui s’étendent sur 1600 km), les îles Gambier et cela jusqu’aux îles Pitcairn qui sont les dernières îles les plus proches de l’île de Pâques. S’ils ont suivi ces îles, ils ont pu naviguer en sécurité durant une bonne partie de leur voyage ayant assez fréquemment des îles sur leur chemin qui pouvaient ainsi leur permettre de se reposer et de se réapprovisionner en nourriture selon ce que ces îles pouvaient fournir. Une fois arrivés aux îles Pitcairn, ils n’étaient plus à 3600 km de l’île de Pâques mais tout au plus à environ 1900 km. On constate d’ailleurs que si l’on suit le prolongement de ces îles, on tombe plutôt facilement sur l’île de Pâques [1].

Il est nécessaire également de rappeler que les Pascuans avaient la navigation dans le sang [1], leurs ancêtres Austronésiens ayant découverts de nombreuses îles et territoires durant 4000 ans. Les Pascuans maîtrisaient, bien entendu, la construction de simples pirogues mais aussi de voiliers doubles coques pour les voyages en haute mer. Ayant donc les connaissances, l’expérience et les moyens de navigations suffisants, ils auraient  très bien pu entreprendre un voyage d’environ 3600 km vers les côtes américaines.

Sources

[1] Découverte de l’île de Pâques par les Polynésiens (Archéologie Rationnelle – 2019)

12:40 Et puis, il y a les films peu respectueux du peuple Rapa Nui, à tel point qu’après un tournage sur l’île, une production américaine n’a pas trouvé mieux que de jeter à la mer un moaï de béton devenu inutile.

DCIM100GOPRO

Ce moaï, qui est en ciment, est immergé par 22 mètres de fond à l’ouest de l’île de Pâques à moins d’un kilomètre de la côte. Ce moaï n’est pas un moaï de l’île puisque les moaï de l’île sont en tuf, un amas de cendres volcaniques solidifiées présent en grande quantité sur les flancs du volcan Rano Raraku. Ce moaï immergé a été fabriqué puis déposé volontairement au fond de l’eau pour les besoins d’une série télévisée chilienne intitulée “Iorana” [2] en 1997. On peut le vérifier dans la bande annonce de ce téléfilm.

Moaï immergé à 0:34 et 1:13

En faisant référence à une production américaine qui aurait jeté à la mer un moaï de béton devenu inutile, le réalisateur a dû penser que ce moaï provenait du film américain “Rapa-Nui” de Kevin Reynolds sorti en salle en 1994. Or, les moaï fabriqués pour le film “Rapa-Nui” étaient en résine et creux [3], ce qui n’est pas surprenant car les membres du film n’allaient pas s’amuser à déplacer des moaï en pierre pour des raisons évidentes de production.

Sources

[2] Les sites de plongée de l’île de Pâques

[3] Carnet de voyage – Il y a 25 ans, Hollywood était à Rapa Nui

14:13 Des expériences ont été effectuées sur sol plat pour simuler le transport de moaï de 5 tonnes mais il est impossible d’affirmer que cette même méthode soit possible avec un moaï de 80 tonnes.

PS: Ce point ci n’est pas du debunk vu que la réflexion du réalisateur est juste, même si très incomplète, mais je souhaitais refaire un point sur cette expérience et en même temps la développer un peu.

Le réalisateur parle ici de l’expérimentation de l’archéologue américain Carl Lipo qui décida de prendre au pied de la lettre une légende locale racontant que les moaï marchaient. En fixant des cordes sur la tête d’un moaï en béton qu’il a fait fabriqué pour l’expérience et avec trois équipes sur les côtés de ce moaï, ils ont sur un terrain plat à Hawaï tenté de le faire marcher en utilisant la technique du frigo.

Cette expérience a été réalisé avec succès, mais sur sol plat et avec un moaï en béton de seulement 5 tonnes. Le problème avec cette expérience est que Carl Lipo ne prend pas en compte un certain nombre d’éléments importants [4]. L’île de Pâques a très peu de terrains plats. Les moaï proviennent de la carrière en pente du volcan Rano Raraku et le sol de l’île de Pâques est jonché de pierres. Mais le problème de cette expérience est aussi qu’elle a été réalisée avec un moaï en béton et de seulement 5 tonnes. Comme le souligne le réalisateur, faire la même expérience avec un moaï de 80 tonnes, même en béton, risquerait de sérieusement poser problème. Enfin, on en vient au problème principal qui est que les moaï sont en tuf, un amas de cendres solidifiées qui rend cette roche assez fragile. Tenter la même chose avec un moaï en tuf, quelque soit son poids, et il ne faudra pas longtemps avant que la tête ne se détache du corps à force de tirer dessus avec des cordes. De par ce dernier point essentiel, la majorité des archéologues ayant travaillé sur l’île de Pâques estiment qu’il est improbable que les Pascuans aient procédé de la sorte pour acheminer des moaï jusqu’aux aux différents ahu.

Enfin, il est également à se demander si les moaï que l’on trouve le long des côtes ont d’abord été façonnés dans leur carrière ou bien s’ils ont été façonnés une fois arrivés à proximité de leurs ahu respectifs. Les Pascuans ont très bien pu descendre des blocs de tuf depuis le flanc du Rano Raraku et façonner les moaï une fois acheminés à l’emplacement où ils allaient trôner. Le tuf est une roche facile à travailler. D’autant plus que de grandes quantités de poudres de tuf ont été retrouvées dans le sol à proximité des ahu, ces plateformes servant de supports pour les moaï mais aussi de caveaux dans lesquels ont été retrouvés des squelettes humains qui devaient être les squelettes de chefs de clans inhumés, des chefs représentés par les moaï qui étaient considérés comme des gardiens de l’île et de ces clans.

Sources

[4] Mythes et mystères de l’Île de Pâques – Nicolas Cauwe (Tedex)

14:24 L’Ahu Vinapu se distingue nettement des autres par son architecture massive… Etant le plus ancien et toujours en place, il démontre que cette manière de bâtir est la plus résistante. Parmi tous ces constructeurs Rapa Nui qui se sont succédés, aucun n’aurait remarqué que la seule technique valable est celle de l’ahu Vinapu. Et si oui, pourquoi ne pas avoir reproduit cette technique ? Donc, soit le secret de cette fabrication est un cas unique et qui s’est perdu, soit le peuple Rapa Nui n’a rien à voir avec cette construction ?

Ahu Tahira -Vinapu

Partie droite de l’ahu Vinapu 1 ou “ahu Tahira” (présentée dans BAM)

Il est nécessaire ici de préciser que Vinapu est une zone côtière dans la partie sud-ouest de l’île. Dans cette zone se trouvaient dans le passé trois ahu. Actuellement, deux d’entre eux sont toujours en place. L’un de ces deux ahu toujours debout est appelé l’ahu Vinapu 1 ou ahu Tahira et l’autre, l’ahu Vinapu 2. En parlant de l’ahu Vinapu et en montrant les images d’un de ces ahu (comme ci-dessus), le réalisateur parle en fait de l’ahu Vinapu 1, c’est à dire de l’ahu Tahira. Pour bien les identifier, les voici en photos.

PS : La partie droite de l’ahu Tahira est visible dans l’image précédente ci-dessus.

Ahu Tahira -Vinapu 1

Photo de l’ahu Vinapu 1 ou “ahu Tahira” depuis son côté gauche

Ahu Vinapu 2

Photo de l’ahu Vinapu 2 (source)

L’ahu Tahira n’est pas le plus ancien de l’île mais serait l’un des plus récents selon les différentes campagnes au carbone 14 réalisées [5][6]. L’édification de l’ahu Vinapu 1 ou ahu Tahira se situerait entre le 15ème et 16ème siècle. Quant à l’ahu Vinapu 2, il est l’un des plus anciens de l’île avec une datation se situant entre le 8ème et le 12ème siècle. Voici les datations relevées d’une de ces campagnes pour les deux ahu de Vinapu, des datations confirmées par d’autres sources.

PS : Dans ce tableau ci-dessous, il est préférable de mettre de côté les résultats concernant les crématoriums ou caveaux sous les ahu car les échantillons ne concernant pas directement les ahu eux-mêmes peuvent induire en erreur. Des Pascuans ont pu être inhumés à différentes périodes dans le même caveau et certains ahu ont pu être reconstruit sur des caveaux existants au cours des siècles durant lesquels les Pascuans ont résidé sur leur île.

Datation carbone 14 de 2002

Datations au carbone 14 (Source)

A savoir également qu’en 1961, le lichenologiste Gerhard Follmann a conduit une étude lichenométrique sur l’un des ahu de Vinapu afin de dater son édification. On ne sait pas sur quel ahu il a réalisé cette étude mais il est probable qu’il l’ait réalisé sur l’ahu Tahira car en 2005 une nouvelle étude lichenométrique réalisée par une équipe de chercheurs à Vinapu amena cette équipe à choisir d’étudier l’ahu Tahira pour des raisons méthodologiques et pragmatiques. Les résultats, délivrés par Follmann en 1961, donnent des estimations qui se situent vers la fin du 16ème et le début du 17ème siècle [7]. Les résultats de l’équipe de 2005 ne semblent par contre pas disponibles.

[5] Early Settlement of Rapa Nui – 2002 (page 252)

[6] The Rough Guide to Chile & Easter Islands

[7] A Preliminary Lichenometry Study on Rapa Nui – publié en 2008 (page 43)

15:27 On remarque une très forte parenté de style entre l’ahu Vinapu et des constructions attribués aux Incas. Les analyses génétiques des poules sur l’île démontrent qu’il y a eu contact entre ces peuples mais on ne sait pas dans quel sens.

En effet, il y a une parenté de style entre l’ahu Tahira et certaines constructions Incas, et non “attribuées aux Incas”, le réalisateur tentant ici une pirouette subtile pour amener le public à écarter le fait que certaines constructions Incas puissent avoir été érigées par les Incas eux-mêmes. Cette parenté de style ne démontre pas pour autant qu’il y a eu contact entre les Pascuans et les Incas.

Quant aux poules sur l’île de Pâques, elles sont d’origine polynésienne [8][9]. On ne sait pas de quelles analyses génétiques le réalisateur parle, mais si les analyses génétiques des poules sur l’île auraient démontrer qu’il y avait eu contact entre ces peuples, c’est que ces poules seraient venu d’Amérique du Sud vu que ce sont les poules de l’île qui ont été analysées. Du coup, on saurait dans quel sens le contact aurait pu être fait. Cependant, il semblerait que le contact ait bien été fait mais plutôt dans l’autre sens [8].

[8] Examining dispersal mechanisms for the translocation of chicken (Gallus gallus) from Polynesia to South America (Publication de 2009).

[9] La faune de l’île de Pâques

 

Les papyrus de Merer et la pyramide de Khéops

Par : WikArch

Les papyrus de Merer [1] ont été découverts en 2013, par la mission franco-égyptienne (IFAO/CNRS) dirigée par l’égyptologue Pierre Tallet, dans des galeries-magasins aménagées dans un massif rocheux bordant un port de la mer rouge, le port du ouadi el-Jarf. Ce lot de papyrus apporte des données comptables concernant des livraisons de denrées et de blocs de calcaire blanc provenant des carrières de Tourah, mais aussi des journaux de bord décrivant les activités d’un équipage (une phylé) sous les ordres de l’inspecteur Merer. Ces activités se déroulaient généralement sur des cycles de 3 jours durant lesquels ces navigateurs partant de Tourah rejoignaient par bateau en 2 jours “l’Horizon de Khéops” c’est-à-dire la pyramide de Khéops afin de décharger les blocs de calcaire blanc avant de reprendre la direction de Tourah en une journée.

“L’Horizon de Khéops”, traduction pour “Akhet-Khufu”, était à l’époque le nom donné à la pyramide de Khéops tout comme par la suite celle de Djédefrê fut nommé “le Firmament de Djédefrê” et celle de Khéphren, “la Grande (pyramide) de Khéphren” [2]. Pour bien comprendre la signification de “l’Horizon de Khéops”, il est bon de nous rapprocher de son écriture hiéroglyphique [3] qui contient une pyramide afin de spécifier le type d’édifice ainsi que le cartouche de Khéops.

horizon de khéops en hiéroglyphe

L’Horizon de Khéops

Toujours sur ce sujet, des inscriptions retrouvées dans des tombes de prêtres de la VIème dynastie, notamment celles des prêtres Qar et Idu, apportent la confirmation de ces noms donnés à ces pyramides en énumérant les fonctions qu’ont exercé ces deux prêtres sur le plateau de Gizeh [4]. On apprend, entre autres fonctions, que le prêtre Qar a été responsable des prêtres de “la Grande de Khéphren”, responsable de la cité de la pyramide “l’Horizon de Khéops” et responsable de la cité de la pyramide de Mykérinos appelé “la Pyramide de Menkaure est Divin”. Quant au prêtre Idu, il a rempli les fonctions de responsable des prêtres de la pyramide “l’Horizon de Khéops” et responsable des prêtres de “la Grande de Khéphren”.

Ps : La cité est ici un terme attribué au complexe funéraire.

Pour en revenir à ces papyrus, ils ont été indexés, par l’égyptologue Pierre Tallet, de A à H. Parmi ce lot de papyrus, les papyrus de A à F concernent les journaux de bord de l’équipe de Merer. Actuellement, seuls les papyrus A et B ont fait l’objet d’une publication en 2017. La publication des papyrus A et B a été réalisé à partir de 67 fragments de papyrus. Suite à cette première publication, il restait encore à Pierre Tallet moins de 400 fragments à traduire qui feront bientôt l’objet d’une ou plusieurs publications. Cependant, on peut déjà avoir un aperçu préliminaire des papyrus indexés de C à F notamment dans le document “les journaux de bord du règne de Chéops au Ouadi El-Jarf” publié par Pierre Tallet.

Dans ce lot de papyrus concernant l’inspecteur Merer et son équipe, ont aussi été retrouvés les papyrus indexés G et H. Via le magazine “Sciences et Avenir” N°857 de juillet 2018, Pierre Tallet nous apporte des informations succinctes sur ces 2 papyrus. Une inscription encore visible sur le papyrus G a pu être traduite comme “l’année après le 13ème recensement de tout le grand et le petit bétail de Khéops”. Selon Pierre Tallet, ce papyrus G qui délivre aussi une date incomplète de par la détérioration des fragments du papyrus semble pouvoir être relié au papyrus C qui renseigne sur une période de fin novembre à décembre de la même année durant laquelle des opérations d’aménagement portuaire sur le Delta du Nil semble avoir été en cours. Si ce lien entre ces deux papyrus se vérifie, ces livraisons de blocs de calcaire pour le site de construction de la grande pyramide se dérouleraient bien l’année après le 13ème recensement du bétail de Khéops c’est-à-dire l’an 26 ou 27 de son règne.

maquette du caire - recensement - r

Recensement du bétail en Egypte antique – 
Metropolitan Museum of Art – New York

Il est nécessaire de préciser l’an 26 ou l’an 27 car il est difficile de savoir si le premier recensement de Khéops s’est déroulé sous la première année de son règne ou sous la deuxième, sachant que manifestement le recensement du bétail sous son règne s’effectuait tous les deux ans. Concernant le papyrus H, celui-ci nous informe sur la comptabilité de céréales, en provenance du delta du Nil, comme le blé et l’orge mais aussi sur la comptabilité de dattes.

Ps : A savoir que l’année suivant la 13ème année du recensement du bétail de Khéops a également été retrouvée gravée dans l’oasis de Dakhla [5].

Le papyrus A

Le papyrus A [6] mentionne des aller-retours par bateau entre les carrières de Tourah et l’Horizon de Khéops sans en préciser la raison. Il y est mentionné aussi l’existence d’un palais royal qui pourrait se situer non loin de l’entrée d’un bassin artificiel. On y apprend également que des travaux ont été effectués sur la digue du bassin de Khéops par les hommes de Merer et cela durant plusieurs jours.

“Jour 12 : L’inspecteur Merer passe la journée avec [sa phylé effectuant] des travaux liés à la digue de Ro-She Khufu […].” – Papyrus A, Section A II

Selon Pierre Tallet, cette digue pourrait avoir été créé pour retenir l’eau détournée du Nil lors de sa crue durant l’été. Cette eau retenue via une digue aurait permis aux bateaux de pouvoir décharger leur lourde cargaison à 500 mètres de la pyramide à n’importe quel moment de l’année et non pas à 2 kilomètres sans ce type d’installation, ce qui représente un gain de temps non négligeable. Les recherches de Mark Lehner quant à la présence de plusieurs mètres de limon épais et dense dans le sol du plateau de Gizeh à l’endroit où devrait avoir été creusé ce bassin artificiel semblent confirmer le témoignage apporté par ce papyrus et les déductions de Pierre Tallet.

Le papyrus B

Le papyrus B [6] apporte plus de précisions quant à la raison de ces aller-retours en bateau. Il spécifie que ces aller-retours en bateau concernent le transport de blocs de pierre provenant des carrières de Tourah à destination de l’Horizon de Khéops.

“Jour 26 : L’inspecteur Merer s’en va avec sa phylé de Tourah[Sud], chargé de pierres, pour Akhet-Khufu ; il passe la nuit à She-Khufu.” – Papyrus B, Section B I

En lisant ce papyrus B, il semble qu’il y ait, de temps en temps, des imprévus qui amènent Merer et ses hommes à rester un jour de plus à Tourah ou à devoir s’arrêter lors du retour à Ro She- Khufu (l’entrée du bassin de Khéops). Dans les carrières de Tourah Nord ou Tourah Sud selon les jours, l’équipe de Merer transportent durant un ou deux jours des blocs de calcaire extraits d’une des carrières, chargent un navire puis passent la nuit sur place. Le lendemain, ils appareillent pour l’Horizon de Khéops, chargés de blocs de calcaire blanc, en faisant une halte à l’entrée du bassin (artificiel) de Khéops. Le jour suivant, l’inspecteur Merer et ses hommes (sa phylé) continuent leur voyage vers l’Horizon de Khéops où après déchargement des blocs de pierre, ils y passent la nuit avant de remonter le fleuve vers les carrières de Tourah. A savoir que la navigation sur le Nil se déroulait de la façon suivante : Lors de la descente du Nil, le bateau chargé de pierres pour rejoindre l’Horizon de Khéops, les hommes de Merer sortaient les rames pour profiter de la force du courant sans trop d’efforts. Le retour vers Tourah se faisant à vide et à contre-courant, ces navigateurs sortaient les voiles.

bateau avec pierre descendant le nil - xiie dynastie

Descente du Nil par bateau – XIIème dynastie (source)

Il est aussi tout à fait probable que les hommes de Merer une fois arrivé sur le site de construction aient, non seulement déchargé les pierres mais les aient aussi transporté jusqu’à la pyramide en construction. En effet, le papyrus nous informe que ce sont déjà eux qui transportent les blocs de calcaire une fois extraits dans les carrières de Tourah vers leur bateau avant de larguer les amarres pour une première halte à l’entrée du bassin de Khéops (Ro-She Khufu) puis de rejoindre le jour suivant le chantier de la pyramide. Les carrières de Tourah se trouvent à environ 15 km de la grande pyramide alors que l’entrée du bassin de Khéops se trouvait à environ 2 km de celle-ci. S’ils n’avaient fait que décharger les pierres au port de Khéops, ils auraient pu repartir le jour même vers Tourah et non attendre le lendemain.

Ces papyrus nous apprennent que l’équipe de Merer avait décidément plusieurs fonctions. Elle transportait des blocs de pierre sur la terre et le Nil mais effectuait aussi des travaux de construction et de rénovation d’aménagements portuaires.

Enfin, sur ce papyrus B, il est également fait mention d’un certain Ânkhkhaef, noble et demi-frère du pharaon Khéops, qui est mentionné comme le directeur de l’entrée du bassin de Khéops.

Conclusion

Ces papyrus ont permis aux égyptologues d’en apprendre davantage sur la manière dont certains matériaux ont été amenés sur le chantier de la grande pyramide de Khéops et ainsi d’en savoir plus sur l’organisation de ce projet de très grande ampleur. Les éléments factuels traduits sur ces papyrus ont entraîné d’autres recherches afin de confirmer ou non les hypothèses qui pouvaient découler de ces écrits. En combinant, le contenu de ces papyrus à d’autres découvertes mais aussi à des hypothèses fondées sur des connaissances déjà existantes, les égyptologues en sont arrivés à une théorie [7] cohérente qui aurait été pour les égyptiens de profiter, à l’époque de la crue du Nil en été, de détourner en partie le fleuve vers un bassin artificiel qui du coup aurait permis aux bateaux de pouvoir décharger leur précieuse cargaison de calcaire blanc mais aussi de granit bien plus près de la pyramide en construction, et cela durant plusieurs mois. La crue du Nil sans canaux artificiels et avec un niveau des eaux insuffisant n’aurait pas pu permettre à de lourdes embarcations de se rapprocher suffisamment, d’où la création fort probable de canaux et d’un bassin artificiel menant à un port au pied du site de construction de la pyramide de Khéops.

La sortie d’une prochaine publication par Pierre Tallet sur les papyrus retrouvés au ouadi el-Jarf est prévue dans les mois à venir. D’autres fragments de ces papyrus semblent avoir des informations supplémentaires à délivrer. En effet, parmi ces fragments, un nouvel inspecteur, un certain Messou fait son apparition. Cet inspecteur Messou a surement, lui aussi, des choses intéressantes à nous dire. Suite au prochain épisode…

PS : On trouve, notamment sur le Net, les papyrus de Merer nommés sous différentes appellations comme “le journal de Merer”, “les papyrus de la mer Rouge” ou “les papyrus du Ouadi El-Jarf”. 

Notes

[1] Les journaux de bord du règne de Chéops au Ouadi El-Jarf  (Page 11) – Document de l’égyptologue Pierre Tallet.

[2] “L’ère des géants” de l’égyptologue Franck Monnier – ouvrage publié en 2017.

[3]  Des papyrus du temps de Chéops au ouadi el-Jarf (document de 2014) – Ecriture hiéroglyphique de “L’horizon de Khéops” (page 47).

[4] The Mastabas of Qar and Idu (1976) – Page 23

[5] Khufu’s ‘mefat’ expeditions into the Libyan Desert (2003)

[6] Traduction des papyrus A et B de Merer – anglais_francais (Anglais-Français) via le traducteur DeepL et quelques ajustements personnels.

[7] Documentaire “Le papyrus oublié de la grande Pyramide“.

Sources additionnelles

Les papyrus de la mer rouge I, le “journal de Merer” (Papyrus Jarf A et B) de l’égyptologue Pierre Tallet – Publié en 2017.

Les papyrus de la mer Rouge : Volume 1, Le “journal de Merer” (papyrus Jarf A et B) de l’égyptologue Pierre Tallet – Ouvrage complet et relié publié en 2017. 

Les pyramides d’Egypte (Site Irna.fr).

Vidéo YouTube “Archéologie Rationnelle”

Coudée royale et Pi : Réponse à Quentin Leplat

Par : WikArch

Quentin Leplat, chercheur indépendant dans le milieu alternatif, a sorti une nouvelle vidéo YouTube intitulée : « Et bien oui, les égyptiens employaient le mètre, la coudée, et le nombre Pi » à laquelle je vais lui répondre via cet article. Le chercheur revient sur l’échange qu’il a eu avec Alexis Seydoux sur la chaîne Youtube « Arcana« , toujours sur ces sujets du nombre Pi, de la coudée royale et de la présence du mètre en Egypte Antique.

D’emblée, je rappelle que le mètre est une unité de longueur qui a été adopté arbitrairement via la convention du mètre qui est un traité international signé le 20 mai 1875 par 17 états. Ce n’est pas une valeur de mesure universelle comme certains chercheurs indépendants l’affirment de nos jours.

Donc, pour répondre à cette vidéo, je vais directement m’adresser à vous, Quentin, en reprenant vos arguments et vos démonstrations. Et pour cela, je vais suivre le timecode de votre vidéo.

Je précise pour les lecteurs que cet article est à prendre comme un exercice d’esprit critique et non comme une prise de tête pour quelques millimètres car cela n’aurait du coup que peu d’intérêt même si c’est sur ce terrain là que nous envoie Quentin Leplat.

01:03 – Les égyptiens utilisaient une mesure qu’on appelait la coudée royale qui mesurait 52.36 cm, et il se trouve que des auteurs ont découvert dans les années 50, et c’est le cas du docteur Funck-Hellet, qu’il y avait une relation entre cette coudée et le mètre à partir d’un concept géométrique simple qui est le cercle.

Il est tout d’abord bon de préciser aux lecteurs, qui comprendront pourquoi par la suite, qu’à ce moment de la vidéo, vous parlez des égyptiens de toute l’histoire de l’Egypte antique (durant 3000 ans). Jusque là dans votre vidéo, vous ne précisez en aucun cas que vous parlez des égyptiens d’une période bien précise de leur histoire. D’ailleurs aucune précision n’est faite là-dessus dans le titre de votre vidéo non plus.

Donc, vous affirmez d’emblée que la coudée royale fait 52.36 cm sous prétexte que le docteur Funck-Hellet l’affirme. Tout d’abord, il est bon de préciser que ce monsieur est un docteur en médecine. Il n’est ni égyptologue, ni archéologue, ni historien, ni papyrologue. Cela ne veut en aucun cas dire qu’il n’a pas les capacités pour analyser et comprendre les études qu’il a faite mais çà peut le limiter dans la réelle compréhension de ce qu’il étudie. En se basant sur une coudée royale estimée dans les années 50 par l’égyptologue Jean-Philippe Lauer entre 52.35 et 52.4 cm, ce docteur a choisit arbitrairement d’estimer la coudée royale égyptienne à 52.36 cm, ce qui va du coup forcément l’arranger pour en déduire un certain nombre de corrélations qu’il va pouvoir trouver entre le nombre PI, le nombre d’or, la coudée royale et le mètre car c’est bien ici cela le but de la manœuvre. Si le but était par exemple de faire une simple moyenne, il était plus juste de choisir 52.375 cm.

Il est important également de préciser que l’intervalle de valeur donné par Jean-Philippe Lauer concerne uniquement la grande pyramide. C’est là-dessus que le docteur Funck-Hellet s’est basé pour choisir arbitrairement une valeur de 52.36 cm de la coudée royale pour les 3000 ans d’histoire de l’Egypte antique. D’ailleurs, le titre de sa publication dans « La revue du Caire » s’intitule « La coudée royale égyptienne – Essai de métrologie » [1]. On va voir par la suite qu’il ne suffit pas de prendre une valeur dans un édifice comme la grande pyramide pour définir une valeur fixe de la coudée royale égyptienne.

(Pour être plus rapide, je me permets de mettre ci-dessous une capture de ce que vous présentez. Ce sera également le cas pour vos diapos suivantes.)

Capture quentin leplat cercle Pi

La connaissance du nombre Pi que vous utilisez ici pour les calculs que vous présentez ci-dessus est infondée à l’époque de l’Egypte antique. Si vous divisez de base le nombre Pi par 6, c’est que vous avez la preuve que les égyptiens connaissaient le nombre Pi. Or vous ne l’avez pas et les égyptologues non plus. Ensuite le périmètre du triangle à 5.236 mètres (pour 10 coudées) soit 52.36 cm la coudée s’ajuste parfaitement avec la coudée que vous et le docteur Funck-Hellet avez choisi arbitrairement comme étant une valeur fixe de la coudée royale durant 3000 ans. Ce dernier point est une simple corrélation basée sur une valeur de la coudée choisi arbitrairement.

02:23 – Ces observations géométriques sont donc très troublantes puisque le mètre n’est pas censé être connu par les égyptiens à l’époque. Du coup, résistance maximum des archéologues car c’est totalement anachronique, et ce fait est tellement précis et frappant, la plupart des gens qui ne sont pas politisés, en charge d’écrire l’histoire ne résistent pas. Ils constatent les faits et comprennent que quelque chose nous a échappé. Des résistances aussi car les gens (scientifiques) ont une carrière à défendre, ne peuvent pas envisager de s’être trompé à ce point.

Les archéologues ne résistent pas, comme vous dites, et n’ont pas à résister puisque le mètre comme je l’ai déjà signalé au début de mon article est une unité de longueur adopté en 1875 par 17 pays. De plus, pour ceux qui ont parcouru vos travaux, ils ne sont pas du tout d’accord avec vos démonstrations et votre argumentaire. On va d’ailleurs comprendre pourquoi en analysant la suite de votre discours dans cette vidéo.

Le public constate certaines choses selon comment on lui présente un sujet et selon son niveau de connaissance de ce sujet. Aucune personne n’a de connaissances accrues dans tous les domaines car c’est tout simplement impossible. Si on prend un documentaire comme « La révélation des pyramides », celui-ci a berné bon nombre de personnes de par le montage du réalisateur et surtout de par le fait que le grand public n’a pas les connaissances suffisantes pour juger des propos tenus dans ce documentaire. Moi même je me suis fait avoir avant de finir par effectuer de véritables recherches, ce qui m’a amené à partager, via ce blog, des informations qui ne sont jamais données par des chercheurs alternatifs comme le réalisateur de LRDP et BAM.

Avez-vous pensez ne serait-ce qu’une seconde que c’est vous, Quentin, qui ne pouvez envisager de vous être trompé car vous avez une idée à défendre pour des raisons qui vous sont propres ?

Sources

[1] La coudée royale égyptienne / Essai de métrologie, publié par le docteur Funck-Hellet dans la revue du Caire. Page 193.

3:14 – Ce qu’il faut voir, c’est si leurs arguments sont valides ou pas. On va voir que ce n’est pas du tout le cas. Les arguments développés par Alexis Seydoux, c’est qu’on ne connait pas la valeur exacte de la coudée royale et qu’elle fait en gros entre 52 et 54 cm. En faisant çà, çà leur évite de parler du sujet et donc çà leur évite de se poser la question s’il y a une relation avec le mètre. Et cela, c’est un biais d’infirmation. Je dis çà parce que ces gens passent leur temps à accuser les autres de faire des biais de confirmations.

Alexis Seydoux, ainsi que les égyptologues, ne disent pas qu’on ne connait pas la valeur exacte de la coudée royale mais plutôt qu’il n’y a pas de valeur fixe de celle-ci qui ait perduré durant toute la période de l’Egypte antique, ce que vous montrez d’ailleurs par vous-même dans votre vidéo. Il n’y a ni à trouver, ni à connaitre la valeur exacte dans le temps de la coudée royale égyptienne puisqu’elle est très variable au cours des 3000 ans de l’Egypte antique.

S’ils ne se posent pas la question de la relation avec le mètre, c’est tout simplement parce que rien n’indique que cette question doit être mise sur la table. Absolument rien ! Personne ne vous accuse de faire des biais de confirmations. Signaler qu’une personne fait un biais de confirmation, c’est faire un constat et non une accusation. D’ailleurs, on peut faire le constat que vous ne vous êtes toujours pas intéressé à savoir si vous étiez à certains moment dans vos discours dans le biais de confirmation. On est tous sujet au biais de confirmation, tous, sans exception. Le problème qui se pose est quand ce biais apparaît bien trop souvent car cela fait qu’un discours peut être biaisé à tel point qu’il en devient trompeur voire même, certaines fois, incompréhensible.

Enfin, il me parait nécessaire de préciser aux lecteurs que le biais d’infirmation n’existe pas et que vous venez de l’inventer.

4:05 – Alexis Seydoux cite l’égyptologue Dieter Arnold mais ce qu’il oublie c’est que Dieter Arnold dit que les égyptologues Lepsius et Petrie sont globalement les personnes qui ont le plus étudié la coudée royale et les mesures qu’ils en donnent sont 52.37 et 52.5 cm. Donc on est pas entre 52 et 54 cm. On est quand même hyper précis par rapport à la mesure proposée par Funck-Hellet. 

Pour commencer, les mesures données par Lepsius et Pétrie dans votre diapo sont des moyennes, donc inexactes. Pour faire simple, si on prend le 52.5 de Lepsius, cela peut être une moyenne qui concerne un intervalle de mesures qui se situe entre 52 et 53 cm tout comme elle pourrait être située entre 50 et 55 cm. L’intérêt de ce genre de moyenne sert essentiellement à faire des statistiques et simplifier le discours, mais çà ne représente pas la réalité. A cela, je vous rappelle, et ce ne sera pas la dernière fois, que vous affirmez au début de votre vidéo que la coudée royale fait 52.36 cm.

Si on reconnait, ce qui est le cas, que les égyptiens on eut un certain niveau de précision avec les outils de mesure qu’ils avaient, que ce soit une moyenne ou une valeur fixe en mètres de la coudée ne change pas vraiment grand chose car la coudée royale en tant qu’étalon et les unités de mesure comme le palme, le doigt et bien d’autres unités sont exprimés en fraction quand les valeurs sont inférieures à l’unité ou l’étalon de base (ex: 8 1/2 1/10) [2]. Une fraction, en tant que proportion et non en tant qu’opération pouvant donner un résultat avec plusieurs décimales derrière la virgule, exprime donc une proportion et peut donc être imprécise contrairement à une valeur en mètre.

A cela, il faut noter que le 52.5 spécifié par Lepsius concerne ici l’ensemble de l’histoire de l’Egypte, alors que le 52.37 de Pétrie concerne uniquement l’ancien empire. Il n’est donc pas juste d’assembler ces deux moyennes pour démontrer quoi que ce soit.

Ensuite, Lepsius est un égyptologue du 19ème siècle. Il est décédé en 1884. Quant à Pétrie il est décédé en 1942. Entre temps, bon nombre d’égyptologues ont découvert et étudié de nombreux édifices ce qui a permis d’avoir une meilleure visibilité sur le niveau de variabilité de la coudée royale égyptienne sur les 3000 ans. Je précise également que les valeurs de la coudée sont identifiées de par le fait qu’elles sont inscrites sur les murs de temples, de tombes et d’autres édifices. A partir de cette information retrouvée par exemple dans une pièce, en mesurant en mètre chaque côté de cette pièce, cela permet par une simple règle de trois de définir quelle est la valeur en mètres de la coudée royale utilisée sur chacun des murs d’une pièce. Les recherches des égyptologues dans différents édifices égyptiens à différentes époques de l’Egypte Antique ont clairement montré que selon les époques, selon les lieux, selon les édifices et selon les côtés d’une même pièce, que ce soit concernant sa largeur ou sa longueur, la coudée royale égyptienne peut varier de quelques millimètres, voire d’environ un centimètre. Elle est donc imprécise et n’ a donc pas une valeur fixe de 52.36 cm durant l’Égypte antique.

Dans certains édifices comme notamment les pyramides de Gizeh où il n’y a aucune inscription, il est bien difficile de définir avec certitude la valeur en mètres de la coudée royale utilisée. Je reviendrai d’ailleurs plus bas dans l’article sur ce sujet.

Donc oui, que çà vous plaise ou non, la coudée royale égyptienne sur les 3000 ans de l’histoire de l’Egypte antique se situe essentiellement entre 52 et 54 cm.

Voici quelques exemples (en mètres) :

Inscriptions dédicatoires de Dendera - Coudées - points cardinaux
Temple de Dendérah – Mesures de coudées sur les murs de différentes pièces (Source – P111)
Proportions de quelques monuments du temple de Karnak
Proportions de quelques monuments du temple de Karnak (Source – P91)

Sources

[2]  Quelques réflexions sur les unités de mesure utilisées en architecture à l’époque pharaonique – JF Carlotti (1995)

4:32 – Mais il y a encore plus précis car les premières coudées qui ont été retrouvées matériellement ont été mesurées notamment par l’égyptologue Jomard. C’est très intéressant car Jomard en a mesuré 4 et la mesure moyenne des 4 qu’il a mesuré est de 52.35 cm.

Quentin leplat coudée de memphis

Tout d’abord, pour ce tableau, vous ne donnez ni la source, ni le ou les édifices sur lesquels ont été récupérés ces valeurs, ni la datation de ces édifices. De plus, vous vous appuyez sur une moyenne fait sur 4 misérables mesures de la coudée. Du coup dans votre argumentaire, ce tableau ou rien, c’est bien pareil.

Cependant même si vous ne spécifiez pas la source de ce tableau et que je ne vais pas passer mon temps à chercher car elle n’est peut-être pas accessible sur le net, il est fort à parier que ces valeurs ne concernent qu’un seul et même édifice ce qui n’est absolument pas représentatif de l’ensemble des constructions égyptiennes. J’ai déjà constaté ce genre de biais de confirmation sur le Net concernant le fait que la coudée royale égyptienne était de 52.36 cm sous prétexte que l’égyptologue René Adolphe Schwaller de Lubicz l’avait écrit dans l’un de ses ouvrages [3]. Le problème est que de Lubicz parlait d’une valeur de 52.36 cm spécifiquement trouvée sur le mur sud du passage d’entrée de la tombe de Ramsès IX. Rien à voir avec une valeur fixe à attribuer à l’ensemble des constructions égyptiennes sur 3000 ans d’histoire.

PS : Un lecteur a cependant retrouvé la source [4] de ce tableau dans lequel il n’est mentionné ni les édifices concernés, ni la datation de ces édifices.

Sources

[3] The Egyptian miracle : an introduction to the wisdom of the temple (Page 246) – Ouvrage de R.A Schwaller de Lubicz  (1985)

[4] Lettre à M. Abel Rémusat, sur une nouvelle mesure de coudée trouvée à Memphis par M. le chever Drovetti– Publié par E-F Jomard en 1827.

https://archive.org/details/bub_gb_Wmd7BqDhrC0C/page/n29

5:05 – Et puis on a d’autres façons de la connaitre puisque tout le monde s’accorde pour dire que la grande pyramide fait 440 coudées. 

Capture quentin leplat mesure pyramide

(Je précise pour les lecteurs que les valeurs de 230.25 et 230.45 sont en mètres même si ce n’est pas spécifié sur cette diapo)

05:35 – Donc quand on regarde toutes les mesures qu’ils donnent sur la grande pyramide, et bien au maximum la coudée royale varie entre 52.33 et 52.375 cm. Il y a donc une précision qui est quand même énorme. On n’est pas du tout sur une méconnaissance totale de la valeur exacte.

Ok, mais là çà ne concerne que la grande pyramide. Et ce n’est pas une valeur exacte mais un intervalle de valeurs. Je vous rappelle que vous avez démarré votre vidéo en affirmant que la coudée royale en Egypte antique faisait 52.36 cm, cette même valeur précise qui permet de faire tout un tas de corrélations inutiles avec Pi, Phi et le mètre. Suite à cela, vous continuez avec plusieurs intervalles de valeurs moyennes qui ne sont pas des valeurs exactes et pour couronner le tout sur des intervalles de temps différents. Vous êtes difficile à suivre. En êtes-vous conscient ?

6:13 – Voici un ensemble d’auteurs qui dans leur publications utilisent des mesures de coudées royales. Vous voyez qu’on a donc une très grande connaissance et précision sur la mesure de la coudée royale. Donc prétendre comme certains que la mesure de la coudée, on ne la connait pas et que Funck-Hellet aurait triché en prenant la valeur de la coudée qui l’arrangeait, c’est tout simplement ce que j’appellerais un biais d’infirmation.

Capture quentin leplat mesures auteurs pour la coudée

Pour commencer, d’où sort cette liste ? Ce sont, semble t-il, des moyennes mais qui sont basées sur quels édifices et sur quelle période de temps ? sur les 3000 ans d’histoire de l’Egypte antique ????

Je vais cependant m’attarder sur une de ces valeurs qui n’est pas une moyenne mais bien une valeur exacte. C’est juste que vous êtes allez un peu vite dans votre lecture de ce document. Pour cela, je vous invite à reprendre la publication de Frank Monnier et Jean-Pierre Petit [4] qui selon vous donne une valeur de la coudée royale de 52.3 cm. Vous reprenez le texte au début du document sous le titre « Description d’une coudée votive » et vous verrez que le sujet est une coudée votive en bois du nouvel empire sous la 18ème dynastie. Et c’est la coudée gravée sur cette règle en bois de la 18ème dynastie qui fait 52.3 cm dont il est question ici. La valeur de 52.3 cm n’est pas une valeur attribuée par les auteurs à une coudée employée durant l’ensemble de l’Egypte antique. Cette valeur de 52.3 cm ne concerne que cette règle de la 18ème dynastie.

Vous estimez, suite à cette liste, que l’on a une très grande connaissance de la valeur de la coudée royale et que donc Funck-Hellet n’a pas triché. Êtes-vous conscient que dans votre liste, il n’y a aucune valeur de la coudée de 52.36 cm ? Je vous rappelle que Funck-Hellet, avec qui vous êtes d’accord, a choisi de garder cette valeur de 52.36 dans sa démonstration et non pas 52.37 ou 52.35, par exemple.

Sources

[4] Utilisation de la coudée votive comme instrument de mesure : une explication – Fr Monnier, J-P Petit et Chr Tardy

7:09 – La coudée a pu effectivement varier au cours de l’histoire et à la fin de la période égyptienne il se peut qu’elle soit un peu plus longue mais nous on s’intéresse à la coudée de l’ancien empire notamment celle qui a servi à mesurer la grande pyramide.

Vous voulez dire « celle qui a servi à construire la grande pyramide« , je suppose, ou par « celle qui a servi à mesurer la grande pyramide » vous entendez que les égyptiens ont mesuré la grande pyramide en coudée car elle était déjà présente sur le plateau de Gizeh avant leur arrivée dans la région ? C’est pas très clair.

Sinon, c’est moi ou vous êtes en train de nous dire que le sujet de votre vidéo depuis le début, c’est la coudée royale égyptienne durant l’ancien empire voir même uniquement durant la construction de la grande pyramide ?????? Je vous signale que depuis le début, en parlant des égyptiens, vous n’avez aucunement précisé cela et que si c’est bien ce que je comprends dans vos propos, vous nous avez donné jusque là des valeurs de la coudée royale qui ne concernent pas forcément l’ancien empire, ni plus spécifiquement la grande pyramide et qui du coup n’ont rien à faire dans votre argumentation.

7:17 – L’autre infirmation de ces gens (scientifiques) est de dire que les égyptiens ne connaissaient pas le nombre Pi. Pour çà, ils s’appuient sur 4 morceaux de papyrus qu’ils ont retrouvé sur 3000 ans d’histoire. Dans ces papyrus, il n’y a ni le nombre Pi, ni le nombre d’or. C’est ce que dit Corinna Rossi notamment dans son livre. Mais il n’est pas sérieux de vouloir limiter toute la connaissance de l’Egypte à 4 morceaux de papyrus. Vous imaginez, si on prenait 4 bouts de papier de mathématiques dans le monde entier et qu’on limitait toute notre connaissance mathématique à 4 bouts de papier à nous, modernes. C’est juste impossible. Donc on n’est pas du tout sérieux quand on dit çà. Voici ce que dit Corinna Rossi :

Capture quentin leplat corinna rossi

Avec les connaissances actuelles, en effet, rien n’indique que les égyptiens connaissaient le nombre Pi. Par contre, dans ces papyrus, on y trouve que les égyptiens utilisaient une méthode conventionnelle employant une valeur approchée de Pi égale à 3.16 pour les calculs de surface. Maintenant si vous avez la preuve concrète que les égyptiens connaissaient le nombre Pi, n’hésitez pas à nous la montrer.

Les égyptologues ne cherchent pas à limiter toute la connaissance de l’Egypte. Ensuite, à vous entendre, vu que ce n’est pas sérieux de soi disant vouloir limiter les connaissances mathématiques de l’Egypte, et non, toutes les connaissances de l’Egypte comme vous dites, il faudrait donc tout de même se dire qu’ils connaissaient bien ce nombre et cela sans aucune preuve ou démonstration évidente ?????

Je n’ai pas lu le livre de Corinna Rossi. Je ne sais pas non plus de quel livre il s’agit vu que vous ne le précisez pas. Ensuite, dans cette citation, il n’est fait aucune mention du nombre Pi, de la coudée royale ou du mètre. Je ne peux donc pas me prononcer sur cette citation de l’auteur car je ne connais pas le contexte. Par conséquent, présentée comme telle, cette citation n’a aucun intérêt dans votre argumentaire.

08:53 – Y a vraiment des auteurs, des égyptologues qui publient des documents où ils contestent cette idée que les égyptiens ne connaissaient pas Pi et contestent notamment l’interprétation des papyrus de Rhind. En voici un exemple :

Capture quentin leplat - Lightbody

Pour les lecteurs, je rajoute la source dont vous tirez ces quelques phrases qui est « Biography of a great pyramid casing stone…« . Je vous signale, Quentin, que dans la description de votre vidéo Youtube, vous pouviez mettre les liens que vous avez vers certaines de vos sources.

Concernant les paragraphes que vous avez récupéré de cette source, y a aucun problème avec ce qui est écrit dans le premier paragraphe ainsi que dans la première moitié du paragraphe entre guillemets. Je ne vois d’ailleurs pas où Lightbody conteste l’interprétation des papyrus de Rhind. Il fait un simple rappel concernant le calcul de la surface d’un cercle, calcul qu’on retrouve dans le papyrus de Rhind.

Ensuite, dans votre diapo dans le paragraphe qui concerne la pyramide de Saqqarah, j’ai été surpris d’y trouver une phrase qui n’est pas dans le document d’origine de Lightbody au 3ème paragraphe page 53. Cette phrase dans votre diapo est « Ce qui suggère que le nombre Pi était connu car il est exprimé numériquement dans une figure géométrique« .  Mais au final on va dire que vous ne vous en sortez pas trop mal car dans le document de Lightbody à la page 52, on y lit ceci : « Ces éléments de preuve relatifs aux zones circulaires sur les papyrus n’excluent donc pas l’existence d’une méthode de calcul différente qui utilise des rayons pour calculer les circonférences« .  Même si dans cette phrase, il n’est pas envisagé que les égyptiens connaissaient le nombre Pi, selon l’égyptologue, ce n’est pas non plus exclue pour autant. A cela, j’ai pu avoir la confirmation d’un autre égyptologue comme quoi cette phrase que vous avez rajouté est vrai car en effet David Ian Lightbody a cette théorie très personnelle de la potentielle connaissance du nombre Pi par les égyptiens. Cette théorie n’est cependant pas partagée par les autres égyptologues. Pour ma part, je ne vois pas comment il peut penser cela. De plus, il n’y a pas de démonstration de sa part dans ce document. Il est donc difficile d’avoir un avis sur le sujet. A côté de çà, je n’ai pas trouvé sa publication de 2008. Mais peut-être que vous, Quentin, de votre côté vous avez quelque chose à proposer notamment par rapport à ce mur d’enceinte. Si c’est le cas, je serais intéressé de pouvoir lire, de votre part, une démonstration qui tienne la route.

11:33 – Exemple d’une autre publication dans la revue « Archeological discovery », un article très intéressant d’un auteur qui lui utilise carrément Pi/6 pour parler de la coudée. Pour lui, y a pas de questions à se poser.

Capture quentin leplat Archeological discovery

Vous nous offrez ici un morceau de page d’une publication d’un auteur inconnu dont vous ne donnez toujours pas le lien dans la description de votre vidéo. Ayant retrouvé cette publication, le nombre Pi ne figure nulle part ailleurs dans cette publication que là où vous l’avez souligné. En gros, il sort de nulle part, donc totalement irrecevable. Pour les lecteurs voici le lien de cet article sur Archaelogical Discovery. Le titre de cet article est « The Mysterious Pyramid on Elephantine Island : Possible Origin of the Pyramid Code », sur lequel je ne m’attarderai pas car je ne me suis pas encore intéressé à la cosmogonie. Je ne suis donc pas légitime pour critiquer cette publication. Cependant le titre à lui tout seul ne présage rien de bon et c’est peu dire quand on s’intéresse un peu plus à son auteur. Il a été écrit par un chercheur indépendant, un certain Manu Seyfzadeh. Et voici ce qu’on trouve en publication sur sa page Facebook. Ce monsieur fera une conférence sur l’architecture des pyramides en 2020 durant le Rendez-vous « Contact in the desert ». Cet événement annuel est 100% New Age.

Facebook manu seyfzadeh pour article quentin leplat

Vous pouvez vérifier que c’est le bon Manu Seyfzadeh puisque celui-ci a notamment  publié sur le site Academia où vous pouvez voir sa photo de profil à droite qui correspond bien à la photo de couverture (bandeau du haut) de sa page Facebook.

Du coup, concernant vos références pour appuyer la connaissance du nombre Pi par les égyptiens, il ne vous reste pas grand chose.

12:04 – Alexis Seydoux pose la question de pourquoi on divise par 6 le périmètre du cercle. Mais en fait il ne se rend même pas compte de ceci : 

Quentin Leplat Pi divisé par 6

Je reprécise que vous parlez ici d’un périmètre d’un cercle de diamètre 1. C’est bien beau vos calculs mais çà prouve quoi le fait que Pi divisé par 6 soit égal à une des nombreuses valeurs de la coudée royale en mètre ? Vous partez toujours du principe que les égyptiens connaissaient Pi. Et j’attends toujours votre preuve à ce sujet.

13:53 – Je rappelle quand même que le périmètre de la chambre haute de la pyramide de Khéops est un double carré. Or, ce périmètre, comme c’est un double carré, et bien, y a les modules carrés qui forment la base et donc y a 6 modules, donc vous avez un périmètre divisé en 6 et çà vous donne la coudée royale donc y a vraiment rien qui permette de résister en terme d’argumentation de la part de ces gens là (les scientifiques notamment) quant au fait que le nombre d’or, le nombre Pi, la coudée royale et le mètre sont reliés et ont été employés en Egypte notamment dans l’architecture de la grande pyramide.

Capture quentin leplat Dimensions chambre haute

Concernant la chambre du pharaon Khéops dans la grande pyramide, il est en effet fort probable que la coudée royale utilisée au sol de cette chambre ait une valeur en centimètres de 52.36 ou 52.35 centimètres. Mais, pour votre présente démonstration ,admettons que pour le sol de la chambre haute de la grande pyramide la coudée royale utilisée soit exactement de 52.36 cm dû au fait que la largeur fasse approximativement 5.236 mètres soit 52.36 cm multiplié par 10 coudées, et de plus, que ce rectangle est un double carré ce qui vient renforcer cette mesure. Il est nécessaire à nouveau de préciser que cette valeur de la coudée ne concerne que le sol de la chambre haute de la grande pyramide. Si cette valeur de 52.36 était si importante pour les architectes de Khéops, on la retrouverait déjà plus souvent dans les chambres de la grande pyramide. Or, les murs de la chambre de Khéops ne sont pas des doubles carré, la hauteur de cette chambre faisant 5.84 mètres. Cette chambre n’est donc pas non plus un double cube. En ce qui concerne la chambre dite de la reine, celle-ci n’est pas un double carré et la valeur en centimètre de la potentielle coudée utilisée ne serait-ce que pour la largeur de la chambre semble plus proche de 52.3 cm selon les égyptologues que de 52.35 cm.  Il est donc difficile d’affirmer que la coudée utilisée dans cette chambre soit de 52.36 cm.

Enfin, si l’on s’intéresse également aux chambres funéraires des deux autres pyramides de Gizeh, c’est loin d’être aussi simple. La chambre funéraire de Khéphren a des dimensions au sol qui font 14.15 x 4.99 mètres. Quant à la chambre funéraire de Mykérinos, ses dimensions au sol font 6.59 x 2.62 mètres. Aucune des deux n’est un double carré, ni un triple carré ne serait-ce qu’au sol et les largeurs de ces deux chambres ont des dimensions qui n’entrent en aucune façon dans l’intervalle de valeurs variables de la coudée royale égyptienne.

Pour en revenir à cette chambre rectangulaire qui est un double carré, vous trouvez 6 modules. C’est votre interprétation de ce que vous voyez. Maintenant, je vais vous donner la mienne en image. Comme vous insistez bien sur le fait que ce rectangle est un double carré, il est important de rappeler qu’un carré a quatre côtés. Donc voici mon interprétation à 7 modules, voire 8 puisque le côté droit du carré de gauche et le côté gauche du carré de droite se superposent :

Capture quentin leplat Dimension chambre haute 7 modules

Voilà, vous avez votre interprétation et j’ai la mienne. Est-ce que cela a une importance ? Aucune ! On vient juste de s’amuser tous les deux à qui trouvera le plus de modules dans un rectangle qui est un double carré. Mais c’est tout, çà n’a aucun intérêt de repérer le nombre de modules dans un rectangle comme celui-ci et encore moins pour s’arrêter à 6 modules parce que çà vous arrange. Ça ne démontre rien, ni ne prouve rien.

Conclusion

Votre argumentaire est donc clairement insuffisant pour affirmer ou démontrer que le égyptiens connaissaient notamment Pi et le mètre. Ce n’est certainement pas avec ce type d’argumentaire que vous allez susciter l’intérêt des scientifiques pour vos démonstrations. Je vous invite à revoir la manière dont vous tentez de démontrer que les égyptiens de l’antiquité connaissaient le nombre Pi, Phi, le mètre et enfin qu’ils avaient une coudée royale fixe de 52.36 cm. Soit vous avez du mal à vous expliquer, soit vous n’étudiez pas ce sujet sous le bon angle, soit il n’y a tout simplement rien à trouver à ce sujet car les égyptiens avaient bien des connaissances mathématiques, comme l’attestent certains papyrus, mais pas celles que vous prétendez. Et dans l’éventualité qu’un jour soit découvert des écrits prouvant par exemple la connaissance du nombre Pi par les égyptiens, ce sont ces écrits qui seront une preuve et non vos démonstrations qui reposent au final uniquement sur de simples corrélations mathématiques.

Bref, réfléchissez-y et revoyez votre copie si le cœur vous en dit !

J’invite les lecteurs de cet article, si le sujet des unités de mesures ayant comme base le corps humain durant l’histoire les intéresse, à se rapprocher de travaux plus sérieux comme ceux de Luis Castaño Sanchez mis en avant notamment par une vidéo en français et une publication dans le journal spécialisé espagnol « Egiptologia 2.0 » (pages 122 à 134).

 

 

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Capture quentin leplat cercle Pi

Inscriptions dédicatoires de Dendera - Coudées - points cardinaux

Proportions de quelques monuments du temple de Karnak

Quentin leplat coudée de memphis

Capture quentin leplat mesure pyramide

Capture quentin leplat mesures auteurs pour la coudée

Capture quentin leplat corinna rossi

Capture quentin leplat - Lightbody

Capture quentin leplat Archeological discovery

Facebook manu seyfzadeh pour article quentin leplat

Quentin Leplat Pi divisé par 6

Capture quentin leplat Dimensions chambre haute

Capture quentin leplat Dimension chambre haute 7 modules

Coudée royale et Pi : Réponse à Quentin Leplat

Par : WikArch

Quentin Leplat, chercheur indépendant dans le milieu alternatif, a sorti une nouvelle vidéo YouTube intitulée : “Et bien oui, les égyptiens employaient le mètre, la coudée, et le nombre Pi” à laquelle je vais lui répondre via cet article. Le chercheur revient sur l’échange qu’il a eu avec Alexis Seydoux sur la chaîne Youtube “Arcana“, toujours sur ces sujets du nombre Pi, de la coudée royale et de la présence du mètre en Egypte Antique.

D’emblée, je rappelle que le mètre est une unité de longueur qui a été adopté arbitrairement via la convention du mètre qui est un traité international signé le 20 mai 1875 par 17 états. Ce n’est pas une valeur de mesure universelle comme certains chercheurs indépendants l’affirment de nos jours.

Donc, pour répondre à cette vidéo, je vais directement m’adresser à vous, Quentin, en reprenant vos arguments et vos démonstrations. Et pour cela, je vais suivre le timecode de votre vidéo.

Je précise pour les lecteurs que cet article est à prendre comme un exercice d’esprit critique et non comme une prise de tête pour quelques millimètres car cela n’aurait du coup que peu d’intérêt même si c’est sur ce terrain là que nous envoie Quentin Leplat.

01:03 – Les égyptiens utilisaient une mesure qu’on appelait la coudée royale qui mesurait 52.36 cm, et il se trouve que des auteurs ont découvert dans les années 50, et c’est le cas du docteur Funck-Hellet, qu’il y avait une relation entre cette coudée et le mètre à partir d’un concept géométrique simple qui est le cercle.

Il est tout d’abord bon de préciser aux lecteurs, qui comprendront pourquoi par la suite, qu’à ce moment de la vidéo, vous parlez des égyptiens de toute l’histoire de l’Egypte antique (durant 3000 ans). Jusque là dans votre vidéo, vous ne précisez en aucun cas que vous parlez des égyptiens d’une période bien précise de leur histoire. D’ailleurs aucune précision n’est faite là-dessus dans le titre de votre vidéo non plus.

Donc, vous affirmez d’emblée que la coudée royale fait 52.36 cm sous prétexte que le docteur Funck-Hellet l’affirme. Tout d’abord, il est bon de préciser que ce monsieur est un docteur en médecine. Il n’est ni égyptologue, ni archéologue, ni historien, ni papyrologue. Cela ne veut en aucun cas dire qu’il n’a pas les capacités pour analyser et comprendre les études qu’il a faite mais çà peut le limiter dans la réelle compréhension de ce qu’il étudie. En se basant sur une coudée royale estimée dans les années 50 par l’égyptologue Jean-Philippe Lauer entre 52.35 et 52.4 cm, ce docteur a choisit arbitrairement d’estimer la coudée royale égyptienne à 52.36 cm, ce qui va du coup forcément l’arranger pour en déduire un certain nombre de corrélations qu’il va pouvoir trouver entre le nombre PI, le nombre d’or, la coudée royale et le mètre car c’est bien ici cela le but de la manœuvre. Si le but était par exemple de faire une simple moyenne, il était plus juste de choisir 52.375 cm.

Il est important également de préciser que l’intervalle de valeur donné par Jean-Philippe Lauer concerne uniquement la grande pyramide. C’est là-dessus que le docteur Funck-Hellet s’est basé pour choisir arbitrairement une valeur de 52.36 cm de la coudée royale pour les 3000 ans d’histoire de l’Egypte antique. D’ailleurs, le titre de sa publication dans “La revue du Caire” s’intitule “La coudée royale égyptienne – Essai de métrologie” [1]. On va voir par la suite qu’il ne suffit pas de prendre une valeur dans un édifice comme la grande pyramide pour définir une valeur fixe de la coudée royale égyptienne.

(Pour être plus rapide, je me permets de mettre ci-dessous une capture de ce que vous présentez. Ce sera également le cas pour vos diapos suivantes.)

Capture quentin leplat cercle Pi

La connaissance du nombre Pi que vous utilisez ici pour les calculs que vous présentez ci-dessus est infondée à l’époque de l’Egypte antique. Si vous divisez de base le nombre Pi par 6, c’est que vous avez la preuve que les égyptiens connaissaient le nombre Pi. Or vous ne l’avez pas et les égyptologues non plus. Ensuite le périmètre du triangle à 5.236 mètres (pour 10 coudées) soit 52.36 cm la coudée s’ajuste parfaitement avec la coudée que vous et le docteur Funck-Hellet avez choisi arbitrairement comme étant une valeur fixe de la coudée royale durant 3000 ans. Ce dernier point est une simple corrélation basée sur une valeur de la coudée choisi arbitrairement.

02:23 – Ces observations géométriques sont donc très troublantes puisque le mètre n’est pas censé être connu par les égyptiens à l’époque. Du coup, résistance maximum des archéologues car c’est totalement anachronique, et ce fait est tellement précis et frappant, la plupart des gens qui ne sont pas politisés, en charge d’écrire l’histoire ne résistent pas. Ils constatent les faits et comprennent que quelque chose nous a échappé. Des résistances aussi car les gens (scientifiques) ont une carrière à défendre, ne peuvent pas envisager de s’être trompé à ce point.

Les archéologues ne résistent pas, comme vous dites, et n’ont pas à résister puisque le mètre comme je l’ai déjà signalé au début de mon article est une unité de longueur adopté en 1875 par 17 pays. De plus, pour ceux qui ont parcouru vos travaux, ils ne sont pas du tout d’accord avec vos démonstrations et votre argumentaire. On va d’ailleurs comprendre pourquoi en analysant la suite de votre discours dans cette vidéo.

Le public constate certaines choses selon comment on lui présente un sujet et selon son niveau de connaissance de ce sujet. Aucune personne n’a de connaissances accrues dans tous les domaines car c’est tout simplement impossible. Si on prend un documentaire comme “La révélation des pyramides”, celui-ci a berné bon nombre de personnes de par le montage du réalisateur et surtout de par le fait que le grand public n’a pas les connaissances suffisantes pour juger des propos tenus dans ce documentaire. Moi même je me suis fait avoir avant de finir par effectuer de véritables recherches, ce qui m’a amené à partager, via ce blog, des informations qui ne sont jamais données par des chercheurs alternatifs comme le réalisateur de LRDP et BAM.

Avez-vous pensez ne serait-ce qu’une seconde que c’est vous, Quentin, qui ne pouvez envisager de vous être trompé car vous avez une idée à défendre pour des raisons qui vous sont propres ?

Sources

[1] La coudée royale égyptienne / Essai de métrologie, publié par le docteur Funck-Hellet dans la revue du Caire. Page 193.

3:14 – Ce qu’il faut voir, c’est si leurs arguments sont valides ou pas. On va voir que ce n’est pas du tout le cas. Les arguments développés par Alexis Seydoux, c’est qu’on ne connait pas la valeur exacte de la coudée royale et qu’elle fait en gros entre 52 et 54 cm. En faisant çà, çà leur évite de parler du sujet et donc çà leur évite de se poser la question s’il y a une relation avec le mètre. Et cela, c’est un biais d’infirmation. Je dis çà parce que ces gens passent leur temps à accuser les autres de faire des biais de confirmations.

Alexis Seydoux, ainsi que les égyptologues, ne disent pas qu’on ne connait pas la valeur exacte de la coudée royale mais plutôt qu’il n’y a pas de valeur fixe de celle-ci qui ait perduré durant toute la période de l’Egypte antique, ce que vous montrez d’ailleurs par vous-même dans votre vidéo. Il n’y a ni à trouver, ni à connaitre la valeur exacte dans le temps de la coudée royale égyptienne puisqu’elle est très variable au cours des 3000 ans de l’Egypte antique.

S’ils ne se posent pas la question de la relation avec le mètre, c’est tout simplement parce que rien n’indique que cette question doit être mise sur la table. Absolument rien ! Personne ne vous accuse de faire des biais de confirmations. Signaler qu’une personne fait un biais de confirmation, c’est faire un constat et non une accusation. D’ailleurs, on peut faire le constat que vous ne vous êtes toujours pas intéressé à savoir si vous étiez à certains moment dans vos discours dans le biais de confirmation. On est tous sujet au biais de confirmation, tous, sans exception. Le problème qui se pose est quand ce biais apparaît bien trop souvent car cela fait qu’un discours peut être biaisé à tel point qu’il en devient trompeur voire même, certaines fois, incompréhensible.

Enfin, il me parait nécessaire de préciser aux lecteurs que le biais d’infirmation n’existe pas et que vous venez de l’inventer.

4:05 – Alexis Seydoux cite l’égyptologue Dieter Arnold mais ce qu’il oublie c’est que Dieter Arnold dit que les égyptologues Lepsius et Petrie sont globalement les personnes qui ont le plus étudié la coudée royale et les mesures qu’ils en donnent sont 52.37 et 52.5 cm. Donc on est pas entre 52 et 54 cm. On est quand même hyper précis par rapport à la mesure proposée par Funck-Hellet. 

Pour commencer, les mesures données par Lepsius et Pétrie dans votre diapo sont des moyennes, donc inexactes. Pour faire simple, si on prend le 52.5 de Lepsius, cela peut être une moyenne qui concerne un intervalle de mesures qui se situe entre 52 et 53 cm tout comme elle pourrait être située entre 50 et 55 cm. L’intérêt de ce genre de moyenne sert essentiellement à faire des statistiques et simplifier le discours, mais çà ne représente pas la réalité. A cela, je vous rappelle, et ce ne sera pas la dernière fois, que vous affirmez au début de votre vidéo que la coudée royale fait 52.36 cm.

Si on reconnait, ce qui est le cas, que les égyptiens on eut un certain niveau de précision avec les outils de mesure qu’ils avaient, que ce soit une moyenne ou une valeur fixe en mètres de la coudée ne change pas vraiment grand chose car la coudée royale en tant qu’étalon et les unités de mesure comme le palme, le doigt et bien d’autres unités sont exprimés en fraction quand les valeurs sont inférieures à l’unité ou l’étalon de base (ex: 8 1/2 1/10) [2]. Une fraction, en tant que proportion et non en tant qu’opération pouvant donner un résultat avec plusieurs décimales derrière la virgule, exprime donc une proportion et peut donc être imprécise contrairement à une valeur en mètre.

A cela, il faut noter que le 52.5 spécifié par Lepsius concerne ici l’ensemble de l’histoire de l’Egypte, alors que le 52.37 de Pétrie concerne uniquement l’ancien empire. Il n’est donc pas juste d’assembler ces deux moyennes pour démontrer quoi que ce soit.

Ensuite, Lepsius est un égyptologue du 19ème siècle. Il est décédé en 1884. Quant à Pétrie il est décédé en 1942. Entre temps, bon nombre d’égyptologues ont découvert et étudié de nombreux édifices ce qui a permis d’avoir une meilleure visibilité sur le niveau de variabilité de la coudée royale égyptienne sur les 3000 ans. Je précise également que les valeurs de la coudée sont identifiées de par le fait qu’elles sont inscrites sur les murs de temples, de tombes et d’autres édifices. A partir de cette information retrouvée par exemple dans une pièce, en mesurant en mètre chaque côté de cette pièce, cela permet par une simple règle de trois de définir quelle est la valeur en mètres de la coudée royale utilisée sur chacun des murs d’une pièce. Les recherches des égyptologues dans différents édifices égyptiens à différentes époques de l’Egypte Antique ont clairement montré que selon les époques, selon les lieux, selon les édifices et selon les côtés d’une même pièce, que ce soit concernant sa largeur ou sa longueur, la coudée royale égyptienne peut varier de quelques millimètres, voire d’environ un centimètre. Elle est donc imprécise et n’ a donc pas une valeur fixe de 52.36 cm durant l’Égypte antique.

Dans certains édifices comme notamment les pyramides de Gizeh où il n’y a aucune inscription, il est bien difficile de définir avec certitude la valeur en mètres de la coudée royale utilisée. Je reviendrai d’ailleurs plus bas dans l’article sur ce sujet.

Donc oui, que çà vous plaise ou non, la coudée royale égyptienne sur les 3000 ans de l’histoire de l’Egypte antique se situe essentiellement entre 52 et 54 cm.

Voici quelques exemples (en mètres) :

Inscriptions dédicatoires de Dendera - Coudées - points cardinaux

Temple de Dendérah – Mesures de coudées sur les murs de différentes pièces (Source – P111)

Proportions de quelques monuments du temple de Karnak

Proportions de quelques monuments du temple de Karnak (Source – P91)

Sources

[2]  Quelques réflexions sur les unités de mesure utilisées en architecture à l’époque pharaonique – JF Carlotti (1995)

4:32 – Mais il y a encore plus précis car les premières coudées qui ont été retrouvées matériellement ont été mesurées notamment par l’égyptologue Jomard. C’est très intéressant car Jomard en a mesuré 4 et la mesure moyenne des 4 qu’il a mesuré est de 52.35 cm.

Quentin leplat coudée de memphis

Tout d’abord, pour ce tableau, vous ne donnez ni la source, ni le ou les édifices sur lesquels ont été récupérés ces valeurs, ni la datation de ces édifices. De plus, vous vous appuyez sur une moyenne fait sur 4 misérables mesures de la coudée. Du coup dans votre argumentaire, ce tableau ou rien, c’est bien pareil.

Cependant même si vous ne spécifiez pas la source de ce tableau et que je ne vais pas passer mon temps à chercher car elle n’est peut-être pas accessible sur le net, il est fort à parier que ces valeurs ne concernent qu’un seul et même édifice ce qui n’est absolument pas représentatif de l’ensemble des constructions égyptiennes. J’ai déjà constaté ce genre de biais de confirmation sur le Net concernant le fait que la coudée royale égyptienne était de 52.36 cm sous prétexte que l’égyptologue René Adolphe Schwaller de Lubicz l’avait écrit dans l’un de ses ouvrages [3]. Le problème est que de Lubicz parlait d’une valeur de 52.36 cm spécifiquement trouvée sur le mur sud du passage d’entrée de la tombe de Ramsès IX. Rien à voir avec une valeur fixe à attribuer à l’ensemble des constructions égyptiennes sur 3000 ans d’histoire.

PS : Un lecteur a cependant retrouvé la source [4] de ce tableau dans lequel il n’est mentionné ni les édifices concernés, ni la datation de ces édifices.

Sources

[3] The Egyptian miracle : an introduction to the wisdom of the temple (Page 246) – Ouvrage de R.A Schwaller de Lubicz  (1985)

[4] Lettre à M. Abel Rémusat, sur une nouvelle mesure de coudée trouvée à Memphis par M. le chever Drovetti– Publié par E-F Jomard en 1827.

https://archive.org/details/bub_gb_Wmd7BqDhrC0C/page/n29

5:05 – Et puis on a d’autres façons de la connaitre puisque tout le monde s’accorde pour dire que la grande pyramide fait 440 coudées. 

Capture quentin leplat mesure pyramide

(Je précise pour les lecteurs que les valeurs de 230.25 et 230.45 sont en mètres même si ce n’est pas spécifié sur cette diapo)

05:35 – Donc quand on regarde toutes les mesures qu’ils donnent sur la grande pyramide, et bien au maximum la coudée royale varie entre 52.33 et 52.375 cm. Il y a donc une précision qui est quand même énorme. On n’est pas du tout sur une méconnaissance totale de la valeur exacte.

Ok, mais là çà ne concerne que la grande pyramide. Et ce n’est pas une valeur exacte mais un intervalle de valeurs. Je vous rappelle que vous avez démarré votre vidéo en affirmant que la coudée royale en Egypte antique faisait 52.36 cm, cette même valeur précise qui permet de faire tout un tas de corrélations inutiles avec Pi, Phi et le mètre. Suite à cela, vous continuez avec plusieurs intervalles de valeurs moyennes qui ne sont pas des valeurs exactes et pour couronner le tout sur des intervalles de temps différents. Vous êtes difficile à suivre. En êtes-vous conscient ?

6:13 – Voici un ensemble d’auteurs qui dans leur publications utilisent des mesures de coudées royales. Vous voyez qu’on a donc une très grande connaissance et précision sur la mesure de la coudée royale. Donc prétendre comme certains que la mesure de la coudée, on ne la connait pas et que Funck-Hellet aurait triché en prenant la valeur de la coudée qui l’arrangeait, c’est tout simplement ce que j’appellerais un biais d’infirmation.

Capture quentin leplat mesures auteurs pour la coudée

Pour commencer, d’où sort cette liste ? Ce sont, semble t-il, des moyennes mais qui sont basées sur quels édifices et sur quelle période de temps ? sur les 3000 ans d’histoire de l’Egypte antique ????

Je vais cependant m’attarder sur une de ces valeurs qui n’est pas une moyenne mais bien une valeur exacte. C’est juste que vous êtes allez un peu vite dans votre lecture de ce document. Pour cela, je vous invite à reprendre la publication de Frank Monnier et Jean-Pierre Petit [4] qui selon vous donne une valeur de la coudée royale de 52.3 cm. Vous reprenez le texte au début du document sous le titre “Description d’une coudée votive” et vous verrez que le sujet est une coudée votive en bois du nouvel empire sous la 18ème dynastie. Et c’est la coudée gravée sur cette règle en bois de la 18ème dynastie qui fait 52.3 cm dont il est question ici. La valeur de 52.3 cm n’est pas une valeur attribuée par les auteurs à une coudée employée durant l’ensemble de l’Egypte antique. Cette valeur de 52.3 cm ne concerne que cette règle de la 18ème dynastie.

Vous estimez, suite à cette liste, que l’on a une très grande connaissance de la valeur de la coudée royale et que donc Funck-Hellet n’a pas triché. Êtes-vous conscient que dans votre liste, il n’y a aucune valeur de la coudée de 52.36 cm ? Je vous rappelle que Funck-Hellet, avec qui vous êtes d’accord, a choisi de garder cette valeur de 52.36 dans sa démonstration et non pas 52.37 ou 52.35, par exemple.

Sources

[4] Utilisation de la coudée votive comme instrument de mesure : une explication – Fr Monnier, J-P Petit et Chr Tardy

7:09 – La coudée a pu effectivement varier au cours de l’histoire et à la fin de la période égyptienne il se peut qu’elle soit un peu plus longue mais nous on s’intéresse à la coudée de l’ancien empire notamment celle qui a servi à mesurer la grande pyramide.

Vous voulez dire “celle qui a servi à construire la grande pyramide“, je suppose, ou par “celle qui a servi à mesurer la grande pyramide” vous entendez que les égyptiens ont mesuré la grande pyramide en coudée car elle était déjà présente sur le plateau de Gizeh avant leur arrivée dans la région ? C’est pas très clair.

Sinon, c’est moi ou vous êtes en train de nous dire que le sujet de votre vidéo depuis le début, c’est la coudée royale égyptienne durant l’ancien empire voir même uniquement durant la construction de la grande pyramide ?????? Je vous signale que depuis le début, en parlant des égyptiens, vous n’avez aucunement précisé cela et que si c’est bien ce que je comprends dans vos propos, vous nous avez donné jusque là des valeurs de la coudée royale qui ne concernent pas forcément l’ancien empire, ni plus spécifiquement la grande pyramide et qui du coup n’ont rien à faire dans votre argumentation.

7:17 – L’autre infirmation de ces gens (scientifiques) est de dire que les égyptiens ne connaissaient pas le nombre Pi. Pour çà, ils s’appuient sur 4 morceaux de papyrus qu’ils ont retrouvé sur 3000 ans d’histoire. Dans ces papyrus, il n’y a ni le nombre Pi, ni le nombre d’or. C’est ce que dit Corinna Rossi notamment dans son livre. Mais il n’est pas sérieux de vouloir limiter toute la connaissance de l’Egypte à 4 morceaux de papyrus. Vous imaginez, si on prenait 4 bouts de papier de mathématiques dans le monde entier et qu’on limitait toute notre connaissance mathématique à 4 bouts de papier à nous, modernes. C’est juste impossible. Donc on n’est pas du tout sérieux quand on dit çà. Voici ce que dit Corinna Rossi :

Capture quentin leplat corinna rossi

Avec les connaissances actuelles, en effet, rien n’indique que les égyptiens connaissaient le nombre Pi. Par contre, dans ces papyrus, on y trouve que les égyptiens utilisaient une méthode conventionnelle employant une valeur approchée de Pi égale à 3.16 pour les calculs de surface. Maintenant si vous avez la preuve concrète que les égyptiens connaissaient le nombre Pi, n’hésitez pas à nous la montrer.

Les égyptologues ne cherchent pas à limiter toute la connaissance de l’Egypte. Ensuite, à vous entendre, vu que ce n’est pas sérieux de soi disant vouloir limiter les connaissances mathématiques de l’Egypte, et non, toutes les connaissances de l’Egypte comme vous dites, il faudrait donc tout de même se dire qu’ils connaissaient bien ce nombre et cela sans aucune preuve ou démonstration évidente ?????

Je n’ai pas lu le livre de Corinna Rossi. Je ne sais pas non plus de quel livre il s’agit vu que vous ne le précisez pas. Ensuite, dans cette citation, il n’est fait aucune mention du nombre Pi, de la coudée royale ou du mètre. Je ne peux donc pas me prononcer sur cette citation de l’auteur car je ne connais pas le contexte. Par conséquent, présentée comme telle, cette citation n’a aucun intérêt dans votre argumentaire.

08:53 – Y a vraiment des auteurs, des égyptologues qui publient des documents où ils contestent cette idée que les égyptiens ne connaissaient pas Pi et contestent notamment l’interprétation des papyrus de Rhind. En voici un exemple :

Capture quentin leplat - Lightbody

Pour les lecteurs, je rajoute la source dont vous tirez ces quelques phrases qui est “Biography of a great pyramid casing stone…“. Je vous signale, Quentin, que dans la description de votre vidéo Youtube, vous pouviez mettre les liens que vous avez vers certaines de vos sources.

Concernant les paragraphes que vous avez récupéré de cette source, y a aucun problème avec ce qui est écrit dans le premier paragraphe ainsi que dans la première moitié du paragraphe entre guillemets. Je ne vois d’ailleurs pas où Lightbody conteste l’interprétation des papyrus de Rhind. Il fait un simple rappel concernant le calcul de la surface d’un cercle, calcul qu’on retrouve dans le papyrus de Rhind.

Ensuite, dans votre diapo dans le paragraphe qui concerne la pyramide de Saqqarah, j’ai été surpris d’y trouver une phrase qui n’est pas dans le document d’origine de Lightbody au 3ème paragraphe page 53. Cette phrase dans votre diapo est “Ce qui suggère que le nombre Pi était connu car il est exprimé numériquement dans une figure géométrique“.  Mais au final on va dire que vous ne vous en sortez pas trop mal car dans le document de Lightbody à la page 52, on y lit ceci : “Ces éléments de preuve relatifs aux zones circulaires sur les papyrus n’excluent donc pas l’existence d’une méthode de calcul différente qui utilise des rayons pour calculer les circonférences“.  Même si dans cette phrase, il n’est pas envisagé que les égyptiens connaissaient le nombre Pi, selon l’égyptologue, ce n’est pas non plus exclue pour autant. A cela, j’ai pu avoir la confirmation d’un autre égyptologue comme quoi cette phrase que vous avez rajouté est vrai car en effet David Ian Lightbody a cette théorie très personnelle de la potentielle connaissance du nombre Pi par les égyptiens. Cette théorie n’est cependant pas partagée par les autres égyptologues. Pour ma part, je ne vois pas comment il peut penser cela. De plus, il n’y a pas de démonstration de sa part dans ce document. Il est donc difficile d’avoir un avis sur le sujet. A côté de çà, je n’ai pas trouvé sa publication de 2008. Mais peut-être que vous, Quentin, de votre côté vous avez quelque chose à proposer notamment par rapport à ce mur d’enceinte. Si c’est le cas, je serais intéressé de pouvoir lire, de votre part, une démonstration qui tienne la route.

11:33 – Exemple d’une autre publication dans la revue “Archeological discovery”, un article très intéressant d’un auteur qui lui utilise carrément Pi/6 pour parler de la coudée. Pour lui, y a pas de questions à se poser.

Capture quentin leplat Archeological discovery

Vous nous offrez ici un morceau de page d’une publication d’un auteur inconnu dont vous ne donnez toujours pas le lien dans la description de votre vidéo. Ayant retrouvé cette publication, le nombre Pi ne figure nulle part ailleurs dans cette publication que là où vous l’avez souligné. En gros, il sort de nulle part, donc totalement irrecevable. Pour les lecteurs voici le lien de cet article sur Archaelogical Discovery. Le titre de cet article est “The Mysterious Pyramid on Elephantine Island : Possible Origin of the Pyramid Code”, sur lequel je ne m’attarderai pas car je ne me suis pas encore intéressé à la cosmogonie. Je ne suis donc pas légitime pour critiquer cette publication. Cependant le titre à lui tout seul ne présage rien de bon et c’est peu dire quand on s’intéresse un peu plus à son auteur. Il a été écrit par un chercheur indépendant, un certain Manu Seyfzadeh. Et voici ce qu’on trouve en publication sur sa page Facebook. Ce monsieur fera une conférence sur l’architecture des pyramides en 2020 durant le Rendez-vous “Contact in the desert”. Cet événement annuel est 100% New Age.

Facebook manu seyfzadeh pour article quentin leplat

Vous pouvez vérifier que c’est le bon Manu Seyfzadeh puisque celui-ci a notamment  publié sur le site Academia où vous pouvez voir sa photo de profil à droite qui correspond bien à la photo de couverture (bandeau du haut) de sa page Facebook.

Du coup, concernant vos références pour appuyer la connaissance du nombre Pi par les égyptiens, il ne vous reste pas grand chose.

12:04 – Alexis Seydoux pose la question de pourquoi on divise par 6 le périmètre du cercle. Mais en fait il ne se rend même pas compte de ceci : 

Quentin Leplat Pi divisé par 6

Je reprécise que vous parlez ici d’un périmètre d’un cercle de diamètre 1. C’est bien beau vos calculs mais çà prouve quoi le fait que Pi divisé par 6 soit égal à une des nombreuses valeurs de la coudée royale en mètre ? Vous partez toujours du principe que les égyptiens connaissaient Pi. Et j’attends toujours votre preuve à ce sujet.

13:53 – Je rappelle quand même que le périmètre de la chambre haute de la pyramide de Khéops est un double carré. Or, ce périmètre, comme c’est un double carré, et bien, y a les modules carrés qui forment la base et donc y a 6 modules, donc vous avez un périmètre divisé en 6 et çà vous donne la coudée royale donc y a vraiment rien qui permette de résister en terme d’argumentation de la part de ces gens là (les scientifiques notamment) quant au fait que le nombre d’or, le nombre Pi, la coudée royale et le mètre sont reliés et ont été employés en Egypte notamment dans l’architecture de la grande pyramide.

Capture quentin leplat Dimensions chambre haute

Concernant la chambre du pharaon Khéops dans la grande pyramide, il est en effet fort probable que la coudée royale utilisée au sol de cette chambre ait une valeur en centimètres de 52.36 ou 52.35 centimètres. Mais, pour votre présente démonstration ,admettons que pour le sol de la chambre haute de la grande pyramide la coudée royale utilisée soit exactement de 52.36 cm dû au fait que la largeur fasse approximativement 5.236 mètres soit 52.36 cm multiplié par 10 coudées, et de plus, que ce rectangle est un double carré ce qui vient renforcer cette mesure. Il est nécessaire à nouveau de préciser que cette valeur de la coudée ne concerne que le sol de la chambre haute de la grande pyramide. Si cette valeur de 52.36 était si importante pour les architectes de Khéops, on la retrouverait déjà plus souvent dans les chambres de la grande pyramide. Or, les murs de la chambre de Khéops ne sont pas des doubles carré, la hauteur de cette chambre faisant 5.84 mètres. Cette chambre n’est donc pas non plus un double cube. En ce qui concerne la chambre dite de la reine, celle-ci n’est pas un double carré et la valeur en centimètre de la potentielle coudée utilisée ne serait-ce que pour la largeur de la chambre semble plus proche de 52.3 cm selon les égyptologues que de 52.35 cm.  Il est donc difficile d’affirmer que la coudée utilisée dans cette chambre soit de 52.36 cm.

Enfin, si l’on s’intéresse également aux chambres funéraires des deux autres pyramides de Gizeh, c’est loin d’être aussi simple. La chambre funéraire de Khéphren a des dimensions au sol qui font 14.15 x 4.99 mètres. Quant à la chambre funéraire de Mykérinos, ses dimensions au sol font 6.59 x 2.62 mètres. Aucune des deux n’est un double carré, ni un triple carré ne serait-ce qu’au sol et les largeurs de ces deux chambres ont des dimensions qui n’entrent en aucune façon dans l’intervalle de valeurs variables de la coudée royale égyptienne.

Pour en revenir à cette chambre rectangulaire qui est un double carré, vous trouvez 6 modules. C’est votre interprétation de ce que vous voyez. Maintenant, je vais vous donner la mienne en image. Comme vous insistez bien sur le fait que ce rectangle est un double carré, il est important de rappeler qu’un carré a quatre côtés. Donc voici mon interprétation à 7 modules, voire 8 puisque le côté droit du carré de gauche et le côté gauche du carré de droite se superposent :

Capture quentin leplat Dimension chambre haute 7 modules

Voilà, vous avez votre interprétation et j’ai la mienne. Est-ce que cela a une importance ? Aucune ! On vient juste de s’amuser tous les deux à qui trouvera le plus de modules dans un rectangle qui est un double carré. Mais c’est tout, çà n’a aucun intérêt de repérer le nombre de modules dans un rectangle comme celui-ci et encore moins pour s’arrêter à 6 modules parce que çà vous arrange. Ça ne démontre rien, ni ne prouve rien.

Conclusion

Votre argumentaire est donc clairement insuffisant pour affirmer ou démontrer que le égyptiens connaissaient notamment Pi et le mètre. Ce n’est certainement pas avec ce type d’argumentaire que vous allez susciter l’intérêt des scientifiques pour vos démonstrations. Je vous invite à revoir la manière dont vous tentez de démontrer que les égyptiens de l’antiquité connaissaient le nombre Pi, Phi, le mètre et enfin qu’ils avaient une coudée royale fixe de 52.36 cm. Soit vous avez du mal à vous expliquer, soit vous n’étudiez pas ce sujet sous le bon angle, soit il n’y a tout simplement rien à trouver à ce sujet car les égyptiens avaient bien des connaissances mathématiques, comme l’attestent certains papyrus, mais pas celles que vous prétendez. Et dans l’éventualité qu’un jour soit découvert des écrits prouvant par exemple la connaissance du nombre Pi par les égyptiens, ce sont ces écrits qui seront une preuve et non vos démonstrations qui reposent au final uniquement sur de simples corrélations mathématiques.

Bref, réfléchissez-y et revoyez votre copie si le cœur vous en dit !

J’invite les lecteurs de cet article, si le sujet des unités de mesures ayant comme base le corps humain durant l’histoire les intéresse, à se rapprocher de travaux plus sérieux comme ceux de Luis Castaño Sanchez mis en avant notamment par une vidéo en français et une publication dans le journal spécialisé espagnol “Egiptologia 2.0” (pages 122 à 134).

 

 

Comparer la construction d’un pylône avec celle d’une pyramide a t-il du sens ?

Par : WikArch

Plus exactement, comparer la durée de construction du premier pylône du temple de Karnak avec la durée de construction de la grande pyramide de Khéops a t-il du sens ?

Il semble que pour certains documentaires, cela en ait. Pourtant, cela n’en a absolument aucun, bien évidemment, si ce n’est tenter bien maladroitement de remettre en question la durée de construction officielle de la pyramide de Khéops. Pour cela, un documentaire donne une durée de construction au premier pylône de Karnak de 17 ans et une durée pour la construction de la grande pyramide de 20 ans.

Tout d’abord, si l’on se base sur la durée du règne de Khéops, la construction de sa pyramide semble avoir au moins pris environ 26 ans. Quant à la durée de construction du premier pylône de Karnak, je n’ai trouvé aucun document (et c’est pas faute d’avoir cherché) donnant une durée de construction pour ce pylône. Je ne sais donc pas d’où vient cette durée de 17 années mais pourquoi pas, admettons (dans le cadre de cet article) !

Ce documentaire nous dit également que ce pylône fait une hauteur de 40 mètres. En fait, les môles (tours) nord et sud auraient en effet dû atteindre les 40 mètres de hauteur, or cette hauteur n’a pas été atteinte. A vrai dire, ce pylône n’a en fait jamais été terminé.

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Premier pylône de Karnak – Dessin E. Richard (Source)

Ce pylône fait une longueur de 113 mètres, ses deux môles ayant chacun une profondeur de 14,5 mètres [1]. Concernant la pyramide de Khéops, lorsqu’elle était encore dotée de son parement de calcaire blanc, celle-ci mesurait en moyenne 230,36 mètres de côté pour une hauteur qui s’élevait à l’époque à 146,5 mètres [2]. Ne serait-ce que par ces mesures, il est difficile de réaliser en quoi ces deux édifices pourraient être sujets à comparaison.

Toujours selon ce documentaire, en prenant en compte les mesures de ces deux édifices, si le premier pylône a été construit en 17 ans, la grande pyramide bien plus grande n’a pas pu être construite en seulement 20 ou 30 ans. Suite à la question de l’envergure de chacun des édifices, poursuivons avec d’autres éléments de comparaison.

Concernant la roche utilisée pour la construction de ces deux édifices, le pylône est composé de blocs de grès alors que la pyramide de Khéops est essentiellement doté de blocs de calcaire.

Ensuite, nous ne parlons pas ici d’édifices datant de  la même dynastie et donc de la même époque. Le premier pylône du site de Karnak a été construit durant la XXXème dynastie sous le règne de Nectanébo 1er alors que la pyramide de Khéops a été construite durant la IVème dynastie. Pour être plus précis [1], le portail de ce pylône, qui est l’entrée principale de nos jours, a été construit sous le pharaon Chéchonq 1er durant la XXIIème dynastie. Les deux môles (ou tours) ont été bâtis plus tard sous le règne de Nectanébo 1er.

Enfin et surtout, ces deux édifices n’ont pas du tout la même fonction. Ce pylône du site de Karnak représente une imposante porte principale qui fait partie d’une enceinte érigée tout autour du site de Karnak sous le règne de Nectanébo 1er. Quant à la pyramide de Khéops, c’est un tombeau. Or, pour la construction d’un tombeau, les ouvriers doivent avoir terminé la pyramide avant la mort du pharaon. Il y a donc une deadline ce qui n’est pas forcément le cas pour le pylône d’un temple. La construction d’un tombeau a aussi une importance somme toute plus importante qu’un pylône. Du coup les moyens alloués pour la construction de la grande pyramide n’ont rien à voir avec ceux mis en place pour la construction du premier pylône de Karnak. Si ce pylône non achevé a réellement été construit en 17 ans, il est nécessaire de préciser qu’une partie du site de Karnak, peut-être même ce pylône, a essentiellement été érigé par des prisonniers de guerre d’origine africaine et asiatique. Selon l’égyptologue Georges Legrain, cette théorie [3] semble se vérifier en ce qui concerne un certain nombre de temples de Thèbes. Lorsque le nombre de prisonniers diminuait, les chantiers en cours pouvaient prendre plus de temps voire ne jamais être achevés.

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Ramsès III et un officier poussant des prisonniers (source)

Pour tous ces éléments cités, il semble évident qu’on ne compare pas ce qui n’est pas comparable. Comparer la pyramide de Khéops avec une autre pyramide peut avoir un intérêt mais comparer une grande pyramide avec un édifice qui n’est pas de forme et d’envergure similaire, qui ne se situe ni à la même époque et ni dans un contexte équivalent, mais surtout qui n’a pas la même fonction, ne peut être qu’une comparaison trompeuse.

Notes

[1] Le premier pylône de Karnak sur la ressource Digital Karnak

[2] L’ère des géants de l’égyptologue Franck Monnier (2017)

[3] Les temples de Karnak de l’égyptologue Georges Legrain (1929)

 

Vidéo YouTube “Archéologie Rationnelle”

Le Sérapéum de Saqqarah et ses sarcophages de granit

Par : WikArch

Dans les grands souterrains du Sérapéum de Saqqarah, d’imposants sarcophages de granit dans leurs caveaux respectifs interpellent les visiteurs. Pour comprendre la présence de ces mastodontes dans ces souterrains, il est d’abord important de revenir sur l’histoire de cette nécropole antique Egyptienne qu’est le Sérapéum de Saqqarah, mais aussi sur d’autres points qu’on va développer tout de suite.

Les égyptologues ayant étudiés le Sérapéum de Saqqarah

Nous devons la découverte du “Sérapéum de Saqqarah” appelé également “Sérapéum de Memphis” à Auguste Mariette, égyptologue français, qui effectua des fouilles sur le site de 1850 à 1854. Durant ses fouilles, il met au jour 3000 monuments propres au Sérapéum et 4000 autres monuments à proximité. Par la suite, jusqu’à nos jours, d’autres experts ont continué l’étude du site et de ses très nombreux artéfacts archéologiques comme notamment Eugène Revillout, Emile Chassinat, Ulrich Wilcken, Max Guilmot, Arthur Rhoné, Jean-Philippe Lauer, Jean Vercoutter, Didier Devauchelle, Yves Béquignon et Dorothy Joan Thompson. Vous pouvez retrouver certains écrits de ces différents auteurs sur le sujet en tant que sources à la fin de cet article.

Auguste Mariette sort en 1857 un première ouvrage succinct intitulé “Le Sérapéum de Memphis” qui à la base était dédié au prince Napoléon. Puis, un an après son décès en 1881, Gaston C Maspero, le successeur d’Auguste Mariette à la direction du service des antiquités Egyptiennes, publie en 1882 un second compte rendu des fouilles du Sérapéum écrit par Mariette. Et ce livre publié par Maspero s’intitule lui aussi “Le Sérapéum de Memphis” ce qui peut porter à confusion. Le plus détaillé, notamment sur les sarcophages en granit toujours visibles actuellement dans les souterrains du Sérapéum, est celui publié par Gaston Cecile Maspero, l’autre ouvrage n’en faisant que peu référence. Cependant Auguste Mariette n’ayant pas réussi à terminer son second compte rendu avant son décès, “Le sérapéum de Memphis” publié par Maspero reste lui aussi incomplet. Mais entre temps d’autres égyptologues comme ceux cités plus haut ont poursuivi le travail d’études de cette nécropole et de ses artéfacts. Il semble d’ailleurs que ce travail ne soit pas encore tout à fait terminé à ce jour.

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Le sérapéum sur la carte

Il est préférable d’avoir une vision globale du site avant de commencer à rentrer dans les détails. Le sérapéum de Saqqarah se trouve à 14 km au sud du Caire. Aujourd’hui , il ne reste plus rien du site à part les grands souterrains, quelques murs du Sérapéum et un petit hémicycle sur lequel on reviendra plus tard.

Entrée sérapéum

A son apogée, le site du Sérapéum est bien plus fourni. Depuis le Sérapéum situé à l’Ouest (à droite sur le dessin ci-dessous), une allée de près de 400 sphinx sur plus d’un kilomètre rejoint d’autres édifices à l’Est qui, pour Auguste Mariette, composent ce qui aurait pu être un Sérapéum grec, or il n’en est rien. Parmi ces édifices, se trouve un temple d’Anubis qui avec un local du représentant du stratège de Memphis, un poste de gendarmerie, une prison, des bureaux, des auberges et 4 constructions dites “Chambre de Bès” composent ce qui est appelé l’enceinte de l’Anubieion. Se dresse également un temple d’Astarté mais aussi un temple d’Esculape où les malades viennent dormir et chercher leur guérison dans des songes qui doivent leur transmettre les oracles sur le traitement à suivre.

Quant au Sérapéum, en dehors du temple d’Apis, des papyrus grecs et divers textes démotiques nous apprennent que dans l’espace limité par le péribole se trouvent également d’autres temples, des auberges, des boutiques et des habitations.

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Auguste Mariette lors des fouilles, en 1851, identifie plus en détails certains édifices et certaines sculptures le long du Dromos mais aussi se situant à l’Est de celui-ci.

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Parmi les statues longeant le Dromos, ont pu être identifiés Dionysos enfant chevauchant une panthère, Dionysos enfant chevauchant un lion cerbère à une tête, mais aussi d’autres statues telles qu’une paire de paons, un faucon à tête humaine, deux sphinges grecques, deux sirènes de la mythologie grecque (mi femme, mi oiseau) et une statue du taureau Apis dans sa chapelle. Le long de cette allée, se trouve également, en dehors de la chapelle Egyptienne consacrée à Apis, un temple grec “le Luchnaption” qui est le local des fonctionnaires qui s’occupaient des lampes dans le culte de Sérapis.

Quant à l’hémicycle de statues de poètes et philosophes grecques, cet exèdre est orné des statues d’Homère, de Pindare, de Platon, d’Héraclite d’Ephèse, de Thalès, de Protagoras, d’Hésiode et de Démétrios de Phalère. Sur les 11 statues particulièrement dégradées, seuls ces célèbres personnages grecs ont pu être identifiés.

Historique du Sérapéum de Saqqarah

Le sérapéum de Saqqarah, aussi appelé “Sérapéum de Memphis”, est une nécropole antique Egyptienne dédié au culte du taureau sacré Apis et du dieu Sérapis (Osiris-Apis). Le taureau Apis, comme le précise Mariette, n’est pas un vulgaire animal mais la réincarnation du dieu Osiris. Après sa mort, le taureau sous l’appellation d’Osiris-Apis continue à bénéficier d’un culte. Le terme grec “Sérapis” n’est utilisé que sous le règne des Ptolémées, en 300 avant JC, remplaçant l’appellation native d’Osiris-Apis.

chapelle-serapeumLe sérapéum date de la XVIIIème dynastie. Il est bâti à la demande d’Amenhotep III vers l’an -1370. Jusqu’à l’an 30 de Ramsès II, les Apis sont enterrés dans des tombes individuelles. Ces tombes sont dotés d’une chapelle à colonne et d’un ou deux caveaux abritant chacun la momie d’un Apis dans son sarcophage en bois, des Canopes, des vases, quelques bijoux et des Chaouabtis à tête de taureau. Des grands personnages de l’époque ont fait sceller leurs stèles sur les soubassements des chapelles. La rampe descendante menant au caveau était comblée après l’inhumation.

apis-an-20-de-psammetique-i-mur-du-caveau-redim1Durant la XIXème dynastie, Khâemouaset grand prêtre de Ptah et quatrième fils de Ramsès II, entreprend vers l’an -1235 la création de premiers souterrains dans lesquels chaque taureau Apis dans son sarcophage en bois possède son propre caveau. Il crée également un temple en surface destiné à la célébration des inhumations des taureaux sacrés. Lors de ces inhumations, les dévots d’Apis, choisis parmi les grands du royaume, ont l’occasion de dédier une stèle ou d’offrir les éléments de son trousseau funéraire à l’animal sacré en échange de sa protection. Dans ces premiers souterrains qu’on appelle les petits souterrains, une fois la momie déposée dans son sarcophage, l’accès à son caveau est muré. Sur ce mur, on y appose des stèles qui le plus souvent indiquent le règne sous lequel le taureau est né, son année d’intronisation dans le temple de Ptah ainsi que le règne sous lequel cette cérémonie d’inhumation a lieu.

images3A partir de la XXVIème dynastie, entre l’an 20 et l’an 52 de Psammétique 1er, suite à un éboulement dans les premiers souterrains où ont été déposés les anciens Apis, les Egyptiens se lancent vers l’an -620 dans la construction de plus grands souterrains qui accueillent tout d’abord des sarcophages en bois puis plus tard, sous le règne d’Amasis (Ahmôsis II), le premier sarcophage en granit. Amasis est à ce moment là, après une période instable, le maître incontesté de l’Egypte. Son long règne est opportun pour relancer l’activité architecturale dans le pays. L’inhumation de l’Apis en l’an 23 d’Amasis (vers 545 avant JC), dans les souterrains du Sérapéum, est la première pour laquelle est fabriqué un sarcophage en pierre. Les inscriptions sur une stèle au nom du pharaon d’Amasis et que l’on retrouve également sur ce sarcophage nous apporte ce témoignage :

“Il (Pharaon) fit un grand sarcophage de granit, car il avait constaté que celui-ci n’avait jamais été fait de pierre par aucun roi dans le passé.” – An 23 d’Amasis

En 525 avant notre ère, Cambyse, roi achéménide de l’empire Perse, s’empare de l’Égypte et se fait couronner pharaon de la haute et basse Egypte mettant ainsi fin à la XXVIème dynastie Egyptienne. Le pharaon Cambyse ainsi que ses successeurs poursuivent, durant la XXVIIème dynastie, le culte du taureau Apis et du Dieu Osiris-Apis. En 404 avant JC, Amirthée, prince de Saïs, se révolte et chasse les Perses. Suite à cela, ce prince se fait couronner pharaon et devient le seul et unique pharaon de la XXVIIIème dynastie durant environ six ans. En 399 avant JC, Néphéritès 1er renverse Amirthée et fonde la XXIXème dynastie durant laquelle le culte à Apis survit toujours malgré toutes ces guerres de pouvoir.

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Sphinx du site du Sérapéum de Memphis – (Janmad/Le Louvre)

Nectanébo Ier durant la XXXème dynastie fait ériger, à l’extrémité Est du Dromos, un temple à la place d’un autre édifice datant de Ramsès II, et fait construire également la longue allée des sphinx qui rejoint les édifices à l’Est. Quant à son fils, Nectanébo II, il fait évoluer cette portion du site en construisant le Dromos jusqu’au Sérapéum. Il est aussi à l’origine de la chapelle pour Apis ainsi que d’autre temples au sein même du Sérapéum. Enfin, il fait creuser une chambre spéciale dans les grands souterrains, à droite de l’entrée actuelle, où de nombreuses stèles ont été déposées par la suite. A partir du règne de Nectanébo II, les derniers pharaons natifs d’Egypte résistent à l’envahisseur Perse jusqu’à ce que ce dernier l’emporte face au dernier pharaon Darius III. Mais le règne des Perses sur l’Egypte n’est que de courte durée car Alexandre Le Grand vient libérer l’Egypte de l’envahisseur et se fait couronner pharaon d’Egypte à son tour. Les règnes d’Alexandre, de son demi frère, et de son fils ne leur permettent pas de s’affirmer en Egypte. Mais par la suite, Ptolémée 1er Soter, un général d’Alexandre, se fait nommer roi d’Egypte et lance la dynastie ptolémaïque qui durera 300 ans. C’est son fils Ptolémée II qui sera le premier Ptolémée à se faire couronner pharaon d’Egypte par des prêtres Egyptiens.

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Ptolémée 1er Sôter – Le Louvre

Durant la dynastie ptolémaïque, sont conservées les antiques coutumes Egyptiennes notamment au Sérapéum de Saqqarah. La consécration officielle que les Ptolémées donnent aux cultes d’Apis et de Sérapis permet de maintenir une paix intérieure avec les prêtres Egyptiens notamment et d’asseoir également leur puissance en Egypte. Ptolémée 1er Soter érige différentes statues le long du Dromos dont des statues Egyptiennes mais aussi, l’hémicycle et ses statues de célèbres poètes et philosophes grecs à l’Est du Dromos. Les grands sarcophages de granit noir se succèdent de règne en règne, jusqu’au temps de Ptolémée XIII et Cléopâtre VII.

Tout porte à croire, comme ce fut le cas pour le sérapéum d’Alexandrie, que la première destruction du Sérapéum de Memphis remonte à l’Edit de l’empereur Théodose 1er qui , au IVème siècle, abolit la religion Egyptienne. Auguste Mariette lors du désensablement du site vers 1851 découvre un exemple de la dévastation que certaines croyances religieuses à l’époque pouvaient faire subir aux monuments d’un autre culte. Il n’est d’ailleurs pas improbable que ces mêmes croyants qui auraient dégradé les édifices en surface aient aussi profané, saccagé et pillé les tombes souterraines. Quand Auguste Mariette pénètre dans les grands souterrains, tous les sarcophages en granit sont ouverts et remplis de pierres. Cette dévastation ne fit que s’accroître de siècle en siècle jusqu’au moment où la partie souterraine du Sérapéum se perdit sous les sables.

Les grands souterrains et leurs imposants sarcophages de granit

A préciser que le terme “granit” sans “e” concerne l’ensemble des roches plutoniques à structure grenue, comme le gabbro, la diorite et la syénite, et non seulement les granites au sens strict.

24 imposants sarcophages ont été retrouvés durant les fouilles d’Auguste Mariette. Quand Mariette arrive sur les lieux, tous les sarcophages en pierre sont ouverts et remplis de pierres. Selon lui, 22 sarcophages sont en granit et les 2 autres en calcaire compact. 22 sarcophages occupent le milieu des chambres auxquelles ils ont été destinés.

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Sarcophage en granit – Auguste Mariette

Un sarcophage semble avoir été laissé en route à la naissance d’une des galeries. Le dernier obstrue une des portes intentionnellement transformée en chambre. En arrivant devant les grands sarcophages dans leurs caveaux respectifs, autre chose le surprend. En effet, sur chacun des couvercles se dressent un pan de mur grossièrement construit. Autrefois, dans cette région, construire sur une tombe était considéré comme le dernier outrage. Cette profanation serait à mettre, tout comme les différentes dégradations que le Sérapéum a pu subir, sur le compte d’un fanatisme religieux de la part de certains croyants opposants à la religion antique Egyptienne à partir de l’époque de Théodose 1er, empereur romain qui en 380 publie l’édit de Thessalonique.

Concernant les sarcophages, tous les sarcophages seraient en fait en granit. Plus précisément, il y aurait des sarcophages en granite rose, d’autres en granite gris, en gabbro, en diorite et en syénite. Ils font en gros + de 1,5 mètres de hauteur et + de 3 mètres de longueur. Aucun ne semble avoir les mêmes dimensions. Leur poids oscillerait en gros entre 40 et 80 tonnes. Il est en effet difficile de donner une valeur fixe du poids de ces sarcophages en se basant sur leurs dimensions sans analyse sérieuse car la masse volumique d’une roche comme la synenite ou la diorite par exemple possède une valeur variant entre 2.5 et 2.9 qui dépend de la composition de la roche.

Concernant la fabrication de ces sarcophages, le savoir faire Egyptien depuis les premières dynasties n’est plus à démontrer. L’utilisation de dolérites, de cuivre et de silex pour travailler le granit, associée à des techniques de travail bien spécifiques, a été démontré dans différentes publications scientifiques et expérimentations vidéos. Même si à l’époque le travail pouvait prendre des années, les ouvriers égyptiens n’étaient pas pressés par les délais comme on peut l’être de nos jours. De plus, vu qu’ils ne devaient pas forcément savoir quand un taureau sacré Apis allait décéder, ils devaient sûrement s’adapter en commençant à façonner en partie un sarcophage dès l’intronisation du taureau au temple de Ptah. Comme certains taureaux sont morts assez jeunes ou suite à une maladie grave, cela pouvait notamment avoir un impact sur le fini des sarcophages. A cela, il est nécessaire de spécifier qu’au VIème siècle avant notre ère les Égyptiens ont acquis le savoir faire dans la fabrication d’armes et d’outils en fer à grande échelle, grâce au savoir faire grec. Il est donc aussi possible que certains sarcophages, notamment ceux façonnés sous la dynastie des Ptolémées, aient été réalisés avec des outils en fer ce qui leur aurait permis de réaliser des sarcophages plus facilement et plus rapidement. Mais comme les Ptolémées ont clairement épousés la culture égyptienne, il est aussi tout à fait possible que le savoir faire Égyptien ait été maintenu notamment pour toute ce qui touche de près aux cultes Égyptiens.

Cependant, ces sarcophages ne sont pas parfaits. Certains, de par leurs renfoncements visibles, devaient avoir des défauts qui ont ensuite été éliminés puis polis. Certains sarcophages ont quelques inscriptions comme ceux sous Amasis, Cambyse, Khababach et un dernier sous la dynastie ptolémaïque dont les inscriptions et les tracés recouvrent une bonne partie de ce sarcophage.

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Stèle Ptolémée VIII – Musée du Louvre

Comme une épitaphe officielle a pu nous le préciser, le premier sarcophage de granit apparaît sur la décision du pharaon Amasis en l’an 23 de son règne (vers 545 avant JC). Une stèle funéraire d’un taureau Apis inhumé en l’an 52 de Ptolémée VIII Evergète II fait également référence au dépôt d’un taureau mort dans un sarcophage de pierre noire sur la quatrième ligne de la stèle ci contre en commençant à lire en partant de la droite. Une traduction et une photo de meilleure résolution de cette stèle permettent de vérifier cela. Une autre information nous renseigne sur la fabrication de ces sarcophages de granit durant les différents règnes des pharaons depuis le règne d’Amasis (vers 545 avant JC). Cette inscription ci-dessous se trouve sur le sarcophage de granite datant de l’an 6 du règne de Cambyse (vers 526 avant JC) qui nous dit ceci :

[Cambyse], le roi de la Haute et de la Basse-Égypte… a fait en qualité de son monument à son père Apis-Osiris un grand sarcophage en granit, dédié par le roi […], doué de toute vie, de toutes perpétuité et prospérité (?), de toute santé, de toute joie, apparaissant comme roi de la Haute et de la Basse-Égypte éternellement.” – tiré de “Histoire de l’Empire Perse” par Pierre Briant.

Une autre inscription intéressante, se trouvant sur le plus grand sarcophage noir de la dynastie des Ptolémées, nous indique pour qui est ce sarcophage :

“Apis, le fils bien aimé d’Osiris qui lui donne la vie, l’éternité et la prospérité à jamais.” – Traduction Salima Ikram (Egyptologue)

Quelques sarcophages en images

Ps: Vous pouvez localiser ces quelques sarcophages grâce au plan situé à la suite.

Sarcophage ou pas entrée gauche - RTout de suite à gauche de l’entrée des grands souterrains, on constate la présence de ce grand couvercle en granite gris posé sur ce qui pourrait être un sarcophage en calcaire blanc mais il est difficile d’en être certain. Il ne semble pas avoir été considéré comme tel.  (Voir plan – Numéro 3)

 

Sarcophage seul - ROn peut voir ce sarcophage en granit gris abandonné dans un couloir. Son couvercle est posé à même le sol dans la chambre des stèles qui se situe à l’entrée de ce couloir. Il est difficile de savoir pourquoi ce sarcophage n’a pas été déposé dans un caveau. Je reviendrai sur ce sarcophage afin d’étudier ou d’éliminer certaines hypothèses le concernant. (Voir plan – Numéro 2)

 

Sarcophage Amasis - R2.jpgCe sarcophage en granit rose et sans couvercle est celui du premier taureau Apis inhumé dans un sarcophage de pierre sous le règne et la décision du pharaon Amasis au Sérapéum de Saqqarah. Les inscriptions sur le sarcophage ainsi que sur une épitaphe officielle sont les témoignages de cette évolution dans l’inhumation des Apis. (Voir plan – Numéro 5)

 

SONY DSCCe sarcophage en granite gris est probablement un sarcophage fabriqué sous le règne du pharaon Darius 1er sous la XXVIIème dynastie qui était un roi achéménide de l’empire Perse.  Quatre taureaux sacrés Apis semblent avoir été inhumés durant son règne. (Sur le plan – voir les sarcophages en granit gris)

 

Sarcophage Serapeum SaqqarahQuant à ce sarcophage de granite rose, il est fort probable qu’il ait été la dernière demeure d’un taureau sacré Apis sous le règne de Néphéritès 1er ou d’Achoris, tous deux pharaons natifs de la XXIXème dynastie. (Voir plan – Sarcophage situé juste avant les premiers sarcophages sombres de la deuxième salle)

 

Sarcophage éventré - RCe sarcophage ouvert sans que son couvercle ait été déplacé a dû être déposé dans son caveau sous le règne de Nectanébo 1er ou son fils Nectanébo II. Une légende tenace circule toujours sur la manière dont ce sarcophage a été ouvert. Je reviendrai sur ce sujet au cours de l’article. (Voir plan – Sarcophage sombre situé au nord de la 2ème salle)

 

sarcophage noir - salle 2 - RCe sarcophage noir est l’un des sarcophages du même type qui résident dans la troisième salle. Ces sarcophages qui ont été fabriqués sous la dynastie des Ptolémées sont souvent plus travaillés que les précédents dans la deuxième salle. (Voir plan – troisième salle)

 

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Ce sarcophage qui semble être le dernier  sarcophage de la troisième salle est celui qui possède le plus d’inscriptions et celui qui semble aussi le plus volumineux. La roche de ce sarcophage avait des défauts importants qui ont été éliminés puis polis à en juger par ces importants renfoncements. (Voir plan – Sarcophage noir situé le plus à l’Ouest et pointant vers le sud dans la troisième salle)

 

 

Etudes et hypothèses concernant les 3 salles des grands souterrains

Il y a actuellement dans les grands souterrains deux salles visitables par les groupes de touristes ainsi qu’une autre salle peu accessible derrière une porte à l’Est des souterrains. Cet espace non visitable, sauf si les autorisations sont accordées, est en fait historiquement la première portion des grands souterrains construite entre l’an 20 et l’an 52 du règne de Psammétique 1er (vers 612 avant JC).

Mais découvrons les 3 différentes salles actuelles des grands souterrains en allant d’Est en Ouest et de manière chronologique en suivant les enterrements des taureaux sacrés ainsi que les règnes des pharaons concernés. Je précise que ce que j’appelle les deux premières salles, la première étant la portion non visitable par défaut de nos jours,  correspondent à la première galerie des grands souterrains. La deuxième galerie, bien séparé de la première par un long couloir, représente dans l’étude qui suit ce que j’appelle la troisième salle.

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Pour étudier ces 3 salles, je me base sur les études officielles les plus récentes sur le sujet auxquelles je vais proposer certaines hypothèses personnelles rationnelles afin d’essayer de comprendre certains points en suspens touchant à ces grands souterrains.

Concernant les deux premières salles, c’est essentiellement le document de Didier Devauchelle “Les stèles du Sérapéum de Memphis conservées au musée du Louvre” publié en 1994 qui nous renseigne sur l’enterrement des Apis de Psammétique 1er (vers 612 avant JC) à Khababach (vers 336 avant JC). Ce document permet de relier les inhumations d’Apis listés dans celui-ci aux caveaux et sarcophages des 2 premières salles. Pour la troisième salle, l’ouvrage de Dorothy Joan Thompson “Memphis under the Ptolemies” publié en 1988 permet, quant à lui, de faire le lien entre l’inhumation des taureaux Apis durant le règne des Ptolémées et, semble t-il, les sarcophages de cette dernière salle.

Etude de la première salle :

Comme on peut le constater sur la carte, il y a dans cette salle 5 caveaux mais aussi un sarcophage en granite qui date du règne de l’an 6 de Cambyse (vers 526 avant JC) et qui n’est pas dans un caveau mais dans un couloir qui aurait sans doute été élargi pour déposer ce sarcophage. Il est difficile de savoir véritablement pourquoi ce sarcophage en granite est séparé de ceux de la deuxième salle. En effet, cette première salle accueillait à l’origine de grands sarcophages en bois de taureaux sacrés morts de l’an 52 de Psammétique 1er (vers 612 avant JC) à l’an 4-5 d’Amasis (vers 567-565 avant JC) comme c’était le cas sous les règnes précédents depuis Ramsès II (vers 1264 avant JC) dans les petits et premiers souterrains.

Selon Didier Devauchelle, durant cette période, on recense grâce aux nombreuses stèles retrouvées trois taureaux Apis. Un 1er serait mort en l’an 52 du règne de Psammétique 1er (vers 612 avant JC), un 2ème en l’an 16 du règne de Néchao II (vers 594 avant JC) et un 3ème en l’an 12 du règne d’Apriès (vers 576 avant JC).  Cela fait donc 3 taureaux Apis et 5 caveaux. A noter qu’un taureau a une espérance de vie à l’époque d’environ une vingtaine d’année en moyenne. En partant de ce constat, certains égyptologues proposent qu’il y aurait pu avoir un taureau Apis qui serait mort vers l’an 36 de Psammétique 1er car le dernier taureau Apis inhumé dans les petits souterrains est identifié comme étant celui de l’an 20-21 de Psammétique 1er (vers 644-643 avant JC). Cela ferait donc 32 années entre l’Apis inhumé de l’an 20 et celui de l’an 52 de Psammétique 1er (vers 612 avant JC), premier taureau inhumé identifié dans les grands souterrains. Il se pourrait donc en effet qu’il y ait eu un autre taureau Apis inhumé sous le règne de Psammétique 1er pour lequel n’a été retrouvé aucune information ce qui avancerait aussi la date de création des grands souterrains d’une vingtaine d’années. Egalement, entre l’inhumation d’un taureau Apis en l’an 12 du règne d’Apriès (vers 576 avant JC) et une autre datant de l’an 23 du règne d’Amasis (vers 545 avant JC), on peut aussi se demander s’il n’y aurait pas eu un autre Apis enterré car là aussi on dépasse assez largement l’espérance de vie d’un taureau sacré. Pour appuyer cette thèse, l’égyptologue Jean Vercoutter a évoqué la mort d’un taureau en l’an 4-5 d’Amasis (vers 567-565 avant JC) car certaines stèles non datées peuvent par certains éléments se rattacher à l’enterrement de ce potentiel Apis.

Etude de la deuxième salle :

Dans cette salle, se trouvent 10 caveaux dont un qui à la base est un couloir se prolongeant vers le sud. Cette salle, dans le prolongement de la première démarre avec le sarcophage de l’Apis de l’an 23 du règne d’Amasis (vers 545 avant JC). Ce sarcophage marque un tournant dans l’histoire du Sérapéum puisque c’est le premier sarcophage en granit à avoir été fabriqué pour un taureau sacré Apis dans les souterrains du Sérapéum.

Selon Didier Devauchelle, après le dernier Apis à avoir été inhumé dans un sarcophage en bois, on recense grâce aux nombreuses stèles retrouvées 11 taureaux Apis. Mais au final, pour cette salle, nous devons en compter que dix en mettant de côté l’Apis inhumé sous le règne de Cambyse (vers 526 avant JC) car son sarcophage en granit est pour une raison inconnue dans la première salle.

 

Taureaux Apis décédés entre 546 et 335 avant JC (Salle N°2)

Numéro Apis

Année du règne du pharaon

Datation

1

En l’an 23 d’Amasis

vers 545 avant JC

2

En l’an 6 de Cambyse

vers 526 avant JC

3

En l’an 4 de Darius 1er

vers 514 avant JC

4

En l’an 31 de Darius 1er

vers 483 avant JC

5

En l’an 34 de Darius 1er

vers 480 avant JC

6

En l’an 11 de Darius II

vers 412 avant JC

7

En l’an 2 de Néphéritès 1er

vers 398 avant JC

8

En l’an 3 d’Achoris vers 391-390 avant JC
9 En l’an 3 de Nectanébo 1er

vers 377 avant JC

10

En l’an 3 de Nectanébo II vers 357 avant JC
11 En l’an 2 de Khababach

vers 336 avant JC

 

Par conséquent, en mettant de côté le sarcophage et l’Apis mort sous le règne de Cambyse, cela fait donc 10 taureaux Apis pour 10 caveaux et leurs sarcophages.

Concernant le sarcophage de l’Apis mort sous le règne très court de Khababach, Didier Devauchelle souligne qu’il est possible que l’inhumation de l’Apis n’ait pu être réalisée. On note également que plutôt que de construire un nouveau caveau, l’emplacement où a été déposé ce sarcophage est un emplacement qui semble avoir été choisi à la hâte ou peut-être un simple emplacement où déposer le sarcophage sans taureau à l’intérieur. Normalement, cet Apis aurait dû être inhumé dans un caveau construit à l’Ouest de cette deuxième salle. Il est nécessaire de préciser que sous le règne de Khababach, l’Egypte fait face depuis le règne de son prédécesseur à l’invasion des Perses qu’il tente de repousser comme il peut.

Il est difficile, en dehors des sarcophages datant des règnes d’Amasis et de Khababach, d’attribuer les autre sarcophages de cette deuxième salle à des Apis car il existe peu d’informations suffisantes. Cependant, il est envisageable que les deux derniers sarcophages de cette salle en gabbro pour l’un et en granodiorite pour l’autre soient à attribuer aux règnes de Nectanébo 1er et de son fils Nectanébo II. Ces deux derniers sarcophages diffèrent par leur granit sombre des autres sarcophages présents dans cette salle.

Etude de la troisième salle :

Dans cette salle, se trouvent 13 caveaux dont un qui est vide. Cette salle semble être manifestement une salle accueillant uniquement les taureaux Apis de la dynastie ptolémaïque. Il est raisonnable d’imaginer que cette troisième salle soit une volonté de la part des Ptolémées de séparer les Apis morts sous leur règne avec ceux des règnes des pharaons natifs d’Egypte. Concernant les Apis inhumés sous les Ptolémées, il est difficile de donner des dates de décès pour chacun d’entre eux car les informations proviennent surtout de stèles d’ouvriers et de prêtres architectes mentionnant les différentes étapes autour de la vie d’un Apis jusqu’à son inhumation et tout le rituel qui l’entoure. Ces stèles en mauvais état donnent de nombreuses informations mais pas toutes. Certaines stèles, en morceaux, sont sans doute toujours à l’étude aujourd’hui.

Dans son ouvrage “Memphis under the Ptolemies”, Dorothy Joan Thompson recense l’existence de 11 Apis durant la dynastie ptolémaïque. Un autre Apis, le troisième dans la chronologie, reste inconnu de par le vide qu’il génère dans la chronologie des Apis durant cette dynastie. Enfin un dernier qui serait le treizième est simplement évoqué sur une stèle. Les inhumations successives de ces taureaux sacrés se déroulent depuis le règne de Ptolémée 1er Soter jusqu’à celui de Ptolémée XIII. Sur ces stèles, différentes informations (avec leurs dates) sont inscrites comme la date et le lieu de naissance de l’Apis, l’intronisation au temple de Ptah, l’arrivée de l’Apis dans son temple, l’agrandissement des souterrains, la construction des caveaux dans les souterrains, le transport du sarcophage vers le caveau d’Apis, l’ouverture du sarcophage, la mort du taureau Apis et bien d’autres informations.

Dans cette dernière salle, il y a donc 13 caveaux, 12 sarcophages et on sait qu’au moins 11 Apis auraient rejoint leurs sarcophages. Mais n’oublions pas les 2 autres potentiels Apis ce qui au final ferait 13 Apis pour 13 caveaux même s’il manque un sarcophage dans l’un de ces caveaux. Il est tentant de penser que c’est le dernier taureau Apis qui n’a pas eu de sarcophage et donc d’enterrement suite à une domination romaine qui a pu mettre fin aux rituels religieux Egyptiens. D’ailleurs, il n’est pas impossible que le sarcophage en granite gris se trouvant dans le couloir Nord ainsi qu’à quelques mètres son couvercle dans la chambre des stèles pouvaient avoir comme destination ce caveau  qui reste vide dans la 3ème salle, même si ce sarcophage n’est pas fait d’un granit noir.  Dans ce cas, on peut penser qu’un sarcophage dans cette salle a pu accueillir le potentiel 3ème Apis qui n’a malheureusement pas laissé de traces pour l’instant.

Transport et mise en place des sarcophages de granit

Il est fort probable que les sarcophages de granit étaient préparés près des carrières de Rohannou ou d’Assouan selon le type de granit utilisé et qu’ils prenaient ensuite la direction de Memphis par bateau car des stèles en démotique d’ouvriers et de prêtres architectes nous apprennent qu’une fois arrivés à Memphis, les sarcophages étaient ensuite tirés jusqu’à leurs caveaux respectifs dans les grands souterrains. Une stèle en Egyptien démotique retrouvée nous apprend que le transport d’un sarcophage de granit depuis Memphis jusqu’à son installation dans son caveau prend 19 jours dont 5 jours chômés ce qui nous amène pour les transporteurs à 14 jours de travail effectif. Si l’on prend l’emplacement de la ville de Memphis le long du Nil il y a 3000 ans sur la carte, cela ferait une distance à parcourir d’un peu plus de 8 kilomètres entre la ville de Memphis et le Sérapéum. Suite au décès de l’Apis, différents rituels se déroulaient jusqu’à ce qu’au bout de 70 jours l’Apis dans un cercueil en bois ou dans un cartonnage peint soit déposé dans son sarcophage de granit.

sarcophage-dans-son-emplacement.jpgAuguste Mariette explique dans son rapport de fouilles “Le sérapéum de Memphis” publié par Gaston Maspero, que les sarcophages engagés sur des rouleaux dont la trace se reconnait encore sur le sol, ont été tirés grâce à un treuil horizontal à huit leviers. Il a d’ailleurs trouvé, durant les fouilles, deux de ces treuils dans l’un des caveaux. Ensuite, le caveau qui était rempli de sable jusqu’au niveau du sol de la galerie permettait par la suite le déplacement du sarcophage dans son caveau. Le désensablement du caveau se faisait progressivement faisant ainsi descendre doucement le sarcophage jusqu’à une excavation pratiquée dans le sol, à laquelle les ouvriers ont donné les dimensions exactes du sarcophage. Une fois le désensablement effectué jusqu’au niveau de cette excavation dans le sol, quatre hommes chacun placé dans une des niches excavées aux quatre côtés du sarcophage enlevaient le sable restant se trouvant sous le cercueil de pierre, le faisant descendre ainsi tranquillement.

Comme le précise Mariette, ce procédé d’une grande simplicité de désensablement n’est pas une simple supposition de sa part puisqu’il a lui même pu expérimenter le procédé grâce à un sarcophage qui n’était engagé dans une excavation que de quelques centimètres. Il plaça donc quatre de ses hommes, un de chaque côté et fit descendre le sarcophage jusqu’au fond.

Cependant, à regarder les différentes vidéos sur Youtube afin d’essayer de voir un peu mieux les caveaux, il ne semble pas y avoir forcément eu de niches dans tous les caveaux. De plus il est possible que toutes n’aient pas la même profondeur. Il est également possible que certaines niches qui étaient visibles à l’origine ne le soient plus car l’intégralité du sol a peut-être été entièrement excavé, depuis les fouilles de Mariette, afin de mieux distinguer certains sarcophages dans leur intégralité. Sur une durée de 5 siècles, au moins deux techniques ont pu être utilisées pour installer ces sarcophages une fois dans les grands souterrains. Les écrits d’Auguste Mariette sur certains détails peuvent manifestement ne concerner qu’un certain nombre de sarcophages même s’ils restent majoritaires.

La légende tenace de l’emploi de dynamite par A. Mariette sur un sarcophage

Une légende bien ancrée nous dit qu’Auguste Mariette aurait fait exploser à la dynamite le sarcophage en granit ci-dessous dans les grands souterrains du Sérapéum.

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Or, cela n’est pas possible et d’ailleurs A. Mariette n’en parle pas dans le compte rendu de ses fouilles. Vu avec quelle précaution il décrit avoir ouvert certains sarcophages en bois, générer cette ouverture dans le sarcophage à la dynamite sachant très bien que ça aurait pu endommager le potentiel contenu déjà très fragile de ce sarcophage semble fort peu probable. De plus, il précise dans son compte rendu que lorsqu’il pénètre dans les grands souterrains, tous les sarcophages en granit sont ouverts.

On entend aussi dire que ce serait Howard Vyse qui aurait généré cette ouverture toujours à la dynamite mais cela s’avère aussi totalement faux. Auguste Mariette a dirigé les fouilles dans les souterrains du Sérapéum de novembre 1851 à septembre 1854. Or, il ne fait jamais mention d’une quelconque intervention de Howard Vyse dans les fouilles des souterrains du sérapéum. De plus, Howard Vyse est décédé en juin 1853 à l’âge de 69 ans. Même si Vyse a, selon une légende là aussi, utilisé de la dynamite lors d’une expédition vers 1837-1838 pour se frayer un chemin dans certaines pyramides, utiliser de la dynamite pour ouvrir un sarcophage n’a rien à voir avec le fait d’en utiliser afin de se frayer un passage dans la structure d’une pyramide.

Pour enfoncer le bâton, la dynamite a été inventée par Alfred Nobel en 1867. Il cherchait à remédier à l’instabilité de la nitroglycérine qui tua son jeune frère et plusieurs ouvriers dans leur usine d’explosifs en 1864. Du coup, Auguste Mariette et Howard Vyse n’ont pas pu utiliser de la dynamite qui n’existait toujours pas lors de leurs fouilles en Egypte. Ils ont par contre utilisé, en effet, de la poudre à canon en quelques occasions. On pourrait être tenté de me dire que je joue sur les mots et qu’un explosif reste un explosif, seulement voilà, la poudre à canon n’a pas grand-chose à voir avec de la dynamite ne serait-ce qu’en terme de puissance, d’utilisation, de composition et de stabilité.

En fait, la véritable histoire concernant Mariette et une explosion dans les souterrains est la suivante. En 1852, lors de l’exploration des petits souterrains abritant des sarcophages qui étaient uniquement en bois, il se retrouve devant une partie d’une voûte qui s’est effondrée. Il s’ensuit que le passage est obstrué pour aller d’une extrémité à l’autre des petits souterrains. Pour passer, il faut se débarrasser du rocher imposant qui lui barre la route. Seule la poudre peut venir à bout de ce rocher. Ce déblaiement va lui permettre de découvrir, assez profondément encastré dans le sol, un sarcophage en bois considéré aujourd’hui comme étant celui de Khâemouaset, le fondateur des premiers souterrains du sérapéum.

Pour en revenir à ce sarcophage éventré, pourquoi ce sarcophage a t-il été ouvert de la sorte alors que pour les autres les couvercles ont été déplacés suffisamment pour se glisser à l’intérieur de chacun de ces sarcophages ? Il est probable que de potentiels profanateurs de ces souterrains durant le début de notre ère aient choisi non pas de déplacer le couvercle mais d’attaquer le sarcophage avec sans doute des outils en fer. D’ailleurs, on voit que tout le devant du sarcophage a été attaqué à différents endroits même le plus à droite. Ils ont très bien pu à un moment tomber sur un ou plusieurs défauts dans la roche sur la partie gauche ce qui a facilité la génération de cette ouverture dans le sarcophage.

Le sarcophage abandonné

Sarcophage seul - RLà aussi, sur ce sarcophage abandonné dans le couloir nord, on entend différentes choses. Ce sarcophage aurait été abandonné après que des pilleurs aient essayé de l’embarquer. Cette hypothèse est improbable voire n’a tout simplement aucun sens. Un sarcophage n’a lui-même pas de valeur contrairement à son contenu. Le plus probable est que ce sarcophage ait bien eu pour destination un caveau dans les grands souterrains mais que pour des raisons extérieures la mise en place de ce sarcophage ait été interrompue suite à, par exemple, des bouleversements géopolitiques (guerre, invasion) dans la région qui ont sans doute perturbé son installation mais aussi du coup tout le rituel concernant l’inhumation du taureau sacré Apis qui devait y reposer.

Ce sarcophage abandonné ainsi que son probable couvercle se trouvant à l’entrée du couloir nord dans la chambre des stèles ne sont pas polis. Par conséquent, certains s’imaginent que le fin poli réalisé sur les sarcophages a été réalisé une fois les sarcophages installés dans leurs caveaux. Or, tous les sarcophages n’ont pas la même qualité de poli. SONY DSCCertains n’ont été que très légèrement polis, voire pas du tout comme l’exemple du sarcophage ci-contre. De plus, dans les comptes rendus se trouvant sur les stèles des ouvriers et des prêtres architectes, une fois un sarcophage installé, il est nullement question d’un quelconque travail de finition sur ces sarcophages et notamment sur les sarcophages qui ont reçu un poli fin et travaillé comme ceux de la troisième salle sous le règne des Ptolémées. Ils ont donc très probablement été entièrement fabriqués en amont dans des carrières comme celles d’Assouan avant de rejoindre le Sérapéum de Saqqarah.

Conclusion

Le Sérapéum de Saqqarah perdura 13 siècles au cours desquels de nombreuses modifications lui furent apportées. Le pays connut également, à l’époque, de multiples rebondissements sur le plan géopolitique. Les pillages et les profanations engendrées, à partir du IVème siècle, ont laissé très peu de restes de momies de taureaux dans les sarcophages en bois ou en granit du Sérapéum. Un seul taureau momifié en plusieurs morceaux a été retrouvé dans une tombe isolée inviolée et quelques rares ossements ont pu être retrouvés dans certains sarcophages dans les premiers souterrains. C’est essentiellement grâce aux très nombreuses stèles retrouvées (+ d’un millier) sur place qu’il a été possible de regrouper autant d’informations sur ce Sérapéum dont il ne reste plus grand chose sur place aujourd’hui à part essentiellement ses grands souterrains et ses sarcophages de granit.

Remerciements

Je voudrais remercier l’égyptologue Franck Monnier pour m’avoir aiguillé vers certains ouvrages.

Je voudrais également remercier le centre de géologie Terrae Genesis pour avoir répondu à certaines questions concernant les sarcophages de granit.

Sources

Auguste Mariette :

Le Sérapéum de Memphis” de 1857, dédié à l’époque au prince Napoléon et aujourd’hui publié par la BNF.

Le Sérapéum de Memphis“, un compte rendu des fouilles d’Auguste Mariette publié par Gaston Cecile Maspero en 1882.

Choix de monuments et de dessins du Sérapéum de Memphis” publié en 1856.

Didier Devauchelle :

La XXVIe dynastie au Sérapéum de Memphis” en 2011, consultable sur  le site http://www.academia.edu .

Le Sérapéum de Memphis au Nouvel Empire” en 1993, consultable sur le site http://www.academia.edu .

Notes et documents pour servir à l’histoire du Sérapéum de Memphis” en 1994,  consultable sur le site http://www.academia.edu .

Notes et documents pour servir à l’histoire du Sérapéum de Memphis” en 2000, consultable sur le site http://www.academia.edu . Transport d’un sarcophage de pierre pour Apis à destination du Sérapéum sous le règne de Ptolémée X (Page 27).

Les stèles du Sérapéum de Memphis conservées au musée du Louvre” en 1994, consultable sur le site http://www.jstor.org . Pour accéder au document dans son intégralité, cliquer en haut de la page Jstor sur Read Online (free).

Yves Béquignon :

Ptolémée 1er et l’art Héllénistique au Sarapiéion de Memphis” en 1957, consultable sur le site www.persee.fr .

Arthur Rhoné : 

L’Egypte à petites journées, Etudes et souvenirs : Le Kaire et ses environs” publié en 1877 par Ernest Leroux. Ce livre est publié aujourd’hui par la BNF.

Jean-Philippe Lauer : 

Les deux sirènes du Sarapiéion de Memphis au musée du Caire : note complémentaire” en 1959, consultable sur le site http://www.jstor.org . Pour accéder au document dans son intégralité, cliquer en haut de la page Jstor sur Read Online (free).

Autour des sirènes-musiciennes du Sarapiéion de Memphis” en 1957, consultable sur le site http://www.jstor.org . Pour accéder au document dans son intégralité, cliquer en haut de la page Jstor sur Read Online (free).

W. Clarysse & K. Vandorpe : 

A demotic lease of temple land reused in the Katochoi Archive” en 2006, consultable sur le site http://www.jstor.org .

Max Guilmot : 

Le Sarapiéion de Memphis, Etude topographique“. Ce document est en vente uniquement sur le site www.brepolsonline.net .

Emmanuel de Rougé : 

Quelques inscriptions trouvées dans la sépulture des Apis“, publié en 1885 dans la revue d’Egyptologie .

Pierre Briant : 

Histoire de l’Empire Perse” publié en 1996.

Michel Vallogia :

La maîtrise du fer en Egypte : Entre traditions indigènes et importations“, en 1999, consultable sur le site http://www.jstor.org . Pour accéder au document dans son intégralité, cliquer en haut de la page Jstor sur Read Online (free).

Jean Vercoutter :

La découverte du Sérapéum et les funérailles de l’Apis, publié en 1964.

 

Vidéo YouTube “Archéologie Rationnelle”

Du géopolymère dans les anciens textes Egyptiens ?

Par : WikArch

Pour l’institut Géopolymère, certains textes égyptiens indiquent que les anciens égyptiens possédaient la connaissance de la pierre de synthèse géopolymère. Ces textes seraient la fresque de Ti, la stèle d’Irtysen C14 du musée du Louvre et la stèle de la famine.

Rappel concernant les géopolymères

Les géopolymères sont des chaînes ou des réseaux de molécules minérales. Les matières premières utilisées sont principalement des minéraux d’origine géologique, d’où le nom “géopolymère. Le professeur Joseph Davidovits (ingénieur chimiste) a inventé le terme en 1978 dans le cadre de recherches qu’il a commencé en 1972 et qui ont notamment conduit à la création en France d’un “Institut Géopolymère. Le professeur, qui n’est pas égyptologue, soutient que les pyramides ainsi que toutes les réalisations Egyptiennes antiques en calcaire sont composés de pierres moulées à base d’agrégats de calcaire. Pour tenter de démontrer cela, une partie de son argumentaire repose sur certains textes de l’ancienne Egypte montrant selon lui que les anciens Egyptiens connaissaient et utilisaient le procédé de la pierre de synthèse. Nous allons voir véritablement ce qu’il en est.

La fresque de Ti

La fresque de Ti, selon l’institut Géopolymère [1], illustre le travail des sculpteurs d’une statue en bois, la confection d’une statue en pierre et le mélange de produits chimiques dans des vases. Mais quelle est cette fresque ?

L’image de cette fresque n’est pas fourni par leur site web. On ne sait donc pas de quelle fresque il s’agit car cette fresque, quelque soit l’interprétation qui a pu en être faite, fait parti d’un nombre considérable de fresques dans le mastaba de Ti qui était un haut fonctionnaire sous la Vème dynastie. Les scènes sur les murs du mastaba représentent des activités diverses de la vie quotidienne de l’époque telles que la chasse, la pêche, l’élevage, le recensement des troupeaux, la moisson,  la fabrication du pain et de la bière, l’orfèvrerie, la sculpture, la menuiserie…

Selon cet institut [1], cette fresque représenterait le façonnage d’une statut en pierre synthétique avec les signes hiéroglyphes représentant l’action de “synthétiser”, “faite de main d’homme”. Or, une statue “faite de main d’homme” peut aussi  et surtout vouloir dire que cette statue a été sculptée. Elle n’est pas forcément le résultat d’un moulage quelconque. C’est faire un gros raccourci que de considérer une statue faite de main d’homme comme si elle avait forcément été synthétiser.

Malgré l’absence de cette fresque en image dans l’argumentaire de l’institut sur leur site web, il est fort probable que la fresque dont il est question soit celle-ci. A ma connaissance, il n’y a pas d’autres fresques dans le mastaba de Ti représentant des sculpteurs.

Atelier de sculpture - Mastaba Ti
Mastaba de Ti – Chapelle mur sud (source)

Pour rappel, selon cet institut, cette fresque illustre le travail des sculpteurs d’une statue en bois, la confection d’une statue en pierre et le mélange de produits chimiques dans des vases. A première vue, sans connaissance des outils Egyptiens, ni de l’écriture hiéroglyphique, on pourrait être relativement d’accord avec cette description de la fresque ci-dessus. En fait, les outils des sculpteurs et les écritures qui les surplombent apportent plus de précisions [2]. Pour cela, on va débuter à gauche de cette fresque.

Sur la première statue, le sculpteur de gauche travaille avec une herminette qui est un outil de travail du bois. Au dessus de celui-ci, les hiéroglyphes précisent qu’il est menuisier. Quant au sculpteur de droite, celui-ci travaille avec un ciseau à bois.

Concernant le deuxième statue, deux artisans sont en train de polir une statue dont on ignore si elle est en bois ou en pierre.

La troisième est clairement une statue en pierre, les deux sculpteurs travaillant dessus avec des hachettes de pierre.

Enfin, deux artisans travaille au forage de deux vases en pierre [3][4]. Les hiéroglyphes précisent que les deux artisans sont occupés à “faire le travail (de fabrication) de vases“. une autre écriture peut se lire “faire le travail par le foreur“. Ces deux personnages ne sont donc pas en train de mélanger des produits chimiques ou autres.

Il n’y a donc dans cette fresque aucune indication qui puisse nous faire penser que les Egyptiens durant la Vème dynastie avaient la connaissance des pierres de synthèses ou géopolymères.

La stèle d’Irtysen

Selon cet institut [1], la stèle d’Irtysen présente la technique de fabrication des statues en pierre synthétique (“Pierre coulée”).

Irtysen était le chef des artisans ainsi que scribe et sculpteur sous le règne de Nebhépetrê Montouhotep durant la XIème dynastie (de -2033 à -1982).

stele_Irtysen
Stèle d’Irtysen (source)

Le musée du Louvre donne une description partielle [5] de cette stèle sur son site web. La partie qui nous intéresse particulièrement est celle où Irtysen nous dit : “Je connais les secrets des hiéroglyphes et le déroulement des rituels de fête, je maîtrise toute la magie et rien ne m’en échappe; je suis un artisan expert en son art, éminent par ses connaissances. Je connais les techniques de la coulée (?), la pesée selon les règles, les techniques d’assemblage telles que chaque élément soit bien en place“. On peut donc lire ici qu’Irtysen maîtrise les techniques de la coulée mais on ne sait pas de quoi comme le point d’interrogation le précise. De plus, cette interrogation peut aussi émettre un doute sur la bonne compréhension du hiéroglyphe lui-même qui est traduit par : “la coulée” ?

Il est en effet légitime de se demander si “la coulée” est une bonne traduction. L’égyptologue Bernard MATHIEU propose dans une publication [6] une traduction de cette stèle. Sa traduction, même si elle ressemble pour beaucoup à celle du musée du Louvre, propose une traduction différente du passage qui nous intéresse : “Je connais le secret des hiéroglyphes et la conduite des cérémonies de fêtes. Toute forme de magie-hékaou, je l’ai acquise sans que rien ne m’en échappe. Je suis un artisan qui excelle en son art, passé maître dans sa science. Je connais les proportions d’une représentation, les calculs d’arithmétique, comment retrancher ou ajouter selon qu’elle déborde ou s’avère trop petite, jusqu’à ce que le corps trouve sa (juste) place”. Il n’est ici plus question de coulée.

Quant à la dernière partie du texte de cette stèle qui fait allusion, dans la traduction fournie par le site web du Louvre [7], à des produits qui fondent, ces produits sont des pigments et non des pierres : “Je sais faire des pigments, des produits qui fondent sans que le feu les brûle, et en outre insolubles à l’eau”. L’égyptologue Bernard Mathieu donne une traduction [6] se rapprochant de celle proposée par le Louvre : “Je connais (l‘art de) fabriquer les pâtes colorées et les enduits (?), sans laisser le feu les brûler et, de plus, insolubles à l’eau“.

Dans le texte de cette stèle, le chef artisan Irtysen, qui est aussi scribe et sculpteur, ne décrit pas la technique de fabrication de statues en pierres synthétiques, ni même une technique en particulier mais énumère simplement les différentes techniques qu’il maîtrise, celle des pierres de synthèse n’en faisant manifestement pas partie.

Par conséquent, rien ne nous permet d’affirmer, en consultant cette stèle d’Irtysen, que cet artisan maîtrisait la technique de la pierre coulée (géopolymères).

La stèle de la famine

Selon ce professeur [1], cette stèle contient des hiéroglyphes désignant soit des roches et des minéraux, soit leurs procédés de transformation.

La stèle de la famine est un texte de 32 colonnes gravé sur un rocher de l’île de Séhel. Cette stèle évoque une famine qui s’installa durant 7 années à cause d’une perturbation de la crue du Nil.

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Stèle de la famine (source)

Ce professeur s’est surtout intéressé aux colonnes 11 à 19, ces colonnes évoquant des roches et des minéraux. Vous trouverez dans les sources un document [8] que j’ai réalisé où je compare sa traduction de ces quelques colonnes avec les traductions de trois égyptologues. Ici, je ne vais pas développer l’ensemble du texte car ce serait trop long mais rester essentiellement sur certaines parties qui touchent aux roches et aux minéraux, et sur lesquels le professeur a fait sa propre interprétation.

Colonne 11 : La traduction de ce professeur donne : “contenant tous les minerais, toutes les pierres (érodées) écrasées (agrégats appropriés pour l’agglomération) alors que pour les égyptologues cette traduction donne : “avec des pierres précieuses et des pierres de carrière”. Dans les traductions des égyptologues , il n’est aucunement mentionné que ces pierres sont érodées ou des agrégats. En gros, cet ingénieur chimiste rajoute ce qui l’arrange pour démontrer sa théorie.

Colonne 13 : La traduction proposée donne : “... là au milieu de la rivière une place de relaxation pour chaque homme qui traite les minerais sur ses deux côtés” alors que pour les égyptologues cette traduction donne : “... un lieu de détente pour chaque homme travaillant les pierres des deux côtés“. Cette traduction évoque le fait de “traiter les minerais” car dans la colonne 12, il est fait allusion à des produits chimiques alors que la traduction reste sur le terme de “produits” sachant que ceux-ci sont pourtant clairement énumérés et qu’il n’y est aucunement question de produits “chimiques”.

Colonne 19 : Pour la traduction de cette colonne, ce scientifique propose : “Je te confère des minerais sur des minerais … depuis la création personne ne les a jamais travaillé (pour faire la pierre) pour construire les temples des dieux ou reconstruire les temples ruinés…alors que pour les égyptologues cette traduction donne : “Je te donne pierres après pierres qui n’avaient jamais été trouvées auparavant et sur lesquelles on n’avait pas travaillé, pour la construction de temples, la reconstruction de ruines, l’incrustation des yeux des statues“. En fait, ces pierres sont clairement des pierres de carrière pour construire des temples ainsi que des pierres précieuses pour par exemple l’incrustation des yeux des statues. Il n’est pas question ici de travailler des minerais pour en faire de la pierre afin notamment de construire des temples.

Conclusion

En ce qui concerne ces trois textes, on y trouve donc absolument aucune trace d’une connaissance quelconque de pierre de synthèse chez les Egyptiens de l’époque antique.

Notes et Sources

[1] Les textes hiéroglyphiques sur le site web de l’Institut Géopolymère , chapitre B du FAQ.

[2] Paroi sud de la chapelle du mastaba de Ti (registre 3)

[3] Fabrication d’un vase en pierre avec les outils de l’Egypte Antique , 2003.

[4] Vidéos : Test du procédé de forage d’une pierre en granit et fabrication d’un vase en pierre dure de nos jours montrant que cela est possible avec des outils rudimentaires.

[5] Description partielle de la stèle d’Irtysen sur le site du musée du Louvre.

[6] Irtysen, le technicien (stèle Louvre C14), publié par Bernard Mathieu (2016).

[7] Traduction de la dernière partie de la stèle d’Irtysen proposée par le musée du Louvre.

[8] Traductions en français des traductions hiéroglyphiques ci dessous des colonnes 11 à 19 de la stèle de la famine – Archéologie Rationnelle (2019)

Traduction de la stèle de la famine par le professeur Joseph Davidovits (vers 2012-2015)

Traduction de la stèle de la famine par l’égyptologue Günther Roeder (1923)

Traduction de la stèle de la famine par l’égyptologue Paul Barguet (1953)

Traduction de la stèle de la famine par l’égyptologue Miriam Lichtheim (1973)

Présence de Djoser et Imhotep (IIIème dynastie) dans le récit de la stèle de la famine datant probablement du début de l’époque ptolémaïque. (2004)

Vidéo YouTube “Archéologie Rationnelle” associée à cet article

 

L’obélisque d’Assouan : une histoire de dolérites

Par : WikArch

L’obélisque inachevé d’Assouan se trouve dans une des carrières d’Assouan, proche du Nil, au sud de l’Egypte. Les égyptologues situent sa datation au Nouvel Empire (-1500 à -1000). En cours de chantier déjà bien avancé, les ouvriers durent se résigner à stopper l’excavation de ce mégalithe à cause de l’apparition de fissures naturelles trop importantes pour pouvoir continuer le travail.

De nos jours, dans certains documentaires, il est avancé qu’il est impossible pour les égyptiens d’avoir excavé cet obélisque par effet de percussion avec de simples boules de dolérite.

DoleriteIl a été retrouvé de nombreuses boules de dolérites autour de cet obélisque mais également en bien d’autres lieux d’Egypte. La dolérite est une roche plus dure que le granit et permet ainsi de travailler ce dernier. L’argument qui revient souvent par certains Youtubeurs et réalisateurs, c’est qu’au bout de quelques minutes à marteler le granit avec une boule de dolérite, le granit est à peine entamé. C’est exact. Pourtant ces nombreuses boules de dolérites ne se trouvent pas par hasard en grande quantité dans les carrières d’Assouan. Elles ont bien été utiles notamment à la réalisation de ce projet d’obélisque, mais les véritables question à se poser sur son utilisation sont surtout “comment ?” et “dans quelles conditions ?”.

Dolerite dorigineTout d’abord, Il est important de savoir que dans les carrières d’Assouan, où l’on trouve ces dolérites en grande quantité, celles-ci ne possèdent pas à l’origine cette forme ronde [1]. C’est à force de les utiliser de telle ou telle manière pour travailler une roche comme le granit, qu’elles finissent par obtenir cette forme. Selon les relevés effectués de ces dolérites en différents lieux d’Egypte, ces dolérites font de 13 à 40 cm de diamètre. Elles étaient donc, pour chacune d’entre elles avant leur utilisation, un peu plus volumineuses.

Voyons maintenant l’utilisation de ces dolérites dans un chantier comme celui de l’obélisque inachevé d’Assouan qui nous renseigne sur les premières étapes d’un tel projet.

Pour démarrer le travail d’excavation du futur obélisque, les ouvriers devaient en premier lieu repérer des fissures naturelles sur le sol rocheux afin de faciliter le travail d’excavation et ainsi dégager un bloc qui allait ensuite être travaillé et affiné afin d’obtenir la forme et les dimensions souhaitées. Une fois ces fissures repérées, marteler ces fissures avec de la dolérite prenait bien trop de temps. Pour accélérer considérablement le travail du granit, les égyptiens avaient recours à la technique de calcination du granit, afin d’aplanir la surface et faciliter le pilonnage avec de la dolérite [2]. En effet, des égyptologues ont pu retrouver à proximité d’énormes blocs de granit inachevés, mais aussi sous certains d’entre eux, des morceaux de briques d’argile calcinés, des copeaux de bois brûlés et des éclats de pierre fracturés par la chaleur [3].

Les égyptiens se servaient donc du feu pour fragiliser le granit. Ils construisaient un mur avec des briques pour contenir le feu et y faisaient brûler du bois à l’intérieur, au dessus et autour de la fissure naturelle. Sous l’effet de la chaleur qui pouvait atteindre les 800 degrés, la pierre se dilatait. Au bout d’un moment, une fois le feu atténué, de l’eau froide était déversé sur le feu ce qui contractait le granit et faisait baisser sa température de l’ordre de 80% en quelques secondes. Ce processus fragilisait ainsi le granit et facilitait l’excavation via le martelage à l’aide de dolérites qui permettait de briser la roche en fragments.

Mais l’intérêt de la boule de dolérite, ne s’arrêtait pas à cela. Une fois que les fissures naturelles étaient devenus de véritables tranchées, les égyptiens travaillaient l’énorme bloc sur les 3 faces accessibles mais aussi sur une partie de la quatrième face se situant sous le bloc, et cela toujours avec des dolérites. Suite au travail de calcination et de martelage de la roche, ils frottaient le granit avec des dolérites ce qui effritait la roche. Via ce processus, ils sculptaient et affinaient la roche. Il est également possible que les ouvriers aient marteler à nouveau la roche lors de cette étape pour notamment affiner le travail.

Les sillons tracés sur les différences faces de l’obélisque permettent d’ailleurs de clairement visualiser ce travail avec la dolérite qui permettait de travailler et polir en partie ou en totalité cet énorme bloc excavé du sol. Le sens des sillons visibles sur l’obélisque inachevé permet de visualiser le sens dans lequel les ouvriers frottaient la dolérite sur la roche de granit. Cela est d’autant plus visible dans les tranchées.

Cette dolérite était manifestement très utilisé en Egypte antique et notamment pour sculpter les statues car certaines peintures retrouvées dans certaines tombes comme la tombe de Rekhmire (XVIIIème dynastie) permettent d’envisager l’usage qui pouvait en être fait. Ces peintures semblent suggérer certains artisans avec des boules de dolérite qui sculptent la pierre par effet de frottement ou de percussion, selon les étapes de finition.

Faconnage de statues avec boules de dolerites - Peinture tomb Rekhmire.jpg

Artisans, tombe de Rekhmire (Source)

 

Sources

[1] Dolerite pounders Petrology sources and use (résumé page 127)

[2] Notes sur l’extraction de l’obélisque inachevé dans les carrières d’Assouan

[3] Calcination et pilonnage du granit avec des dolérites (vidéo documentaire)

 

 

L’obélisque d’Assouan : une histoire de dolérites

Par : WikArch

L’obélisque inachevé d’Assouan se trouve dans une des carrières d’Assouan, proche du Nil, au sud de l’Egypte. Les égyptologues situent sa datation au Nouvel Empire (-1500 à -1000). En cours de chantier déjà bien avancé, les ouvriers durent se résigner à stopper l’excavation de ce mégalithe à cause de l’apparition de fissures naturelles trop importantes pour pouvoir continuer le travail.

De nos jours, dans certains documentaires, il est avancé qu’il est impossible pour les égyptiens d’avoir excavé cet obélisque par effet de percussion avec de simples boules de dolérite.

DoleriteIl a été retrouvé de nombreuses boules de dolérites autour de cet obélisque mais également en bien d’autres lieux d’Egypte. La dolérite est une roche plus dure que le granit et permet ainsi de travailler ce dernier. L’argument qui revient souvent par certains Youtubeurs et réalisateurs, c’est qu’au bout de quelques minutes à marteler le granit avec une boule de dolérite, le granit est à peine entamé. C’est exact. Pourtant ces nombreuses boules de dolérites ne se trouvent pas par hasard en grande quantité dans les carrières d’Assouan. Elles ont bien été utiles notamment à la réalisation de ce projet d’obélisque, mais les véritables question à se poser sur son utilisation sont surtout « comment ? » et « dans quelles conditions ? ».

Dolerite dorigineTout d’abord, Il est important de savoir que dans les carrières d’Assouan, où l’on trouve ces dolérites en grande quantité, celles-ci ne possèdent pas à l’origine cette forme ronde [1]. C’est à force de les utiliser de telle ou telle manière pour travailler une roche comme le granit, qu’elles finissent par obtenir cette forme. Selon les relevés effectués de ces dolérites en différents lieux d’Egypte, ces dolérites font de 13 à 40 cm de diamètre. Elles étaient donc, pour chacune d’entre elles avant leur utilisation, un peu plus volumineuses.

Voyons maintenant l’utilisation de ces dolérites dans un chantier comme celui de l’obélisque inachevé d’Assouan qui nous renseigne sur les premières étapes d’un tel projet.

Pour démarrer le travail d’excavation du futur obélisque, les ouvriers devaient en premier lieu repérer des fissures naturelles sur le sol rocheux afin de faciliter le travail d’excavation et ainsi dégager un bloc qui allait ensuite être travaillé et affiné afin d’obtenir la forme et les dimensions souhaitées. Une fois ces fissures repérées, marteler ces fissures avec de la dolérite prenait bien trop de temps. Pour accélérer considérablement le travail du granit, les égyptiens avaient recours à la technique de calcination du granit, afin d’aplanir la surface et faciliter le pilonnage avec de la dolérite [2]. En effet, des égyptologues ont pu retrouver à proximité d’énormes blocs de granit inachevés, mais aussi sous certains d’entre eux, des morceaux de briques d’argile calcinés, des copeaux de bois brûlés et des éclats de pierre fracturés par la chaleur [3].

Les égyptiens se servaient donc du feu pour fragiliser le granit. Ils construisaient un mur avec des briques pour contenir le feu et y faisaient brûler du bois à l’intérieur, au dessus et autour de la fissure naturelle. Sous l’effet de la chaleur qui pouvait atteindre les 800 degrés, la pierre se dilatait. Au bout d’un moment, une fois le feu atténué, de l’eau froide était déversé sur le feu ce qui contractait le granit et faisait baisser sa température de l’ordre de 80% en quelques secondes. Ce processus fragilisait ainsi le granit et facilitait l’excavation via le martelage à l’aide de dolérites qui permettait de briser la roche en fragments.

Mais l’intérêt de la boule de dolérite, ne s’arrêtait pas à cela. Une fois que les fissures naturelles étaient devenus de véritables tranchées, les égyptiens travaillaient l’énorme bloc sur les 3 faces accessibles mais aussi sur une partie de la quatrième face se situant sous le bloc, et cela toujours avec des dolérites. Suite au travail de calcination et de martelage de la roche, ils frottaient le granit avec des dolérites ce qui effritait la roche. Via ce processus, ils sculptaient et affinaient la roche. Il est également possible que les ouvriers aient marteler à nouveau la roche lors de cette étape pour notamment affiner le travail.

Les sillons tracés sur les différences faces de l’obélisque permettent d’ailleurs de clairement visualiser ce travail avec la dolérite qui permettait de travailler et polir en partie ou en totalité cet énorme bloc excavé du sol. Le sens des sillons visibles sur l’obélisque inachevé permet de visualiser le sens dans lequel les ouvriers frottaient la dolérite sur la roche de granit. Cela est d’autant plus visible dans les tranchées.

Cette dolérite était manifestement très utilisé en Egypte antique et notamment pour sculpter les statues car certaines peintures retrouvées dans certaines tombes comme la tombe de Rekhmire (XVIIIème dynastie) permettent d’envisager l’usage qui pouvait en être fait. Ces peintures semblent suggérer certains artisans avec des boules de dolérite qui sculptent la pierre par effet de frottement ou de percussion, selon les étapes de finition.

Faconnage de statues avec boules de dolerites - Peinture tomb Rekhmire.jpg
Artisans, tombe de Rekhmire (Source)

 

Sources

[1] Dolerite pounders Petrology sources and use (résumé page 127)

[2] Notes sur l’extraction de l’obélisque inachevé dans les carrières d’Assouan

[3] Calcination et pilonnage du granit avec des dolérites (vidéo documentaire)

 

 

Obelisque Assouan inachevé

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Dolerite

Dolerite dorigine

Faconnage de statues avec boules de dolerites - Peinture tomb Rekhmire.jpg

Le moaï « El Gigante » de l’île de Pâques

Par : WikArch

Le moaï « El Gigante » de l’île de Pâques, se trouvant sur un flanc du volcan Rano Raraku, mesure 22 mètres de long pour un poids estimé entre 150 et 182 tonnes [1] et non 250 tonnes comme certains documentaires l’affirment.

Ce moaï, comme tous ceux de l’île, est en tuf, c’est à dire un amas de cendres volcaniques solidifiées. Le tuf est une roche assez fragile et facile à travailler.

Ce gigantesque moaï ne semble clairement pas avoir été taillé pour être extrait [2]. Vu la longueur, le poids et la composition rocheuse de ce moaï, tenter de l’extraire du flanc du volcan et de le lever l’amènerait à se briser.

D’autres moaï du genre mais d’envergure moindre restant tranquillement installés dans le flanc rocheux du Rano Raraku, n’ont manifestement pas été taillés dans la roche pour être extraits. L’archéologue Nicolas Cauwe voit dans ce type de moaï une des différentes évolutions dans le temps de la religion des habitants de l’île.

moais couchés
Plusieurs moaï dans le flanc rocheux du Rano Raraku

Sources

[1] Estimations du poids du moaï « El Gigante » : 1, 2, 3.

[2] Conférence de Nicolas Cauwe (archéologue et spécialiste de l’île de Pâques) au Muséum de Toulouse (2018). Le sujet du moaï « El Gigante » est traité dans cette vidéo à 24:50.

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moais couchés

Le moaï “El Gigante” de l’île de Pâques

Par : WikArch

Le moaï “El Gigante” de l’île de Pâques, se trouvant sur un flanc du volcan Rano Raraku, mesure 22 mètres de long pour un poids estimé entre 150 et 182 tonnes [1] et non 250 tonnes comme certains documentaires l’affirment.

Ce moaï, comme tous ceux de l’île, est en tuf, c’est à dire un amas de cendres volcaniques solidifiées. Le tuf est une roche assez fragile et facile à travailler.

Ce gigantesque moaï ne semble clairement pas avoir été taillé pour être extrait [2]. Vu la longueur, le poids et la composition rocheuse de ce moaï, tenter de l’extraire du flanc du volcan et de le lever l’amènerait à se briser.

D’autres moaï du genre mais d’envergure moindre restant tranquillement installés dans le flanc rocheux du Rano Raraku, n’ont manifestement pas été taillés dans la roche pour être extraits. L’archéologue Nicolas Cauwe voit dans ce type de moaï une des différentes évolutions dans le temps de la religion des habitants de l’île.

moais couchés

Plusieurs moaï dans le flanc rocheux du Rano Raraku

Sources

[1] Estimations du poids du moaï “El Gigante” : 1, 2, 3.

[2] Conférence de Nicolas Cauwe (archéologue et spécialiste de l’île de Pâques) au Muséum de Toulouse (2018). Le sujet du moaï “El Gigante” est traité dans cette vidéo à 24:50.

Les pyramides d’Egypte : tombeaux ou cénotaphes ?

Par : WikArch

Encore de nos jours, les pyramides de l’Egypte Ancienne sont pour certains des tombeaux et pour d’autres des cénotaphes. Pour les égyptologues, il n’y a par contre aucun doute, ces pyramides sont bien des tombeaux. Mais, revenons d’abord sur la définition de chacun de ces 2 termes.

Un tombeau est un monument funéraire servant de sépulture. Un cénotaphe est, quant à lui, un monument élevé à la mémoire d’un mort ou d’une divinité et qui donc ne contient pas de corps. Un cénotaphe ne contient pas non plus le corps d’un défunt le temps d’une simple cérémonie avant d’être inhumé dans un autre lieu.

Il est aussi bon de préciser que quand les égyptologues parlent des pyramides en tant que tombeaux, c’est tout simplement parce que ce sont, selon des éléments concrets, leur fonction d’origine. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas retrouvé de corps à l’intérieur, les tombes ayant été pillées et profanées, qu’elles doivent du coup être considérées comme des cénotaphes.

Il semble donc nécessaire de refaire un point sur les tombeaux et cénotaphes de l’ancienne Egypte.

Les cénotaphes de l’Egypte ancienne

Des édifices de l’Egypte ancienne sont clairement identifiés comme des cénotaphes. Voyons lesquels.

Tout d’abord, il y a le cénotaphe du dieu Osiris se trouvant dans la grande tombe du prêtre Padiamenopé (ou Pétaménophis) [1] qui est l’une des grandes tombes de la plaine de l’Assassif, au pied du temple de Deir el-Bahari dans la nécropole thébaine. Elle date de la fin de la XXVème ou du début de la XXVIème dynastie (vers 650 avant J.-C). Ce cénotaphe st considéré aujourd’hui comme une réplique du cénotaphe de Sethi 1er (XIXe dynastie) [2] toujours lié à Osiris en Haute Egypte à Abydos. La tombe de Sethi 1er se trouve, quant à elle, dans la vallée des rois.

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Cénotaphe de Sethi 1er à Abydos (Source)

A Abydos également, la pyramide d’ Ahmôsis 1er de la XVIIIème dynastie, aujourd’hui en ruine, dans laquelle n’a pas été trouvée de chambre funéraire, est par conséquent un cénotaphe. Près de cette pyramide, ce pharaon avait également fait édifié une pyramide cénotaphe pour sa grand-mère, Tétishéri [3][4].

Pour terminer ces quelques exemples, le cénotaphe d’Haroua [5], haut dignitaire de la XXVème dynastie (sous le règne de Taharka) est aussi un cénotaphe du dieu Osiris.

Les pyramides tombeaux de l’Egypte ancienne

Les tombeaux en forme de pyramide ont tout d’abord été le résultat de l’évolution d’un autre édifice funéraire que l’on nomme mastaba. Le mastaba a été durant les deux premières dynasties une sépulture royale pour les rois d’Egypte. Suite à cela, Imhotep, l’architecte sous le règne du roi Djoser, fait évoluer le mastaba en ce qu’on appelle une “pyramide à degré” même si la volonté de départ ne semble pas avoir été de faire évoluer ce type d’édifice vers un monument spécifiquement pyramidal. Ce n’est qu’à partir de la IVème dynastie durant le règne de Snéfrou que la forme pyramidale pour les sépultures royales commence à devenir la norme.

Pyramide Djoser - R

Pyramide à degré de Djoser (Source)

Les pyramides sont composés d’une ou plusieurs chambres dont une chambre funéraire doté d’un sarcophage de pierre pour accueillir la momie du défunt pharaon. Elles sont insérées dans un complexe funéraire composé de différents éléments selon les désirs du pharaon et l’évolution de la religion Egyptienne. Ces complexes peuvent notamment être composé de temples, de fosses à barques solaires, d’une chaussée funéraire, d’un mur d’enceinte, de petites pyramides pour les reines, de mastabas pour la famille royale et les prêtres royaux…

Les momies découvertes dans les pyramides

Un certain nombre de restes de momies de pharaons et de reines ont été retrouvées dans leurs pyramides respectives qui montrent là encore que les pyramides servaient de sépultures aux défunts pharaons et reines.

Les plus vieux restes de momies comme appartenant bien aux pharaons et reines dans leurs pyramides datent de l’Ancien Empire qui prend fin avec la VIème dynastie. La momie de Djedkarê Isési l’avant dernier pharaon de la Vème dynastie, a été retrouvée dans sa pyramide. La momie d’une reine appartenant à la Vème dynastie et qui pourrait être la reine Rêpoutnoub a été, quant à elle, retrouvée dans la pyramide nommée Lepsius LXXIVDes restes de la momie du pharaon Néferefrê de la Vème dynastie ont été découverts dans la pyramide de celui-ci. Un vase canope intact (renfermant des viscères embaumés) fut retrouvé dans la pyramide d’une reine située dans le complexe funéraire du pharaon Djédefrê de la IVème dynastie. Concernant la VIème dynastie, les restes de momies de la reine Ipout et du pharaon Pépi 1er ont été découverts dans leurs pyramides respectives tout comme se fut le cas pour la momie décapitée de la reine Neith. Un certain nombre de momies quasi complètes et de restes de momies de pharaons et de reines situés entre la XIème et la XIIIème dynastie ont également été retrouvés dans leurs pyramides respectives [6].

La religion de l’Egypte ancienne

On entend de nos jours dans certains documentaires qu’un cénotaphe accueille le corps d’un défunt le temps d’une simple cérémonie avant d’être inhumé dans un autre lieu. Tout d’abord, comme nous avons pu le préciser, ce n’est pas la fonction d’un cénotaphe d’accueillir un défunt même pour le temps d’une simple cérémonie. Mais nous allons surtout voir pourquoi la momie du défunt pharaon n’était pas uniquement dans sa chambre funéraire le temps d’une cérémonie mais bien là pour y demeurer pour l’éternité (du moins le plus longtemps possible) ce qui faisait aussi de sa pyramide nécessairement un tombeau.

Sarcophage Ounas - R

Chambre funéraire d’Ounas (Source)

Le pharaon momifié était inhumé dans un tombeau pour rester auprès de son peuple et veiller sur lui. A cela, il faut savoir que dans la religion Egyptienne son “Ka” (corps immatériel) quittait son tombeau chaque jour et le retrouvait chaque soir [7] d’où la nécessité du processus de momification afin de préserver le plus longtemps possible son corps qu’il retrouvait chaque soir. Les textes de pyramides de la Vème et VIème dynastie nous délivrent des passages intéressants sur les sorties à la lumière des “Ka” des pharaons depuis leurs tombeaux.

Le passage ci-dessous des textes présents dans la pyramide d’Ounas précise que le défunt pharaon de chair dans son tombeau se prépare à sortir le jour.

“II (Ounas) a pris possession des trônes de Geb, et il s’est élevé lui-même jusqu’où il voulait. Rassemblant ses chairs qui étaient dans le tombeau, il s’unit à ceux qui sont dans le Noun, il fait aboutir les paroles d’Héliopolis. Ainsi Ounas sort en ce jour, sous forme juste de Akhou vivant.”

Le passage suivant que l’on retrouve dans les textes des pyramides des pharaons Teti et Merenre indiquent que d’autres hommes et femmes sont également sortis de leurs tombeaux pour s’élever au jour. Ces autres pharaons et reines ayant des tombeaux inaccessibles, c’est à dire scellés comme l’étaient leurs pyramides, se réveillent et sortent au grand jour pour la énième fois, ces autres rois et reines étant déjà inhumés depuis de nombreuses années.

Ceux des tombeaux, dont les lieux sont inaccessibles, se sont également élevés. Éveillé ! Élevez-vous !

Dans ce nouveau passage, le pharaon Pepi II Neferkare est invité a quitté son tombeau et à sortir au grand jour. D’autres pharaons sont semblent-ils aussi invités à sortir de leurs tombeaux.

Père Pepi Neferkare, levez-vous et recevez ces premières eaux fraîches qui viennent d’Akhbit! Levez-vous, vous tous dans vos tombeaux; desserrez vos bandelettes! Enlevez le sable de votre visage, (Pepi Neferkare)!

Dans ce dernier passage, le pharaon Pepi 1er va passer la journée avec son ka (son double immatériel) et reviendra se coucher avec son ka.

Comme le grand passe la journée avec son ka et va au lit avec son ka, ce Pepi va passer la journée avec son ka et va se coucher avec son ka. Lorsque ce grand se réveillera, ce Pepi se réveillera, les dieux se réveilleront et les pouvoirs de contrôle se réveilleront.”

Profanation et pillage des pyramides de l’ancien empire

Il est probable, selon différentes sources de l’époque, qu’un certain nombre de transformations et de bouleversements d’ordre politique, religieux, écologique et sociaux soient apparus durant la fin de l’Ancien Empire et cela jusqu’à la première période intermédiaire qui ont mis l’Egypte en difficulté et ont sérieusement affaibli le pouvoir des pharaons et la religion en place [8]. Durant ces bouleversements, des pilleurs de tombes ont très bien pu profité du désordre ambiant pour piller les trésors, mais également des profanateurs qui en retirant les momies de leurs sarcophages mettaient fin à la religion jusque là en place sous les pharaons de l’Ancien Empire, les pharaons étant le lien entre le monde des dieux et celui des vivants.  Des profanations à cette époque seraient tout à fait cohérent dans le sens où à la fin de l’ancien empire, les structures des différentes pyramides devaient être encore relativement bien connu par certains Egyptiens ce qui permettait aux profanateurs de pénétrer dans des pyramides dotées de systèmes de verrouillage important qu’il fallait contourner.

Sarcophage Kheops

Chambre du roi Khéops (Source)

La profanation de la pyramide de Khéops avec ses chambres et galeries à une certaine hauteur est ici un bon exemple. L’entrée actuelle, générée par des sapeurs à une certaine époque et située quelques mètres au sud-est de l’entrée principale de la grande pyramide, est attribuée au sultan Al-Mamoun ce qui selon un certain nombre de récits arabes serait inexact. En admettant que Al Mamoun ou son père ait pénétré à l’intérieur de la pyramide au IXème siècle, il semblerait que la pyramide de Khéops était déjà éventré à leur arrivée. Concernant les traces de pillage dans l’édifice, en dehors bien évidemment de la sape conséquente attribuée à Al-Mamoun par laquelle on entre de nos jours, des fragments de diorite retrouvés aux abords de la niche dans la chambre dite de la reine autorisent à penser que cette niche ait pu abriter une statue [9]. Quant à l’état du sarcophage dans la chambre du roi, il montre clairement que celui-ci a été forcé afin de soulever le couvercle qui ne fut d’ailleurs jamais retrouvé. Même si certains s’étonnent que le couvercle n’aient jamais été retrouvé et du coup imaginent qu’il n’y en a jamais eu, toutes les traces de forçage au dessus des contours du sarcophage montrent clairement la présence à l’origine d’un couvercle dont il a fallu se débarrasser. J’en profite pour rappeler que les restes du couvercle du sarcophage du pharaon Mykerinos ont été retrouvés à l’entrée de sa pyramide. Il n’y a donc pas de questions particulières à se poser concernant l’absence d’un couvercle même en miette du sarcophage du pharaon Khéops dans sa chambre funéraire qu’on appelle la chambre du roi. Ce couvercle a simplement été transporté en dehors de la chambre funéraire pour des raisons qu’on ne connaîtra surement jamais.

Conclusion

Les pyramides des pharaons ne peuvent donc être, comme les égyptologues l’affirment, que des tombeaux, sauf dans de très rares cas où certaines comme la pyramide d’Ahmose sont dépourvues de chambres funéraires mais aussi de galeries. Les cénotaphes Egyptiens recensés sont quant à eux essentiellement des monuments érigés au nom d’une divinité comme Osiris. A cela, il faut ajouter la présence de systèmes de verrouillage assez sophistiqués dans ces pyramides tombeaux qui n’auraient pas grande utilité dans des pyramides cénotaphes. Ce que ces systèmes de verrouillage tendaient surtout à protéger et qui avait le plus de valeur dans ces chambres funéraires, au delà des différents artéfacts de valeur, c’était surtout la momie du pharaon elle même.

Sources

[1] Cénotaphe du dieu Osiris se trouvant dans la grande tombe du prêtre Padiamenopé

[2] Cénotaphe de Séthi 1er à Abydos

[3] Pyramides d’Ahmose et de Tetisheri à Abydos

[4] The complete pyramide de l’égyptologue Mark Lehner  (Pyramide d’Ahmose en page 190) – 2008

[5] Cénotaphe d’Haroua lié au Dieu Osiris

[6] Les momies des pyramides : Voir tableau récapitulatif à la fin de l’article (site web Irna.fr)

[7] Le jugement du roi mort dans les textes des pyramides de Saqqarah

[8] Contexte sous la première période intermédiaire (Site web Antikforever qui propose un résumé intéressant)

[9] “L’ère des géants” de l’égyptologue Franck Monnier – 2017

Vidéo “Archéologie Rationnelle”

 

AR Vs BAM : Un tombeau bâti en 20 ans ?

Par : WikArch

Le réalisateur de la révélation des pyramides (LRDP) et des bâtisseurs de l’ancien monde (BAM) a publié en février 2019 une vidéo sur la durée de construction de la grande pyramide, l’attribution de la grande pyramide au pharaon Khéops, la fonction des pyramides, le contenu des papyrus de Merer mais aussi sur la durée du règne de Snéfrou.

[NB] Je termine et publie cet article avec plusieurs mois de retard ayant été occupé par d’autres sujets. Dans cet article, on va analyser les propos de cette vidéo qui sont très représentatifs des propos que l’on trouve dans les deux documentaires du réalisateur. C’est un exercice que je n’avais pas expérimenté jusqu’ici. Mes sources sont directement précisées après chaque citation analysée et non à la toute fin de l’article. Je ne pense pas que je réitérerai ce type d’article à l’avenir mais cela était intéressant, ne serait-ce que pour l’exercice.

On va donc revenir sur les propos du réalisateur dans cette vidéo YouTube qui s’intitule « BAM YS EP#2 : Un tombeau bâti en 20 ans, quelles sont les sources ? »

00:35 :  » On aurait employé environ 15000 personnes durant une vingtaine d’années pour bâtir la grande pyramide. On ne sait rien des outils et on spécule sur la méthode. On en sait peu davantage sur la gestion complexe d’un tel chantier, les nourrir, les faire dormir, les soigner car les ouvriers n’auraient porté ni gants, ni chaussures de sécurité. »

Cela mériterait un article entier mais je vais quand même en parler en allant à l’essentiel. On connait pourtant un certain nombre d’outils dont certains qui amènent également à faire notamment des spéculations rationnelles concernant les techniques utilisées par exemple pour travailler la pierre quelque soit sa ténacité. Un certain nombre de documentaires et de publications égyptologiques mentionnent ces outils et font état de techniques ayant été ou ayant pu être utilisées en Egypte ancienne [1].

On en sait tout autant concernant la gestion d’un tel chantier notamment comment nourrir et faire dormir les ouvriers. Les ouvriers permanents sur le chantier vivaient dans la cité des ouvriers [2] [3] qui se trouvaient sur le plateau de Gizeh. Les ouvriers saisonniers, quant à eux, vivaient dans des campements temporaires. Vu qu’il y avait des ouvriers présents sur le chantier de manière permanente et d’autres de manière saisonnière, il reste assez difficile de s’arrêter à un  nombre d’ouvriers global sans y apporter plus de détails. Cependant, on peut déjà prendre en compte que la cité des ouvriers mis au jour par les équipes de l’égyptologue Mark Lehner donnent suffisamment d’indications pour estimer la population de cette cité à au moins 6000 personnes. Une population à laquelle on peut sans doute rajouter encore bon nombre de travailleurs saisonniers.

La nourriture des ouvriers [4] est aussi clairement connue aujourd’hui car de très nombreux restes de viande et de poisson ont été retrouvés aux emplacements de la cité ainsi que des camps provisoires. Des restes de blés carbonisés permettent aussi de savoir qu’ils mangeaient du pain, entre autres.

A savoir aussi qu’on a retrouvé bon nombre de tombes d’ouvriers [5] sur le plateau de Gizeh datant de la construction des pyramides érigées sur ce plateau.

Enfin, en effet, les ouvriers égyptiens n’avaient ni gants, ni chaussures de sécurité comme tous les ouvriers dans le passé et qui ont pourtant construit tant de monuments. Le réalisateur tombe souvent dans l’anachronisme. Ici, on en a un très bel exemple. Il est préférable de ne jamais mélanger les époques, d’autant plus quand 5000 ans les séparent car les méthodes de travail sont très différentes et le contexte social est également bien différent.

Sources

A savoir que les liens vidéos ci-dessous vont directement à l’information dans chacun des documentaires.

[1] Outils et techniques des ouvriers : Technique du sciage des joints ; Extraction du granite en Egypte Antique ; Stoneworking Technology in Ancient Egypt ; Mechanical Engineering in Ancient Egypt, Part XII: Stone Cutting ; Le travail des roches dures dans l’Egypte Ancienne ; Taille d’un sarcophage en granite ; Notes sur l’extraction de l’obélisque inachevé d’Assouan ; Sculpture d’un sarcophage en granit .

[2] Cités d’ouvriers sur le plateau de Gizeh : Vidéo_1 ; Vidéo_2

[3] Dortoirs pour les ouvriers : Vidéo_1

[4] Nourriture pour les ouvriers : Vidéo_1

[5] Tombes d’ouvriers : Vidéo_1 ; Vidéo_2Vidéo_3 ; Vidéo_4

00:56 : « Cet immense travail aurait été accompli pour servir de cénotaphe au roi Khéops à sa mort c’est à dire de bâtiment utilisé le temps d’une cérémonie pour permettre à son âme de s’élever dans le ciel. Une fois le rituel accompli on aurait scellé hermétiquement la pyramide puis transporter sa momie ailleurs. » 

La grande pyramide n’a pas été construite pour servir de cénotaphe mais de tombeau. Ce réalisateur a décidé de lui même de mettre cette affirmation sur le dos des égyptologues et par la même occasion d’inventer une définition personnelle du terme « Cénotaphe ». On verra plus bas sur quoi il se base pour affirmer cela. Il est cependant bon de préciser dès à présent qu’un cénotaphe est un monument élevé à la mémoire d’un mort ou d’une divinité et qui ne contient pas de corps. Ce n’est pas un bâtiment utilisé le temps d’une simple cérémonie pour permettre à l’âme d’un pharaon dans son sarcophage de s’élever dans le ciel. Je traite déjà des notions de tombeau et de cénotaphe dans mon article « Les pyramides d’Egypte : tombeaux ou cénotaphes ? »

01:11 : « Aucune inscription nulle part, aucune statue gigantesque, aucune signature…« 

Aucune inscription gravée dans la grande pyramide, en effet. Cependant les ouvriers ont laissé des inscriptions peintes en rouge sur des blocs de granite composant certaines des chambres dites « de décharge » au dessus de la chambre du roi Khéops. Parmi ces inscriptions, on retrouve, entre autres, deux cartouches à plusieurs reprises du pharaon Khéops que sont les cartouches Khufu et Khnum Khufu [6]. Khufu est le nom abrégé du pharaon et Khnum Khufu son nom complet qui précise que Khéops est protégé par le dieu Khnum, entre autres gardien du Nil. Pour rappel, Khéops est quant à lui le nom grec de ce pharaon.

Cartouches khufu et Khnum Khufu - R
Cartouches de Khéops présents dans sa pyramide (Source)

A noter que certaines de ces inscriptions sont à moitié visibles car certaines parties se trouvent derrière des blocs de granite de plusieurs tonnes. Rien que pour cette dernière précision, il est évident que ces inscriptions datent du transport ou de la mise en place de ces blocs de granite durant la construction de la grande pyramide et ne peuvent donc pas avoir été rajoutées une fois le monument terminé. Certains détracteurs ont émis l’hypothèse que ce serait le colonel Vyse lors de son étude de la grande pyramide en 1838 qui aurait rajouté ces écritures en rouge sur les blocs de granite pour s’accaparer de fausses découvertes. Mais le colonel ne pouvait pas avoir inventé ces cartouches qui seront également retrouvés plus tard dans des tombes de la famille royale et de prêtres de l’époque.

Cartouches khufu chambres
Cartouches de Khufu (Khéops) dans le livre d’Howard Vyse (Source)
Cartouches khnum khufu chambres - zoom
Cartouches de Khnum Khufu (Khéops) dans le livre d’Howard Vyse (Source)

Il faut aussi préciser que la présence d’inscriptions en rouge dans la pyramide de Khéops n’est pas un cas unique propre à cette pyramide. Des inscriptions similaires en rouge faites par des ouvriers ont été retrouvées à différents endroits comme au Ouadi el-Jarf où ont été retrouvés les papyrus de Merer, dans la tombe G VI se trouvant au sud de la grande pyramide, dans le temple de Neferirkare, dans la tombe G 2430 à l’ouest de la grande pyramide, dans le temple funéraire de Mykérinos et dans bien d’autres lieux d’Egypte [6].

Concernant la présence ou non de statues à l’origine dans la grande pyramide, il est bon de souligner la découverte par l’égyptologue Flinders Petrie de fragments de diorite aux abords de la niche dans la chambre dite « de la reine » laissant envisager que cette niche ait abrité une statue [7].

Sources

[6] Egyptian phyles in the old Kingdom (1991)

[7] « L’archittetura delle piramidi menfite » de Maragioglio et Rinaldi (1965) – Page 124 (N°23)

01:27 :  » Tout le monde sait bien que la grande pyramide est le tombeau de Khéops et qu’elle a été bâti en 20 ans par des dizaines de milliers d’hommes. C’est écrit dans les livres d’Histoire de Sixième« 

Il nous montre dans sa vidéo deux captures d’écrans de paragraphes issus de certains livres d’Histoire de classe de 6ème dans lesquels il est précisé que les pyramides sont des tombeaux et aussi dans lesquels il est selon lui précisé qu’elles ont été bâti en 20 ans par des dizaines de milliers d’hommes. Ce réalisateur cherche donc à démonter le discours des égyptologues à partir de livres pour collégiens au lieu de le faire à partir de documents scientifiques et écrits par des égyptologues ou archéologues. De plus, il s’agit dans le cas présent de soi-disantes affirmations qui n’y sont même pas, comme on va pouvoir le constater. Je rappelle aussi à ce réalisateur, même si çà ne semble pas évident pour lui, que les cycles d’enseignement primaire et secondaire n’ont pas vocation à former spécifiquement des égyptologues d’autant plus avec 2 pauvres pages sur l’Egypte.

Que disent donc exactement ces paragraphes capturés par le réalisateur dans les livres d’Histoire de 6ème ?

Tombeau - cours histoire collège
Livre d’Histoire de 6ème – Editions Belin – Page 18 (Source)
Tombeau - cours histoire collège 2
Livre d’Histoire de 6ème – Editions Hachette Education – Page 56 (Source)

Les deux seules captures d’écrans du dessus présentées durant sa vidéo font état de la fonction de tombeaux mais pas de la durée ni du nombre d’ouvriers nécessaires pour construire la grande pyramide. Un seul de ces livres d’Histoire pour collégiens donne sur une autre page des informations sur la durée de construction du chantier de la grande pyramide et un nombre d’ouvriers dans lequel la durée indiquée n’est pas 20 ans mais 30 ans avec 30000 hommes comme indiquée ci-dessous.

Construction de la pyramide de Khéops 30 ans
Livre d’Histoire de 6ème – Editions Belin (Source)

Ce n’est pas la première fois que le réalisateur met en arrière plan des articles ou des pages de livres qui ne contiennent pas ce qu’il est en train de dire dans sa vidéo. On lui recommandera donc de soit mieux préparer ses vidéos, soit d’éviter d’illustrer ses propos avec de mauvaises sources écrites sous prétexte qu’il sait très bien que la plupart des gens n’iront pas vérifier si ce qu’il montre en vidéo est en concordance avec son discours.

Il est aussi bon de préciser que l’autre livre de référence de ce réalisateur concernant l’Egypte est « La vie privée des hommes au temps des anciens Égyptiens».

au temps des anciens égyptiens

Il a même été mettre en avant ce livre durant une interview sur la chaîne Internet BTLV. Cet ouvrage qui date de 1979 était à destination des écoliers et des collégiens. Il est donc bon de rappeler à Mr Pouillard que depuis et en dehors de cet ouvrage, de nombreux ouvrages plus sérieux sur l’Egypte sont à disposition et que depuis, la révolution Internet est passé par là donnant l’accès au grand public à de très nombreuses publications égyptologiques anciennes et récentes. Chercher ces publications demandent simplement du temps et une véritable volonté de vouloir fournir au public de bonnes informations.

Mais avant de reprendre la vidéo là où on en était, j’ai trouvé de magnifiques coquilles dans certains de ces livres d’Histoire. Je vous laisse les trouver. D’ailleurs, si ce réalisateur qui semble prendre les livres d’Histoire pour collégiens comme sources de référence n’était pas dans l’aveuglement ni dans les biais de confirmation en permanence, il aurait pu remarquer ces coquilles et les utiliser un minimum à son avantage même si çà n’a pas grand intérêt car un livre d’Histoire pour collégiens n’est bien évidemment pas un livre de référence pour parler d’égyptologie.

pyramide kheops
Editions Hachette Page 56 (Source)
pyramide kheops 2
Lelivrescolaire.fr – Page 66 (Source)

01:40 :  » C’est tout de même dommage que ces livres d’Histoire ne soient pas à jour car selon l’égyptologie, la grande pyramide ne serait plus un tombeau mais un cénotaphe. »

S’il précise cela, c’est surtout dû au fait que selon son interprétation très personnelle d’un paragraphe sur les pyramides d’Egypte dans l’encyclopédie Larousse 2019 et non selon l’égyptologie comme il veut le faire croire, la grande pyramide serait maintenant considéré comme un cénotaphe et non un tombeau, ce qui bien sûr est totalement faux. On détaillera cela plus bas car ce sujet de cénotaphe revient à plusieurs reprises au cours de la vidéo.

02:12 :  » Si on a aucune archive sur le plus gros chantier de l’histoire de l’humanité, comment peut on savoir que c’est le tombeau ou le cénotaphe de Khéops et qu’il a été bâti en 20 ans ? Tout par les écrits de l’historien grec Hérodote qui vécu environ 5 siècles avant notre ère et qui nous rapporte ce que les prêtres égyptiens lui auraient dit lors de ses voyages. C’est sur ce témoignage que repose principalement l’attribution de la grande pyramide à Khéops et les 20 ans de durée du chantier ».

Je ne reprendrai pas tous les passages dans la vidéo où le réalisateur cite Hérodote car çà n’a aucun intérêt selon moi. Je ne suis pas égyptologue mais tout comme les égyptologues d’aujourd’hui, quand j’ai des recherches à faire sur l’Egypte, c’est certainement pas Hérodote qui me vient à l’esprit, ni même d’ailleurs des livres d’histoires pour écoliers et collégiens.

Ensuite, ce n’est pas sur le témoignage d’Hérodote que repose principalement l’attribution de la grande pyramide à Khéops. Comme on a pu notamment le préciser plus haut, les cartouches de Khéops se retrouvent à différents endroits que ce soit dans deux des « chambres de décharge » de sa pyramide et cela à plusieurs reprises, mais aussi dans la fosse à barque [8] près de sa pyramide, dans les papyrus de Merer [9] découverts sur les bords de la mer Rouge et dans des textes gravés dans les tombes de la famille royale [10] et des prêtres [11] se situant dans le complexe funéraire de sa pyramide.

La durée attribuée à la construction de la pyramide de Khéops est liée essentiellement à la durée du règne de Khéops qui est elle-même basée sur les années de recensement du bétail de Khéops. L’année de recensement de Khéops la plus tardive retrouvée est l’année suivant la 13ème année du recensement du bétail de Khéops. Cette inscription a été retrouvée à deux reprises, une fois dans l’oasis de Dakhla [12] et une autre parmi les papyrus de Merer [2] retrouvés sur les bords de la mer Rouge. On peut donc déjà affirmer que le règne de Khéops dura au moins 13 ans. A cela, il faut préciser que le recensement durant l’ancien empire semble essentiellement se dérouler tous les 2 ans, ce que vient confirmer la formulation retrouvée qui nous informe qu’il s’agit de l’année suivant la 13ème année du recensement. Le recensement semble donc bien se faire tous les 2 ans, sinon pourquoi utilisé cette formulation et non préciser que ce pourrait être la 14ème année. Cette donnée supplémentaire indique que le règne de Khéops a très probablement atteint 26 ou 27 ans. Si je donne cette fourchette de 26 ou 27 ans, c’est parce qu’on ne sait pas si le recensement qui semblait clairement se produire tous les deux ans démarrait dès la première année du règne ou bien dès la deuxième. Donc pour l’instant, avec les informations recueillies, le règne de Khéops a dû très probablement durer au moins jusqu’à 26 voire 27 années. Peut-être qu’un jour de nouvelles inscriptions seront découvertes mais pour l’instant il faut se contenter de celles qu’on a.

Sources

[8] The Royal Ship of Cheops (1984) – Page 1

[9] Les papyrus de Merer et la pyramide de Khéops – Article Archéologie Rationnelle (2019)

[10] The Mastaba of Queen Mersyankh III (1974) – Page 10

[11] The Mastabas of Qar and Idu (1976) – Page 23

[12] Khufu’s ‘mefat’ expeditions into the Libyan Desert (2003)

04:34 : « On a marqué en caractères égyptiens, sur la pyramide, pour combien les ouvriers ont consommé d’aulx, d’oignons et de persil. Donc on nous dresse le portrait d’un Khéops despotique et mégalomane détesté par son peuple qu’il aurait forcé à travailler et une fois sa pyramide terminée, plutôt que de faire graver son nom en grand à hauteur de sa mégalomanie, il aurait fait écrire la quantité d’ail, d’oignon et de persil consommé par les ouvriers. »

Je m’arrête sur ce récit qui vient d’Hérodote que le réalisateur veut encore une fois attribuer aux égyptologues comme leur seule source fiable et donc tenter de démontrer que les égyptologues se basent sur des absurdités. Cependant, il est aussi absurde de penser comme le fait ce réalisateur par une animation dans sa vidéo que la quantité d’ail, de persil et d’oignon ait été inscrit en très grand sur le parement blanc de la grande pyramide. Des données concernant la logistique d’un tel chantier ont par contre pu, en effet, être écrites temporairement sur certains blocs de pierre durant la construction et cela bien évidemment en petits caractères.

06:06 : « En 2013, on a découvert les fragments d’un papyrus daté de la fin de la quatrième dynastie, l’époque supposée de la construction de la grande pyramide. Ces fragments décriraient le transport de blocs de calcaire blanc de la carrière de Tourah sur le site de Gizeh de l’autre côté du Nil. Ce papyrus ne citerait pas explicitement la grande pyramide mais le site de Gizeh. Mais rien ne prouve que çà concerne la grande pyramide car il y a beaucoup d’autres constructions en calcaire blanc de Tourah sur ce site gigantesque« .

Tout d’abord, ce n’est pas un papyrus mais plusieurs et ces papyrus ne sont pas datés de la fin de la IVème dynastie mais de la première moitié. A cela, certains de ces papyrus citent explicitement la grande pyramide par son nom « L’horizon de Khéops » tout comme celle de Khéphren s’appelait « La grande de Khéphren ». L’appellation « d’Horizon de Khéops » concerne bien la pyramide de Khéops car le hiéroglyphe de la pyramide est bien spécifié dans l’écriture hiéroglyphique de « l’Horizon de Khéops ».

horizon de khéops en hiéroglyphe
L’Horizon de Khéops

Dans certaines tombes de prêtres de la sixième dynastie, il est spécifié que certains d’entre eux avaient, entre autres, comme le prêtre Qar, la fonction de superviseur de la cité de la pyramide « l’Horizon de Khéops » et une fonction d’inspecteur (liée aux prêtres) de la pyramide « la Grande de Khéphren » [13]. Dans ces cités vivaient des prêtres, des artisans, des fonctionnaires et des serviteurs. 

Sources

[13] The Mastabas of Qar and Idu (1976) – Page 9

06:33 :  » La grande pyramide a été bâti avec du calcaire blanc, du calcaire brun et du granite. Ce texte des papyrus de Merer ne parle absolument pas des blocs de calcaire brun qui composent la grande pyramide. Bref, affirmer que ce papyrus clôt toute discussion, c’est peut-être aller un peu vite en conclusion. »

C’est vrai, ces papyrus ne parlent absolument pas des blocs de calcaire brun qui composent la grande pyramide et aucun égyptologue n’a jamais dit que c’était le cas. Certains médias du web ou de la presse ont par contre pu faire cette erreur. D’ailleurs, ces papyrus ne parlent pas non plus des blocs de granite. Comme on a pu le voir plus haut, il n’a pas été nécessaire d’attendre les papyrus de Merer pour attribuer avec certitude la grande pyramide à Khéops même si ces papyrus amènent des éléments qui viennent apporter une confirmation supplémentaire. Là où les papyrus de Merer apporte des éléments intéressants, c’est concernant la préparation du chantier de la grande pyramide avec l’extraction des pierres dans les carrières de Tourah et leur transport en bateau jusqu’à l’horizon de Khéops. Ce que les médias racontent dans leur empressement de faire le scoop est toujours à prendre avec prudence. Il suffit de s’intéresser réellement soi-même à un sujet pour faire abstraction de cette volonté des médias de faire de l’audience afin de se rendre compte de ce qu’il en est vraiment.

06:51 : « Qu’est-ce qu’on a d’autre ? Datation de mortier, un ciment entre les blocs de calcaire brun de la grande pyramide. Comment être certain que ce ne sont pas des restaurations faites à l’époque de Khéops ? Quelle preuve a t-on que c’est d’origine car on en trouve pas partout ?« 

La grande maçonnerie, c’est à dire la grande majorité de la grande pyramide, est un ensemble de blocs en calcaire nummulitique local à peine équarris, dont les joints montants sont grossièrement taillés. La percée d’Al Mamoun, le « puits de service » et la sape creusée dans la chambre de la Reine montrent que les joints dépassent parfois les 10 centimètres et sont bourrés d’un mortier composé de gypse, de sable et d’éclats de calcaire [14]. Ces différents éléments de la pyramide se trouvent à différents emplacements bien distinctes à l’intérieur de celle-ci. Là où l’on ne trouve pas de mortier, c’est au niveau des blocs de calcaire équarris qui sont actuellement visibles de l’extérieur et qui accueillaient autrefois le parement de calcaire blanc, ces blocs étant dans l’ensemble taillés proprement et disposés pierre contre pierre sans aucun mortier.

A cela, on aimerait que ce réalisateur nous explique comment l’essentiel de la structure aurait, avant le règne de Khéops, pu tenir dans le temps et résister aux séismes avec des espaces entre la majorité des pierres ? Enfin, comment les égyptiens auraient pu accéder à l’ensemble des blocs de calcaire de la structure déjà en place pour aller y mettre du mortier dans des espaces qui ne dépassent pas au plus les 10 centimètres. Un peu de sérieux ! Une grande maçonnerie bourrée de mortier se retrouve dans bon nombre de pyramides. Des campagnes au carbone 14 ayant été réalisées sur les pyramides allant de la IIIème à la XIIème dynastie le démontrent clairement [15].

Sources

[14] « L’ère des géants » de l’égyptologue Franck Monnier (Parution 2017).

[15] Radiocarbon dates of old and middle kingdom monuments in Egypt (entre 1984 et 1995)

07:08 : « Et on a enfin une peinture du cartouche de Khéops à l’encre rouge dans une des chambres de décharge au-dessus de la chambre haute. On ne trouverait aucune signature nulle part, aucune gravure dans la chambre haute mais le nom de ce roi mégalomane peint grossièrement dans un recoin obscur de la grande pyramide et il aurait écrit la quantité d’ail, d’oignon et de persil consommé par ses ouvriers ?« 

Le sujet du cartouche de Khéops a déjà été abordé plus haut. Il n’y a pas qu’une seule peinture du cartouche de Khéops dans les chambres dites « de décharge » mais bien plusieurs. Sinon, personne n’empêche ce réalisateur de se reconvertir dans la culture d’ail, d’oignon et de persil vu que c’est devenu l’une de ses nouvelles marottes avec notamment ses soi-disant cénotaphes qui sont mi-cénotaphe, mi-tombeau et re mi-cénotaphe derrière. Ou encore mieux, il peut se lancer dans un cénotaphe partagé où il fera pousser ail, oignon et persil. C’est aussi une autre possibilité.

08:21 : « Hérodote dit ailleurs dans son texte qu’il est tenu au secret par les prêtres. Aucune information sur la construction mais pourquoi le secret ? Selon l’égyptologue Jean Leclant qui n’était pourtant pas verser dans les thèses alternatives : Il n’est pas dans leur culture de le faire connaitre. Ça reste un secret…« 

Jusqu’ici, dans les propos du réalisateur, le témoignage d’Hérodote était considéré comme absurde et donc la source idéale à attribuer aux égyptologues pour tenter de les discréditer mais là tout d’un coup parce qu’Hérodote parle de secret, son témoignage devient intéressant. Ici, on tombe dans la pyramidologite aigue. Il suffit d’un mot comme « secret » et tout d’un coup un témoignage prend de la valeur. C’est prodigieux !

Concernant l’extrait avec Jean Leclant, il est tiré du documentaire « La révélation des pyramides » et ne concerne pas la construction de la grande pyramide mais plus spécifiquement la soi-disant présence du nombre d’or dans cet édifice et cela via un montage particulièrement douteux qui amène à prendre avec beaucoup de prudence les propos coupés durant l’interview d’un Jean Leclant très affaibli car en fin de vie. On peut aussi se demander quelle a réellement été la question posée à l’ancien égyptologue, tout comme aux autres intervenants dans ce documentaire car la manière de formuler la question est importante. De plus, concernant les différents ingénieurs en bâtiment dans le documentaire LRDP qui n’ont pas de connaissances particulières sur les pyramides, il a suffi de venir les interroger sur leur métier, puis les interroger à un moment de l’interview sur un sujet auquel ils ne se sont jamais vraiment intéressé mais qui reste plus ou moins dans leur domaine et qui n’était pas prévu dans l’interview, comme les pyramides, et vous obtenez une réponse du genre « je ne saurais pas faire ». Il serait en effet étonnant que la ou les questions posées sur les pyramides à ces ingénieurs aient été prévus d’emblée dans l’interview car n’ayant pas les connaissances suffisantes sur le sujet, ils n’auraient pas perdu leur temps dans ce type d’interview.

08:33 :  » Le problème c’est qu’on a que les pyramides et rien d’autres. Et l’on pense depuis la première pyramide de Djoser, 10 fois plus petite que la grande pyramide, qu’on aurait été à chaque fois dans la surenchère et que chacun aurait fait une pyramide plus grande que son père, mais cette surenchère s’arrêterait à Khéops parce que celle de Khéphren est plus petite et celle de Mykérinos, encore plus petite. Et ensuite tout va en se dégradant durant les siècles suivants pour carrément finir à la brique de terre cru. Plus on progresse et moins on fait grand et résistant. Pas très logique tout çà.« 

Ce qui n’est pas logique c’est, comme fait ce réalisateur, de ne penser qu’en terme de défi architectural, et encore concernant uniquement ici la hauteur de ces édifices, sans prendre en compte le contexte religieux, financier, social et géopolitique qui a pu évoluer de règne en règne dans le pays d’Egypte et qui a pu avoir un réel impact sur la construction des différentes pyramides. Il est aussi bon de rappeler que la pyramide construite après la pyramide de Khéops qui culminait à 146,5 mètres est celle de son fils, Djédefrê, quasiment démontée aujourd’hui qui repose sur un rocher escarpé à Abu Rawash à 8 km du Caire. La pyramide de Djédefrê mesurait à l’origine environ 68 mètres de hauteur. A la fin du règne de Djédefrê, Khéphren, l’autre fils de Khéops, décida par la suite durant son règne d’édifier sa pyramide avec une hauteur d’environ 143,8 mètres sur le plateau de Gizeh à côté de celle de son père. Nous ne sommes donc pas ici dans une diminution progressive de la hauteur des pyramides. Cela se constate également pour les pyramides des dynasties suivantes.

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09:29 :  » Snéfrou, le père de Khéops n’a pas chômé durant son règne d’environ 30 ans. Il va d’abord faire terminer la pyramide bâti par son père Ouni qu’on appelle la pyramide de Meïdoum. Il va faire ensuite bâtir la pyramide Rhomboidale puis la pyramide rouge. Durant un règne d’environ 25 ans, Snéfrou aurait fait bâtir 2 pyramide et demi.« 

Dans ces propos, le règne de Snéfrou a duré environ 30 ans. Quelques secondes plus tard, le règne de Snéfrou n’a plus 30 ans mais 25 ans. Faudrait savoir ! Actuellement, les véritables recherches sur le sujet donnent comme estimation au règne de Snéfrou une durée d’au moins environ 30 ans et qui ne dépasserait pas les 40 années. Il est encore aujourd’hui difficile de donner une durée plus précise. De nouvelles découvertes apporteront sans doute d’autres réponses, peut-être même, qui sait, du côté du Ouadi El Jarf puisque des sceaux au nom de Snéfrou  y ont récemment été trouvés [16].

En tout cas, si certains lecteurs souhaitent s’informer sérieusement sur les pyramides de Snéfrou ainsi que sur les pyramides qui suivent jusqu’à la pyramide de Khéphren car ce n’est qu’un premier tome, je vous invite à vous procurer l’excellent ouvrage « L’ère des géants » [17] de Franck Monnier.

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Sources

[16] Compte-rendu sur les dernières fouilles au Ouadi el-Jarf (Pharaon Magazine-2018).

[17] « L’ère des géants » de l’égyptologue Franck Monnier (Parution 2017).

10:28 : « Cette hypothèse de pyramide tombeau est tellement ancrée dans les mœurs, qu’aujourd’hui encore on peut lire dans le Larousse 2019 que les pyramides égyptiennes étaient des monuments funéraires exclusivement réservés au pharaon dont ils abritaient les dépouilles, pour finalement préciser un peu plus loin que bien qu’aucune des sépultures  dans les pyramides n’ait résisté aux déprédations des pilleurs de tombe, il est néanmoins manifeste que les pyramides étaient destinés à servir de sépultures ou de cénotaphes. Ça veut dire que si on a pas trouvé de momies dans les tombes que seraient les pyramides, c’est assurément parce qu’elles ont été pillés. ok ? Mais où sont les preuves ?« 

J’ai déjà traité ces sujets concernant la fonction de tombeau, les profanations ainsi que les preuves et les éléments de preuve dans l’article « Les pyramides d’Egypte : tombeaux ou cénotaphes ? ». Mais je reviens tout de même sur le paragraphe du Larousse sur lequel il se base dans une vidéo précédente pour affirmer que les pyramides ne sont plus des tombeaux mais des cénotaphes. Un paragraphe très mal lu par le réalisateur qui pourtant ici le lit correctement sans même se rendre compte que depuis sa vidéo précédente ce qu’il raconte est faux, à savoir que maintenant les pyramides seraient non pas des tombeaux mais des cénotaphes. On a ici à faire à un magnifique biais cognitif parmi tant d’autres au cours de la vidéo. En fait, le réalisateur ne s’en rend pas compte car à ce moment-ci où il cite ce passage, le sujet sur lequel se focalise son cerveau n’est plus la notion de tombeau ou de cénotaphe mais le pillage et les preuves du pillage. On est tous sujets aux biais cognitifs, mais chez notamment les pyramidologues ces biais se répètent bien trop souvent, et cela au détriment du public.

Voici le paragraphe [18] dans le Larousse sur lequel il se base à la fois dans cette vidéo mais également dans la première vidéo de sa série YouTube :

Definition pyramides - larousse

Il est écrit que les pyramides étaient destinés à servir de sépultures ou de cénotaphes et non que les pyramides étaient maintenant considérées comme des cénotaphes. Soit l’auteur de ce dossier du Larousse a simplement voulu à un moment émettre que certaines pyramides, bien que très rares, comme celles d’Ahmose 1er et de Tétisheri sont des cénotaphes [19], soit l’auteur a voulu être prudent car tout comme le pharaon Khéops n’a pas écrit en très grand sur sa pyramide la quantité d’ail, d’oignon et de persil consommée par ses ouvriers, il n’a pas non plus inscrit sur celle-ci « Moi, Pharaon Khéops, cette pyramide est mon tombeau ! » apportant une preuve claire et précise de cet état de fait. Ce n’est pas pour autant qu’il n’y a pas suffisamment d’éléments, comme le précise l’auteur de ce dossier dans Le Larousse, pour privilégier la fonction de tombeau.

Sources

[18] Pyramide – Dossier sur les pyramides publié sur le site web de l’encyclopédie Larousse

[19] « Les pyramides d’Egypte : tombeaux ou cénotaphes ? » – Archéologie Rationnelle (2019)

Conclusion

Contrairement à ce qu’essaye de démontrer bien maladroitement le réalisateur, il y a de nombreuses recherches et résultats de recherches qui nous délivrent suffisamment d’informations sur la pyramide de Khéops. Il suffit juste d’aller les chercher dans les documents scientifiques les plus récents possibles.

 

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Cartouches khufu et Khnum Khufu - R

Cartouches khufu chambres

Cartouches khnum khufu chambres - zoom

Tombeau - cours histoire collège

Tombeau - cours histoire collège 2

Construction de la pyramide de Khéops 30 ans

au temps des anciens égyptiens

pyramide kheops

pyramide kheops 2

horizon de khéops en hiéroglyphe

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Definition pyramides - larousse

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