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À partir d’avant-hierARCHEOLOGIE RATIONNELLE

Le moaï « El Gigante » de l’île de Pâques

Par : WikArch

Le moaï « El Gigante » de l’île de Pâques, se trouvant sur un flanc du volcan Rano Raraku, mesure 22 mètres de long pour un poids estimé entre 150 et 182 tonnes [1] et non 250 tonnes comme certains documentaires l’affirment.

Ce moaï, comme tous ceux de l’île, est en tuf, c’est à dire un amas de cendres volcaniques solidifiées. Le tuf est une roche assez fragile et facile à travailler.

Ce gigantesque moaï ne semble clairement pas avoir été taillé pour être extrait [2]. Vu la longueur, le poids et la composition rocheuse de ce moaï, tenter de l’extraire du flanc du volcan et de le lever l’amènerait à se briser.

D’autres moaï du genre mais d’envergure moindre restant tranquillement installé dans le flanc rocheux du Rano Raraku, n’ont manifestement pas été taillés dans la roche pour être extraits. L’archéologue Nicolas Cauwe voit dans ce type de moaï une des différentes évolutions dans le temps de la religion des habitants de l’île.

moais couchés
Plusieurs moaï dans le flanc rocheux du Rano Raraku

Sources

[1] Estimations du poids du moaï « El Gigante » : 1, 2, 3.

[2] Conférence de Nicolas Cauwe (archéologue et spécialiste de l’île de Pâques) au Muséum de Toulouse (2018). Le sujet du moaï « El Gigante » est traité dans cette vidéo à 24:50.

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moais couchés

Le moaï “El Gigante” de l’île de Pâques

Par : WikArch

Le moaï “El Gigante” de l’île de Pâques, se trouvant sur un flanc du volcan Rano Raraku, mesure 22 mètres de long pour un poids estimé entre 150 et 182 tonnes [1] et non 250 tonnes comme certains documentaires l’affirment.

Ce moaï, comme tous ceux de l’île, est en tuf, c’est à dire un amas de cendres volcaniques solidifiées. Le tuf est une roche assez fragile et facile à travailler.

Ce gigantesque moaï ne semble clairement pas avoir été taillé pour être extrait [2]. Vu la longueur, le poids et la composition rocheuse de ce moaï, tenter de l’extraire du flanc du volcan et de le lever l’amènerait à se briser.

D’autres moaï du genre mais d’envergure moindre restant tranquillement installé dans le flanc rocheux du Rano Raraku, n’ont manifestement pas été taillés dans la roche pour être extraits. L’archéologue Nicolas Cauwe voit dans ce type de moaï une des différentes évolutions dans le temps de la religion des habitants de l’île.

moais couchés

Plusieurs moaï dans le flanc rocheux du Rano Raraku

Sources

[1] Estimations du poids du moaï “El Gigante” : 1, 2, 3.

[2] Conférence de Nicolas Cauwe (archéologue et spécialiste de l’île de Pâques) au Muséum de Toulouse (2018). Le sujet du moaï “El Gigante” est traité dans cette vidéo à 24:50.

Les pyramides d’Egypte : tombeaux ou cénotaphes ?

Par : WikArch

Encore de nos jours, les pyramides de l’Egypte Ancienne sont pour certains des tombeaux et pour d’autres des cénotaphes. Pour les égyptologues, il n’y a par contre aucun doute, ces pyramides sont bien des tombeaux. Mais, revenons d’abord sur la définition de chacun de ces 2 termes.

Un tombeau est un monument funéraire servant de sépulture. Un cénotaphe est, quant à lui, un monument élevé à la mémoire d’un mort ou d’une divinité et qui donc ne contient pas de corps. Un cénotaphe ne contient pas non plus le corps d’un défunt le temps d’une simple cérémonie avant d’être inhumé dans un autre lieu.

Il est aussi bon de préciser que quand les égyptologues parlent des pyramides en tant que tombeaux, c’est tout simplement parce que ce sont, selon des éléments concrets, leur fonction d’origine. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas retrouvé de corps à l’intérieur, les tombes ayant été pillées et profanées, qu’elles doivent du coup être considérées comme des cénotaphes.

Il semble donc nécessaire de refaire un point sur les tombeaux et cénotaphes de l’ancienne Egypte.

Les cénotaphes de l’Egypte ancienne

Des édifices de l’Egypte ancienne sont clairement identifiés comme des cénotaphes. Voyons lesquels.

Tout d’abord, il y a le cénotaphe du dieu Osiris se trouvant dans la grande tombe du prêtre Padiamenopé (ou Pétaménophis) [1] qui est l’une des grandes tombes de la plaine de l’Assassif, au pied du temple de Deir el-Bahari dans la nécropole thébaine. Elle date de la fin de la XXVème ou du début de la XXVIème dynastie (vers 650 avant J.-C). Ce cénotaphe st considéré aujourd’hui comme une réplique du cénotaphe de Sethi 1er (XIXe dynastie) [2] toujours lié à Osiris en Haute Egypte à Abydos. La tombe de Sethi 1er se trouve, quant à elle, dans la vallée des rois.

Osireion cenotaphe Abydos - R

Cénotaphe de Sethi 1er à Abydos (Source)

A Abydos également, la pyramide d’ Ahmôsis 1er de la XVIIIème dynastie, aujourd’hui en ruine, dans laquelle n’a pas été trouvée de chambre funéraire, est par conséquent un cénotaphe. Près de cette pyramide, ce pharaon avait également fait édifié une pyramide cénotaphe pour sa grand-mère, Tétishéri [3][4].

Pour terminer ces quelques exemples, le cénotaphe d’Haroua [5], haut dignitaire de la XXVème dynastie (sous le règne de Taharka) est aussi un cénotaphe du dieu Osiris.

Les pyramides tombeaux de l’Egypte ancienne

Les tombeaux en forme de pyramide ont tout d’abord été le résultat de l’évolution d’un autre édifice funéraire que l’on nomme mastaba. Le mastaba a été durant les deux premières dynasties une sépulture royale pour les rois d’Egypte. Suite à cela, Imhotep, l’architecte sous le règne du roi Djoser, fait évoluer le mastaba en ce qu’on appelle une “pyramide à degré” même si la volonté de départ ne semble pas avoir été de faire évoluer ce type d’édifice vers un monument spécifiquement pyramidal. Ce n’est qu’à partir de la IVème dynastie durant le règne de Snéfrou que la forme pyramidale pour les sépultures royales commence à devenir la norme.

Pyramide Djoser - R

Pyramide à degré de Djoser (Source)

Les pyramides sont composés d’une ou plusieurs chambres dont une chambre funéraire doté d’un sarcophage de pierre pour accueillir la momie du défunt pharaon. Elles sont insérées dans un complexe funéraire composé de différents éléments selon les désirs du pharaon et l’évolution de la religion Egyptienne. Ces complexes peuvent notamment être composé de temples, de fosses à barques solaires, d’une chaussée funéraire, d’un mur d’enceinte, de petites pyramides pour les reines, de mastabas pour la famille royale et les prêtres royaux…

Les momies découvertes dans les pyramides

Un certain nombre de restes de momies de pharaons et de reines ont été retrouvées dans leurs pyramides respectives qui montrent là encore que les pyramides servaient de sépultures aux défunts pharaons et reines.

Les plus vieux restes de momies comme appartenant bien aux pharaons et reines dans leurs pyramides datent de l’Ancien Empire qui prend fin avec la VIème dynastie. La momie de Djedkarê Isési l’avant dernier pharaon de la Vème dynastie, a été retrouvée dans sa pyramide. La momie d’une reine appartenant à la Vème dynastie et qui pourrait être la reine Rêpoutnoub a été, quant à elle, retrouvée dans la pyramide nommée Lepsius LXXIVDes restes de la momie du pharaon Néferefrê de la Vème dynastie ont été découverts dans la pyramide de celui-ci. Un vase canope intact (renfermant des viscères embaumés) fut retrouvé dans la pyramide d’une reine située dans le complexe funéraire du pharaon Djédefrê de la IVème dynastie. Concernant la VIème dynastie, les restes de momies de la reine Ipout et du pharaon Pépi 1er ont été découverts dans leurs pyramides respectives tout comme se fut le cas pour la momie décapitée de la reine Neith. Un certain nombre de momies quasi complètes et de restes de momies de pharaons et de reines situés entre la XIème et la XIIIème dynastie ont également été retrouvés dans leurs pyramides respectives [6].

La religion de l’Egypte ancienne

On entend de nos jours dans certains documentaires qu’un cénotaphe accueille le corps d’un défunt le temps d’une simple cérémonie avant d’être inhumé dans un autre lieu. Tout d’abord, comme nous avons pu le préciser, ce n’est pas la fonction d’un cénotaphe d’accueillir un défunt même pour le temps d’une simple cérémonie. Mais nous allons surtout voir pourquoi la momie du défunt pharaon n’était pas uniquement dans sa chambre funéraire le temps d’une cérémonie mais bien là pour y demeurer pour l’éternité (du moins le plus longtemps possible) ce qui faisait aussi de sa pyramide nécessairement un tombeau.

Sarcophage Ounas - R

Chambre funéraire d’Ounas (Source)

Le pharaon momifié était inhumé dans un tombeau pour rester auprès de son peuple et veiller sur lui. A cela, il faut savoir que dans la religion Egyptienne son “Ka” (corps immatériel) quittait son tombeau chaque jour et le retrouvait chaque soir [7] d’où la nécessité du processus de momification afin de préserver le plus longtemps possible son corps qu’il retrouvait chaque soir. Les textes de pyramides de la Vème et VIème dynastie nous délivrent des passages intéressants sur les sorties à la lumière des “Ka” des pharaons depuis leurs tombeaux.

Le passage ci-dessous des textes présents dans la pyramide d’Ounas précise que le défunt pharaon de chair dans son tombeau se prépare à sortir le jour.

“II (Ounas) a pris possession des trônes de Geb, et il s’est élevé lui-même jusqu’où il voulait. Rassemblant ses chairs qui étaient dans le tombeau, il s’unit à ceux qui sont dans le Noun, il fait aboutir les paroles d’Héliopolis. Ainsi Ounas sort en ce jour, sous forme juste de Akhou vivant.”

Le passage suivant que l’on retrouve dans les textes des pyramides des pharaons Teti et Merenre indiquent que d’autres hommes et femmes sont également sortis de leurs tombeaux pour s’élever au jour. Ces autres pharaons et reines ayant des tombeaux inaccessibles, c’est à dire scellés comme l’étaient leurs pyramides, se réveillent et sortent au grand jour pour la énième fois, ces autres rois et reines étant déjà inhumés depuis de nombreuses années.

Ceux des tombeaux, dont les lieux sont inaccessibles, se sont également élevés. Éveillé ! Élevez-vous !

Dans ce nouveau passage, le pharaon Pepi II Neferkare est invité a quitté son tombeau et à sortir au grand jour. D’autres pharaons sont semblent-ils aussi invités à sortir de leurs tombeaux.

Père Pepi Neferkare, levez-vous et recevez ces premières eaux fraîches qui viennent d’Akhbit! Levez-vous, vous tous dans vos tombeaux; desserrez vos bandelettes! Enlevez le sable de votre visage, (Pepi Neferkare)!

Dans ce dernier passage, le pharaon Pepi 1er va passer la journée avec son ka (son double immatériel) et reviendra se coucher avec son ka.

Comme le grand passe la journée avec son ka et va au lit avec son ka, ce Pepi va passer la journée avec son ka et va se coucher avec son ka. Lorsque ce grand se réveillera, ce Pepi se réveillera, les dieux se réveilleront et les pouvoirs de contrôle se réveilleront.”

Profanation et pillage des pyramides de l’ancien empire

Il est probable, selon différentes sources de l’époque, qu’un certain nombre de transformations et de bouleversements d’ordre politique, religieux, écologique et sociaux soient apparus durant la fin de l’Ancien Empire et cela jusqu’à la première période intermédiaire qui ont mis l’Egypte en difficulté et ont sérieusement affaibli le pouvoir des pharaons et la religion en place [8]. Durant ces bouleversements, des pilleurs de tombes ont très bien pu profité du désordre ambiant pour piller les trésors, mais également des profanateurs qui en retirant les momies de leurs sarcophages mettaient fin à la religion jusque là en place sous les pharaons de l’Ancien Empire, les pharaons étant le lien entre le monde des dieux et celui des vivants.  Des profanations à cette époque seraient tout à fait cohérent dans le sens où à la fin de l’ancien empire, les structures des différentes pyramides devaient être encore relativement bien connu par certains Egyptiens ce qui permettait aux profanateurs de pénétrer dans des pyramides dotées de systèmes de verrouillage important qu’il fallait contourner.

Sarcophage Kheops

Chambre du roi Khéops (Source)

La profanation de la pyramide de Khéops avec ses chambres et galeries à une certaine hauteur est ici un bon exemple. L’entrée actuelle, générée par des sapeurs à une certaine époque et située quelques mètres au sud-est de l’entrée principale de la grande pyramide, est attribuée au sultan Al-Mamoun ce qui selon un certain nombre de récits arabes serait inexact. En admettant que Al Mamoun ou son père ait pénétré à l’intérieur de la pyramide au IXème siècle, il semblerait que la pyramide de Khéops était déjà éventré à leur arrivée. Concernant les traces de pillage dans l’édifice, en dehors bien évidemment de la sape conséquente attribuée à Al-Mamoun par laquelle on entre de nos jours, des fragments de diorite retrouvés aux abords de la niche dans la chambre dite de la reine autorisent à penser que cette niche ait pu abriter une statue [9]. Quant à l’état du sarcophage dans la chambre du roi, il montre clairement que celui-ci a été forcé afin de soulever le couvercle qui ne fut d’ailleurs jamais retrouvé. Même si certains s’étonnent que le couvercle n’aient jamais été retrouvé et du coup imaginent qu’il n’y en a jamais eu, toutes les traces de forçage au dessus des contours du sarcophage montrent clairement la présence à l’origine d’un couvercle dont il a fallu se débarrasser. J’en profite pour rappeler que les restes du couvercle du sarcophage du pharaon Mykerinos ont été retrouvés à l’entrée de sa pyramide. Il n’y a donc pas de questions particulières à se poser concernant l’absence d’un couvercle même en miette du sarcophage du pharaon Khéops dans sa chambre funéraire qu’on appelle la chambre du roi. Ce couvercle a simplement été transporté en dehors de la chambre funéraire pour des raisons qu’on ne connaîtra surement jamais.

Conclusion

Les pyramides des pharaons ne peuvent donc être, comme les égyptologues l’affirment, que des tombeaux, sauf dans de très rares cas où certaines comme la pyramide d’Ahmose sont dépourvues de chambres funéraires mais aussi de galeries. Les cénotaphes Egyptiens recensés sont quant à eux essentiellement des monuments érigés au nom d’une divinité comme Osiris. A cela, il faut ajouter la présence de systèmes de verrouillage assez sophistiqués dans ces pyramides tombeaux qui n’auraient pas grande utilité dans des pyramides cénotaphes. Ce que ces systèmes de verrouillage tendaient surtout à protéger et qui avait le plus de valeur dans ces chambres funéraires, au delà des différents artéfacts de valeur, c’était surtout la momie du pharaon elle même.

Sources

[1] Cénotaphe du dieu Osiris se trouvant dans la grande tombe du prêtre Padiamenopé

[2] Cénotaphe de Séthi 1er à Abydos

[3] Pyramides d’Ahmose et de Tetisheri à Abydos

[4] The complete pyramide de l’égyptologue Mark Lehner  (Pyramide d’Ahmose en page 190) – 2008

[5] Cénotaphe d’Haroua lié au Dieu Osiris

[6] Les momies des pyramides : Voir tableau récapitulatif à la fin de l’article (site web Irna.fr)

[7] Le jugement du roi mort dans les textes des pyramides de Saqqarah

[8] Contexte sous la première période intermédiaire (Site web Antikforever qui propose un résumé intéressant)

[9] “L’ère des géants” de l’égyptologue Franck Monnier – 2017

Vidéo “Archéologie Rationnelle”

 

AR Vs BAM : Un tombeau bâti en 20 ans ?

Par : WikArch

Le réalisateur de la révélation des pyramides (LRDP) et des bâtisseurs de l’ancien monde (BAM) a publié en février 2019 une vidéo sur la durée de construction de la grande pyramide, l’attribution de la grande pyramide au pharaon Khéops, la fonction des pyramides, le contenu des papyrus de Merer mais aussi sur la durée du règne de Snéfrou.

[NB] Je termine et publie cet article avec plusieurs mois de retard ayant été occupé par d’autres sujets. Dans cet article, on va analyser les propos de cette vidéo qui sont très représentatifs des propos que l’on trouve dans les deux documentaires du réalisateur. C’est un exercice que je n’avais pas expérimenté jusqu’ici. Mes sources sont directement précisées après chaque citation analysée et non à la toute fin de l’article. Je ne pense pas que je réitérerai ce type d’article à l’avenir mais cela était intéressant, ne serait-ce que pour l’exercice.

On va donc revenir sur les propos du réalisateur dans cette vidéo YouTube qui s’intitule « BAM YS EP#2 : Un tombeau bâti en 20 ans, quelles sont les sources ? »

00:35 :  » On aurait employé environ 15000 personnes durant une vingtaine d’années pour bâtir la grande pyramide. On ne sait rien des outils et on spécule sur la méthode. On en sait peu davantage sur la gestion complexe d’un tel chantier, les nourrir, les faire dormir, les soigner car les ouvriers n’auraient porté ni gants, ni chaussures de sécurité. »

Cela mériterait un article entier mais je vais quand même en parler en allant à l’essentiel. On connait pourtant un certain nombre d’outils dont certains qui amènent également à faire notamment des spéculations rationnelles concernant les techniques utilisées par exemple pour travailler la pierre quelque soit sa ténacité. Un certain nombre de documentaires et de publications égyptologiques mentionnent ces outils et font état de techniques ayant été ou ayant pu être utilisées en Egypte ancienne [1].

On en sait tout autant concernant la gestion d’un tel chantier notamment comment nourrir et faire dormir les ouvriers. Les ouvriers permanents sur le chantier vivaient dans la cité des ouvriers [2] [3] qui se trouvaient sur le plateau de Gizeh. Les ouvriers saisonniers, quant à eux, vivaient dans des campements temporaires. Vu qu’il y avait des ouvriers présents sur le chantier de manière permanente et d’autres de manière saisonnière, il reste assez difficile de s’arrêter à un  nombre d’ouvriers global sans y apporter plus de détails. Cependant, on peut déjà prendre en compte que la cité des ouvriers mis au jour par les équipes de l’égyptologue Mark Lehner donnent suffisamment d’indications pour estimer la population de cette cité à au moins 6000 personnes. Une population à laquelle on peut sans doute rajouter encore bon nombre de travailleurs saisonniers.

La nourriture des ouvriers [4] est aussi clairement connue aujourd’hui car de très nombreux restes de viande et de poisson ont été retrouvés aux emplacements de la cité ainsi que des camps provisoires. Des restes de blés carbonisés permettent aussi de savoir qu’ils mangeaient du pain, entre autres.

A savoir aussi qu’on a retrouvé bon nombre de tombes d’ouvriers [5] sur le plateau de Gizeh datant de la construction des pyramides érigées sur ce plateau.

Enfin, en effet, les ouvriers égyptiens n’avaient ni gants, ni chaussures de sécurité comme tous les ouvriers dans le passé et qui ont pourtant construit tant de monuments. Le réalisateur tombe souvent dans l’anachronisme. Ici, on en a un très bel exemple. Il est préférable de ne jamais mélanger les époques, d’autant plus quand 5000 ans les séparent car les méthodes de travail sont très différentes et le contexte social est également bien différent.

Sources

A savoir que les liens vidéos ci-dessous vont directement à l’information dans chacun des documentaires.

[1] Outils et techniques des ouvriers : Technique du sciage des joints ; Extraction du granite en Egypte Antique ; Stoneworking Technology in Ancient Egypt ; Mechanical Engineering in Ancient Egypt, Part XII: Stone Cutting ; Le travail des roches dures dans l’Egypte Ancienne ; Taille d’un sarcophage en granite ; Notes sur l’extraction de l’obélisque inachevé d’Assouan ; Sculpture d’un sarcophage en granit .

[2] Cités d’ouvriers sur le plateau de Gizeh : Vidéo_1 ; Vidéo_2

[3] Dortoirs pour les ouvriers : Vidéo_1

[4] Nourriture pour les ouvriers : Vidéo_1

[5] Tombes d’ouvriers : Vidéo_1 ; Vidéo_2Vidéo_3 ; Vidéo_4

00:56 : « Cet immense travail aurait été accompli pour servir de cénotaphe au roi Khéops à sa mort c’est à dire de bâtiment utilisé le temps d’une cérémonie pour permettre à son âme de s’élever dans le ciel. Une fois le rituel accompli on aurait scellé hermétiquement la pyramide puis transporter sa momie ailleurs. » 

La grande pyramide n’a pas été construite pour servir de cénotaphe mais de tombeau. Ce réalisateur a décidé de lui même de mettre cette affirmation sur le dos des égyptologues et par la même occasion d’inventer une définition personnelle du terme « Cénotaphe ». On verra plus bas sur quoi il se base pour affirmer cela. Il est cependant bon de préciser dès à présent qu’un cénotaphe est un monument élevé à la mémoire d’un mort ou d’une divinité et qui ne contient pas de corps. Ce n’est pas un bâtiment utilisé le temps d’une simple cérémonie pour permettre à l’âme d’un pharaon dans son sarcophage de s’élever dans le ciel. Je traite déjà des notions de tombeau et de cénotaphe dans mon article « Les pyramides d’Egypte : tombeaux ou cénotaphes ? »

01:11 : « Aucune inscription nulle part, aucune statue gigantesque, aucune signature…« 

Aucune inscription gravée dans la grande pyramide, en effet. Cependant les ouvriers ont laissé des inscriptions peintes en rouge sur des blocs de granite composant certaines des chambres dites « de décharge » au dessus de la chambre du roi Khéops. Parmi ces inscriptions, on retrouve, entre autres, deux cartouches à plusieurs reprises du pharaon Khéops que sont les cartouches Khufu et Khnum Khufu. Khufu est le nom abrégé du pharaon et Khnum Khufu son nom complet qui précise que Khéops est protégé par le dieu Khnum, entre autres gardien du Nil. Pour rappel, Khéops est quant à lui le nom grec de ce pharaon.

Cartouches khufu et Khnum Khufu - R
Cartouches de Khéops présents dans sa pyramide (Source)

A noter que certaines de ces inscriptions sont à moitié visibles car certaines parties se trouvent derrière des blocs de granite de plusieurs tonnes. Rien que pour cette dernière précision, il est évident que ces inscriptions datent du transport ou de la mise en place de ces blocs de granite durant la construction de la grande pyramide et ne peuvent donc pas avoir été rajoutées une fois le monument terminé. Certains détracteurs ont émis l’hypothèse que ce serait le colonel Vyse lors de son étude de la grande pyramide en 1838 qui aurait rajouté ces écritures en rouge sur les blocs de granite pour s’accaparer de fausses découvertes. Mais le colonel ne pouvait pas avoir inventé ces cartouches qui seront également retrouvés plus tard dans des tombes de la famille royale et de prêtres de l’époque.

Cartouches khufu chambres
Cartouches de Khufu (Khéops) dans le livre d’Howard Vyse (Source)
Cartouches khnum khufu chambres - zoom
Cartouches de Khnum Khufu (Khéops) dans le livre d’Howard Vyse (Source)

Il faut aussi préciser que la présence d’inscriptions en rouge dans la pyramide de Khéops n’est pas un cas unique propre à cette pyramide. Des inscriptions similaires en rouge faites par des ouvriers ont été retrouvés à différents endroits comme au Ouadi el-Jarf où ont été retrouvés les papyrus de Merer, dans la tombe G VI se trouvant au sud de la grande pyramide, dans le temple de Neferirkare, dans la tombe G 2430 à l’ouest de la grande pyramide, dans le temple funéraire de Mykérinos et dans bien d’autres lieux d’Egypte [6].

Concernant la présence ou non de statues à l’origine dans la grande pyramide, il est bon de souligner la découverte par l’égyptologue Flinders Petrie de fragments de diorite aux abords de la niche dans la chambre dite « de la reine » laissant envisager que cette niche ait abrité une statue [7].

Sources

[6] Egyptian phyles in the old Kingdom (1991)

[7] « L’archittetura delle piramidi menfite » de Maragioglio et Rinaldi (1965) – Page 124 (N°23)

01:27 :  » Tout le monde sait bien que la grande pyramide est le tombeau de Khéops et qu’elle a été bâti en 20 ans par des dizaines de milliers d’hommes. C’est écrit dans les livres d’Histoire de Sixième« 

Il nous montre dans sa vidéo deux captures d’écrans de paragraphes issus de certains livres d’Histoire de classe de 6ème dans lesquels il est précisé que les pyramides sont des tombeaux et aussi dans lesquels il est selon lui précisé qu’elles ont été bâti en 20 ans par des dizaines de milliers d’hommes. Ce réalisateur cherche donc à démonter le discours des égyptologues à partir de livres pour collégiens au lieu de le faire à partir de documents scientifiques et écrits par des égyptologues ou archéologues. De plus, il s’agit dans le cas présent de soi-disantes affirmations qui n’y sont même pas, comme on va pouvoir le constater. Je rappelle aussi à ce réalisateur, même si çà ne semble pas évident pour lui, que les cycles d’enseignement primaire et secondaire n’ont pas vocation à former spécifiquement des égyptologues d’autant plus avec 2 pauvres pages sur l’Egypte.

Que disent donc exactement ces paragraphes capturés par le réalisateur dans les livres d’Histoire de 6ème ?

Tombeau - cours histoire collège
Livre d’Histoire de 6ème – Editions Belin – Page 18 (Source)
Tombeau - cours histoire collège 2
Livre d’Histoire de 6ème – Editions Hachette Education – Page 56 (Source)

Les deux seules captures d’écrans du dessus présentées durant sa vidéo font état de la fonction de tombeaux mais pas de la durée ni du nombre d’ouvriers nécessaires pour construire la grande pyramide. Un seul de ces livres d’Histoire pour collégiens donne sur une autre page des informations sur la durée de construction du chantier de la grande pyramide et un nombre d’ouvriers dans lequel la durée indiquée n’est pas 20 ans mais 30 ans avec 30000 hommes comme indiquée ci-dessous.

Construction de la pyramide de Khéops 30 ans
Livre d’Histoire de 6ème – Editions Belin (Source)

Ce n’est pas la première fois que le réalisateur met en arrière plan des articles ou des pages de livres qui ne contiennent pas ce qu’il est en train de dire dans sa vidéo. On lui recommandera donc de soit mieux préparé ses vidéos, soit d’éviter d’illustrer ses propos avec de mauvaises sources écrites sous prétexte qu’il sait très bien que la plupart des gens n’iront pas vérifier si ce qu’il montre en vidéo est en concordance avec son discours.

Il est aussi bon de préciser que l’autre livre de référence de ce réalisateur concernant l’Egypte est « La vie privée des hommes au temps des anciens Égyptiens».

au temps des anciens égyptiens

Il a même été mettre en avant ce livre durant une interview sur la chaîne Internet BTLV. Cet ouvrage qui date de 1979 était à destination des écoliers et des collégiens. Il est donc bon de rappeler à Mr Pouillard que depuis et en dehors de cet ouvrage, de nombreux ouvrages plus sérieux sur l’Egypte sont à disposition et que depuis, la révolution Internet est passé par là donnant l’accès au grand public à de très nombreuses publications égyptologiques anciennes et récentes. Chercher ces publications demandent simplement du temps et une véritable volonté de vouloir fournir au public de bonnes informations.

Mais avant de reprendre la vidéo là où on en était, j’ai trouvé de magnifiques coquilles dans certains de ces livres d’Histoire. Je vous laisse les trouver. D’ailleurs, si ce réalisateur qui semble prendre les livres d’Histoire pour collégiens comme sources de référence n’était pas dans l’aveuglement ni dans les biais de confirmation en permanence, il aurait pu remarquer ces coquilles et les utiliser un minimum à son avantage même si çà n’a pas grand intérêt car un livre d’Histoire pour collégiens n’est bien évidemment pas un livre de référence pour parler d’égyptologie.

pyramide kheops
Editions Hachette Page 56 (Source)
pyramide kheops 2
Lelivrescolaire.fr – Page 66 (Source)

01:40 :  » C’est tout de même dommage que ces livres d’Histoire ne soient pas à jour car selon l’égyptologie, la grande pyramide ne serait plus un tombeau mais un cénotaphe. »

S’il précise cela, c’est surtout dû au fait que selon son interprétation très personnelle d’un paragraphe sur les pyramides d’Egypte dans l’encyclopédie Larousse 2019 et non selon l’égyptologie comme il veut le faire croire, la grande pyramide serait maintenant considéré comme un cénotaphe et non un tombeau, ce qui bien sûr est totalement faux. On détaillera cela plus bas car ce sujet de cénotaphe revient à plusieurs reprises au cours de la vidéo.

02:12 :  » Si on a aucune archive sur le plus gros chantier de l’histoire de l’humanité, comment peut on savoir que c’est le tombeau ou le cénotaphe de Khéops et qu’il a été bâti en 20 ans ? Tout par les écrits de l’historien grec Hérodote qui vécu environ 5 siècles avant notre ère et qui nous rapporte ce que les prêtres égyptiens lui auraient dit lors de ses voyages. C’est sur ce témoignage que repose principalement l’attribution de la grande pyramide à Khéops et les 20 ans de durée du chantier ».

Je ne reprendrai pas tous les passages dans la vidéo où le réalisateur cite Hérodote car çà n’a aucun intérêt selon moi. Je ne suis pas égyptologue mais tout comme les égyptologues d’aujourd’hui, quand j’ai des recherches à faire sur l’Egypte, c’est certainement pas Hérodote qui me vient à l’esprit, ni même d’ailleurs des livres d’histoires pour écoliers et collégiens.

Ensuite, ce n’est pas sur le témoignage d’Hérodote que repose principalement l’attribution de la grande pyramide à Khéops. Comme on a pu notamment le préciser plus haut, les cartouches de Khéops se retrouvent à différents endroits que ce soit dans les deux plus hautes « chambre de décharge » de sa pyramide et cela à plusieurs reprises, mais aussi dans la fosse à barque [8] près de sa pyramide, dans les papyrus de Merer [9] découverts sur les bords de la mer Rouge et dans des textes gravés dans les tombes de la famille royale [10] et des prêtres [11] se situant dans le complexe funéraire de sa pyramide.

La durée attribuée à la construction de la pyramide de Khéops est liée essentiellement à la durée du règne de Khéops qui est elle-même basée sur les années de recensement du bétail de Khéops. L’année de recensement de Khéops la plus tardive retrouvée est l’année suivant la 13ème année du recensement du bétail de Khéops. Cette inscription a été retrouvée à deux reprises, une fois dans l’oasis de Dakhla [12] et une autre parmi les papyrus de Merer [2] retrouvés sur les bords de la mer Rouge. On peut donc déjà affirmer que le règne de Khéops dura au moins 13 ans. A cela, il faut préciser que le recensement durant l’ancien empire semble essentiellement se dérouler tous les 2 ans, ce que vient confirmer la formulation retrouvée qui nous informe qu’il s’agit de l’année suivant la 13ème année du recensement. Le recensement semble donc bien se faire tous les 2 ans, sinon pourquoi utilisé cette formulation et non préciser que ce pourrait être la 14ème année. Cette donnée supplémentaire indique que le règne de Khéops a très probablement atteint 26 ou 27 ans. Si je donne cette fourchette de 26 ou 27 ans, c’est parce qu’on ne sait pas si le recensement qui semblait clairement se produire tous les deux ans démarrait dès la première année du règne ou bien dès la deuxième. Donc pour l’instant, avec les informations recueillies, le règne de Khéops a dû très probablement durer au moins jusqu’à 26 voire 27 années. Peut-être qu’un jour de nouvelles inscriptions seront découvertes mais pour l’instant il faut se contenter de celles qu’on a.

Sources

[8] The Royal Ship of Cheops (1984) – Page 1

[9] Les papyrus de Merer et la pyramide de Khéops – Article Archéologie Rationnelle (2019)

[10] The Mastaba of Queen Mersyankh III (1974) – Page 10

[11] The Mastabas of Qar and Idu (1976) – Page 23

[12] Khufu’s ‘mefat’ expeditions into the Libyan Desert (2003)

04:34 : « On a marqué en caractères égyptiens, sur la pyramide, pour combien les ouvriers ont consommé d’aulx, d’oignons et de persil. Donc on nous dresse le portrait d’un Khéops despotique et mégalomane détesté par son peuple qu’il aurait forcé à travailler et une fois sa pyramide terminée, plutôt que de faire graver son nom en grand à hauteur de sa mégalomanie, il aurait fait écrire la quantité d’ail, d’oignon et de persil consommé par les ouvriers. »

Je m’arrête sur ce récit qui vient d’Hérodote que le réalisateur veut encore une fois attribuer aux égyptologues comme leur seule source fiable et donc tenter de démontrer que les égyptologues se basent sur des absurdités. Cependant, il est aussi absurde de penser comme le fait ce réalisateur par une animation dans sa vidéo que la quantité d’ail, de persil et d’oignon ait été inscrit en très grand sur le parement blanc de la grande pyramide. Des données concernant la logistique d’un tel chantier ont par contre pu, en effet, être écrites temporairement sur certains blocs de pierre durant la construction et cela bien évidemment en petits caractères.

06:06 : « En 2013, on a découvert les fragments d’un papyrus daté de la fin de la quatrième dynastie, l’époque supposée de la construction de la grande pyramide. Ces fragments décriraient le transport de blocs de calcaire blanc de la carrière de Tourah sur le site de Gizeh de l’autre côté du Nil. Ce papyrus ne citerait pas explicitement la grande pyramide mais le site de Gizeh. Mais rien ne prouve que çà concerne la grande pyramide car il y a beaucoup d’autres constructions en calcaire blanc de Tourah sur ce site gigantesque« .

Tout d’abord, ce n’est pas un papyrus mais plusieurs et ces papyrus ne sont pas datés de la fin de la IVème dynastie mais de la première moitié. A cela, certains de ces papyrus citent explicitement la grande pyramide par son nom « L’horizon de Khéops » tout comme celle de Khéphren s’appelait « La grande de Khéphren ». L’appellation « d’Horizon de Khéops » concerne bien la pyramide de Khéops car le hiéroglyphe de la pyramide est bien spécifié dans l’écriture hiéroglyphique de « l’Horizon de Khéops ».

horizon de khéops en hiéroglyphe
L’Horizon de Khéops

Dans certaines tombes de prêtres de la sixième dynastie, il est spécifié que certains d’entre eux avaient, entre autres, comme le prêtre Qar, la fonction de superviseur de la cité de la pyramide « l’Horizon de Khéops » et une fonction d’inspecteur (liée aux prêtres) de la pyramide « la Grande de Khéphren » [13]. Dans ces cités vivaient des prêtres, des artisans, des fonctionnaires et des serviteurs. 

Sources

[13] The Mastabas of Qar and Idu (1976) – Page 9

06:33 :  » La grande pyramide a été bâti avec du calcaire blanc, du calcaire brun et du granite. Ce texte des papyrus de Merer ne parle absolument pas des blocs de calcaire brun qui composent la grande pyramide. Bref, affirmer que ce papyrus clôt toute discussion, c’est peut-être aller un peu vite en conclusion. »

C’est vrai, ces papyrus ne parlent absolument pas des blocs de calcaire brun qui composent la grande pyramide et aucun égyptologue n’a jamais dit que c’était le cas. Certains médias du web ou de la presse ont par contre pu faire cette erreur. D’ailleurs, ces papyrus ne parlent pas non plus des blocs de granite. Comme on a pu le voir plus haut, il n’a pas été nécessaire d’attendre les papyrus de Merer pour attribuer avec certitude la grande pyramide à Khéops même si ces papyrus amènent des éléments qui viennent apporter une confirmation supplémentaire. Là où les papyrus de Merer apporte des éléments intéressants, c’est concernant la préparation du chantier de la grande pyramide avec l’extraction des pierres dans les carrières de Tourah et leur transport en bateau jusqu’à l’horizon de Khéops. Ce que les médias racontent dans leur empressement de faire le scoop est toujours à prendre avec prudence. Il suffit de s’intéresser réellement soi-même à un sujet pour faire abstraction de cette volonté des médias de faire de l’audience afin de se rendre compte de ce qu’il en est vraiment.

06:51 : « Qu’est-ce qu’on a d’autre ? Datation de mortier, un ciment entre les blocs de calcaire brun de la grande pyramide. Comment être certain que ce ne sont pas des restaurations faites à l’époque de Khéops ? Quelle preuve a t-on que c’est d’origine car on en trouve pas partout ?« 

La grande maçonnerie, c’est à dire la grande majorité de la grande pyramide, est un ensemble de blocs en calcaire nummulitique local à peine équarris, dont les joints montants sont grossièrement taillés. La percée d’Al Mamoun, le « puits de service » et la sape creusée dans la chambre de la Reine montrent que les joints dépassent parfois les 10 centimètres et sont bourrés d’un mortier composé de gypse, de sable et d’éclats de calcaire [14]. Ces différents éléments de la pyramide se trouvent à différents emplacements bien distinctes à l’intérieur de celle-ci. Là où l’on ne trouve pas de mortier, c’est au niveau des blocs de calcaire équarris qui sont actuellement visibles de l’extérieur et qui accueillaient autrefois le parement de calcaire blanc, ces blocs étant dans l’ensemble taillés proprement et disposés pierre contre pierre sans aucun mortier.

A cela, on aimerait que ce réalisateur nous explique comment l’essentiel de la structure aurait, avant le règne de Khéops, pu tenir dans le temps et résister aux séismes avec des espaces entre la majorité des pierres ? Enfin, comment les égyptiens auraient pu accéder à l’ensemble des blocs de calcaire de la structure déjà en place pour aller y mettre du mortier dans des espaces qui ne dépassent pas au plus les 10 centimètres. Un peu de sérieux ! Une grande maçonnerie bourrée de mortier se retrouve dans bon nombre de pyramides. Des campagnes au carbone 14 ayant été réalisées sur les pyramides allant de la IIIème à la XIIème dynastie le démontrent clairement [15].

Sources

[14] « L’ère des géants » de l’égyptologue Franck Monnier (Parution 2017).

[15] Radiocarbon dates of old and middle kingdom monuments in Egypt (entre 1984 et 1995)

07:08 : « Et on a enfin une peinture du cartouche de Khéops à l’encre rouge dans une des chambres de décharge au-dessus de la chambre haute. On ne trouverait aucune signature nulle part, aucune gravure dans la chambre haute mais le nom de ce roi mégalomane peint grossièrement dans un recoin obscur de la grande pyramide et il aurait écrit la quantité d’ail, d’oignon et de persil consommé par ses ouvriers ?« 

Le sujet du cartouche de Khéops a déjà été abordé plus haut. Il n’y a pas qu’une seule peinture du cartouche de Khéops dans les chambres dites « de décharge » mais bien plusieurs. Sinon, personne n’empêche ce réalisateur de se reconvertir dans la culture d’ail, d’oignon et de persil vu que c’est devenu l’une de ses nouvelles marottes avec notamment ses soi-disant cénotaphes qui sont mi-cénotaphe, mi-tombeau et re mi-cénotaphe derrière. Ou encore mieux, il peut se lancer dans un cénotaphe partagé où il fera pousser ail, oignon et persil. C’est aussi une autre possibilité.

08:21 : « Hérodote dit ailleurs dans son texte qu’il est tenu au secret par les prêtres. Aucune information sur la construction mais pourquoi le secret ? Selon l’égyptologue Jean Leclant qui n’était pourtant pas verser dans les thèses alternatives : Il n’est pas dans leur culture de le faire connaitre. Ça reste un secret…« 

Jusqu’ici, dans les propos du réalisateur, le témoignage d’Hérodote était considéré comme absurde et donc la source idéale à attribuer aux égyptologues pour tenter de les discréditer mais là tout d’un coup parce qu’Hérodote parle de secret, son témoignage devient intéressant. Ici, on tombe dans la pyramidologite aigue. Il suffit d’un mot comme « secret » et tout d’un coup un témoignage prend de la valeur. C’est prodigieux !

Concernant l’extrait avec Jean Leclant, il est tiré du documentaire « La révélation des pyramides » et ne concerne pas la construction de la grande pyramide mais plus spécifiquement la soi-disant présence du nombre d’or dans cet édifice et cela via un montage particulièrement douteux qui amène à prendre avec beaucoup de prudence les propos coupés durant l’interview d’un Jean Leclant très affaibli car en fin de vie. On peut aussi se demander quelle a réellement été la question posée à l’ancien égyptologue, tout comme aux autres intervenants dans ce documentaire car la manière de formuler la question est importante. De plus, concernant les différents ingénieurs en bâtiment dans le documentaire LRDP qui n’ont pas de connaissances particulières sur les pyramides, il a suffi de venir les interroger sur leur métier, puis les interroger à un moment de l’interview sur un sujet auquel ils ne se sont jamais vraiment intéressé mais qui reste plus ou moins dans leur domaine et qui n’était pas prévu dans l’interview, comme les pyramides, et vous obtenez une réponse du genre « je ne saurais pas faire ». Il serait en effet étonnant que la ou les questions posées sur les pyramides à ces ingénieurs aient été prévus d’emblée dans l’interview car n’ayant pas les connaissances suffisantes sur le sujet, ils n’auraient pas perdu leur temps dans ce type d’interview.

08:33 :  » Le problème c’est qu’on a que les pyramides et rien d’autres. Et l’on pense depuis la première pyramide de Djoser, 10 fois plus petite que la grande pyramide, qu’on aurait été à chaque fois dans la surenchère et que chacun aurait fait une pyramide plus grande que son père, mais cette surenchère s’arrêterait à Khéops parce que celle de Khéphren est plus petite et celle de Mykérinos, encore plus petite. Et ensuite tout va en se dégradant durant les siècles suivants pour carrément finir à la brique de terre cru. Plus on progresse et moins on fait grand et résistant. Pas très logique tout çà.« 

Ce qui n’est pas logique c’est, comme fait ce réalisateur, de ne penser qu’en terme de défi architectural, et encore concernant uniquement ici la hauteur de ces édifices, sans prendre en compte le contexte religieux, financier, social et géopolitique qui a pu évoluer de règne en règne dans le pays d’Egypte et qui a pu avoir un réel impact sur la construction des différentes pyramides. Il est aussi bon de rappeler que la pyramide construite après la pyramide de Khéops qui culminait à 146,5 mètres est celle de son fils, Djédefrê, quasiment démontée aujourd’hui qui repose sur un rocher escarpé à Abu Rawash à 8 km du Caire. La pyramide de Djédefrê mesurait à l’origine environ 68 mètres de hauteur. A la fin du règne de Djédefrê, Khéphren, l’autre fils de Khéops, décida par la suite durant son règne d’édifier sa pyramide avec une hauteur d’environ 143,8 mètres sur le plateau de Gizeh à côté de celle de son père. Nous ne sommes donc pas ici dans une diminution progressive de la hauteur des pyramides. Cela se constate également pour les pyramides des dynasties suivantes.

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09:29 :  » Snéfrou, le père de Khéops n’a pas chômé durant son règne d’environ 30 ans. Il va d’abord faire terminer la pyramide bâti par son père Ouni qu’on appelle la pyramide de Meïdoum. Il va faire ensuite bâtir la pyramide Rhomboidale puis la pyramide rouge. Durant un règne d’environ 25 ans, Snéfrou aurait fait bâtir 2 pyramide et demi.« 

Dans ces propos, le règne de Snéfrou a duré environ 30 ans. Quelques secondes plus tard, le règne de Snéfrou n’a plus 30 ans mais 25 ans. Faudrait savoir ! Actuellement, les véritables recherches sur le sujet donnent comme estimation au règne de Snéfrou une durée d’au moins environ 30 ans et qui ne dépasserait pas les 40 années. Il est encore aujourd’hui difficile de donner une durée plus précise. De nouvelles découvertes apporteront sans doute d’autres réponses, peut-être même, qui sait, du côté du Ouadi El Jarf puisque des sceaux au nom de Snéfrou  y ont récemment été trouvés [16].

En tout cas, si certains lecteurs souhaitent s’informer sérieusement sur les pyramides de Snéfrou ainsi que sur les pyramides qui suivent jusqu’à la pyramide de Khéphren car ce n’est qu’un premier tome, je vous invite à vous procurer l’excellent ouvrage « L’ère des géants » [17] de Franck Monnier.

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Sources

[16] Compte-rendu sur les dernières fouilles au Ouadi el-Jarf (Pharaon Magazine-2018).

[17] « L’ère des géants » de l’égyptologue Franck Monnier (Parution 2017).

10:28 : « Cette hypothèse de pyramide tombeau est tellement ancrée dans les mœurs, qu’aujourd’hui encore on peut lire dans le Larousse 2019 que les pyramides égyptiennes étaient des monuments funéraires exclusivement réservés au pharaon dont ils abritaient les dépouilles, pour finalement préciser un peu plus loin que bien qu’aucune des sépultures  dans les pyramides n’ait résisté aux déprédations des pilleurs de tombe, il est néanmoins manifeste que les pyramides étaient destinés à servir de sépultures ou de cénotaphes. Ça veut dire que si on a pas trouvé de momies dans les tombes que seraient les pyramides, c’est assurément parce qu’elles ont été pillés. ok ? Mais où sont les preuves ?« 

J’ai déjà traité ces sujets concernant la fonction de tombeau, les profanations ainsi que les preuves et les éléments de preuve dans l’article « Les pyramides d’Egypte : tombeaux ou cénotaphes ? ». Mais je reviens tout de même sur le paragraphe du Larousse sur lequel il se base dans une vidéo précédente pour affirmer que les pyramides ne sont plus des tombeaux mais des cénotaphes. Un paragraphe très mal lu par le réalisateur qui pourtant ici le lit correctement sans même se rendre compte que depuis sa vidéo précédente ce qu’il raconte est faux, à savoir que maintenant les pyramides seraient non pas des tombeaux mais des cénotaphes. On a ici à faire à un magnifique biais cognitif parmi tant d’autres au cours de la vidéo. En fait, le réalisateur ne s’en rend pas compte car à ce moment-ci où il cite ce passage, le sujet sur lequel se focalise son cerveau n’est plus la notion de tombeau ou de cénotaphe mais le pillage et les preuves du pillage. On est tous sujets aux biais cognitifs, mais chez notamment les pyramidologues ces biais se répètent bien trop souvent, et cela au détriment du public.

Voici le paragraphe [18] dans le Larousse sur lequel il se base à la fois dans cette vidéo mais également dans la première vidéo de sa série YouTube :

Definition pyramides - larousse

Il est écrit que les pyramides étaient destinés à servir de sépultures ou de cénotaphes et non que les pyramides étaient maintenant considérées comme des cénotaphes. Soit l’auteur de ce dossier du Larousse a simplement voulu à un moment émettre que certaines pyramides, bien que très rares, comme celles d’Ahmose 1er et de Tétisheri sont des cénotaphes [19], soit l’auteur a voulu être prudent car tout comme le pharaon Khéops n’a pas écrit en très grand sur sa pyramide la quantité d’ail, d’oignon et de persil consommée par ses ouvriers, il n’a pas non plus inscrit sur celle-ci « Moi, Pharaon Khéops, cette pyramide est mon tombeau ! » apportant une preuve claire et précise de cet état de fait. Ce n’est pas pour autant qu’il n’y a pas suffisamment d’éléments, comme le précise l’auteur de ce dossier dans Le Larousse, pour privilégier la fonction de tombeau.

Sources

[18] Pyramide – Dossier sur les pyramides publié sur le site web de l’encyclopédie Larousse

[19] « Les pyramides d’Egypte : tombeaux ou cénotaphes ? » – Archéologie Rationnelle (2019)

Conclusion

Contrairement à ce qu’essaye de démontrer bien maladroitement le réalisateur, il y a de nombreuses recherches et résultats de recherches qui nous délivrent suffisamment d’informations sur la pyramide de Khéops. Il suffit juste d’aller les chercher dans les documents scientifiques les plus récents possibles.

 

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Cartouches khufu et Khnum Khufu - R

Cartouches khufu chambres

Cartouches khnum khufu chambres - zoom

Tombeau - cours histoire collège

Tombeau - cours histoire collège 2

Construction de la pyramide de Khéops 30 ans

au temps des anciens égyptiens

pyramide kheops

pyramide kheops 2

horizon de khéops en hiéroglyphe

Archeologierationnelle.wordpress.com

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Definition pyramides - larousse

AR Vs BAM : Un tombeau bâti en 20 ans ?

Par : WikArch

Le réalisateur de la révélation des pyramides (LRDP) et des bâtisseurs de l’ancien monde (BAM) a publié en février 2019 une vidéo sur la durée de construction de la grande pyramide, l’attribution de la grande pyramide au pharaon Khéops, la fonction des pyramides, le contenu des papyrus de Merer mais aussi sur la durée du règne de Snéfrou.

[NB] Je termine et publie cet article avec plusieurs mois de retard ayant été occupé par d’autres sujets. Dans cet article, on va analyser les propos de cette vidéo qui sont très représentatifs des propos que l’on trouve dans les deux documentaires du réalisateur. C’est un exercice que je n’avais pas expérimenté jusqu’ici. Mes sources sont directement précisées après chaque citation analysée et non à la toute fin de l’article. Je ne pense pas que je réitérerai ce type d’article à l’avenir mais cela était intéressant, ne serait-ce que pour l’exercice.

On va donc revenir sur les propos du réalisateur dans cette vidéo YouTube qui s’intitule “BAM YS EP#2 : Un tombeau bâti en 20 ans, quelles sont les sources ?”

00:35 : ” On aurait employé environ 15000 personnes durant une vingtaine d’années pour bâtir la grande pyramide. On ne sait rien des outils et on spécule sur la méthode. On en sait peu davantage sur la gestion complexe d’un tel chantier, les nourrir, les faire dormir, les soigner car les ouvriers n’auraient porté ni gants, ni chaussures de sécurité.”

Cela mériterait un article entier mais je vais quand même en parler en allant à l’essentiel. On connait pourtant un certain nombre d’outils dont certains qui amènent également à faire notamment des spéculations rationnelles concernant les techniques utilisées par exemple pour travailler la pierre quelque soit sa ténacité. Un certain nombre de documentaires et de publications égyptologiques mentionnent ces outils et font état de techniques ayant été ou ayant pu être utilisées en Egypte ancienne [1].

On en sait tout autant concernant la gestion d’un tel chantier notamment comment nourrir et faire dormir les ouvriers. Les ouvriers permanents sur le chantier vivaient dans la cité des ouvriers [2] [3] qui se trouvaient sur le plateau de Gizeh. Les ouvriers saisonniers, quant à eux, vivaient dans des campements temporaires. Vu qu’il y avait des ouvriers présents sur le chantier de manière permanente et d’autres de manière saisonnière, il reste assez difficile de s’arrêter à un  nombre d’ouvriers global sans y apporter plus de détails. Cependant, on peut déjà prendre en compte que la cité des ouvriers mis au jour par les équipes de l’égyptologue Mark Lehner donnent suffisamment d’indications pour estimer la population de cette cité à au moins 6000 personnes. Une population à laquelle on peut sans doute rajouter encore bon nombre de travailleurs saisonniers.

La nourriture des ouvriers [4] est aussi clairement connue aujourd’hui car de très nombreux restes de viande et de poisson ont été retrouvés aux emplacements de la cité ainsi que des camps provisoires. Des restes de blés carbonisés permettent aussi de savoir qu’ils mangeaient du pain, entre autres.

A savoir aussi qu’on a retrouvé bon nombre de tombes d’ouvriers [5] sur le plateau de Gizeh datant de la construction des pyramides érigées sur ce plateau.

Enfin, en effet, les ouvriers égyptiens n’avaient ni gants, ni chaussures de sécurité comme tous les ouvriers dans le passé et qui ont pourtant construit tant de monuments. Le réalisateur tombe souvent dans l’anachronisme. Ici, on en a un très bel exemple. Il est préférable de ne jamais mélanger les époques, d’autant plus quand 5000 ans les séparent car les méthodes de travail sont très différentes et le contexte social est également bien différent.

Sources

A savoir que les liens vidéos ci-dessous vont directement à l’information dans chacun des documentaires.

[1] Outils et techniques des ouvriers : Technique du sciage des joints ; Extraction du granite en Egypte Antique ; Stoneworking Technology in Ancient Egypt ; Mechanical Engineering in Ancient Egypt, Part XII: Stone Cutting ; Le travail des roches dures dans l’Egypte Ancienne ; Taille d’un sarcophage en granite ; Notes sur l’extraction de l’obélisque inachevé d’Assouan ; Sculpture d’un sarcophage en granit .

[2] Cités d’ouvriers sur le plateau de Gizeh : Vidéo_1 ; Vidéo_2

[3] Dortoirs pour les ouvriers : Vidéo_1

[4] Nourriture pour les ouvriers : Vidéo_1

[5] Tombes d’ouvriers : Vidéo_1 ; Vidéo_2Vidéo_3 ; Vidéo_4

00:56 : “Cet immense travail aurait été accompli pour servir de cénotaphe au roi Khéops à sa mort c’est à dire de bâtiment utilisé le temps d’une cérémonie pour permettre à son âme de s’élever dans le ciel. Une fois le rituel accompli on aurait scellé hermétiquement la pyramide puis transporter sa momie ailleurs.” 

La grande pyramide n’a pas été construite pour servir de cénotaphe mais de tombeau. Ce réalisateur a décidé de lui même de mettre cette affirmation sur le dos des égyptologues et par la même occasion d’inventer une définition personnelle du terme “Cénotaphe”. On verra plus bas sur quoi il se base pour affirmer cela. Il est cependant bon de préciser dès à présent qu’un cénotaphe est un monument élevé à la mémoire d’un mort ou d’une divinité et qui ne contient pas de corps. Ce n’est pas un bâtiment utilisé le temps d’une simple cérémonie pour permettre à l’âme d’un pharaon dans son sarcophage de s’élever dans le ciel. Je traite déjà des notions de tombeau et de cénotaphe dans mon article “Les pyramides d’Egypte : tombeaux ou cénotaphes ?”

01:11 : “Aucune inscription nulle part, aucune statue gigantesque, aucune signature…

Aucune inscription gravée dans la grande pyramide, en effet. Cependant les ouvriers ont laissé des inscriptions peintes en rouge sur des blocs de granite composant certaines des chambres dites “de décharge” au dessus de la chambre du roi Khéops. Parmi ces inscriptions, on retrouve, entre autres, deux cartouches à plusieurs reprises du pharaon Khéops que sont les cartouches Khufu et Khnum Khufu. Khufu est le nom abrégé du pharaon et Khnum Khufu son nom complet qui précise que Khéops est protégé par le dieu Khnum, entre autres gardien du Nil. Pour rappel, Khéops est quant à lui le nom grec de ce pharaon.

Cartouches khufu et Khnum Khufu - R

Cartouches de Khéops présents dans sa pyramide (Source)

A noter que certaines de ces inscriptions sont à moitié visibles car certaines parties se trouvent derrière des blocs de granite de plusieurs tonnes. Rien que pour cette dernière précision, il est évident que ces inscriptions datent du transport ou de la mise en place de ces blocs de granite durant la construction de la grande pyramide et ne peuvent donc pas avoir été rajoutées une fois le monument terminé. Certains détracteurs ont émis l’hypothèse que ce serait le colonel Vyse lors de son étude de la grande pyramide en 1838 qui aurait rajouté ces écritures en rouge sur les blocs de granite pour s’accaparer de fausses découvertes. Mais le colonel ne pouvait pas avoir inventé ces cartouches qui seront également retrouvés plus tard dans des tombes de la famille royale et de prêtres de l’époque.

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Cartouches de Khufu (Khéops) dans le livre d’Howard Vyse (Source)

Cartouches khnum khufu chambres - zoom

Cartouches de Khnum Khufu (Khéops) dans le livre d’Howard Vyse (Source)

Il faut aussi préciser que la présence d’inscriptions en rouge dans la pyramide de Khéops n’est pas un cas unique propre à cette pyramide. Des inscriptions similaires en rouge faites par des ouvriers ont été retrouvés à différents endroits comme au Ouadi el-Jarf où ont été retrouvés les papyrus de Merer, dans la tombe G VI se trouvant au sud de la grande pyramide, dans le temple de Neferirkare, dans la tombe G 2430 à l’ouest de la grande pyramide, dans le temple funéraire de Mykérinos et dans bien d’autres lieux d’Egypte [6].

Concernant la présence ou non de statues à l’origine dans la grande pyramide, il est bon de souligner la découverte par l’égyptologue Flinders Petrie de fragments de diorite aux abords de la niche dans la chambre dite “de la reine” laissant envisager que cette niche ait abrité une statue [7].

Sources

[6] Egyptian phyles in the old Kingdom (1991)

[7] “L’archittetura delle piramidi menfite” de Maragioglio et Rinaldi (1965) – Page 124 (N°23)

01:27 : ” Tout le monde sait bien que la grande pyramide est le tombeau de Khéops et qu’elle a été bâti en 20 ans par des dizaines de milliers d’hommes. C’est écrit dans les livres d’Histoire de Sixième

Il nous montre dans sa vidéo deux captures d’écrans de paragraphes issus de certains livres d’Histoire de classe de 6ème dans lesquels il est précisé que les pyramides sont des tombeaux et aussi dans lesquels il est selon lui précisé qu’elles ont été bâti en 20 ans par des dizaines de milliers d’hommes. Ce réalisateur cherche donc à démonter le discours des égyptologues à partir de livres pour collégiens au lieu de le faire à partir de documents scientifiques et écrits par des égyptologues ou archéologues. De plus, il s’agit dans le cas présent de soi-disantes affirmations qui n’y sont même pas, comme on va pouvoir le constater. Je rappelle aussi à ce réalisateur, même si çà ne semble pas évident pour lui, que les cycles d’enseignement primaire et secondaire n’ont pas vocation à former spécifiquement des égyptologues d’autant plus avec 2 pauvres pages sur l’Egypte.

Que disent donc exactement ces paragraphes capturés par le réalisateur dans les livres d’Histoire de 6ème ?

Tombeau - cours histoire collège

Livre d’Histoire de 6ème – Editions Belin – Page 18 (Source)

Tombeau - cours histoire collège 2

Livre d’Histoire de 6ème – Editions Hachette Education – Page 56 (Source)

Les deux seules captures d’écrans du dessus présentées durant sa vidéo font état de la fonction de tombeaux mais pas de la durée ni du nombre d’ouvriers nécessaires pour construire la grande pyramide. Un seul de ces livres d’Histoire pour collégiens donne sur une autre page des informations sur la durée de construction du chantier de la grande pyramide et un nombre d’ouvriers dans lequel la durée indiquée n’est pas 20 ans mais 30 ans avec 30000 hommes comme indiquée ci-dessous.

Construction de la pyramide de Khéops 30 ans

Livre d’Histoire de 6ème – Editions Belin (Source)

Ce n’est pas la première fois que le réalisateur met en arrière plan des articles ou des pages de livres qui ne contiennent pas ce qu’il est en train de dire dans sa vidéo. On lui recommandera donc de soit mieux préparé ses vidéos, soit d’éviter d’illustrer ses propos avec de mauvaises sources écrites sous prétexte qu’il sait très bien que la plupart des gens n’iront pas vérifier si ce qu’il montre en vidéo est en concordance avec son discours.

Il est aussi bon de préciser que l’autre livre de référence de ce réalisateur concernant l’Egypte est « La vie privée des hommes au temps des anciens Égyptiens».

au temps des anciens égyptiens

Il a même été mettre en avant ce livre durant une interview sur la chaîne Internet BTLV. Cet ouvrage qui date de 1979 était à destination des écoliers et des collégiens. Il est donc bon de rappeler à Mr Pouillard que depuis et en dehors de cet ouvrage, de nombreux ouvrages plus sérieux sur l’Egypte sont à disposition et que depuis, la révolution Internet est passé par là donnant l’accès au grand public à de très nombreuses publications égyptologiques anciennes et récentes. Chercher ces publications demandent simplement du temps et une véritable volonté de vouloir fournir au public de bonnes informations.

Mais avant de reprendre la vidéo là où on en était, j’ai trouvé de magnifiques coquilles dans certains de ces livres d’Histoire. Je vous laisse les trouver. D’ailleurs, si ce réalisateur qui semble prendre les livres d’Histoire pour collégiens comme sources de référence n’était pas dans l’aveuglement ni dans les biais de confirmation en permanence, il aurait pu remarquer ces coquilles et les utiliser un minimum à son avantage même si çà n’a pas grand intérêt car un livre d’Histoire pour collégiens n’est bien évidemment pas un livre de référence pour parler d’égyptologie.

pyramide kheops

Editions Hachette Page 56 (Source)

pyramide kheops 2

Lelivrescolaire.fr – Page 66 (Source)

01:40 : ” C’est tout de même dommage que ces livres d’Histoire ne soient pas à jour car selon l’égyptologie, la grande pyramide ne serait plus un tombeau mais un cénotaphe.”

S’il précise cela, c’est surtout dû au fait que selon son interprétation très personnelle d’un paragraphe sur les pyramides d’Egypte dans l’encyclopédie Larousse 2019 et non selon l’égyptologie comme il veut le faire croire, la grande pyramide serait maintenant considéré comme un cénotaphe et non un tombeau, ce qui bien sûr est totalement faux. On détaillera cela plus bas car ce sujet de cénotaphe revient à plusieurs reprises au cours de la vidéo.

02:12 : ” Si on a aucune archive sur le plus gros chantier de l’histoire de l’humanité, comment peut on savoir que c’est le tombeau ou le cénotaphe de Khéops et qu’il a été bâti en 20 ans ? Tout par les écrits de l’historien grec Hérodote qui vécu environ 5 siècles avant notre ère et qui nous rapporte ce que les prêtres égyptiens lui auraient dit lors de ses voyages. C’est sur ce témoignage que repose principalement l’attribution de la grande pyramide à Khéops et les 20 ans de durée du chantier”.

Je ne reprendrai pas tous les passages dans la vidéo où le réalisateur cite Hérodote car çà n’a aucun intérêt selon moi. Je ne suis pas égyptologue mais tout comme les égyptologues d’aujourd’hui, quand j’ai des recherches à faire sur l’Egypte, c’est certainement pas Hérodote qui me vient à l’esprit, ni même d’ailleurs des livres d’histoires pour écoliers et collégiens.

Ensuite, ce n’est pas sur le témoignage d’Hérodote que repose principalement l’attribution de la grande pyramide à Khéops. Comme on a pu notamment le préciser plus haut, les cartouches de Khéops se retrouvent à différents endroits que ce soit dans les deux plus hautes “chambre de décharge” de sa pyramide et cela à plusieurs reprises, mais aussi dans la fosse à barque [8] près de sa pyramide, dans les papyrus de Merer [9] découverts sur les bords de la mer Rouge et dans des textes gravés dans les tombes de la famille royale [10] et des prêtres [11] se situant dans le complexe funéraire de sa pyramide.

La durée attribuée à la construction de la pyramide de Khéops est liée essentiellement à la durée du règne de Khéops qui est elle-même basée sur les années de recensement du bétail de Khéops. L’année de recensement de Khéops la plus tardive retrouvée est l’année suivant la 13ème année du recensement du bétail de Khéops. Cette inscription a été retrouvée à deux reprises, une fois dans l’oasis de Dakhla [12] et une autre parmi les papyrus de Merer [2] retrouvés sur les bords de la mer Rouge. On peut donc déjà affirmer que le règne de Khéops dura au moins 13 ans. A cela, il faut préciser que le recensement durant l’ancien empire semble essentiellement se dérouler tous les 2 ans, ce que vient confirmer la formulation retrouvée qui nous informe qu’il s’agit de l’année suivant la 13ème année du recensement. Le recensement semble donc bien se faire tous les 2 ans, sinon pourquoi utilisé cette formulation et non préciser que ce pourrait être la 14ème année. Cette donnée supplémentaire indique que le règne de Khéops a très probablement atteint 26 ou 27 ans. Si je donne cette fourchette de 26 ou 27 ans, c’est parce qu’on ne sait pas si le recensement qui semblait clairement se produire tous les deux ans démarrait dès la première année du règne ou bien dès la deuxième. Donc pour l’instant, avec les informations recueillies, le règne de Khéops a dû très probablement durer au moins jusqu’à 26 voire 27 années. Peut-être qu’un jour de nouvelles inscriptions seront découvertes mais pour l’instant il faut se contenter de celles qu’on a.

Sources

[8] The Royal Ship of Cheops (1984) – Page 1

[9] Les papyrus de Merer et la pyramide de Khéops – Article Archéologie Rationnelle (2019)

[10] The Mastaba of Queen Mersyankh III (1974) – Page 10

[11] The Mastabas of Qar and Idu (1976) – Page 23

[12] Khufu’s ‘mefat’ expeditions into the Libyan Desert (2003)

04:34 : “On a marqué en caractères égyptiens, sur la pyramide, pour combien les ouvriers ont consommé d’aulx, d’oignons et de persil. Donc on nous dresse le portrait d’un Khéops despotique et mégalomane détesté par son peuple qu’il aurait forcé à travailler et une fois sa pyramide terminée, plutôt que de faire graver son nom en grand à hauteur de sa mégalomanie, il aurait fait écrire la quantité d’ail, d’oignon et de persil consommé par les ouvriers.”

Je m’arrête sur ce récit qui vient d’Hérodote que le réalisateur veut encore une fois attribuer aux égyptologues comme leur seule source fiable et donc tenter de démontrer que les égyptologues se basent sur des absurdités. Cependant, il est aussi absurde de penser comme le fait ce réalisateur par une animation dans sa vidéo que la quantité d’ail, de persil et d’oignon ait été inscrit en très grand sur le parement blanc de la grande pyramide. Des données concernant la logistique d’un tel chantier ont par contre pu, en effet, être écrites temporairement sur certains blocs de pierre durant la construction et cela bien évidemment en petits caractères.

06:06 : “En 2013, on a découvert les fragments d’un papyrus daté de la fin de la quatrième dynastie, l’époque supposée de la construction de la grande pyramide. Ces fragments décriraient le transport de blocs de calcaire blanc de la carrière de Tourah sur le site de Gizeh de l’autre côté du Nil. Ce papyrus ne citerait pas explicitement la grande pyramide mais le site de Gizeh. Mais rien ne prouve que çà concerne la grande pyramide car il y a beaucoup d’autres constructions en calcaire blanc de Tourah sur ce site gigantesque“.

Tout d’abord, ce n’est pas un papyrus mais plusieurs et ces papyrus ne sont pas datés de la fin de la IVème dynastie mais de la première moitié. A cela, certains de ces papyrus citent explicitement la grande pyramide par son nom “L’horizon de Khéops” tout comme celle de Khéphren s’appelait “La grande de Khéphren”. L’appellation “d’Horizon de Khéops” concerne bien la pyramide de Khéops car le hiéroglyphe de la pyramide est bien spécifié dans l’écriture hiéroglyphique de “l’Horizon de Khéops”.

horizon de khéops en hiéroglyphe

L’Horizon de Khéops

Dans certaines tombes de prêtres de la sixième dynastie, il est spécifié que certains d’entre eux avaient, entre autres, comme le prêtre Qar, la fonction de superviseur de la cité de la pyramide “l’Horizon de Khéops” et une fonction d’inspecteur (liée aux prêtres) de la pyramide “la Grande de Khéphren” [13]. Dans ces cités vivaient des prêtres, des artisans, des fonctionnaires et des serviteurs. 

Sources

[13] The Mastabas of Qar and Idu (1976) – Page 9

06:33 : ” La grande pyramide a été bâti avec du calcaire blanc, du calcaire brun et du granite. Ce texte des papyrus de Merer ne parle absolument pas des blocs de calcaire brun qui composent la grande pyramide. Bref, affirmer que ce papyrus clôt toute discussion, c’est peut-être aller un peu vite en conclusion.”

C’est vrai, ces papyrus ne parlent absolument pas des blocs de calcaire brun qui composent la grande pyramide et aucun égyptologue n’a jamais dit que c’était le cas. Certains médias du web ou de la presse ont par contre pu faire cette erreur. D’ailleurs, ces papyrus ne parlent pas non plus des blocs de granite. Comme on a pu le voir plus haut, il n’a pas été nécessaire d’attendre les papyrus de Merer pour attribuer avec certitude la grande pyramide à Khéops même si ces papyrus amènent des éléments qui viennent apporter une confirmation supplémentaire. Là où les papyrus de Merer apporte des éléments intéressants, c’est concernant la préparation du chantier de la grande pyramide avec l’extraction des pierres dans les carrières de Tourah et leur transport en bateau jusqu’à l’horizon de Khéops. Ce que les médias racontent dans leur empressement de faire le scoop est toujours à prendre avec prudence. Il suffit de s’intéresser réellement soi-même à un sujet pour faire abstraction de cette volonté des médias de faire de l’audience afin de se rendre compte de ce qu’il en est vraiment.

06:51 : “Qu’est-ce qu’on a d’autre ? Datation de mortier, un ciment entre les blocs de calcaire brun de la grande pyramide. Comment être certain que ce ne sont pas des restaurations faites à l’époque de Khéops ? Quelle preuve a t-on que c’est d’origine car on en trouve pas partout ?

La grande maçonnerie, c’est à dire la grande majorité de la grande pyramide, est un ensemble de blocs en calcaire nummulitique local à peine équarris, dont les joints montants sont grossièrement taillés. La percée d’Al Mamoun, le « puits de service » et la sape creusée dans la chambre de la Reine montrent que les joints dépassent parfois les 10 centimètres et sont bourrés d’un mortier composé de gypse, de sable et d’éclats de calcaire [14]. Ces différents éléments de la pyramide se trouvent à différents emplacements bien distinctes à l’intérieur de celle-ci. Là où l’on ne trouve pas de mortier, c’est au niveau des blocs de calcaire équarris qui sont actuellement visibles de l’extérieur et qui accueillaient autrefois le parement de calcaire blanc, ces blocs étant dans l’ensemble taillés proprement et disposés pierre contre pierre sans aucun mortier.

A cela, on aimerait que ce réalisateur nous explique comment l’essentiel de la structure aurait, avant le règne de Khéops, pu tenir dans le temps et résister aux séismes avec des espaces entre la majorité des pierres ? Enfin, comment les égyptiens auraient pu accéder à l’ensemble des blocs de calcaire de la structure déjà en place pour aller y mettre du mortier dans des espaces qui ne dépassent pas au plus les 10 centimètres. Un peu de sérieux ! Une grande maçonnerie bourrée de mortier se retrouve dans bon nombre de pyramides. Des campagnes au carbone 14 ayant été réalisées sur les pyramides allant de la IIIème à la XIIème dynastie le démontrent clairement [15].

Sources

[14] “L’ère des géants” de l’égyptologue Franck Monnier (Parution 2017).

[15] Radiocarbon dates of old and middle kingdom monuments in Egypt (entre 1984 et 1995)

07:08 : “Et on a enfin une peinture du cartouche de Khéops à l’encre rouge dans une des chambres de décharge au-dessus de la chambre haute. On ne trouverait aucune signature nulle part, aucune gravure dans la chambre haute mais le nom de ce roi mégalomane peint grossièrement dans un recoin obscur de la grande pyramide et il aurait écrit la quantité d’ail, d’oignon et de persil consommé par ses ouvriers ?

Le sujet du cartouche de Khéops a déjà été abordé plus haut. Il n’y a pas qu’une seule peinture du cartouche de Khéops dans les chambres dites “de décharge” mais bien plusieurs. Sinon, personne n’empêche ce réalisateur de se reconvertir dans la culture d’ail, d’oignon et de persil vu que c’est devenu l’une de ses nouvelles marottes avec notamment ses soi-disant cénotaphes qui sont mi-cénotaphe, mi-tombeau et re mi-cénotaphe derrière. Ou encore mieux, il peut se lancer dans un cénotaphe partagé où il fera pousser ail, oignon et persil. C’est aussi une autre possibilité.

08:21 : “Hérodote dit ailleurs dans son texte qu’il est tenu au secret par les prêtres. Aucune information sur la construction mais pourquoi le secret ? Selon l’égyptologue Jean Leclant qui n’était pourtant pas verser dans les thèses alternatives : Il n’est pas dans leur culture de le faire connaitre. Ça reste un secret…

Jusqu’ici, dans les propos du réalisateur, le témoignage d’Hérodote était considéré comme absurde et donc la source idéale à attribuer aux égyptologues pour tenter de les discréditer mais là tout d’un coup parce qu’Hérodote parle de secret, son témoignage devient intéressant. Ici, on tombe dans la pyramidologite aigue. Il suffit d’un mot comme “secret” et tout d’un coup un témoignage prend de la valeur. C’est prodigieux !

Concernant l’extrait avec Jean Leclant, il est tiré du documentaire “La révélation des pyramides” et ne concerne pas la construction de la grande pyramide mais plus spécifiquement la soi-disant présence du nombre d’or dans cet édifice et cela via un montage particulièrement douteux qui amène à prendre avec beaucoup de prudence les propos coupés durant l’interview d’un Jean Leclant très affaibli car en fin de vie. On peut aussi se demander quelle a réellement été la question posée à l’ancien égyptologue, tout comme aux autres intervenants dans ce documentaire car la manière de formuler la question est importante. De plus, concernant les différents ingénieurs en bâtiment dans le documentaire LRDP qui n’ont pas de connaissances particulières sur les pyramides, il a suffi de venir les interroger sur leur métier, puis les interroger à un moment de l’interview sur un sujet auquel ils ne se sont jamais vraiment intéressé mais qui reste plus ou moins dans leur domaine et qui n’était pas prévu dans l’interview, comme les pyramides, et vous obtenez une réponse du genre “je ne saurais pas faire”. Il serait en effet étonnant que la ou les questions posées sur les pyramides à ces ingénieurs aient été prévus d’emblée dans l’interview car n’ayant pas les connaissances suffisantes sur le sujet, ils n’auraient pas perdu leur temps dans ce type d’interview.

08:33 : ” Le problème c’est qu’on a que les pyramides et rien d’autres. Et l’on pense depuis la première pyramide de Djoser, 10 fois plus petite que la grande pyramide, qu’on aurait été à chaque fois dans la surenchère et que chacun aurait fait une pyramide plus grande que son père, mais cette surenchère s’arrêterait à Khéops parce que celle de Khéphren est plus petite et celle de Mykérinos, encore plus petite. Et ensuite tout va en se dégradant durant les siècles suivants pour carrément finir à la brique de terre cru. Plus on progresse et moins on fait grand et résistant. Pas très logique tout çà.

Ce qui n’est pas logique c’est, comme fait ce réalisateur, de ne penser qu’en terme de défi architectural, et encore concernant uniquement ici la hauteur de ces édifices, sans prendre en compte le contexte religieux, financier, social et géopolitique qui a pu évoluer de règne en règne dans le pays d’Egypte et qui a pu avoir un réel impact sur la construction des différentes pyramides. Il est aussi bon de rappeler que la pyramide construite après la pyramide de Khéops qui culminait à 146,5 mètres est celle de son fils, Djédefrê, quasiment démontée aujourd’hui qui repose sur un rocher escarpé à Abu Rawash à 8 km du Caire. La pyramide de Djédefrê mesurait à l’origine environ 68 mètres de hauteur. A la fin du règne de Djédefrê, Khéphren, l’autre fils de Khéops, décida par la suite durant son règne d’édifier sa pyramide avec une hauteur d’environ 143,8 mètres sur le plateau de Gizeh à côté de celle de son père. Nous ne sommes donc pas ici dans une diminution progressive de la hauteur des pyramides. Cela se constate également pour les pyramides des dynasties suivantes.

Archeologierationnelle.wordpress.com

09:29 : ” Snéfrou, le père de Khéops n’a pas chômé durant son règne d’environ 30 ans. Il va d’abord faire terminer la pyramide bâti par son père Ouni qu’on appelle la pyramide de Meïdoum. Il va faire ensuite bâtir la pyramide Rhomboidale puis la pyramide rouge. Durant un règne d’environ 25 ans, Snéfrou aurait fait bâtir 2 pyramide et demi.

Dans ces propos, le règne de Snéfrou a duré environ 30 ans. Quelques secondes plus tard, le règne de Snéfrou n’a plus 30 ans mais 25 ans. Faudrait savoir ! Actuellement, les véritables recherches sur le sujet donnent comme estimation au règne de Snéfrou une durée d’au moins environ 30 ans et qui ne dépasserait pas les 40 années. Il est encore aujourd’hui difficile de donner une durée plus précise. De nouvelles découvertes apporteront sans doute d’autres réponses, peut-être même, qui sait, du côté du Ouadi El Jarf puisque des sceaux au nom de Snéfrou  y ont récemment été trouvés [16].

En tout cas, si certains lecteurs souhaitent s’informer sérieusement sur les pyramides de Snéfrou ainsi que sur les pyramides qui suivent jusqu’à la pyramide de Khéphren car ce n’est qu’un premier tome, je vous invite à vous procurer l’excellent ouvrage “L’ère des géants” [17] de Franck Monnier.

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Sources

[16] Compte-rendu sur les dernières fouilles au Ouadi el-Jarf (Pharaon Magazine-2018).

[17] “L’ère des géants” de l’égyptologue Franck Monnier (Parution 2017).

10:28 : “Cette hypothèse de pyramide tombeau est tellement ancrée dans les mœurs, qu’aujourd’hui encore on peut lire dans le Larousse 2019 que les pyramides égyptiennes étaient des monuments funéraires exclusivement réservés au pharaon dont ils abritaient les dépouilles, pour finalement préciser un peu plus loin que bien qu’aucune des sépultures  dans les pyramides n’ait résisté aux déprédations des pilleurs de tombe, il est néanmoins manifeste que les pyramides étaient destinés à servir de sépultures ou de cénotaphes. Ça veut dire que si on a pas trouvé de momies dans les tombes que seraient les pyramides, c’est assurément parce qu’elles ont été pillés. ok ? Mais où sont les preuves ?

J’ai déjà traité ces sujets concernant la fonction de tombeau, les profanations ainsi que les preuves et les éléments de preuve dans l’article “Les pyramides d’Egypte : tombeaux ou cénotaphes ?”. Mais je reviens tout de même sur le paragraphe du Larousse sur lequel il se base dans une vidéo précédente pour affirmer que les pyramides ne sont plus des tombeaux mais des cénotaphes. Un paragraphe très mal lu par le réalisateur qui pourtant ici le lit correctement sans même se rendre compte que depuis sa vidéo précédente ce qu’il raconte est faux, à savoir que maintenant les pyramides seraient non pas des tombeaux mais des cénotaphes. On a ici à faire à un magnifique biais cognitif parmi tant d’autres au cours de la vidéo. En fait, le réalisateur ne s’en rend pas compte car à ce moment-ci où il cite ce passage, le sujet sur lequel se focalise son cerveau n’est plus la notion de tombeau ou de cénotaphe mais le pillage et les preuves du pillage. On est tous sujets aux biais cognitifs, mais chez notamment les pyramidologues ces biais se répètent bien trop souvent, et cela au détriment du public.

Voici le paragraphe [18] dans le Larousse sur lequel il se base à la fois dans cette vidéo mais également dans la première vidéo de sa série YouTube :

Definition pyramides - larousse

Il est écrit que les pyramides étaient destinés à servir de sépultures ou de cénotaphes et non que les pyramides étaient maintenant considérées comme des cénotaphes. Soit l’auteur de ce dossier du Larousse a simplement voulu à un moment émettre que certaines pyramides, bien que très rares, comme celles d’Ahmose 1er et de Tétisheri sont des cénotaphes [19], soit l’auteur a voulu être prudent car tout comme le pharaon Khéops n’a pas écrit en très grand sur sa pyramide la quantité d’ail, d’oignon et de persil consommée par ses ouvriers, il n’a pas non plus inscrit sur celle-ci “Moi, Pharaon Khéops, cette pyramide est mon tombeau !” apportant une preuve claire et précise de cet état de fait. Ce n’est pas pour autant qu’il n’y a pas suffisamment d’éléments, comme le précise l’auteur de ce dossier dans Le Larousse, pour privilégier la fonction de tombeau.

Sources

[18] Pyramide – Dossier sur les pyramides publié sur le site web de l’encyclopédie Larousse

[19] “Les pyramides d’Egypte : tombeaux ou cénotaphes ?” – Archéologie Rationnelle (2019)

Conclusion

Contrairement à ce qu’essaye de démontrer bien maladroitement le réalisateur, il y a de nombreuses recherches et résultats de recherches qui nous délivrent suffisamment d’informations sur la pyramide de Khéops. Il suffit juste d’aller les chercher dans les documents scientifiques les plus récents possibles.

 

Les pyramides d’Egypte : tombeaux ou cénotaphes ?

Par : WikArch

Encore de nos jours, les pyramides de l’Egypte Ancienne sont pour certains des tombeaux et pour d’autres des cénotaphes. Pour les égyptologues, il n’y a par contre aucun doute, ces pyramides sont bien des tombeaux. Mais, revenons d’abord sur la définition de chacun de ces 2 termes.

Un tombeau est un monument funéraire servant de sépulture. Un cénotaphe est, quant à lui, un monument élevé à la mémoire d’un mort ou d’une divinité et qui donc ne contient pas de corps. Un cénotaphe ne contient pas non plus le corps d’un défunt le temps d’une simple cérémonie avant d’être inhumé dans un autre lieu.

Il est aussi bon de préciser que quand les égyptologues parlent des pyramides en tant que tombeaux, c’est tout simplement parce que ce sont, selon des éléments concrets, leur fonction d’origine. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas retrouvé de corps à l’intérieur, les tombes ayant été pillées et profanées, qu’elles doivent du coup être considérées comme des cénotaphes.

Il semble donc nécessaire de refaire un point sur les tombeaux et cénotaphes de l’ancienne Egypte.

Les cénotaphes de l’Egypte ancienne

Des édifices de l’Egypte ancienne sont clairement identifiés comme des cénotaphes. Voyons lesquels.

Tout d’abord, il y a le cénotaphe du dieu Osiris se trouvant dans la grande tombe du prêtre Padiamenopé (ou Pétaménophis) [1] qui est l’une des grandes tombes de la plaine de l’Assassif, au pied du temple de Deir el-Bahari dans la nécropole thébaine. Elle date de la fin de la XXVème ou du début de la XXVIème dynastie (vers 650 avant J.-C). Ce cénotaphe st considéré aujourd’hui comme une réplique du cénotaphe de Sethi 1er (XIXe dynastie) [2] toujours lié à Osiris en Haute Egypte à Abydos. La tombe de Sethi 1er se trouve, quant à elle, dans la vallée des rois.

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Cénotaphe de Sethi 1er à Abydos (Source)

A Abydos également, la pyramide d’ Ahmôsis 1er de la XVIIIème dynastie, aujourd’hui en ruine, dans laquelle n’a pas été trouvée de chambre funéraire, est par conséquent un cénotaphe. Près de cette pyramide, ce pharaon avait également fait édifié une pyramide cénotaphe pour sa grand-mère, Tétishéri [3][4].

Pour terminer ces quelques exemples, le cénotaphe d’Haroua [5], haut dignitaire de la XXVème dynastie (sous le règne de Taharka) est aussi un cénotaphe du dieu Osiris.

Les pyramides tombeaux de l’Egypte ancienne

Les tombeaux en forme de pyramide ont tout d’abord été le résultat de l’évolution d’un autre édifice funéraire que l’on nomme mastaba. Le mastaba a été durant les deux premières dynasties une sépulture royale pour les rois d’Egypte. Suite à cela, Imhotep, l’architecte sous le règne du roi Djoser, fait évoluer le mastaba en ce qu’on appelle une « pyramide à degré » même si la volonté de départ ne semble pas avoir été de faire évoluer ce type d’édifice vers un monument spécifiquement pyramidal. Ce n’est qu’à partir de la IVème dynastie durant le règne de Snéfrou que la forme pyramidale pour les sépultures royales commence à devenir la norme.

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Pyramide à degré de Djoser (Source)

Les pyramides sont composés d’une ou plusieurs chambres dont une chambre funéraire doté d’un sarcophage de pierre pour accueillir la momie du défunt pharaon. Elles sont insérées dans un complexe funéraire composé de différents éléments selon les désirs du pharaon et l’évolution de la religion Egyptienne. Ces complexes peuvent notamment être composé de temples, de fosses à barques solaires, d’une chaussée funéraire, d’un mur d’enceinte, de petites pyramides pour les reines, de mastabas pour la famille royale et les prêtres royaux…

Les momies découvertes dans les pyramides

Un certain nombre de restes de momies de pharaons et de reines ont été retrouvées dans leurs pyramides respectives qui montrent là encore que les pyramides servaient de sépultures aux défunts pharaons et reines.

Les plus vieux restes de momies comme appartenant bien aux pharaons et reines dans leurs pyramides datent de l’Ancien Empire qui prend fin avec la VIème dynastie. La momie de Djedkarê Isési l’avant dernier pharaon de la Vème dynastie, a été retrouvée dans sa pyramide. La momie d’une reine appartenant à la Vème dynastie et qui pourrait être la reine Rêpoutnoub a été, quant à elle, retrouvée dans la pyramide nommée Lepsius LXXIVDes restes de la momie du pharaon Néferefrê de la Vème dynastie ont été découverts dans la pyramide de celui-ci. Un vase canope intact (renfermant des viscères embaumés) fut retrouvé dans la pyramide d’une reine située dans le complexe funéraire du pharaon Djédefrê de la IVème dynastie. Concernant la VIème dynastie, les restes de momies de la reine Ipout et du pharaon Pépi 1er ont été découverts dans leurs pyramides respectives tout comme se fut le cas pour la momie décapitée de la reine Neith. Un certain nombre de momies quasi complètes et de restes de momies de pharaons et de reines situés entre la XIème et la XIIIème dynastie ont également été retrouvés dans leurs pyramides respectives [6].

La religion de l’Egypte ancienne

On entend de nos jours dans certains documentaires qu’un cénotaphe accueille le corps d’un défunt le temps d’une simple cérémonie avant d’être inhumé dans un autre lieu. Tout d’abord, comme nous avons pu le préciser, ce n’est pas la fonction d’un cénotaphe d’accueillir un défunt même pour le temps d’une simple cérémonie. Mais nous allons surtout voir pourquoi la momie du défunt pharaon n’était pas uniquement dans sa chambre funéraire le temps d’une cérémonie mais bien là pour y demeurer pour l’éternité (du moins le plus longtemps possible) ce qui faisait aussi de sa pyramide nécessairement un tombeau.

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Chambre funéraire d’Ounas (Source)

Le pharaon momifié était inhumé dans un tombeau pour rester auprès de son peuple et veiller sur lui. A cela, il faut savoir que dans la religion Egyptienne son « Ka » (corps immatériel) quittait son tombeau chaque jour et le retrouvait chaque soir [7] d’où la nécessité du processus de momification afin de préserver le plus longtemps possible son corps qu’il retrouvait chaque soir. Les textes de pyramides de la Vème et VIème dynastie nous délivrent des passages intéressants sur les sorties à la lumière des « Ka » des pharaons depuis leurs tombeaux.

Le passage ci-dessous des textes présents dans la pyramide d’Ounas précise que le défunt pharaon de chair dans son tombeau se prépare à sortir le jour.

« II (Ounas) a pris possession des trônes de Geb, et il s’est élevé lui-même jusqu’où il voulait. Rassemblant ses chairs qui étaient dans le tombeau, il s’unit à ceux qui sont dans le Noun, il fait aboutir les paroles d’Héliopolis. Ainsi Ounas sort en ce jour, sous forme juste de Akhou vivant. »

Le passage suivant que l’on retrouve dans les textes des pyramides des pharaons Teti et Merenre indiquent que d’autres hommes et femmes sont également sortis de leurs tombeaux pour s’élever au jour. Ces autres pharaons et reines ayant des tombeaux inaccessibles, c’est à dire scellés comme l’étaient leurs pyramides, se réveillent et sortent au grand jour pour la énième fois, ces autres rois et reines étant déjà inhumés depuis de nombreuses années.

« Ceux des tombeaux, dont les lieux sont inaccessibles, se sont également élevés. Éveillé ! Élevez-vous !« 

Dans ce nouveau passage, le pharaon Pepi II Neferkare est invité a quitté son tombeau et à sortir au grand jour. D’autres pharaons sont semblent-ils aussi invités à sortir de leurs tombeaux.

« Père Pepi Neferkare, levez-vous et recevez ces premières eaux fraîches qui viennent d’Akhbit! Levez-vous, vous tous dans vos tombeaux; desserrez vos bandelettes! Enlevez le sable de votre visage, (Pepi Neferkare)!« 

Dans ce dernier passage, le pharaon Pepi 1er va passer la journée avec son ka (son double immatériel) et reviendra se coucher avec son ka.

« Comme le grand passe la journée avec son ka et va au lit avec son ka, ce Pepi va passer la journée avec son ka et va se coucher avec son ka. Lorsque ce grand se réveillera, ce Pepi se réveillera, les dieux se réveilleront et les pouvoirs de contrôle se réveilleront. »

Profanation et pillage des pyramides de l’ancien empire

Il est probable, selon différentes sources de l’époque, qu’un certain nombre de transformations et de bouleversements d’ordre politique, religieux, écologique et sociaux soient apparus durant la fin de l’Ancien Empire et cela jusqu’à la première période intermédiaire qui ont mis l’Egypte en difficulté et ont sérieusement affaibli le pouvoir des pharaons et la religion en place [8]. Durant ces bouleversements, des pilleurs de tombes ont très bien pu profité du désordre ambiant pour piller les trésors, mais également des profanateurs qui en retirant les momies de leurs sarcophages mettaient fin à la religion jusque là en place sous les pharaons de l’Ancien Empire, les pharaons étant le lien entre le monde des dieux et celui des vivants.  Des profanations à cette époque seraient tout à fait cohérent dans le sens où à la fin de l’ancien empire, les structures des différentes pyramides devaient être encore relativement bien connu par certains Egyptiens ce qui permettait aux profanateurs de pénétrer dans des pyramides dotées de systèmes de verrouillage important qu’il fallait contourner.

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Chambre du roi Khéops (Source)

La profanation de la pyramide de Khéops avec ses chambres et galeries à une certaine hauteur est ici un bon exemple. L’entrée actuelle, générée par des sapeurs à une certaine époque et située quelques mètres au sud-est de l’entrée principale de la grande pyramide, est attribuée au sultan Al-Mamoun ce qui selon un certain nombre de récits arabes serait inexact. En admettant que Al Mamoun ou son père ait pénétré à l’intérieur de la pyramide au IXème siècle, il semblerait que la pyramide de Khéops était déjà éventré à leur arrivée. Concernant les traces de pillage dans l’édifice, en dehors bien évidemment de la sape conséquente attribuée à Al-Mamoun par laquelle on entre de nos jours, des fragments de diorite retrouvés aux abords de la niche dans la chambre dite de la reine autorisent à penser que cette niche ait pu abriter une statue [9]. Quant à l’état du sarcophage dans la chambre du roi, il montre clairement que celui-ci a été forcé afin de soulever le couvercle qui ne fut d’ailleurs jamais retrouvé. Même si certains s’étonnent que le couvercle n’aient jamais été retrouvé et du coup imaginent qu’il n’y en a jamais eu, toutes les traces de forçage au dessus des contours du sarcophage montrent clairement la présence à l’origine d’un couvercle dont il a fallu se débarrasser. J’en profite pour rappeler que les restes du couvercle du sarcophage du pharaon Mykerinos ont été retrouvés à l’entrée de sa pyramide. Il n’y a donc pas de questions particulières à se poser concernant l’absence d’un couvercle même en miette du sarcophage du pharaon Khéops dans sa chambre funéraire qu’on appelle la chambre du roi. Ce couvercle a simplement été transporté en dehors de la chambre funéraire pour des raisons qu’on ne connaîtra surement jamais.

Conclusion

Les pyramides des pharaons ne peuvent donc être, comme les égyptologues l’affirment, que des tombeaux, sauf dans de très rares cas où certaines comme la pyramide d’Ahmose sont dépourvues de chambres funéraires mais aussi de galeries. Les cénotaphes Egyptiens recensés sont quant à eux essentiellement des monuments érigés au nom d’une divinité comme Osiris. A cela, il faut ajouter la présence de systèmes de verrouillage assez sophistiqués dans ces pyramides tombeaux qui n’auraient pas grande utilité dans des pyramides cénotaphes. Ce que ces systèmes de verrouillage tendaient surtout à protéger et qui avait le plus de valeur dans ces chambres funéraires, au delà des différents artéfacts de valeur, c’était surtout la momie du pharaon elle même.

Sources

[1] Cénotaphe du dieu Osiris se trouvant dans la grande tombe du prêtre Padiamenopé

[2] Cénotaphe de Séthi 1er à Abydos

[3] Pyramides d’Ahmose et de Tetisheri à Abydos

[4] The complete pyramide de l’égyptologue Mark Lehner  (Pyramide d’Ahmose en page 190) – 2008

[5] Cénotaphe d’Haroua lié au Dieu Osiris

[6] Les momies des pyramides : Voir tableau récapitulatif à la fin de l’article (site web Irna.fr)

[7] Le jugement du roi mort dans les textes des pyramides de Saqqarah

[8] Contexte sous la première période intermédiaire (Site web Antikforever qui propose un résumé intéressant)

[9] « L’ère des géants » de l’égyptologue Franck Monnier – 2017

Vidéo « Archéologie Rationnelle »

 

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Pyramide Djoser - R

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Sarcophage Kheops

Découverte de l’île de Pâques par les Polynésiens

Par : WikArch

L’île de Pâques ou Rapa Nui a été découverte, en ce qui concerne les européens, par le néerlandais Jakob Rogeveen qui débarqua pour la première fois sur cette île le jour de Pâques, le 6 avril 1722.

Les habitants de l’île de Pâques, ayant une langue d’origine Austronésienne, seraient arrivés sur l’île entre le IXème et le XIIème siècle. Ils seraient parti, selon la tradition orale, de l’île d’ Hiva Oa dans l’archipel des Marquises qui fait parti des îles Polynésiennes.

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Migrations Austronésiennes (Source)

Il est bon de rappeler que les habitants de l’île de Pâques appelés « les Pascuans » qui ont été identifiés comme ayant des gênes Polynésiens, Mélanésiens et Asiatiques [1][2], ont aussi la navigation dans les gênes. Leurs ancêtres Austronésiens qui sont partis, environ 3000 ans avant notre ère [3][4], d’Asie du Sud-Est ont durant des millénaires navigués et découverts de nouvelles îles pour s’y installer comme les Philippines, les îles Caroline, la Nouvelle Guinée, les îles Fidji et bien d’autres.

Ces navigateurs confirmés et qu’on dit pouvoir se diriger grâces aux étoiles et aux mouvement des vagues maîtrisaient la construction de simples pirogues mais également la construction de voiliers double coque qui s’apparentaient à des catamarans et qui étaient déjà plus à même d’effectuer des voyages en haute mer.

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Gravure de E. Rooker d’après Parkinson. A view of the island of Ulietea, with a double canoe and a boathouse. (Source)

Hiva Oa se trouve à 3600 km de l’île de Pâques. On peut légitimement se demander comment ces Polynésiens partant d’Hiva Oa sont tombés sur l’île de Pâques ? Ont-ils fait plusieurs sorties en haute mer ? Ont-ils découvert cette île dès leur premier voyage ?

La tradition orale semble préciser qu’ils auraient fait un seul voyage. Regardons ensemble la carte Google Earth plus en détails afin de voir comment ils auraient pu tomber assez facilement sur l’île de Pâques.

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Carte Polynésie Française (Source Google Earth)

Plutôt que de partir dans n’importe quelle direction, ils ont très bien pu suivre les îles successives vers le Sud/Sud-Est que sont les îles Tuamotu (qui s’étendent sur 1600 km), les îles Gambier et cela jusqu’aux îles Pitcairn qui sont les dernières îles les plus proches de l’île de Pâques. S’ils ont suivi ces îles, ils ont pu naviguer en sécurité durant une bonne partie de leur voyage ayant assez fréquemment des îles sur leur chemin qui pouvaient aussi leur permettre de se reposer et de se réapprovisionner en nourriture selon ce que ces îles pouvaient fournir. Ces îles étaient surement connus de ces navigateurs puisque notamment les îles Tuamotu et les îles Gambier font parti de la Polynésie Française. Une fois arrivé aux îles Pitcairn, ils n’étaient plus à 3600 km de l’île de Pâques mais tout au plus à environ 1900 km. On constate d’ailleurs en regardant l’image ci-dessus capturée sur Google Earth  que si l’on suit le prolongement de ces îles, on tombe plutôt facilement sur l’île de Pâques. Ils auraient très bien pu suivre cette trajectoire pour partir à la recherche d’autre terres et finir par tomber sur cette île sur laquelle ils s’installeront.

Sources

[1] Origines mélanésienne et asiatique des polynésiens (Publication 2006)

[2] L’ADN ne montre aucune trace de contact entre les habitants de l’île de Pâques et ceux d’Amérique du Sud – Article Sci-News de 2017

[3] Île de Pâques : Faux mystères et vraies énigmes, une conférence en vidéo de Nicolas Cauwe au muséum de Toulouse

[4] Les butineurs d’îles, d’Asie en Océanie par Hubert Forestier (CNRS)

Vidéo « Archéologie Rationnelle »

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Carte austronesienne

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Du géopolymère dans les anciens textes Egyptiens ?

Par : WikArch

Pour l’institut Géopolymère, certains textes égyptiens montrent que les anciens égyptiens possédaient la connaissance de la pierre de synthèse géopolymère. Ces textes seraient la fresque de Ti, la stèle d’Irtysen C14 du musée du Louvre et la stèle de la famine.

Rappel concernant les géopolymères

Les géopolymères sont des chaînes ou des réseaux de molécules minérales. Les matières premières utilisées sont principalement des minéraux d’origine géologique, d’où le nom « géopolymère« . Le professeur Joseph Davidovits (ingénieur chimiste) a inventé le terme en 1978 dans le cadre de recherches qu’il a commencé en 1972 et qui ont notamment conduit à la création en France d’un « Institut Géopolymère« . Le professeur, qui n’est pas égyptologue, soutient que les pyramides ainsi que toutes les réalisations Egyptiennes antiques en calcaire sont composés de pierres moulées à base d’agrégats de calcaire. Pour tenter de démontrer cela, une partie de son argumentaire repose sur certains textes de l’ancienne Egypte montrant selon lui que les anciens Egyptiens connaissaient et utilisaient le procédé de la pierre de synthèse. Nous allons voir véritablement ce qu’il en est.

La fresque de Ti

La fresque de Ti, selon l’institut Géopolymère [1], illustre le travail des sculpteurs d’une statue en bois, la confection d’une statue en pierre et le mélange de produits chimiques dans des vases. Mais quelle est cette fresque ?

L’image de cette fresque n’est pas fourni par leur site web. On ne sait donc pas de quelle fresque il s’agit car cette fresque, quelque soit l’interprétation qui a pu en être faite, fait parti d’un nombre considérable de fresques dans le mastaba de Ti qui était un haut fonctionnaire sous la Vème dynastie. Les scènes sur les murs du mastaba représentent des activités diverses de la vie quotidienne de l’époque telles que la chasse, la pêche, l’élevage, le recensement des troupeaux, la moisson,  la fabrication du pain et de la bière, l’orfèvrerie, la sculpture, la menuiserie…

Selon cet institut [1], cette fresque représenterait le façonnage d’une statut en pierre synthétique avec les signes hiéroglyphes représentant l’action de « synthétiser », « faite de main d’homme ». Or, une statue « faite de main d’homme » peut aussi  et surtout vouloir dire que cette statue a été sculptée. Elle n’est pas forcément le résultat d’un moulage quelconque. C’est faire un gros raccourci que de considérer une statue faite de main d’homme comme si elle avait forcément été synthétiser.

Malgré l’absence de cette fresque en image dans l’argumentaire de l’institut sur leur site web, il est fort probable que la fresque dont il est question soit celle-ci. A ma connaissance, il n’y a pas d’autres fresques dans le mastaba de Ti représentant des sculpteurs.

Atelier de sculpture - Mastaba Ti
Mastaba de Ti – Chapelle mur sud (source)

Pour rappel, selon cet institut, cette fresque illustre le travail des sculpteurs d’une statue en bois, la confection d’une statue en pierre et le mélange de produits chimiques dans des vases. A première vue, sans connaissance des outils Egyptiens, ni de l’écriture hiéroglyphique, on pourrait être relativement d’accord avec cette description de la fresque ci-dessus. En fait, les outils des sculpteurs et les écritures qui les surplombent apportent plus de précisions [2]. Pour cela, on va débuter à gauche de cette fresque.

Sur la première statue, le sculpteur de gauche travaille avec une herminette qui est un outil de travail du bois. Au dessus de celui-ci, les hiéroglyphes précisent qu’il est menuisier. Quant au sculpteur de droite, celui-ci travaille avec un ciseau à bois.

Concernant le deuxième statue, deux artisans sont en train de polir une statue dont on ignore si elle est en bois ou en pierre.

La troisième est clairement une statue en pierre, les deux sculpteurs travaillant dessus avec des hachettes de pierre.

Enfin, deux artisans travaille au forage de deux vases en pierre [3][4]. Les hiéroglyphes précisent que les deux artisans sont occupés à « faire le travail (de fabrication) de vases« . une autre écriture peut se lire « faire le travail par le foreur« . Ces deux personnages ne sont donc pas en train de mélanger des produits chimiques ou autres.

Il n’y a donc dans cette fresque aucune indication qui puisse nous faire penser que les Egyptiens durant la Vème dynastie avaient la connaissance des pierres de synthèses ou géopolymères.

La stèle d’Irtysen

Selon cet institut [1], la stèle d’Irtysen présente la technique de fabrication des statues en pierre synthétique (« Pierre coulée »).

Irtysen était le chef des artisans ainsi que scribe et sculpteur sous le règne de Nebhépetrê Montouhotep durant la XIème dynastie (de -2033 à -1982).

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Stèle d’Irtysen (source)

Le musée du Louvre donne une description partielle [5] de cette stèle sur son site web. La partie qui nous intéresse particulièrement est celle où Irtysen nous dit : « Je connais les secrets des hiéroglyphes et le déroulement des rituels de fête, je maîtrise toute la magie et rien ne m’en échappe; je suis un artisan expert en son art, éminent par ses connaissances. Je connais les techniques de la coulée (?), la pesée selon les règles, les techniques d’assemblage telles que chaque élément soit bien en place« . On peut donc lire ici qu’Irtysen maîtrise les techniques de la coulée mais on ne sait pas de quoi comme le point d’interrogation le précise. De plus, cette interrogation peut aussi émettre un doute sur la bonne compréhension du hiéroglyphe lui-même qui est traduit par : « la coulée » ?

Il est en effet légitime de se demander si « la coulée » est une bonne traduction. L’égyptologue Bernard MATHIEU propose dans une publication [6] une traduction de cette stèle. Sa traduction, même si elle ressemble pour beaucoup à celle du musée du Louvre, propose une traduction différente du passage qui nous intéresse : « Je connais le secret des hiéroglyphes et la conduite des cérémonies de fêtes. Toute forme de magie-hékaou, je l’ai acquise sans que rien ne m’en échappe. Je suis un artisan qui excelle en son art, passé maître dans sa science. Je connais les proportions d’une représentation, les calculs d’arithmétique, comment retrancher ou ajouter selon qu’elle déborde ou s’avère trop petite, jusqu’à ce que le corps trouve sa (juste) place ». Il n’est ici plus question de coulée.

Quant à la dernière partie du texte de cette stèle qui fait allusion, dans la traduction fournie par le site web du Louvre [7], à des produits qui fondent, ces produits sont des pigments et non des pierres : « Je sais faire des pigments, des produits qui fondent sans que le feu les brûle, et en outre insolubles à l’eau ». L’égyptologue Bernard Mathieu donne une traduction [6] se rapprochant de celle proposée par le Louvre : « Je connais (l‘art de) fabriquer les pâtes colorées et les enduits (?), sans laisser le feu les brûler et, de plus, insolubles à l’eau« .

Dans le texte de cette stèle, le chef artisan Irtysen, qui est aussi scribe et sculpteur, ne décrit pas la technique de fabrication de statues en pierres synthétiques, ni même une technique en particulier mais énumère simplement les différentes techniques qu’il maîtrise, celle des pierres de synthèse n’en faisant manifestement pas partie.

Par conséquent, rien ne nous permet d’affirmer, en consultant cette stèle d’Irtysen, que cet artisan maîtrisait la technique de la pierre coulée (géopolymères).

La stèle de la famine

Selon ce professeur [1], cette stèle contient des hiéroglyphes désignant soit des roches et des minéraux, soit leurs procédés de transformation.

La stèle de la famine est un texte de 32 colonnes gravé sur un rocher de l’île de Séhel. Cette stèle évoque une famine qui s’installa durant 7 années à cause d’une perturbation de la crue du Nil.

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Stèle de la famine (source)

Ce professeur s’est surtout intéressé aux colonnes 11 à 19, ces colonnes évoquant des roches et des minéraux. Vous trouverez dans les sources un document [8] que j’ai réalisé où je compare sa traduction de ces quelques colonnes avec les traductions de trois égyptologues. Ici, je ne vais pas développer l’ensemble du texte car ce serait trop long mais rester essentiellement sur certaines parties qui touchent aux roches et aux minéraux, et sur lesquels le professeur a fait sa propre interprétation.

Colonne 11 : La traduction de ce professeur donne : « contenant tous les minerais, toutes les pierres (érodées) écrasées (agrégats appropriés pour l’agglomération) alors que pour les égyptologues cette traduction donne : « avec des pierres précieuses et des pierres de carrière ». Dans les traductions des égyptologues , il n’est aucunement mentionné que ces pierres sont érodées ou des agrégats. En gros, cet ingénieur chimiste rajoute ce qui l’arrange pour démontrer sa théorie.

Colonne 13 : La traduction proposée donne : « ... là au milieu de la rivière une place de relaxation pour chaque homme qui traite les minerais sur ses deux côtés » alors que pour les égyptologues cette traduction donne : « ... un lieu de détente pour chaque homme travaillant les pierres des deux côtés« . Cette traduction évoque le fait de « traiter les minerais » car dans la colonne 12, il est fait allusion à des produits chimiques alors que la traduction reste sur le terme de « produits » sachant que ceux-ci sont pourtant clairement énumérés et qu’il n’y est aucunement question de produits « chimiques ».

Colonne 19 : Pour la traduction de cette colonne, ce scientifique propose : « Je te confère des minerais sur des minerais … depuis la création personne ne les a jamais travaillé (pour faire la pierre) pour construire les temples des dieux ou reconstruire les temples ruinés…« alors que pour les égyptologues cette traduction donne : « Je te donne pierres après pierres qui n’avaient jamais été trouvées auparavant et sur lesquelles on n’avait pas travaillé, pour la construction de temples, la reconstruction de ruines, l’incrustation des yeux des statues« . En fait, ces pierres sont clairement des pierres de carrière pour construire des temples ainsi que des pierres précieuses pour par exemple l’incrustation des yeux des statues. Il n’est pas question ici de travailler des minerais pour en faire de la pierre afin notamment de construire des temples.

Conclusion

En ce qui concerne ces trois textes, on y trouve donc absolument aucune trace d’une connaissance quelconque de pierre de synthèse chez les Egyptiens de l’époque antique.

Notes et Sources

[1] Les textes hiéroglyphiques sur le site web de l’Institut Géopolymère , chapitre B du FAQ.

[2] Paroi sud de la chapelle du mastaba de Ti (registre 3)

[3] Fabrication d’un vase en pierre avec les outils de l’Egypte Antique , 2003.

[4] Vidéos : Test du procédé de forage d’une pierre en granit et fabrication d’un vase en pierre dure de nos jours montrant que cela est possible avec des outils rudimentaires.

[5] Description partielle de la stèle d’Irtysen sur le site du musée du Louvre.

[6] Irtysen, le technicien (stèle Louvre C14), publié par Bernard Mathieu (2016).

[7] Traduction de la dernière partie de la stèle d’Irtysen proposée par le musée du Louvre.

[8] Traductions en français des traductions hiéroglyphiques ci dessous des colonnes 11 à 19 de la stèle de la famine – Archéologie Rationnelle (2019)

Traduction de la stèle de la famine par le professeur Joseph Davidovits (vers 2012-2015)

Traduction de la stèle de la famine par l’égyptologue Günther Roeder (1923)

Traduction de la stèle de la famine par l’égyptologue Paul Barguet (1953)

Traduction de la stèle de la famine par l’égyptologue Miriam Lichtheim (1973)

Présence de Djoser et Imhotep (IIIème dynastie) dans le récit de la stèle de la famine datant probablement du début de l’époque ptolémaïque. (2004)

Vidéo YouTube « Archéologie Rationnelle » associée à cet article

 

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Atelier de sculpture - Mastaba Ti

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Le Sérapéum de Saqqarah et ses sarcophages de granit

Par : WikArch

Dans les grands souterrains du Sérapéum de Saqqarah, d’imposants sarcophages de granit dans leurs caveaux respectifs interpellent les visiteurs. Pour comprendre la présence de ces mastodontes dans ces souterrains, il est d’abord important de revenir sur l’histoire de cette nécropole antique Egyptienne qu’est le Sérapéum de Saqqarah.

Bibliographie d’Auguste Mariette sur le Sérapéum de Saqqarah

Nous devons la découverte du « Sérapéum de Saqqarah » appelé également « Sérapéum de Memphis » à Auguste Mariette, égyptologue français, qui effectua des fouilles sur le site de 1850 à 1854. Par la suite, jusqu’à nos jours, d’autres experts ont continué l’étude du site et de ses très nombreux artéfacts archéologiques comme notamment Eugène Revillout, Emile Chassinat, Ulrich Wilcken, Max Guilmot, Arthur Rhoné, Jean-Philippe Lauer, Jean Vercoutter, Didier Devauchelle, Yves Béquignon et Dorothy Joan Thompson. Vous pouvez retrouver certains écrits de ces différents auteurs sur le sujet en tant que sources à la fin de cet article.

Auguste Mariette sort en 1857 un première ouvrage succinct intitulé « Le Sérapéum de Memphis » qui à la base était dédié au prince Napoléon. Puis, un an après son décès en 1881, Gaston C Maspero, le successeur d’Auguste Mariette à la direction du service des antiquités Egyptiennes, publie en 1882 le compte rendu des fouilles du Sérapéum écrit par Mariette. Ces 2 livres n’ont pas le même contenu. Le plus détaillé, notamment sur les sarcophages en granit toujours visibles actuellement dans les souterrains du Sérapéum, est celui publié par Gaston C Maspero, l’autre ouvrage n’en faisant que peu référence. Cependant Auguste Mariette n’ayant pas réussi à terminer son compte rendu avant son décès, cet ouvrage publié par Gaston Maspero reste incomplet.

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Le sérapéum sur la carte

Il est préférable d’avoir une vision globale du site avant de commencer à rentrer dans les détails. Le sérapéum de Saqqarah se trouve à 14 km au sud du Caire. Aujourd’hui , il ne reste plus rien du site à part les grands souterrains, quelques murs du Sérapéum et un petit hémicycle sur lequel on reviendra plus tard.

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A son apogée, le site du Sérapéum est bien plus fourni. Depuis le Sérapéum situé à l’Ouest (à droite sur le dessin ci-dessous), une allée de près de 400 sphinx sur plus d’un kilomètre rejoint d’autres édifices à l’Est qui, pour Auguste Mariette, composent ce qui aurait pu être un Sérapéum grec, hors il n’en est rien. Parmi ces édifices, se trouve un temple d’Anubis qui avec un local du représentant du stratège de Memphis, un poste de gendarmerie, une prison, des bureaux, des auberges et 4 constructions dites « Chambre de Bès » composent ce qui est appelé l’enceinte de l’Anubieion. Se dresse également un temple d’Astarté mais aussi un temple d’Esculape où les malades viennent dormir et chercher leur guérison dans des songes qui doivent leur transmettre les oracles sur le traitement à suivre.

Quant au Sérapéum, en dehors du temple d’Apis, des papyrus grecs et divers textes démotiques nous apprennent que dans l’espace limité par le péribole se trouvent également d’autres temples, des auberges, des boutiques et des habitations.

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Auguste Mariette lors des fouilles, en 1851, identifie plus en détails certains édifices et certaines sculptures le long du Dromos mais aussi se situant à l’Est de celui-ci.

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Parmi les statues longeant le Dromos, ont pu être identifiés Dionysos enfant chevauchant une panthère, une paire de paons, Dionysos enfant chevauchant un lion cerbère à une tête, un faucon à tête humaine, deux sphinges grecques, deux sirènes de la mythologie grecque (mi femme, mi oiseau) et une statue du taureau Apis dans sa chapelle. Le long de cette allée, se trouve également, en dehors de la chapelle Egyptienne consacrée à Apis, un temple grec « le Luchnaption » qui est le local des fonctionnaires qui s’occupaient des lampes dans le culte de Sérapis.

Quant à l’hémicycle de statues de poètes et philosophes grecques, cet exèdre est orné des statues d’Homère, de Pindare, de Platon, d’Héraclite d’Ephèse, de Thalès, de Protagoras, d’Hésiode et de Démétrios de Phalère. Sur les 11 statues particulièrement dégradées, seuls ces célèbres personnages grecs ont pu être identifiés.

Historique du Sérapéum de Saqqarah

Le sérapéum de Saqqarah, aussi appelé « Sérapéum de Memphis », est une nécropole antique Egyptienne dédié au culte du taureau sacré Apis et du dieu Sérapis (Osiris-Apis). Le taureau Apis, comme le précise Mariette, n’est pas un vulgaire animal mais la réincarnation du dieu Osiris. Après sa mort, le taureau sous l’appellation d’Osiris-Apis continue à bénéficier d’un culte. Le terme de Sérapis, étant un terme grec, n’est utilisé que sous le règne des Ptolémées, en 300 avant JC, remplaçant l’appellation native d’Osiris-Apis. Le site subit de nombreuses modifications durant 13 siècles jusqu’à la fin du règne des Ptolémées.

chapelle-serapeumLe sérapéum date de la XVIIIème dynastie. Il est bâti à la demande d’Amenhotep III vers l’an -1370. Jusqu’à l’an 30 de Ramsès II, les Apis sont enterrés dans des tombes individuelles. Ces tombes sont dotés d’une chapelle à colonne et d’un ou deux caveaux abritant chacun la momie d’un Apis, son sarcophage, ses Canopes, des vases, quelques bijoux et ses Chaouabtis à tête de taureau. Des grands personnages de l’époque ont fait sceller leurs stèles sur les soubassements de la chapelle. La rampe descendante menant au caveau était comblée après l’inhumation.

apis-an-20-de-psammetique-i-mur-du-caveau-redim1Durant la XIXème dynastie, Khâemouaset grand prêtre de Ptah et quatrième fils de Ramsès II, entreprend vers l’an -1235 la création de premiers souterrains afin que chaque Apis dans son sarcophage en bois ait son propre caveau. Il crée également un temple en surface destiné à la célébration des inhumations des taureaux sacrés. Lors de ces inhumations, les dévots d’Apis, choisis parmi les grands du royaume, ont l’occasion de dédier une stèle ou d’offrir les éléments de son trousseau funéraire à l’animal sacré en échange de sa protection. Dans ces premiers souterrains qu’on appelle les petits souterrains, une fois la momie déposée dans son sarcophage, l’accès à son caveau est muré. Sur ce mur, on appose des stèles qui le plus souvent indiquent le règne sous lequel le taureau est né, son année d’intronisation dans le temple de Ptah, sa durée de vie ainsi que la date de son enterrement et précisant également le règne sous lequel cette cérémonie a lieu.

images3A partir de la XXVIème dynastie, entre l’an 20 et l’an 52 de Psammétique 1er, suite à un éboulement dans les premiers souterrains où ont été déposés les anciens Apis, les Egyptiens se lancent vers l’an -620 dans la construction de plus grands souterrains qui accueillent tout d’abord des sarcophages en bois puis plus tard, sous le règne d’Amasis (Ahmôsis II), le premier sarcophage en granit. Amasis est à ce moment là, après une période instable, le maître incontesté de l’Egypte. Son long règne est opportun pour relancer l’activité architecturale dans le pays. L’inhumation de l’Apis en l’an 23 d’Amasis (vers 545 avant JC), dans les souterrains du Sérapéum, est la première pour laquelle est fabriqué un sarcophage en pierre. L’épitaphe officielle et l’inscription de ce sarcophage nous apporte ce témoignage :

« Il (Pharaon) fit un grand sarcophage de granit, car il avait constaté que celui-ci n’avait jamais été fait de pierre par aucun roi dans le passé. » – An 23 d’Amasis

En 525 avant notre ère, Cambyse, roi achéménide de l’empire Perse, s’empare de l’Égypte et se fait couronner pharaon de la haute et basse Egypte mettant ainsi fin à la XXVIème dynastie Egyptienne. Le pharaon Cambyse ainsi que ses successeurs poursuivent, durant la XXVIIème dynastie, le culte du taureau Apis et du Dieu Osiris-Apis. En 404 avant JC, Amirthée, prince de Saïs, se révolte et chasse les Perses. Suite à cela, ce prince se fait couronner pharaon et devient le seul et unique pharaon de la XXVIIIème dynastie durant environ six ans. En 399 avant JC, Néphéritès 1er renverse Amirthée et fonde la XXIXème dynastie durant laquelle le culte à Apis survit toujours malgré toutes ces guerres de pouvoir.

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Sphinx du site du Sérapéum de Memphis – (Janmad/Le Louvre)

Nectanébo Ier durant la XXXème dynastie fait ériger, à l’extrémité Est du Dromos, un temple à la place d’un autre édifice datant de Ramsès II, et fait construire également la longue allée des sphinx qui rejoint les édifices à l’Est. Quant à son fils, Nectanébo II, il fait évoluer cette portion du site en construisant le Dromos jusqu’au Sérapéum. Il est aussi à l’origine de la chapelle pour Apis ainsi que d’autre temples au sein même du Sérapéum. Enfin, il fait creuser une chambre spéciale dans les grands souterrains, à droite de l’entrée actuelle, où toutes les stèles ont été déposées par la suite. A partir du règne de Nectanébo II, les derniers pharaons natifs d’Egypte résistent à l’envahisseur Perse jusqu’à ce que ce dernier l’emporte face au dernier pharaon Darius III. Mais le règne des Perses sur l’Egypte n’est que de courte durée car Alexandre Le Grand vient libérer l’Egypte de l’envahisseur et se fait couronner pharaon d’Egypte à son tour. Les règnes d’Alexandre, de son demi frère, et de son fils ne leur permettent pas de s’affirmer en Egypte. Mais par la suite, Ptolémée 1er Soter, un général d’Alexandre, se fait nommer roi d’Egypte et lance la dynastie ptolémaïque qui durera 300 ans. C’est son fils Ptolémée II qui sera le premier Ptolémée à se faire couronner pharaon d’Egypte par des prêtres Egyptiens.

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Ptolémée 1er Sôter – Le Louvre

Durant la dynastie ptolémaïque, sont conservées les antiques coutumes Egyptiennes notamment au Sérapéum de Saqqarah. La consécration officielle que les Ptolémées donnent aux cultes d’Apis et de Sérapis permet de maintenir une paix intérieure avec les prêtres Egyptiens notamment et d’asseoir également leur puissance en Egypte. Ptolémée 1er Soter érige différentes statues le long du Dromos dont des statues Egyptiennes mais aussi, l’hémicycle et ses statues de célèbres poètes et philosophes grecs à l’Est du Dromos. Les grands sarcophages de granit noir se succèdent de règne en règne, jusqu’au temps de Ptolémée XIII et Cléopâtre VII.

Tout porte à croire, comme ce fut le cas pour le sérapéum d’Alexandrie, que la première destruction du Sérapéum de Memphis remonte à l’Edit de l’empereur Théodose 1er qui , au IVème siècle, abolit la religion Egyptienne. Auguste Mariette lors du désensablement du site vers 1851 découvre un exemple de la dévastation que certaines croyances religieuses à l’époque pouvaient faire subir aux monuments d’un autre culte. Il n’est d’ailleurs pas improbable que ces mêmes croyants qui auraient dégradé les édifices en surface aient aussi profané, saccagé et pillé les tombes souterraines. Quand Auguste Mariette pénètre dans les grands souterrains, tous les sarcophages en granit sont ouverts et remplis de pierres. Cette dévastation ne fit que s’accroître de siècle en siècle jusqu’au moment où la partie souterraine du Sérapéum se perdit sous les sables.

Les grands souterrains et leurs imposants sarcophages de granit

A préciser que le terme “granit” sans “e” concerne l’ensemble des roches plutoniques à structure grenue, comme le gabbro, la diorite et la syénite, et non seulement les granites au sens strict.

24 imposants sarcophages ont été retrouvés durant les fouilles d’Auguste Mariette. Quand Mariette arrive sur les lieux, tous les sarcophages en pierre sont ouverts et remplis de pierres. Selon lui, 22 sarcophages sont en granit et les 2 autres en calcaire compact. 22 sarcophages occupent le milieu des chambres auxquelles ils ont été destinés.

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Sarcophage en granit – Auguste Mariette

Un sarcophage semble avoir été laissé en route à la naissance d’une des galeries. Le dernier obstrue une des portes intentionnellement transformée en chambre. En arrivant devant les grands sarcophages dans leurs caveaux respectifs, autre chose le surprend. En effet, sur chacun des couvercles se dressent un pan de mur grossièrement construit. Autrefois, dans cette région, construire sur une tombe était considéré comme le dernier outrage. Cette profanation serait à mettre, tout comme les différentes dégradations que le Sérapéum a pu subir, sur le compte d’un fanatisme religieux de la part de certains croyants opposants à la religion antique Egyptienne à partir de l’époque de Théodose 1er, empereur romain qui en 380 publie l’édit de Thessalonique.

Concernant les sarcophages, si cette vidéo non officielle récente est juste, ce qui semble à première vue être le cas, tous les sarcophages seraient en fait en granit. Plus précisément, il y aurait des sarcophages en granite rose, d’autres en granite gris, en gabbro, en diorite et en syénite. Ils font en gros + de 2 mètres de hauteur et + de 3 mètres de longueur voire près de 4 mètres pour certains. Aucun ne semble avoir les mêmes dimensions. Leur poids oscillerait entre 40 et 100 tonnes.

Concernant la fabrication de ces sarcophages, le savoir faire Egyptien n’est plus à démontrer depuis longtemps. A cela il est nécessaire de spécifier qu’au VIème siècle avant JC les Egyptiens ont acquis le savoir faire dans la fabrication d’armes et d’outils en fer à grande échelle, notamment grâce au savoir faire grec.

Cependant, ces sarcophages ne sont pas parfaits. Certains, de par leurs renfoncements visibles, devaient avoir des défauts qui ont ensuite été éliminés puis polis.  Certains sarcophages ont quelques inscriptions comme ceux sous Amasis, Cambyse, Khababach et un dernier sous la dynastie ptolémaïque dont les inscriptions et les tracés recouvrent une bonne partie de ce sarcophage.

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Stèle Ptolémée VIII – Musée du Louvre

Comme une épitaphe officielle a pu nous le préciser, le premier sarcophage de granit apparaît sur la décision du pharaon Amasis en l’an 23 de son règne (vers 545 avant JC). Une stèle funéraire d’un taureau Apis inhumé en l’an 52 de Ptolémée Evergète II fait également référence au dépôt d’un taureau mort dans un sarcophage de pierre noire sur la quatrième ligne de la stèle ci contre en commençant à lire en partant de la droite. Une traduction et une photo de meilleure résolution de cette stèle permettent de vérifier cela. Une autre information nous renseigne sur la fabrication de ces sarcophages de granit durant les différents règnes des pharaons depuis le règne d’Amasis (vers 545 avant JC). Cette inscription se trouve sur le sarcophage de granite datant de l’an 6 du règne de Cambyse (vers 526 avant JC) qui nous dit ceci :

« [Cambyse], le roi de la Haute et de la Basse-Égypte… a fait en qualité de son monument à son père Apis-Osiris un grand sarcophage en granit, dédié par le roi […], doué de toute vie, de toutes perpétuité et prospérité (?), de toute santé, de toute joie, apparaissant comme roi de la Haute et de la Basse-Égypte éternellement. » – tiré de « Histoire de l’Empire Perse » par Pierre Briant.

Une autre inscription intéressante, se trouvant sur le plus grand sarcophage noir de la dynastie des Ptolémées, nous indique pour qui est ce sarcophage :

« Apis, le fils bien aimé d’Osiris qui lui donne la vie, l’éternité et la prospérité à jamais. » – Traduction Salima Ikram (Egyptologue)

Quelques sarcophages en images

Ps: Vous pouvez localiser ces quelques sarcophages grâce au plan situé à la suite.

Sarcophage ou pas entrée gauche - RTout de suite à gauche de l’entrée des grands souterrains, on constate la présence de ce grand couvercle en granite gris posé sur ce qui pourrait être un sarcophage en calcaire blanc mais il est difficile d’en être certain. Il ne semble pas avoir été considéré comme tel.  (Voir plan – Numéro 3)

 

Sarcophage seul - ROn peut voir ce sarcophage en granit gris abandonné dans un couloir. Son couvercle est posé à même le sol dans la chambre des stèles qui se situe à l’entrée de ce couloir. Il est difficile de savoir pourquoi ce sarcophage n’a pas été déposé dans un caveau. Je reviendrai sur ce sarcophage afin d’étudier ou d’éliminer certaines hypothèses le concernant. (Voir plan – Numéro 2)

 

Sarcophage Amasis - R2.jpgCe sarcophage en granit rose et sans couvercle est celui du premier taureau Apis inhumé dans un sarcophage de pierre sous le règne et la décision du pharaon Amasis au Sérapéum de Saqqarah. Les inscriptions sur le sarcophage ainsi que sur une épitaphe officielle sont les témoignages de cette évolution dans l’inhumation des Apis. (Voir plan – Numéro 5)

 

SONY DSCCe sarcophage en granite gris est probablement un sarcophage fabriqué sous le règne du pharaon Darius 1er sous la XXVIIème dynastie qui était un roi achéménide de l’empire Perse.  Quatre taureaux sacrés Apis semblent avoir été inhumés durant son règne. (Sur le plan – voir les sarcophages en granit gris)

 

3_2973Quant à ce sarcophage de granite rose, il est fort probable qu’il ait été la dernière demeure d’un taureau sacré Apis sous le règne de Néphéritès 1er ou d’Achoris, tous deux pharaons natifs de la XXIXème dynastie. (Voir plan – Sarcophage situé juste avant les premiers sarcophages sombres de la deuxième salle)

 

Sarcophage éventré - RCe sarcophage ouvert sans que son couvercle ait été déplacé a dû être déposé dans son caveau sous le règne de Nectanébo 1er ou son fils Nectanébo II. Une légende tenace circule toujours sur la manière dont ce sarcophage a été ouvert. Je reviendrai sur ce sujet au cours de l’article. (Voir plan – Sarcophage sombre situé au nord de la 2ème salle)

 

sarcophage noir - salle 2 - RCe sarcophage noir est l’un des sarcophages du même type qui résident dans la troisième salle. Ces sarcophages qui ont été fabriqués sous la dynastie des Ptolémées sont souvent plus travaillés que les précédents dans la deuxième salle. (Voir plan – troisième salle)

 

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Ce sarcophage qui semble être le dernier  sarcophage de la troisième salle est celui qui possède le plus d’inscriptions et celui qui semble aussi le plus volumineux. La roche de ce sarcophage avait des défauts importants qui ont été éliminés puis polis à en juger par ces importants renfoncements. (Voir plan – Sarcophage noir situé le plus à l’Ouest et pointant vers le sud dans la troisième salle)

 

 

Etudes et hypothèses concernant les 3 salles des grands souterrains

Il y a actuellement dans les grands souterrains deux salles visitables par les groupes de touristes ainsi qu’ une autre salle peu accessible derrière une porte à l’Est des souterrains. Cet espace non visitable, sauf si les autorisations sont accordées, est en fait historiquement la première portion des grands souterrains construite entre l’an 20 et l’an 52 du règne de Psammétique 1er (vers 612 avant JC).

Mais découvrons les 3 différentes salles actuelles des grands souterrains en allant d’Est en Ouest et de manière chronologique en suivant les enterrements des taureaux sacrés ainsi que les règnes des pharaons concernés. Je précise que ce que j’appelle les deux premières salles, la première étant la portion non visitable par défaut de nos jours,  correspondent à la première galerie des grands souterrains. La deuxième galerie, bien séparé de la première par un long couloir, représente dans l’étude qui suit ce que j’appelle la troisième salle.

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Pour étudier ces 3 salles, je me base sur les études officielles les plus récentes sur le sujet auxquelles je vais proposer certaines hypothèses personnelles rationnelles afin d’essayer de comprendre certains points en suspens touchant à ces grands souterrains.

Concernant les deux premières salles, c’est essentiellement le document de Didier Devauchelle « Les stèles du Sérapéum de Memphis conservées au musée du Louvre » publié en 1994 qui nous renseigne sur l’enterrement des Apis de Psammétique 1er (vers 612 avant JC) à Khababach (vers 336 avant JC). Ce document permet de relier les inhumations d’Apis listés dans celui-ci aux caveaux et sarcophages des 2 premières salles. Pour la troisième salle, l’ouvrage de Dorothy Joan Thompson « Memphis under the Ptolemies » publié en 1988 permet, quant à lui, de faire le lien entre l’inhumation des taureaux Apis durant le règne des Ptolémées et, semble t-il, les sarcophages de cette dernière salle.

Etude de la première salle :

Comme on peut le constater sur la carte, il y a dans cette salle 5 caveaux mais aussi un sarcophage en granite qui date du règne de l’an 6 de Cambyse (vers 526 avant JC) et qui n’est pas dans un caveau mais dans un couloir qui aurait sans doute été élargi pour déposer ce sarcophage. Il est difficile de savoir véritablement pourquoi ce sarcophage en granite est séparé de ceux de la deuxième salle. En effet, cette première salle accueillait à l’origine de grands sarcophages en bois de taureaux sacrés morts de l’an 52 de Psammétique 1er (vers 612 avant JC) à l’an 4-5 d’Amasis (vers 567-565 avant JC) comme c’était le cas sous les règnes précédents depuis Ramsès II (vers 1264 avant JC) dans les petits et premiers souterrains.

Selon Didier Devauchelle, durant cette période, on recense grâce aux nombreuses stèles retrouvées trois taureaux Apis. Un 1er serait mort en l’an 52 du règne de Psammétique 1er (vers 612 avant JC), un 2ème en l’an 16 du règne de Néchao II (vers 594 avant JC) et un 3ème en l’an 12 du règne d’Apriès (vers 576 avant JC).  Cela fait donc 3 taureaux Apis et 5 caveaux. A noter qu’un taureau a une espérance de vie à l’époque d’environ une vingtaine d’année en moyenne. En partant de ce constat, certains égyptologues proposent qu’il y aurait pu avoir un taureau Apis qui serait mort vers l’an 36 de Psammétique 1er car le dernier taureau Apis inhumé dans les petits souterrains est identifié comme étant celui de l’an 20-21 de Psammétique 1er (vers 644-643 avant JC). Cela ferait donc 32 années entre l’Apis inhumé de l’an 20 et celui de l’an 52 de Psammétique 1er (vers 612 avant JC), premier taureau inhumé identifié dans les grands souterrains. Il se pourrait donc en effet qu’il y ait eu un autre taureau Apis inhumé sous le règne de Psammétique 1er pour lequel n’a été retrouvé aucune information ce qui avancerait aussi la date de création des grands souterrains d’une vingtaine d’années. Egalement, entre l’inhumation d’un taureau Apis en l’an 12 du règne d’Apriès (vers 576 avant JC) et une autre datant de l’an 23 du règne d’Amasis (vers 545 avant JC), on peut aussi se demander s’il n’y aurait pas eu un autre Apis enterré car là aussi on dépasse assez largement l’espérance de vie d’un taureau sacré. Pour appuyer cette thèse, l’égyptologue Jean Vercoutter a évoqué la mort d’un taureau en l’an 4-5 d’Amasis (vers 567-565 avant JC) car certaines stèles non datées peuvent par certains éléments se rattacher à l’enterrement de ce potentiel Apis.

Etude de la deuxième salle :

Dans cette salle, se trouvent 10 caveaux dont un qui à la base est un couloir se prolongeant vers le sud. Cette salle, dans le prolongement de la première démarre avec le sarcophage de l’Apis de l’an 23 du règne d’Amasis (vers 545 avant JC). Ce sarcophage marque un tournant dans l’histoire du Sérapéum puisque c’est le premier sarcophage en granit à avoir été fabriqué pour un taureau sacré Apis dans les souterrains du Sérapéum.

Selon Didier Devauchelle, après le dernier Apis à avoir été inhumé dans un sarcophage en bois, on recense grâce aux nombreuses stèles retrouvées 11 taureaux Apis. Mais au final, pour cette salle, nous devons en compter que dix en mettant de côté l’Apis inhumé sous le règne de Cambyse (vers 526 avant JC) car son sarcophage en granit est pour une raison inconnue dans la première salle.

 

Taureaux Apis décédés entre 546 et 335 avant JC (Salle N°2)

Numéro Apis

Année du règne du pharaon

Datation

1

En l’an 23 d’Amasis

vers 545 avant JC

2

En l’an 6 de Cambyse

vers 526 avant JC

3

En l’an 4 de Darius 1er

vers 514 avant JC

4

En l’an 31 de Darius 1er

vers 483 avant JC

5

En l’an 34 de Darius 1er

vers 480 avant JC

6

En l’an 11 de Darius II

vers 412 avant JC

7

En l’an 2 de Néphéritès 1er

vers 398 avant JC

8

En l’an 3 d’Achoris vers 391-390 avant JC
9 En l’an 3 de Nectanébo 1er

vers 377 avant JC

10

En l’an 3 de Nectanébo II vers 357 avant JC
11 En l’an 2 de Khababach

vers 336 avant JC

Par conséquent, en mettant de côté le sarcophage et l’Apis mort sous le règne de Cambyse, cela fait donc 10 taureaux Apis pour 10 caveaux et leurs sarcophages.

Concernant le sarcophage de l’Apis mort sous le règne très court de Khababach, Didier Devauchelle souligne qu’il est possible que l’inhumation de l’Apis n’ait pu être réalisée. On note également que plutôt que de construire un nouveau caveau, l’emplacement où a été déposé ce sarcophage est un emplacement qui semble avoir été choisi à la hâte ou peut-être un simple emplacement où déposer le sarcophage sans taureau à l’intérieur. Normalement, cet Apis aurait dû être inhumé dans un caveau construit à l’Ouest de cette deuxième salle. Il est nécessaire de préciser que sous le règne de Khababach, l’Egypte fait face depuis le règne de son prédécesseur à l’invasion des Perses qu’il tente de repousser comme il peut.

Il est difficile, en dehors des sarcophages datant des règnes d’Amasis et de Khababach, d’attribuer les autre sarcophages de cette deuxième salle à des Apis car il existe peu d’informations suffisantes. Cependant, il est envisageable que les deux derniers sarcophages de cette salle en gabbro pour l’un et en granodiorite pour l’autre soient à attribuer aux règnes de Nectanébo 1er et de son fils Nectanébo II. Ces deux derniers sarcophages diffèrent par leur granit sombre des autres sarcophages présents dans cette salle.

Etude de la troisième salle :

Dans cette salle, se trouvent 13 caveaux dont un qui est vide. Cette salle semble être manifestement une salle accueillant uniquement les taureaux Apis de la dynastie ptolémaïque. Il est raisonnable d’imaginer que cette troisième salle soit une volonté de la part des Ptolémées de séparer les Apis morts sous leur règne avec ceux des règnes des pharaons natifs d’Egypte. Concernant les Apis inhumés sous les Ptolémées, il est difficile de donner des dates de décès pour chacun d’entre eux car les informations proviennent surtout de stèles d’ouvriers et de prêtres architectes mentionnant les différentes étapes autour de la vie d’un Apis jusqu’à son inhumation et tout le rituel qui l’entoure. Ces stèles en mauvais état donnent de nombreuses informations mais pas toutes. Certaines stèles, en morceaux, sont sans doute toujours à l’étude aujourd’hui.

Dans son ouvrage « Memphis under the Ptolemies », Dorothy Joan Thompson recense l’existence de 11 Apis durant la dynastie ptolémaïque. Un autre Apis, le troisième dans la chronologie, reste inconnu de par le vide qu’il génère dans la chronologie des Apis durant cette dynastie. Enfin un dernier qui serait le treizième est simplement évoqué sur une stèle. Les inhumations successives de ces taureaux sacrés se déroulent depuis le règne de Ptolémée 1er Soter jusqu’à celui de Ptolémée XIII. Sur ces stèles, différentes informations (avec leurs dates) sont inscrites comme la date et le lieu de naissance de l’Apis,  l’intronisation au temple de Ptah,  l’arrivée de l’Apis dans son temple, l’agrandissement des souterrains, la construction du caveau dans les souterrains, le transport du sarcophage vers le caveau d’Apis, l’ouverture du sarcophage, la mort du taureau Apis et bien d’autres informations.

Dans cette dernière salle, il y a donc 13 caveaux, 12 sarcophages et on sait qu’au moins 11 Apis auraient rejoint leurs sarcophages. Mais n’oublions pas les 2 autres potentiels Apis ce qui au final ferait 13 Apis pour 13 caveaux même s’il manque un sarcophage dans l’un de ces caveaux. Il est tentant de penser que c’est le dernier taureau Apis qui n’a pas eu de sarcophage et donc d’enterrement suite à une domination romaine qui a pu mettre fin aux rituels religieux Egyptiens. D’ailleurs, il n’est pas impossible que le sarcophage en granite gris se trouvant dans le couloir Nord ainsi qu’à quelques mètres son couvercle dans la chambre des stèles pouvaient avoir comme destination ce caveau  qui reste vide dans la 3ème salle, même si ce sarcophage n’est pas fait d’un granit noir.  Dans ce cas, on peut penser qu’un sarcophage dans cette salle a pu accueillir le potentiel 3ème Apis qui n’a malheureusement pas laissé de traces pour l’instant.

Transport et mise en place des sarcophages de granit

Il est fort probable que les sarcophages de granit étaient préparés près des carrières de Rohannou ou d’Assouan selon le type de granit utilisé et qu’ils prenaient ensuite la direction de Memphis par bateau car des stèles en démotique d’ouvriers et de prêtres architectes nous apprennent qu’une fois arrivés à Memphis, les sarcophages étaient ensuite tirés jusqu’à leurs caveaux respectifs dans les grands souterrains. Une stèle en Egyptien démotique retrouvée dans le Sérapéum nous apprend que le transport d’un sarcophage de granit depuis Memphis jusqu’à son installation dans son caveau prend 19 jours dont 5 jours chômés ce qui nous amène pour les transporteurs à 14 jours de travail effectif. Si l’on prend l’emplacement de la ville de Memphis le long du Nil il y a 3000 ans sur la carte, cela ferait une distance à parcourir d’un peu plus de 8 kilomètres entre la ville de Memphis et le Sérapéum. Suite au décès de l’Apis, différents rituels se déroulaient jusqu’à ce qu’au bout de 70 jours l’Apis dans un cercueil en bois ou dans un cartonnage peint soit déposé dans son sarcophage de granit.

sarcophage-dans-son-emplacement.jpgAuguste Mariette explique dans son rapport de fouilles « Le sérapéum de Memphis » publié par Gaston Maspero, que les sarcophages engagés sur des rouleaux dont la trace se reconnait encore sur le sol, ont été tirés grâce à un treuil horizontal à huit leviers. Il a retrouvé deux de ces treuils dans l’un des caveaux. Ensuite, le caveau était empli de sable jusqu’au niveau du sol de la galerie. Le sarcophage pouvait ainsi être déplacé dans le caveau. Ensuite, l’enlèvement du sable se faisait progressivement faisant ainsi descendre doucement le sarcophage jusqu’à une excavation pratiquée dans le sol lors de la préparation du caveau, à laquelle les ouvriers ont donné les dimensions exactes du sarcophage. Une fois le caveau désensablé jusqu’au niveau de cette excavation dans le sol, quatre hommes chacun placé dans une des niches excavées aux quatre côtés du sarcophage enlevaient le sable restant se trouvant sous le cercueil de pierre, le faisant descendre tranquillement.

Comme le précise Mariette, ce procédé d’une grande simplicité de désensablement n’est pas une simple supposition de sa part puisqu’il a lui même pu expérimenter le procédé grâce à un sarcophage qui n’était engagé dans une excavation que de quelques centimètres. Il plaça donc quatre de ses hommes, un de chaque côté et fit descendre le sarcophage jusqu’au fond.

Cependant, à regarder les différentes vidéos sur Youtube afin d’essayer de voir un peu mieux les caveaux, il ne semble pas y avoir forcément eu de niches dans tous les caveaux. De plus il est possible que toutes n’aient pas la même profondeur. Il est également possible que certaines niches qui étaient visibles à l’origine ne le soient plus car l’intégralité du sol a peut-être été entièrement excavé, depuis les fouilles de Mariette, afin de mieux distinguer certains sarcophages dans leur intégralité. Sur une durée de 5 siècles, au moins deux techniques ont pu être utilisées pour installer ces sarcophages une fois dans les grands souterrains. Les écrits d’Auguste Mariette sur certains détails peuvent manifestement ne concerner qu’un certain nombre de sarcophages même s’ils restent majoritaires.

La légende tenace de l’emploi de dynamite par A. Mariette sur un sarcophage

Une légende bien ancrée nous dit qu’Auguste Mariette aurait fait exploser à la dynamite le sarcophage en granit ci-dessous dans les grands souterrains du Sérapéum.

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Hors, cela n’est pas possible et d’ailleurs A. Mariette n’en parle pas dans le compte rendu de ses fouilles. Vu avec quelle précaution il décrit avoir ouvert certains sarcophages en bois, générer cette ouverture dans le sarcophage à la dynamite sachant très bien que ça aurait pu endommager le potentiel contenu déjà très fragile de ce sarcophage semble fort peu probable. De plus, il précise dans son compte rendu que lorsqu’il pénètre dans les grands souterrains, tous les sarcophages en granit sont ouverts.

On entend aussi dire que ce serait Howard Vyse qui aurait généré cette ouverture toujours à la dynamite mais cela s’avère aussi totalement faux. Auguste Mariette a dirigé les fouilles dans les souterrains du Sérapéum de novembre 1851 à septembre 1854. Or, il ne fait jamais mention d’une quelconque intervention de Howard Vyse dans les fouilles des souterrains du sérapéum. De plus, Howard Vyse est décédé en juin 1853 à l’âge de 69 ans. Même si Vyse a, selon une légende là aussi, utilisé de la dynamite lors d’une expédition vers 1837-1838 pour se frayer un chemin dans certaines pyramides, utiliser de la dynamite pour ouvrir un sarcophage n’a rien à voir avec le fait d’en utiliser afin de se frayer un passage dans la structure d’une pyramide.

Pour enfoncer le bâton, la dynamite a été inventée par Alfred Nobel en 1867. Il cherchait à remédier à l’instabilité de la nitroglycérine qui tua son jeune frère et plusieurs ouvriers dans son usine d’explosifs en 1864. Du coup, Auguste Mariette et Howard Vyse n’ont pas pu utiliser de la dynamite qui n’existait toujours pas lors de leurs fouilles en Egypte. Ils ont par contre utilisé, en effet, de la poudre à canon en quelques occasions. On pourrait être tenté de me dire que je joue sur les mots et qu’un explosif reste un explosif, seulement voilà, la poudre à canon n’a pas grand-chose à voir avec de la dynamite ne serait-ce qu’en terme de puissance, d’utilisation, de composition et de stabilité.

En fait, la véritable histoire concernant Mariette et une explosion dans les souterrains est la suivante. En 1852, lors de l’exploration des petits souterrains abritant des sarcophages qui étaient uniquement en bois, il se retrouve devant une partie de la voûte qui s’est effondrée. Il s’ensuit que le passage est obstrué pour aller d’une extrémité à l’autre des petits souterrains. Pour passer, il faut se débarrasser du rocher imposant qui lui barre la route. Seule la poudre peut venir à bout de ce rocher. Ce déblaiement va lui permettre de découvrir, assez profondément encastré dans le sol, un sarcophage en bois considéré aujourd’hui comme étant celui de Khâemouaset, le fondateur des premiers souterrains du sérapéum.

Pour en revenir à ce sarcophage éventré, pourquoi ce sarcophage a t-il été ouvert de la sorte alors que pour les autres les couvercles ont été déplacés suffisamment pour se glisser à l’intérieur de chacun de ces sarcophages ? Il est probable que de potentiels profanateurs de ces souterrains durant le début de notre ère aient choisi non pas de déplacer le couvercle mais d’attaquer le sarcophage avec sans doute des outils en fer. D’ailleurs, on voit que tout le devant du sarcophage a été attaqué à différents endroits même le plus à droite. Ils ont très bien pu à un moment tomber sur un ou plusieurs défauts dans la roche sur la partie gauche ce qui a facilité la génération de cette ouverture dans le sarcophage.

Le sarcophage abandonné

Sarcophage seul - RLà aussi, sur ce sarcophage abandonné dans le couloir nord, on entend différentes choses. Ce sarcophage aurait été abandonné après que des pilleurs aient essayé de l’embarquer. Cette hypothèse est improbable voire n’a tout simplement aucun sens. Un sarcophage n’a lui-même pas de valeur contrairement à son contenu. Le plus probable est que ce sarcophage ait bien eu pour destination un caveau dans les grands souterrains mais que pour des raisons extérieures la mise en place de ce sarcophage ait été interrompue suite à, par exemple, des bouleversements géopolitiques (guerre, invasion) dans la région qui ont sans doute perturbé son installation mais aussi du coup tout le rituel concernant l’inhumation du taureau sacré Apis qui devait y reposer.

Ce sarcophage abandonné ainsi que son probable couvercle se trouvant à l’entrée du couloir nord dans la chambre des stèles ne sont pas polis. Par conséquent, certains s’imaginent que le fin poli réalisé sur les sarcophages a été réalisé une fois les sarcophages installés dans leurs caveaux. Hors, tous les sarcophages n’ont pas la même qualité de poli. SONY DSCCertains n’ont été que très légèrement polis, voire pas du tout comme l’exemple du sarcophage ci-contre. De plus, dans les comptes rendus se trouvant sur les stèles des ouvriers et des prêtres architectes, une fois un sarcophage installé, il est nullement question d’un quelconque travail de finition sur ces sarcophages et notamment sur les sarcophages qui ont reçu un poli fin et travaillé comme ceux de la troisième salle sous le règne des Ptolémées. Ils ont donc très probablement été entièrement fabriqués en amont dans des carrières comme celles d’Assouan avant de rejoindre le Sérapéum de Saqqarah.

Conclusion

Le Sérapéum de Saqqarah perdura 13 siècles au cours desquels de nombreuses modifications lui furent apportées. Le pays connut également, à l’époque, de multiples rebondissements sur le plan géopolitique. Les pillages et les profanations engendrés, à partir du IVème siècle, ont laissé très peu de momies de taureaux dans les sarcophages en bois ou en granit du Sérapéum. Un seul taureau momifié a été retrouvé dans une tombe isolée inviolée et quelques rares ossements ont pu être retrouvées dans certains sarcophages dans les premiers souterrains. C’est essentiellement grâce aux très nombreuses stèles retrouvées (+ d’un millier) sur place qu’il a été possible de regrouper autant d’informations sur ce Sérapéum dont il ne reste plus grand chose sur place aujourd’hui à part essentiellement ses grands souterrains et ses sarcophages de granit.

Remerciements

Je voudrais remercier l’égyptologue Franck Monnier pour m’avoir aiguillé vers certains ouvrages.

Je voudrais également remercier le centre de géologie Terrae Genesis pour avoir répondu à certaines questions concernant les sarcophages de granit.

Sources

Auguste Mariette :

« Le Sérapéum de Memphis » de 1857, dédié à l’époque au prince Napoléon et aujourd’hui publié par la BNF.

« Le Sérapéum de Memphis« , un compte rendu des fouilles publié par Gaston Maspero en 1882.

« Choix de monuments et de dessins du Sérapéum de Memphis » publié en 1856.

Didier Devauchelle :

« La XXVIe dynastie au Sérapéum de Memphis » en 2011, consultable sur  le site http://www.academia.edu .

« Le Sérapéum de Memphis au Nouvel Empire » en 1993, consultable sur le site http://www.academia.edu .

« Notes et documents pour servir à l’histoire du Sérapéum de Memphis » en 1994,  consultable sur le site http://www.academia.edu .

« Notes et documents pour servir à l’histoire du Sérapéum de Memphis » en 2000, consultable sur le site www.academia.edu .

« Les stèles du Sérapéum de Memphis conservées au musée du Louvre » en 1994, consultable sur le site http://www.jstor.org . Pour accéder au document dans son intégralité, cliquer en haut de la page Jstor sur Read Online (free).

Yves Béquignon :

« Ptolémée 1er et l’art Héllénistique au Sarapiéion de Memphis » en 1957, consultable sur le site www.persee.fr .

Arthur Rhoné : 

« L’Egypte à petites journées, Etudes et souvenirs : Le Kaire et ses environs » publié en 1877 par Ernest Leroux. Ce livre est publié aujourd’hui par la BNF.

Jean-Philippe Lauer : 

« Les deux sirènes du Sarapiéion de Memphis au musée du Caire : note complémentaire » en 1959, consultable sur le site http://www.jstor.org . Pour accéder au document dans son intégralité, cliquer en haut de la page Jstor sur Read Online (free).

« Autour des sirènes-musiciennes du Sarapiéion de Memphis » en 1957, consultable sur le site http://www.jstor.org . Pour accéder au document dans son intégralité, cliquer en haut de la page Jstor sur Read Online (free).

W. Clarysse & K. Vandorpe : 

« A demotic lease of temple land reused in the Katochoi Archive » en 2006, consultable sur le site http://www.jstor.org .

Max Guilmot : 

« Le Sarapiéion de Memphis, Etude topographique« . Ce document est en vente uniquement sur le site www.brepolsonline.net .

Emmanuel de Rougé : 

« Quelques inscriptions trouvées dans la sépulture des Apis« , publié en 1885 dans la revue d’Egyptologie .

Pierre Briant : 

« Histoire de l’Empire Perse » publié en 1996.

Michel Vallogia :

« La maîtrise du fer en Egypte : Entre traditions indigènes et importations« , en 1999, consultable sur le site http://www.jstor.org . Pour accéder au document dans son intégralité, cliquer en haut de la page Jstor sur Read Online (free).

Jean Vercoutter :

La découverte du Sérapéum et les funérailles de l’Apis, publié en 1964.

 

Vidéo YouTube « Archéologie Rationnelle »

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Comparer la construction d’un pylône avec celle d’une pyramide a t-il du sens ?

Par : WikArch

Plus exactement, comparer la durée de construction du premier pylône du temple de Karnak avec la durée de construction de la grande pyramide de Khéops a t-il du sens ?

Il semble que pour certains documentaires, cela en ait. Pourtant, cela n’en a absolument aucun, bien évidemment, si ce n’est tenter bien maladroitement de remettre en question la durée de construction officielle de la pyramide de Khéops. Pour cela, un documentaire donne une durée de construction au premier pylône de Karnak de 17 ans et une durée pour la construction de la grande pyramide de 20 ans.

Tout d’abord, si l’on se base sur la durée du règne de Khéops, la construction de sa pyramide semble avoir pris environ 26 ans. Quant à la durée de construction du premier pylône de Karnak, je n’ai trouvé aucun document (et c’est pas faute d’avoir cherché) donnant une durée de construction pour ce pylône. Je ne sais donc pas d’où vient cette durée de 17 années mais pourquoi pas, admettons (dans le cadre de cet article) !

Ce documentaire nous dit également que ce pylône fait une hauteur de 40 mètres. En fait, les môles (tours) nord et sud auraient en effet dû atteindre les 40 mètres de hauteur, hors cette hauteur n’a pas été atteinte. A vrai dire, ce pylône n’a en fait jamais été terminé.

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Premier pylône de Karnak – Dessin E. Richard (Source)

Ce pylône fait une longueur de 113 mètres, ses deux môles ayant chacun une profondeur de 14,5 mètres [1]. Concernant la pyramide de Khéops, lorsqu’elle était encore dotée de son parement de calcaire blanc, celle-ci mesurait en moyenne 230,36 mètres de côté pour une hauteur qui s’élevait à l’époque à 146,5 mètres [2]. Ne serait-ce que par ces mesures, il est difficile de réaliser en quoi ces deux édifices pourraient être sujet à comparaison.

Toujours selon ce documentaire, en prenant en compte les mesures de ces deux édifices, si le premier pylône a été construit en 17 ans, la grande pyramide bien plus grande n’a pas pu être construite en seulement 20 ou 30 ans. Suite à la question de l’envergure de chacun des édifices, poursuivons avec d’autres éléments de comparaison.

Concernant la roche utilisée pour la construction de ces deux édifices, le pylône est composé de blocs de grès alors que la pyramide de Khéops est essentiellement doté de blocs de calcaire.

Ensuite, nous ne parlons pas ici d’édifices datant de  la même dynastie et donc de la même époque. Le premier pylône du site de Karnak a été construit durant la XXXème dynastie sous le règne de Nectanébo 1er alors que la pyramide de Khéops a été construite durant la IVème dynastie. Pour être plus précis [1], le portail de ce pylône, qui est l’entrée principale de nos jours, a été construit sous le pharaon Chéchonq 1er durant la XXIIème dynastie. Les deux môles (ou tours) ont été bâti plus tard sous le règne de Nectanébo 1er.

Enfin et surtout, ces deux édifices n’ont pas du tout la même fonction. Ce pylône du site de Karnak représente une imposante porte principale qui fait partie d’une enceinte érigée tout autour du site de Karnak sous le règne de Nectanébo 1er. Quant à la pyramide de Khéops, c’est un tombeau. Hors, pour la construction d’un tombeau, les ouvriers doivent avoir terminé la pyramide avant la mort du pharaon. Il y a donc une deadline ce qui n’est pas forcément le cas pour le pylône d’un temple. La construction d’un tombeau a aussi une importance somme toute plus importante qu’un pylône. Du coup les moyens alloués pour la construction de la grande pyramide n’ont rien à voir avec ceux mis en place pour la construction du premier pylône de Karnak. Si ce pylône non achevé a réellement été construit en 17 ans, il est nécessaire de préciser qu’une partie du site de Karnak, peut-être même ce pylône, a essentiellement été érigé par des prisonniers de guerre d’origine africaine et asiatique. Selon l’égyptologue Georges Legrain, cette théorie [3] semble se vérifier en ce qui concerne un certain nombre de temples de Thèbes. Lorsque le nombre de prisonniers diminuait, les chantiers en cours pouvaient prendre plus de temps voire ne jamais être achevés.

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Ramsès III et un officier poussant des prisonniers (source)

Pour tous ces éléments cités, il semble évident qu’on ne compare pas ce qui n’est pas comparable. Comparer la pyramide de Khéops avec une autre pyramide peut avoir un intérêt mais comparer une grande pyramide avec un édifice qui n’est pas de forme et d’envergure similaire, qui ne se situe ni à la même époque et ni dans un contexte équivalent, mais surtout qui n’a pas la même fonction, ne peut qu’être qu’une comparaison trompeuse.

Notes

[1] Le premier pylône de Karnak sur la ressource Digital Karnak

[2] L’ère des géants de l’égyptologue Franck Monnier (2017)

[3] Les temples de Karnak de l’égyptologue Georges Legrain (1929)

 

Vidéo YouTube « Archéologie Rationnelle »

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Les papyrus de Merer et la pyramide de Khéops

Par : WikArch

Les papyrus de Merer [1] ont été découverts en 2013, par la mission franco-égyptienne (IFAO/CNRS) dirigée par l’égyptologue Pierre Tallet, dans des galeries-magasins aménagées dans un massif rocheux bordant un port de la mer rouge, le port du ouadi el-Jarf. Ce lot de papyrus apporte des données comptables concernant des livraisons de denrées et de blocs de calcaire blanc provenant des carrières de Tourah, mais aussi des journaux de bord décrivant les activités d’un équipage (une phylé) sous les ordres de l’inspecteur Merer. Ces activités se déroulaient généralement sur des cycles de 3 jours durant lesquels ces navigateurs partant de Tourah rejoignaient par bateau en 2 jours « l’Horizon de Khéops » c’est-à-dire la pyramide de Khéops afin de décharger les blocs de calcaire blanc avant de reprendre la direction de Tourah en une journée.

« L’Horizon de Khéops », traduction pour « Akhet-Khufu », était à l’époque le nom donné à la pyramide de Khéops tout comme par la suite celle de Djédefrê fut nommé « le Firmament de Djédefrê » et celle de Khéphren, « la Grande (pyramide) de Khéphren » [2]. Pour bien comprendre la signification de « l’Horizon de Khéops », il est bon de nous rapprocher de son écriture hiéroglyphique [3] qui contient une pyramide afin de spécifier le type d’édifice ainsi que le cartouche de Khéops.

horizon de khéops en hiéroglyphe
L’Horizon de Khéops

Ces papyrus ont été indexés, par l’égyptologue Pierre Tallet, de A à H. Parmi ce lot de papyrus, les papyrus de A à F concernent les journaux de bord de l’équipe de Merer. Actuellement, seuls les papyrus A et B ont fait l’objet d’une publication en 2017. La publication des papyrus A et B a été réalisé à partir de 67 fragments de papyrus. Suite à cette première publication, il restait encore à Pierre Tallet moins de 400 fragments à traduire qui feront bientôt l’objet d’une ou plusieurs publications. Cependant, on peut déjà avoir un aperçu préliminaire des papyrus indexés de C à F notamment dans le document « les journaux de bord du règne de Chéops au Ouadi El-Jarf » publié par Pierre Tallet.

Dans ce lot de papyrus concernant l’inspecteur Merer et son équipe, ont aussi été retrouvés les papyrus indexés G et H. Via le magazine « Sciences et Avenir » N°857 de juillet 2018, Pierre Tallet nous apporte des informations succinctes sur ces 2 papyrus. Une inscription encore visible sur le papyrus G a pu être traduite comme « l’année après le 13ème recensement de tout le grand et le petit bétail de Khéops ». Selon Pierre Tallet, ce papyrus G qui délivre aussi une date incomplète de par la détérioration des fragments du papyrus semble pouvoir être relié au papyrus C qui renseigne sur une période de fin novembre à décembre de la même année durant laquelle des opérations d’aménagement portuaire sur le Delta du Nil semble avoir été en cours. Si ce lien entre ces deux papyrus se vérifie, ces livraisons de blocs de calcaire pour le site de construction de la grande pyramide se dérouleraient bien l’année après le 13ème recensement du bétail de Khéops c’est-à-dire l’an 26 ou 27 de son règne.

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Recensement du bétail en Egypte antique – 
Metropolitan Museum of Art – New York

Il est nécessaire de préciser l’an 26 ou l’an 27 car il est difficile de savoir si le premier recensement de Khéops s’est déroulé sous la première année de son règne ou sous la deuxième, sachant que manifestement le recensement du bétail sous son règne s’effectuait tous les deux ans. Concernant le papyrus H, celui-ci nous informe sur la comptabilité de céréales, en provenance du delta du Nil, comme le blé et l’orge mais aussi sur la comptabilité de dattes.

Le papyrus A

Le papyrus A [4] mentionne des aller-retours par bateau entre les carrières de Tourah et l’Horizon de Khéops sans en préciser la raison. Il y est mentionné aussi l’existence d’un palais royal qui pourrait se situer non loin de l’entrée d’un bassin artificiel. On y apprend également que des travaux ont été effectués sur la digue du bassin de Khéops par les hommes de Merer et cela durant plusieurs jours.

« Jour 12 : L’inspecteur Merer passe la journée avec [sa phylé effectuant] des travaux liés à la digue de Ro-She Khufu […]. » – Papyrus A, Section A II

Selon Pierre Tallet, cette digue pourrait avoir été créé pour retenir l’eau détournée du Nil lors de sa crue durant l’été. Cette eau retenue via une digue aurait permis aux bateaux de pouvoir décharger leur lourde cargaison à 500 mètres de la pyramide à n’importe quel moment de l’année et non pas à 2 kilomètres sans ce type d’installation, ce qui représente un gain de temps non négligeable. Les recherches de Mark Lehner quant à la présence de plusieurs mètres de limon épais et dense dans le sol du plateau de Gizeh à l’endroit où devrait avoir été creusé ce bassin artificiel semblent confirmer le témoignage apporté par ce papyrus et les déductions de Pierre Tallet.

Le papyrus B

Le papyrus B [4] apporte plus de précisions quant à la raison de ces aller-retours en bateau. Il spécifie que ces aller-retours en bateau concernent le transport de blocs de pierre provenant des carrières de Tourah à destination de l’Horizon de Khéops.

« Jour 26 : L’inspecteur Merer s’en va avec sa phylé de Tourah[Sud], chargé de pierres, pour Akhet-Khufu ; il passe la nuit à She-Khufu. » – Papyrus B, Section B I

En lisant ce papyrus B, il semble qu’il y ait, de temps en temps, des imprévus qui amènent Merer et ses hommes à rester un jour de plus à Tourah ou à devoir s’arrêter lors du retour à Ro She- Khufu (l’entrée du bassin de Khéops). Dans les carrières de Tourah Nord ou Tourah Sud selon les jours, l’équipe de Merer transportent durant un ou deux jours des blocs de calcaire extraits d’une des carrières, chargent un navire puis passent la nuit sur place. Le lendemain, ils appareillent pour l’Horizon de Khéops, chargés de blocs de calcaire blanc, en faisant une halte à l’entrée du bassin (artificiel) de Khéops. Le jour suivant, l’inspecteur Merer et ses hommes (sa phylé) continuent leur voyage vers l’Horizon de Khéops où après déchargement des blocs de pierre, ils y passent la nuit avant de remonter le fleuve vers les carrières de Tourah. A savoir que la navigation sur le Nil se déroulait de la façon suivante : Lors de la descente du Nil, le bateau chargé de pierres pour rejoindre l’Horizon de Khéops, les hommes de Merer sortaient les rames pour profiter de la force du courant sans trop d’efforts. Le retour vers Tourah se faisant à vide et à contre-courant, ces navigateurs sortaient les voiles.

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Descente du Nil par bateau – XIIème dynastie (source)

Il est aussi tout à fait probable que les hommes de Merer une fois arrivé sur le site de construction aient, non seulement déchargé les pierres mais les aient aussi transporté jusqu’à la pyramide en construction. En effet, le papyrus nous informe que ce sont déjà eux qui transportent les blocs de calcaire une fois extraits dans les carrières de Tourah vers leur bateau avant de larguer les amarres pour une première halte à l’entrée du bassin de Khéops (Ro-She Khufu) puis de rejoindre le jour suivant le chantier de la pyramide. Les carrières de Tourah se trouvent à environ 15 km de la grande pyramide alors que l’entrée du bassin de Khéops se trouvait à environ 2 km de celle-ci. S’ils n’avaient fait que décharger les pierres au port de Khéops, ils auraient pu repartir le jour même vers Tourah et non attendre le lendemain.

Ces papyrus nous apprennent que l’équipe de Merer avait décidément plusieurs fonctions. Elle transportait des blocs de pierre sur la terre et le Nil mais effectuait aussi des travaux de construction et de rénovation d’aménagements portuaires.

Enfin, sur ce papyrus B, il est également fait mention d’un certain Ânkhkhaef, noble et demi-frère du pharaon Khéops, qui est mentionné comme le directeur de l’entrée du bassin de Khéops.

Conclusion

Ces papyrus ont permis aux égyptologues d’en apprendre davantage sur la manière dont certains matériaux ont été amenés sur le chantier de la grande pyramide de Khéops et ainsi d’en savoir plus sur l’organisation de ce projet de très grande ampleur. Les éléments factuels traduits sur ces papyrus ont entraîné d’autres recherches afin de confirmer ou non les hypothèses qui pouvaient découler de ces écrits. En combinant, le contenu de ces papyrus à d’autres découvertes mais aussi à des hypothèses fondées sur des connaissances déjà existantes, les égyptologues en sont arrivés à une théorie [5] cohérente qui aurait été pour les égyptiens de profiter, à l’époque de la crue du Nil en été, de détourner en partie le fleuve vers un bassin artificiel qui du coup aurait permis aux bateaux de pouvoir décharger leur précieuse cargaison de calcaire blanc mais aussi de granit bien plus près de la pyramide en construction, et cela durant plusieurs mois. La crue du Nil sans canaux artificiels et avec un niveau des eaux insuffisant n’aurait pas pu permettre à de lourdes embarcations de se rapprocher suffisamment, d’où la création fort probable de canaux et d’un bassin artificiel menant à un port au pied du site de construction de la pyramide de Khéops.

La sortie d’une prochaine publication par Pierre Tallet sur les papyrus retrouvés au ouadi el-Jarf est prévue dans les mois à venir. D’autres fragments de ces papyrus semblent avoir des informations supplémentaires à délivrer. En effet, parmi ces fragments, un nouvel inspecteur, un certain Messou fait son apparition. Cet inspecteur Messou a surement, lui aussi, des choses intéressantes à nous dire. Suite au prochain épisode…

PS : On trouve, notamment sur le Net, les papyrus de Merer nommés sous différentes appellations comme « le journal de Merer », « les papyrus de la mer Rouge » ou « les papyrus du Ouadi El-Jarf ». 

Notes

[1] Les journaux de bord du règne de Chéops au Ouadi El-Jarf  (Page 11) – Document de l’égyptologue Pierre Tallet.

[2] « L’ère des géants » de l’égyptologue Franck Monnier – ouvrage publié en 2017.

[3]  Des papyrus du temps de Chéops au ouadi el-Jarf (document de 2014) – Ecriture hiéroglyphique de « L’horizon de Khéops » (page 47).

[4] Traduction des papyrus A et B de Merer – anglais_francais (Anglais-Français) via le traducteur DeepL et quelques ajustements personnels.

[5] Documentaire « Le papyrus oublié de la grande Pyramide« .

Sources additionnelles

Les papyrus de la mer rouge I, le « journal de Merer » (Papyrus Jarf A et B) de l’égyptologue Pierre Tallet – Publié en 2017.

Les papyrus de la mer Rouge : Volume 1, Le « journal de Merer » (papyrus Jarf A et B) de l’égyptologue Pierre Tallet – Ouvrage complet et relié publié en 2017. 

Les pyramides d’Egypte (Site Irna.fr).

Vidéo YouTube « Archéologie Rationnelle »

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Le moaï immergé de l’île de Pâques

Par : WikArch

A l’Ouest de l’île de Pâques à moins d’un kilomètre de la côte, un moaï, faisant le bonheur des plongeurs, est immergé par 22 mètres de fond. Ce moaï n’est pas un moaï de l’île de Pâques, les moaï de l’île étant en tuf, un amas de cendres volcaniques solidifiées présent en grande quantité sur les flancs du volcan Rano Raraku. Ce moaï immergé est en ciment et a été fabriqué puis déposé au fond de l’eau pour les besoins d’une série télévisée chilienne intitulée « Iorana » [1] en 1997.

Moaï immergé à 0:33 et 1:13

A savoir qu’une légende urbaine demeure quant au fait que ce moaï non originaire de l’île de Pâques soit un moaï provenant du film américain « Rapa-Nui » [1] de Kevin Reynolds sorti en salle en 1994. Hors, les moaï fabriqués pour le film Rapa-Nui étaient en résine et creux [2], ce qui n’est pas surprenant car les membres du film n’allaient pas s’amuser à déplacer des moaï en pierre pour des raisons évidentes de production. Le moaï immergé n’a donc aucun rapport avec le ou les moaï fabriqués pour le film Rapa-Nui.

Notes

[1] Les sites de plongée de l’île de Pâques

[2] Carnet de voyage – Il y a 25 ans, Hollywood était à Rapa Nui

Vidéo YouTube « Archéologie Rationnelle »

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