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Aujourd’hui — 29 janvier 2020Quackwatch

Est-ce que les nerfs pincés réduisent le courant d'énergie neurale?

Est-ce que les nerfs pincés réduisent le courant d’énergie neurale?

Stephen Barrett, M.D.

Plusieurs chiropraticiens ont affirmé que les défauts d’alignement de la colonne vertébrale causent ou contribuent à la maladie en étouffant « l’énergie neurale » des tissus de l’organisme. En 1975, j’ai déposé une plainte pénale contre un chiropraticien de Pennsylvanie qui, entre autres, avait émis des publicités mensongères affirmant que :

Quand un segment de la colonne vertébrale n’est pas dans sa position normale, il obture partiellement l’espace intervertébral où passent les nerfs, ce qui cause un pincement de ces derniers. Cela entraîne une réduction du flux de l’énergie neurale vers une partie de l’organisme. Quand ceci survient, les organes et tissus connectés par ces nerfs ne peuvent plus fonctionner normalement… la douleur et la sensibilité à la maladie s’ensuivent. C’est la raison pour laquelle la profession chiropratique a toujours affirmé que, pour la bonne santé et le bien-être, tous les désalignements de la colonne vertébrale devraient être vérifiés et corrigés rapidement.

Dr Edmund S. Crelin, PhD, professeur réputé d’anatomie à la faculté de médecine de Yale, a servi de témoin expert dans cette affaire et a fourni les analyses détaillées des différentes déclarations. Au sujet de ce qui précède, il a dit :

Les nerfs ne délivrent pas de courant d’énergie neurale. Ce sont des cellules glandulaires qui produisent et libèrent une hormone (neurotransmetteur) responsable de la contraction et du relâchement musculaire ainsi que de la stimulation ou l’inhibition de la fonction excrétrice d’autres glandes, dont des cellules nerveuses. C’est tout ce qu’ils font, ni plus, ni moins. Ils ne conduisent pas d’électricité ou une autre forme d’énergie.

Quand une cellule nerveuse sécrète une hormone, des changements surviennent à la surface extérieure de sa membrane, ce qui permet aux ions chargés électriquement de voyager de façon échelonnée sur toute l’étendue du nerf. C’est ce qui se produit réellement quand on décrit un nerf comme « conduisant un influx » ou une « décharge. » Un nerf de la moelle épinière au niveau de l’espace intervertébral est en fait un tube mince de tissu connectif contenant les prolongements de millions de neurones. Ces prolongements sont les axones qui sont aussi décrits comme des « fibres. » Ce terme (fibres) peut prêter à confusion puisqu’il semble signifier une solidité semblable à un ensemble de fils fins. C’est totalement faux. Les axones sont des structures délicates, et fragiles. Puisqu’ils sont des prolongations cellulaires, ils ont besoin d’être alimentés tout le long des cellules qui leur servent d’enveloppes. Ainsi, il y a des vaisseaux sanguins délicats dans ce que l’on nomme nerf au niveau visible. Si sa compression ne détruit pas les axones, elle va s’opposer à la circulation sanguine. Le fait de comprimer un neurone, en n’importe quel point, peut engendrer une sécrétion. S’il s’agit d’un neurone sensoriel, cela envoie au cerveau l’information de la sensation douloureuse. S’il s’agit d’un motoneurone, l’hormone peut causer la contraction d’une cellule musculaire. Si les cellules nerveuses motrices allant à un muscle squelettique (à contraction volontaire) meurent, il peut être paralysé voire mourir. Cela est dû au fait que les motoneurones fournissent aux cellules musculaires des substances nécessaires pour leur survie, en plus de l’hormone que la cellule nerveuse sécrète pour faire contracter le muscle. Ceci n’est pas le cas avec les cellules neurales motrices allant aux glandes, au muscle cardiaque, ou aux muscles lisses (à contraction involontaire.) L’ablation complète des nerfs moteurs de la moelle épinière allant au cœur, aux glandes (salivaires, thyroïde, foie, pancréas, etc.) et aux muscles lisses des poumons, de l’œsophage, de l’estomac, de la vésicule biliaire, des intestins, etc. n’aurait que des effets transitoires. Les cellules des glandes, des muscles lisses, du muscle cardiaque ne feraient pas que survivre, mais elles fonctionneraient de manière autonome. Elles ne pourraient pas se dégrader de cette façon.

Cette affaire de 1975 aurait pu être déterminante, parce que la validité de la théorie chiropratique en était le point clé. Toutefois, il n’y a jamais eu de procès. Durant cette déposition, l’Assistant District Attorney est devenu juge et l’avocat du chiropraticien a été élu District Attorney, créant des conflits d’intérêts qui ne pouvaient pas être résolus. Le chiropraticien a cessé de diffuser les annonces publicitaires auxquelles je m’opposais, et le nombre de chiropraticiens qui acceptent ouvertement les théories de « pincement de nerfs » est maintenant plus réduit. Mais le concept disant que les désalignements de la colonne vertébrale (« subluxations ») sont responsables de problèmes de santé persiste et demeure partie intégrante de leur discours.

 

 


Pour en savoir plus : le neurone, site Web « Le cerveau à tous les niveaux ».

À partir d’avant-hierQuackwatch

Des chiropraticiens en colère contre une publicité

Des chiropraticiens en colère contre une publicité

Dr Stephen Barrett

La World Chiropractic Alliance (WCA), une organisation vouée à « préserver et renforcer la chiropratique basée sur la subluxation dans le monde entier », s’inquiètait de la publication d’une annonce bien visible à l’extérieur d’un bus à Bridgeport et à Waterbury, dans le Connecticut. En 2006, un avocat agissant en son nom a informé la Greater Bridgeport Transit Authority (GBTA) que si la publicité n’était pas immédiatement retirée, la WCA et plusieurs chiropraticiens locaux intenteraient une action en justice et demanderaient aux autorités de l’État et fédérales de mener une enquête [1]. Cette annonce provenait du Chiropractic Stroke Awareness Group (‘CSAG’, groupe de sensibilisation aux victimes d’accidents vasculaires cérébraux liés à des manœuvres chiropratiques). Aucune poursuite n’a été déposée.

pub sur bus

Il me semble que la GBTA n’a rien fait de mal et n’a pas été intimidée. Sa position officielle était que :

L’espace publicitaire sur notre flotte de bus est considéré comme un « forum public » comme tout panneau publicitaire, donc protégé par le premier amendement de la Constitution américaine de la « liberté d’expression ». Cet amendement limite donc les annonceurs qui peuvent être rejetés indépendamment des préoccupations d’un organisme quelconque de la communauté. Le GBTA ne peut pas et ne s’engagera pas dans une démarche quelconque qui pourrait être interprétée comme préjudiciable ou partiale. Le GBTA ne cautionne ni ne soutient aucune des affirmations de nos annonceurs. La publicité concernée ne diffame personne ; elle se contente d’énoncer une question rhétorique courante dans les publicités des avocats et des professionnels des médias, qui demande si le lecteur a été lésé par une procédure effectuée par un chiropraticien. Nous vous remercions de nous avoir contactés.

Étant donné que l’annonce pointait vers le site Web Neck911, de nombreux chiropraticiens ont supposé que le Chiropractic Stroke Awareness Group en était le propriétaire. Or, ce n’est pas le cas. Neck911 était un réseau de professionnels qui fournissaient des consultations sur les complications dues à la manipulation du cou [2]. Son site Web était exploité par le Dr John W. Kinsinger, un anesthésiste qui a enquêté sur de nombreux chiropraticiens [3]. Le Dr Kinsinger m’a dit que ni lui ni Neck911 n’avaient à voir avec le contenu ou la mise en place des publicités. [Remarque : en 2011, le domaine a expiré et a été repris par des chiropraticiens qui en ont immédiatement modifié la teneur afin de promouvoir la manipulation du cou.]

En décembre 2005, le groupe de sensibilisation aux victimes d'AVC chiropratique a placé d’autres publicités contre les chiropraticiens. L’un d’eux utilisait le panneau d’affichage illustré à droite. L’autre a annoncé dans le Hartford Courant que :

Notre mission consiste à avertir les gens des risques liés aux ajustements chiropratiques et à aider les victimes, comme nous, et leurs familles, à retrouver une vie normale. Malheureusement, les manipulations chiropratiques ne sont pas totalement sûres et sans risque. Nous en sommes la preuve. Si vous ou un de vos proches avez été concerné, nous voulons avoir de vos nouvelles.

La Connecticut Chiropractic Association s’est plainte auprès de la société d’affichage et du journal et a publié une contre-publicité dans ce journal affirmant que les chiropraticiens ont « démontré son niveau de sécurité » et que l’« accent mis sur l’éducation et les progrès des patients, comme le montrent les recherches, sont des facteurs importants du succès de la gestion de la chiropratique… » [4]

L’accident vasculaire cérébral lié à la manipulation du cou par une pratique chiropratique se produit lorsqu’une artère du cerveau se rompt ou est obstruée par suite de l’étirement. Il existe des estimations disant que la probabilité d’une complication grave due à ce geste se situe entre une sur 5 000 et une sur 10 millions. Cependant, personne ne le sait vraiment car peu d’études systématiques ont été menées sur sa fréquence [5]. Neck911 a résumé la situation de la manière suivante :

La profession de chiropraticien a tenté d’ignorer ou de minimiser les réalités de cette conséquence dévastatrice. Ils affirment souvent que cela se produit lors d’une manipulation cervicale sur un million, ou qu’une personne est plus susceptible d’être frappée par la foudre. Récemment, un administrateur d’un éminent collège chiropratique du Midwest a été interrogé sur les accidents vasculaires cérébraux consécutifs à une manipulation cervicale supérieure chiropratique. Il a répondu que ce phénomène ne s’est JAMAIS produit. Bien sûr, cela est totalement faux puisque de prestigieuses revues médicales du monde entier ont documenté ces cas au cours des soixante dernières années.
La véritable préoccupation ne devrait pas porter sur la fréquence de cet événement, mais plutôt sur le rapport bénéfice/risque. Quelle que soit la rareté de la complication, si l’intervention présente peu ou pas d’avantages, alors un risque aussi grave que la mort ne peut être couru. C’est le cas de la manipulation chiropratique de la partie la plus haute du cou. Il s’agit d’une pratique qui est employée pour traiter tout, des infections de l’oreille chez les bébés à l’hypertension et à l’épilepsie chez les adultes. Il n’y a aucune preuve d’un quelconque bénéfice pour la majorité des affections pour lesquelles cette procédure est utilisée [6].

Peu de temps après que la GBTA ait été menacée, WTNH-TV a diffusé une émission sur la publicité dans les bus qui décrivait le groupe de sensibilisation aux victimes d’accidents vasculaires cérébraux chiropratiques comme « des victimes, des membres de la famille et des amis traumatisés » par un traitement chiropratique et « dont la vie a été détruite » [7]. Deux membres sont apparus au programme. La première, identifiée comme « Britt », a déclaré qu’elle était parvenue à un règlement à l’amiable après avoir eu un accident vasculaire cérébral il y a environ trois ans dans le bureau de son chiropracteur. Britt a besoin d’une sonde d’alimentation parce qu’elle a perdu la capacité d’avaler. L’autre membre est Linda Solsbury, une ancienne infirmière qui a remporté un prix du jury après avoir été victime d’un accident vasculaire cérébral lors d’un « ajustement », il y a 20 ans. Elle est partiellement paralysée, ne peut pas parler et doit utiliser un clavier pour communiquer. Le livre Chiropratique : le plus grand canular du siècle ? lui consacre un chapitre [8].

En 2008, le chiropraticien Stephen Pisherchia a été poursuivi et condamné pour avoir harcelé Britt par téléphone [9].

Un panneau dans le Connecticut, 2011
Un panneau de la Chiropractic Stroke Awareness, affiché le long des autoroutes du Connecticut (2011).

 

Références

  1. Lettre à Vincent J. Biondi et Ronald Kilcoyne, 8 mai 2006.
  2. À propos de Neck911. Site Web Neck911.
  3. Kinsinger JW. Neuf expériences avec des chiropraticiens. Chirobase.
  4. Connecticut State News. Dynamic Chiropractic Web site, accessed May 20, 2006.
  5. Barrett S. Le terrible secret des chiropraticiens. Quackwatch.
  6. What chiropractors are saying. Neck911 Web site, accessed May 20, 2006.
  7. Injured by a chiropractor ? WTNH-TV, May 24, 2006.
  8. The crippling of Linda Solsbury. In Chotkowski LA. Chiropractic : The Greatest Hoax of the Century ? Kensington, CT : New England Books, 2005.
  9. Un chiropraticien qui harcelait une victime d’AVC. Chiropractic Stroke Victims Awareness Group Web site, accessed March 3, 2009.

À voir également

  1. Un traitement chiropratique trop risqué?, La Presse.
  2. Les conséquences cachées de la chiropractie sur la santé, par Caroline Piquet.

 

Examen d’un Vegatest

Examen d’un appareil Vegatest,

par Robert Mosenkis - ingénieur biomédical.
Vegatest

Le présent rapport résume les conclusions de notre examen d’un instrument Vegatest I portant le numéro de série 701 274 et la date du 08/87, inscrit à la main dans un blanc (libellé « Datum ») sur sa plaque signalétique. En septembre 1997, nous avons ouvert l’unité et sa sonde et les avons examinées, puis avons effectué des tests opérationnels.

Le Vegatest I fonctionne à partir d’une alimentation murale. Il est logé dans un boîtier en plastique vert avec un panneau frontal en métal. Toutes les légendes sont en allemand. Vers l’avant de la partie supérieure se trouve un lourd bloc de métal ressemblant à de l’aluminium (décrit dans la littérature d’Apex Energetics comme un nid d’abeille) qui contient un certain nombre de trous, ou puits, d’une profondeur inférieure à l’épaisseur totale. Des ampoules de verre peuvent être placées dans les puits du nid d’abeille ; l’une d’elles, étiquetée Clostridium tertium, nous a été fournie.

Au-dessus du nid d’abeilles se trouve un panneau de huit interrupteurs à boutons-poussoirs interconnectés ; en appuyant sur l’un d’eux, celui qui était enfoncé est libéré. Le bouton le plus à gauche est étiqueté « Widerst » (« résistance » en allemand), et les autres sont numérotés de 1 à 7. À l’avant se trouvent six prises banane identifiées par deux lettres qui, nous a-t-on dit, correspondent à diverses parties du corps (par exemple, le cuir chevelu) auxquelles on peut brancher des électrodes. Au cours de notre examen de l’intérieur de l’appareil, nous avons déterminé que les sept interrupteurs sont reliés à ces prises. Sur la face avant, les deux sondes sont reliées à un connecteur multibroche.

Il y a à droite du nid d’abeille un bouton de commande qui actionne un potentiomètre commuté. Au-dessus, deux LED dans une boîte étiquetée Akku (batterie) – une verte, marquée Ladung (charge), et une rouge, marquée Entladen (décharge). Une partie presque verticale du panneau frontal contient un compteur, gradué de 0 à 100 ; un interrupteur, étiqueté Ein et Aus ; et une LED rouge, étiquetée 0… 2,5 N (ce qui pourrait signifier newtons, une unité de force). Aucune des LED rouges ne s’est allumée pendant notre enquête.

Lors de notre première expérience, nous avons constaté que le compteur indique normalement zéro et qu’il n’y a pas d’émission de son. En tenant la grande sonde cylindrique (que nous appellerons sonde de référence) dans une main et en appuyant la pointe de celle de plus petit diamètre (que nous appellerons sonde active) contre des parties de la main opposée, l’aiguille du compteur a dévié et un signal sonore a été émis à l’arrière de l’appareil. Plus on appuyait la sonde active contre la peau, plus le son devenait fort et aigu, et plus la déviation de l’aiguille était importante. Cela ne se produisait que lorsque l’on appuyait sur le bouton le plus à gauche des huit et que l’interrupteur était en position Ein. Il y a aussi un petit bouton-poussoir sur la sonde active. En appuyant sur ce bouton, l’aiguille dévie vers la valeur maximale, et ce quel que soit le contact du patient avec la sonde. Pour atteindre un point de départ cohérent lors de tests ultérieurs, nous avons toujours positionné le réglage afin d’obtenir une valeur de 100 avec le bouton de la sonde enfoncé. Cela s’est produit avec le bouton complètement tourné dans le sens antihoraire ou dans la position « clic » obtenue au-delà ; toute rotation dans le sens horaire avec le bouton de sonde enfoncé entraînant une déviation extrême de l’aiguille du compteur.

Nous avons ouvert le Vegatest I et avons constaté qu’il contient un circuit imprimé assez complexe qui comprend, entre autres composants de haute qualité, quatre microcircuits (‘CMPS’), quatre potentiomètres de réglage avec du mastic pour conserver leur position, une alimentation électrique et une batterie rechargeable de 9 V, L’appareil est très bien construit. Aucun des conducteurs ou fils n’est blindé, signe qu’il n’y a pas de hautes fréquences dans le circuit. La carte de circuit imprimé semble avoir prévu des composants supplémentaires ; peut-être que ceux-ci sont utilisés sur d’autres modèles, ce qui n’est pas inhabituel. L’arrière du nid d’abeilles est, comme prévu, en métal solide. Des fils non blindés sont attachés à deux points du boîtier. Un point de connexion est muni de deux fils : l’un va au circuit imprimé, l’autre à une prise banane verte sur le panneau latéral de l’instrument.

La sonde active est de la taille d’un stylo plume épais. Elle a un corps en métal et une pointe en plastique gris avec une petite électrode à bille dépassant de l’avant. Nous avons dévissé la pointe et l’électrode à bille a suivi (elle tenait par ajustement serré sur la partie interne de l’électrode). Nous avons ensuite ouvert la sonde active ; elle contient deux étroites cartes de circuits imprimés séparées par un microcontact à une extrémité et un petit bloc de laiton à l’autre. Comme pour l’instrument lui-même, ces cartes de circuit imprimé prévoient des composants ou des fils supplémentaires, non utilisés dans ce modèle. L’électrode à bille s’emboîte sur une pièce interne en laiton, qui a à peu près la taille et la forme d’une recharge de stylo à bille. Un ressort de compression à l’arrière de cette pièce semble maintenir la sonde rentrée. Ce ressort nous a laissé perplexes, car il n’y a aucune possibilité que la sonde soit sortie en utilisation normale ; il se peut que cela participe au contact électrique avec la pièce en laiton.

Aucun mode d’emploi ne nous avait été fourni, seulement de la documentation promotionnelle d’Apex Energetics. Avec le boîtier ouvert, nous avons fait un certain nombre de mesures. Tout d’abord, l’appareil étant débranché, nous avons mesuré la tension aux bornes de la batterie rechargeable ; cette batterie de 9 V affichait 1,5 V, suggérant qu’elle n’était plus chargée. Nous avons ensuite branché l’appareil sur le secteur (il n’a pas d’interrupteur marche/arrêt), et la tension de la batterie est passée à 16,5 V. Nous n’avons pas pu déterminer son utilité. Les deux sondes – active et passive – ont été connectées et reliées à un voltmètre. Sans contact avec le patient, nous avons relevé 1,6 V continus et environ 30 mV à 60 Hz (cette dernière, étant beaucoup plus petite que la tension continue, était très probablement une valeur d’interférence parasite, et nous avons ignoré la tension AC). En appuyant sur le bouton de la sonde active, ce qui affiche une valeur de 100, la tension de la sonde est tombée à zéro ; court-circuiter les deux sondes ensemble a donné les mêmes résultats.

Nous avons connecté une boîte de résistance à décades à la sonde et avons constaté qu’il fallait une valeur de 150 kiloohms pour que le compteur affiche 50 (soit la moitié de la valeur maximale), et que la tension continue à travers la sonde tombait à 0,8 V (c.a.d était divisée par deux). Ainsi, l’impédance de source de l’instrument, telle que vue par les sondes, est d’environ 150 kiloohms. Des valeurs de résistance plus élevées ont fait baisser la valeur du compteur (ainsi que la hauteur et le volume de la sortie audio), tandis que des valeurs plus faibles ont eu l’effet inverse. Les données fournies par le compteur et la sortie audio étaient directement liées à la valeur de résistance connectée entre les sondes. Nous n’avons pas été surpris de constater que le déplacement de l’ampoule en verre dans les différents puits du nid d’abeille n’avait aucun effet sur les lectures.

Vegatest

Ensuite, nous avons attaché la sonde active à un dynamomètre, de façon à pouvoir la presser contre la main avec une force connue, tout en tenant la sonde passive dans l’autre main (l’intensité du serrage, au-delà d’une petite valeur minimale, n’avait aucune influence). Nous avons constaté que le fait de presser la pointe de la sonde contre diverses parties de la main avait des effets différents. À certains endroits, il fallait une force d’au moins 1 kg pour obtenir des lectures significatives, alors qu’à d’autres endroits (surtout au niveau de la commissure interdigitale, qui a tendance à être plus humide), on obtenait les mêmes lectures avec une force de 200 à 300 grammes. En appuyant sur la sonde avec une pression constante, on obtient une valeur qui baisse sur une période de 10 à 15 secondes. Le fait de presser la sonde contre une alliance en or (qui a une grande surface de contact avec le doigt) a donné une valeur plus élevée et plus constante, d’environ 45. En versant une petite quantité de solution saline normale sur les mains et en la laissant sécher partiellement, on a aussi obtenu des valeurs plus élevées pour une pression donnée.

Déplacer l’ampoule de verre dans divers puits du nid d’abeille n’a eu aucun effet sur les lectures avec la sonde contre des parties de la main (la personne qui manipulait la fiole n’était pas la même que celle qui tenait la sonde active). Ceci est conforme à nos attentes, étant donné que le nid d’abeilles est fait d’un bloc de métal solide, et ce d’autant plus que l’ampoule est en verre, un matériau électriquement non conducteur.

À nouveau, nous avons branché la boîte de résistance à décades à la sonde et avons constaté que 500 kiloohms donnaient une valeur de 22 et une tension continue de 1,26 V. Nous avons retiré la boîte de résistance et pressé la sonde active contre la main d’un sujet, avec une force suffisante pour obtenir une lecture de 22. La tension continue était de 1,26 V, la même qu’avec la boîte de résistance.

Bien que nous soyons quelque peu incapables d’expliquer la complexité de ses circuits et la « rétro-ingénierie », ces circuits dépassant notre cadre, les investigations décrites ci-dessus suggèrent que le Vegatest I est simplement un instrument de mesure de la résistance (peut-être même très précis). Nous n’avons pas étudié l’utilisation du panneau de prises bananes, censées être destinées à la connexion d’autres électrodes.


M. Mosenkis a été président de CITECH, une des douze entreprises accréditées pour évaluer de nouvelles applications de dispositifs médicaux soumises à la FDA. Il a été pendant de nombreuses années rédacteur en chef de Health Devices, un magazine similaire à Consumer Reports mais écrit pour les grands acheteurs de dispositifs médicaux.

NAET, la technique d’élimination des allergies de Devi Nambudripad

NAET, la technique d’élimination des allergies de Devi Nambudripad

Dr Stephen Barrett

La technique d’élimination des allergies de Nambudripad (NAET) est une étrange méthode de diagnostic et de traitement. Elle repose sur une notion disant que les allergies sont causées par un « blocage énergétique », qui peut être détecté grâce à des tests musculaires, et traitées définitivement par des techniques d’acupression, parfois associées à de l’acupuncture (ces allégations étaient présentes sur son ancien site Web). On doit son développement à Devi S. Nambudripad, infirmière formée en acupuncture, chiropraxie, kinésiologie, et titulaire d’un diplôme en médecine attribué par une université qui n’est plus reconnue par la Californie depuis 1995 (ce point est développé ici). En octobre 2002, la base de données « Doctor Locator » du site recensait 803 praticiens NAET aux États-Unis (contre 776 en 1999) et 51 au Canada, la majorité étant chiropraticiens ou acupuncteurs. Nambudripad a également créé la fondation Nambudripad's pour la recherche sur l’allergie (Nambudripad's Allergy Research Foundation, NARF), qui envoie aux membres une lettre d’information bimensuelle pour une suscription annuelle de 36 $.

Histoire douteuse.

Dans son livre « Say Goodbye to Illness » (« Dis au revoir à la maladie »), Nambudripad déclare avoir souffert d’une multitude de problèmes de santé dans son enfance, en particulier d’un eczéma sévère jusqu’à l’âge de sept ou huit ans, et une arthrite qui aurait débuté vers ses huit ans. Jeune adulte, elle souffrait de sinusites, bronchites, voire de pneumonies, avait fréquemment des insomnies et des migraines, et montrait une dépression clinique. Pendant cette période, elle dit avoir essayé de nombreux médicaments, consulté plusieurs médecins et nutritionnistes, mais :

Tous les médicaments, vitamines, et herbes me rendaient bien plus malade, et c’était encore pire en suivant les conseils nutritionnels. Je me sentais constamment nauséeuse, chaque centimètre de mon corps me faisait mal. Je tenais grâce à l’aspirine, avec des doses allant jusqu’à 30 comprimés par jour [1: xi].

Au cours de sa formation en chiropratique, elle s’est sentie mieux grâce à une séance d’acupression administrée par une conférencière qui, par la suite, lui a préconisé de ne plus consommer aucun aliment sauf du riz blanc et des brocolis. Ensuite :

Après une semaine de régime, j’ai essayé de réintroduire d’autres aliments. Mes anciens troubles réapparaissaient progressivement. J’ai recommencé à ne me nourrir que de riz blanc et de brocolis et je m’y suis maintenue durant trois ans et demi. De temps en temps, j’essayais de petites quantités d’autres aliments mais les symptômes d’arthrite revenaient. Je ne pouvais pas manger de salade, fruits ou légumes, parce que j’étais très allergique à la vitamine C. Je ne pouvais pas manger de céréales complètes, car elles contiennent des vitamines du complexe B. Je ne pouvais pas manger de fruits, de miel ou d’autres produits riches en sucres, qui engendraient une fatigue extrême, car je suis très allergique au sucre. Je ne pouvais pas consommer de lait ou de produits laitiers, car j’étais allergique au calcium. J’étais extrêmement allergique à tous les poissons, à cause de mon allergie à la vitamine A. J’étais allergique aux produits à base d’œufs, qui causaient des problèmes dermatologiques. J’étais allergique à tous les types de haricots, dont le soja, qui provoquaient de fortes douleurs articulaires. Les épices me donnaient de l’arthrite de toutes les petites articulations. Presque tous les tissus, excepté la soie, me démangeaient et généraient des douleurs articulaires et une fatigue extrême. Mon professeur d’acupuncture confirma mes doutes. J’étais tout simplement allergique à tout ce qui se trouve sous le soleil, ainsi qu’au rayonnement solaire [1: xiii-xiv].

Après « avoir mangé du riz et des brocolis pendant trois ans et demi », elle s’est soudainement sentie mieux durant une séance d’acupuncture qu’elle s’administrait tout en étant en contact avec des carottes. Elle a alors tenté à nouveau de manger des carottes et découvert qu’elle n’y était plus allergique. Elle explique cet événement par le fait que les carottes se situaient à l’intérieur de son champ électromagnétique :

Pendant la séance d’acupuncture, mon corps est probablement devenu un chargeur suffisamment puissant pour modifier la charge contraire de la carotte afin qu’elle corresponde à ma charge. Cela a supprimé mon allergie aux carottes. J’ai testé et traité mon mari et mon fils, et en quelques semaines nous n’étions plus allergiques à de nombreux aliments qui nous rendaient malades… Plus tard, j’ai étendu cette pratique à mes patients qui souffraient de multiples symptômes liés à des allergies [1: xvi].

Je n’ai pas moyen de déterminer ce qu’a réellement vécu Nambudripad, mais je peux dire que son histoire n’est pas crédible.

  • Prendre « presque 30 aspirines par jour » est susceptible de provoquer des effets secondaires extrêmement graves. Une dose adulte contient 325 mg d’aspirine, avec 30 doses, on arrive à 9 750 mg soit 9,75 grammes. Au-dessus de 4 grammes par jour, il survient un fort risque d’acouphènes, de vertiges, une augmentation du rythme respiratoire et de graves déséquilibres métaboliques. De si hautes doses peuvent également provoquer de forts maux d’estomac ainsi que d’importants troubles hémorragiques. Des décès ont été rapportés suite à des prises uniques allant de 10 à 30 grammes [2].
  • Les allergies sont un phénomène de réaction aux protéines uniquement, et non aux vitamines, minéraux ou sucres. Il est possible d’être allergique aux œufs, aux poissons et/ou au lait, mais affirmer avoir été allergique aux vitamines A, B, aux vitamines du complexe B (soit 10 des 13 vitamines !), au calcium et aux sucres est absurde.
  • Un régime composé de riz et de brocolis ne contiendrait pas de vitamine B12 et une quantité insuffisante de fer, de protéines et de plusieurs autres nutriments. Curieusement, il serait très riche en vitamine C et en vitamine A, deux des éléments auxquels Mme Nambudripad affirme avoir été allergique.

Théories particulières

Nambudripad décrit NAET comme « une méthode innovante et totalement naturelle pour retrouver une santé parfaite, avec une suppression totale et permanente des allergies et des maladies qui y sont liées » [4]. Elle affirme qu’ « il n’y a guère de maladies ou d’affections qui n’impliquent pas un facteur allergique » [1:3] et que « la majorité des pathologies courantes, comme les céphalées, les douleurs lombaires ou articulaires, les dépendances, le syndrome prémenstruel, l’indigestion, la toux, les courbatures et bien d’autres sont en fait des allergies non diagnostiquées. »

Scientifiquement, l’allergologie définit le phénomène allergique comme une réaction du système immunitaire survenant lorsque l’organisme est sensibilisé à une substance (l’allergène), généralement une protéine. La combinaison entre protéines responsables de l’allergie et anticorps (majoritairement les immunoglobulines de type E, IgE) déclenche la libération d’histamine et d’autres composés, responsables des éruptions cutanées et des autres symptômes.

Nambudripad affirme que les allergènes qui entrent dans l’organisme provoquent un conflit entre le « champ d’énergie » de l’allergène et celui des personnes allergiques. Elle déclare :

Une allergie se définit par l’effet d’une substance sur le flux énergétique corporel. Les allergies résultent de déséquilibres énergétiques au sein du corps humain, ce qui entraîne une dégradation du fonctionnement normal d’un ou de plusieurs organes.
Quand l’on entre en contact avec un allergène, celui-ci provoque des blocages des voies énergétiques, que l’on appelle les méridiens. Pour le dire autrement, il perturbe le flux normal de l’énergie qui circule par les voies électriques du corps. Ce blocage énergétique provoque des interférences dans la communication entre le cerveau et le corps via le système nerveux. Ce flux d’énergie bloqué est la première étape de la série d’événements pouvant générer une réaction allergique [4].

Nambudripad affirme également que :

  • les antécédents familiaux de cancers sont importants, car ils peuvent être transmis aux enfants par héritage allergique [1:51] ;
  • si l’on présente une allergie aux produits chimiques, de l’énergie néfaste peut s’introduire dans le corps par la peau, provoquant ainsi le blocage des voies énergétiques du corps [1:12];
  • les déséquilibres énergétiques entraînant une allergie peuvent être consécutifs à un accident grave, une opération importante, une maladie infantile ou bien à un choc émotionnel [1:14].

Méthodes diagnostiques et thérapeutiques douteuses

Bien que Nambudripad recommande de réaliser un bilan standard des antécédents allergiques, sa principale méthode diagnostique consiste en un test musculaire (on peut regarder une démonstration ici) au cours duquel des substances sont placées dans la main du patient et où le praticien évalue la résistance du bras du sujet à une tentative de mobilisation. Une faiblesse musculaire est censée indiquer une allergie provoquée par la substance. On peut également réaliser un « test de substitution » pour les jeunes enfants et les adultes affaiblis ou diminués. Le substitut touche alors la peau du patient pendant que le praticien effectue le test musculaire sur cette personne de substitution. Certains praticiens utilisent un appareil d’ “électrodiagnostic” permettant de mesurer la résistance cutanée grâce à l’émission d’un faible courant électrique [5].

À la suite du test, le praticien traite des points spécifiques d’acupuncture sur le dos en utilisant une forte acupression, soit manuelle, soit avec un appareil de pression pendant que le patient tient l’allergène dans sa paume et palpe l’échantillon du bout des doigts. Tous les patients âgés d’au moins 10 ans reçoivent également un traitement d’acupuncture par aiguilles ou d’acupression sur l’avant du corps. Alors :

Après 15 à 20 minutes d’attente au cabinet, les patients sont à nouveau soumis au test musculaire avec l’allergène en main. Si le traitement a réussi, le bras du patient oppose une forte résistance à la pression du praticien. Le patient doit alors se laver les mains ou se les frotter pendant une minute. On leur demande d’éviter toute exposition à l’allergène pour lequel ils viennent d’être traités pendant 25 heures. Il leur est également recommandé de lire « The NAET Guidebook » afin de savoir quels aliments consommer durant ces 25 heures. Pour le traitement NAET de la colonne vertébrale, le praticien NAET et le patient doivent être seuls dans la pièce afin d’éviter toute « interférence électromagnétique » [6] Nambudripad affirme qu’une tierce personne pourrait “voler” le traitement [3:6].) À la visite suivante, le praticien effectue à nouveau un test avec l’allergène. Si le résultat est satisfaisant, le praticien peut alors travailler sur une autre substance. On recommande généralement un cycle de 30 à 40 visites, avec une ou deux par semaine. Nambudripad affirme également que NAET peut être utilisée de manière préventive chez les personnes en bonne santé [3:14].

Selon le guide NAET (« The NAET Guidebook »), on peut estimer les carences en suppléments spécifiques en faisant tenir en main au patient un supplément tandis que le praticien tire sur l’autre bras. Le guide nous indique qu’une faiblesse montre une allergie. Si le patient résiste suffisamment, le praticien ajoute alors des pilules une à une jusqu’à ce que le bras du patient soit ressenti “faible”. Le nombre de pilules que le patient tient en main indique alors « la carence totale de ce jour, en l’état actuel. » Selon le livre,

Ce nombre peut aller de 1 ou 2 comprimés à plusieurs milliers, en fonction de la carence. Par exemple, dans certains troubles nerveux, la carence en vitamines du complexe B peut atteindre de 20 000 à 30 000 grammes.

Si la carence est de 1 à 6 comprimés, il n’est pas utile de prendre des suppléments. Des repas équilibrés répondront aux besoins.

Si la carence est supérieure à 6 – 10 comprimés (ou de 6 à 10 fois l’apport journalier recommandé, AJR), il faut prendre un comprimé de supplément par jour. Si la carence se compte en plusieurs dizaines, centaines ou milliers, il faut supplémenter avec 4 à 6 fois l’apport journalier recommandé en ce supplément…

Des suppléments aux mégadoses sont souvent utilisés durant plusieurs mois dans les cas suivants : arthrite, fibromyalgie, fatigue chronique, troubles chroniques liés à l’allergie, perte de cheveux, constipation, maladies dégénératives, cancer, etc. [3:21]

La procédure de test musculaire NAET est une émanation de la kinésiologie appliquée, discipline pseudo-scientifique basée sur la notion que chaque dysfonction organique s’accompagne d’une faiblesse musculaire spécifique. Il n’y a aucune preuve scientifique que cela soit vrai, et les variations d’un test à l’autre sont dues à la suggestibilité, la fatigue musculaire (à cause des tests répétés) ou aux variations de la technique de test. L’idée que la quantité de pilules tenues en main puisse être perçue d’une façon qui pourrait influencer la force musculaire est absurde. Qu’une personne puisse être “carencée” de 20 000 à 30 000 grammes est une notion encore plus absurde. On parle tout de même de 20 à 30 kilos ! En outre, la majorité des suppléments vitaminiques contient moins d’un gramme de vitamines et/ou minéraux. Sans oublier que 20 000 pilules ne peuvent pas tenir dans une seule main.

Curieusement, le site web de Nambudripad met en garde les patients envers « les cliniques où des médecins promettent des traitements de suppression de l’allergie NAET qui n’en sont pas. » Les méthodes listées sont : (a) positionnement de lames colorées à divers endroits du corps, (b) rester allongé sur un lit spécial en tenant un allergène, (c) manipuler une sorte de « repas numérique » dans une machine aux nombreuses lumières clignotantes tandis « qu’il se prononce tout un charabia », (d) toucher certaines parties du corps en restant assis seul tout en pensant à l’allergène ou bien à « la pensée allergique », (e) prescrire entre 400 et 500 dollars de compléments, vitamines, enzymes ou gouttes sublinguales dès la première visite sans ôter l’allergie, et (f) utiliser un laser sur le dos du patient pendant qu’il tient l’allergène en main [6].

BioSET

BioSet (« Bioenergetic sensitivity and enzyme therapy », Sensibilité Bioénergétique et Thérapie Enzymatique) est une variante de NAET développée par Ellen Cutler, DC, qui officiait alors au BioSET Institut à Larkspur en Californie. Ses prétentions sont que BioSET permet des résultats plus durables par l’ajout d’enzymes digestives et par une méthode de “détoxification” du corps [7]. Dans le livre de Cutler, « The Food Allergy Cure » (« le traitement de l’allergie »), on peut trouver ce type d’informations :

  • « BioSET utilise des outils issus des techniques d’acupuncture, de la chiropratique et de la kinésiologie pour localiser et éliminer les blocages dans les voies électromagnétiques spécifiquement liés aux allergènes. » [8:6]
  • « Pratiquement n’importe quel symptôme peut être la conséquence d’un blocage causé par un allergène. » [8:7]
  • On teste les “allergies alimentaires” en « plaçant la substance à tester accompagnée de sucres dans une fiole en verre et en la déposant dans la main du patient. On effectue alors un test musculaire sur le bras opposé. En cas d’allergie, la pression exercée sur le bras tendu réduit ou annihile la résistance opposée. » [8:159-168]
  • Une fois les “blocages” du patient identifiés, elle utilise de l’acupuncture ou des techniques modifiées de chiropraxie pour stimuler des points situés sur la colonne vertébrale du patient, ce « qui contribue à équilibrer les champs électromagnétiques du corps en relation avec l’allergène. » [8:9]
  • Pratiquement tout le monde souffre de « surcharge toxique », pour laquelle elle peut préconiser la pratique du jeûne, des cures de jus, une modification du régime alimentaire, une respiration régulière et profonde, le brossage des cheveux, des « bains détoxifiants », les saunas, des lavements au café, des enzymes, de l’homéopathie, l’utilisation d’un filtre à eau et de réduire au maximum l’exposition aux champs électromagnétiques. [8:181-209]

Cutler a essayé de déposer comme marque déposée BioSET, mais l’office des brevets des États-Unis ne l’a toujours pas approuvée à l’heure actuelle. Bioset® est une marque déposée pour Bioset, Inc., fondée à Houston, Texas, et qui n’a aucun lien avec les activités de Cutler. Cette société, qui produit et commercialise le processus BIOSET pour la gestion des boues, existe depuis 1995 et s’est opposée à la demande de dépôt de Cutler.

Cutler affirme que plus d’un millier de praticiens dans le monde utilisent BioSET [8:5], mais son site n’en référence aucun. En octobre 2002, une recherche Google renvoyait plus de 10 fois plus de liens vers des praticiens NAET que vers des praticiens BioSET. Comme NAET existe depuis plus longtemps, et compterait moins de 1000 praticiens, il est probable que le nombre donné par Cutler soit le nombre de praticiens de NAET, selon la base de données de Nambudripad, additionné au nombre de praticiens affiliés à BioSET.

En 2002, Cutler et Nambudripad ont obtenu le diplôme “MD” de l’université des sciences de la santé d’Antigua (UHSA), qui propose un cursus diplômant en médecine que les chiropraticiens peuvent compléter en 27 mois. Les étudiants reçoivent des crédits pour deux ans de cours de base de sciences suivis dans une école de chiropraxie. Le cursus de l’UHSA est constitué de 3 mois de cours préparatoires (pouvant être suivis en ligne) et de 24 mois de sciences cliniques. Pour cette formation clinique, les étudiants doivent d’abord trouver un hôpital qui leur fournira cette formation, soit aller dans un hôpital affilié à l’UHSA en Ohio. (L’UHSA ne divulgue le nom de l’établissement que lorsque l’étudiant est inscrit et a réglé ses frais de scolarité.) Le programme de l’UHSA est manifestement inférieur à la formation médicale standard aux États-Unis, et l’école n’est pas accréditée par l’Accreditation Council for Continuing Medical Éducation (l’agence chargée de délivrer les accréditations des facultés de médecine reconnue par le département américain pour l’éducation.) Toutefois, ses diplômés qui passent l’examen américain de licence médicale (USMLE) semblent être admissibles à une formation complémentaire et à un permis d’exercer – mais pas en Californie, où Nambudripad et Cutler exercent.

NAET “émotionnelle”

La forme la plus étrange de NAET que j’ai pu rencontrer est apparue dans une affaire récente intentée par une femme envers Walter J. Crinnion, ND., un naturopathe semi-retraité pratiquant depuis plusieurs années près de Seattle, dans l’état de Washington. Crinnion enseigne également la « médecine environnementale » à l’université Bastyr (une des écoles de naturopathie les plus connues) et a rédigé un chapitre sur ce sujet dans le principal manuel de naturopathie. Parmi d’autres requêtes, il était demandé le remboursement du coût des séances. Les pièces versées au dossier montrent qu’elle a versé à Crinnion 30 521 $, pour 286 visites en 3 ans, durant lesquelles il la traitait pour des céphalées qu’il attribuait à des abus sexuels subis durant l’enfance et à des toxines environnementales.

Les services de Crinnion comprenaient des séances durant lesquelles il tenait la main de la patiente dans la sienne pendant qu’elle lui parlait ou qu’ils restaient assis silencieusement. Au cours des séances, qui se passaient à son domicile personnel, Crinnion se posait des questions en plaçant le troisième doigt de son autre main sur son propre index et en appuyant dessus pour « tester la force » de ce doigt. Dans sa déposition, Crinnion déclare que la résistance de son index lui indiquait s’il devait répondre par oui ou par non. À diverses reprises, il a pressé le dos de la patiente pour la “désensibiliser” des substances ou émotions qu’il supposait être à la source du problème. Il a également prétendu « équilibrer son énergie » avec ses mains, en touchant sa tête ou en effectuant des mouvements dans l’air à quelques centimètres de son corps [9]. Dans le rapport remis au juge, j’ai décrit les sessions comme « deux personnes se tenant la main avec l’une qui rémunère l’autre pour appuyer sur son dos et penser à elle. » Crinnion qualifie cette procédure de « NAET émotionnelle ». Je considère qu’il s’agit d’une combinaison d’abus et de fraude.

NAET vétérinaire

NAET a également conquis certains vétérinaires. Ses principaux promoteurs sont Roger Valentine, D.V.M., et Rahmie Valentine, O.M.D., L. Ac., qui tenaient auparavant un centre “holistique” pour animaux de compagnie à Santa Monica en Californie. Ils affirment que « NAET vétérinaire est une méthode idéale de diagnostic et de traitement pour toute pratique vétérinaire holistique » [8]. Leur site web « NAET veterinary », désormais inaccessible, recensait environ 100 praticiens. Les troubles allergiques qu’ils prétendent soigner avec NAET comprennent « lésions éosinophiles, réaction aux produits chimiques, réaction vaccinale, pathologies intestinales “idiopathiques”, gingivite, gastrite, cystite, sinusite, rhinite, asthme, constipation, diabète sucré, infections chroniques récurrentes, conjonctivite, otite externe, pellicules, dermatite séborrhéique et pancréatite, ainsi que les affections allergiques communément admises : surtoilettage, dermatite allergique aux piqûres de puce, intolérances alimentaires et bronchite allergique. » [10] (On trouve aujourd’hui une clinique aux prétentions similaires à San Diego, mais les Valentine n’y exercent pas.) Pour l’évaluation, ils effectuent un test musculaire dit de “substitution” au niveau du rachis d'une personne (le substitut), qui touche l’animal :

Le traitement NAET destiné aux animaux consiste en une stimulation des nerfs spinaux du substitut. En maintenant le contact avec l’animal et l’allergène identifié, de l’acupression est appliquée en des points méridiens spécifiques le long de la colonne vertébrale du sujet. Cela active l’ensemble des nerfs spinaux, ce qui déclenche ainsi une nouvelle reconnaissance de l’allergène par le système nerveux. Il s’agit d’une reprogrammation réelle du système nerveux qui va alors reconnaître l’allergène différemment. Cet allergène n’est alors plus perçu comme irritant et “mauvais”, mais comme une nouvelle substance neutre. Le corps se trouve alors dans un état d’équilibre en présence de l’allergène et n’y réagit plus. Pour les humains, on complète le protocole par une stimulation de points d’acupuncture pour renforcer la nouvelle identification [10].

En 2012, des sanctions disciplinaires ont été menées envers Roger Valentine par le conseil médical vétérinaire (le ‘‘Veterinary Medical Board’’ est l’organisme qui réglemente les activités de médecine vétérinaire en Californie). Il a été décidé de suspendre les 3 années de probation et de maintenir sa révocation, avec une date d’effet au 24 mai 2012. Les motifs retenus sont : négligence et/ou incompétence avec 3 chefs d’accusation pour négligence, défaut de tenue administrative correcte des dossiers, pratique illégale de la médecine, pratique de la médecine sans autorisation d’exercer, défaut de conformation à la législation [11].

Un cas fatal

En 2009, un journal irlandais rapporte qu’un homme de 43 ans, Thomas Schatten, a subi un choc anaphylactique au cours d’une visite chez un chiropraticien qui utilisait NAET pour traiter son allergie aux cacahuètes. Durant la séance, après avoir mangé un petit morceau de cacahuète, il fut pris de toux suivie d’une sensation d’oppression thoracique et décida de rentrer chez lui. Ni lui, ni le chiropraticien n’ont reconnu les symptômes d’une réaction anaphylactique. L’état de Schatten a continué à se dégrader une fois à domicile, et il est décédé 90 minutes plus tard [12].

Actions réglementaires

Dans deux états, des commissions réglementaires ont pris des mesures concernant l’utilisation de NAET :

  • Le Virginia Board of Medecine a sanctionné deux chiropraticiens pour avoir formulé des allégations irréfutables liées à NAET : Dylan Levesque, D.C., en 2001 et 2007 [13], et Éric Berg, D.C., en 2007 [14].
  • En 2008, le Kansas Board of the Healing Arts a émis une déclaration de principe classant NAET dans la catégorie des « pratiques inadmissibles ». Le document indique, sans donner de noms, qu’au moins un praticien a été sanctionné [15].

En 2011, la cour fédérale d’Australie a confirmé une décision de la commission australienne de la concurrence et de la consommation. Celle-ci concerne trois entreprises et deux personnes physiques ayant émis des allégations fausses et induit en erreur les consommateurs quant aux capacités de NAET à diagnostiquer et à soigner les allergies [16].

Conclusion

NAET est en opposition totale avec les concepts d’anatomie, de physiologie, de pathologie, de physique et d’allergie validés par la communauté scientifique. L’histoire de sa “découverte” est fortement invraisemblable. Son approche diagnostique fondamentale – le test musculaire pour les “allergies” – n’a aucun sens et dépiste à coup sûr des problèmes qui n’existent pas. Les restrictions alimentaires qu’elle préconise, basées sur des allergies inexistantes, exposent fortement le patient à un risque élevé de carences nutritionnelles, et chez les enfants, au risque de développer des troubles des conduites alimentaires ainsi qu’à des troubles sociaux. Je pense que les praticiens utilisant NAET ont une capacité de jugement bien trop médiocre pour continuer à être autorisés d’exercer. Si vous entrez en contact avec un praticien s’appuyant sur ces pratiques, demandez aux autorités compétentes de votre état ou pays d’ouvrir une enquête.

Références

  1. Nambudripad DS. Say Goodbye to Illness. Buena Park, CA : Delta Publishing Co., 1993.
  2. Goodman AG, Goodman LS, Gilman A. The Pharmacological Basis of Therapeutics, 6th edition. New York : Macmillan Publishing Co., 1980, p 695.
  3. Nambudripad DS. The NAET Guide Book : The Companion to « Say Goodbye to Illness. » Third edition. Buena Park, CA : Delta Publishing Co., 1999, p 21.
  4. Nambudripad DS. What is NAET? NAET Web site, Oct 11, 1999.
  5. Cutler EW. Winning the War against Immune Disorders & Allergies. Albany, NY : Delmar Publishing, 1998.
  6. Nambudripad DS. An open letter to NAET patients. NAET Web site, accessed Oct 14, 1999.
  7. Zacherl TW. What is BioSet ? About.com Web site, accessed Oct 25, 2002.
  8. Cutler EW. The Food Allergy Cure. New York : Harmony Boks, 2001.
  9. Crinnion WJ. Deposition in Superior Court of the State of Washington (King County) Case No. 00-2-30314-9 KNT, Jan 3, 2002, pp 50-55.
  10. Valentine R, Valentine R. Veterinary NAET : The veterinary application of NAET ; a breakthrough approach to allergy resolution. Veterinary NAET Web site, accessed Aug 10, 2000.
  11. Department of Consumer Affairs Veterinary Medical Board, Disciplinary Actions July 2011 – June 2012.
  12. O'Halloran G. Man died an hour after being treated for peanut allergy. Independent.ie, April 25, 2009.
  13. Barrett S. Dylan Lévesque, DC sanctionné deux fois pour marketing inapproprié. Casewatch, Nov 26, 2011.
  14. Barrett S. Action disciplinaire contre Eric Berg, DC. Casewatch, Feb 5, 2008.
  15. Policy statement regarding experimental treatments (p. 63). Kansas Board of the Healing Arts, April 6, 2008.
  16. Court finds allergy treatment claims misleading. ACCC news release, March 11, 2011.

Appareils d’« électrodiagnostic » des charlatans

Appareils d’« électrodiagnostic » des charlatans

Dr Stephen Barrett

Les appareils décrits dans cet article sont utilisés pour diagnostiquer des problèmes de santé inexistants, pratiquer des traitements inappropriés et frauder les compagnies d’assurance. Les praticiens qui en font usage se bercent d’illusions ou sont malhonnêtes, ou les deux. Ces dispositifs devraient être confisqués et leurs utilisateurs poursuivis. N’hésitez pas à les signaler à l’organisme chargé de la sécurité sanitaire de votre pays, ainsi qu’aux assurances et mutuelles pouvant être concernées.

Des milliers de praticiens utilisent des dispositifs dits d’« électrodiagnostic » pour les aider à choisir le traitement à appliquer. Beaucoup prétendent identifier la cause de la maladie en détectant le « déséquilibre énergétique » à l’origine du problème. Certains déclarent également que ces appareils peuvent montrer qu’une personne est allergique ou sensible à certains aliments, carencée en vitamines, ou a des problèmes dentaires. D’autres affirment qu’ils sont capables de savoir si quelqu’un est indemne de maladie, comme le cancer ou le sida. Une clinique mexicaine a même affirmé que de tels appareils pourraient être utilisés pour guérir le cancer [1]. La procédure est appelée le plus souvent électroacupuncture selon Voll (EAV) ou dépistage électrodermique (electrodermal screening, EDS). Mais l’on peut rencontrer également des termes comme diagnostic de fonctions bioélectriques (BFD), thérapie par biorésonance (BRT), technique de régulation des bioénergies (BER), médecine biocybernétique (BM), dépistage électrodermique informatisé (computerized electordermal screening, CEDS), tests électrodermiques (EDT), évaluation du stress limbique (limbic stress assessment, LSA), analyse de l’énergie des méridiens (MEA), ou ‘point testing’ (test de points d’acupuncture donnés). Les appareils EAV sont commercialisés par plusieurs entreprises, la plupart organisant aussi des séminaires.

Historique de l’EAV

Les premiers appareils EAV ont été développés par Reinhold Voll, un médecin d’Allemagne de l’Ouest, qui avait commencé à pratiquer l’acupuncture dans les années 50 [2]. En 1958, il a combiné la théorie de l’acupuncture chinoise avec celle de la conductance cutanée pour produire son dispositif EAV. Son premier modèle à transistors était le Dermatron. Quelques années plus tard, un de ses élèves (Helmut Schimmel, un autre médecin allemand) a simplifié le système diagnostique de près de 850 points pour n’en conserver que 60, puis a modifié l’appareil et contribué à la réalisation du premier modèle du Vegatest. Par la suite, apparaissent d’autres versions, dont l’Acugraph, Accupath 1000, Asyra, Avatar, BICOM, Bio-Tron, Bioméridien, BioScan, BioTracker, Computron, CSA 2001, DBE204, Diacom, DiagnoMètre, Eclosion, e-Lybra 8, ELAST, Interactive Query System (IQS), Interro, I-Tronic, Allumage, Système LISTEN, Système Matrix Physique, Appareil d’analyse d’énergie Meridian (MEAD), MORA, MORAS, MSAS, Oberon, Omega Acubase, Omega Vision, Système Orion, Phazx, Pronostic, Prophyle, Punctos III, Quest4, Sensitiv Imago, SpectraVision, Syncrometer, Theratest, Vantage, Vitel 618 et ZYTO.

appareil dermatron appareil vegatest 2
Dermatron
Vegatest II

Leurs partisans soutiennent que ces appareils mesurent les perturbations dans le « flux d’énergie électromagnétique » de l’organisme le long des « méridiens d’acupuncture » [3]. En réalité, ils ne sont que des galvanomètres pseudo-sophistiqués qui mesurent la résistance électrique de la peau du patient à l’aide d’une sonde. L’appareil émet un infime courant électrique transmis par un fil à un cylindre de laiton recouvert de gaze humide que tient le patient. Un deuxième fil est connecté à une sonde, que l’opérateur applique à des « points d’acupuncture » sur l’autre main ou sur un pied du patient. Ce circuit à basse tension est ainsi clos et l’appareil enregistre la circulation du courant. L’information est alors visualisée sur un compteur ou l’écran d’un ordinateur avec une échelle numérotée de 0 à 100. Selon la théorie de Voll : les valeurs de 45 à 55 sont normales (‘équilibrées’) ; celles au-dessus de 55 indiquent une inflammation de l’organe ‘associé’ au ‘méridien’ évalué ; et les valeurs inférieures à 45 suggèrent « un engorgement et une dégénérescence de l’organe. » Toutefois, si l’humidité de la peau reste constante – ce qui est habituellement le cas – la seule chose qui influence la mesure est la force utilisée pour appliquer la sonde sur la peau du patient. Certains dispositifs ont tous leurs fils connectés au patient ou génèrent des réponses aléatoires pour éliminer l’influence du praticien. Ci-dessous, une version de l’échelle de Voll.

Interro

Les premiers modèles rapportaient la mesure sur un compteur analogique. Sur les versions récentes, comme l’Interro, les données apparaissent sur un écran d’ordinateur et des sons sont émis. Le traitement choisi dépend du niveau d’expérience du pratiquant et peut inclure de l’acupuncture, des modifications du régime alimentaire, et/ou des suppléments de vitamines, ainsi que de l’homéopathie.

Appareil Interro. Une sonde est tenue par la main du patient tandis que l’autre sonde est appliquée sur l’autre main ou sur un pied. Une barre apparaît alors sur le côté droit de l’écran de l’ordinateur accompagnée d’un son. La lecture est censée déterminer le statut de différents organes. En 1986, lors de mes recherches sur le marché de l’homéopathie pour le magazine Consumer Reports, j’ai eu l’occasion de subir des tests avec cet appareil dans une clinique du Nevada. Quand le médecin eut quitté la pièce, j’ai manipulé l’appareil et constaté que les variations de l’indicateur ainsi que le volume du son émis étaient déterminés uniquement par la force avec laquelle la sonde était appliquée sur ma peau [4]. Quand les supposés problèmes sont ‘diagnostiqués’, on peut tester des solutions homéopathiques contenues dans des fioles en verre en les plaçant dans un support adapté (dit « en nid d’abeille », au premier plan sur l’image). Les tests réalisés permettent alors de déterminer lesquels de ces ‘remèdes’ sont indiqués pour corriger les prétendus déséquilibres.

Prétentions farfelues

Certains vendeurs d’EAV font des publicités à orientation médicale, ou bien insistent sur une supposée correction des « déséquilibres », tandis que d’autres prétendent que l’appareil est utilisé pour des « évaluations de stress. » De surcroît :

  • Certains appareils sont censés aider le praticien à sélectionner les remèdes recommandés. Le e-Lybra 8, par exemple, fournirait « plus de 285 000 remèdes à portée de main » et « peut produire un ou plusieurs remèdes facilement et rapidement dans toutes concentrations. » [5]
  • Certains appareils sont censés restaurer un bon état de santé en produisant des signaux qui corrigent les « déséquilibres. » La demande de brevet de l’appareil LISTEN en 1997, par exemple, déclarait : « En déterminant la résistance électrique en différents points du patient, il est possible de déceler quels organes sont affectés par la maladie. De plus, un patient peut être traité en lui fournissant un signal électrique de radiofréquence qui rétablit la conductivité électrique de certains points à des niveaux normaux. » [6]
  • Certains pratiquants prétendent utiliser leur dispositif comme aide au diagnostic plutôt que comme seule base de diagnostic. Toutefois, je pense qu’ils disent cela pour rendre le travail d’évaluation et de sanction pour pratique non conforme plus difficile.

La Capital University of Integrated Medicine, université de troisième cycle non accréditée qui a fermé ses portes en 2005, offrait un cours de 3 jours d’« analyse de la résistance électrodermique. » La formation annonçait porter sur « l’évaluation de la santé et le traitement des déséquilibres du système immunitaire grâce aux caractéristiques de résistance de méridiens d’acupuncture spécifiques » et sur « comment localiser les racines systémiques de la faiblesse du système immunitaire et fournir la stimulation pour la corriger. »

Phazx Systems, qui a cessé ses activités suite à un avertissement de la FDA, a déclaré aux futurs acheteurs : « Vous allez pouvoir créer un nouveau centre profitable, parce que les patients paieront volontairement pour vos services, mais pourront également vous acheter directement les vitamines et compléments alimentaires. Souvent les analyses de ‘biofeedback’ peuvent être facturées et remboursées par les compagnies d’assurance ou par les mutuelles, en utilisant les codes ‘CPT biofeedback’. »

Études scientifiques

L’Australian College of Allergy a conclu que « le test Vega est une technique de diagnostic sans fondement scientifique » [7]. En 1997, un ingénieur biomédical a constaté que le fait de placer des ampoules dans le nid d’abeilles d’un appareil Vegatest I n’affectait pas les mesures de l’appareil [8]. Ce qui n’a rien d’étonnant, puisque le verre n’est pas un conducteur électrique.

Dans une étude randomisée en double aveugle publiée en 2001, des chercheurs britanniques ont comparé les résultats du dispositif Vegatest à ceux de tests d’allergie percutanés chez 30 volontaires, dont la moitié avaient déjà réagi positivement aux chats et aux acariens de la poussière. Chaque participant a été testé avec 6 éléments, par chacun des trois opérateurs, au cours de 3 sessions séparées, soit un total de 54 tests par participant. Les scientifiques ont conclu que le test avec le Vegatest ne corrobore pas les tests percutanés et ne devrait pas être utilisé pour le diagnostic d’allergies. Les auteurs ont estimé que plus de 500 dispositifs EDS étaient utilisés au Royaume-Uni pour évaluer la sensibilité aux allergènes [9].

En 1997, des chercheurs suisses ont publié les résultats d’une étude portant sur 32 enfants âgés de 1,5 à 16,8 ans, hospitalisés pour une dermatite atopique (eczéma) pour une durée de 4 à 6 semaines. Les enfants ont été répartis aléatoirement en fonction du sexe, de l’âge et de la gravité des lésions pour recevoir un traitement hospitalier conventionnel associé à un traitement “actif” ou à un traitement simulé (placebo) réalisé avec un dispositif de biorésonance. L’état de tous les enfants s’est rapidement amélioré. Le dispositif de biorésonance n’a eu aucun effet mesurable sur les variables de résultat mesurées dans cette étude, ce qui réfute l’affirmation selon laquelle il pourrait considérablement influencer, voire guérir, la dermatite atopique. Les chercheurs ont conclu : « Compte tenu des coûts élevés et des promesses mensongères exposées par les promoteurs de ce type de thérapie, la conclusion est que le BIT n’a pas sa place dans le traitement des enfants atteints de dermatite atopique. » [10]

En 2002, des chercheurs italiens ont publié les résultats d’une étude randomisée en double aveugle qui visait à déterminer si des allergènes peuvent entraîner des variations mesurables de l’activité électromagnétique à des points d’acupuncture spécifiques. L’étude portait sur 72 personnes souffrant d’asthme ou de rhume des foins et sur 28 volontaires en bonne santé testés à deux reprises avec des séquences de dilutions homéopathiques d’histamine, d’immunoglobulines, d’allergènes et de solution saline (eau salée) répartis aléatoirement dans des flacons scellés. Le dispositif était un DBE204. Les chercheurs n’ont trouvé aucune relation entre les changements de conductivité cutanée et le type de substance contenu dans le flacon et ont observé de grandes variations chez le même individu entre les premier et deuxième tests, et ce pour la plupart des sujets. Ces résultats indiquent que le dispositif n’a pas déterminé de manière fiable qui était allergique et qui ne l’était pas [11].

Réglementation gouvernementale

La FDA classifie les « appareils qui utilisent les mesures de résistance pour diagnostiquer et traiter des maladies » en tant que dispositifs de classe III, qui nécessitent l’approbation de la FDA avant leur commercialisation. En 1986, un représentant de la FDA m’a informé que le FDA Center for Devices and Radiological Health (branche de la FDA chargée d’homologuer les dispositifs médicaux et radiologiques) avait déterminé que le Dermatron et l’Accupath 1000 étaient des appareils de diagnostic présentant un « risque notable » [12]. Aucun dispositif de ce genre ne peut être légalement commercialisé aux États-Unis à but diagnostique ou thérapeutique. Quelques compagnies auraient obtenu un permis 510(k) (non approuvé) en rapportant à la FDA que leurs gadgets seraient utilisés pour ‘biofeedback’ ou pour évaluer la résistance cutanée, mais cela ne leur permet pas de les vendre pour d’autres buts.

Les dispositifs EAV ne sont pas des appareils de ‘biofeedback’. Le biofeedback, qui était initialement voué à un but de relaxation, est un procédé consistant à retranscrire (‘feedback’), le plus fidèlement possible, des mesures d’une variable biologique (‘bio’), telles que le pouls, la tension musculaire ou d’autres fonctions organiques, sous une forme compréhensible par le sujet, en général des courbes ou des signaux sonores. Dans le biofeedback, le signal d’origine est généré par le patient. Dans l’EAV, il est influencé par l’intensité avec laquelle l’opérateur presse la sonde sur la peau du patient (le signal augmentant proportionnellement à la pression). L’International Academy of Bioenergetic Practioners (Académie internationale des praticiens de la bioénergétique, aujourd’hui disparue) a encouragé ceux qui se sont procuré le dispositif à facturer les compagnies d’assurance en utilisant les codes de biofeedback classique [13]. Cependant, de tels procédés pourraient entraîner des poursuites pour fraude à l’assurance. Actuellement, ces appareils sont fréquemment déclarés comme appareils ‘de relaxation’, ce qui leur permet de ne pas être soumis à la validation de la FDA.

La FDA a interdit l’importation des appareils EAV aux États-Unis et a averti les compagnies et a même poursuivi quelques vendeurs [14]. Les agences de régulation de certains états des États-Unis ainsi que celles d’autres pays ont fait des démarches semblables. Toutefois, aucun effort systématique n’a été fait pour les enlever du marché. Il en résulte que de faux dispositifs d’« électrodiagnostic » sont utilisés par plusieurs chiropraticiens, acupuncteurs, dentistes, médecins ‘holistiques’, vétérinaires, et ‘nutritionnistes’ autoproclamés. Leur utilisation principale concerne la prescription de remèdes homéopathiques. Ils sont également employés pour déterminer des ‘allergies’, déceler des ‘déficiences nutritionnelles’ et de prétendus problèmes dentaires causés par les amalgames (‘d’argent’).

Risques notables

Les appareils EAV présentent des risques importants. Communiquer des informations invalides ou fallacieuses au sujet de l’état de santé peut causer des dommages émotionnels, un sentiment trompeur de sécurité ainsi que tout un lot de fausses croyances qui peuvent amener à prendre des décisions peu judicieuses. Au cours des dix dernières années, plus de 200 personnes m’ont rapporté des expériences liées à des pratiques EAV. Dans la majorité des cas, il s’agissait d’un proche ou d’eux-mêmes ayant gaspillé des centaines, voire des milliers, de dollars pour les tests et traitements recommandés. Dans certains cas, la personne a été si effrayée qu’elle a dû subir des examens médicaux onéreux qui ont finalement montré que les problèmes soi-disant diagnostiqués n’existaient pas.

Les protocoles de suivi inutiles présentent également un danger. J’ai eu connaissance de plusieurs patients à qui l’on avait abusivement extrait des dents saines suite à un bilan réalisé par un appareil EAV. Dans un autre cas, un homme qui consultait pour des douleurs abdominales accompagnant des saignements rectaux avait été examiné uniquement à l’aide du Dermatron et le médecin lui avait assuré qu’il n’avait aucun problème colique. Malheureusement, ce patient présentait un cancer du côlon, qui ne fut diagnostiqué que 6 mois plus tard par un autre médecin. J’ai également eu connaissance de deux autres cas de personnes présentant des cancers d’un stade avancé et à qui l’on avait dit qu’elles n’avaient aucun cancer. L’une d’elles avait acheté 33 produits pour se débarrasser de ‘parasites’ et divers problèmes inexistants. Une autre avait demandé remboursement, et il lui avait été répondu que l’appareil utilisé avait été électriquement modifié spécialement pour elle et ne pouvait plus être utilisé par personne d’autre.

Le rapport le plus étrange que j’ai reçu venait d’un parent qui, après avoir lu une version précédente de cet article, m’a téléphoné pour me décrire comment sa fille de 5 ans avait été examinée par un pratiquant non autorisé. Quand l’enfant a commencé à s’agiter, le test a été poursuivi en utilisant la sonde sur la main de l’adulte pendant que celui-ci tenait l’enfant. Il a aussi noté que le pratiquant semblait manipuler les résultats (cherchant à obtenir une valeur proche de 50) en humidifiant ou asséchant le doigt de l’enfant pendant le test afin de choisir le médicament approprié.

Autres variantes des appareils

Plusieurs autres dispositifs « bioénergétiques » ont été déclarés comme utiles dans le diagnostic et/ou le traitement de problèmes de santé. Je ne sais pas s’ils doivent être assimilés aux appareils EAV ou catégorisés d’une autre façon. Par contre, leur dénominateur commun est qu’ils reposent sur la détection et/ou la manipulation d’un système d’‘énergie corporelle’ qui n’a aucune validité scientifique. Parmi ces appareils, on peut trouver le Quantum Medical Consciousness Interface (OMCI) System (aussi appelé EPFX ou SCIO), l’Electro Interstitial Scanner (EIS) et plusieurs Rife Frequency Generators.

Conclusion

Ces appareils présentent des risques, délivrent des données invalides, et participent à la fraude. Si vous êtes exposés à de tels dispositifs, pour les États-Unis, merci d’en référer à l’organisme de l’état responsable de la délivrance du permis d’exercer, au procureur général de l’état, à la FDA, à la FTC, au FBI, au National Fraud Information Center, ainsi qu’à toute compagnie d’assurance ou de mutuelle où le praticien a déclaré l’usage de l’appareil. Pour les autres pays, vous pouvez vous rapprocher de l’organisme chargé de la certification des dispositifs médicaux. Merci d’envoyer des copies de vos plaintes au Dr Stephen Barrett par email, courrier au 287 Fearrington Post, Pittsboro, NC 27 312, ou bien par téléphone au (919) 533-6009.

 

Informations complémentaires

Références

  1. Barrett S. Traitement de la tumeur par biorésonance. Quackwatch, 6 novembre 2004.
  2. The EAV history and roots (original method). Institute for ElectroAcupuncture & ElectroDiagnostics site web, 8 mars 1999.
  3. American Association of Acupuncture and Bio-Energetic Medicine. Basic explanation of the electrodermal screening test and the concepts of bio-energetic medicine. AAABEM site web, 1998.
  4. Barrett S. My visit to the Nevada Clinic. Nutrition Forum 4:6-8, 1987.
  5. Information for e-Lybra 8. World Development Systems site web, 4 septembre 2007.
  6. Brewitt B. Methods for treating disorders by administering radio frequency signals corresponding to growth factors. U.S. Patent Number 5,626,617, 13 mai 1997. Patent Number 5,629,286 pour plus d’informations.
  7. Katalaris CH and others. Vega testing in the diagnosis of allergic conditions. Medical Journal of Australia 155:113-114, 1991.
  8. Mosenkis R. Examination of a Vegatest device. Quackwatch, Sept 4, 2001.
  9. Lewith GT and others. Is electrodermal testing as effective as skin prick tests for diagnosing allergies ? A double blind, randomised block design study. British Journal of Medicine 322:131-134, 2001.
  10. Shoni MH and others. Efficacy trial of bioresonance in children with atopic dermatitis. International Archives of Allergy and Immunology 112:238-246, 1997.
  11. Semizzi M and others. A double-blind, placebo-controlled study on the diagnostic accuracy of an electrodermal test in allergic subjects. Clinical and Experimental Allergy 32:928-932, 2002.
  12. Rollings JN. Letter to Stephen Barrett, M.D., 28 novembre 1986.
  13. Bioenergetics – Space age technology available today. IABP site web, 8 novembre 1999.
  14. Barrett S. Regulatory Actions Related to EAV Devices. Quackwatch, 3 juin 2016.

Davantage sur l’homéopathie | Autres tests douteux

Magnétothérapie

Traitement utilisant des aimants

Dr Stephen Barrett

On entend parfois parler de dispositifs magnétiques qui pourraient soulager la douleur et auraient un effet thérapeutique contre un grand nombre de problèmes de santé. La bonne manière d’évaluer ces allégations est de se demander si des études scientifiques ont été publiées. Les champs électromagnétiques pulsés – qui induisent des champs électriques mesurables – ont été démontrés efficaces pour le traitement des fractures à guérison lente et se sont révélés prometteurs pour quelques autres indications. Toutefois, peu d’études ont été publiées sur l’effet sur la douleur des petits aimants statiques vendus au grand public [1]. Les affirmations disant que les champs magnétiques « améliorent la circulation », « réduisent l’inflammation » ou « accélèrent le rétablissement après une blessure » sont simplistes et ne sont pas étayées par des preuves expérimentales [2].

Résultats de recherches

La base principale des travaux portant sur la réduction de la douleur par ces petits aimants est constituée de deux études à double insu, l’une menée au Baylor College of Medicine de Houston au Texas, portait sur les gonalgies (douleur au niveau du genou), et l’autre, réalisée dans 27 sites, évaluait les effets sur la neuropathie diabétique, une affection dégénérative qui provoque des douleurs et sensations de brûlure aux pieds. La conception de ces études présentait des lacunes importantes. Des recherches mieux conçues n’ont pas trouvé d’avantage significatif.

L’étude Baylor a comparé les effets d’aimants, réels et factices, sur la gonalgie. L’étude a porté sur 50 patients adultes souffrant de douleurs dues à une infection par le virus de la polio pendant leur enfance. Un dispositif magnétique statique ou un placebo a été appliqué sur la peau du patient pendant 45 minutes. On a demandé aux participants d’évaluer la douleur ressentie lorsqu’un « point gâchette » était touché. Les chercheurs ont rapporté que les 29 sujets exposés au dispositif magnétique ont obtenu des scores de douleur inférieurs aux 21 ayant reçu le placebo [3]. Cela ne fournit aucune base légitime pour conclure que ces dispositifs magnétiques offrent un quelconque avantage lié à la santé :

  • Bien que les groupes soient censés avoir été créés au hasard, il y avait deux fois plus de femmes dans le groupe “traité” que dans le groupe contrôle. Si les femmes sont plus réceptives au placebo que les hommes, un surplus dans le groupe “traité” augmente le score de réponse favorable dans ce groupe.
  • L’âge du groupe contrôle était supérieur de quatre ans au groupe traité. Si l’âge avancé rend une personne plus difficile à soigner, le groupe « traitement » a encore une fois un avantage sur le plan du score.
  • Les chercheurs n’ont pas mesuré la pression exacte exercée par la sonde au point déclencheur avant et après l’étude.
  • Les considérations exposées plus haut ne sont pas significatives, l’étude ne devrait pas être extrapolée pour suggérer que des douleurs peuvent être soulagées par les aimants.
  • Il n’y a eu qu’une brève exposition et aucun suivi systématique de ces patients. Il n’y a aucun moyen de dire si le soulagement était plus que temporaire.
  • Les auteurs ont eux-mêmes reconnu que l’étude était une « étude pilote ». Ces dernières ont pour but de déterminer s’il est pertinent d’investir dans des travaux plus amples et plus définitifs. Elles ne fournissent jamais une base légitime de commercialisation d’un dispositif, ou d’une substance, en tant que produit efficace contre un symptôme ou un problème de santé.

L’étude multicentrique, dirigée par le Dr Michael Weintraub, du New York Medical College, a fait appel à 48 enquêteurs dans 27 États. Sur 375 sujets atteints de neuropathie diabétique qui ont été choisis au hasard pour porter des semelles magnétisées ou des dispositifs placebo (non magnétiques) pendant 4 mois, 259 ont terminé l’étude. Les auteurs ont conclu qu’il y avait une réduction statistiquement significative au cours des troisième et quatrième mois des brûlures, des engourdissements et des picotements, et des douleurs aux pieds provoquées par l’exercice physique [4]. Cependant, ils ont noté que malgré l’amélioration statistique des scores de douleur et de qualité de vie, il n’y avait qu’un « avantage clinique modeste ». Il y a également de bonnes raisons de remettre en question l’analyse statistique qui sous-tend leurs conclusions :

  • Le tableau principal des résultats contient 4 ensembles de mesures moyennes de groupe prises à des intervalles d’un mois, ce qui produit 20 paramètres possibles.
  • La gravité des symptômes dans les groupes traités et dans le groupe placebo diminue progressivement, mais il y a peu de variation d’un mois à l’autre.
  • Pour chaque paramètre, les résultats moyens dans les deux groupes semblent similaires, mais les écarts types sont importants. En divisant les données en sous-groupes, les auteurs ont pu déclarer que certaines d’entre elles étaient significatives. Toutefois, comme les paramètres sont nombreux et les données très dispersées, des différences entre certains points sont susceptibles de se produire par le seul fait du hasard. Les plus favorables peuvent alors être sélectionnées pour suggérer une différence significative alors qu’il n’en est rien.

Au moins trois autres études bien structurées se sont avérées négatives:

  • Des chercheurs du New York College of Podiatric Medicine ont rapporté des résultats négatifs avec une étude sur des patients souffrant de douleurs au talon. Sur une période de 4 semaines, 19 d’entre eux ont porté dans leurs chaussures une semelle intérieure moulée contenant une feuille magnétique, tandis que 15 devaient utiliser un produit similaire, mais sans aimant. Dans les deux groupes, 60 % ont signalé une amélioration, ce qui laisse penser que le feuillet magnétique n’apporte aucun avantage [5].
  • Les chercheurs du VA Medical Center de Prescott, en Arizona, ont mené une étude croisée randomisée, à double insu et contrôlée par placebo auprès de 20 patients souffrant de douleurs dorsales chroniques. Chaque patient a été exposé à des aimants permanents bipolaires, réels ou fictifs, pendant deux semaines, à raison de 6 heures par jour, 3 jours répartis par semaine. Les deux périodes étaient séparées d’une semaine sans exposition. Aucune différence dans la douleur ou la mobilité n’a été démontrée entre le groupe traité et le groupe placebo [6].
  • Une équipe de recherche de la Clinique Mayo a comparé les effets du port de semelles intérieures magnétisées, sur une période de 8 semaines et chez 101 personnes souffrant de douleur aux talons ; elle n’a constaté aucune différence entre groupe traité et groupe témoin [7].

Il a également été prétendu que les aimants accentueraient la circulation sanguine, ce qui est faux. Si c’était vrai, placer un aimant sur la peau ferait rougir la zone qui a été mise en contact, ce qui n’est pas le cas. Comme le montre une étude bien conçue, qui a réellement effectué des mesures, et n’a trouvé aucune augmentation. Elle portait sur 12 volontaires en bonne santé exposés à un disque, soit magnétique de 1000 Gauss, soit d’apparence similaire, mais non magnétique. Aucune variation du flux sanguin n’a été observée lors de l’application de l’un ou l’autre des disques sur leur bras [8]. Les aimants concernés ont été fabriqués par Magnetherapy, Inc. de Riviera Beach, en Floride, une entreprise qui depuis a été soumise à deux mesures réglementaires.

Un dispositif de fréquence électromagnétique pulsé à faible énergie nommé ‘‘Bio Electro Magnetic Energy Regulation’’ (BEMER, ‘‘régulation de l’énergie bio-électromagnétique’’) a été commercialisé en annonçant pouvoir augmenter le flux sanguin. En 2017, une équipe de recherche finlandaise a publié les résultats d’une étude randomisée et contrôlée cherchant à savoir si l’appareil pouvait effectivement diminuer les symptômes, comme les douleurs et la raideur, ou réduire les troubles fonctionnels chez des femmes atteintes de fibromyalgie. L’étude a porté sur 108 femmes qui ont reçu un traitement réel ou factice sur une période de 12 semaines. Une amélioration a été notée, mais il n’y avait pas de différence de résultat entre BEMER et les traitements fictifs. Les chercheurs ont déclaré que cet appareil ne devrait pas être recommandé pour le traitement de la fibromyalgie [9].

Procédures légales et régulatrices

En 1998, Magnetherapy Inc. de West Palm Beach, en Floride, a signé une « Assurance of Voluntary Compliance » (dispositif légal lié à une violation de lois de protection du consommateur, NdT) avec l’état du Texas, elle a été condamnée à une amende de 30 000 $ et reçu l’obligation de cesser de prétendre que le port de son dispositif magnétique à proximité des zones douloureuses et inflammatoires réduit les douleurs dues à l’arthrose, à la présence d’une épine calcanéenne, les migraines et les sciatiques. L’accord demande également à Magnetherapy d’arrêter d’affirmer que ses aimants peuvent guérir, soigner ou atténuer toute maladie, et produire un quelconque effet dans le corps humain, sauf si ces appareils sont approuvés par la FDA à ces fins [10]. Des publicités pour la société Tectonic Magnets utilisaient des témoignages d’athlètes, dont des golfeurs professionnels seniors. On y affirmait que les aimants de Tectonic Magnets offraient un soulagement de certains troubles douloureux et une récupération de l’amplitude des mouvements articulaires. Les détaillants avaient reçu des supports de présentation pour leur comptoir incluant des affirmations médicales, ainsi que des témoignages écrits et des posters de stars du sport. Le procureur général du Texas, Dan Morales, a déclaré que certaines allégations étaient fausses ou non fondées, et d’autres n’ont pas approuvé le produit en vertu de la loi du Texas. En 1997, la FDA avait demandé à Magnetherapy d’arrêter d’annoncer que ses produits soulagent l’arthrite, l’épicondylite, les lombalgies et sciatalgies, la migraine, les douleurs musculaires, cervicales, de la cheville, de l’épaule, l’épine calcanéenne, les cors au pied, les doigts et orteils arthritiques, et réduiraient la douleur et l’inflammation dans les zones concernées en augmentant le flux et l’oxygénation du sang [11].

En 1999, la FTC a obtenu un accord de consentement interdisant à deux sociétés de faire des déclarations non fondées sur leurs dispositifs magnétiques. Magnetic Therapeutic Technologies, d’Irving, au Texas, ne peut plus prétendre que ses « magnetic sleep pads » (oreillers magnétiques) ou d’autres produits : (a) sont efficaces contre les cancers, les ulcères diabétiques, l’arthrite, les affections dégénératives des articulations ou l’hypertension ; (b) peuvent stabiliser ou augmenter le nombre de cellules T des patients atteints du VIH ; (c) peuvent réduire les spasmes musculaires chez les personnes atteintes de sclérose en plaques ; (d) peuvent réduire les spasmes nerveux associés à la neuropathie diabétique ; (e) peuvent augmenter la densité osseuse, l’immunité ou la circulation ; ou (f) sont comparables voire supérieurs aux analgésiques prescrits habituellement. Pain Stops Here ! Inc, de Baiting Hollow, New York, ne peut plus déclarer que son « eau magnétisée » ou ses autres produits sont utiles contre le cancer, les maladies hépatiques ou d’autres organes internes, les calculs biliaires, les calculs rénaux, l’infection urinaire, l’ulcère gastrique, la dysenterie, la diarrhée, les ulcères cutanés, les escarres, l’arthrite, la bursite, la tendinite, les entorses, les foulures, la sciatique, les maladies cardiaques, les troubles circulatoires, les pathologies auto-immunes et neurodégénératives, les allergies, et pourraient stimuler la croissance des plantes.

Le 8 août 2000, le Consumer Justice Center de Laguna Niguel en Californie, a intenté, au Orange County Superior Court (Cour Supérieure du Comté d’Orange), un procès contre le fabricant de chaussures Florsheim et un magasin local (Shoe Emporium) pour avoir fait des déclarations mensongères et frauduleuses affirmant que leurs souliers MagneForce (a) corrigent la « déficience magnétique », (b) génèrent un champ magnétique profond qui améliore la circulation sanguine, réduisent la fatigue des membres inférieurs et du dos, et fournissent un soulagement naturel de la douleur ainsi qu’une amélioration du niveau d’énergie ; et (c) que leurs affirmations sont établies et prouvées par des études scientifiques [12]. Quelques jours après le dépôt de plainte, Florsheim a supprimé l’annonce litigieuse de son site Web.

En 2001, Richard Markoll, son épouse Ernestine, le Dr David H. Trock, et Bio-Magnetic Treatment Systems (BMTS) ont plaidé coupables à des accusations criminelles portant sur un arrangement lié au processus de thérapie magnétique pulsée. Les participants ont utilisé des codes de facturation frauduleux pour obtenir le paiement de Medicare et de trois autres régimes d’assurance pour un traitement avec un dispositif (Electro-Magnetic Induction Treatment System, modèle 3030. ‘‘Système de Traitement par Induction Électromagnétique’’) qui n’était pas approuvé par la FDA [13]. Les traitements – appelés pulsed signal therapy (TSP, ‘‘thérapie par signaux pulsés’’) – ont été administrés dans le cadre d’un essai clinique à titre expérimental non approuvé par la FDA. Les Markoll ont été condamnés à trois ans de mise à l’épreuve, une amende de 4 000 $ et d’une cotisation spéciale de 100 $. Ernestine Markoll a été soumise à 2 ans de mise à l’épreuve, une amende de 1 000 $ et une cotisation spéciale de 25 $. Magnetic Therapy a été condamné à une mise à l’épreuve sommaire d’un jour et à une cotisation spéciale de 200 $. Les Markoll ont également eu 4 millions de dollars en dommages et intérêts à régler au gouvernement américain [14]. L’appareil a été inventé par le Dr Richard Markoll, qui n’a pas de diplôme médical mais qui est décrit dans les biographies de sites Web comme étant diplômé de la Grace University School of Medicine, une école de médecine des Caraïbes. Trock, un ancien des principaux chercheurs pour Magnetic Therapy Center, PC, de Danbury dans le Connecticut, a été condamné à 6 mois de mise à l’épreuve et à rembourser 35 250 $ [15]. Trock est co-auteur d’études affirmant que la TSP est efficace dans le traitement de la douleur, mais le dispositif n’est pas approuvé par la FDA à cette fin.

En septembre 2002, le procureur général de Californie, Bill Lockyer, a intenté un procès à European Health Concepts, Inc. (EHC), de Floride, pour avoir émis des allégations fausses et trompeuses au sujet de ses matelas et coussins de siège magnétiques. La plainte, déposée devant la Cour supérieure de Sacramento, incriminait également le président d’EHC, Kevin Todd, et plusieurs directeurs et agents commerciaux. La poursuite visait à obtenir plus d’un million de dollars en pénalités au civil pour avoir eu recours à des pratiques commerciales déloyales et avoir fait de fausses déclarations ; 500 000 $ en sanctions civiles pour des transactions impliquant des personnes âgées ; et la restitution intégrale des sommes versées pour les acheteurs des produits. La plainte allèguait que des clients potentiels, principalement des gens âgés, ont été invités à assister à un dîner séminaire gratuit au cours duquel on leur a dit que les articles commercialisés par EHC pouvaient aider les personnes souffrant de fibromyalgie, de lupus, de sciatique, de hernie discale, d’asthme, de bronchite, de cataracte, du syndrome de fatigue chronique, de colite, de diverticulite, de maladies cardiaques, de sclérose en plaques et de plus de 50 autres problèmes de santé. Les agents de vente offraient de faux prix réduits en cas d’achat immédiat, qui ne différaient aucunement des tarifs habituellement pratiqués par la compagnie [16].

Un récent communiqué de presse annonce que Thorsten Wietschel, qui commercialise des matelas magnétiques dans le cadre de réunions locales, a eu deux démêlés avec la justice aux États-Unis et qu’il les vend maintenant au Canada. Le rapport indique que (a) il a été accusé de vol qualifié en Californie, mais n’a pas fait l’objet de poursuites parce qu’il a quitté l’État, et que (b) il a été poursuivi en Arizona et a dû rembourser 150 000 $ aux acheteurs et payer 2 millions de dollars de pénalités [17].

Conclusion

Il n’y a pas de fondement scientifique pour conclure à une quelconque efficacité des petits aimants statiques sur la réduction de la douleur ou l’évolution d’une maladie. En réalité, la majorité des produits actuels n’émet aucun champ magnétique suffisamment puissant pour pénétrer la peau.

 

Références

  1. Livingston JD. Magnetic therapy: Plausible attraction. Skeptical Inquirer 25-30, 58, 1998.  
  2. Ramey DW. Magnetic and electromagnetic therapy. Scientific Review of Alternative Medicine 2(1):13-19, 1998.
  3. Vallbona C, Hazelwood CF, Jurida G. Response of pain to static magnetic fields in postpolio patients: A double-blind pilot study. Archives of Physical and Rehabilitative Medicine 78:1200-1203, 1997.
  4. Weintraub MI. Static magnetic field therapy for symptomatic diabetic neuropathy: a randomized, double-blind, placebo-controlled trial. Archives of Physical Medicine and Rehabilitation 84:736-746, 2003.
  5. Caselli MA and others. Evaluation of magnetic foil and PPT Insoles in the treatment of heel pain. Journal of the American Podiatric Medical Association 87:11-16, 1997.  
  6. Collacott EA and others. Bipolar permanent magnets for the treatment of chronic low back pain. JAMA 283:1322-1325, 2000.
  7. Winemiller MH and others. Effect of magnetic vs sham-magnetic insoles on plantar heel pain: a randomized controlled trial. JAMA 290:1474-1478, 2003.
  8. Mayrovitz HN and others. Assessment of the short-term effects of a permanent magnet on normal skin blood circulation via laser-Doppler flowmetry. Scientific Review of Alternative Medicine 6(1):9-12, 2002.
  9. Multanen J and others. Pulsed electromagnetic field therapy in the treatment of pain andother symptoms in Fibromyalgia: A randomized controlled study. Bioelectromagnetics 39(5), 2017.
  10. Morales halts unproven claims for magnet therapy. News release, April 9, 1998.
  11. Gill LJ. Letter to William L. Roper, Feb 3, 1997.
  12. Jeff Wynton and the Consumer Justice Center v. Florsheim Group, Inc., Shoe Emporium. Superior Court of California, Orange County, Case #00CC09419, filed Aug 8, 2000.
  13. Burns EB. Omnibus ruling on defendants' motion to strike and motions to dismiss. United States of America v Richard Markoll, Ernestine Binder Markoll, and Bio-Magnetic Systems, Inc. U.S. District Court, District of Connecticut, No. 3:00cr133(EBB), Jan 2001.
  14. Defense Criminal Investigative Service press release, Aug, 2001.
  15. Defense Criminal Investigative Service press release, June, 2001.
  16. Barrett S. California Attorney General sues magnetic mattress pad sellers. Quackwatch, Sept 24, 2002.
  17. Caldwell B. 'Something doesn't seem right.' After running afoul of consumer laws in the U.S., Thorsten Wietschel has come north to sell magnetic mattress covers. The Record, Jan 26, 2008.  

 

Réaction d’un lecteur
De David Gessell, ingénieur concepteur d’Oakland en Californie :

J’ai récemment entendu parler d’un concept bizarre selon lequel des semelles magnétiques pourraient améliorer la santé et soulager la douleur. Le vendeur promet meilleure circulation, réduction de la douleur, augmentation de l’absorption d’oxygène, perte de poids et plus ou moins tout autre avantage positif que l’on pourrait imaginer ou demander. Le mécanisme présenté était : Les humains ont évolué (ou ont été créés, pour les résidents du Kansas) en présence des champs magnétiques de la Terre. Ces champs sont bloqués par le béton et les pavés et autres structures humaines. En l’absence supposée de ces champs, le corps souffre en quelque sorte. Une amie avait acheté des semelles magnétiques pour environ 100 $. Elle les a rendues quand je lui ai expliqué cela :

  • Les champs magnétiques ne sont pas bloqués par le béton. Partout où une boussole fonctionne, les champs magnétiques terrestres sont présents.
  • Le sang n’est pas magnétique. S’il l’était, on exploserait dans un appareil d’IRM.

Les champs magnétiques continus n’ont pas d’effet mesurable sur le corps humain à des niveaux suffisants pour faire plier des barres d’acier, comme ceux utilisés par les chercheurs en magnétisme et en fusion. Ces personnes sont exposées à des champs de 6 à 10 ordres de grandeur supérieurs à ceux créés par les semelles magnétiques caoutchoutées, sans pour autant que cela ne joue sur leur état de santé.

Méfiez-vous de CardioVision

Méfiance envers les évaluations effectuées par CardioVision

Dr Stephen Barrett
CardioVision MS-2000

Pour mesurer la pression artérielle, on utilise un brassard placé autour du bras du patient que l’on gonfle jusqu’à stopper la circulation sanguine dans l’artère brachiale, située au niveau du coude. La force exercée est ensuite graduellement diminuée, et on peut alors effectuer deux mesures : la pression systolique, au moment où le flux sanguin reprend, puis la pression diastolique, relevée quand le flux est totalement rétabli. Avec l’âge, les artères ont tendance à devenir moins souples. Le CardioVision MS-2000 est un appareil électronique de mesure de la pression artérielle qui calcule un « indice de rigidité artérielle » (ASI) lié à la vitesse à laquelle la pression diminue lorsque l’on dégonfle le brassard. Le dispositif, qui se vend à 5 995 $ [1], est principalement commercialisé aux États-Unis par International Medical Device Partners (IMDP), Inc., de Las Vegas, dans le Nevada. Selon une de leurs brochures :

Jusqu’à l’invention de CardioVision®, il n’existait pas de moyen facile, peu coûteux ou rapide de déterminer si les artères d’une personne avaient perdu de leur souplesse. Beaucoup de gens ne se rendent jamais compte qu’ils se promènent avec ce « tueur silencieux » jusqu’à ce qu’ils subissent leur première crise cardiaque à cause de vaisseaux occlus. On estime que 60 à 70 millions d’Américains abritent ce tueur silencieux et devraient apporter des modifications à leur mode de vie, comme faire plus d’exercice, revoir leur alimentation, cesser de fumer et réduire leur cholestérol. Bien que tout le monde ait besoin d’adopter ces changements, cela ne suffit pas toujours. CardioVision® identifie les personnes qui n’imaginent même pas avoir de problème cardiovasculaire parce qu’elles sont non-fumeuses, font de l’exercice régulièrement et surveillent leur alimentation. Par conséquent, l’ASI peut être considéré comme un autre « facteur de risque » cardiovasculaire, tout comme l’hypertension artérielle ou un taux de cholestérol supérieur à 200. De plus, nous pensons qu’il est possible d’utiliser l’ASI pour le suivi d’un traitement hypocholestérolémiant et d’autres modifications du « facteur de risque » [2].

Le paragraphe ci-dessus suggère que se servir de l’ASI pour identifier les personnes à risque sauvera des vies. Cependant, le seul facteur modifiable que ce dispositif peut détecter est l’hypertension artérielle. Si la pression artérielle d’une personne est élevée, les tests standards le révéleront. Il est également supposé qu’une utilisation périodique permet un suivi des progrès du patient. Cependant, les mesures de pression artérielle ordinaires, qui peuvent être effectuées à domicile, sont tout aussi efficaces et beaucoup plus économiques.

Plusieurs travaux ont examiné l’impact de divers paramètres sur l’élasticité artérielle et ont cherché à déterminer si elle était un facteur de risque indépendant de maladie cardiovasculaire. Jusqu’à présent, aucune étude clinique n’a démontré que le CardioVision ou tout autre appareil similaire puisse utilement guider la prise en charge du patient et améliorer les résultats cliniques. Encore pire, une étude auprès d’adultes ayant réalisé cinq mesures consécutives à cinq minutes d’intervalle puis répétées environ cinq mois plus tard a montré que les mesures CardioVision variaient trop pour être fiables [3].

Pour ces raisons, les grandes organisations de professionnels de la santé ne recommandent pas les tests d’élasticité artérielle pour l’évaluation des maladies cardiovasculaires ; de leur côté, les compagnies d’assurance les considèrent comme des tests expérimentaux et ne remboursent pas leur utilisation [4].

Statut de la FDA

Le CardioVision MS-2000 dispose d’une autorisation commerciale 510 (k) en tant que dispositif automatisé de contrôle de la pression artérielle pour l’usage prévu suivant :

Le MS-2000 est utilisé par les professionnels de la santé pour mesurer les données relatives à la pression artérielle (pression systolique, diastolique et moyenne) et le pouls cardiaque. Le MS-2000 génère également des courbes de pouls qui peuvent être utilisées comme dispositif de dépistage initial pour déterminer si les patients présentent une maladie cardiovasculaire sous-jacente potentielle qui pourrait nécessiter des évaluations diagnostiques plus spécifiques par des médecins ou d’autres prestataires de soins de santé [5].

Bien que de nombreux sites Web prétendent que le MS-2000 est approuvé par la FDA, il ne l’est pas. Pour obtenir l’approbation, un fabricant doit démontrer l’innocuité et l’efficacité du produit au moyen d’essais cliniques « adéquats et bien contrôlés » [6]. L’homologation indique simplement qu’un dispositif est considéré comme sûr en raison de sa similarité substantielle avec un dispositif déjà homologué ou approuvé. En d’autres termes, la FDA a juste déclaré que le MS-2000 pouvait être commercialisé comme dispositif de mesure de pression artérielle, mais ne l’a pas approuvé pour la détermination du risque cardiovasculaire ou le suivi des programmes de prévention cardiaque.

Utilisation réelle

Si le MS-2000 n’a aucune utilité pratique, pourquoi les praticiens l’utilisent-ils ? L’une des raisons est d’aider à vendre le traitement par chélation qui, selon plusieurs utilisateurs, peut réduire la rigidité artérielle. Le site Web du naturopathe Tom Glew de Vancouver, par exemple, dit :

Notre clinique dispose d’un instrument CardioVision qui mesure le durcissement des artères, également appelé indice de rigidité artérielle. Cet outil indique clairement la nécessité d’un traitement par chélation et peut être utilisé pour surveiller vos progrès et votre réponse à celui-ci. Les analyses de sang, bien que nécessaires pour mesurer le cholestérol et d’autres facteurs de risque, ne mesurent pas directement l’artériosclérose ou le durcissement des artères contrairement au CardioVision [7].
CardioVision

La thérapie par chélation n’a aucune valeur prouvée contre les maladies cardiovasculaires et doit être considérée comme une fraude [8,9]. En 2000, le Clinical Journal of Alternative Medicine (une revue aujourd’hui disparue éditée par le principal groupe de défense de la chélation) a publié une étude qui comparait les mesures de CardioVision de 18 patients avant et après un traitement par chélation à l’EDTA [10]. L’étude était mal conçue, car il n’y avait pas de groupe témoin et les mesures des chercheurs n’ont pas été effectuées en aveugle. Les auteurs ont conclu que la chélation avait augmenté la flexibilité artérielle et que les tests de CardioVision participent à démontrer que la chélation pourrait prévenir des accidents cardiovasculaires, comme les crises cardiaques. Cependant, les données de l’étude ont montré exactement le contraire. Bien que 12 des patients qui ont commencé avec un nombre élevé d’ASI aient obtenu des résultats plus faibles après la chélation, 5 ayant débuté avec une valeur faible ont obtenu des résultats plus élevés. Ainsi, si la chélation a effectivement affecté la rigidité artérielle et si le test CardioVision est précis, ce traitement a pu aggraver la situation de certains patients. De plus, chez certains sujets, les lectures répétées le même jour variaient de plus de 10 %, ce qui est un signe que le test n’est pas fiable.

Une deuxième raison d’utiliser CardioVision peut être financière. Une brochure de CardioVision suggère que 100 $ par test est un montant approprié et qu’une douzaine de compagnies d’assurance l’ont remboursé entre 31,56 $ et 100 $ [6]. Le même document contient une lettre de 1998 du conseiller médical de l’IMDP, le Dr Donald E. Rediker, de Mission Vallejo en Californie, qui y déclare :

À ce jour, j’ai utilisé CardioVision comme instrument de dépistage non invasif de routine sur plus de 200 patients dans une clinique de 40 médecins. Les résultats en termes de sensibilité et de spécificité sont très encourageants en tant que dispositif de dépistage systématique. C’est pourquoi nous avons incorporé CardioVision à tous les examens de suivi pour le dépistage et l’évaluation en routine des patients atteints de coronaropathie. Les données cliniques suggèrent qu’il se compare très favorablement aux tests standard sur tapis roulant. Nous achevons actuellement la rédaction de nos études qui seront soumises pour présentation à des sessions scientifiques de premier plan en cardiologie et à des journaux recommandant l’utilisation courante de ce dispositif de dépistage. Avec plus de 45 millions d’Américains, à leur insu pour beaucoup, souffrant d’hypertension, CardioVision est hautement recommandé comme outil de dépistage pour aider le médecin à identifier et à suivre ces personnes. D’après mes communications personnelles, je sais que cet appareil est utilisé de manière positive et dans les mêmes capacités de dépistage que d’autres grands centres médicaux des États-Unis, tels que l’Hôpital général de Harvard-Massachusetts, la clinique et les hôpitaux Scripps, Sharp Grossmont à San Diego et beaucoup d’autres.

Je vous recommande d’évaluer cet appareil de dépistage ultramoderne pour une utilisation de routine dans votre club de santé et de remise en forme, votre centre de rééducation, votre département des sports, votre cabinet dentaire ou votre organisme de dépistage communautaire [11].

Je ne sais pas si Rediker utilise toujours le test régulièrement, mais le site Web IMDP l’identifie encore comme conseiller médical. Il a peut-être présenté des données lors d’une réunion médicale, mais ma recherche dans les journaux Medline n’a révélé aucun rapport pertinent rédigé par lui.

La brochure IMDP recommande d’utiliser le code CPT 99 090 pour facturer le dépistage CardioVision. Il signifie « analyse des données cliniques stockées dans des ordinateurs (p. ex. ECG, pression artérielle, données hématologiques) ». Je doute que les compagnies d’assurance qui paient de telles demandes sachent quelle procédure elles couvrent.

En conclusion

Les mesures de la rigidité artérielle permettent d’identifier certaines personnes qui sont à risque de maladie cardiovasculaire. Cependant, elles ne sont pas aussi fiables ou économiques que les tests de dépistage de troubles de la pression artérielle et du cholestérol. Certains praticiens utilisent CardioVision comme un gadget pour vendre des traitements inappropriés par chélation, ou comme un moyen simple d’augmenter leur revenu, et d’autres peuvent soumettre des codes de procédure inappropriés sur les demandes d’assurance. Mon conseil est d’éviter les praticiens qui l’utilisent.

 

Références

  1. Tarifs du catalogue standard. Health Management System, Plano, Texas, Jan 1, 2009.  
  2. Greenwood JR. Arterial stiffness index. Page 4 dans CardioVision featuring the Arterial Stiffness Index (ASI): Selected letters., papers, and pertinent information. Archive du site Web IMDP en décembre 2010.   
  3. Sharma GK. Assessment of test repeatability of arterial stiffness index. Blood Pressure Monitor 10:271-274, 2005.
  4. Cardiovascular disease risk tests. Aetna Clinical Policy Bulletin 0381, Aug 7, 2009.
  5. FDA clearance: K961144. Tourito Engineering Co., Inc., March 12, 1997.
  6. Yellin AK. What are 510(k) clearance and premarket approval? Device Watch, Jan 9, 2009.
  7. Chelation therapy. Westside Naturopathic Clinic Web site, accessed March 21, 2010.
  8. Green S. Thérapie par chélation: déclarations non prouvées et théories mal fondées. Quackwatch.
  9. Atwood KA and others. Why the trial to assess chelation therapy (TACT) should be abandoned. Medscape General Medicine 10(5):115, 2008.
  10. Chappell LT and others. Brachial artery stiffness as an outcomes measurement for EDTA-treated patients with vascular disease. Clinical Practice of Alternative Medicine 1:225-228, 2000.
  11. CardioVision featuring the Arterial Stiffness Index (ASI): Selected letters., papers, and pertinent information. Page 8, archive du site Web d’IMDP, en décembre 2010.

L’escroquerie Detox Foot Pad

L’escroquerie Detox Foot Pad

Dr Stephen Barrett

Il existe divers produits, sous forme de coussinets ou de patchs, à appliquer sur les pieds dans un but allégué de ’’détoxication‘‘ de l’organisme. L’un des plus populaires est le coussinet de pied Kinoki Detox, censé éliminer les toxines, rétablir ’’l’équilibre‘‘ dans le corps et stimuler l’énergie. D’autres produits seraient destinés à renforcer le système immunitaire, réduire le stress, améliorer la circulation, le sommeil, la concentration mentale, soulager les maux de tête et les douleurs arthritiques. Les explications avancées pour leur action reposent sur la réflexologie, le ’’déblocage‘‘ des passages lymphatiques et les ions négatifs qui libèreraient des ’’rayons infrarouges lointains‘‘. Tous ces produits doivent être considérés comme des supercheries et les mécanismes proposés comme absurdes.

Les utilisateurs sont invités à appliquer ces produits sur la plante des pieds et à les laisser agir pendant la nuit. Ils affirment que le matin, les coussinets vont absorber les toxines et virer au marron ou au noir.

Les distributeurs de produits ’’detox‘‘ n’ont effectué aucune étude permettant d’identifier ce qu’ils prétendent éliminer, de mesurer leur niveau dans le corps, de voir si de telles substances s’accumulent dans les électrodes et si leur niveau diminue dans l’organisme. Il est peu probable qu’ils essaient un jour, car l’idée de base selon laquelle les toxines seront excrétées par la peau se heurte à ce que l’on sait de l’anatomie et de la physiologie humaines. Une véritable détoxification des substances étrangères se produit dans le foie, ce qui modifie leur structure chimique afin qu’elles puissent être excrétées par les reins qui les filtrent du sang dans l’urine. Les glandes sudoripares dans les pieds peuvent excréter de l’eau et certaines substances dissoutes. Cependant, son rôle mineur dans l’élimination du corps des substances indésirables n’est pas modifié par l’application de coussinets pour les pieds.

En avril 2008, ABC « 20/20 » a enquêté sur les tablettes Kinoki et Avon et a rapporté : [1]

  • Lorsqu’ils sont utilisés pendant la nuit, les coussinets s’assombrissent, mais on obtient le même noircissement en y déposant des gouttes d’eau distillée.
  • L’analyse en laboratoire des tampons utilisés par huit volontaires n’a révélé aucun signe significatif de métaux lourds ou de solvants couramment utilisés.
  • Lorsqu’on leur a demandé des tests démontrant que leurs produits fonctionnent réellement, les entreprises n’ont proposé aucune étude scientifique valide.

Quelques mois plus tard, une journaliste d’une radio californienne a mené une enquête similaire. Elle a d’abord demandé à son mari de porter les coussinets pendant la nuit, puis de les envoyer à un laboratoire pour des tests. Le laboratoire a découvert que la teneur en métaux lourds des coussinets utilisés était identique à celle d’un coussinet non utilisé, ce qui signifie que ces produits n’ « aspirent pas de toxines ». Puis elle a exposé un coussinet non utilisé à la vapeur produite par une casserole d’eau bouillante, ce qui a provoqué le noircissement du coussinet, indiquant que la couleur foncée résultant du port du coussinet Kinoki est due à un produit chimique présent dans le tampon qui réagit à l’humidité [2].

Le Better Business Bureau (agence nord-américaine chargée de l’éthique commerciale) a attribué à la société Kinoki Detox Foot Pads la note « insatisfaisant » [3].

Les bains de pieds dits ’’de désintoxication‘‘ doivent également être considérés comme des supercheries [4].

En 2009, la Commission fédérale du commerce a accusé Yehuda (’’Juda‘‘) Levin, Baruch Levin et leur société (Xacta 3000 Inc.) de publicité trompeuse. Selon la plainte, les défendeurs ont affirmé qu’appliquer des coussinets de pied de Kinoki sur la plante des pieds la nuit permettrait de retirer les métaux lourds, les déchets métaboliques, les toxines, les parasites, les produits chimiques et la cellulite. Les publicités ont également affirmé que l’utilisation des coussinets plantaires pourrait traiter la dépression, la fatigue, le diabète, l’arthrite, l’hypertension artérielle et un système immunitaire affaibli [5]. L’affaire a été réglée par un accord stipulé en vertu duquel Yehuda Levin et la société n’étaient pas autorisés à promouvoir ou à vendre des compléments alimentaires, des aliments, des médicaments ou des dispositifs médicaux, ni à aider les autres à faire de même. Les défendeurs ont accepté un jugement de 14,5 millions de dollars, ce qui représentait le total des revenus provenant de la vente des électrodes. Toutefois, compte tenu de leur incapacité de payer, le jugement a été suspendu dans son intégralité, mais deviendra exigible s’il est établi qu’ils ont présenté de manière erronée leur situation financière [6].

Références

  1. Stossel J. Ridding yourself of toxins or money ? Company says Kinoki Foot Pads ’capture toxins from your body.‘ ABC News, April 11, 2008.
  2. Varney S. Japanese foot pad is latest health fad. KQED, Aug 18, 2008.
  3. Kinoki Detox Foot Pads. BBB reliability report, Aug 23, 2008.
  4. Barrett S. L’escroquerie Aqua Detox. Device Watch, Dec 28, 2004.
  5. FTC charges marketers of Kinoki Foot Pads with deceptive advertising ; seeks funds for consumer redress. FTC news release, Jan 28, 2009.
  6. At FTC’s request, judge Imposes ban on marketers of ’detox‘ foot pads : Aadvertising claimed « ancient Japanese secret » could treat medical conditions. FTC news release, Nov 4, 2010.

Face aux infox : susciter la curiosité sans développer la crédulité

Animation et médiation scientifique face aux infox :

Susciter la curiosité sans développer la crédulité.

Rencontre professionnelle le 6 septembre 2019, à la Cité Universitaire Internationale de Paris.

Afa – Association Française d'Astronomie*
Enssib – École nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques*
Amcsti – Association des musées et centres pour le développement de la culture scientifique, technique et industrielle*
Aplf – Association des planétariums de langue française*

La question des fausses nouvelles devient incontournable pour celles et ceux qui s’intéressent au développement de la circulation de l’information et de la culture scientifique via les réseaux sociaux et les médias de masse. Le rêve d’une « société de la connaissance » accessible partout et pour tous est de plus en plus tempéré par de multiples craintes dont celle de la prolifération de ce que l’on appelle aujourd’hui « infox ».*

L’Afa, l’Enssib, l’Amcsti, l’Aplf et la Ville de Paris proposaient le 06.09.2019 une journée d’étude associant enseignants-chercheurs en sciences de l’information et de la communication et en sciences de l’éducation, professionnels des bibliothèques, de l’animation et médiation scientifiques, journalistes.
 

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Le Programme de la Journée*

9h30 : Ouverture par Marie-Christine LEMARDELEY, Maire Adjointe de Paris chargée de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de la Vie étudiante.

9h45 – 10h30 : Infox et diversité des phénomènes regroupés dans ce champ. Tour d’horizon des phénomènes, mécanismes et enjeux à l’oeuvre. Spécificités des infox liées aux champs scientifiques et technoscientifiques, présentation par quatre cas issus de l’astronomie.

Présentation introductive à deux voix : Joëlle LE MAREC, Professeure au CELSA, Sorbonne Université, Directrice du GRIPIC et Olivier LAS VERGNAS, Professeur à l’Université de Lille, Directeur du CIREL.


 

Intervention de Noé GAUMONT, Post-Doctorant au CAMS et résident à l’ISC-PIF : Le projet Politoscope.

 

10h30 -11h30 : Les professionnels face à la mésinformation, la désinformation et aux théories du complot. Rôles et attitudes des journalistes, bibliothécaires, travailleurs sociaux et enseignants. Table ronde avec :

Salomé KINTZ, la Contemporaine, Coordinatrice de l’ouvrage collectif Décoder l’information et combattre la désinformation en bibliothèque (Presses de l’Enssib, coll. La Boîte à outils, à paraître début 2020).


Wajdi LIMAM, (CRESPPA Paris-8) doctorant CIFRE à la Ville de Paris



Guillaume LAIGLE, monteur-réalisateur, médiateur culturel en sciences

Alain CIROU, Directeur de la Rédaction de Ciel & Espace



Alain CIROU (2) : Comment les médias, dont les magazines scientifiques, vivent-ils l’ère des infox ?


Cyrille Bodin – docteur en Sciences de l’information et de la communication



11h30-11h45 : Pause

11h45 -12h45 : Echanges entre les intervenants et échanges avec la salle.

12h45 : Pause déjeuner

14h-15h30 : Témoignages et expériences des médiateurs et des acteurs sur le terrain : comment faire face.

Table ronde avec :

Didier MATHIEU, Directeur du Planétarium d'Épinal

Céline MERCY, Exploradôme : Désinfox, éviter les pièges des fausses informations.

Clara BELLOC, Directrice de L’Arbre des Connaissances : Jouer à débattre et MAAD, Apprentis Chercheurs Mécanismes Addictions Alcools et Drogues.

Didier MICHEL, Directeur de l’Amcsti : L’Atelier médiation et critique.

Matteo MERZAGORA, Directeur, Association TRACES et ESPGG (ESPCI Paris – Université PSL) : Former pour écouter et comprendre les publics.

Catherine OUALIAN, Ecole de la médiation – Universcience : Médiation scientifique et esprit critique : Quelles initiatives pour quels objectifs ?

15h30 -16h30 : Echanges entre les intervenants et la salle.

Zones de cancer, statistiques et preuve

Zones de cancer, statistiques et preuve

Dr John R. Vig

Plusieurs événements que les médias (et les autres) considèrent comme significatifs sont de simples aberrations statistiques. Les zones géographiques d’apparition de cancer font fréquemment partie du tableau.

Par exemple, il y a quelques années, quelqu’un a remarqué qu’il existait une incidence supérieure de cas de cancer chez les gens habitant dans une rue de ma région. Rapidement, l’environnement fut suspecté (par ex., les eaux des puits). Après de nombreux tests, rien d’inhabituel ne fut trouvé mais certaines personnes étaient toujours convaincues qu’il existait une certaine relation de cause à effet entre le fait de vivre dans cette rue et la forte prévalence de cancer. Certaines personnes refusent de croire que de telles choses peuvent survenir sans raison particulière, c’est-à-dire qu’elles peuvent juste être dues à des variations statistiques.

Si vous lancez une pièce 10 fois, de manière répétée, sur la moyenne, vous obtiendrez 5 faces et 5 piles. Cependant, parfois, vous pourriez obtenir 7 faces, ou 8 piles, et environ 1 fois sur mille (en moyenne), vous obtiendrez 10 faces (ou 10 piles). Certains pourraient en conclure qu’il y a quelque chose de magique pour que la pièce tombe 10 fois du côté face.

De manière similaire, l’incidence moyenne de cancer pour chaque groupe de 100 personnes d’un voisinage pourrait être de 1 par an (je ne sais pas quel est le chiffre correct). Pour environ 250 millions d’habitants aux USA, cela fait 2.5 millions de groupes de 100 personnes. Parmi ces 2.5 millions de groupes, certains groupes ne présenteront pas de cas de cancer et certains groupes auront 10 cas de cancer. Le groupe sans cancer n’est pas nécessairement localisé dans une région plus sûre que le groupe comportant 10 cas de cancers. Il peut n’y avoir aucune cause particulière tant pour le groupe « zéro incidence » que pour le groupe « 10 cas ».

Donc, la prochaine fois que vous serez confronté à un « danger » relié au cancer, qui est « prouvé » à l’aide de statistiques, soyez conscient qu’il peut seulement s’agir d’une fluctuation statistique. Avant d’agir en fonction de ce que vous avez entendu, vérifiez votre information à l’aide d’une source fiable, ou cherchez des preuves supplémentaires qui confirment le danger.

 

Dr. Vig est un physicien dont les recherches sont dirigées sur les horloges de haute précision, les standards de fréquence et les senseurs. Il est président de Ultrasonics, Ferroelectrics and Frequency Control (UFFC) Society of the Institute of Electrical and Electronics Engineers (IEEE) et exploite les sites web UFFC et Colts Neck.

 

Voir aussi: Un message spécial pour les patients atteints de cancer qui recherchent des traitements "alternatifs".

 

Traduit par N. Garbacki, 2019.

Chandelles auriculaires: pourquoi elles ne sont pas une bonne idée

Chandelles auriculaires: pourquoi elles ne sont pas une bonne idée

Dr Lisa Roazen

Les chandelles auriculaires (ou « bougies d'oreilles ») sont utilisées pour ce qui est appelé le « cônage d'oreille », ou plus simplement « cônage ». Il consiste à placer un cône dans l'oreille afin d'extraire le cérumen (la cire du conduit auriculaire) et d'autres impuretés, avec l'aide de la fumée provenant de la mèche allumée. Les origines de cette procédure sont obscures. Au Tibet antique, en Chine, en Égypte, dans les Amériques précolombiennes, et même dans la ville mythique d'Atlantide, on cite des contributeurs possibles. L'intervention est censée créer un léger vide qui aspirerait la cire et les autres débris hors du conduit auditif. Certains tenants affirment même que les impuretés sont enlevées de l'oreille interne, des sinus, voire du cerveau lui-même... le tout étant d'une façon quelconque relié au conduit auditif. Les partisans prétendent que les bougies auriculaires peuvent:

  • soulager la pression et la douleur dans les sinus,
  • nettoyer le conduit auditif,
  • améliorer l'audition,
  • favoriser la circulation lymphatique,
  • réguler la pression artérielle,
  • purifier l'esprit,
  • renforcer le cerveau,
  • soulager la douleur et la fièvre associées à un tympan perforé,
  • guérir les otites, dont l'otite du baigneur,
  • soulager les otalgies (douleurs aux oreilles),
  • agir comme traitement alternatif aux "tubes installés dans les tympans" (diabolos, ou drains transtympaniques),
  • aiguiser les sens de l'odorat, du goût et la perception des couleurs,
  • stabiliser les émotions,
  • mettre fin aux acouphènes (bourdonnements d'oreilles),
  • soulager la douleur et la raideur de l'articulation temporo-mandibulaire,
  • soulager le vertige,
  • renforcer le système nerveux central,
  • éclaircir la vision,
  • purifier le sang,
  • agir comme anti-inflammatoire, antiseptique ou antibiotique,
  • guérir le syndrome de Ménière,
  • aider en cas de sinusite,
  • libérer les énergies bloquées,
  • réduire le stress et la tension,
  • guérir le zona auriculaire (une infection de l'oreille causée par le virus varicelle-zona),
  • ouvrir et aligner les chakras,
  • ouvrir les centres spirituels et nettoyer vos corps énergétiques.

Produits et procédures

Chandelle auriculaire

La plupart des chandelles utilisées pour ces traitements aux États-Unis sont fabriquées sur place ou au Canada et se vendent entre $2 et $10. En France, elles sont souvent vendues sous le nom de "bougies Hopi". Elles peuvent être en lin ou en coton (souvent non blanchi, car les praticiens prétendent que le chlore est mauvais pour les oreilles) trempé dans de la cire ou de la paraffine et laissé durcir. (Ironiquement, un fabricant n'utilise que de la cire d'abeille pure, prétendant que la paraffine est cancérigène.) Certaines chandelles sont colorées, ce qui est un élément de controverse dans le milieu, bien que la couleur de la cire d'abeille puisse varier. Les « fabrications maison » peuvent être des journaux imbibés de cire et des cônes de poterie dans lesquels de la fumée d'herbes est soufflée. Certaines cires contiennent des herbes ou d'autres substances, comme la sauge, la camomille, la rose, le romarin, la racine de bardane, la racine d'osha, la pervenche, le jojoba, l'écorce de quassia, la racine de yucca, ou le miel. La boutique Egret, à Dallas (Texas), propose des bougies, des disques de protection, un manuel de 73 pages, une cassette vidéo de 30 minutes, des chiffons ignifugés, de l'huile pour les oreilles et un otoscope. Son dépliant de vente en gros indique que ses bougies sont "uniquement pour le divertissement" et que ses coffrets "vous fournissent tout ce dont vous avez besoin pour une séance de divertissement sûre et efficace". [1]

La plupart des instructions demandent à la personne qui subit l'intervention de s'allonger sur le côté. Une plaque collectrice est placée au-dessus de l'oreille et la bougie est insérée à travers le trou de la plaque dans le conduit auditif. La bougie est allumée, et quand la mèche brûle, elle raccourcit et peut s'éteindre. Certains suggèrent alors d'utiliser un cure-dent pour maintenir un orifice en haut de la chandelle creuse durant la procédure. Une fois la bougie éteinte et enlevée, on enlève le cérumen visible, et on applique dans bien des cas de "l'huile auriculaire". Certains praticiens placent la chandelle encore chaude dans un bol contenant de l'eau, et affirment que tout ce qu'elle contient, et qui n'est manifestement pas de la cire d'abeille, serait le cérumen, des toxines, de la peau morte (squames), des résidus de médicaments, ou des restes d'anciennes mycoses (infections causées par des champignons), ce qui n'a jamais été vérifié. Presque toutes les indications sur l'étiquette mentionnent que l'oreille va être légèrement chaude au toucher, et que l'expérience sera relaxante ou spirituelle.

Évaluation par les sceptiques

Le traitement est occasionnellement offert comme prestation lors d'expositions sur la santé. Rebecca Long, présidente du Georgia Council Against Health Fraud, a fait les observations suivantes à l'Expo Discovery à Atlanta, en Géorgie, en 1992 :

Une exposition proposait le traitement pour $30. Les vendeurs disaient que l'aspiration créée par la chandelle "éclaircissait le cerveau et les sinus". Je les ai suffisamment interrogés pour établir qu'ils voulaient littéralement dire cela, et qu'ils croyaient que l'oreille était une ouverture vers le cerveau et les sinus. La femme qui tenait le stand a dit : "Ça nettoie toute la tête, le cerveau et tout le reste - tout est connecté, vous savez". Le traitement se faisait sur une table devant le stand, de sorte que la vue d'une personne étendue sur le côté avec une chandelle sortant d'une oreille attirait de nombreux spectateurs curieux. Durant la procédure, un mélange grisâtre de suie et de cire était recueilli sur sur petite assiette sous la chandelle. Le contenu ne ressemblait pas à de la cire fondue provenant de la chandelle, mais avait une apparence assez fétide. On disait aux clients qu'il s'agissait des "impuretés" dont ils avaient été débarrassés, et les clients se les montraient entre eux, comparant ainsi leurs débris. La vendeuse faisait aussi la promotion de "lectures psychiques".

Après le spectacle, Long s'est procuré un ensemble de chandelles auriculaires dans un magasin d'aliments naturels et, avec l'aide d'un ami, a procédé à un essai en suivant attentivement les instructions sur le paquet. Elle a constaté que le cônage produisait un sifflement semblable à celui d'une conque tenue contre l'oreille, mais en beaucoup plus fort. Cependant, l'air dans son conduit auditif est devenu si chaud qu'elle a dû arrêter l'expérience.

Plus récemment, deux chercheurs ont testé des bougies pour voir si la cire accumulée après la combustion provenait entièrement de la bougie ou incluait du cérumen. Pour ce faire, ils ont allumé des chandelles (a) avec le bout dans l'oreille, (b) avec le bout à l'extérieur de l'oreille, pour que la cire puisse s'égoutter dans un bol d'eau, et (c) dans l'oreille mais en utilisant un tube permettant au cérumen de couler à l'intérieur, mais bloquant la cire de la chandelle. Ils ont démontré que tous les résidus provenaient de la chandelle, et qu'aucune trace de cérumen n'avait été éliminée de l'oreille. [2]

Pourquoi les chandelles n'ont aucun effet bénéfique

Puisque la cire est collante, pour retirer le cérumen du conduit auditif, il faudrait une pression négative tellement élevée qu'elle provoquerait une rupture du tympan. Toutefois, la procédure ne produit pas de vide. Les chercheurs qui ont mesuré la pression durant les essais des chandelles auriculaires ont constaté qu'aucune pression négative n'était créée. Les mêmes investigateurs ont pratiqué la procédure à huit reprises et ont conclu qu'il n'y avait pas eu d'élimination de cérumen et qu'en fait, de la cire de bougie avait coulé dans le conduit auditif de certains sujets. [3]

La notion que le conduit auditif est en communication directe avec les structures au-delà du tympan est fausse. La simple lecture d'un livre d'anatomie vous en convaincrait. Le conduit auditif externe, avec un tympan intact, n'est pas lié au cerveau, ni aux sinus frontaux, cibles de la procédure, pas plus qu'aux trompes d'Eustache (les conduits entre l'oreille moyenne et le nasopharynx). Certains prétendent que le tympan est poreux et laisse passer des impuretés, ce qui est faux. Les "impuretés" qui apparaissent sur le plateau (habituellement fait de carton) ne sont rien d'autre que les cendres de la mèche brûlée et la cire du cône lui-même.
 

Bougie auriculaire

Dangers signalés

L'utilisation des chandelles auriculaires pose certains risques, le plus sérieux étant la brûlure causée par la cire chaude. Les fabricants assurent que leurs bougies vont couler à l'extérieur des oreilles, mais malheureusement peu recommandent aux utilisateurs de les tenir en position horizontale pour empêcher cela. Une enquête faite en 1996 auprès de 144 otorhinolaryngologistes a montré que 14 auraient vu des patients qui ont été blessés par le traitement, incluant 13 cas de brûlures externes, 7 cas d'obstruction du conduit auditif avec la cire de chandelle, et un cas de tympan perforé. [1]

Un autre cas a été rapporté par le London Free Press, un journal canadien. Une femme présentant des douleurs au nez et aux oreilles suite à une plongée sous-marine s'est rendue dans un magasin local d'aliments naturels et a été adressée à un "chandelier qualifié". Pendant le "traitement", elle a senti une brûlure intense dans l'oreille. Plus tard aux urgences, les tentatives d'enlever la cire qui avait coulé de la bougie sur son tympan ont échoué. Une intervention chirurgicale a été nécessaire et on a découvert une perforation de son tympan. Elle s'est complètement rétablie et, heureusement, son ouïe n'a pas été affectée. Le praticien s'est excusé, a indemnisé cette femme et a cessé de pratiquer le cônage d'oreille.

Le capitaine de sapeur-pompier Gray L. Powell de l'Alaska a rapporté deux cas de feux associés à des chandelles auriculaires, l'un d'eux ayant causé la mort de l'utilisateur. En janvier 2005, une femme de 59 ans a mis feu à sa literie en laissant échapper une chandelle auriculaire qu'elle tentait, seule, d'introduire dans son oreille. Le feu s'est étendu aux rideaux et à d'autres matériaux combustibles de sa chambre. Elle a pu quitter les lieux mais a présenté une crise d'asthme et est décédée au service des urgences de l'hôpital. [4]

Le cadre réglementaire aux États-Unis

Les bougies commercialisées avec des allégations santé sont classées par la FDA comme dispositifs médicaux. En tant que tels, il est illégal de les commercialiser sans l'approbation de la FDA - ce qu'aucun d'entre eux n'a. Au cours des dernières années, l'agence américaine a interdit l'importation de chandelles auriculaires vendues par au moins quatre entreprises canadiennes : [5]

  • Europe Cosmétiques Inc., de St. Laurent au Québec, qui avait prétendu que leurs produits étaient efficaces pour le traitement du cérumen accumulé dans les conduits des oreilles, le traitement d'otalgies, les problèmes auditifs, la congestion des sinus, et les migraines fréquentes.
  • Kenyard Consulting (aussi connu comme Candela Ear Candles), de Victoria en Colombie-Britannique, qui affirmait que leurs produits amélioraient l'ouïe, la circulation lymphatique, et contrôlaient la pression artérielle.
  • Superior Ear, une division de J & P Holdings, de Parson, également de Colombie-Britannique, qui soutenait les mêmes allégations concernant leurs produits.
  • Purity of Life, Action, Ont.

En 1993, la FDA a saisi près de $6,000 en valeur de chandelles, de produits et prospectus de Quality Health Products, de Fayette en Ohio. Un communiqué de la FDA indique :

Falsifié - L'article est un dispositif médical de classe III pour lequel aucune demande d'approbation préalable à la mise en marché approuvée n'est en vigueur ; et les méthodes utilisées pour sa fabrication, son emballage et son entreposage, ainsi que les installations et les contrôles utilisés, ne sont pas conformes aux bonnes pratiques de conception actuelles.
Mal étiqueté - L'étiquetage de l'article représente et suggère qu'il est adéquat et efficace pour réduire le cérumen, la fièvre et les infections associées avec une perforation du tympan, et qu'il peut remplacer les tubes chirurgicaux insérés dans l'oreille, représentations et suggestions qui sont contraires aux faits. L'étiquetage de l'article ne comporte pas de mode d'emploi adéquat pour les fins auxquelles il est destiné. L'article est dangereux pour la santé lorsqu'il est utilisé de la manière recommandée et suggérée sur l'étiquette. L'article a été fabriqué, préparé, reproduit, composé ou transformé dans un établissement qui n'était pas dûment enregistré et ne figurait pas sur une liste officielle ; une mention ou des informations obligatoires n’ont pas été fournies comme il est exigé avant l'introduction dans le commerce entre États. [6]

En 1998, la FDA a demandé au président de Earth Care, de Ukiah, en Californie, de cesser la commercialisation des chandelles auriculaires dont le catalogue de l'entreprise fait la publicité. La lettre mentionnait que la publicité faisait du produit « un remède contre les otites, les douleurs sinusiennes, l'otite du nageur, les allergies, et les problèmes auditifs... il enlève efficacement les impuretés des conduits auditifs en puisant le cérumen en excès, les levures, les champignons, et les bactéries... des sinus et des glandes lymphatiques » [7]. En septembre 1998, l'agence a publié un 'avertissement d'importation' qui déclarait:

Le Center for Devices and Radiological Health (CDRH) a déterminé que les "bougies auriculaires" sont des dispositifs médicaux au sens de l'article 201(h) de la loi du Federal Food, Drug, and Cosmetic Act. Une bougie auriculaire est un cylindre de cire creux (environ dix pouces de long) destiné à enlever l'excès de cérumen. Pour ce faire, on allume la partie supérieure du produit en forme de bougie et on la laisse créer un vide pour aspirer la cire et les autres impuretés de l'oreille.

L'étiquetage du produit est faux et trompeur en ce sens qu'il n'existe aucune preuve scientifique validée à l'appui de l'efficacité du produit pour l'usage auquel il est destiné. De plus, l'étiquette du produit contient un mode d'emploi inadéquat, car il n'est pas possible de rédiger un mode d'emploi adéquat pour l'utilisation présumée du produit. Le CDRH considère que le produit est dangereux lorsqu'il est utilisé conformément à son étiquetage, car l'utilisation d'une bougie allumée à proximité du visage d'une personne comporte un risque élevé de causer des brûlures potentiellement graves de la peau ou des cheveux et des lésions à l'oreille moyenne.

De plus, aucun avis préalable à la mise sur le marché (510(k)) n'a été déposé pour ces produits, et les produits semblent avoir été fabriqués dans des établissements qui ne sont pas dûment enregistrés ou inscrits sur la liste de la... FDA. [8]

En novembre 1998, la FDA a averti Nature's Way, de West Columbia en Caroline du Sud, qu'il est illégal de continuer à vendre des chandelles auriculaires parce qu'elles ne sont pas approuvées et sont dangereuses à utiliser tel que suggérées dans le catalogue. [9]

Les chandelles auriculaires ne peuvent pas être vendues légalement au Canada. Santé Canada, Médicaments et produits de santé, section Instruments médicaux, déclare que des appareils de ce genre doivent être validés selon les Directives du Programme des produits thérapeutiques du Canada avant la vente du produit. Aucune autorisation n'a été accordée pour ce produit. Certains diffuseurs, pour tenter de contourner la réglementation sur les dispositifs médicaux, présentent les bougies auriculaires comme étant « pour le divertissement seulement ». Toutefois, Santé Canada considère que ce produit est vendu pour des buts médicaux puisqu'il ne peut pas être utilisé pour d'autres raisons. Santé Canada a émis des directives empêchant l'importation de chandelles auriculaires. [10]

En 2010, le Minnesota Board of Nursing a révoqué le permis d'exercice de Shirley J. St. Germain, infirmière diplômée. Les documents de l'affaire indiquent que a) en 1997, elle a été suspendue pour une durée indéterminée en raison de problèmes de santé mentale ; b) en 2006, le ministère de la Santé du Minnesota a appris qu'elle faisait de la publicité et pratiquait le cônage auriculaire sous le nom "Shirley Vedder (infirmière)" ; c) en 2007, le ministère lui a ordonné d'arrêter de pratiquer le cônage tout en utilisant le titre d'infirmière et d) en 2008, elle a violé le décret[10, 11] de 2007.

En 2010, la FDA a envoyé des lettres d'avertissement à 15 entreprises : King Cone International; Indian Mountain Center; Bobalee Originals Manufacturing; International Ear Candle, LLC; Home Remedies Solutions; Harmony Cone; A..J.'s Candles Inc; Wholistic Health Solutions; Wally's Natural Products Inc.; Body Tools; Health, Wealth, & Happiness; White Egret, Inc.; Brennan & McCoy; Amasha; Unisource; et Herbs, Heirlooms and Homebrew. Certains avaient fait la promotion de ces produits en affirmant qu’ils s’adressaient tout autant aux enfants qu’aux adultes.

Malgré ces démarches, les chandelles auriculaires sont toujours disponibles aisément sur l'Internet et dans les magasins d'aliments naturels. De 1998 à 2005, le Awareness Institute of Lake Wales, en Floride, non seulement vendait les produits mais offrait un cours par correspondance, à prix abordable, donnant droit à un "certificat d'auriculoconologue (earconolgist)".

Conclusion

Pour la majorité des gens, le cérumen dans les oreilles s'élimine spontanément, emportant avec lui toute une accumulation de résidus et d'autres substances. En cas de bouchons de cire dans les conduits auditifs externes, ceux-ci devraient être enlevés par un médecin ou un autre professionnel de santé utilisant des instruments appropriés. Les chandelles auriculaires sont à la fois inefficaces et dangereuses.

 

Références:

  1. Flyer mailed to health-food retailers in September 1998 by White Egret, Inc., of Dallas, Texas.
  2. Kaushall PP, Kaushall JN. On ear cones and candles. Skeptical Inquirer 24(5):12-13, 2000.
  3. Seely DR, Quigley SM , Langman AW. Ear candles: Efficacy and safety. Laryngoscope 106:1226-1229, 1996.
  4. Powell GL. E-mail to Dr. Stephen Barrett, April 15, 2005
  5. FDA Import Alert 80-06. Automatic Detention of Fraudulent and Deceptive Medical Devices, Attachment. Issued, Sept 28, 1992, revised May 9, 1997.
  6. FDA Enforcement Report, Dec 15, 1993.
  7. Gill LJ. Warning letter to John Schaesser, Jan 20, 1998.
  8. FDA Import Alert #77-01. Detention without Physical Examination of Ear Candles. Sept 1, 1998.
  9. Gill LJ. Warning letter to John Fisher, November 18, 1998.
  10. Ear candling. Health Canada Web site, Revised, Dec 15, 2006.
  11. Miner D. Letter to Shirley Vedder. Minnesota Department of Health MDH file number 20065, Aug 8, 2007.
  12. Stipulation and consent order. In the Matter of Shirley J. St. Germain. Before the Minnesota Board of Nursing, Feb 24, 2010.
  13. Nahid, Narayanan, Jalaluddin. Ear Candling: A Dangerous Pleasure? Iranian Journal of Otorhinolaryngology Vol. 23, No.1, Winter-2011.
  14. Otologie - Dr Albert Mudry | Bougies auriculaires.
  15. Dictionnaire Sceptique, Chandelles auriculaires.

 

Au sujet de l'auteur:

Le docteur Roazen est urgentologue à Duluth, Minnesota.

Combler l’abîme entre deux cultures

Combler l’abîme entre deux cultures

Karla McLaren

Un ancien chef de file de la culture Nouvel Âge – auteur de neuf ouvrages sur les auras, les chakras, « l’énergie », etc. – détaille sa difficile et douloureuse évolution vers le scepticisme. Elle remercie la communauté sceptique et s’inquiète de la manière dont les messages de la pensée critique et scientifique pourraient être rendus plus efficaces pour communiquer avec ses anciens alliés du Nouvel Âge.

 

Karla McLaren

J’observe le conflit entre les communautés sceptique et métaphysique/Nouvel Âge depuis maintenant plusieurs décennies, et je pense avoir enfin découvert le problème principal qui rend la communication si difficile. Il ne s’agit pas simplement, comme beaucoup le supposent, d’un conflit entre des points de vue s’appuyant sur des faits et d’autres reposant sur la croyance. Ni une simple opposition entre rationalité et crédulité. Non, c’est un véritable choc de culture qui rend la communication au mieux improbable.

Je le sais par expérience, car en tant qu’ancien membre de la culture Nouvel Âge, je me suis efforcée durant des années à pénétrer le langage, les règles, les attitudes et les attentes de la communauté sceptique. Pourtant, pendant longtemps, tout ce que je recevais de la culture sceptique n’était que du « bruit », des informations inutiles, et de plus déconcertantes.

Je ne sais pas trop comment me présenter, sauf peut-être par cette paraphrase : « L’ennemi, je l’ai vu, c’est moi. » Je suis auteur et guérisseuse (ou en fait, je l'étais) concernant la culture métaphysique. J'ai écrit sur l'énergie et les chakras, les auras, la guérison, les différents types de facultés psychiques... et tout le reste. J'ai voyagé à travers les États-Unis pour faire des présentations de livres, des colloques et des ateliers. L’on m’a vue dans tous les grands rassemblements du Nouvel Âge, telles que l'Institut Omega, l'Université Naropa et l'exposition Whole Life (que j'appelle l'exposition Hell Life, mais c'est une autre histoire). Mes livres ont été traduits en cinq langues, et même l’un a été sélectionné par le One Spirit Book Club. Comprendre la communauté et la culture métaphysique/Nouvel Âge a été le centre d'intérêt de ma vie et de ma carrière.

Je ne suis pas seulement un membre de la communauté Nouvel Âge – j’ai aussi colporté toutes les choses qui précisément préoccupent tant la communauté sceptique. Je suis engagée dans la métaphysique et le Nouvel Âge depuis plus de trente ans, j'ai écrit quatre livres et enregistré cinq séries d'apprentissage audio sur ces sujets, et j'étais considérée comme l’un des chefs de file dans ce domaine.

Je ne suis plus dans ce milieu, mais c'est difficile de vraiment disparaître quand tant de mes livres et de mes enregistrements ont déjà été publiés. C'est difficile aussi de disparaître quand je ne sais pas vraiment quoi dire aux gens à propos de mes valeurs culturelles. Le fossé entre les deux cultures est tellement profond que tout ce que je dirais prouverait que je suis passé de l'autre côté, du mauvais côté – le côté de l'ennemi. Cependant, en fait, j’en ai suffisamment vu pour savoir que les sceptiques et les esprits critiques ont des choses extrêmement pertinentes et éloquentes à dire. J’ai examiné maintenant assez d’informations sceptiques et scientifiques sur les facultés et les événements paranormaux pour remettre en question beaucoup de règles sur lesquelles s'appuyait mon travail. Plus important, j’en ai vu suffisamment pour comprendre par expérience ce que coûte vraiment le Nouvel Âge.

J’ai aussi appris à comprendre les différences et les ressemblances des cultures sceptique et du Nouvel Âge, ainsi je ne réagis plus de façon stéréotypée en étant offensée quand moi-même ou les gens que je connais et que j’aime sommes appelés fraudeurs, imposteurs, ou dupes. Je comprends maintenant que ces mots, en général, n’ont pas l’intention de blesser. Je comprends maintenant que ces termes cachent souvent une grande marque d’attention et d’intérêt pour les personnes de la culture Nouvel Âge. Il est parfois difficile de déceler cette préoccupation – il faut souvent presque une compétence anthropologique pour comprendre les différences culturelles entre nous – mais elle existe.

Jusqu’à ce que je comprenne cet intérêt, je ne pouvais me retrouver dans le vocabulaire sceptique. Je n’arrivais pas à m'identifier aux mercantis sans cœur, aux grossiers colporteurs de poudre de perlimpinpin, aux voyants moralisateurs, aux évangélistes chevelus, ou aux fakirs mégalomanes orientaux. Je ne parvenais pas à reconnaître mon travail ou moi-même dans le travail basé sur l’escroquerie ou dans les personnalités déséquilibrées si vivement démolies par la culture sceptique, parce que je n’ai jamais été dans ce domaine pour escroquer quiconque – et aucun de mes amis ou collègues non plus. Je travaillais dans ce domaine parce que j’ai un profond et constant intérêt pour les gens, et un sincère désir d’être utile dans mon propre milieu culturel. Avoir accès à une documentation sceptique clairement et rigoureusement présentée m’aurait aidée (ainsi que d’autres personnes comme moi) à chaque étape du processus – mais je ne pouvais avoir accès à aucune des ces informations tout simplement parce que je ne pouvais pas m’y reconnaître. Jusqu’à maintenant.

J’écris cet article comme lettre de remerciement à la communauté sceptique. Je tiens à vous remercier de m’avoir aidé à pleinement comprendre à quel point j’ai reçu une mauvaise formation dans ma culture métaphysique/Nouvel Âge (en fait, ce n’est plus mon environnement culturel, mais, par souci de simplicité, laissez-moi m’y référer au long de cet article). Mais j’écris également pour tenter d’ouvrir le dialogue, et peut-être commencer à combler l’abîme entre nos deux cultures antagonistes, parce qu’à ce stade, la majorité des personnes de ma culture n’entendent pas grand’chose (si ce n’est rien du tout) à la culture sceptique. Et c’est vraiment dommage.

Cette fracture culturelle fait qu’il m’est presque impossible d’être honnête dans ma propre culture concernant les changements que j’y ai réalisés. À cet instant, mon site web indique que je suis en congé sabbatique. J’ai annulé tous les ateliers, décliné de nombreux contrats pour des livres, et je déconstruis lentement ma carrière. J’ai effacé des fichiers, des courriels, et des lettres, des milliers de lettres de personnes qui me prenaient pour un expert. Je refuse toutes les demandes d’entretiens et de consultations, et je retourne étudier pour obtenir un diplôme en sociologie et en science du comportement. Si j’écris une autre livre sur la culture Nouvel Âge, je souhaite l’écrire en tant que sociologue – pas en tant qu’occultiste ou de façon négative, parce qu’aucune de ces positions n’a été vraiment utile aux membres de ma culture.

La lutte entre nos cultures a souvent été horrible et déconcertante, et en toute honnêteté, cette lutte ne peut être gagnée de la manière dont nous la menons. J’en ai assez de voir tant de personnes blessées alors qu’il n’en résulte si peu de bien. Ainsi je vais essayer quelque chose de nouveau, et je vais tenter de trouver un moyen de réparer les dégâts que j’estime avoir causés. Mais auparavant, il me faut trouver les mots pour dire aux membres de ma culture ce que je fais, et pourquoi je le fais.

D‘un côté, mon histoire est atypique, parce que je ne suis pas simplement une adepte du Nouvel Âge qui a fini par se réveiller. Cependant, même s’il est inhabituel et peut-être même inouï pour quelqu’un dans ma position de faire un total revirement, je crois que le processus que j’ai suivi est assez typique. J’ai commencé dans ma jeunesse en sachant (par expérience directe) que ce que j’avais appris dans le Nouvel Âge et la métaphysique était vrai, et que les contradicteurs n’étaient rien d’autre que cela. Après quelque temps cependant, j’ai commencé à m’interroger sur les choses que je voyais et qui ne concordaient pas – les anomalies, les remèdes qui ne fonctionnaient pas, les idées qui s’écroulaient quand on les examinait de plus près, et ainsi de suite. J’ai écrit avec passion sur les problèmes que je percevais dans ma culture, et je suis même devenue une voix de la raison. Malheureusement cependant, chaque fois que j’essayais de faire des recherches sur ce qui me dérangeait ou me troublait, je me heurtais à un mur.

Ce mur, édifié par les profondes différences culturelles et des décennies (ou des siècles) de méfiance, était la signification que je ne pouvais rien trouver dans ma culture qui pût m’aider à penser de façon critique. La pensée critique et le scepticisme résident dans un autre monde que le mien – ils résident au-delà d’un abîme pour lequel n’existent ni pont, ni passage sûr.

Ce n’est que lorsque je suis devenue citoyenne du web que j’ai été capable d’entreprendre le douloureux voyage à travers cet abîme et atteindre, finalement, la terre ferme.

Comment un chef de file officiel du Nouvel Âge, défenseur des auras, des chakras est-il devenu capable de comprendre et finalement d’embrasser la culture sceptique ? Eh bien, cela a pris quelque temps, alors laissez-moi commencer par le début.

Ma première approche du Nouvel Âge date de 1971, à l’âge de dix ans. Ma mère ressentait de nombreux symptômes articulaires qui, pour tout dire, ne répondaient pas au traitement médical, et son état progressait vers le fauteuil roulant. Curieusement, elle trouva un cours de yoga, et lentement, elle se rétablit. En outre, elle devint végétarienne (ce qui était très avant-gardiste pour l’époque) et nous commençâmes à fréquenter les magasins d’aliments naturels à la recherche de choses insolites comme des biscuits aux céréales entières, de l’huile de foie de morue, et des germes de soja. Nos vies changèrent très rapidement, notamment quand ma mère devint elle-même professeur de yoga et pénétra plus profondément dans la culture Nouvel Âge. Le yoga est plaisamment appelé « la drogue de passage » vers le Nouvel Âge. Ce fut certainement notre cas.

Notre famille se brisa à la suite de ce considérable changement (bien que le mariage de mes parents ait été précaire de toute façon) puisque mon père était et reste un sceptique avec forte intelligence et une bonne formation à la démarche scientifique et à la pensée critique. Un de mes frères, maintenant professeur de mathématiques, se joignit à mon père tandis que le reste des enfants (quatre en tout) suivit à sa façon l’intérêt de ma mère pour la métaphysique, la spiritualité, et le Nouvel Âge.

Nous passâmes de la médecine scientifique aux remèdes homéopathiques, apprîmes à méditer, et rejoignîmes des groupes qui écoutaient de prétendus médiums – nous devînmes une partie des gens branchés. Je grandis dans la région de la baie de San Francisco, et fis mes études secondaires dans le comté de Marin (l’épicentre de l’explosion du Nouvel Âge dans les années 70 et 80), aussi je fus entourée en permanence de gens et d’expériences insolites. Ce fut une période drôle et souvent passionnante, et bien que préférant de beaucoup le monde magique que ma mère nous montrait au monde banal défendu par mon père, j’étais toujours une personne très lucide et très sceptique. Même au début de mon adolescence, j’étais capable de voir clair à propos de choses discutables comme l’EST1, la Scientologie, le respirianisme2, l’ingestion d’urine3, et les sectes vraiment dangereuses – déjà ce même scepticisme et cette pénétration qui m’aidèrent vraiment à confirmer d’autres expériences insolites (parmi les nombreuses que je vivais). Je connus de nombreux voyants et des guérisseurs parallèles qui semblaient très bons dans ce qu'ils faisaient, et je fis l’expérience directe de guérisons et de séances de voyance que je ne pouvais logiquement réfuter.

Au cours de cette période, il aurait été merveilleux de découvrir des techniques de pensée sceptique et critique, mais hélas, la pensée critique n'était pas enseignée dans mon lycée. Je ne savais même pas que la discipline existait ! Durant mon premier cycle universitaire, je crus que la géométrie et la logique étaient mes cours de pensée critique, et ainsi la matière m’échappa une fois encore. Pendant mes études, je n’acquis pas les capacités dont j’avais besoin pour m’aider à comprendre ce qui se passait quand les idées et les techniques du Nouvel Âge semblaient fonctionner. Ma connaissance empirique avait « prouvé » la validité des facultés psychiques, des auras, des chakras, de la communication avec les morts, de l’astrologie et autres – et j’avais très peu dans mon arsenal intellectuel à l’époque pour m’aider à comprendre ce qui se passait réellement.

Par exemple, comprendre la lecture à froid m’aurait grandement aidé. Je ne savais rien de la lecture à froid et, jusqu’à ce que je voie le magicien professionnel et « démythificateur » Mark Edward l’utiliser dans un bulletin spécial sur ABC l’année dernière, je n’avais pas compris que j'employais une forme de cette technique dans mon propre travail ! On ne m’avait jamais enseigné la lecture à froid et je n'avais eu jamais l'intention de tromper quiconque – j’avais simplement appris la technique par osmose culturelle.

Pour être honnête, un mouvement sceptique s’était développé au début de mon adolescence, mais malheureusement créant un profond fossé culturel qui persiste aujourd’hui. Dans les années 70, Uri Geller était devenu populaire. Ma première vraie rencontre avec quelqu’un de la culture sceptique fut de voir James Randi à la télévision, réduire Geller en miettes. Je ne comprenais pas ce qui se passait. Uri Geller était passé dans les émissions de Mike Douglas et Merv Griffin, et on pouvait clairement le voir réaliser ses exploits paranormaux juste là, à la télévision. Mike et Merv ne se seraient certainement pas compromis en mentant au public…? Je ne comprenais vraiment pas le problème qu’avait Randi avec Geller et mes amis et moi pensions que Randi se montrait particulièrement acrimonieux. Ce n’est pas de Randi que j’appris la pensée sceptique – ce que j’avais appris, c’est que certaines personnes en avaient contre les guérisseurs et les gens possédant des dons paranormaux. Je sais qu’il n’aimerait pas entendre ça, mais c’est pourtant vrai : le comportement et l’attitude de James Randi étaient si indifférents aux différences culturelles qu’il a en fait créé une énorme réaction contre le scepticisme, et un énorme élan vers le Nouvel Âge qui toujours fait rage avec autant d’intensité.

Maintenant, bien sûr, je comprends et je soutiens James Randi dans sa colère, sa frustration et même son acrimonie, (surtout après avoir connu le Nouvel Âge pendant tant de décennies), mais tout ce que je voyais alors c’était un homme particulièrement sarcastique qui paraissait attaquer la personne de Geller. Maintenant, après avoir régulièrement visité le site de James Randi, je le vois comme un homme profondément soucieux d’autrui qui travaille infatigablement pour une grande cause. Je vois également qu’il est très préoccupé par certains partisans déséquilibrés du Nouvel Âge qui lui écrivent des lettres à peine compréhensibles. Je compatis avec Randi, parce que des personnes semblables m’écrivent aussi (bien que je joue le rôle du héros dans leur vie enfiévrée de fantasmes, alors que Randi est considéré comme le méchant). Maintenant que je le vois en tant qu’individu et que je comprends sa culture, je vois James Randi comme l’excellent homme (et passionné) qu’il est – mais cela m’a pris du temps. Si Randi avait compris la culture Nouvel Âge à l’époque où Geller devenait populaire, il aurait pu facilement parler de façon à se faire entendre – ou au moins de manière qui n’aurait pas provoqué une réaction aussi violente. Ou peut-être suis-je trop idéaliste.

Vous comprenez, j’ai parlé aux personnes de cette culture Nouvel Âge dans le langage qui leur est propre, et bien que j’ai certainement été entendue, je ne crois pas en fin de compte que j’ai vraiment réussi. En grandissant dans le comté loufoque, cinglé de Marin comme je l’ai fait, j’ai pu voir quelques-uns des plus flagrants exemples de fourberie du Nouvel Âge – et acquérant la maturité de l’écrivain et du guérisseur, j’ai toujours mis en garde contre ça. Le problème est le suivant : dans ma culture, on ne peut attaquer ouvertement quelqu’un ou sa réputation, et on ne peut appliquer réellement une démarche sceptique. Dans ma culture, les attaques personnelles sont considérées comme l'exemple d’un déséquilibre émotionnel (où vos émotions vous dominent), tandis qu’une démarche sceptique approfondie est considérée comme une forme de déséquilibre intellectuel (où votre intellect vous domine). Les deux attitudes représentent des interdits culturels d’importance, parce que les émotions et l'intellect sont tous deux considérés comme des éléments problématiques du psychisme qui font très peu de choses, mais qui éloignent du domaine (supposément) vrai et profond de l’esprit. Quand j’ai écrit mes livres et enregistré mes programmes audios, j’ai dû écrire et parler si précautionneusement qu’il a fallu à la plupart des gens deux ou trois lectures pour comprendre que je remettais directement en cause de nombreux fondements sur lesquels le Nouvel Âge est édifié. En fait, ma capacité, issue d’une sensibilité culturelle, à attaquer sans attaquer et à critiquer sans critiquer a été si efficace que certains lecteurs enthousiastes ne savent toujours pas ce que je voulais dire.

D’un point de vue extérieur à la culture Nouvel Âge, cette condamnation des émotions et de l’intellect peut sembler très étrange et presque inexplicable. Néanmoins, c’est un élément culturel très réel qu’il faut comprendre et prendre en compte si l'on est sur le point d'établir une communication utile. Si nous souhaitons réussir à communiquer avec quelqu’un, nous devons comprendre non seulement sa langue, mais aussi le contexte culturel d’où elle est issue. De ce que j’ai vu à la fois dans la culture Nouvel Âge et celle du scepticisme, cette compréhension est absente. Je n’ai évidemment pas compris la culture sceptique avant de sérieusement passer du temps à la considérer comme une culture – et d’après mes lectures, je sais que la plupart des membres de la culture sceptique ne comprennent pas du tout la culture Nouvel Âge. Par conséquent, ce sont seulement les clameurs entre nos cultures qui deviennent plus fortes alors que la communication réelle disparaît dans l’abîme qui nous sépare. Dans tout ce vacarme, les membres de ma culture croient entendre des attaques hyper-intellectuelles chargées d'émotion contre des convictions qui leur sont chères, alors que ceux de votre culture croient entendre l'expression de ceux qui prennent leurs désirs pour des réalités, un illettrisme scientifique, et des explosions d'émotion pour défendre de simples illusions.

Évidemment, c’est une tragédie, mais après avoir dépouillé la documentation sceptique des trois dernières années, j’ai l’impression que cette tragédie pourrait être évitée. Maintenant, je comprends votre culture, et je comprends la préoccupation, l'attention et l’intérêt que vous avez pour les membres de ma culture. Je peux maintenant lire un texte qu’auparavant je jugeais incendiaire et voir l’engagement qu’il recèle – non seulement votre engagement pour la recherche pertinente et la collecte d'information, mais aussi celui pour une communication claire. Je perçois votre confiance en l’intelligence humaine, votre colère contre les escrocs et les charlatans, votre ouverture d’esprit pour remettre en cause l’autorité et les croyances établies, et la volonté de vous battre pour faire progresser une cause qui vous tient à cœur. Dans la culture Nouvel Âge, les personnes que je préfère partagent les mêmes qualités. J’ai l’impression que les membres de votre culture sont capables d’aller à la rencontre de ma culture d’une manière compréhensive qui aura une chance d’être entendue – parce qu’il est indispensable que vous soyez entendus.

Il est indispensable de trouver un moyen d’aider les personnes de ma culture à s’interroger, à réfléchir, et à analyser d’un œil critique le déferlement d’informations vraies ou fausses qu’elles reçoivent quotidiennement. Cependant, il est également indispensable que l’information tienne compte des différences culturelles. Par exemple, la première fois que j’ai consulté le site web sceptique relatif à la santé appelé Quackwatch4, j’ai eu l’impression de marcher en territoire ennemi. « Charlatan » est un mot très fort, c’est un terme de combat ! Bien que son propriétaire, le Dr Stephen Barrett, ait parfaitement le droit d’appeler son excellent site web comme il lui plaît, je me demande pourquoi ne l’avoir pas nommé par exemple HealthWatch, HealingInfo, DocFacts, ou quelque chose d’équivalent, sans agressivité. Pourquoi suis-je obligée de taper le mot « charlatan » quand je veux une analyse sceptique des choix que je fais pour des soins médicaux ? Et pourquoi faut-il consacrer autant de temps sur les sites sceptiques à interpréter – ou à sauter simplement les termes comme escroquerie, imposture, charlatan, fraude, pigeon et idiot ? Pourquoi dois-je (en tant que personne qui a vraiment besoin d’informations sceptiques) me voir décrite en termes blessants et baisser la tête de honte avant de pouvoir réellement obtenir les informations disponibles dans votre culture ?

C’est pour un motif intéressé que je pose ces questions, parce qu’une de mes premières idées était de faire mon propre site web, un portail tenant compte des particularités culturelles des sites sceptiques – mais je ne trouve pas le moyen de le faire. Je possède une maquette de page web qui mijote dans mes fichiers – une page que j’ai réécrite peut-être cinquante fois, ou plus – qui tente d’exposer le concept de scepticisme de manière ouverte et sans agressivité. J’aimerais y mettre des liens vers le remarquable site consacré aux légendes urbaines (snopes.com), vers le dictionnaire sceptique en ligne de Bob Carroll, vers le CSICOP et le Skeptical Inquirer, et vers The Skeptic. Je voulais aussi vraiment y inclure Quackwatch et le site de James Randi – mais je n’arrive pas à trouver les mots. Bien sûr, je peux me servir de mon site pour préparer les gens à l’aventure, mais je sais par expérience qu’ils seraient franchement choqués après avoir cliqué sur les liens. Ce que je veux dire, c’est une chose de découvrir qu’une grande partie de ma culture et de mon système de croyances se fondent sur quelque chose de fragile et sur des ouï-dire, mais c’en est une autre de voir tous les gens comme moi être dénigrés et objets de pitié.

J’ai découvert votre culture et j’ai persévéré malgré le contenu insultant (peut-être involontairement ?) et les attitudes humiliantes parce que j’avais un réel besoin. J’avais besoin de comprendre la multitude d’idées du Nouvel Âge, de gadgets, de techniques de méditation, de personnalités que je rencontrais à mesure que ma carrière se développait. Je voyais tant de choses en voyageant et en parlant aux personnes de ma culture, et tant de choses me préoccupaient que j’ai commencé à utiliser l’internet pour organiser cette avalanche et me documenter pleinement sur les informations dans mon domaine. C’était une aventure éprouvante, c’est le moins que l’on puisse dire. Je pataugeais dans votre culture en quête d’informations dont j’avais grand besoin, et ce faisant j’ai fini par perdre ma propre culture. Pendant moments les plus difficiles, je plaisantais me disant que j’aurais dû me réjouir d’être seulement désespérée – alors qu’il aurait fallu que je me calme si j’avais été tout bonnement furieuse. Ce que j’essaie encore de surmonter.

Ce que je vois dans le dramatique affrontement entre le Nouvel Âge et les cultures des sceptiques, c’est que la plupart de ceux-ci n’ont pas encore été capables de parler de façon à être entendus. Évidemment, aucun membre de ma culture n’a pu accomplir une pareille prouesse. Je vois certains scientifiques qui travaillent dans la culture Nouvel Âge essayant de prouver l’existence du chi ou l’efficacité de la prière (ou toute autre chose à selon le moment). Il y a beaucoup d’affreux jargon scientifique dans tout le Nouvel Âge actuellement, et même s’il est déplorable de voir la science déformée et altérée par ma culture, je dois dire que cela prouve que nous sommes à votre écoute. Cela montre que nous essayons de bien faire – de parler d’une manière qui vous soit audible. Je sais que le manque de respect envers la science et sa mauvaise utilisation par ma culture est quelque chose qui irrite et déconcerte de nombreux membres de la communauté sceptique, mais peut-on considérer ça autrement ?

Les membres de ma culture vous ont écoutés et nous tentons de vous répondre – mais nous ne vous comprenons pas. Notre bagage culturel concernant les dangers de l’intellect nous rend presque impossible l'utilisation correcte de la science – ou de reconnaître votre rigueur intellectuelle comme tout le contraire d’un usage excessif et maladif de la réflexion. Je sais que cela peut paraître insensé, mais réfléchissez à la façon dont vous considérez notre capacité à nous plonger profondément dans les questions d’ordre spirituel ou dans l’étude religieuse. Vous ne traitez pas souvent notre application comme une recherche de savoir en soi (bien qu’il faille beaucoup d’intelligence pour comprendre et organiser ce canon sacré, souvent incohérent à en hurler) – vous avez plutôt tendance à traiter notre travail comme un excès de crédulité ou peut-être même comme un refus obstiné d’entendre raison.

Il est possible que nos deux cultures contradictoires ne construisent jamais de pont au-dessus de l’abîme qui nous sépare. Je sais que pour moi, le passage de ma culture vers la vôtre a été long, laborieux et profondément douloureux. Cela n’a pas été pas une simple balade sur un pont bien construit. En résumé, j’ai dû me jeter d’une falaise. J’ai dû laisser derrière moi ma carrière, mes revenus, ma culture, ma famille, mes amis, mes collègues, la plupart de mes relations professionnelles, mon passé, et mon avenir. Je ne dis pas cela pour gagner la sympathie, mais pour montrer ce qu'implique vraiment un tel saut. Le Nouvel Âge est une culture complète, avec ses propres règles, ses idéaux, son infrastructure et ses modes de vie sociale. Quand j’ai fini par comprendre que mon bagage culturel avait fait de moi quelqu’un de chancelant sur une assise de bêtises et de rêves – et pis est, que mon travail avait incité d'autres à partager une telle situation à mes côtés, je fus inconsolable, mais je n’avais absolument personne vers qui me tourner.

J’ai réussi, je crois, grâce à ma rage et mon horreur devant ma propre complicité d’avoir aidé des gens à rester crédules – et peut-être grâce à mon chagrin et mon désespoir (mais davantage par périodes) concernant ma mauvaise formation. Maintenant je réfléchis à ce qu’il convient de faire dorénavant. Je me suis rendu compte en seulement quelques (moins de dix) entretiens avec des personnes convaincues de leurs croyances que l’information sceptique est tout à fait menaçante et indésirable. Ce que je n’avais pas compris jusqu’à récemment est que, lorsque vous commencez à remettre en causes ces croyances, il se produit un effet domino qui va finir par démolir tout votre château de cartes – et rien ne reste debout. Entamer un processus de remise en cause est une chose très dangereuse, et les membres de ma culture semblent le comprendre inconsciemment. En réponse à leur gêne extrême, je suis devenue totalement silencieuse auprès des croyants du Nouvel Âge – ce qui est difficile, car ils constituent la plupart de mes amis, de ma famille et de mes relations.

Si j’avais été dans ce domaine pour l’argent, je n’aurais jamais sérieusement remis en question ce que je faisais. J’aurais fait volte-face dès que mes recherches représentaient une remise en cause ou une menace pour moi. Mais je n’y étais pas pour l’argent. J’étais là pour aider les gens, souvent des gens très perturbés, qui s'embarrassaient avec telle thérapie, tel dispositif, tels gourous, ou tels compléments miracles. J’ai essayé d’aider les membres de ma culture à donner un sens à toutes ces idées et tous ces gadgets qui leur parvenaient si rapidement, mais j’ai été incapable de faire la moindre brèche. Quand j’ai pleinement compris que, peu important à quel point mes intentions étaient bonnes, la simple allusion à des choses comme les auras, les chakras et l’« énergie » attirait une multitude d’hypothèses hasardeuses et non prouvées – et que je conduisais les gens dans une arène où le scepticisme et la pensée critique étaient interdits – j’ai su qu’il était temps d’arrêter, et de tout arrêter. Ce fut une décision déchirante, pleine de désespoir, qui m’isolait, mais puisque mon objectif est d’aider les autres, changer était pour moi la seule chose éthique et morale à faire.

Je vous demande respectueusement, dans la communauté sceptique, d’envisager d’effectuer envers nous semblable changement (en espérant qu’il ne soit pas aussi traumatisant) dans votre comportement et votre abord. Je comprends maintenant, après des années de lecture et de recherche, que la culture sceptique résulte d’une très réelle préoccupation de la santé et du bien-être d’autrui. Entre les deux, je peux dire honnêtement que maintenant je préfère de loin la culture sceptique. Cependant, je sais par expérience que le point de vue sceptique ne peut se faire ni entendre ni comprendre dans la communauté Nouvel Âge et attachée à la métaphysique ; cela est impensable, et c’est dommage pour chacun d’entre nous. C’est dommage, parce que la recherche de la vérité, la préoccupation du bien-être d’autrui, le besoin d’être traité avec respect, et le besoin d’être accueilli dans une culture – ce sont toutes choses que ma communauté partage avec la vôtre. Nous avons des références et un langage différents, mais nous partageons ces essentiels besoins humains. Je vous demanderais de respecter notre nature humaine, de ne pas nous aborder comme si nous étions des réformateurs ou des rédempteurs. Je vous demanderais de nous approcher comme des frères humains qui partagent votre préoccupation et votre intérêt pour le bien-être d’autrui. Je vous demanderais d’être aussi intelligent dans le domaine culturel que vous l’êtes en science, et de travailler à comprendre notre culture aussi clairement que vous comprenez la technique, les idées, et les modalités qui en émanent. Nous sommes une communauté humaine, pas un problème.

Je crois que j’ai découvert un moyen de vous parler par delà l’abîme. J’apprends maintenant à réaliser la même prouesse à l’envers – parler de votre culture aux membres de la mienne, mais c’est beaucoup plus difficile. D’abord, j’ai besoin de repos, et j’ai besoin de fréquenter une vraie université, d’étudier une vraie science, et d’obtenir un vrai diplôme (les membres de ma culture ont tendance à suivre des études insolites, sur des sujets insolites dans des établissements insolites). Observer les personnes du Nouvel Âge a été aussi difficile pour moi que pour vous. Sous toute la magie, les fantômes sages et les remèdes qui n’en finissent pas se cache une source de souffrance et de solitude, immense et accablante. Je l’ai toujours compris – j’ai toujours compris l’insupportable vérité de ma culture, et je croyais que je pouvais apporter mon aide. Ne pas y être parvenue – pas réellement – est peut-être la plus grande désolation de ma vie. Il me faut guérir d’être guérisseuse.

Ma parole était influente au sein de ma communauté culturelle ; par conséquent, je dois assumer la responsabilité de ce que j’ai fait. Je dois me former moi-même et revenir dans la bataille de manière positive et respectueuse. Peut-être qu’une fois que j’aurai ordonné mes pensées, il existera déjà une culture de transition. Peut-être trouverai-je un moyen d’être écoutée – ou de traduire le vocabulaire sceptique de telle façon que les membres de ma culture pourront y avoir accès sans être insultés ou couverts de honte. Ce dont je suis sûre, c’est que j’insisterai sur le fait qu’il y a plus de beauté, d'émerveillement, d’éclat, et de mystère dans la science qu’il n’y en a dans le monde mystique.

Un des plus grands mensonges que j’ai entendus est que les sceptiques ne peuvent tolérer le mystère, alors que les membres du Nouvel Âge le peuvent. C’est tout à fait faux, parce qu’en réalité ce sont les membres de ma culture qui ne peuvent appréhender le mystère – même pas la moindre bribe. Tout dans ma culture Nouvel Âge survient au complet avec une explication, une cause, et une origine. Toute action, émotion, symptôme, rêve, incident, naissance, mort ou idée ont un lien direct avec l’influence des étoiles, du chi, des vies antérieures, des ancêtres, des champs énergétiques, des êtres interdimensionnels, des ennéagrammes, des dévas, des fées, des guides spirituels, des anges, des extraterrestres, du karma, de Dieu, ou de la Déesse.

Nous aimons dire que nous adhérons au mystère dans le Nouvel Âge, mais c’est une vanité dans cette culture, et c’est complètement faux. En réalité, nous ne tolérons pas le moindre mystère. Chaque chose, depuis la plus petite action individuelle jusqu’aux plus grands mouvements d’évolution de la planète, possède une cause particulière, métaphysique ou mystique. À mon avis, cette incapacité à tolérer le mystère est une conséquence directe du désaveu de l'intellect. Une des choses les plus effrayantes, lorsqu'il s’agit de parvenir à la capacité d’une pensée sceptique et critique, est qu’il existe tant de choses qui n’ont pas d’explication claire. Les esprits critiques et les sceptiques n’inventent pas d’explications pour seulement maîtriser leur anxiété.

Peut-être trouverai-je un moyen de mettre à profit la soif d’explications au sein de ma culture, et que la capacité de ses membres à utiliser des informations contradictoires (les idées métaphysiques changent tous les six mois environ et par conséquent les membres de ma culture sont très habitués à changer leur façon de penser). Maintenant, j’ai la conviction que je n’avais pas avant : conviction dans la préoccupation et l’intégrité de votre culture, et conviction dans la curiosité et la capacité de ma culture d’apprendre de nouvelles choses. J’ai aussi appris par expérience qu'une mauvaise formation, bien que préjudiciable, n’est pas une condamnation à perpétuité.

J’ai beaucoup de travail et de recherches à accomplir, mais maintenant je perçois vraiment une possibilité que je ne voyais pas auparavant. Je tiens à vous remercier de votre travail et de vos efforts pour protéger les gens comme moi contre les préjudices. Vous avez fait bouger les choses. J’espère pouvoir un jour vous rendre la pareille.

 

McLaren, Karla. Bridging the Chasm between Two Cultures. Skeptikal Inquirer, 2004. Vol. 28, n° 3, p. 47-52.

Skeptical Inquirer

 

 

Notes du traducteur

  1. Erhard Seminar Training, méthode de « transformation personnelle ».*
  2. Ou inédie : capacité de vivre sans manger.*
  3. Utilisation de l’urine à des fins préventives ou thérapeutiques.*
  4. Le mot anglais quack est un verbe qui signifie cancaner, crier en parlant du canard ; usité substantivement, et dans un registre argotique, il désigne un charlatan. Quackwatch pourrait se traduire par Observatoire du charlatanisme.

 

Action disciplinaire contre Eric Berg, DC

Action disciplinaire contre Eric Berg, DC

Dr Stephen Barrett

Eric Berg, DC (docteur en chiropratique), qui exploite le centre de santé et de bien-être d’Alexandria, en Virginie, a été blâmé et condamné à une amende de 1 500 dollars et à l’arrêt de l’utilisation et de la promotion de Body ResponseTechnique (BRT), technique d’élimination des allergies de Nambudripad, analyse du réflexe de contact (CRA), et test avec un cardiographe acoustique (ACG). BRT, NAET et CRA impliquent de faux tests musculaires supposés donner des informations sur les organes. L’ACG est censé fournir une « signature lisible » des sons du cœur, et est « utilisée pour détecter les déséquilibres de la chimie du corps ». Les problèmes allégués sont ensuite corrigés à l’aide de compléments alimentaires. Le consentement (illustré ci-dessous) indique que Berg avait présenté de nombreuses allégations thérapeutiques. Des enquêtes scientifiques ont montré que plus de 40 % des chiropraticiens utilisaient les tests musculaires de la même manière, notamment dans le cadre d’un système appelé kinésiologie appliquée.


VIRGINIE :

DEVANT LA COMMISSION DE MÉDECINE

COMPARANT :

ERIC BERG, DC
Numéro de licence : 0104-001851

ORDONNANCE SUR CONSENTEMENT

Dans une lettre datée du 7 août 2007, le Virginia Board of Medicine (le « Conseil ») a convoqué le Dr. Berg à une conférence informelle pour enquêter sur des allégations d’infraction à certaines lois et réglementations régissant la pratique de la chiropratique dans le Commonwealth de Virginie. Plutôt que de se rendre à une conférence informelle, la Commission et le Dr. Berg, comme en témoignent leurs signatures apposées ci-dessous, acceptent de donner effet à la présente ordonnance sur consentement concernant la licence du Dr. Berg pour exercer la chiropratique en Virginie.

CONCLUSIONS DE FAIT ET CONCLUSIONS DE DROIT

La Commission adopte les conclusions de fait et les conclusions de droit suivantes en la matière :

  1. Le 1er octobre 1997, le Conseil a délivré au Dr. Berg le numéro de licence 0104-001851 lui permettant de pratiquer la chiropratique dans le Commonwealth de Virginie. Ce permis expirera le 31 mars 2008, sauf reconduction ou autre restriction.
  2. De 2000 à 2006 environ, pendant sa pratique en chiropratique au Dr. Health and Wellness Center, à Alexandria, en Virginie :
    1. Dr. Berg a enfreint l’ancien article 54.1-2915.A (4) du code [tel qu’il existait avant sa modification en 2003] et l’article 54.1-2915.A (1) et (4) du code [anciennement articles 54.12915. A (1) et (5)] pour une pratique antérieure au 1er juillet 2003 ; l’article 54.1-2915.A (3) du code [anciennement article 54.1-2915.A (4), tel que modifié en 2003] pour la pratique du 1er juillet 2003 ; l’article 54.1-2915.A (13) du code [anciennement article 54.1-2914.A (8)] ; et l’article 54.1-2915.A (16) du Code [anciennement article 54.1-2914.A (11)], en ce qu’il utilisait pour soigner, diagnostiquer, évaluer et traiter ses patients, y compris le patient AH, les techniques suivantes, qui sortent du cadre de la pratique de la chiropratique ; ne constituent pas des normes acceptables de soins chiropratiques ; et n’ont aucune recherche scientifique ou médicale, enquête, étude ou donnée raisonnable pour appuyer leur efficacité ou bénéfice thérapeutique :
      1. La technique de restauration du corps (“BRT”) consiste à maintenir des flacons d’eau distillée contenant des empreintes homéopathiques sur certains organes ou parties du corps désignés, pendant que le praticien applique une pression en tapotant ou en frottant manuellement des points d’acupression. Elle est censée aider à rétablir l’équilibre hormonal et traiter d’autres symptômes ;
      2. La technique d’élimination des allergies de Nambudripad (“NAET”), une technique qui utilise des points de pression à certains endroits du corps, prétendument pour améliorer les allergies alimentaires et les sensibilités environnementales et chimiques ;
      3. Contact Reflex Analysis (“CRA”), une analyse nutritionnelle présumée reposant sur des tests musculaires et des points d’acupuncture ; et
      4. Acoustic Cardiograph (“ACG”), une évaluation nutritionnelle présumée basée sur des sons cardiaques enregistrés et visualisés sur un graphique.
    2. Dr. Berg a enfreint l’ancien article 54.1-2915.A (4) du Code [tel qu’il existait avant sa modification en 2003] pour conduite antérieure au 1er juillet 2003 ; l’article 54.1-2915.A (3) du Code [anciennement article 54.1-2915.A (4), tel que modifié en 2003] pour la pratique du 1er juillet 2003 ; l’article 54.1-2915.A (13) du Code [anciennement article 54.1-2914.A (8)] ; et l’article 54.1-2915.A (16) du Code [anciennement article 54.1-2914.A (1 l)], en ce que, contrairement aux normes de diligence acceptables :
      1. Ses dossiers médicaux pour les patients A, C, D, F, G, H et Z ne comportent pas de formulaire de consentement signé pour le traitement.
      2. Lors de la première et/ou des visites suivantes, le Dr. Berg n’a pas étudié de manière adéquate les antécédents médicaux des patients A-D, G et H et n’a pas procédé à un examen physique adéquat des patients A-H.
      3. Le Dr. Berg n’a pas géré correctement les dossiers des patients, ni maintenu des dossiers adéquats, lisibles et complets pour les patients A-H. Il manquait souvent à ces dossiers une description des plaintes et des symptômes du patient, un diagnostic, une évaluation, des signes physiques, un plan de traitement, une description du traitement ou des services fournis, ainsi que des notes de progression. Dans certains cas, les enregistrements des visites au bureau contiennent peu ou pas d’informations autres que le nom du patient.
      4. Le Dr. Berg a été incapable de localiser et de fournir les dossiers de trois (3) patients demandés par un enquêteur du ministère des Professions de la santé (« DHP ») vers août 2004.
    3. Dr. Berg a enfreint l’article 54.1-2915.A (1) du Code ; les articles 54.1-2915.A (12), (15), (16) et (18) du Code [anciennement Art. 54.1-2914.A (7), (10), (11) et (13)] ; l’article 54.12403 du Code ; et 18 VAC 85-20-30.E [tels qu’adoptés en 1998 et modifiés jusqu’en 2005] du Règlement de la Commission, en ce sens que, à plusieurs reprises, dans divers médias, y compris des journaux et des magazines, des circulaires et des brochures, de la correspondance avec des patients ou de potentiels patients, et son site Web, il a publié ou fait publier des publicités ou a fait ou fait faire des déclarations et des représentations qui étaient expressément ou implicitement fausses, trompeuses et/ou illusoires. Plus précisément :
      1. Malgré l’absence de preuves scientifiques ou médicales suffisantes à l’appui de l’efficacité ou du bénéfice thérapeutique du BRT ou de la NAET, le Dr. Berg a fait de la publicité ou présenté à maintes reprises aux patients et au public, de manière implicite ou explicite, que le BRT et/ou NAET étaient des techniques qui pourraient être utilisées pour prévenir, soulager, diagnostiquer, évaluer, traiter ou améliorer divers états et symptômes, y compris, sans s’y limiter, les suivantes : allergies, problèmes de thyroïde, infertilité, dépression, migraines, fibromyalgie, syndrome prémenstruel, troubles de la glycémie, arthrite, sciatique, problèmes de prostate, troubles cutanés, troubles du rythme cardiaque, troubles du métabolisme, comme indiqué dans ce qui suit :
        1. Lettre au patient Z datée du 21 juin 2002 ;
        2. Annonce publicitaire dans l’édition d’octobre 2002 de Dynamic Chiropractic, intitulée « Learn the Body Restoration Technique » ;
        3. Annonce marketing dans l’édition du 14 août 2005 de Dynamic Chiropractic, intitulée « Obtenez des résultats plus rapides et plus durables sur des cas difficiles ! Apprenez la technique de restauration du corps » ;
        4. Annonce publicitaire non datée à l’intention des praticiens intitulée « Créer des effets ÉNORMES sur les résultats des patients EN RÉTABLISSANT L’ÉQUILIBRE HORMONAL » ;
        5. En décembre 2006, le site Web du Dr. Berg indiquait que « le BRT obtient des résultats majeurs avec » divers états pathologiques et symptômes, tout en affirmant que :
          La BRT est une méthode spécialisée pour éliminer les blocages provenant de zones non vertébrales. C’est une méthode de vérification de toutes les voies du corps avec un accent mis sur les points d’acupression du système endocrinien… Si la bonne source est trouvée, les résultats corrigés seront immédiats, même quelques secondes après la correction.
      2. Le volume 1, numéro 1 d’une publication du Health and Wellness Centre datée d’août 2002 et envoyée au patient Z comprenait les revendications suivantes qui ne sont pas étayées par des preuves scientifiques ou médicales raisonnables :
        1. « Mes observations et les essais cliniques ont montré que cet œstrogène de synthèse est le principal facteur causal dans les cas d’hypothyroïdie, ainsi que dans l’hypertrophie prostatique, les fibromes, les kystes ovariens, les seins fibrokystiques, l’épuisement surrénal et l’hypertension. » Cependant, le Dr. Berg n’a pas fourni à l’enquêteur DHP les tests cliniques référencés dans la déclaration précédente, et il n’existe aucune preuve scientifique ou médicale raisonnable permettant de croire que le BRT améliore ces troubles ou que les hormones de synthèse constituent le principal facteur causal dans les affections énumérées.
        2. « Je recommanderais un produit appelé Cal Ma Plus aux personnes qui souhaitent prévenir l’ostéoporose. » Cependant, la fiche d’information sur Cal Ma Plus indique qu’il s’agit d’un supplément contenant de la glande parathyroïde bovine, qui n’a pas été évalué par la Food & Drug Administration et qu’il n’est pas destiné à diagnostiquer, traiter, soigner ou prévenir une maladie.
        3. « La technique de restauration du corps aidera… à renforcer les glandes surrénales pour qu’elles puissent à nouveau faire leur travail… et lorsque vous améliorerez cette zone, les glandes surrénales rebondiront et les symptômes de la ménopause s’amélioreront grandement. »
        4. Un jeune garçon de 5 ans atteint d’un trouble sanguin rare, le purpura thrombocytopénique immunitaire idiopathique (“PTII”), a subi un test musculaire qui a révélé que « son corps réagissait au vaccin contre la varicelle » et, après traitement avec NAET, le taux de plaquettes de l’enfant a remonté, il est redevenu énergique et il n’a plus eu d’ecchymoses. En outre, l’histoire d’une femme de 47 ans souffrant d’hypothyroïdie est décrite. Les tests ont révélé qu’« elle était faible en ce qui concerne les oreillons » et qu’elle a été traitée avec succès au BRT. Cependant, il n’y a aucune preuve scientifique ou médicale raisonnable d’un lien de causalité entre le vaccin contre la varicelle et le PTII, ni entre les oreillons et l’hypothyroïdie.
      3. Dans un dépliant non daté envoyé au patient Z intitulé « Long Time No See », le Dr. Berg a déclaré qu’« à ce propos, l’un des effets secondaires les plus connus du vaccin contre les oreillons est le diabète (trouble pancréatique). » Il n’existe aucune preuve scientifique ou médicale raisonnable qui soutienne cette affirmation.
      4. À de nombreuses reprises, le Dr. Berg a utilisé la désignation « Dr. », sans préciser qu’il est docteur en chiropratique, y compris dans une correspondance adressée au patient Z en date du 21 juin 2002, en octobre 2002 et août 2005, dans des publicités en chiropratique dynamique et sur son site Web. En outre, sur l’en-tête de lettre du Dr. Berg et d’autres documents, dans des publicités et sur son site Web, il a à plusieurs reprises identifié sa pratique comme étant un centre de santé et de bien-être, sans préciser qu’il s’agissait d’une pratique de chiropratique. De plus, dans un dépliant non daté envoyé au patient Z et intitulé « Long Time No See », le Dr. Berg a utilisé l’appellation « Dr. », en ce qui concerne quatre personnes dans son cabinet qui sont certifiées en BRT, sans préciser que ces personnes sont des docteurs en chiropratique.
      5. Le site Web du Dr. Berg affirme qu’il a développé le BRT il y a environ 8 ans. Cependant, une lettre de son avocat du 3 août 2004 à l’enquêteur DHP attribue son utilisation de la BRT à un séminaire de formation continue auquel il a assisté en 1998, intitulé « Technique d’élimination des allergies de Nambudripad ».
      6. Un dépliant promotionnel non daté annonçant un séminaire de marketing pour les praticiens indique qu’« il a été établi que BRT obtient un taux de réussite de 84 % pour la plupart des affections endocriniennes ». Cependant, aucune donnée ne permet de soutenir l’affirmation d’un taux de réussite de 84 %.
      7. Une publicité non datée dans le Washington Post, intitulée « Les hormones causent prise de poids et fatigue ? », proposant un séminaire gratuit, indique que le séminaire « repose sur plusieurs manuels de médecine, dont un livre intitulé « Dr. Berg's Body Shape Diets. » Cependant, décrire le livre du Dr. Berg comme un manuel médical est faux et/ou trompeur en ce sens qu’il n’y a aucune preuve que ce livre ait le niveau scientifique nécessaire pour être considéré comme un texte destiné à des professionnels de santé plutôt qu’une publication profane.

CONSENTEMENT

Moi-même, Eric Berg, DC, en apposant ma signature sur le présent document, reconnais que :

  1. On m’a spécifiquement conseillé de demander l’avis d’un conseil avant de signer le présent document et je suis représenté par Jonathan W. Emord, Esquire ;
  2. Je suis pleinement conscient du fait que, sans mon consentement, aucune action en justice ne peut être intentée à l’encontre de ma licence, sauf en vertu de la loi intitulée Virginia Administrative Process Act, paragraphes 2.2-4000.A et suivants du Code de Virginie ;
  3. J’ai les droits suivants, entre autres :
    1. le droit à une conférence informelle devant le Conseil ;
    2. et le droit de comparaître en personne ou par l’intermédiaire d’un avocat ou d’un autre représentant qualifié devant la Commission.
  4. Je renonce à tout droit de participer à une conférence informelle.
  5. Je ne reconnais ni ne nie la vérité des conclusions de fait ci-dessus, mais j’accepte de ne pas les contester lors d’une instance ultérieure de la Commission ; et
  6. Je consens à l’ordonnance suivante concernant mon permis d’exercer la chiropratique dans le Commonwealth de Virginie.

ORDONNANCE

EN CONSÉQUENCE, sur la base des conclusions de fait et des conclusions de droit qui précèdent, et avec le consentement du licencié, IL EST ORDONNÉ qu’Éric Berg, DC, soit et est, par la présente, l’objet d’un BLÂME.

Il est en outre ORDONNÉ qu’une AMENDE de mille cinq cents dollars (1 500,00 $) soit imposée au Dr. Berg, ladite amende devant être versée à la Commission dans un délai de quatre-vingt-dix (90) jours suivant l’inscription de la présente ordonnance, et que la licence de Dr. Berg soit soumise aux conditions suivantes :

  1. Le Dr. Berg doit cesser l’utilisation de BRT, NAET, CRT et ACG, ainsi que toute publicité s’y rapportant.
  2. Dans les six (6) mois à compter de la date d’entrée de la présente ordonnance sur consentement, le Dr. Berg suivra au moins six (6) heures de formation médicale continue (‘‘FMC’’), approuvée par le Conseil, portant sur les règles d’enregistrement des dossiers médicaux. Toutes les activités de FMC doivent être approuvées au préalable par le directeur général du Conseil. Dans les vingt et un (21) jours suivant la fin de la FMC, le Dr. Berg soumettra un certificat ou une autre preuve valide, à la satisfaction du Conseil, de la réussite de chaque cours. Les heures de FMC obtenues conformément à cette période ne doivent pas être utilisées pour se conformer aux exigences de formation continue de la Commission en matière de renouvellement de licence.
  3. Dans les douze (12) mois suivant l’entrée de la présente ordonnance sur consentement, mais après l’achèvement de la CME requise ci-dessus, le cabinet du Dr. Berg fera l’objet d’une inspection sans préavis effectuée par un inspecteur / enquêteur du département des professions de la santé. Cette inspection doit avoir lieu pendant les heures normales de consultation et doit inclure une étude du bureau et des équipements du Dr. Berg, de la publicité en cours et éventuellement un entretien avec le personnel. Le Dr. Berg mettra les dossiers médicaux et de facturation de son patient à la disposition de l’inspecteur / enquêteur. L’inspecteur / enquêteur doit obtenir et copier un échantillon aléatoire de dix des dossiers de patients / dossiers de facturation du Dr. Berg à des fins d’examen par la Commission.

Après avoir reçu la preuve que le Dr. Berg s’est conformé aux exigences de la présente ordonnance sur consentement, le comité autorise le directeur général du Conseil à clore l’affaire sans autre procédure.

Dans sa pratique de la chiropratique, le Dr. Berg maintiendra un comportement conforme aux exigences du titre 54.1, chapitre 29 du code et de toutes les lois du Commonwealth.

Une preuve claire et convaincante d’une violation de la présente ordonnance sur consentement constituera un motif de suspension du permis du Dr. Berg. Si le Dr. Berg enfreint l’une des conditions de la présente ordonnance, une audience administrative formelle sera convoquée pour déterminer si sa licence doit être suspendue.

Conformément à l’article 54.1-2400.2 du code, l’original signé de la présente ordonnance sur consentement reste sous la garde du ministère des professions de la santé sous forme d’archive publique et doit être mis à la disposition du public pour inspection et copie sur demande.

 

POUR LE CONSEIL :
____________________

William L. Harp, MD
Directeur exécutif
Virginia Board of Medicine

INSCRIT : 13/09/2007

VU ET CONVENU PAR :

____________________
Eric Berg, DC

Cultes médicaux: Naturopathie

Cultes médicaux: Naturopathie

Martin Gardner ©1966

La naturopathie est, au même titre que l'homéopathie, un culte médical universel venu d'Europe. Toutefois, contrairement à l'homéopathie, il n'a pas eu un fondateur proprement dit. Son développement fut spontané. Son principe se résume à ceci : s'en remettre entièrement à la « nature » pour guérir de tout. On aura recours à la médecine et à la chirurgie le moins possible ou même pas du tout. Comme on peut aisément le concevoir, des centaines de thérapeuthiques insolites se réclament de cette tendance, en sorte qu'il est difficile de donner une définition exacte des doctrines de la naturothérapie.

Les premiers naturopathes sont des médecins européens des dix-huitième et dix-neuvième siècles. Vincenz Prisnitz et le P. Sébastien Kneipp furent les pionniers de l'hydrothérapie. Adolphe Just, dans son Retour à la Nature, recommandait de dormir à même le sol, de marcher pieds nus sur le sable et les pelouses humides, et d'employer des compresses d'argile. Louis Kuhne, dans l'Art de guérir, condamnait tous les médicaments et conseillait les bains de vapeur, la lumière du soleil, un régime végétarien et le pain complet. Heinrich Lahmann interdisait, quant à lui, de saler les aliments et de boire de l'eau pendant le repas. Antoine Béchamp soutenait que les maladies engendrent les bactéries, et non l'inverse.

Le pionnier de la naturothérapie aux États-Unis est un Adventiste du Septième Jour, John H. Kellogg, qui créa le sanatorium de Battle Creek[1]. Il est responsable de la place prépondérante que tiennent les méthodes naturothérapiques chez les Adventistes contemporains. Un autre Américain, Henry Lindhar, « découvrit » que la maladie, loin d'être la conséquence d'une invasion de microbes pernicieux, est en réalité un mode d'autodéfense naturel du corps. Mais Benedict Lust, disciple du P. Kneipp, se détache nettement sur le fond des premiers naturopathes américains. Il fonda une école à New York, deux centres de séjour (à Butler, New Jersey et à Tangerine, Floride), écrivit beaucoup de livres, publia maintes revues (l'une d'elles, les Voies de la Nature, poursuit allègrement sa longue carrière entre les mains des descendants de Lust). Ennemi irréductible des « trusts du médicament », il réussit à se faire arrêter à 16 reprises au cours du bon combat. Ses insertions publicitaires furent souvent l'ornement des revues naturistes de Bernarr Macfadden.

Macfadden, lui-même grand promoteur de la naturopathie, est l’auteur d'une monumentale Encyclopédie de la culture physique (1912) en 5 volumes (sous-titre : Ouvrage de base, apportant une documentation complète sur le traitement de toutes les maladies par la physcultopathie), véritable sommet de la pseudo-science médicale. Les 572 pages du tome IV sont dévolues à une liste alphabétique des principales maladies — dont les néphrites, la polio, le cancer, etc., — accompagnées du traitement à domicile correspondant, conçu par Macfadden. Ces traitements se limitent, la plupart du temps, aux régimes alimentaires, exercices de culture physique et hydrothérapie. Le cancer, par exemple, exige une cure de jeûne, suivie d'exercices et d'un « régime de revitalisation ». Le recours au médecin n'est envisagé à aucun moment. On trouve d'ailleurs en tête de ce volume un « Avertissement au lecteur » ainsi libellé : « Il est indispensable de rappeler que les méthodes préconisées dans cet ouvrage sont incompatibles avec l'usage interne de produits médicamenteux. Tout emploi de médicaments en cours des traitements prescrits ici peut entraîner des conséquences très sérieuses, et il ne faut s'y fier en aucun cas. »

Rendons cette justice à Macfadden : il est un peu revenu sur son intransigeance, un peu seulement. Il reste tout à fait convaincu par exemple que le cancer doit se traiter par un régime exclusivement composé de raisins ; il y a quelques années, il offrit 10 000 dollars à quiconque lui prouverait le contraire (la théorie de la cure de raisins comme panacée souveraine de toutes les maladies, longtemps à l'honneur dans les régions vinicoles d'Europe, offre une littérature aussi abondante que les panégyriques du lait de chèvre).


1957 : Macfadden mourut de jaunisse en 1955 ; sa fin fut, à coup sûr, hâtée par le jeûne de trois jours qu'il s'imposa en essayant de se soigner lui-même, sans recourir à un médecin. Mrs. Macfadden, sa troisième femme, a écrit une biographie sans fard de son mari : Haltères et carottes râpées (1953).


Au tournant de ce siècle, des centaines d'écoles surgirent çà et là, sous l'enseigne de la naturopathie. Comme bien on pense, elles étaient aussi miteuses que possible. La plupart se réduisaient à quelques pièces exiguës, dans un appartement sans ascenseur ; on y donnait des cours du soir, et, au terme d'une brève période de formation, un diplôme pompeusement calligraphié. L'élève recevait parfois plusieurs diplômes à la fois, gravés à l'en-tête d'écoles différentes, mais qui se partageaient le même local et, du coup, ses versements. Encadrés dans le bureau du lauréat, ces diplômes composaient un ensemble fort impressionnant. L'unité de vues n'était pas le trait dominant de ces écoles. Outre les régimes fantaisistes, les massages et l'hydrothérapie, on trouve à leurs programmes des douzaines de petites doctrines farfelues. Jetons un coup d’œil sur deux d'entre elles : l'iridiagnostic et la zonothérapie.

L'iridiagnostic, c'est le diagnostic des maladies d'après l'aspect de l'iris de l'oeil[2]. Grande science, en vérité, elle est l'oeuvre d'un médecin de Budapest, Ignace Peczely, qui la fit connaître par un ouvrage publié en 1880. Son art rencontra un écho immédiat chez les homéopathes de Suède et d'Allemagne, et fut introduit aux États-Unis par Henry E. Lahn, auteur du premier livre de langue anglaise sur le sujet. Le naturopathe Henry Lindlahr, élève de Lahn, rédigea une étude qui reste définitive, l'Iridiagnostic et les autres méthodes de diagnostic (1917), en dépit de quelques travaux publiés par la suite.

D'après Lindlahr, le Dr Peczely découvrit la nouvelle science à l'âge de dix ans. Il avait attrapé un hibou et, par inadvertance, lui cassa une patte. « Regardant droit dans les grands yeux brillants de l'oiseau, écrit Lindlahr, il nota qu'au moment où l'os claqua une tache noire apparut dans la partie inférieure centrale de l'iris, correspondant à la région où se localise la patte cassée, comme il devait le découvrir plus tard. » Le petit Ignace fit du hibou son favori. Tandis que guérissait la patte, un liseré blanc se dessina autour de la tache noire, révélant la formation d'un tissu cicatriciel dans l’os.

Selon les iridiagnosticiens, l'iris se divise en une quarantaine de zones, disposées dans le sens des aiguilles d'une montre pour un œil, dans le sens contraire pour l'autre. Chaque zone est reliée par des filaments nerveux aux différentes parties du corps, à peu près comme dans la théorie chiropractique où les diverses parties de l'épine dorsale sont connectées à des régions précises du corps. Les taches de l'iris sont appelées « lésions » ; elles indiquent un mauvais fonctionnement de la partie correspondante. J. Haskell Kritzer, dans son Manuel de l'iridiagnostic (5e édition, 1921), explique avec soin comment distinguer les yeux artificiels, évitant ainsi les instants pénibles qui ne manqueraient pas de suivre un diagnostic circonstancié.

On aurait tort de voir dans l'iridiagnostic le plus aberrant de ces cultes médicaux ; la zonothérapie est pire encore. Ici, le corps est divisé en dix zones verticales, cinq de chaque côté du corps, terminées chacune par un doigt et un orteil. On pourra longtemps se demander de quelle façon les parties de chaque zone communiquent entre elles, les dix divisions faisant fi des systèmes nerveux et artériels. Les zonothérapeutes invoquaient l'existence d'un réseau microscopique encore insoupçonné.

En gros, ils soutenaient que la quasi-totalité des douleurs physiques et, dans bien des cas, leur cause même, peuvent être vaincues par pression sur le doigt ou l'orteil adéquat, ou quelque autre point de la zone affectée. Les techniques de pression étaient fort variées — principalement, des bandes de caoutchouc (serrées jusqu'à ce que le doigt, ou l'orteil, soit bleu), des cordons élastiques à vêtements ou encore des dents de peigne métalliques imprimées dans la chair.

Le créateur de la zonothérapie, le Dr William H. Fitzgerald, diplômé de l'université du Vermont, fut de longues années chef des services d’otorhinolaryngologie à l'hôpital Saint-Francis de Hartford, Connecticut. Son adjoint, le Dr F. Browers, fut le premier à présenter la nouvelle science par une série d'articles de vulgarisation dans la Revue pour tous, précédés d'une chaleureuse introduction du rédacteur en chef, Bruce Barton. Plus tard, Fitzgerald et Browers rédigèrent en collaboration la Zonothérapie (1917). D'autres auteurs y allèrent ensuite de leur contribution ; la plus notable demeure la Zonothérapie de Benedict Lust, père de la naturothérapie américaine.

Le livre de Lust décrit le traitement de la plupart des maladies — y compris le cancer, la polio et l'appendicite. Il faut soigner le goître par pression sur l'index et le médius ; toutefois, « si le goître, très développé, déborde sur la quatrième zone, il devient nécessaire d'agir également sur l'annulaire. » Les douleurs et troubles de la vue requièrent une pression sur ces deux mêmes doigts ; mais, en cas de surdité, on serrera de préférence l'annulaire que le troisième orteil. Un des traitements les plus efficaces de la surdité partielle, écrit Lust, « est de serrer un élastique à vêtement sur l'extrémité du troisième doigt, du côté où se manifeste le trouble d'audition. »

On apaisera les nausées en pressant un peigne de métal sur la face externe des deux mains, et les douleurs de l'enfantement s'évanouiront si la mère serre un peigne dans chaque main, de telle façon que le bout des doigts appuient sur les dents du peigne. « Des bandes de caoutchouc autour du gros orteil et du deuxième orteil seront également utiles », ajoute Lust. Les dentistes ont, avec la zonothérapie, un outil inestimable. Plus besoin d'anesthésies ! Il suffit d'entourer d'une bande de caoutchouc étroitement serrée les doigts correspondants à la zone de la dent pour que celle-ci soit insensibilisée.

Contre la chute des cheveux, Lust préconise une méthode qu'il décrit à bon droit comme « la simplicité même ». Elle consiste « à frotter vigoureusement les ongles des deux mains les uns contre les autres, en un mouvement latéral, pendant trois ou quatre minutes et plusieurs fois par jour. L'Irrigation sanguine de toutes les zones s'en trouve stimulée et, de ce fait, active le système circulatoire tout entier y compris, naturellement, le cuir chevelu ».

La langue, la gorge et la voûte du palais, entrant dans les dix zones, se prêtent donc, elles aussi, à la thérapeutique par pression. Les maux de tête, par exemple, seront traités en pressant le pouce contre le palais : douleurs menstruelles, en appuyant sur certaines parties de la langue ; il faut trois à cinq minutes pour guérir la coqueluche par attouchement d'un point précis de l'arrière-gorge. « Nous n'avons pas encore essuyé d'échecs, écrivent Fitzgerald et Browers, après une expérience portant sur plusieurs centaines de coqueluches convenablement traitées par zonothérapie. »

Il paraît inconcevable que cette doctrine ait pu trouver crédit, et pourtant des centaines de naturopathes l'ont prise au sérieux, lui attribuant résultats extraordinaires. Les ouvrages consacrés à cet art regorgent des témoignages de patients immédiatement soulagés de souffrances intolérables, sinon guéris définitivement de maladies graves et chroniques.

Aujourd'hui, plus réalistes, les écoles de naturopathie ont abandonné l'iridiagnostic, la zonothérapie et autres aspects démentiels de la doctrine. Mais elles s'accordent toutes sur un point : la cause principale d'une maladie n'est pas une bactérie d'origine extérieure, mais une violation des lois naturelles de la vie. Toutes, elles considèrent que les médicaments sont dangereux. Le Dr Robert A. Wood, de Chicago, naturopathe et ancien président de l'Association américaine de Naturopathie, formule ainsi ce credo :

Les naturopathes ne recourent en aucun cas aux médicaments, pas plus qu'ils ne font usage de substances inorganiques susceptibles d'affecter l'organisme. En revanche, ils font confiance aux vitamines, aux minéraux, à la chlorophylle, aux jus de légumes et de fruits, au lait de vache non pasteurisé et à un régime équilibré. Quelle que soit la maladie, l'allopathie supprime les symptômes, elle ne guérit pas. Son seul but est de tuer la douleur, d'apporter un soulagement éphémère. Contre toutes les variétés de fièvre, elle utilise les antipyrétiques — quinine, aspirine, salycilate et autres dérivés du goudron, coupant la fièvre sans doute, mais qui laissent dans l'organisme les toxines qui l'ont provoquée. Tandis que le naturopathe combat ou réduit la fièvre physiologiquement, par des moyens naturels : jus de citron dans de l'eau distillée ; jus de fruits frais et crus en abondance ; enveloppements dans les serviettes de bain chaudes et humides ; enfin, brochant sur le tout, le meilleur de tous les réducteurs de fièvre : les lavements.

Les naturopathes font grand cas du clystère pour balayer de l’organisme tous les déchets indésirables. Ils trouvent apparemment tout à fait « naturel » d'introduire un tube dans le rectum et d'inonder ensuite l'intestin d'énormes quantités d'eau. Par contre, ils jugent « antinaturel » de prendre un remède qui, la plupart du temps, n'est rien d'autre qu'une substance naturelle, mais purifiée afin de la rendre plus active.

À en croire le Dr Wood, 85 % des appendicites peuvent être guéries par une diète de courte durée, puis lavement d'eau froide quotidien pendant quatre jours, suivis, pour finir, d'un régime spécial. Non seulement les médicaments ne guérissent pas la syphilis, mais encore ils sont cause d'ataxie motrice. Dans un article de l'American Mercury, numéro de mai 1950 (dont sont extraites les assertions et citations ci-dessus) le docteur se flatte d'avoir guéri un homme de soixante-cinq ans qui, ayant contracté la syphilis à l'âge de seize ans, n'avait pas été traité depuis lors. « Je n'ai utilisé, déclare-t-il, ni mercure ni aucun autre de ces remèdes allopathiques qui font effet « au petit bonheur la chance ».

Une autre fois, le Dr Wood eut à traiter un petit garçon de cinq ans, atteint de tuberculose de l'os pelvien. Le mal avait rongé deux trous dans l'os.

Mis à part les deux trous, une légère déviation de la colonne vertébrale et le fait qu'une jambe était devenue plus courte que l'autre, il se portait à merveille. Priorité fut donnée au régime : aliments naturels additionnés de calcium naturel. Bains de siège, bains de soleil, jets d'eau froide, enveloppements chauds, infrarouge, vibrations, gymnastique, massages, lavements et autres remèdes naturels, et voilà le traitement. Le dernier examen aux rayons X démontrait un rétablissement complet.

L’aversion des naturopathes pour la théorie microbienne est, bien entendu, partagée par de nombreuses sectes religieuses. La Christian Science, la Pensée nouvelle et l'Unité viennent en tête de liste, pour ne pas parler de la Jewish Science, secte fondée en 1922 par le rabbin Morris Lichtenstein de New York. Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur le sujet dont la Science juive et la santé, évidente imitation du célèbre ouvrage de Mrs. Baker Eddy, fondatrice de la Science chrétienne. Citons, parmi les hommes célèbres qui combattirent la théorie de l'infection microbienne, le plus illustre d'entre eux peut-être : G. B. Shaw. L'un de ses derniers livres, Tout ce qu'il faut savoir de la politique (1944), contient un spirituel plaidoyer en faveur de la naturopathie. Les médicaments, dit-il, se bornent à supprimer les symptômes. La maladie revient en général, à moins que la personne ne soit assez sensée pour permettre à la nature de la guérir en dépit des drogues. Comme Antoine Béchamp, un chimiste français contemporain de Pasteur, Shaw nie que les maladies soient dues à des germes aériens. Les microbes, selon Shaw, Béchamp et la plupart des auteurs cités dans ce chapitre, sont le produit de la maladie. Ils se développent au sein des cellules malades de l'organisme. Néanmoins, une fois développés, ils deviennent infectieux. Shaw pensait que la majorité des épidémies sont imputables aux blanchisseries, où les mouchoirs et vêtements des malades contaminent les vêtements des autres. Shaw, on s'en doute déjà, fut toute sa vie durant l'ennemi acharné de la vaccination, de la vivisection, de l'alimentation carnée, des césariennes et de l'ablation des amygdales et de l'appendice[3].

Eugène Debs, le célèbre leader socialiste américain, mourut au Sanatorium Naturopathique Lindlahr d'Elmhurst, Illinois. Morris Fishbein raconte cette histoire tragique dans son livre : Manies et charlatanisme en matière de guérison, 1932 (sur lequel ce chapitre se fonde en grande partie). Debs, sorti de prison depuis peu et se sentant malade, avait été se reposer au sanatorium. Un jour qu'il s'était rendu chez l'écrivain Carl Sandburo l'un de ses nouveaux voisins, il tomba évanoui sur le chemin du retour. Après deux jours de traitement au sanatorium, le frère de Debs demanda au Dr Fishbein d'examiner le malade. Fishbein le trouva dans le coma, une pupille dilatée et l'autre contractée — ce symptôme, demeuré inaperçu du personnel soignant, indique un trouble cérébral. Le corps était gravement déshydraté : Debs, inconscient, n'avait pas réclamé à boire depuis deux jours, en sorte que personne n'y avait pensé. Il souffrait aussi de malnutrition, en raison du jeûne qu'on lui faisait subir conformément aux recommandations de Macfadden et d'Upton Sinclair. Quand le cœur de Debs commença de faiblir, les « docteurs » lui administrèrent un remède végétarien, à base de cactus, sans la moindre vertu. Le remède ayant échoué, ils lui appliquèrent un traitement électrique dont il ne résulta que de graves brûlures. En désespoir de cause, ils avaient essayé une injection maladroite de digitaline — qui, administrée avec discernement, peut avoir d'heureux effets. Mais Debs ne pouvait plus être sauvé et mourut le lendemain. Ce traitement, dit Fishbein, est caractéristique des méthodes naturopathiques.

Le nombre des naturopathes qui exercent à présent aux États-Unis est difficile à évaluer — quelques milliers encore, sans doute. Quantité de revues spécialisées suivent la ligne naturopathique, des dizaines de pharmacies sont dépositaires de remèdes « naturels » sous forme de sels minéraux, vitamines, supra-levures, extraits d'herbes, etc. Leurs fabricants, bien souvent, opèrent dans une semi-clandestinité, accusant l'Association des Médecins américains et les « trusts pharmaceutiques » de les « persécuter ».

Il est tout aussi difficile d'apprécier les méfaits causés par les naturopathes. Par bonheur, leur horreur de la vaccination n'a pas rencontré assez d'échos pour empêcher les étourdissants progrès de la Santé publique au cours des récentes années. Encore une autre décennie, et la variole, la diphtérie et la coqueluche auront complètement disparu du territoire américain. Ces affections entraînaient chaque année des dizaines de milliers de décès. Un retour au lait cru pourrait s'accompagner d'une recrudescence de la scarlatine, de la typhoïde, de la tuberculose et autres maladies que la pasteurisation a fait régresser dans des proportions inouïes. La condamnation des sulfamides et de la pénicilline (qui attaquent les germes infectieux, non les symptômes) a sans doute provoqué la mort d'un nombre insoupçonné de patients naturopathes à qui les lavements ne pouvaient faire que du mal.

Le meilleur échantillon de la science médicale d'un naturopathe est peut-être cette déclaration, tirée d'une lettre du Dr Wood à l'American Mercury (août 1950) : « Si les bactéries de l'atmosphère propagent les maladies, comme l'affirme le corps médical, alors comment se fait-il que des millions d'Hindous se baignent chaque jour dans le Gange pollué, charriant des milliards de microbes... Or, à ma connaissance, aucune épidémie d'importance ne s'est jamais déclarée sur ces lieux. » À quoi le Dr Joseph Wassersug répond courtoisement que le taux de mortalité par maladies infectieuses est plus élevé en Inde que nulle part ailleurs, et qu'on a pu mettre au compte des baignades du Gange l'origine directe d'épidémies mortelles de choléra, assez importantes dans quelques cas pour prendre des proportions mondiales. Rien, toutefois, ne permet d'augurer que ce genre de remarque amènera les naturopathes à renoncer à leurs clystères et à leurs livres de poche.

 

Notes

  1. L'ouvrage le plus gros de John Kellog a pour titre : L'Hydrothérapie rationnelle, le volume dépasse les 1200 pages. Son plus jeune frère, W. K. Kellog, devint le roi du flocon d'avoine.
  2. Les délires médicaux, comme les sectes religieuses, ne s'éteignent jamais tout à fait : l'illustré allemand Quick (30-5-54) contient un article sur l'iridiagnosticien Emil Stramke, de Hambourg; en juin 1954, la police de Tulsa, Oklahoma, arrêtait l'« iriologiste » J.D. Levine, au grand mécontentement d'une petite foule venue entendre sa conférence. (Note de l'Auteur, 1957).
  3. Pour les positions médicales Cranks de Shaw, consulter la longue préface de sa tragédie, Le Dilemme du docteur (trad. fr. 1941) et dans les articles recueillis sous le titre : Doctor's Delusion (Standard Edition of the Works of G.B.S. yol. XIII). (Note de l'Auteur).

 



Cet article est un extrait du livre de Martin Gardner, Les magiciens démasqués (pp. 218 à 225).

Martin Gardner, Les magiciens démasqués

© Presses de la cité, un département de Place des éditeurs,
1966 pour la traduction française par Béatrice Rochereau.

Article publié avec l'aimable autorisation des Presses de la cité.


Le stratagème pyramidal: Une introduction

Le stratagème pyramidal: Une introduction

Pershing Square Capital Management

Démarrer avec succès sa propre entreprise est depuis longtemps un pilier du rêve américain. Certaines compagnies légitimes comptent sur les entrepreneurs en herbe pour développer leur entreprise. H&R, Block, Burger King et Midas en sont de bons exemples. Certaines des offres de démarrage d'entreprise que vous verrez sont des occasions d'affaire légitimes. Mais certaines sont conçues pour profiter de vous. Si vous vous impliquez dans l'une de ces entreprises, au lieu de gagner de l'argent, vous allez probablement en perdre.

L'une des escroqueries les plus dommageables et pernicieuses qui soient est connue sous le nom de système pyramidal. Afin de vous protéger contre les systèmes pyramidaux, vous devez apprendre à les identifier. Alors, qu'est-ce qu'un système pyramidal ?

La plupart des entreprises qui vendent des produits gagnent de l'argent en les vendant aux consommateurs. Mais de nombreux MLM gagnent de l'argent en vendant, à leurs propres distributeurs qui sont généralement des entrepreneurs en herbe souhaitant développer leur activité, des produits surévalués et difficiles à vendre autrement. Pour être considéré comme un distributeur, vous devez acheter une quantité minimale de produits de l'entreprise. Cela peut vous coûter des centaines, voire des milliers de dollars. Une fois que vous aurez acheté suffisamment du produit pour pouvoir bénéficier de commissions, vous vous rendrez vite compte qu'il est difficile de générer des profits au détail, en revendant l'inventaire que vous avez acheté.

À ce stade, vous apprendrez que recruter d'autres personnes pour devenir distributeur est le seul moyen d'avoir une chance de récupérer l'argent que vous avez investi. Vous serez probablement incité par le distributeur qui vous a recruté à convaincre d'autres personnes d'adhérer et de devenir eux aussi distributeurs. Sous la pression de recruter et face au risque de perdre ce qu'ils ont déjà investi, les victimes du système pyramidal recrutent souvent leurs propres amis et leur famille dans le système pour essayer de récupérer ce qu'elles ont perdu. Cette insistance constante sur le recrutement de nouveaux distributeurs est un signe révélateur que vous avez affaire à un système pyramidal.

Pour survivre, les systèmes pyramidaux ont besoin d'un flux constant de nouveaux entrepreneurs en herbe prêts à s'engager aux niveaux les plus bas de la pyramide. Pour ce faire, les distributeurs s'efforcent de vous convaincre de vous inscrire, en utilisant souvent des arguments très convaincants mais aussi faux et trompeurs.

  • Ils vous diront peut-être que vous allez gagner beaucoup d'argent. Parfois, ils utilisent une approche discrète suggérant que vous gagnerez de l'argent supplémentaire pour payer vos factures.
  • Ils vous diront avec assurance que l'entreprise pour laquelle ils travaillent est une entreprise légitime qui jouit d'une longue réputation dans l'industrie et avec des centaines de millions ou même des milliards de dollars de ventes.
  • Ils affirmeront avec emphase que ces produits sont les meilleurs de l'industrie et qu'ils sont appuyés par des recherches et des récompenses et qu'ils ont la capacité de faire des choses étonnantes, comme par exemple, vous aider à perdre du poids rapidement ou guérir des maladies.
  • Souvent, ils vous montreront un endossement de la part de personnalités ou d’athlètes professionnels qui sont rémunérés pour approuver les produits.

Pour que vous arriviez à vous séparer de votre argent durement gagné, ils travailleront d'abord à gagner votre confiance. La personne qui vous recrute dans un système pyramidal est probablement quelqu'un que vous connaissez, un membre de votre famille, un ami, une personne de l'église, du travail, une connaissance liée aux sports ou un parent de l'école de votre enfant. La personne qui vous recrute ne sait peut-être même pas qu'il s'agit d'un système pyramidal et peut être sincère dans sa tentative de vous recruter.

Les systèmes pyramidaux ont connu une vague de recrutement dans la communauté latino-américaine. Ces communautés qui partagent le même mode de vie, la langue et l'affiliation religieuse, constituent des cibles idéales. Si vous vous inscrivez, on vous dira que si vous travaillez dur, n'importe qui peut le faire. Si vous restez avec eux pendant un certain temps, vous pourriez même commencer à recevoir de petits paiements de redevances, ce qui vous encourage à croire que le succès est imminent.


Vidéo (6 minutes): English | Spanish

Les nouveaux distributeurs considèrent souvent ces petites redevances comme des profits, mais oublient de considérer l'investissement beaucoup plus important en stocks invendables et autres dépenses, y compris l'énorme quantité de temps et d'énergie qu'ils ont déjà investie. Vous serez également encouragé à investir davantage d'argent dans des séances de formation, du matériel de marketing et de vente, et à participer à de somptueux spectacles appelés « extravaganzas ». Les systèmes pyramidaux focaliseront votre attention sur les très rares personnes au sommet qui gagnent beaucoup d'argent alors qu'en réalité, la grande majorité des gens échouent dans les systèmes pyramidaux. L'argent du distributeur défaillant est perdu et transféré aux personnes qui se trouvent au sommet de la pyramide et qui ont probablement adhéré au système dès ses premières années.

Alors, comment pouvez-vous vous protéger ? Utilisez cette liste de contrôle pour voir si votre entreprise correspond au profil pyramidal.

  • Est-ce qu'elle vous offre un revenu mensuel, souvent de grosses sommes d'argent, simplement en travaillant à domicile ?
  • Vous faut-il investir de votre propre argent dans l'entreprise en achetant un produit ou en prenant un abonnement ?
  • Insiste-t-elle fortement sur le recrutement d'autres personnes dans l'entreprise ?
  • A-t-elle une structure de commission ou un plan de marketing complexe ?
  • Manque-t-elle de points de ventes au détail à l'extérieur de son réseau de distribution ?
  • Est-ce que cela semble trop beau pour être vrai ? Si oui, c'est probablement le cas.

Protégez-vous contre les systèmes pyramidaux en apprenant à reconnaître les signes avant-coureurs. Pour garder votre argent en sécurité, restez sceptique face aux stratagèmes financiers qui, pour réussir, reposent sur le recrutement de personnes additionnelles. Aidez votre communauté en passant le mot. Si vous voulez saisir votre part du rêve américain, ne vous laissez pas prendre dans le schéma pyramidal.

 

 

Le message ci-dessus est une légère modification de la brillante vidéo produite par Pershing Square Capital Management, dont le président, Bill Ackman, exhorte les régulateurs gouvernementaux à fermer Herbalife. Je suis d'accord avec son analyse, mais mon conseil au sujet des MLM est plus simple : puisque les produits MLM consommables ont tendance à être trop chers et que les chances de réaliser des bénéfices en tant que distributeur MLM sont si faibles, la meilleure chose à faire est d'éviter complètement les MLM à base de produits. 

 

 

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Dr William T. Jarvis

La chiropratique est le plus important système de soins de santé non scientifique aux États-Unis. En raison de leur haut degré d’organisation et de leur virulence, les chiropraticiens sont habilités à pratiquer dans chacun des 50 États et dans plusieurs autres pays. Bien qu’une minorité de chiropraticiens offre des traitements rationnels, le culte de la chiropratique est si bien enraciné que la profession devrait être considérée comme un problème sociétal et non seulement comme un concurrent du système de soins de santé ordinaire.

Manipuler la colonne vertébrale peut être utile, mais les fondements théoriques de la chiropratique reposent largement sur la notion étrange et jamais démontrée de « subluxations ». « Chiropratique » signifie littéralement « fait à la main » (chiros = main ; praktos = pratique) et se réfère à la manipulation vertébrale. La manipulation (c.-à-d. « le déplacement forcé, passif, d’une articulation au-delà de sa limite active de mouvement », selon le dictionnaire médical illustré de Dorland) ne relève pas du domaine exclusif des chiropraticiens. Des praticiens populaires qu’on appelle parfois des « rebouteux » recourent depuis longtemps à la notion que des os peuvent « sortir de leur place » pour expliquer des maladies, et usent de la manipulation comme d’une panacée. Andrew Taylor Still inventa « l’ostéopathie » en se fondant sur la théorie selon laquelle les os luxés interfèrent avec la circulation sanguine, provoquant toutes sortes de maladies. (L’ostéopathie a officiellement abandonné la théorie de Still en 1948).

Aujourd’hui, les physiothérapeutes, entraîneurs sportifs et plusieurs catégories de médecins emploient parfois la manipulation pour des affections neuro-musculo-squelettiques. Il y a suffisamment de preuves que la manipulation peut, au moins temporairement, améliorer l’amplitude de mouvement d’articulations endommagées et soulager la douleur – parfois de façon spectaculaire – pour en faire une procédure médicale utile, bien que limitée. La manipulation requiert beaucoup de compétences individuelles, que possèdent de nombreux chiropraticiens.

Historique

Daniel David Palmer

Ce qui rend la chiropratique unique, ce n’est pas son usage de la manipulation mais la justification théorique de cet usage – ce qui explique aussi pourquoi les chiropraticiens abusent de la manipulation vertébrale (MV), qu’ils appliquent souvent sans justification.

La chiropratique est l’invention de Daniel D. Palmer, un amateur qui, à la fin du 19e siècle, aborda les soins médicaux du point de vue métaphysique. Palmer avait pratiqué la phrénologie et la guérison magnétique, et avait reçu des rudiments de formation ostéopathique. Il a rapporté qu’un médium spirite l’avait inspiré dans sa quête « de la cause unique de toute maladie ». Il était surpris que des germes pathogènes puissent être trouvés tant chez les personnes saines que malades et tentait d’y trouver une explication. (Aujourd’hui, nous savons que le système immunitaire fait la différence). Il prétendit avoir rendu l’ouïe à un concierge, Harvey Lillard et en conclut que la colonne vertébrale était la clé de la santé et de la maladie.

Une théorie unique

Palmer élabora la notion que les "subluxations" de la colonne vertébrale empiètent sur les nerfs, interférant avec le flux nerveux, qu’il rebaptisa Force de Vie Innée. Il ajouta qu’il suffisait à un praticien d’ajuster la colonne vertébrale – le pouvoir guérisseur de la nature ferait le reste. Ni Palmer, ni aucun autre chiropraticien n'ont jamais été capables de prouver de façon fiable l’existence des « subluxations », et encore moins de valider leurs effets sur la santé et la maladie. Cependant, la chiropratique a prospéré et compte aujourd’hui 60 000 praticiens aux États-Unis.

Quand on demande aux chiropraticiens d’expliquer précisément l’effet que cet empiétement nerveux est censé avoir sur le signal nerveux (par exemple, fréquence de propagation, amplitude, etc.), ils ont recours à des notions métaphysiques de Force de Vie Innée, ou à une des nombreuses stratégies habituelles telles que :

  • Faire de leur ignorance une vertu en rétorquant qu’ils ne savent pas comment ça marche mais que ça marche.
  • Prétendre que des études qui expliquent le mécanisme sont actuellement en cours, ou achevées mais pas encore publiées (la stratégie du « Oh, mais tu n’es pas au courant ? Tu es à la traîne ! »)
  • Modifier la rhétorique officielle en ajoutant du langage ambigu : « Les processus pathologiques peuvent être influencés par des perturbations du système nerveux... Des perturbations du système neveux peuvent être causées par les dérangements de la structure musculosquelettique. Des perturbations du système neveux peuvent causer ou aggraver la maladie de diverses parties ou fonctions du corps » [1]. Ces trois affirmations sont vraies mais ne confirment ni la théorie chiropratique de la subluxation, ni la notion générale que les problèmes vertébraux sont une cause sous-jacente de maladie.

Et dans le même temps, ils continuent de pratiquer comme si les subluxations étaient une réalité établie.

Absence de validité de la théorie chiropratique

Une critique exhaustive de l’absence de validité scientifique de la théorie chiropratique a été publiée en 1963 par le Collège des médecins et chirurgiens de la province de Québec. Toujours d’actualité, elle déclare :

« Les chiropraticiens affirment que les subluxations, ou déplacements partiels des vertèbres, causent une perturbation de la distribution des influx nerveux aux tissus et aux cellules. Les neurophysiologistes ont développé des méthodes pour mesurer le passage des impulsions dans les nerfs. Des appareils exceptionnellement sensibles sont à la disposition de quiconque désire s’en servir. Aucune étude scientifique n’a jamais été publiée sur le sujet par un chiropraticien. Aucun chiropraticien n’a jamais défini, que ce soit quantitativement ou qualitativement, ce que la chiropratique entend par une perturbation des influx nerveux. Est-ce leur nombre, leur amplitude, leur fréquence, ou la structure des ondes qui sont affectés ? Toutes ces caractéristiques peuvent être identifiées, enregistrées et étudiées. Il n’est plus admissible d’accepter de simples affirmations empiriques. La preuve aurait dû précéder la mise en pratique. Quand la prémisse est intenable, le reste s’effondre [2]. »

En 1973, Edmund Crelin, professeur d'anatomie à l'université de Yale, a démontré qu'on ne pouvait créer des subluxations suffisamment sévères comprimant les nerfs qui passent dans les foramens intervertébraux sans provoquer une complète invalidité [3]. Il a ensuite observé que, au lieu de la réaction scientifique qui consisterait à tenter de reproduire ses recherches, l'Association Américaine de Chiropratique (ACA) a simplement déclaré que son travail n’était pas valide parce qu’il avait été exécuté sur des cadavres [4]. En fait, Crelin explique que l’absence de réponse réflexe dans un cadavre devrait faciliter la production de subluxations. Face à ces preuves, un chiropraticien convaincu me fit un jour la remarque que si Crelin n’avait pas pu démontrer l’hypothèse chiropratique, c’est parce qu’il travaillait sur des cadavres qui ne contenaient plus la Force de Vie Innée !

Pendant des années, les chiropraticiens ont justifié l’absence de preuves scientifiques de leur théorie en arguant que le gouvernement ne voulait pas financer la recherche nécessaire. La fausseté de cette affirmation fut révélée en 1972, quand l’Association Internationale de Chiropratique (AIC) annonça que le gouvernement fédéral avait accordé une subvention à Chung Ha Suh, docteur à l’université du Colorado, afin de développer une méthode pour mesurer les configurations vertébrales et déterminer l’existence de subluxations chiropratiques. L’AIC ajoutait qu’il s’agissait d’une première dans l’histoire de la chiropratique. [5]

Scott Haldeman, docteur en neurophysiologie, est un chiropraticien de la 3ème génération tellement déterminé à prouver la validité de la chiropratique qu’il a obtenu un doctorat en médecine et un doctorat de neurophysiologie. Il a critiqué les tentatives de Suh et d’autres « de découvrir des moyens de mesurer une subluxation en l'absence d'aucune donnée solide justifiant le bien-fondé d'une telle mesure » [6]. Même s’il a apporté de l’eau au moulin des services de relations publiques de la chiropratique pour dix ans, le travail de Suh sur cette illusoire subluxation n’a jamais abouti à rien et semble pour le moins vain aujourd’hui.

Absence de fiabilité clinique

Les défenseurs ont une marge de défense dans les débats parce qu’il est difficile d’établir des mécanismes de cause à effet dans de nombreux autres domaines de la science. Un test plus facile et pratique de la chiropratique est celui de la fiabilité (c.-à-d. la cohérence) de l’habileté clinique des chiropraticiens à identifier une subluxation. Ils n’ont pas brillé lors de ces tests.

Le reporter d’investigation Ralph Lee Smith a visité la clinique Palmer à Davenport, Iowa, puis la National College Clinic à Lombard, Illinois, le lendemain. À la clinique Palmer, on l’informa qu’il souffrait de subluxations à la neuvième dorsale et à la cinquième lombaire ; à National College, on lui diagnostiqua uniquement une subluxation de la cinquième dorsale. Aucune des deux cliniques n’identifia les autres subluxations soi-disant découvertes par un autre chiropraticien vu précédemment [7].

En 1973, Stephen Barrett, docteur en médecine, envoya une petite fille de quatre ans en bonne santé voir cinq chiropraticiens pour un « bilan ». Le premier dit que les omoplates de la fillette étaient « déplacées » et découvrit « un pincement de nerfs allant vers l’estomac et la vésicule biliaire ». Le second prétendit que le pelvis de l’enfant était « tordu. » Le troisième affirma qu’une hanche était « surélevée » et que des désalignements vertébraux pouvaient provoquer « maux de tête, nervosité, problèmes d’équilibre et de digestion » à l’avenir. Le quatrième prédit « des règles douloureuses et des accouchements pénibles » si sa « jambe gauche plus courte » n’était pas soignée. Le cinquième lui trouva non seulement des problèmes aux hanches et au cou, mais les « ajusta » également sans prendre le temps de lui demander la permission. Plusieurs années plus tard, 11 chiropraticiens qui examinèrent deux femmes adultes aboutirent à des conclusions tout aussi hétérogènes [8].

Mark L. Brown, un journaliste pour le Quad City Times, qui dessert la région de Davenport, Iowa, a mené sa propre enquête durant cinq mois. Il a produit un supplément éclairant au journal du dimanche, long de 36 pages, et révélant certaines pratiques étranges et d’autres, utiles. Brown a également découvert de nombreuses incohérences, y compris des diagnostics affirmant que sa jambe gauche était plus courte que l’autre et vice versa ! [9]

Isolement

Les chiropraticiens attribuent généralement leur manque de science aux autres, affirmant avoir été isolés par la médecine organisée. En réalité, l’isolement de la chiropraxie est volontaire. Les chiropraticiens substituent la philosophie chiropratique à la science et se vantent fréquemment de leur supériorité intellectuelle. Les adeptes fervents disent qu’un jour, le monde reconnaîtra la grandeur de la chiropratique. Il serait impossible pour des chiropraticiens qui adhèrent à la théorie et à la philosophie chiropratique de travailler avec des prestataires de soin de santé scientifiques. Les concepts chiropratiques relatifs aux causes et aux soins des maladies diffèrent radicalement ; et si les scientifiques du domaine de la santé peuvent surmonter les obstacles provoqués par des différences de langue et de culture grâce au socle commun de la science, ils ne peuvent travailler avec des pseudo-scientifiques.

Permettre à des chiropraticiens de servir comme prestataires de soins de santé primaires n’est probablement pas une bonne idée. Les praticiens fidèles à une approche pseudo-scientifique de la maladie sont susceptibles de passer à côté de maladies graves quand ils écoutent les plaintes de leurs patients. Le chiropraticien réformateur Peter Modde a conclu que les erreurs médicales sont une conséquence inévitable de la formation et de la philosophie chiropratiques [10].

Il est difficile d’évaluer à quel point la théorie de la subluxation est répandue parmi les chiropraticiens. Dans un rapport de 1981, 88% des 268 chiropraticiens ayant répondu ont évalué l’importance des subluxations dans les problèmes musculosquelettiques à 70 % ou plus, et 60% des 265 réponses ont évalué l’importance des subluxations dans les désordres intestinaux à 70% ou plus [11]. Effectuée aujourd’hui, une étude similaire montrerait probablement des pourcentages plus faibles mais encore importants. On ne sait pas quelle est la proportion de chiropraticiens qui croient à la notion métaphysique de Force de Vie Innée.

Dissensions

La chiropratique est devenue un conglomérat de factions en conflit, unies seulement par leur opposition aux critiques extérieures. Au moins une douzaine de notions différentes divisent les praticiens quant à la façon dont la colonne vertébrale doit être corrigée. Certains disent que seul l’atlas doit être ajusté ; d’autres se positionnent à l’autre extrémité de la colonne vertébrale et affirment que seule la zone du sacrum est importante. D’autres encore ont recours aux deux extrémités (sacro-occipital). Nombreux sont ceux qui associent des zones vertébrales spécifiques à des organes ou maladies spécifiques. Certains mesurent la longueur des jambes ou testent les muscles – une procédure appelée « kinésiologie appliquée » – pour en mesurer la faiblesse ou la force en association à des nourritures, des couleurs, de la musique, et à peu près tout et n’importe quoi. (Même l’inventeur de la kinésiologie appliquée a émis des doutes quant à l’opportunité d’utiliser cette technique afin de déterminer quelle est notre étoile personnelle).

La rupture la plus évidente entre chiropraticiens est celle entre les « orthodoxes » et les « déviationnistes ». Les orthodoxes adhèrent davantage à la théorie et à la pratique originelles, tandis que les « déviationnistes » (un terme appliqué par les orthodoxes et impopulaire auprès des déviationnistes) peuvent incorporer toutes sortes de modalités à leurs pratiques. L’ICA est l’organisation nationale des orthodoxes, et l’ACA représente les déviationnistes.

La confusion, au sein de la chiropratique, au sujet des subluxations, du cadre de la profession et d’autres questions de santé majeures a été décrite par le bureau de l’Inspecteur général (OIG) du département américain de la santé et des services à la personne. Il déclare dans un rapport de 1986 :

Une controverse animée quant à la théorie de la chiropratique et à son application continue d’exister… Des discussions de vive voix et par téléphone avec des chiropraticiens, leurs écoles et leurs associations, associées à un examen de la documentation de référence… brossent le portrait d’une profession en transition et contiennent plusieurs contradictions… Il subsiste un certain désaccord au sein de la profession quant aux conditions appropriées pour des soins chiropratiques et concernant les paramètres de traitement adéquats. [12]

Les enquêteurs de l’OIG notèrent également le « côté problématique de la chiropratique ». Le rapport déclare :

Malgré les preuves présentées au cours de l’étude quant à l'importance accrue donnée à la science et au professionnalisme… il existe également des tendances à user de pratiques qui au mieux s’apparentent à du marketing excessivement agressif et, dans certains cas, semblent des tentatives délibérées de tromper les patients et le public quant à la l’efficacité des soins chiropratiques [12].

Il existe également des chiropraticiens qui exercent une thérapie manipulatoire conservatrice et rationnelle pour des désordres neuro-musculo-squelettiques. Ils ne prétendent pas être des praticiens alternatifs mais offrent leurs services comme thérapeutes de la manipulation vertébrale lorsqu’un tel traitement est médicalement justifié. On ne sait pas quelle proportion des chiropraticiens correspond à cette description. L’Association nationale de médecine chiropratique (NACM) a été formée en 1984 pour tenter d’organiser les chiropraticiens partisans de réformes. Il est possible qu’un nombre substantiel de chiropraticiens rationnels vivent ainsi cachés. Notre vision de la chiropratique serait alors déformée par les bonimenteurs et les zélotes au sein de la profession.

Évaluation de chiropraticiens individuels

Étant donné la grande diversité parmi les chiropraticiens, il est impossible d’évaluer des praticiens individuels en se fondant sur la dichotomie d’usage entre orthodoxes et déviationnistes. On commet souvent l’erreur de croire que les orthodoxes sont conservateurs (autrement dit non scientifiques) et les déviationnistes modernes (c’est-à-dire scientifiques). Bien que les orthodoxes puissent être étiquetés « fidèles » parce qu’ils adhèrent au dogme de Palmer, les modalités additionnelles employées par les déviationnistes peuvent être tout aussi peu scientifiques. Les déviationnistes ont recours à : irrigation du colon, iridologie, appareils non testés, kinésiologie appliquée (tests musculaires), mégavitamines, herbologie, cristaux, variations de l’acupuncture, thérapie glandulaire, craniopathie et à un éventail apparemment interminable de diagnostics, prescriptions et procédures thérapeutiques douteux.

Bien entendu, ceux qui usent de méthodes douteuses peuvent être rejetés car c’est la preuve qu’ils ne sont pas dignes de confiance, mais comme les chiropraticiens sont férus de philosophie, on peut remettre en question les individus en fonction des raisons pour lesquelles ils ont recours à la manipulation vertébrale. Les chiropraticiens convaincus sont peu enclins à admettre que leurs prestations se limitent à traiter les symptômes plutôt que leurs causes sous-jacentes. Cela les rétrograde de leur supériorité imaginaire de « vrais médecins » à de simples thérapeutes. Les chiropraticiens rationnels admettront facilement que la MV soulage les symptômes et non leurs causes. Elle procure surtout un soulagement somatique temporaire plutôt que de s’attaquer aux facteurs causaux des désordres. Cela est prouvé par le grand nombre de visites régulières qu'elle suscite. La fréquence trop élevée des traitements est un facteur qui a été soulevé par presque toutes les commissions qui ont évalué la chiropratique. Les tiers payants régulent généralement les coûts de chiropratique en en limitant le nombre de séances ou le montant annuel des remboursements que les adeptes peuvent recevoir.

Des chiropraticiens individuels peuvent également être jugés en fonction de leur opposition ou de leur soutien à des pratiques de santé publique scientifiquement avérées, telles que fluoration, immunisation, pasteurisation et technologies alimentaires modernes. Les chiropraticiens sont souvent à la pointe des mouvements sociaux anti-scientifiques qui s’opposent à de telles pratiques.

Fidélisation des patients

Malgré son absence consternante de fondements scientifiques, la chiropratique a une clientèle fidèle. Je pense que cela peut être attribué au soulagement somatique de la MV et aux aspects psychologiques des soins chiropratiques. La MV implique l’imposition des mains, une pratique censée avoir pour effet de détendre les patients. On dit aussi que l’imposition des mains augmente la suggestibilité, ce qui améliore les effets placebo de la MV. Le réformateur Samuel Homola, D.C. a déclaré :

La majorité des "subluxations" communément découvertes par de nombreux chiropraticiens sont probablement indolores ou imaginaires. En replaçant ces subluxations imaginaires, le praticien place ses mains sur le dos du patient et applique une pression soudaine, provoquant un rapprochement des os et un son similaire à « l’écrasement d’un vieux panier ». Cette pression, et le "pop" des vertèbres, a une influence psychologique énorme tant sur l’esprit du patient en bonne santé que sur celui du patient malade. Si ce son sec est en soi dénué de sens… (comme le craquement des phalanges)… cette influence peut être mise à profit afin de soigner des affections psychosomatiques - à condition d’informer le patient que l’os est « remis à sa place » et n’en bougera plus. Toutefois, un tel traitement peut également causer de graves dégâts sur une personne nerveuse ou mentalement instable, en perpétuant une affection psychosomatique, voire même en provoquant une nouvelle maladie psychologique. [13]

Ainsi, Homola indique que l’effet placebo peut également être néfaste. En ressentant du soulagement, on apprend la maladie au patient par un conditionnement qui produit un effet. En plus des effets physiques directs décrits par Homola, les chiropraticiens se livrent à un conditionnement verbal important. La manipulation elle-même peut être agréable (bien qu’elle puisse aussi être douloureuse) et peut provoquer une dépendance, selon le chiropraticien réformateur Charles DuVall, D.C. [14].

Les chiropraticiens ont démontré qu’ils satisfaisaient mieux les patients que les médecins. Cela est dû au fait qu'ils confirment les patients dans des problèmes que les médecins tendent à minimiser, offrent des explications simplistes sur la santé et la maladie, et s'appliquent à être chaleureux. La chiropratique offre également une explication tant mécanique que métaphysique de ses effets, répondant ainsi aux deux besoins. La rhétorique chiropratique s’est adaptée aux parfums contemporains des soins holistiques. En réalité, la chiropratique n’est pas holistique mais focalisée sur la colonne vertébrale, mais cela semble avoir échappé à l’attention.

Vendre la chiropratique

Les promoteurs de succès qui donnent des séminaires de formation aux chiropraticiens sur la manipulation psychologique des patients représentent un problème malheureusement bien connu au sein de la profession. J’étudie un grand nombre de pseudosciences de la santé mais je ne connais aucune autre profession qui rende officielle la tromperie des patients dans la formation de ses praticiens. Si nombre des procédures enseignées sont de simples bonnes pratiques, beaucoup d’autres sont frauduleuses. [8]

L’ancien consultant en relations publiques de l’ACA, Eric Baizer, dit que l’ACA mène un programme de relations publiques agressif, visant à vendre les chiropraticiens comme des médecins de famille et des prestataires de soins de santé primaires. Baizer décrit comment, en tant qu’expert en relations publiques, il défendait publiquement la chiropratique en répondant aux reportages négatifs dans la presse. Il dit qu’il employait des phrases toutes faites et des clichés réutilisables – ce qu’un auteur a nommé des « factoïdes », c’est-à-dire des affirmations conçues pour ressembler à des faits). « Par exemple, » Baizer écrit, « si quelqu'un attaquait la qualité de la formation chiropratique, on allait rétorquer que les chiropraticiens font leurs études dans des collèges accrédités par une agence reconnue par le Bureau américain de l’éducation – sous-entendant que les écoles doivent être de grande qualité. Le programme de chiropratique est-il bon ? Les professeurs sont-ils qualifiés ? Les inspections des collèges sont-elles rigoureuses ? Mieux vaut ne pas explorer ce type de questions. » [15]

Survie d’une pseudoscience

La "subluxation" illusoire n’est pas seulement le fondement théorique de la chiropratique mais en constitue également la base légale. De nombreuses lois étatiques décrivent la chiropratique comme la recherche et la suppression des subluxations. Il est surprenant qu’un tel système prospère encore à la fin du vingtième siècle, qui a vu tellement de progrès, tant dans les sciences de la biologie que dans les soins de santé. Alors que les biologistes ont expliqué la double hélice de l’ADN, les chiropraticiens ne sont pas parvenus à définir scientifiquement leur théorie ou le cadre de leur profession, ni à justifier leur existence même en tant que prestataires de soins de santé primaires.

La survie et le succès de la chiropratique sont sans doute dus au fait que procurer des soins de santé implique bien plus que la science. La politique, des considérations économiques et l’art clinique prennent souvent la priorité. Même si c’est la validité scientifique des méthodes employées qui justifie les soins de santé modernes, en termes pratiques de survie sur le marché, la chiropratique démontre quotidiennement que les aspects scientifiques des soins de santé sont les moins importants et ceux qui nécessitent la plus grande protection.

La corporation des chiropraticiens est douée pour parvenir à ses fins auprès des politiciens. Cela semble essentiellement dû à son application des lois du commerce au marché de la santé. Les chiropraticiens se présentent comme des concurrents de la « médecine allopathique » (un terme inapproprié, puisque la médecine allopathique, qui avait recours aux saignées, aux purges, etc. afin d’équilibrer les quatre humeurs des Grecs, a été remplacée depuis longtemps par l’émergence de la science médicale). Malheureusement, de nombreux législateurs considèrent la médecine ordinaire comme simplement détentrice d’une opinion parmi d’autres. Les chiropraticiens promeuvent l’idée qu’ils sont un système de prestations de soins différent mais équivalent. Ils trouvent des alliés parmi ceux qui présentent la science comme de la simple « pensée occidentale » et qui trouvent que la notion de Force de Vie Innée est compatible avec la pensée métaphysique orientale.

Les politiciens semblent avoir des difficultés à distinguer les croyances religieuses des croyances dans différentes formes de soins de santé. Les clients de la chiropratique sont fidèles, et son influence politique dépasse celle de ses détracteurs. Les patients coopèrent volontiers avec les chiropraticiens quand on leur demande d’envoyer des courriers aux législateurs. Nombreux sont ceux qui adhèrent au mythe d’une profession médicale vindicative et désireuse d’écraser ses opposants.

En dernière analyse, la validité de la chiropratique est moins une controverse de la médecine que de la biologie fondamentale. Medicare rembourse chaque année des millions de dollars versés par les contribuables à des chiropraticiens pour avoir enlevé des « subluxations » prétendument prouvées par des radiographies. Les scientifiques en biologie fondamentale ont le devoir public de tester impartialement une théorie aussi radicale que la chiropratique afin d’en déterminer la validité. Ne pas requérir de validation scientifique pour un système entier de prestations de soins de santé offre à d’autres systèmes non scientifiques un précédent inquiétant d’accès au budget public. La chiropratique et les autres formes non scientifiques de soins de santé survivront tant que le public n’exigera pas que la validation scientifique devienne un prérequis à la légalisation et au remboursement.

 

Références

  1. American Chiropractic Association. Chiropractic: Chiropractic State of the Art, 1994-1995. Arlington, VA: American Chiropractic Association, 1994.
  2. College of Physicians and Surgeons of the Province of Quebec. The scientific brief against chiropractic. The New Physician, Sept 1966.
  3. Crelin ES. A scientific test of the chiropractic theory: The first experimental study of the basis of the theory demonstrates that it is erroneous. American Scientist 61:574-580, 1973.
  4. Crelin ES. Chiropractic. In Stalker D, Glymour C (editors). Examining Holistic Medicine. Amherst, NY: Prometheus Books, 1989.
  5. International Chiropractic Association. International Review of Chiropractic, April 1972.
  6. Haldeman S. The importance of research in the principles and practice of chiropractic. Worldwide Report, Jan 1997.
  7. Smith RL. At Your Own Risk: The Case Against Chiropractic. New York: Pocket Books, 1969.
  8. Barrett S. The spine salesmen. In Barrett S (editor). The New Health Robbers. Philadelphia: George F. Stickley Company, 1980.
  9. Brown M. Chiro: How much healing? How much flim-flam? Davenport, IA: Quad-City Times, December 13, 1981.
  10. Modde PJ. Malpractice is an inevitable result of chiropractic philosophy and training. Legal Aspects of Medical Practice, February 1979, pp. 20-23.
  11. Quigley WH. Chiropractic's monocausal theory of disease. ACA Journal of Chiropractic 18(6):52-60, 1981.
  12. Moran WC and others. Inspection of Chiropractic Services Under Medicare. Chicago: OIG Office of Analysis & Inspections, 1986.
  13. Homola S. Bonesetting, Chiropractic, and Cultism. Panama City, FL: Critique Books. 1963.
  14. DuVall C. Chiropractic Claims Manual, 1984.
  15. Baizer E. Inside the American Chiropractic Association: Selling the chiropractor as a family doctor. CCAHF Newsletter 6(1), 1983.
  16. D.D. Palmer. The Chiropractic Adjuster.

 

 

Cet article a été révisé le 28 avril 2000.

Pourquoi la chiropraxie est controversée

Pourquoi la chiropraxie est controversée

Dr William T. Jarvis

La chiropraxie est un système de soins controversé, légalisé aux États-Unis et dans plusieurs autres pays. Aux États-Unis, en 1984, environ 10,7 millions de personnes sont venues en consultation, 163 millions de fois, chez 30 000 chiropraticiens [1]. Plus des trois quarts des États exigent des compagnies d'assurance qu'elles intègrent les services de chiropraxie dans leurs politiques en matière de santé et d'accident. Le gouvernement fédéral paie pour des services de chiropraxie limités dans le cadre de Medicare, de Medicaid et de son programme de réadaptation professionnelle, et l'administration fiscale permet une déduction de services de chiropraxie. Les chiropraticiens citent de tels faits comme preuves de « reconnaissance ». Cependant, il ne s’agit que de statistiques commerciales et d’arrangements juridiques qui n’ont rien à voir avec la validité scientifique de la chiropraxie.

Bien qu'il existe depuis près de 100 ans, le système de soins de chiropraxie n'a pas respecté les normes les plus fondamentales appliquées aux pratiques médicales : se définir clairement et établir un champ de pratique fondé sur des bases scientifiques. Plus troublant encore est le fait que la chiropraxie n'a apporté aucune contribution au corpus mondial de connaissances en sciences de la santé et qu’elle continue de s'isoler du courant dominant de la communauté des soins de santé.

Thérapie de manipulation vertébrale (TMV)

On estime qu'environ 80 % des adultes vont gravement souffrir de douleurs et de dysfonctionnements du dos au cours de leur vie. Il existe des preuves substantielles que la thérapie de manipulation vertébrale (TMV) est utile pour soulager les maux de dos et améliorer l’amplitude des mouvements de la colonne vertébrale, au moins temporairement. Bien que la TMV ne soit probablement pas plus efficace à long terme que d’autres modalités, elle semble offrir un soulagement plus rapide à environ un tiers des patients [2-4]. En outre, parce que la TMV implique l’imposition des mains, une technique largement utilisée à travers l’histoire par les guérisseurs traditionnels et religieux, elle renforce la suggestibilité et l’effet placebo [5,6]. Beaucoup de gens aiment la TMV car elle implique un contact direct et apporte un soulagement subjectif. Le Dr Charles DuVall Sr., chiropraticien, rapporte que la TMV peut créer une dépendance [7].

On pense généralement que la chiropraxie est synonyme de TMV. En réalité, l'histoire de la TMV remonte au moins à Hippocrate (400 av. J.-C.), tandis que les racines de la chiropraxie datent de moins de 100 ans. Les guérisseurs populaires (rebouteux) et les premiers ostéopathes utilisaient la TMV comme une panacée. Aujourd'hui, la TMV est employée par des médecins spécialistes (spécialistes en médecine physique, orthopédistes, praticiens de la médecine sportive), des médecins ostéopathes, des kinésithérapeutes et des entraîneurs sportifs, ainsi que des chiropraticiens.

Une enquête sur les personnes souffrant de douleurs dorsales a révélé que les spécialistes en médecine physique étaient les plus efficaces pour traiter les problèmes de dos [8]. Ce sont des médecins spécialisés en réadaptation. Mais ils sont peu nombreux et peuvent être difficiles à trouver. (Ils pratiquent souvent en relation avec des hôpitaux relevant de l’Administration des anciens combattants.) Certains hôpitaux disposent maintenant de centres de traitement du dos qui mettent l'accent sur le renforcement d’une musculature abdominale faible (cause majeure des problèmes de dos) et sur l'amélioration de la flexibilité du dos. Bon nombre de ces centres offrent des TMV par un kinésithérapeute ou un chiropraticien.

Les chiropraticiens sont les praticiens en TMV les plus accessibles au public, et 85 % des personnes qui les fréquentent le font pour des problèmes neuro-musculo-squelettiques [1]. Les chiropraticiens soulignent avec fierté des études sur les indemnisations de travailleurs sélectionnés, qui montrent que les soins chiropratiques permettent aux travailleurs de retrouver leur emploi plus rapidement et à un coût moindre que les soins médicaux. Mais ces études n’étaient pas scientifiquement contrôlées quant à la gravité des affections et toutes les études sur l’indemnisation des accidents du travail n’étaient pas favorables à la chiropraxie. Néanmoins, des études suggèrent que les chiropraticiens peuvent jouer un rôle utile dans le traitement des travailleurs présentant des problèmes musculo-squelettiques.

La théorie unique de la chiropraxie

L'unicité de la chiropraxie ne réside pas dans son utilisation de la TMV, mais dans sa raison théorique de le faire. De même que l'ostéopathie préscientifique a trouvé sa justification dans la « règle de l'artère » (la conviction que les manipulations améliorent la circulation en réduisant les spasmes musculaires), la chiropraxie est basée sur la « règle du nerf » (la conviction que la TMV a des effets importants sur le « flux nerveux »).

Le mot chiropraxie signifie littéralement « fait à la main ». Le terme a été adopté par le fondateur de la chiropraxie, Daniel David Palmer. Palmer était un profane qui s'intéressait beaucoup aux philosophies métaphysiques de la santé, telles que la guérison magnétique (le « magnétisme animal » de Mesmer), la phrénologie et le spiritualisme. En 1895, il a prétendu avoir rétabli l'audition d'un concierge presque sourd en manipulant sa colonne vertébrale.

Obsédé par la découverte de « la principale cause des maladies », Palmer avait émis l'hypothèse que « 95 % de toutes les maladies » étaient causées par des « subluxations » spinales (déboîtements vertébraux partiels) et le reste par des « os luxés ailleurs dans le corps ». Palmer supposait que les subluxations empiétaient sur les nerfs spinaux, entravant leur fonctionnement et que cela conduisait à la maladie. Il enseignait que le diagnostic médical était inutile, qu'il suffisait de corriger les subluxations pour libérer les forces de guérison naturelles du corps. Il dédaignait les médecins pour ne traiter que les symptômes, affirmant que son système corrigeait la cause de la maladie.

Palmer n'employait pas le terme subluxation dans son sens médical, mais dans un sens métaphysique et panthéiste. Il croyait que les subluxations interféraient avec l'expression par le corps de l'Intelligence Universelle (Dieu), que Palmer surnommait l'Intelligence innée (âme, esprit ou étincelle de vie) [9]. La conception de Palmer d'avoir découvert un moyen de manipuler la force de vie métaphysique est parfois appelée sa « biothéologie ».

Lacunes scientifiques

Les chiropraticiens affirment souvent que leur éloignement des sciences de la santé résulte de l'opposition de la médecine organisée. Les propagandistes chiropraticiens ont fait grand cas d’une décision de justice de 1987 qui a déclaré l’Association médicale américaine, et d’autres, coupables d’un boycott illégal des chiropraticiens. Mais l'affaire Wilk n'a révélé aucune conspiration secrète de la part des médecins dans le but de détruire la chiropraxie. Elle a simplement examiné si l’interdiction éthique par l'AMA des associations professionnelles avec des prestataires de soins de santé non scientifiques constituait une violation de la loi Sherman antitrust. Le 27 août 1987, la juge de district Susan Getzendanner a décidé que c'était le cas. Elle a toutefois déclaré dans sa décision que l’interdiction éthique par l'AMA n'était pas motivée par des considérations économiques mais qu'elle reposait sur la conviction de l'AMA que les soins chiropratiques ne servaient pas les meilleurs intérêts des patients [10].

On peut pardonner à Palmer ses idées du dix-neuvième siècle, mais ses partisans ne peuvent être excusés de ne pas avoir profité des avancées scientifiques du vingtième siècle pour mettre à l’épreuve la théorie et la pratique de la chiropraxie. En fait, les chiropraticiens n'ont jamais défini la subluxation en termes mesurables, ni même démontré qu'elle existait. En dépit de la capacité des neurophysiologistes à mesurer l'influx nerveux, les chiropraticiens n'ont pas démontré que le pincement d'un nerf spinal modifiait une impulsion au-delà de la zone du conflit, ni que le fait de perturber un influx nerveux produisait une maladie. Edmund Crelin, anatomiste à l’Université de Yale, a démontré que seule une lésion invalidante de la colonne vertébrale pouvait produire le conflit que Palmer présentait comme la base de la chiropraxie [11].

Mais les échecs de laboratoire ne découragent pas les chiropraticiens. Ils soutiennent que personne ne comprend parfaitement les mécanismes de nombreuses procédures médicales efficaces. En tant que cliniciens, ils se sentent capables de détecter subjectivement les subluxations, même s'il leur manque des méthodes objectives. Cependant, les chiropraticiens doivent encore passer un test de fiabilité entre examinateurs. Des études sur la capacité de deux chiropraticiens ou plus à trouver la même subluxation sur la même radiographie ou chez les mêmes patients ont montré que les chiropraticiens ne pouvaient même pas se mettre d'accord sur les affections spécifiques nécessitant un traitement [12-16].

Au milieu des années 1960, une délégation officielle de représentants de la chiropraxie, dont un radiologue de leur choix, n'a pas identifié une seule subluxation sur une série de 20 radiographies soumises au remboursement à l'Association nationale des facteurs. [14] En 1972, la loi sur l’assurance-maladie a été modifiée pour inclure les soins chiropratiques aux cas de « subluxations démontrées par radiographie ». Un rapport de 1986 de l'inspecteur général du Ministère de la Santé et des Services sociaux a révélé que de nombreux paiements pour des chiropraticiens ne respectaient pas cette obligation légale [17]. Le fait que le gouvernement fédéral n'applique pas les règles qu'il a établies pour les chiropraticiens soulève la question de la double norme. Existe-t-il une norme pour la médecine scientifique et une autre pour les praticiens non scientifiques mais doués en politique ?

Les chiropraticiens non seulement trouvent des subluxations aussi insaisissables que la licorne mythique, mais ils sont également en désaccord sur la manière de les traiter. Certains pensent que chaque niveau vertébral correspond à un trouble spécifique. D'autres estiment qu'il ne faut manipuler que les sept vertèbres cervicales pour obtenir la guérison. Les praticiens « hole-in-one », leur propre terme (emprunté au golf : trou en un coup, NdT) estiment qu'il faut ajuster uniquement l'atlas, la plus haute des vertèbres. D’autres chiropraticiens sont d’accord qu'il ne faut ajuster qu'une seule vertèbre, mais pas la plus haute mais le sacrum, situé tout en bas de la colonne vertébrale. Un troisième groupe ajuste à la fois l'atlas et le sacrum. D'autres ajustent toute la colonne vertébrale dans une approche au fusil à pompe, tandis qu'un autre groupe encore mesure la longueur des jambes afin de rectifier la colonne vertébrale. Aucun critère scientifique n'est appliqué pour résoudre ces affections.

Toute personne consultant quelques chiropraticiens sera confrontée à une variété déconcertante de procédures de diagnostic pseudoscientifiques. En 1981, Mark Brown, journaliste au Quad City Times, a rendu visite à des chiropraticiens pendant cinq mois dans la région de Davenport, dans l'Iowa (lieu de naissance de la chiropraxie). Les méthodes de diagnostic ont consisté à placer une pomme de terre sur sa poitrine et à appuyer sur son bras (kinésiologie appliquée), à projeter des lignes sur son dos pour lire les contours du corps (analyse du contour moiré), à observer l'iris et à le comparer avec un diagramme (iridologie), à mesurer les jambes à la recherche d’une inégalité (un chiropraticien a déclaré que la jambe droite de Brown était plus courte, un autre a dit que c’était sa jambe gauche la plus courte), à mesurer les différences de température à la surface de la peau, et à palper [16]. Parmi les autres méthodes de diagnostic douteuses utilisées par certains chiropraticiens, on compte la divination pendulaire, l’électro-acupuncture, la réflexologie, l’analyse des cheveux, l’analyse de la cristallisation à base de plantes, les questionnaires informatisés sur les « carences nutritionnelles », le test d’allergie alimentaire cytotoxique et le test de Reams pour les urines et la salive.

Les chiropraticiens ont également recours à une grande variété de thérapies pseudo-médicales. La magnétothérapie (pose d’aimants sur le corps), l’homéopathie, l’herbologie, les lavements, la luminothérapie colorée, les mégavitamines, la radionique (dispositifs à boîte noire), les spécificités nasales bilatérales (insertion d’un ballonnet dans le nez et gonflage) et la manipulation crânienne sont quelques-unes des thérapies non fondées utilisées par divers chiropraticiens.

Une enquête sur le commerce menée en 1988 a révélé qu’aux États-Unis 74 % des chiropraticiens utilisent des suppléments nutritionnels dans leurs pratiques [18]. Beaucoup les prescrivent et les vendent directement aux patients - une pratique généralement considérée comme contraire à l'éthique dans la profession médicale.

Les chiropraticiens se présentent comme des « praticiens sans médicaments », en capitalisant sur les restrictions imposées par le législateur à l'utilisation de médicaments ou de la chirurgie. Le mot médicament a plusieurs définitions. Sont inclus : les articles énumérés dans plusieurs pharmacopées officielles reconnues aux États-Unis ; les articles destinés à être utilisés en diagnostic, traitement, atténuation, ou prévention de maladies chez l'homme ou l’animal ; les articles (autres que des aliments) destinés à affecter la structure ou toute fonction du corps [19]. En 1987, la Cour suprême de Géorgie a statué que, les chiropraticiens étant agréés en tant que praticiens sans médicaments, ils ne pouvaient pas prescrire de compléments alimentaires en prévention ou en traitement d’aucune affection. Peu de temps après, le législateur a réagi au lobbying chiropratique en promulguant une loi autorisant les chiropraticiens à recommander des compléments alimentaires à leurs patients, mais pas à les prescrire en tant que médicaments.

L'utilisation des rayons X par les chiropraticiens est une question connexe. Les chiropraticiens exposent souvent le tronc entier aux rayons X. Étant donné que les effets des rayonnements sont cumulatifs, l'exposition des patients à des rayonnements implique toujours une évaluation sérieuse du rapport bénéfice/risque. Les chiropraticiens justifient souvent leur recours aux rayons X pour dépister une maladie grave chez les patients, mais une récente étude de probabilité réalisée par un radiologue chiropraticien révèle que les rayons X de la colonne vertébrale complète sont deux fois plus susceptibles d'induire un cancer que d’en découvrir chez un patient [20].

Une chose dans laquelle les chiropraticiens excellent, c’est de satisfaire leurs patients. Des patients les préfèrent aux médecins pour les préoccupations exprimées au sujet de leurs problèmes, la compréhension de leurs préoccupations, le temps passé à écouter la description d’une douleur, les informations fournies sur la cause de leur douleur, le fait de se sentir les bienvenus, et d'autres facteurs liés à l’art de satisfaire les besoins humains [21,22]. Bien qu'il soit important que les médecins fassent la différence entre une simple satisfaction du patient et une véritable efficacité clinique, il semble qu'ils pourraient apprendre quelque chose des chiropraticiens sur la manière de répondre aux besoins émotionnels de patients qui souffrent.

Factions en chiropraxie

Aujourd'hui, seule une minorité de chiropraticiens adhèrent à la théorie de Palmer « une cause, un traitement », mais la plupart croient encore que les subluxations existent et peuvent jouer un rôle important dans la cause et le traitement des maladies. Les chiropraticiens qui souhaitent être considérés comme des médecins à part entière considèrent que c’est un affront de limiter la valeur de la TMV au simple soulagement de la douleur et à l'amélioration de la fonction.

Les praticiens qui limitent leurs pratiques à l'analyse de la colonne vertébrale et à la correction des subluxations sont appelés chiropraticiens « straight » c.-à-d. traditionnels. Ceux qui croient qu'ils affectent la « force de vie innée » biothéologique de Palmer sont souvent appelés « super-straight ». Les straight désignent comme « mixers » les chiropraticiens qui font plus que des TMV, car ils mélangent d'autres modalités. Ces différentes factions chiropratiques se sont opposées presque tout au long de l’existence de la chiropratique. Chacune d’entre elles prétend représenter la véritable chiropraxie et qualifie les autres d’être des membres d’une secte ou des « pseudo-médecins ». La querelle entre ces factions a été soumise aux tribunaux et aux assemblées législatives des États et reste non résolue à ce jour.

Souvent, la dichotomie straight/mixer est suggérée à tort comme un critère utile pour séparer les praticiens rationnels des irrationnels. En fait, les uns et les autres peuvent être irrationnels. Les straights peuvent être des des membres d’une secte qui abusent de la TMV, l’appliquant à des affections pour lesquelles elle n’offre aucun avantage. Et les mixers ont tendance à épouser des modes pseudo-médicales et sont probablement les principales sources de modalités absurdes sur le marché des soins de santé. Tant les straights que les mixers se sont traditionnellement opposés à des mesures de santé publique fondées sur des bases scientifiques telles que la vaccination, la fluoration, la pasteurisation du lait, la technologie alimentaire moderne, les médicaments sur ordonnance et la chirurgie.

Les réformateurs

Plusieurs groupes de réformateurs figurent parmi les factions les plus récentes. Un groupe publie le Journal of Manipulative and Physiologic Therapeutics, indexé par Index Medicus. Ils publient les résultats de tests de différentes modalités et publient des articles traitant des insuffisances scientifiques de la chiropraxie. Ils espèrent réformer la chiropratique de l'intérieur.

L’Association nationale pour la médecine chiropratique (NACM) est un groupe plus franc qui se compose de chiropraticiens qui n’utilisent que la TMV et ne traitent que des troubles fonctionnels du dos qui ne sont pas liés à une maladie. La NACM estime que la pseudomédecine et le sectarisme sont trop bien implantés en chiropraxie et que la responsabilité morale du bien-être public est trop sérieuse pour simplement espérer et attendre patiemment une auto-réforme. Les membres de la NACM renoncent publiquement à la théorie de la subluxation et aux autres formes de pseudomédecine chiropratique. Ils ne présentent pas la chiropratique comme une alternative à la médecine traditionnelle, mais offrent leurs compétences en tant que spécialistes de la TMV, en coopération avec la médecine traditionnelle.

Les réformateurs traversent une période difficile parce qu'ils se trouvent ostracisés par la guilde des chiropraticiens pour avoir brisé les rangs et critiqué ouvertement la chiropraxie, mais ils peuvent avoir du mal à être acceptés par les médecins. Ces réformateurs, en particulier les dirigeants de la NACM, font preuve d'un courage rare et désintéressé. Le premier réformateur déclaré, Samuel Homola, a publié ses observations en 1963 dans Bonesetting, Chiropractic and Cultism, qui est affiché sur ce site Web.

Le problème qui se pose aux réformateurs est que les chiropraticiens n'offrent aucun service et ne traitent aucune affection qui ne soient couverts par une autre profession de la santé. Les lois des États qui leur permettent de pratiquer mentionnent expressément la théorie de la subluxation ou elles la décrivent comme la base de la chiropratique en tant qu’entité. Renoncer à la base théorique de la chiropraxie éliminerait toute justification de son existence en tant que profession distincte.

Les réformateurs reconnaissent qu'ils offrent principalement les compétences spécialisées de la TMV. Ils pensent que la TMV est sous-utilisée et qu’il existe un marché substantiel pour leurs compétences. Bien que d'autres professionnels de la santé puissent légalement pratiquer la TMV ou traiter des troubles fonctionnels du dos, la plupart ne le font pas. Pour acquérir des compétences en TMV, il faut plus de temps et d'efforts que la plupart des médecins ou des physiothérapeutes ne sont prêts à investir, surtout lorsqu'ils estiment pouvoir obtenir les mêmes résultats cliniques à long terme avec des modalités moins exigeantes.

Conseils aux consommateurs

La compétence des chiropraticiens en TMV est variable. La chiropraxie est une industrie artisanale sans examen critique par les pairs, comme celui que les hôpitaux offrent aux médecins.

Lors de l'évaluation des allégations d'un chiropraticien, il est utile de lui demander quelles maladies les ajustements chiropratiques ne peuvent pas traiter. Un praticien rationnel admettra facilement de grandes limites dans le traitement de problèmes autres que musculo-squelettiques. Un chiropraticien moins rationnel peut répondre en esquivant la question en disant : « Je ne traite que des personnes qui ont des colonnes vertébrales » ou « Je ne traite pas des maladies, je traite des gens ». De telles réponses évitent la question et/ou représentent une croyance en la théorie de la subluxation.
Aucune organisation ne peut dire combien un chiropraticien en particulier est bon en TMV. Les consommateurs doivent généralement compter sur la réputation locale du praticien. Lors du choix d'un chiropraticien, les consommateurs doivent faire preuve de la plus grande prudence et tenir compte des conseils suivants.

1. Faites d'abord évaluer le problème par un médecin. Faites exclure toute maladie grave sous-jacente avant de décider que le problème est neuro-musculo-squelettique. Les maladies cardiaques, le cancer, l’insuffisance rénale et d’autres problèmes graves nécessitant des soins médicaux rapides peuvent se manifester par des douleurs et un dysfonctionnement au dos. Ne laissez pas un chiropraticien trop zélé et insuffisamment formé vous empêcher de recevoir un diagnostic et des soins rapides. Si le chiropraticien recommande des radiographies, faites-les faire par un radiologue.

2. Si vous décidez d'essayer la TMV, informez-en votre médecin. Demandez s'il y a une raison pour laquelle vous ne devriez pas recevoir de TMV (l'ostéoporose est une contre-indication courante). Si non, demandez-lui de vous aider à localiser le praticien le plus compétent dans les environs (spécialiste en médecine physique, kinésithérapeute, chiropraticien, etc.). Certains médecins estiment que l'efficacité de la TMV n'a pas été prouvée scientifiquement, mais la plupart sont disposés à aider un patient qui souhaite l'essayer.

3. Rappelez-vous que l’intérêt principal de la TMV réside dans la rapidité du soulagement qu’elle procure. Si vous n'avez pas ressenti de soulagement significatif dans les trois semaines, arrêtez la TMV. Ne vous soumettez pas à des soins de longue durée. Ne signez pas de contrat. Et n'acceptez pas l'idée de soins chiropratiques préventifs. L'éducation sur la façon de prévenir les problèmes de dos par des techniques de levage sûres, des exercices appropriés et l’ergogénique (analyse et reconfiguration du lieu de travail pour éviter les blessures) est précieuse.

4. Évitez les praticiens qui :

  • Apparaissent trop confiants ou sectaires dans leur ferveur pour les soins chiropratiques
  • Dénigrent la médecine comme étant jalousement anti-chiropraxie
  • Critiquent les médicaments ou la chirurgie
  • Critiquent les vaccinations, la fluoration, la pasteurisation ou d’autres pratiques de santé publique
  • Effectuent une radiographie de tous leurs patients ou utilisent systématiquement des radiographies de la colonne vertébrale entière
  • Utilisent des tactiques alarmistes comme prétendre que l'absence de soins chiropratiques pourrait entraîner de graves problèmes à l'avenir
  • Vendent des herbes ou des compléments alimentaires
  • Effectuent des irrigations coloniques. Celles-ci n'ont aucune valeur médicale et peuvent être dangereuses [23].
  • Affirment que les subluxations existent et que leur correction est importante.

5. Les enfants ne doivent pas être traités par des chiropraticiens. Il n'y a pas d'affection infantile pour laquelle les chiropraticiens sont mieux qualifiés que les médecins.

 

Références

 

Cet article a été à l'origine publié sous les titre « Chiropraxie : des soins de santé controversés » dans le numéro de mai 1990 de la revue Ministry (p. 25-28).

Il a été révisé le 9 février 2000, et traduit en français le 17 mai 2019 par le Dr Jacek Sierakowski.

SAM, la machine d’analyse vertébrale

SAM, la machine d’analyse vertébrale

Dr Stephen Barrett

La machine d’analyse vertébrale, commercialisée sous le nom de SAM (Spinal Machine Analysis), est un dispositif constitué de deux réglettes, utilisé par de nombreux chiropraticiens afin de détecter les « déséquilibres posturaux ». Il serait utile pour l’évaluation initiale de nouveaux patients, les « dépistages de santé publique », les conférences d’éducation à la santé, les centres de détection des scolioses, les salons commerciaux, les cours d’entretien de la colonne vertébrale, ainsi que pour évaluer les progrès du patient. La personne testée se tient debout, chaque pied étant placé sur une balance pendant que le chiropraticien réalise plusieurs observations basées sur la lecture des poids indiqués ainsi que sur la posture de l’individu. La différence de charge est censée permettre au chiropraticien d’établir :

  • la différence de poids entre les côtés gauche et droit du corps,
  • l’existence, ou non, d’une inégalité de longueur entre les membres inférieurs,
  • l’alignement horizontal entre les hanches et les épaules,
  • les zones probables de scoliose [1].

L’entreprise qui commercialise l’appareil fournit également des posters, des stands d’exposition et des logiciels permettant de rendre au patient une sorte de compte rendu de l’examen. Les affiches sont destinées à montrer qu’il existe bien des liens entre inégalité de longueur des membres inférieurs, des courbures de la colonne, des « subluxations » et un mauvais état de santé général. Les rapports générés par l’application informatique décrivent les soi-disant déséquilibres posturaux, le degré de « scoliose », et comportent une déclaration disant que la plupart des colonnes vertébrales scoliotiques présentent une « dégénérescence par subluxation », qui, si elle n’est pas prise en charge, peut progresser jusqu’à l’irréversibilité. La courbure de la colonne vertébrale est décrite comme étant « probablement due à l’inégalité de longueur des jambes », que le chiropraticien pourrait corriger.

En 1999, l’appareil à double réglette coûtait 2 995 $ pour le modèle permettant un ajustement de la posture du patient, et 1 795 $ pour la version fixe [2]. Mais le vendeur le présente comme un investissement judicieux. Dans une publicité, intitulée « Let S.A.M. Do Your Banking » (« laissez SAM s’occuper de vos finances »), et illustrée d’une poignée de dollars, on pouvait lire :

Imaginez ! Si (seulement) 10 nouveaux patients viennent vous voir grâce à la machine SAM toutes les deux semaines…Dix visites initiales à 150 $ = 1 500 $. Dix patients avec environ 12 visites chacun (soins intensifs initiaux), à 35 $ = 4 200 $. Total jusque-là : 5 700 $. Il y a 22 périodes de deux semaines dans une année (en supposant que vous prenez 4 semaines de vacances, et pourquoi pas ? Vous les avez gagnées). Cela représente un total de 125 400 $ par an, en supposant qu’aucun de ces patients ne revienne pour les soins optimaux ! Cela représente également 2 200 nouvelles visites en 10 ans, soit 1 254 000 $
Maintenant, supposons que seulement deux patients sur 10 se soucient suffisamment de leur santé pour choisir les soins optimaux, incluant des ajustements réguliers au bon vouloir du praticien. C’est 440 patients réguliers sur cette période. Trois visites annuelles représentent 462 000 $ sur 10 ans. Ajoutez les soins intensifs initiaux, et l’on arrive à 1 716 000 $. Maintenant, prenez en compte les patients adressés, les rendez-vous, les urgences, les nouveaux patients réguliers… Vous voyez ce que je veux dire ? En « combinant » de nouveaux patients sur une période de temps, vous pouvez avoir : #1. toutes sortes de pratiques que vous souhaitez – en fonction de votre trésorerie, puis, après une période prédéfinie, choisir d’y aller plus doucement ou #2. vous pouvez renforcer votre pratique, comme dans beaucoup de « mégapratiques ». L’objectif, c’est Vous que le décidez parce que vous avez la responsabilité de votre avenir [3].

L’utilisation du dispositif SAM est basée sur la notion que les« différences apparentes » dans la longueur des jambes peuvent être à l’origine des courbures de la colonne et des subluxations, même si les os sont de même taille. Les chiropraticiens souscrivant à cette idée prétendent détecter les différences de longueur avec ce dispositif ou en observant la position des pieds, le patient étant allongé sur le ventre sur une table d’examen. La brochure de la société annonce aussi que 85 % des gens ont une « différence apparente » dans la longueur des membres inférieurs, et suggère que l’utilisation de l’appareil peut amener entre 20 et 40 nouveaux patients par semaine. L’explication la plus probable est que les ‘‘différences’’ proviennent de légères variations dans la position de la hanche ou de la tension normale du muscle rachidien. En 1993, quand j’ai essayé SAM dans un cabinet de chiropraticien, ce dernier a attribué ses observations à la courbure de la colonne vertébrale et à une rotation de la hanche (ce qu’il ne me semble pas avoir), et a noté que j’avais tendance à avancer la tête (ce que je fais).

 

Références

  1. Doctor Meet S.A.M.: A Guide for Chiropractic Physicians. Practice Enhancement Catalog #138. Henderson, VA : The S.A.M. Company, 1993.
  2. S.A.M. Web site, accessed Dec 29, 1999.
  3. Let S.A.M. do your banking ! Advertisement, The Chiropractic Journal 14(3) :4, 1999.

Autres tests douteux

Cardiographe acoustique (ACG)

Un regard critique sur le CardioGraph acoustique

Dr Stephen Barrett
CardioGraph acoustique

L’Acoustic CardioGraph (ACG), commercialisé par l’Acoustic CardioGraph Company de San Diego, en Californie, est utilisé par des praticiens mal informés (principalement des chiropraticiens et des naturopathes) pour déterminer les suppléments à vendre aux patients. Il s’agissait d’une version moderne (à transistors) de l’endocardiographe, un appareil mis au point par Royal S. Lee en 1937 [1]. Lee (1895-1967), dentiste non diplômé, a fondé et exploité la société Vitamin Products, située dans le Wisconsin, qui vendait des compléments alimentaires, et la Lee Foundation for Nutritional Research, qui distribuait des ouvrages sur la nutrition et la santé. Cette entreprise familiale s’appelle désormais Standard Process, Inc.

L’endocardiographe de Lee était un stéthoscope à amplification et enregistrement électriques utilisé pour “diagnostiquer” une maladie et prescrire les préparations vitaminées de Lee comme traitement. La littérature décrivant l’utilisation du dispositif a également affirmé que les praticiens pourraient l’utiliser pour « détecter et analyser » l’hypertrophie cardiaque, la faiblesse myocardique et les affections causées par des carences nutritionnelles (Lee alléguant qu’il incluait pratiquement toutes les pathologies). En 1963, la FDA a lancé une saisie de trois endocardiographes auprès de la société Vitamin Products Company of Maryland (un distributeur), ainsi que de la documentation promotionnelle fournie par les organisations de Lee. Le gouvernement a fait valoir que l’étiquetage de l’appareil contenait des affirmations mensongères sur sa capacité à repérer efficacement les déficits en vitamines, l’hypertension artérielle et de nombreuses autres maladies. [1] Dans un discours prononcé le lendemain de la saisie, Kenneth Milstead, directeur adjoint du Bureau of Enforcement de la FDA, a décrit Lee comme « probablement le plus grand éditeur de fausses informations nutritionnelles au monde ». [1]

Remarque: la cardiographie acoustique (également appelée phonocardiographie) est une méthode d’enregistrement graphique des manifestations sonores de l’activité cardiaque. Elle permet de repérer la chronologie des bruits et souffles, et occupe une place légitime dans l’exploration du cœur [2,3], mais elle n’a aucun rapport avec le dispositif évoqué dans cet article.

Allégations

Le site Web d’Acoustic CardioGraph Company, qui propose son appareil au prix de 6 600 dollars plus les frais de port, annonce les “avantages” suivants :

  • Fournit une “signature” lisible des sons du cœur
  • Indique si la fonction cardiaque est optimale ou réduite
  • Mesure le cœur comme un indicateur de l’équilibre chimique du corps
  • Mesure les progrès du programme d’intervention thérapeutique
  • Révèle un niveau de détail élevé, permettant au médecin de « voir » les sons qui ne sont normalement pas détectés par le stéthoscope
  • Crée un enregistrement des bruits cardiaques afin de suivre l’évolution du patient
  • Augmente l’observance thérapeutique
  • Soutient le programme nutritionnel recommandé
  • Est accessible à la cotation médicale et au remboursement par l’assurance [4]

Un pratiquant déclare :

L’ACG enregistre les vibrations du cœur lorsque le sang circule dans les différentes chambres, valves et gros vaisseaux, d’où le nom d’Acoustic CardioGraph. L’ACG détecte ces vibrations dans quatre zones et fournit une « signature graphique ». L’ouverture et la fermeture des valves cardiaques contribuent au graphique, tout comme la contraction et la puissance du muscle cardiaque. Il en résulte une image dynamique du cœur en mouvement. Si le cœur est efficace et sans stress, le graphique est lisse et clair. Si le cœur est inefficace, des schémas bien définis sont associés à chaque type de dysfonctionnement [5].

Un autre pratiquant explique :

La « signature graphique » est un reflet des sons du cœur. Les bruits cardiaques sont le reflet de la fonction cardiaque. Celle-ci est affectée par bon nombre de nos systèmes, par exemple les surrénales, le foie et la vésicule biliaire, les fonctions circulatoires et rénales, etc. La nutrition, notamment les suppléments, les minéraux, les vitamines, les acides gras essentiels (AGE), compte parmi les facteurs qui influencent le fonctionnement du cœur.

Le dysfonctionnement et la carence nutritionnelle de chaque système ont une signature graphique caractéristique. En utilisant l’extrême précision de l’ACG, nous pouvons facilement détecter de tels dysfonctionnements et carences, ce qui nous aide ainsi à formuler des recommandations appropriées et à suivre les progrès du patient ou du client tout au long des soins [6].

En réalité

Les bruits du cœur sont utiles pour évaluer les perturbations du rythme, l’état des valves et plusieurs autres types de problèmes cardiaques. Cependant, ces problèmes ne relèvent pas du champ d’application légitime de la chiropratique ou de la naturopathie et doivent être évalués à l’aide de tests échographiques et d’autres procédures médicales standards. Il n’y a ni preuve scientifique ni raison logique de croire que les sons du cœur reflètent la santé des organes dans tout l’organisme ou peuvent être utilisés pour évaluer l’état nutritionnel du corps. Je conseille de rester à l’écart de tout praticien qui utilise le dispositif Acoustic CardioGraph à cette fin.

Références

  1. Milstead KL. Quackery in the medical device field. Presentation at the Second National Conference on Quackery, Chicago, Oct 25, 1963.
  2. Erne P. Beyond auscultation: Acoustic cardiography in the diagnosis and assessment of cardiac disease. Swiss Medicine Weekly 138:438-452, 2008.
  3. Wen YN and others. Beyond auscultation: Acoustic cardiography in clinical practice. International Journal of Cardiology 172:548-560, 2014.
  4. The Acoustic CardioGraph. Acoustic CardioGraph Company Web site, accessed Feb 5, 2008.
  5. ACG - Nutritional cardiograph. drkaslow.com Web site, accessed March 26, 2007 and April 27, 2014.
  6. Cohen D. Acoustic CardioGraph (ACG). Web site of David Cohen, ND, PhD, MH, CNC, accessed April 27, 2014.

Le « volant de la réflexologie »

Le « volant de la réflexologie »

La réflexologie, également appelée thérapie de zone, est basée sur la croyance que chaque partie du corps est représentée sur les mains et les pieds et que la pression sur des zones spécifiques des mains ou des pieds peut avoir des effets thérapeutiques dans d'autres parties du corps. Les promoteurs affirment que le corps est divisé en dix zones qui commencent ou se terminent dans les mains et les pieds, et que chaque organe ou partie du corps est "représenté" sur les mains et les pieds. Les défenseurs prétendent également que les anomalies peuvent être diagnostiquées en palpant les pieds et que le fait de presser chaque zone peut stimuler le flux d'énergie, de sang, de nutriments et d'influx nerveux vers la zone correspondante du corps. Les voies postulées par les réflexologues, comme les "méridiens d'acupuncture" postulés par les praticiens de la médecine traditionnelle chinoise, n'ont jamais été démontrées anatomiquement.

La publicité ci-dessous, qui se trouve dans un colis de vente par correspondance, affirme que le mouvement du volant de la voiture stimule, « apaise les principaux points d'acupuncture sur vos mains pour aider à soulager la raideur et les crampes... détend les muscles principaux... met fin à la tension et à la fatigue. » Le schéma joint prétend relier divers points des mains aux sinus, oreilles, poumons, épaules, plexus solaire, vésicule biliaire, glandes surrénales, reins, intestins, hanches, côlon ascendant, valvule iléo-cæcale, testicules, ovaires, nerfs, yeux, glande pinéale, glande pituitaire, cerveau, estomac, cou, gorge, thyroïde, pancréas, colonne vertébrale, prostate, utérus, vessie. Cela n'explique pas en quoi les « coussinets souples et moelleux de la housse aux endroits stratégiques du volant » peuvent influencer l'un ou l'autre de ces organes ou faire en sorte que les parties distantes du corps "se sentent mieux". Une autre partie de l'annonce (non illustrée) indique que le couvre-volant est « idéal pour les mains arthritiques ! »

 

 

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Cet article a été publié le 16 septembre 1997.

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