Les Sceptiques du Québec

🔒
❌ L'agrégateur de flux RSS
Il y a de nouveaux articles disponibles, cliquez pour rafraîchir la page.
À partir d’avant-hierQuackwatch

Nervo-Scope

Le Nervo-Scope

Dr Stephen Barrett

    Neuro-calomètre

La détection de chaleur a joué un rôle significatif dans la recherche des prétendues « subluxations » évoquées en chiropratique. Une monographie de chiropratique, sortie en 1990 et dédiée à la thermographie, nous dit que D.D. Palmer utilisait le dos de sa main pour localiser des « zones chaudes » (‘hot-boxes’) de part et d’autre de la colonne vertébrale et mettre en évidence une différence de température de surface entre les côtés. Les auteurs soulignent que « cette technique, bien que subjective et peu fiable à cause de la variabilité de la sensibilité du médecin qui pose le diagnostic, est enseignée aux étudiants en chiropratique depuis les débuts de cette profession. » [1]

Le premier promoteur de la chiropratique, B.J. Palmer, a été séduit par le « neuro-calomètre », un appareil conçu par l’un de ses étudiants. Au cours des années 1920, il s’est persuadé qu’il pouvait ainsi montrer l’existence, la localisation et l’étendue des subluxations vertébrales. L’appareil, portable, est constitué de deux sondes connectées à un compteur relevant les différences de température de part et d’autre de la colonne vertébrale. B.J. Palmer était si convaincu de l’efficacité de cet appareil (il avait d’ailleurs fortement insisté pour le louer) que beaucoup de ses partisans l’ont suivi dans cet engouement. [2]


Nervo-Scope

Le Nervo-Scope, dérivé du neuro-calomètre, a été commercialisé dans les années 1970 par une grande entreprise de matériel destiné à la chiropratique. Il est composé de deux thermocouples, d’une pile et d’un compteur. Ses mesures peuvent être enregistrées en le connectant à un enregistreur à bandes. Sur le catalogue du fabricant, on pouvait lire que cet appareil « avait sa place à côté des rayons X » (de même importance dans la démarche diagnostique, NdT.) [3] Cependant, le « manque de fiabilité et de preuves scientifiques documentées » a empêché une utilisation à grande échelle de ces détecteurs de chaleur dans la pratique chiropratique. [1]

Une conférence de synthèse en chiropratique, tenue au Canada en 1993, a conclu que la pertinence d’effectuer une mesure paravertébrale avec des appareils à thermocouple n’était pas démontrée, d’autant que la validité et la fiabilité de ces dispositifs sont très douteuses. [4] C’est la façon politiquement correcte de dire qu’ils ne présentent aucun intérêt clinique. Néanmoins, divers modèles de ce gadget sont toujours en vente, et on peut donc supposer qu’ils sont encore utilisés par certains chiropraticiens. [5]

En 1973, dans le cadre d’une enquête que j’ai eue à diriger, une dame avait fait voir sa fille de 4 ans, en bonne santé, à 5 chiropraticiens pour un bilan global. Elle a rapporté que l’un des praticiens avait utilisé un Nervo-Scope, parcourant la colonne vertébrale de la fillette de haut en bas. En s’appuyant sur les variations de l’aiguille du compteur, il avait conclu que l’enfant avait des problèmes dans les régions du rachis où passent les nerfs qui commandent l’estomac et la vésicule biliaire. Ces soucis, bien entendu, n’étaient que le fruit de son imagination. Un chiropraticien, qui a répondu à cet article, nous informe que ses expériences avec un Nervo-Scope montrent que les informations obtenues dépendent de la pression avec laquelle on applique l’une ou l’autre des sondes sur la peau.

Malgré leur inutilité, ces appareils à thermocouple restent populaires chez les chiropraticiens fidèles à la théorie de la subluxation. Un manuel publié à la fin des années 1990 et destiné à la chiropratique pédiatrique indique même que ces dispositifs sont utiles pour l’examen des nouveau-nés. Le livre précise :

Le but de l’analyse de la température cutanée (ex : Temp-o-scope, Nervo-scope…) est d’obtenir une preuve neurologique objective qu’il existe un syndrome de subluxation vertébrale [VSC] (‘vertebral subluxation complex’)…

La méthode pour réaliser l’examen est de pratiquer un balayage dynamique. Une différence de température cutanée entre les deux côtés est représentée par le déplacement de l’aiguille du compteur, d’un côté ou de l’autre. La ‘‘lecture’’… est considérée comme significative si un rapide mouvement « d’aller et retour » de l’aiguille est observé sur l’un des segments de la colonne vertébrale. L’importance de la différence de température est considérée comme directement proportionnelle à la gravité de l’atteinte neurophysiologique due à la présence de VSC. La subluxation vertébrale, à son stade aigu, présente souvent une grande variation de température… La mesure de la différence de température entre les segments est l’un des nombreux paramètres permettant d’évaluer et de quantifier les progrès du patient en réponse à un ajustement vertébral spécifique. [6]

 

Références

  1. Christiansen J, Gerow G. Thermography. Baltimore: Williams & Wilkins, 1990. 
  2. Wardwell WI. Chiropractic: History and Evolution of a New Profession. St. Louis: Mosby Year Book, 1992. 
  3. The Complete Catalog of Chiropractic Literature and Supplies. Austell, GA: Si-Nel Publishing & Sales Co., 1971. 
  4. Henderson D and others. Clinical Guidelines for Chiropractic Practice in Canada. Toronto: Canadian Chiropractic Association, 2002. 
  5. Chiropractic Equipment and Supply Catalog. Mt. Horeb, WI: Gonstead Seminar of Chiropractic, 1997. 
  6. Anrig CA. Spinal examination and specific spinal and pelvic adjustments. In Anrig CA, Plaugher G editors. Pediatric Chiropractic. Baltimore: Williams & Wilkins, 1998, pp 323-423. 

À voir également

 

Article original paru le 20 juin 1999.

Les algues: fausses prétentions et battage publicitaire

Les algues: fausses allégations et battage publicitaire

Dr Stephen Barrett

Les algues bleu-vert (un des onze groupes d'algues) sont des plantes microscopiques que l'on retrouve surtout dans des étangs saumâtres et des lacs un peu partout dans le monde. Parmi les plus de 1500 espèces connues, certaines sont utiles comme aliments, causent des gastro-entérites et des hépatites. La spiruline est entrée sur le devant de la scène en 1981 lorsque le National Enquirer l'a présentée comme une « pilule diététique entièrement naturelle », « sans danger » qui contient de la phénylalanine (un acide aminé), qui « agit directement sur le centre de l'appétit ». L'article disait aussi que c'était « une protéine à 65 % », ce qui en fait aliment incroyable et « le plus riche en protéines au monde ».

Ces prétentions sont de la foutaise. La FDA (Food and Drug Administration) a conclu qu'il n'y a aucune preuve que la spiruline (ou la phénylalanine) est efficace comme coupe-faim. La FDA a également déclaré que la prétention « 65% de protéine » est insensée, parce que si on en croit les mentions inscrites sur leurs étiquettes, les produits à base de spiruline ne fournissent que des quantités négligeables de protéines.

MISCORP et Light Force

En 1982, Microalgae International Sales Corp. (MISCORP) et son fondateur, Christopher Hills, ont accepté de payer 225 000 $ pour régler des accusations de fausses allégations concernant la spiruline. La société avait affirmé que ses produits à base de spiruline étaient efficaces pour le contrôle du poids et avaient des effets thérapeutiques contre le diabète, l'anémie, les maladies hépatiques et les ulcères.

Light Force, également fondée par Hills, commercialisait des produits à base de spiruline dont on prétendait qu'ils pouvaient supprimer l'appétit, stimuler l'immunité et augmenter l'énergie. Le matériel de vente de l'entreprise annonçait que la spiruline est un « super aliment » et qu'elle « nettoie et détoxifie l'organisme ». Dans un numéro de 1987 du magazine Light Force, appelé The Enlightener, le vice-président et avocat d'entreprise Steve Kochen énumère les « directives légales » de l'entreprise. Il s'agit notamment de :

  • Réglementation en vigueur... interdiction à la compagnie et ses distributeurs d'utiliser toute recherche médicale pour la promotion, la publicité ou la vente des produits.
  • Vous êtes libres de fournir toute recherche médicale responsable uniquement à des fins d'éducation et d'information... tant qu'aucune mention n'est faite de produits spécifiques et qu'aucune tentative de vente de produits n'est faite au moment où l'information est disponible.
  • Lorsque vous utilisez la poste pour envoyer des renseignements concernant la recherche... toute information concernant les ventes doit être fournie séparément et ne doit pas être liée à la recherche médicale.
  • Vous êtes libres de partager votre expérience personnelle avec un de nos produits, même si cette expérience implique le soulagement de certains problèmes de santé ou symptômes. Toutefois, il est essentiel d'ajouter dans votre témoignage: « Évidemment, nous ne pouvons pas faire de déclaration médicale quelconque au sujet des produits ni vous assurer que vous allez avoir la même expérience ».

Malgré tout cela, The Enlightner a publié des rapports au sujet d'utilisateurs qui ont perdu du poids ou qui sont guéris d'arthrite, cancer, de sclérose en plaques, et de blessures sérieuses en prenant les produits Light Force. Aucun des rapports n'est accompagné d'une documentation significative. En 1996, Light Force a fusionné avec Royal BodyCare, une compagnie à paliers multiples avec une gamme de produits beaucoup plus large.

K.C. Laboratories et Cell Tech

En 1982, K.C. Laboratories de Klamath Falls, dans l'Oregon, et son président, Victor H. Kollman, ont commencé à vendre des produits Blue Green Manna (dérivés d'un autre type d'algues) en affirmant qu'ils étaient efficaces pour un grand nombre de problèmes de santé. En 1983, la FDA a commencé des procédures légales pour les faire cesser de faire de telles déclarations, mais le marketing de leurs produits n'a pas cessé. Finalement, en 1986, à la demande de l'agence, un juge d'une cour de district (États-Unis) a émis une injection demandant à tous les intéressés de cesser la production, la distribution et la vente des algues bleu-vert récoltées à Klamath Lake, Oregon. Expliquant sa décision, le juge a dit :

Lors du procès le 9 janvier 1986, le gouvernement a présenté des preuves supplémentaires de l'utilisation répandue des produits à base d'algues bleu-vert Manna et des prétentions thérapeutiques qui ont été faites pour ces produits. Victor Kollmann a nié qu'il avait fait des déclarations d'effets thérapeutiques... néanmoins, il a continué à maintenir que ses produits étaient bénéfiques pour l'organisme... comme un aliment, et non pas comme un médicament. Le gouvernement a démontré que lorsqu'il est utilisé selon les directives de 1.5 grammes, sa valeur nutritive est négligeable. Par ailleurs, le coût des produits de l'accusé, qui est plus de 300 $ la livre, est tellement élevé comparé à des nutritifs provenant d'autres sources qu'il est évident que ces produits ne sont pas vendus pour être utilisés comme des aliments.

Dans son ordonnance de 1985, il a cité des preuves selon lesquelles plus de 2 500 personnes avaient distribué des produits Manna avec des allégations thérapeutiques qui défiaient l'injonction. Il a également rapporté que depuis que l'injonction a été émise, des centaines de distributeurs avaient écrit ou téléphoné pour affirmer que les produits Manna les avaient guéris ou avaient guéri des membres de leur famille de problèmes tels que la maladie d'Alzheimer, des troubles cardiaques, des problèmes cutanés, des allergies, des problèmes de prostate, le manque de libido, des problèmes émotionnels et d'alcoolisme.

Lors du procès de 1986, les accusés ont soutenu que puisque d'autres produits à base d'algues sont vendus comme aliments ou compléments alimentaires, ils devraient eux aussi être autorisés à vendre des algues bleu-vert comme aliments, en changeant l'emballage, le nom commercial et le système de distribution si nécessaire. Mais le juge a statué que « la demande ne peut plus être contrôlée, même si les accusés ont le désir de le faire ». Déclarant que Kollman avait tenté d'induire en erreur non seulement le tribunal mais aussi les acheteurs des produits, le juge a conclu qu'une injonction permanente était nécessaire pour empêcher les accusés de « tirer profit de leurs violations passées en satisfaisant la demande qu'ils avaient créée pour leurs produits ». En d'autres mots, même si les allégations douteuses étaient stoppées, les gens qui ont cru aux déclarations antérieures vont continuer à acheter leurs produits. [1,2]

Bien que la décision du juge semble avoir mis fin à la vente des produits Manna, une ligne de produits semblables appelée Super Blue Green Algae est toujours commercialisée par Cell Tech Inc, une société dirigée par le frère de Kollman, Daryl. Selon un enregistrement promotionnel de l'entreprise, « En détoxifiant l'organisme et en équilibrant vos niveaux nutritionnels, Super Blue Green fournit à votre corps et à votre esprit des ingrédients qui produisent des expériences d'énergie accrue, de clarté d'esprit, le contrôle diététique et des sensations de bien-être global. Cela peut permettre aux gens de faire face aux nombreux stress de ce monde moderne ».

La documentation de Cell Tech indique que les produits ne guérissent pas les maladies et ne sont pas des substituts aux soins médicaux. Malgré cette décharge de responsabilité, plusieurs distributeurs ont fait des déclarations thérapeutiques dans la publicité, lors des expositions, et dans des présentations privées à des clients potentiels. En 2003, un juge californien a jugé que 30 des allégations de Cell Tech étaient trompeuses et a ordonné à l'entreprise de cesser de les faire. [3]

Algues bleu-vert

Toxicité possible

Le 5 mai 1999, la Direction générale de la protection de la santé a déclaré que les produits contenant les algues bleu-vert peuvent contenir des toxines qui peuvent être dommageables pour le foie et que quelques espèces de ces algues produisent naturellement des toxines connues comme des microcystines. Pour déterminer l'ampleur du problème, Santé Canada, par l'entremise du Bureau des produits de santé naturels, du Programme des produits thérapeutiques et de la Direction des aliments de la Direction générale de la protection de la santé, a mené une enquête sur les produits pour déterminer combien se trouvent sur le marché, dans quelles formes, et quel était le taux de microcystines qu'ils contenaient. Le 27 sept 1999, les résultats de l'enquête fut annoncés:

Les résultats de l'enquête du marché faite par Santé Canada ont montré que les produits d'algues ne contenaient pas de microcystines lorsque les produits étaient composées d'une sorte d'algue bleu-vert, appelée spiruline, habituellement cultivée dans des réservoirs contrôlés. Toutefois, les essais réalisés ont indiqué que pour ce qui est d'autres produits d'algues non-spiruline, cultivées dans des lacs naturels, la consommation selon les directives du manufacturier va se traduire par un taux quotidien de microcystines au-delà des niveaux acceptables selon Santé Canada et l'Organisation Mondiale de la Santé. Les microcystines sont des toxines qui s'accumulent dans le foie et qui peuvent endommager le foie. Elles sont naturellement produites par certaines formes d'algues bleu-vert. Les algues bleu-vert sont vendues en comprimés, capsules, ou en poudre comme suppléments diététiques, souvent comme une source naturelle de minéraux.

Santé Canada a commencé l'évaluation des produits d'algues bleu-vert disponibles au Canada en mai 1999, après avoir décelé des taux inacceptables de microcystines dans plusieurs des produits disponibles. L'analyse a été poursuivie et le taux de risque de microcystines a été établie pour les consommateurs canadiens. Selon ses résultats, les produits faits d'algues bleu-vert spiruline ne sont pas considérés comme présentant un risque pour la santé.

Pour ce qui est des produits non-spiruline, le suivi sera fait sur la base de cas particuliers. La Direction des aliments de Santé Canada a communiqué les résultats des tests et leur importance pour la santé à l'Agence canadienne d'inspection des aliments et a indiqué que les produits sur le marché canadien, lorsqu'ils sont consommés selon les directives du fabricant, ne devraient pas dépasser l'apport quotidien de microcystines jugé acceptable par l'Organisation mondiale de la santé et Santé Canada. Les mesures de conformité subséquentes relèvent de la responsabilité de l'ACIA.

Santé Canada recommande de ne pas donner aux enfants des produits contenant des algues bleu-vert autres que la spiruline tant que des mesures n'auront pas été prises pour réduire les risques. En raison de leur faible poids corporel, les enfants courent un plus grand risque de développer une maladie grave à partir de produits à base d'algues bleu-vert contenant des niveaux élevés de microcystines, surtout si ces produits sont ingérés pendant une longue période de temps.

Malgré des rapports récents selon lesquels les produits à base d'algues bleu-vert peuvent être utilisés pour traiter le trouble déficitaire de l'attention (TDA), Santé Canada n'a reçu aucune preuve à l'appui de ces allégations et n'a autorisé la commercialisation d'aucun produit à base d'algues bleu-vert à des fins thérapeutiques. Au Canada, les produits à base d'algues bleu-vert examinés à ce jour sont vendus comme aliments, et Santé Canada n'autorise pas les allégations thérapeutiques pour les substances vendues comme aliments.

Les consommateurs adultes qui choisissent d'utiliser des produits contenant des algues bleu-vert autres que la spiruline devraient le faire pendant de courtes périodes seulement. Des effets secondaires après des semaines ou des mois d'utilisation peuvent ne pas être évidents, mais peuvent aller d'une sensation de malaise général ou d'inconfort gastro-intestinal ou d'ictère. Les consommateurs ayant des doutes devraient communiquer avec leur médecin pour obtenir des conseils. [4]

En mai 2000, le ministère de la Santé de l'Oregon a publié des données suite à une enquête qui a révélé que 63 échantillons sur 87 contenaient des concentrations de microcystines supérieures à la limite réglementaire de 1 microgramme/gramme. Le résumé publié dit :

La présence de toxines d'algues bleu-vert (BGA) dans les eaux de surface utilisées comme sources d'eau potable ou à des fins récréatives fait l'objet d'une attention croissante dans le monde entier comme problème de santé publique... Les produits BGA sont couramment consommés aux États-Unis, au Canada, en Europe pour leurs effets bénéfiques, dont une augmentation de l'énergie et une meilleure humeur. Plusieurs de ces produits contiennent de l'Aphanizomenon flosaquae, un BGA récolté dans le Haut Lac Klamath (UKL) dans le sud de l'Oregon, où la croissance d'un BGA toxique, le Microcystis aeruginosa, est observée régulièrement. La Microcystine aeruginosa produit des hépatotoxines puissantes, et probablement des accélérateurs de tumeurs. Comme M. aeruginosa coexiste avec l'A. flosaquae, elle peut être collectée par inadvertance pendant le processus de récolte, ce qui entraîne une contamination des produits BGA par la microcystine. À l'automne 1996, la Division de la santé de l'Oregon a appris que l'UKL connaissait une prolifération importante de M. Aeruginosa et a lancé une alerte recommandant de ne pas entrer en contact avec l'eau. Cet avis a été suivi d'appels téléphoniques des consommateurs de produits BGA, inquiets de la possibilité de contamination de ces produits avec les microcystines. En réponse, la Division de la santé de l'Oregon et le ministère de l'Agriculture de l'Oregon ont établi une limite réglementaire de 1 µg/g pour les microcystines dans les produits contenant du BGA et ont testé la présence de microcystines dans ces produits. Des microcystines ont été détectées dans 85 des 87 échantillons testés, dont 63 (72%) contenaient des concentrations > 1 µg/g. HPLC et ELISA ont provisoirement identifié la microcystine-LR, la variante de microcystine la plus toxique, comme étant l'élément prédominant. [5]

Conclusions

Les produits spiruline ne contiennent aucun nutriment qui ne soit facilement accessible en consommant d'autres aliments ou suppléments alimentaires ordinaires, et qui coûtent beaucoup moins cher.  Des études réalisées dans des pays où la malnutrition est fréquente ont montré que l'administration de spiruline (sous forme d'aliments ou de comprimés) peut corriger les carences des quelques nutriments que contient la spiruline. Cependant, les produits à base d'algues commercialisés n'ont aucune valeur prouvée pour traiter l'obésité ou toute autre maladie, et certains peuvent contenir des toxines puissantes.

 

Pour plus d'information:

 

Références:

  1. Barrett S, Herbert V. The Vitamin Pushers: How the "Health Food" Industry Is Selling Americans a Bill of Goods. Amherst NY: Prometheus Books, 1994.
  2. Ballantine C. The trial of the blue-green algae eaters. FDA Consumer 20(6):33-34, 1986.
  3. Barrett S. Cell Tech loses false advertising suit. Quackwatch, July 25, 2003.
  4. Health Canada announces results of blue-green algal products testing—only Spirulina found Microcystin-free. Health Canada news release, Sept 17, 1999.
  5. Gilroy GJ and others. Assessing potential health risks from microcystin toxins in blue-green algae dietary supplements. Environmental Health Perspectives 108:435-439, 2000.

Les Feuilles de Sève: un attrape-nigaud

Les Feuilles de Sève: un attrape-nigaud

Stephen Barrett, docteur en médecine

Kenrico Limited., une entreprise située à Kanaya, Shizuoka, au Japon, voudrait vous faire croire que ses “coussinets plantaires détoxifiants” peuvent détoxifier votre corps et améliorer votre santé. À en croire le site web de l’entreprise:

  • Les coussinets sont réalisés à partir “d’extraits totalement naturels d’arbre et de bambou” et sont le “couronnement de siècles de savoir connu des Japonais et... transmis à travers les générations.”
  • Les Feuilles de Sève fonctionnent comme la pression osmotique dans une plante. Les racines d’un arbre transfèrent l’eau aux autres branches en se servant de sa membrane semi-perméable.
  • Etant donné que la majorité des terminaisons nerveuses du corps finissent sur la plante des pieds, il est mieux d’utiliser les Feuilles de Sève sur la plante du pied afin d’en nettoyer les impuretés et les matériaux toxiques qui sont éliminés avec la sueur.

Le site contient un schéma de réflexologie afin d’illustrer comment la Feuille de Sève est censée bénéficier aux organes à travers le corps:

Recevez 24 heures de traitement par réflexologie. La réflexologie est une technique de soin ancestrale, qui fait appel à une forme spécialisée de compression et de toucher qui se focalise sur les pieds. Les points de réflexe dans le pied reflètent l’entièreté du corps et stimuler ces points promeut l’équilibre dans la zone corporelle correspondante.

 

 

Théories incorrectes

Je ne crois pas que les Feuilles de Sève puissent fonctionner de cette manière. La peau n’est pas une membrane semi-perméable, ce qui signifie que les substances placées à l’extérieur du pied et les substances circulant à l’intérieur du corps ne vont pas s’écouler librement entre les deux côtés de la peau. Même si elles le pouvaient, cela ne supprimerait pas les “toxines” du corps. La vraie détoxification se déroule dans le foie, qui modifie la structure chimique des substances indésirables. Les substances modifiées vont ensuite circuler dans le flux sanguin jusqu’aux reins, qui les évacuent par l’urine. La peau n’a aucun lien avec ce processus et n’est pas un organe de détoxification. La sueur, qui contient de l’eau et du sel, aide à maintenir la température du corps mais ne joue pas un rôle significatif dans l’élimination des toxines. Les concepts réflexologiques de Kenrico sont également incorrects. La plupart des nerfs du corps n’aboutissent pas dans le pied, et il n’y a pas de couloir anatomique entre le pied et les organes internes comme cela est décrit dans les schémas de réflexologie. De plus, il n’y a pas de mécanisme physiologique permettant d’influer sur la santé des organes internes par stimulation du pied. En bref, l’explication de Kenrico pour ses coussinets pour pied combine les concepts aberrants de la détoxification avec ceux de la réflexologie.

 

Articles liés

 

 

Traduction en français le 09 mai 2019.

Au cœur de la chiropratique

Au cœur de la chiropratique : problèmes d’hier et d’aujourd’hui

Samuel Homola, docteur en chiropratique

En 123 années d’existence, les convictions fondamentales des chiropraticiens n’ont pas changé. La chiropratique reste une forme de médecine alternative qui englobe une variété de méthodes douteuses. Aux États-Unis, la profession de chiropraticien reste encore définie par la théorie de la subluxation vertébrale qui lui a donné naissance et indépendance en tant qu’offre concurrente aux soins de santé conventionnels. Les chiropraticiens résistent aux changements qui permettraient le développement de leur profession en tant que spécialité des soins préventifs du dos.

Mon père était chiropraticien, diplômé en 1920 de la Palmer School of Chiropractic de Davenport, dans l’Iowa. Sur ses traces, je me suis inscrit comme étudiant au Lincoln Chiropractic College à Indianapolis, dans l’Indiana, en 1952. Comme mon père, je croyais que la manipulation chiropratique, autrement dit « l’ajustement » de la colonne vertébrale, pouvait être utilisée pour soigner des maladies organiques en ajustant des vertèbres mal alignées ou « subluxées » afin d’éradiquer une pression sur les nerfs spinaux — une conviction exprimée en 1895 par D.D. Palmer, un épicier qui était également « magnétiseur ». Palmer affirma avoir soigné un cas de surdité en remettant en place une vertèbre thoracique par « étirement ». Peu après, il déclara que 95% des maladies étaient causées par le déplacement de vertèbres.

Durant mes deux premières années d’étude en chiropratique, je me rendis compte que les théories de Palmer sur la subluxation ne pouvaient pas être exactes. Tout d’abord, le nerf acoustique qui assure la fonction auditive est un nerf crânien qui connecte le cerveau à l’oreille interne en empruntant des voies intracrâniennes, bien loin de la quatrième vertèbre thoracique « remise en place » par Palmer.

J’ai aussi appris en lisant des livres d’anatomie et de physiologie que les organes sont innervés par des plexus et des ganglions nerveux autonomes, situés à l’extérieur de la colonne vertébrale (certains d’entre eux accueillent des fibres préganglionnaires autonomes des portions thoracique et lombaire supérieure de la moelle épinière) ainsi que par des nerfs crâniens et sacrés autonomes qui passent à travers des orifices dans les os eux-mêmes, sans être affectés par une vertèbre mal alignée. (Les nerfs vagues, dixième paire de nerfs crâniens, émergent d’un orifice de chaque côté de la base du crâne pour descendre approvisionner les viscères thoraciques et abdominaux. L'innervation des organes pelviens est assurée par des nerfs sacrés autonomes.) L’innervation plurisegmentaire par différents nerfs autonomes, ajoutée aux hormones et à d’autres facteurs, assure la fonction involontaire des organes du corps indépendamment des nerfs spinaux, essentiellement destinés à l'innervation de la peau et à assurer la fonction volontaire des structures musculo-squelettiques. C’est pourquoi les organes corporels continuent de fonctionner quand une atteinte de la moelle épinière au niveau du cou paralyse les structures musculo-squelettiques, provoquant la tétraplégie. En réalité, même si les nerfs autonomes interviennent dans la régulation du fonctionnement des organes, un organe transplanté approvisionné en flux sanguin peut fonctionner relativement bien sans que les nerfs sectionnés soient reconnectés. La compression d’un nerf spinal provoque uniquement la perte des fonctions sensorielles et motrices dans la zone musculo-squelettique approvisionnée par le nerf affecté. Elle ne provoque pas toute la gamme des maladies.

Une quête de la vérité

Après avoir conclu que la manipulation vertébrale (ou ajustement vertébral) n’était pas la panacée dépeinte par mes professeurs, j’ai passé un temps considérable à la bibliothèque de l’école de médecine située à proximité. J’y lisais des traités écrits par des spécialistes en orthopédie et en médecine physique, qui approuvaient le recours à la manipulation vertébrale dans le traitement des douleurs dorsales et cervicales de type mécanique— une option qui n’était pas disponible aisément dans les services de médecine physique. La kinésithérapie n’était pas enseignée dans mon école de chiropratique. J’ai donc étudié l’œuvre de Bierman et Licht, Physical Medicine in General Practice (La médecine physique dans la médecine généraliste), un manuel médical de premier plan qui décrit les méthodes de physiothérapie, dont la manipulation vertébrale [1]. Je me suis également beaucoup appuyé sur le travail du Dr James Mennell, spécialiste en médecine physique, qui est l’auteur de The Science and Art of Joint Manipulation: The Spinal Column (La science et l’art de la manipulation des articulations : la colonne vertébrale) [2]. J’ai poursuivi ces recherches parallèlement à mes études jusqu’à ma remise de diplôme du Lincoln College.

Quand j’ai commencé à exercer en tant que chiropraticien à Panama City en Floride, en 1956, j’ai mis une petite annonce dans le journal local annonçant que mon cabinet offrait « des soins spécialisés pour les douleurs dorsales et les affections de la colonne vertébrale », que je procurais en combinant la manipulation vertébrale avec des modalités de physiothérapie. L’annonce n’eut que peu de succès. Même si les chiropraticiens locaux étaient plutôt occupés à soigner toute la gamme des maladies humaines par l’ajustement des vertèbres, la plupart des gens considéraient la chiropratique comme une forme de charlatanisme. Toutefois, une partie de la population était attirée par la théorie chiropratique selon laquelle manipuler la colonne vertébrale pour soulager la pression sur les nerfs spinaux pourrait guérir des maladies. De nombreux patients chroniques étaient attirés par des publicités promettant des remèdes qui ne sont pas proposés par le corps médical.

Après quelques années difficiles passées en tant que « spécialiste du dos » à rivaliser avec des chiropraticiens axés sur la subluxation, j’ai fini par conclure que la chiropratique comme méthode de soin des maladies organiques méritait d’être publiquement mise en doute et critiquée par les prestataires de soins conventionnels. Je n’ai pu trouver aucune preuve crédible pour étayer la théorie selon laquelle une subluxation peut affecter l’état de santé général. Si la manipulation vertébrale peut temporairement perturber les signaux des récepteurs qui permettent de percevoir les douleurs dorsales (nocicepteurs), je ne voyais aucune raison de croire que les effets physiologiques temporaires de la manipulation vertébrale puissent avoir un impact significatif sur l’état de santé général. J’ai donc commencé à critiquer les aspects controversés des soins chiropratiques afin de protéger la santé publique, de promouvoir la réforme de ma profession et de soutenir un recours approprié à la manipulation vertébrale.

Contre la théorie de la subluxation

Mon premier livre, Bonesetting, Chiropractic, and Cultism (Manipulation osseuse, chiropratique et tendances sectaires), publié en 1963, renonçait publiquement à la théorie chiropratique de la subluxation et recommandait que la chiropratique soit développée en tant que spécialité pour le traitement des douleurs dorsales de type mécanique [3]. Le Library Journal en a émis une critique favorable :

Une vaste quantité d’information en provenance de nombreuses sources a été rassemblée. On démontre que la chiropratique est un culte sans substance et sans aucun fondement scientifique… En l’absence d’ouvrages exhaustifs sur l’histoire de la chiropratique, ce livre a sa place dans les collections médicales et les bibliothèques de référence [4].

Les publications de chiropratique ont ignoré le livre, et l’American Chiropractic Association (Association américaine de chiropratique) m’a radié tout en résiliant ma couverture contre les fautes professionnelles auprès de sa compagnie d’assurances. Mais j’ai continué à exprimer mon avis dans des articles publiés dans des journaux et magazines, en m’opposant à la théorie de la subluxation tout en promouvant un recours approprié à la manipulation vertébrale [5] (Homola 1992). Mes publications recevaient invariablement un retour négatif de membres de la profession. Un de mes articles, intitulé « Rationalité et irrationalité dans les soins chiropratiques du dos » et publié dans un numéro de 1995 du journal Scholastic Coach and Athletic Director [6], déboucha sur des menaces de révoquer ma licence. Une lettre circulaire adressée à ses « chers confrères » par un chiropraticien, se concluait par cet appel :

Je pense que ce chiropraticien est plus néfaste à notre profession aujourd’hui qu’il ne l’était il y a 30 ans. Pour ma part, j’apprécierais de connaître votre avis quel qu’il soit. Merci de me contacter personnellement au [numéro de téléphone] si vous pensez qu’il y a ici lieu de s’inquiéter pour l’avenir de la profession chiropratique.

Apparemment, certains de mes collègues craignaient que mes opinions puissent provoquer l’effondrement de la profession chiropratique. Mon inquiétude primordiale était pourtant de soutenir un recours approprié à la manipulation vertébrale, dissocié de la théorie chiropratique de la subluxation, dans l’espoir d’aider à développer la chiropratique comme spécialité des affections musculo-squelettiques fondée sur la science.

Durant ma dernière année d’exercice, en 1998, mon article « Trouver un bon chiropraticien » [7] fut publié dans les Archives of Family Medicine (Archives de Médecine Familiale), un journal de l’American Medical Association. D’expérience, je savais que de nombreux médecins étaient ouverts à l’idée d’un recours approprié à la manipulation vertébrale, assuré par un chiropraticien qui n’outrepasserait pas ses fonctions et qui serait prêt à échanger ses notes en traitant des patients pour des douleurs dorsales mécaniques. Quand leurs patients demandent à voir un chiropraticien, les médecins pourraient ainsi éviter les soins douteux proposés par les chiropraticiens qui se fondent sur la théorie de la subluxation, en adressant leur patientèle à un « bon chiropraticien » trié sur le volet.

En 1999, mon livre Inside Chiropractic (Chiropratique de l’intérieur : Guide du patient), édité par Stephen Barrett, docteur en médecine, fut publié par Prometheus Books [8]. Le résumé en quatrième de couverture qualifie ce livre d’utile pour les médecins comme pour les non-initiés :

Chiropratique de l’intérieur représente une contribution importante et unique à la documentation sur la chiropratique. Tant que la chiropratique ne sera pas adéquatement régulée et spécialisée, les consommateurs devront apprendre comment choisir un bon chiropraticien en connaissance de cause. Ce livre est indispensable à tout lecteur envisageant des soins chiropratiques, et constitue un ouvrage de référence utile pour les professionnels de la santé qui voudraient comprendre les tenants et aboutissants de la chiropratique.

En avril 2001, le Medscape General Medicine a mis en ligne mon article « La théorie chiropratique de la subluxation est-elle une menace pour la santé publique ? », qui avait déjà été publié dans le numéro de janvier 2001 du Scientific Review of Alternative Medicine and Aberrant Medical Practices [9]. J’ai reçu une avalanche de lettres et de courriels. Je fus complimenté par des professionnels de santé conventionnels (et quelques chiropraticiens), mais la majorité de ces courriers émanait de chiropraticiens qui fustigeaient mon point de vue. Le président de l’Association américaine de chiropratique décrivit mon article comme « obsolète et inexact » et demanda à Medscape de le retirer de son site web [10].

En 2006, Clinical Orthopaedics and Related Research, un prestigieux journal à comité de lecture destiné aux chirurgiens orthopédiques, publia mon article « La chiropratique : une histoire et un aperçu des théories et méthodes ». Cet article explorait les incongruités sous-jacentes à une chiropratique fondée sur la théorie de la subluxation [11]. La chiropratique était (et reste) une profession à l’image confuse d’une spécialité du dos capable de traiter un large éventail de problèmes de santé. Malgré la pléthore de publications chiropratiques qui vantent la théorie de la subluxation, je n’ai pas su trouver la moindre preuve crédible pour étayer les affirmations selon lesquelles une subluxation chiropratique ou un dysfonctionnement articulaire pourraient affecter l’état de santé général.

Une étude de 2009 réalisée par trois chiropraticiens universitaires a conclu que la théorie chiropratique de la subluxation est de la spéculation sans fondement :

On ne trouve aucune preuve pour soutenir l’idée que la subluxation chiropratique soit en lien avec le développement d’une quelconque maladie ou qu’elle entraîne une dégradation de l’état de santé qui nécessiterait une intervention. Quelle que soit sa popularité, la thèse de la subluxation relève donc du domaine de la spéculation dénuée de fondement. Cette absence de preuve suggère que la thèse de la subluxation n’a aucune applicabilité clinique valide [12].

Une prise de position sur l’éducation chiropratique, publiée en 2014 par la Fédération mondiale de chiropratique (qui représente neuf écoles de chiropratique en Europe, Afrique du Sud et Australie), signalait que la théorie de la subluxation n’était pas étayée par des preuves :

L’enseignement du complexe de la subluxation vertébrale en tant que concept vitaliste qui serait la cause de maladies n’est pas étayé par des preuves. Son inclusion dans un programme moderne d’enseignement de la chiropratique est donc inappropriée et inutile, si ce n’est dans un contexte purement historique. [13]

Un recours approprié à la manipulation vertébrale afin de traiter les douleurs dorsales peut parfois être bénéfique. Mais une manipulation vertébrale fondée sur la théorie de la subluxation, qui englobe un vaste éventail de problèmes de santé, peut être néfaste en retardant le traitement approprié fondé sur un diagnostic correct. Le risque d’accident vasculaire cérébral causé par une atteinte des artères cervicales l’emporte sur tout bénéfice connu quand on a recours à la manipulation des cervicales supérieures pour traiter une prétendue subluxation chiropratique [14].

Pérennisation de la chiropratique en tant que système de croyance

Aujourd’hui, la définition de la chiropratique aux États-Unis, toujours fondée sur la théorie de la subluxation, a peu évolué. Conformément au paradigme de l’Association des écoles de chiropratique (en Amérique du Nord) qui déclare que « la chiropratique vise à préserver et rétablir la santé, et porte une attention particulière à la subluxation ». Le National Board of Chiropractic Examiners, un organisme de certification, définit la chiropratique comme une pratique axée sur les subluxations :

On sait que la subluxation chiropratique, ou dysfonctionnement articulaire, est au cœur de la pratique des chiropraticiens. Une subluxation est un problème de santé qui se manifeste aux articulations du squelette, et qui, au travers de relations anatomiques et physiologiques complexes, affecte le système nerveux et peut entraîner une réduction de la fonction motrice, un handicap ou une maladie [15].

L’American Chiropractic Association (ACA) définit la chiropratique comme « une profession des soins de santé qui s’intéresse aux désordres du système musculo-squelettique et du système nerveux, ainsi qu’à l’effet de ces désordres sur l’état de santé général. » [16] Cette description ambiguë ne mentionne pas explicitement les subluxations mais englobe l’idée qu’elles affectent l’état de santé global.

L’International Chiropractic Association (ICA), le plus petit des deux principaux groupements professionnels de chiropratique basés en Amérique, cautionne incontestablement un recours aux ajustements des vertèbres fondé sur la théorie de la subluxation. Son site internet déclare : « L’ICA est dévouée à la croissance et au développement de la profession chiropratique fondée sur la croyance fondamentale du Dr Palmer en les principes et la philosophie de la chiropratique en tant que profession des soins de santé distincte, unique en son genre et exempte d’un recours à la médication. » [17]

De nos jours, les chiropraticiens sont mieux formés, et la plupart des étudiants qui s’inscrivent dans les écoles de chiropratique ont déjà un diplôme de premier cycle universitaire. Mais malgré des exigences académiques croissantes pour pouvoir s’inscrire dans une école de chiropratique et pour obtenir une licence de chiropraticien, les lois des États américains et la plupart des écoles de chiropratique cautionnent encore la théorie de la subluxation [18,19]. Sans une majorité représentative s'appuyant sur des données scientifiques, il n’y aura guère d’incitation à développer la chiropratique comme une spécialité aux limites clairement définies, fondée sur les principes de la science.

Identifier les chiropraticiens qui s’appuient sur des données scientifiques

Je définis les chiropraticiens « qui s’appuient sur des données scientifiques » comme ceux qui proposent pour les affections musculo-squelettiques des soins d’entretien cohérents avec les connaissances actuelles en matière d’anatomie, de physiologie, de pathologie et de kinésithérapie. On ne sait pas combien de tels chiropraticiens existent, mais ils semblent être en minorité – et il peut s’avérer difficile de les identifier. Un processus qui leur permettrait d’obtenir un diplôme académique distinct serait utile. Toutefois, une telle voie apparaît peu probable ; trouver un chiropraticien à la pratique clairement cadrée va donc rester difficile et de nombreux professionnels de santé continueront à éviter d'adresser leurs patients à des chiropraticiens.

À moins de se dissocier complètement de la théorie de la subluxation, aucun programme de chiropratique ne sera acceptable au sein d’universités fondées sur la science. Cela impliquerait des changements dans la mission des écoles de chiropratique, ainsi que dans les lois d’État qui définissent et régissent la pratique des chiropraticiens. De tels changements aboutiraient à des programmes similaires à ceux qu’on utilise déjà pour former les kinésithérapeutes. Une utilisation accrue de la manipulation vertébrale par les kinésithérapeutes et les thérapeutes manuels en orthopédie offre l’accès à un recours approprié à cette manipulation pour les consommateurs qui n'ont pas envie de chercher ou ne parviennent pas à trouver un chiropraticien s’appuyant sur des données scientifiques.

Quand les instances législatives de Floride ont alloué des fonds afin d’établir une école de chiropratique au sein de la Florida State University (FSU) en 2003, la proposition a été rejetée par les membres de la faculté et les élèves de la FSU. La théorie chiropratique de la subluxation, telle que définie par les lois de l’État de Floride et les catalogues de formation chiropratique, fut considérée invraisemblable et sans fondements scientifiques. Le Conseil des gouverneurs de Floride, qui supervise les universités d’État, vota contre l’inclusion d’une école de chiropratique à la FSU [20].

À l’heure actuelle, aucune université américaine publique ou financée par l’État n’offre un programme de doctorant en chiropratique. Les universités de Bridgeport, Keiser et le D'Youville College qui sont toutes des institutions privées, ont inclus des programmes diplômants en chiropratique dans leur curriculum.

En 2011, un examen des catalogues de formation des écoles de chiropratique avait montré que le terme « subluxation » était encore inclus au programme de la majorité des écoles de chiropratique d’Amérique du Nord. 15 de ces 18 écoles mentionnaient la subluxation dans leur catalogue de cours. [21]. La majorité des écoles de chiropratique qui suivent la théorie de la subluxation incluent des cours sur les méthodes de traitement d’appoint, mais quelques écoles « orthodoxes » s’appuient presque exclusivement sur un recours aux ajustements vertébraux pour traiter la plupart des maladies. En tant qu’institutions sous contrôle privé, la mission des écoles de chiropratique peut varier d’un établissement à l’autre.

Chiropratique, médecine alternative et soins primaires

L’abandon de la théorie de la subluxation par une école de chiropratique ne suffira peut-être pas si cette école propose de diplômer ses élèves en tant que médecins traitants qui auraient recours à des méthodes « alternatives » ou de « guérison naturelle » pour traiter un large éventail de problèmes de santé. Pour la médecine traditionnelle, une école de chiropratique qui se borne à enseigner le traitement des problèmes musculo-squelettiques serait certainement plus acceptable qu’une école dédiée à la théorie de la subluxation ou à la médecine alternative, ou encore une école qui combinerait philosophie chiropratique et thérapie manuelle.

Rien n’indique que les chiropraticiens américains aient l’intention de modifier leur orientation ou d’effectuer les changements nécessaires afin de faire de leur profession une spécialité ou une sous-spécialité capable d’une relation de réciprocité avec les prestataires de soins traditionnels. Les chiropraticiens cherchent à obtenir un statut de médecins traitants afin de maintenir leur indépendance en tant qu’offre concurrente à la médecine traditionnelle. La National University of Health Sciences (anciennement National College of Chiropractic), qui est une des meilleures écoles de chiropratique aux États-Unis, ne mentionne pas les subluxations dans son catalogue de cours en chiropratique. Toutefois, (a) elle propose des diplômes en naturopathie, médecine orientale, acupuncture et en massage et (b) se décrit comme « un acteur de premier plan dans le domaine en pleine croissance de la médecine intégrative. »

Les méthodes de guérison naturelle fondées sur l’expérience clinique, telles que l’exercice ou la nutrition, sont essentielles à une bonne santé et peuvent parfois soigner efficacement certains troubles ou être des procédures complémentaires utiles face à une large variété de maladies, mais elles ne devraient pas être combinées à la correction des subluxations ou d’autres méthodes de guérison alternatives qui excluent les soins médicaux conventionnels. L'inclusion de pratiques telles que l'homéopathie, la naturopathie, l'acupuncture ou la médecine fonctionnelle dans tout programme de traitement, souvent sous la bannière de la "médecine intégrative", doit être considérée avec scepticisme.

Pour promouvoir les soins chiropratiques en tant que forme de médecine alternative utilisant des méthodes de soin naturelles, l'Association américaine de chiropratique (ACA) reconnaît onze spécialités chiropratiques différentes, dont l'acupuncture, la neurologie, l'orthopédie, les troubles internes et la pédiatrie. Son Council on Diagnosis & Internal Disorders (Conseil de l’ACA sur le diagnostic et les troubles internes) prétend que les « internes en chiropratique » ont la « formation nécessaire pour diagnostiquer une grande variété de maladies ainsi qu’une éducation à l'utilisation de traitements alternatifs naturels » et que « chaque année, un nombre croissant de patients choisit de consulter un diplômé du Conseil américain des internistes en chiropratique (DABCI) en premier lieu lorsqu'ils sont malades ou ont des problèmes de santé. » [22]

Une formation de spécialisation en chiropratique ne nécessite que 300 heures de cours de troisième cycle [23]. Il n’y a aucune comparaison avec un programme à temps-plein de résidence en milieu hospitalier qui peut durer de 3 à 7 ans après le diplôme de l’école de médecine et avant qu’un médecin ne puisse être habilité comme spécialiste par un comité d’examen. 1 à 3 ans de formation supplémentaire sont requis pour une sous-spécialisation. La médecine compte plus de 120 spécialités et sous-spécialités [24]. Manifestement, aucune spécialité de chiropratique, qu’elle soit ou non axée sur la subluxation, ne peut être considérée comme un substitut acceptable à une spécialité médicale reconnue par un comité d’examen. Même si les chiropraticiens « spécialistes » effectuent de meilleurs diagnostics que les chiropraticiens moyens, ils seront incapables de soigner la vaste majorité des patients souffrant de problèmes non musculo-squelettiques puisqu’ils ne peuvent administrer ni médicaments ni d’autres formes prouvées de traitement médical.

Choisir une carrière en connaissance de cause

Même s’il existe de bons chiropraticiens qui se servent de la manipulation vertébrale à bon escient et soignent bien les douleurs dorsales et cervicales de type mécanique, la chiropratique dans son ensemble, définie par la théorie de la subluxation, reste rejetée par la communauté scientifique. En revanche, la kinésithérapie est considérée sans contestation comme une branche de la médecine physique fondée sur des principes scientifiques. Comme la kinésithérapie est souvent comparée à la chiropratique, il est important de comprendre la différence entre ces deux professions avant de choisir l’une d’entre elles comme carrière.

Hormis la volonté d’aider les personnes malades et handicapées, la sécurité financière devrait être une question primordiale dans le choix d’un métier. La profession chiropratique, identifiée comme une forme de médecine alternative, reste exclue du système traditionnel des soins de santé et offre peu de débouchés en dehors des cabinets privés. Par conséquent, les diplômés des écoles de chiropratique ont un taux de défaut de remboursement des prêts étudiants bien plus élevé que les diplômés d’autres écoles qui forment des professionnels de la santé [25].

Un endettement élevé suite aux études et le coût élevé du lancement et de la maintenance d’un cabinet privé, ajouté aux recommandations rares, voire absentes, de ce cabinet par d’autres professionnels de la santé, rendent difficile la création d'un cabinet chiropratique privé à partir de zéro. De nombreux chiropraticiens nouvellement diplômés et en difficulté ont recours à des programmes d’automarketing proposés par des entreprises spécialisées dans le développement d’une patientèle. Une enquête de 2010 a révélé que le taux d’abandon de carrière dans un délai de 10 ans pour les chiropraticiens habilités en Californie entre 1992 et 1998 était de 20 à 25% [26].

Le taux d’échec élevé des chiropraticiens qui ouvrent un cabinet privé, confrontés à la méfiance de la société et au rejet de la communauté scientifique, peut représenter un risque supérieur à la sécurité promise par 3 ou 4 ans d’études de premier cycle, suivies des 4 années en école de chiropratique nécessaires pour pouvoir accrocher sa plaque de chiropraticien. (Certaines écoles de chiropratique proposent un programme à double diplôme pour une licence et un doctorat en chiropratique aux candidats qui ont suivi au moins trois ans d'études de premier cycle pour une licence en biologie ; d’autres proposent un programme abrégé pour un diplôme de doctorat en chiropratique si les candidats sont titulaires d'une licence.)

La plupart des écoles de chiropratique exigent 3 ans d’études de premier cycle des candidats à l’admission ; certaines demandent une licence [27]. Quelques États américains exigent une licence et un doctorat de chiropratique pour obtenir l’autorisation d’exercer en tant que chiropraticien [28].

Les personnes intéressées par l’étude de la thérapie manuelle devraient envisager de s’orienter vers un diplôme de kinésithérapeute qui leur permettrait d’interagir avec la communauté scientifique dans le domaine de la recherche et de pratiquer la thérapie manuelle sans encourir la stigmatisation associée à la chiropratique. Tous les États américains, le district de Columbia, et les îles Vierges autorisent un accès direct aux services des kinésithérapeutes, ce qui permet un exercice en cabinet privé dans le cadre du système de soins traditionnel, et de nombreux débouchés au sein des hôpitaux et autres établissements de soins [29].

La plupart des écoles de kinésithérapie exigent un diplôme de premier cycle en quatre ans, suivi d’un programme de trois ans pour obtenir le diplôme de kinésithérapie. Certaines écoles proposent un format de programme 3+3 : trois ans de cours préparatoires spécifiques permettent de s'inscrire à un programme en trois ans pour l’obtention du diplôme de kinésithérapie [30].

Comme les exigences en matière de premier cycle sont similaires pour la chiropratique et la kinésithérapie, et puisque la qualité de la formation et les débouchés sont meilleurs pour les kinésithérapeutes, la plupart des gens feraient mieux de s’orienter vers la kinésithérapie.

En résumé

Un ajustement chiropratique de la colonne vertébrale, qui prétend rétablir et maintenir un bon état de santé en ajustant des vertèbres spécifiques afin d’ôter une interférence nerveuse, ne doit pas être mis sur un pied d’égalité avec une manipulation vertébrale générique servant à soulager la douleur et à rétablir la mobilité. Le premier est de la médecine « alternative » non éprouvée, le second une modalité acceptable d’un point de vue scientifique.

Les nerfs de la moelle épinière sont souvent affectés par des hernies discales, l’ostéopathie et des subluxations orthopédiques causées par des blessures ou des dégénérescences. Il en résulte des symptômes neuro-musculo-squelettiques. Mais de tels dysfonctionnements segmentaires de la colonne vertébrale n'ont jamais été associés à des maladies organiques. Le désalignement des vertèbres, provoqué par des déviations structurelles par rapport à la normale, est fréquent et généralement inoffensif. Il n’y a aucune preuve de l’existence de ce qu’on appelle aujourd’hui « le complexe de subluxation vertébrale », autrement dit une subluxation vertébrale chiropratique qui serait prétendument à l’origine de problèmes de santé.

Les patients et les soignants en quête d’un bon chiropraticien devraient chercher un praticien qui a renoncé à la théorie chiropratique de la subluxation vertébrale et a choisi de se limiter au traitement des douleurs dorsales et cervicales de type mécanique et aux problèmes musculo-squelettiques afférents, et proposant la manipulation vertébrale comme option de traitement conjointe aux modalités de kinésithérapie. Ces services sont désormais assurés par des physiatres et des thérapeutes manuels orthopédiques dans les départements de médecine physique et de réadaptation — un peu comme le service que je fournissais lorsque j'ai publié mon livre Bonesetting en 1963.

Si la manipulation vertébrale est une option acceptable dans l’arsenal de la médecine physique comme méthode pour soulager la douleur et rétablir la mobilité, et qu’elle permet souvent de gagner le temps nécessaire pour permettre une récupération sans recours aux médicaments, aux injections ou à la chirurgie, des études indiquent qu’elle n’est peut-être pas plus efficace que d'autres formes de traitement physique [31]. Et il y a des raisons de croire que certaines techniques de manipulation des cervicales supérieures peuvent causer des accidents vasculaires cérébraux en endommageant les artères vertébrobasilaires [32]. Il y a toutefois des situations où la manipulation vertébrale pourrait être le traitement à privilégier pour rétablir la mobilité d’articulations coincées par un spasme musculaire, des facettes articulaires, des adhésions post-traumatiques, la compression des tissus synoviaux ou cartilagineux, ou encore pour des raisons encore inconnues. De nombreuses personnes apprécient tout bonnement un massage manuel du dos « à s’en faire craquer les vertèbres ».

Malheureusement, le recours approprié à la manipulation vertébrale a été entaché par la promotion du même traitement comme méthode afin de rétablir et de maintenir un bon état de santé général. La crépitation (un « pop » sonore produit par une légère séparation des surfaces articulaires pendant la manipulation) est souvent interprétée comme la preuve qu’une subluxation chiropratique a été corrigée. Cette impression peut avoir un puissant effet placebo, donnant l’illusion que la manipulation vertébrale, ou un « ajustement vertébral », est un traitement efficace contre la maladie traitée.

Les études indiquent que les douleurs dorsales et cervicales sont les plaintes les plus fréquemment rencontrées par les chiropraticiens [33]. La douleur dorsale et les problèmes musculo-squelettiques sont, dans l’ordre, les deux causes de handicap les plus fréquentes dans le monde [34]. Bien que la plupart des gens considèrent les chiropraticiens comme des « docteurs du dos », il semble que la profession, dans son zèle à fournir des soins primaires sous la forme de médecine alternative, a peut-être raté une occasion de faire les changements nécessaires pour occuper une niche de la médecine physique en tant que spécialité conservatrice des soins du dos.

 

Le Dr Homola exprime son opinion quant aux bénéfices d’un recours approprié à la manipulation vertébrale (en opposition à l’utilisation d’un tel traitement fondée sur la théorie chiropratique de la subluxation) depuis la publication de son livre Bonesetting, Chiropractic, and Cultism  en 1963. Il a cessé d’exercer en 1998. Ses 15 livres publiés incluent Inside Chiropractic, publié par Prometheus Books en 1999.

 

Références

  1. Bierman W, S Licht. Physical Medicine in General Practice, 3rd Ed. Paul B. Hoeber, Inc. (Harper & Brothers). New York, NY., 1952.
  2. Mennell J. The Science and Art of Joint Manipulation: Volume 11, The Spinal Column. The Blakiston Company. New York, NY, 1952.
  3. Homola S. Bonesetting, Chiropractic, and Cultism. Critique Books. Panama City, FL, 1963.
  4. Meyerhoff E. Homola, Samuel. Library Journal 89(8):643, 1964.
  5. Homola S. Seeking a common denominator in the use of spinal manipulation. Chiropractic Technique 4(2):61-63, 1992.
  6. Homola S. Sense and nonsense in chiropractic care of the back. Scholastic Coach and Athletic Director 64(8): 32-34, 1995.
  7. Homola S. Finding a good chiropractor. Archives of Family Medicine 7:20-23, 1998.
  8. Homola S. Inside Chiropractic. Prometheus Books. Amherst, NY, 1999.
  9. Homola S. Is the chiropractic subluxation theory a threat to public health? Scientific Review of Alternative Medicine and Aberrant Medical Practices 5(1):45-53, 2001.
  10. Setting the record straight on chiropractic care. Medscape General Medicine 3(3), 2001.
  11. Homola S. Chiropractic: History and overview of theories and methods. Clinical Orthopedics and Related Research 444:236-242, 2006.
  12. Mirtz T and others. An epidemiological examination of the subluxation construct using Hill's criteria of causation. Chiropractic & Osteopathy 17:13, 2009.
  13. Clinical and professional chiropractic education: A position statement. The European-South African-Australian Education Collaboration, 2014.
  14. Homola S. Neck manipulation, stroke, and the vertebral artery stretch: Views, opinions, and options. Science-Based Medicine Sept 1, 2017.
  15. Christensen MG and others. Practice Analysis of Chiropractic 2015. National Board of Chiropractic Examiners. Greeley, CO, 2015, pp 5, 127.
  16. What is chiropractic? American Chiropractic Association Web site, accessed March 14, 2018.
  17. History. International Chiropractors Web site, accessed March 14, 2018.
  18. Bellamy JJ. Legislative alchemy: the US state chiropractic practice acts. Focus on Alternative and Complmentary Therapies 15:214-222, 2010.
  19. Mirtz T. Perle S. The prevalence of the term subluxation in North American English-Language Doctor of chiropractic programs. Chiropractic & Manual Therapies 19:14, 2011.
  20. Homola S. Controversy erupts over proposed chiropractic college at Florida State University. Chirobase, Feb 2, 2005.
  21. Meet NUHS. National University of Health Sciences Web site, accessed March 15, 2018.
  22. What is a DABCI? Amereican Board of Chiropractic Internists Web site, accessed March 15, 2018.
  23. ACA specialty councils. American Chiropractic Association Web site, accessed March 15, 2018.
  24. Careers in medicine. American Association of Medical Colleges Web site, accessed March 15, 2018.
  25. Barrett S. Chiropractic student loan default rates (1999 to 2012). Chirobase, Feb 18, 2013.
  26. Foreman S, Stahl MJ. The attrition rate of licensed chiropractors in California: An exploratory ecological investigation of time-trend data. Chiropractic & Osteopathy 18:24, 2010.
  27. Academic requirements. Association of Chiropractic Colleges Web site, Accessed March 15, 2018.
  28. Becoming a chiropractor. National Board of Chiropractic Examiners Web site, accessed March 15, 2018.
  29. Direct access to physical therapy services: Overview. American Physical Therapy Association Web site, accessed March 15, 2018.
  30. Physical therapist (PT) education overview. American Physical Therapy Association Web site, accessed March 15, 2018.
  31. Rubinstein SM and others. Spinal manipulative therapy for acute low-back pain. Cochrane Review Sept 12, 2012.
  32. Biller J and others. Cervical arterial dissections and association with cervical manipulative therapy: a statement for healthcare professionals from the American Heart Association/American Stroke Association. Stroke. 245:3155-3174, 2014.
  33. Adams J and others. The prevalence, patterns, and predictors of chiropractic use among US adults: Results from the 2012 National Health Interview Survey. Spine 42:1810-1816, 2017.
  34. Vos T and others. Years lived with disability (YLDs) for 1160 sequelae of 289 diseases and injuries 1990-2010: A systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2010. Lancet 380(9859):2163-2196, 2012.

Ma visite chez un chiro conventionnel

Ma visite chez un chiropraticien conventionnel

Dr Stephen Barrett

En novembre 1993, mon épouse et moi-même avons commencé à recevoir des appels téléphoniques provenant d’au moins deux cabinets chiropratiques nous invitant à venir passer une évaluation chiropratique gratuite. Au début, nous les ignorions, mais devant leur insistance, j’ai réalisé qu’ils m’offraient une occasion en or. Même en ayant enquêté à leur sujet depuis plusieurs années, je n’en avais jamais consulté pour un examen complet. Les praticiens en question œuvraient dans un réseau de cliniques de « santé familiale. » Puisqu’ils (ou leurs télévendeurs) ne semblaient pas me connaître, je me suis dit que ce serait pertinent d’expérimenter ce qu’ils proposent à leurs nouveaux patients. En effet, ce fut une expérience.

Peu de temps après avoir téléphoné, j’ai reçu une lettre d’un membre du personnel de la clinique pour « confirmer l’invitation ». Le courrier décrivait l’objectif de la visite et expliquait :

Nous faisons cela parce que 90 % de la population souffre de problèmes liés à la colonne vertébrale tels que des maux de tête, des douleurs au dos ou au cou, des raideurs articulaires ou du stress. Seulement 10 % de la population demande des conseils chiropratiques. La plupart des gens ne connaissent pas bien la pratique du chiropraticien, et nous pensons qu’un examen de santé et une visite chez le Dr… vous aidera à mieux comprendre.

Ma première visite

Le cabinet comportait quatre salles. La principale, d’environ 20 pieds sur 40 (6 mètres sur 12), incluait une section commerciale derrière un mur bas, un espace de jeux derrière un autre mur bas, des chaises le long d’un mur, deux tables de traitement au centre, et cinq bancs permettant de s’agenouiller. À l’arrière, il y avait deux petites pièces pour effectuer des examens et une troisième permettant de réaliser des radiographies. Les murs étaient décorés avec des affiches schématisant le système nerveux autonome et la colonne vertébrale. Un poster était intitulé : « Subluxations – Le Tueur silencieux – Les Chiropraticiens corrigent les Subluxations. » Des fascicules reliant subluxation et maladie étaient disposés sur deux présentoirs.

À part avoir omis de préciser que j’étais psychiatre, je n’ai rien dit ou fait de trompeur. À mon arrivée, on m’a demandé de remplir un formulaire d’enregistrement, un autre avec mon historique médical, et d’indiquer sur un schéma mes zones douloureuses. J’ai indiqué que je venais principalement pour un contrôle, mais que j’avais des vertiges et une sensation d’obstruction d’une oreille depuis quelques jours. (C’était vrai. Il s’agissait d’une névrite vestibulaire, ou labyrinthite, une inflammation virale de l’oreille interne qui a été diagnostiquée par un médecin et qui était en voie de rémission.) Pour ce qui est de ma santé, j’ai précisé que j’avais eu un pontage coronarien il y a 4 ans. Comme profession, j’ai mis « journaliste. »

Le chiropraticien, que j’appellerai ‘‘Dr Y’’, m’a reçu chaleureusement et conduit dans l’une des petites salles d’examen. Notant que je n’avais jamais eu de soins chiropratiques, il a commencé par m’expliquer la base de la chiropratique et comment les subluxations pouvaient causer une foule de problèmes de santé. Sur un modèle de colonne vertébrale, il m’en a montré les courbures et leur signification supposée. Il m’a expliqué également que son bureau était structuré comme un système “ouvert” qui permet aux patients de se voir et de s’entendre, tout en ajoutant qu’ainsi, les clients qui attendent peuvent constater pourquoi ils devaient attendre. Il a ensuite passé en revue mon histoire, me questionnant et faisant des commentaires sur les points pouvant être reliés à ma colonne et à des subluxations. Il m’a interrogé sur l’existence d’accidents antérieurs, ou chutes, en indiquant que des petits traumatismes pouvaient ne pas causer de problèmes immédiats tout en risquant d’engendrer des ennuis futurs. Il a tout de même posé quelques questions sur mes vertiges et étourdissements, et également demandé si j’avais des troubles de l’audition, mais mes réponses ont semblé le laisser sans réaction. J’ai mentionné que j’avais vomi deux fois au début de ces épisodes vertigineux, mais il n’a pas approfondi le sujet.

Ensuite, il a examiné les degrés de mobilité (souplesse) de mon cou, de mon dos et de mes jambes. Puis m’a placé sur une machine d’analyse vertébrale (‘‘Spinal Analysis Machine’’, SAM) et a déclaré que mon poids était inégalement réparti, car je pesais 10 livres (environ 4,5 kg) de plus du côté gauche. SAM est un dispositif comportant deux balances intégrées dans sa base et où la personne testée se tient debout, un pied sur chaque balance, tandis que le praticien réalise diverses observations, en lien avec la posture du patient et les valeurs des pesées. Le Dr Y a relié ses constatations à la courbure de mon rachis ainsi qu’à l’angle de rotation de mes hanches (que je pense être normal), il a également noté que j’avais tendance à trop avancer la tête (ce qui est vrai).

La force de mes jambes a été testée, en position allongée, et en poussant alternativement dessus alors qu’elles étaient en extension. Après avoir résumé ses conclusions (en parlant d’une partie de son bilan comme d’un « examen neurologique »), il a réalisé ce qu’il a décrit comme des radiographies de face et de profil de mon cou, et m’a demandé de prendre rendez-vous pour la remise des résultats. (J’ai appris par la suite que le cliché de face était mal centré, car il s’étendait jusqu’au-dessus de mon crâne, ce qui signifie que j’ai reçu une dose de rayons X supérieure à ce qui était nécessaire.)

En sortant, j’ai demandé au Dr Y de me parler de sa formation et j’ai appris qu’il était diplômé du Sherman College of Straight Chiropractic, avait pratiqué dans une autre ville pendant environ trois ans et puis avait été recruté pour cette clinique environ six mois plus tôt. Il m’a dit que l’établissement faisait partie d’un réseau de chiropraticiens ‘‘réguliers’’ (straight), expliquant qu’ils ne réalisaient que des traitements manuels. C’était sa deuxième carrière, après avoir été capitaine d’un yacht.

Lors de ma première visite, le Dr Y n’a pas semblé reconnaître que mes symptômes étaient causés par un problème d’oreille interne. Il n’a rien dit indiquant que mes troubles pouvaient être des signes d’infection, de maladie de Menière, ou bien d’une tumeur cérébrale ou de l’oreille. Il n’a pas vérifié si mes yeux avaient des mouvements anormaux de va-et-vient (nystagmus) ni examiné mes oreilles. Il n’a pas demandé si j’avais des acouphènes (perception sonore non liée à une vibration du monde extérieur, inaudible par l'entourage). Il n’a pas mentionné mon pontage. Il n’a pas fait d’examen du cœur, et ne s’est pas renseigné sur son état actuel. Son « examen neurologique » n’a pas inclus l’examen de mes nerfs crâniens (qui partent du cerveau et qui vont vers divers organes de la partie supérieure du corps). Il n’a pas examiné la fonction de mon cervelet, cette partie du cerveau qui contrôle la coordination. Ces tests font pourtant partie d’un examen neurologique standard et avaient une pertinence particulière pour la symptomatologie déclarée. Je suis resté totalement habillé durant tout l’examen.

Deuxième visite

Cette visite a duré une demi-heure, pendant laquelle le Dr Y a dit que : (1) mes examens neurologiques et orthopédiques étaient normaux, sauf une certaine limitation de mouvement lorsque je me penche (c’était une observation exacte) ; (2) mon cou avait une restriction de mobilité (vrai, mais pas un problème de santé) ; (3) une épaule était surélevée (vrai, mais pas un problème de santé) ; (4) le côté gauche de mon corps pesait plus que le côté droit (pas vrai, mais pas significatif de toute façon), et (5) comme ces résultats indiquaient des « subluxations possibles », il avait sorti mes radiographies du cou. Il les a comparées à un cliché “normal” qui montrait une courbure considérable de la colonne cervicale. Selon lui, le mien montrait une diminution de 41 % de la courbure. En pointant les os à la base de mon cou, il a dit que les deux plus bas se chevauchaient légèrement. Selon lui, il s’agissait d’une « subluxation » pouvant influencer les nerfs passant dans cette région et être un facteur contribuant à mes étourdissements.

J’ai demandé comment cela a pu arriver, il m’a dit que les nerfs crâniens ont des petites extensions qui entrent dans le cou et vont vers la tête. Je l’ai ensuite questionné sur la localisation de la cause de mes étourdissements, il m’a répondu qu’il ne savait pas, mais a énuméré une liste de causes possibles dont l’infection de l’oreille interne, et un problème avec les canaux vestibulaires. Sa réponse m’a fasciné parce que : (1) elle était exacte ; (2) ni son interrogatoire ni son examen physique n’ont précisément recherché la plupart de ces possibilités ; et (3) il ne semblait pas considérer l’un ou l’autre de ces facteurs quand il a planifié son programme de traitement.

Quand je lui ai demandé s’il était important de savoir à quel élément précis attribuer la cause, il m’a dit que non parce que l’interférence des nerfs peut générer n’importe lequel des symptômes, et que son approche était de traiter cette interférence. Il a ajouté que comme je n’avais pas de signes antérieurs, le traitement du problème n’était probablement pas urgent, mais les étourdissements étaient peut-être le tout premier signe de troubles à venir. Je pourrais m’en sortir sans thérapie – peut-être pour dix ans – mais son protocole, lui, pourrait prévenir la progression de l’arthrose.


Ma radiographie

Voici la vue latérale de ma colonne cervicale, qui a été revue plus tard par mon médecin traitant, un radiologue, et un autre chiropraticien auquel je fais confiance. Les trois sont tombés d’accord sur plusieurs points :

  • les espaces entre les vertèbres sont normaux
  • il n’y a aucun signe de dégénérescence osseuse
  • aucune ‘‘subluxation’’ ou anomalie pouvant causer des lésions nerveuses n’est visible
  • la courbure est subnormale mais pas anormale.
    Il n’y a aucune raison médicale de supposer que cela pourrait engendrer des troubles.
Radiographie de profil de la colonne cervicale

Jugement douteux

Le Dr Y n’a pas suggéré – comme cela aurait été médicalement approprié – que je subisse d’autres tests avec un oto-rhino-laryngologiste pour m’assurer que mes symptômes ne provenaient pas d’une tumeur cérébrale ou d’un autre problème qui, s’il était ignoré ou négligé, aurait pu avoir des conséquences désastreuses. Il m’a plutôt recommandé un traitement chiropratique pour augmenter la courbure de mon cou. Il a proposé de commencer tous les jours, puis de réduire graduellement le nombre de séances à une ou deux par semaine, pour un total d’environ 40 visites au cours des trois premiers mois. Ceci, dit-il, pourrait réduire l’absence de courbure de 22 %, après quoi il réévaluerait la situation et ferait de nouvelles préconisations. Il a précisé que ses honoraires habituels pour ces services étaient de 32 $ pour la visite, plus des frais supplémentaires pour la traction et les blocs de glace, etc., soit un total de 75 $ à 90 $ par visite.

Entre ma première et deuxième visite, le personnel du docteur Y a appelé ma compagnie d’assurance pour se renseigner sur la couverture pour des services chiropratiques. « Votre assurance est un peu spéciale » m’a-t-il dit. « Vous avez une franchise totale de 700 $, mais ils ont refusé de nous dire de combien vous avez déjà été crédité. » Le docteur Y a dit que puisque la fin de l’année approchait, ses honoraires seraient inférieurs au montant de ma franchise. Il expliqua que le coût de son traitement pour le reste de l’année 1993 (près de 500 $) ne serait pas couvert par mon assurance, et, qu’en 1994, l’assurance ne commencerait à couvrir les honoraires qu’après le premier versement de 700 $. Quand j’ai fait la remarque que cela était beaucoup d’argent, il m’a dit qu’il serait d’accord pour accepter 500 $ en 1993 et 200 $ en 1994 et ne pas facturer la différence de la franchise (500 $) pour 1994. En d’autres mots, mes frais seraient de 700 $ au lieu de 1,200 $. Ce jeu avec la portion déductible est illégal et entre dans le cadre de la fraude à l’assurance.

Le docteur Y m’a dit de réfléchir au programme proposé et que ce n’était pas dans ses habitudes de faire pression auprès des patients. Je n’y suis pas retourné, et le bureau n’a pas fait de démarches supplémentaires pour me recruter par la suite.

Est-ce habituel ?

Suite à sollicitation par une agence de télémarketing, j’ai consulté le docteur Y pour un examen gratuit. Comme je l’ai décrit ci-dessus, il : (1) a négligé de réaliser un historique médical complet, (2) a omis de faire un examen physique adapté, (3) a réalisé des radiographies sans rapport avec mes symptômes, (4) a mal interprété cette imagerie, (5) n’a pas fait de diagnostic approprié de mon problème d’oreilles, (6) ne m’a pas conseillé de consulter un spécialiste pour un souci qui aurait pu devenir sérieux, (7) a recommandé un traitement pour une indication qui – si elle était présente – ne me causait pas d’ennuis, (8) a proposé un plan de traitement douteux, et (9) a suggéré une entente sur ses honoraires qui aurait été illégale.

Le Sherman College of Straight Chiropractic enseigne que le fondement de la chiropratique est la « correction des subluxations qui interfèrent dans les capacités naturelles de maintien en bonne santé du corps humain. » Une brochure récupérée lors d’une exposition dans une école en 1995 disait : « Au collège Sherman, vous apprendrez des méthodes hautement sophistiquées permettant de localiser, analyser et corriger les désalignements de la colonne vertébrale qui interfèrent avec le système nerveux ». La philosophie de l’école – comme l’illustre l’approche du docteur Y – considère que le diagnostic médical n’est pas pertinent pour la pratique de la chiropratique. Certains chiropraticiens décrivent ce point de vue comme « super straight » (‘‘ultra-orthodoxe’’). Environ 2 % à 4 % (soit un à deux milliers aux États-Unis) des chiropraticiens appartiennent à des organisations qui adhèrent à cette philosophie – considérée comme extrême par la majorité d’entre eux. Toutefois, la proportion de chiropraticiens qui recommandent un grand nombre de consultations dans le but de corriger des « subluxations » est bien plus grande, et il se pourrait que ce soit la majorité.

 

Pour renseignements additionnels

Dans quelle mesure les chiropraticiens peuvent-ils aider les gens ? Est-ce une bonne idée de consulter un chiropraticien ? Si oui, comment en trouver un qui soit fiable ? Ces questions – dont la réponse n’est jamais simple – sont longuement discutées dans Chiropractic : The Victim's Perspective, écrit par George W. Magner, III, et Inside Chiropractic : A Patient's Guide (1999), de Samuel Homola, chiropraticien diplômé, publiés par Prometheus Books. J’ai eu le plaisir de les réviser. Ensemble, ils forment l’analyse la plus détaillée du marché de la chiropratique jamais publiée. Des informations détaillées sont également disponibles sur Chirobase, notre guide sceptique consacré à l’histoire, les théories et les pratiques actuelles de la chiropratique.

L’escroquerie Aqua Detox

L’escroquerie Aqua Detox

Dr Stephen Barrett

Une façon d’arnaquer les gens est de diagnostiquer et de corriger un problème inexistant. Les praticiens d’Aqua Detox le font en prétendant éliminer les toxines et équilibrer l’énergie cellulaire. Pendant les séances de traitement, les pieds du client sont baignés pendant 30 minutes dans de l’eau salée soumise à un courant à basse tension transmis par un ensemble d’électrodes appelé “réseau” (l’objet cylindrique sombre auquel le fil est attaché). Aqua Detox International affirme que l’appareil « produit une fréquence d’ions positifs et négatifs, qui résonnent doucement à travers le corps et stimulent toutes les cellules qui le composent… Rééquilibrant l’énergie cellulaire, permettant aux cellules de fonctionner efficacement et de… libérer les toxines qui peuvent s’être accumulées. » [1] Pendant le processus, l’eau vire généralement au brun rougeâtre. Certains spécialistes du marketing qualifient ce processus de « nettoyage ionique » ou de « bain de pieds ionique ».

Aqua-Detox

Un autre spécialiste du marketing (Mobile Beauty) explique en outre que « le système aspire les toxines à travers la plante des pieds » et que « l’eau change de couleur en raison de la libération de substances toxiques à travers les 2000 pores de la plante des pieds ». Ses séances de traitement coûtent généralement entre 15 et 30 £. Le site Web de la société indique que « vous verrez les toxines excrétées dans l’eau. L’eau changera de couleur et de consistance – de l’orange au brun en passant par le noir ». Une couleur jaune proviendrait des reins et de la vessie, orange-marron des articulations, un vert-brun foncé tirant sur le noir du foie, de la vésicule biliaire et/ou de l’intestin, et le blanc du système lymphatique. De la graisse ou des particules de graisse peuvent flotter à la surface de l’eau. Selon la société, le processus peut être utilisé pour améliorer les fonctions hépatiques et rénales, la circulation, le métabolisme général, l’arthrite et les douleurs articulaires, les maux de tête, la fatigue, l’irritabilité, les douleurs menstruelles, les problèmes de peau, les intoxications dues au mercure et aux métaux lourds ainsi que les allergies alimentaires et les troubles digestifs [2].

Les affirmations ci-dessus sont absurdes. La plupart des maladies énumérées n’ont pas de base toxique. Les ions positifs et négatifs ne peuvent pas “résonner” dans tout le corps en réponse à un tel dispositif. Et la peau n’a pas la capacité d’excréter les toxines. Une véritable détoxification des substances étrangères se produit dans le foie, qui modifie leur structure chimique afin qu’elles puissent être excrétées par les reins, qui les filtrent à partir du sang, et elles sont finalement éliminées dans l’urine.

L’Aqua Detox aurait été développé par ‘‘Dr.’’ Mary Staggs d’après « la recherche » de Royal Rife [3]. Staggs, d’origine britannique, a obtenu deux diplômes en naturopathie d’une école par correspondance américaine non reconnue et semble effectuer l’essentiel de ses travaux en Espagne [4]. Rife était un inventeur américain qui, au cours des années 1920, a prétendu avoir mis au point un puissant microscope capable de détecter les microbes vivants grâce à la couleur des auras émises par leur taux de vibration [5]. Une enquête réalisée par le journaliste scientifique Ray Girvan a identifié au moins 19 autres appareils similaires à l’Aqua Detox [6] dont la plupart sont vendus pour un prix avoisinant 1 000 £.

De nombreux sceptiques ont soupçonné que le changement de couleur provoqué par l’Aqua Detox était dû à la rouille (fer oxydé) plutôt qu’à des toxines. Ben Goldacre, qui écrit la colonne « bad science » pour Guardian Unlimited (un journal britannique en ligne), a enquêté en utilisant une batterie de voiture pour envoyer du courant à travers deux clous en métal qu’il a placés dans un bol d’eau salée. L’eau a viré au brun et des boues sont apparues à sa surface. Ensuite, il a envoyé un collègue se « désintoxiquer » et collecter des échantillons d’eau avant et après le processus. Les tests de laboratoire ont montré que dans les deux cas, le changement de couleur de l’eau était dû à une augmentation importante de la teneur en fer [7]. Ainsi, il apparaît que le changement de couleur est dû principalement à la formation de rouille provoquée par la corrosion des électrodes, et que l’eau changerait de couleur, qu’un pied y ait été placé ou non.

L’article de Guardian Unlimited a eu un impact sur la commercialisation de l’Aqua Detox et de ses imitateurs. Certains spécialistes du marketing reconnaissent que les couleurs sont entièrement dues à la conversion des électrodes. On insiste moins sur l’élimination des toxines et davantage sur « l’équilibrage » de « l’énergie » qui n’est pas mesurable avec des instruments scientifiques (et qui est donc indiscutable). Mais ce qu’il faut retenir est très simple : tous ces dispositifs doivent être considérés comme médicalement sans valeur.

Références

  1. Research for Aqua Detox. Aqua Detox International site web, version de 2004.
  2. Miracle Beauty home page, version de 2004.
  3. American Cancer Society. Questionable methods of cancer management : Electronic devices. CA—A Cancer Journal for Clinicians 44:115-127, 1994.
  4. Mary Staggs. Biographical information on Contact Reflex Analysis and Nutritional research Foundation Web site, accessed Dec 27, 2004.
  5. Harris G. A detox to make your toes curl. Daily Telegraph, June 6, 2003.
  6. Girvan R. Dodgy detox. Apothecary's Drawer Weblog, May 28, 2004.
  7. Goldacre B. Rusty results. Guardian Unlimited, Sept 2, 2004.

5 chiros : 5 erreurs de diagnostic

Comment cinq chiropraticiens ont effectué des diagnostics erronés sur une fillette en bonne santé

Dr Stephen Barrett

De nombreux chiropraticiens conseillent aux parents de faire contrôler et « ajuster » leurs enfants peu de temps après la naissance et à intervalles réguliers tout au long de la vie.

Au début des années 1970, j’ai supervisé une étude dans laquelle une jeune femme devait présenter son enfant de 4 ans à cinq chiropraticiens pour un « bilan de santé ». La femme était inquiète pour sa sœur, qui avait commencé à travailler pour un chiropraticien, et craignait qu'on lui fasse subir un "lavage de cerveau" en lui demandant de procéder chaque semaine à des "ajustements vertébraux" inutiles. Lorsqu'elle a appris que je voulais voir comment les chiropraticiens traitent les personnes en bonne santé, elle s'est portée volontaire pour m'aider à le découvrir.

Au moment de notre étude, environ 25 % des chiropraticiens de notre secteur géographique étaient investis dans une campagne publicitaire tapageuse et, selon moi, mensongère. Nous avons décidé de leur rendre visite en premier lieu.

L’enfant était apparemment en bonne santé et n’avait jamais eu de maladie grave. Avant de consulter un chiropraticien, elle a été examinée par un pédiatre local, qui n’a trouvé aucune anomalie. J’ai demandé à ma complice de dire à chaque praticien qu’elle avait entendu parler de la chiropratique, et qu'elle voulait faire passer un bilan à sa fille. Pour que l’ensemble du déroulement soit fidèlement rapporté, la mère portait un magnétophone dissimulé. (Cette pratique est aujourd’hui illégale en Pennsylvanie, mais elle était autorisée à l’époque.)

Le premier chiropraticien a examiné l’enfant pendant environ une minute en faisant passer un « Nervo-Scope » tout le long de sa colonne vertébrale. Il a rapporté « des nerfs coincés au niveau de l’estomac et de la vésicule biliaire » et a dit que ses omoplates étaient « déplacées ». Il a conseillé de faire un examen radiologique, qui, selon lui, serait moins irradiant que de s’exposer trois heures au soleil. Il a également précisé que sa propre petite fille recevait des ajustements hebdomadaires.

Le deuxième chiropraticien a montré un film qui affirmait que « la chiropratique peut également être efficace dans la lutte contre la plupart des maladies infantiles ». Il a déclaré que le bassin de l’enfant était « tordu » et lui a conseillé « des ajustements, des vitamines et un contrôle tous les quatre mois ».

Le troisième chiropraticien a déclaré qu’une hanche était « surélevée » et que les désalignements de la colonne vertébrale pouvaient, à l’avenir, provoquer chez l’enfant « des maux de tête, de la nervosité et des problèmes d’équilibre ou de digestion ». Il a conseillé de faire une radiographie pour voir si la supposée faiblesse était bénigne ou grave. Il a également affirmé qu’« il existe plus de 26 vitamines différentes » et que l’analyse chiropratique peut montrer si le corps en manque. (En réalité, il n’existe que 13 substances que l’on nomme vitamines.)

Le quatrième chiropraticien a prédit « des règles douloureuses et un accouchement difficile » si la « jambe gauche plus courte » de l’enfant n’était pas traitée. Il a également constaté des « tensions » dans le cou de la jeune fille. Ce praticien a ajouté qu’il ajustait sa propre famille une fois par semaine et a recommandé des contrôles et des ajustements hebdomadaires pour tout le monde.

Le cinquième chiropraticien a non seulement trouvé des désalignements de la hanche et du cou, mais les a également « ajustés » sans prendre la peine de demander la permission, ce qui a causé une douleur considérable. Lorsque j’ai entendu les cris de l’enfant, qui ont été enregistrés sur bande magnétique, j’ai mis fin à l’enquête.

En 1979, la maman de la fillette, qui avait alors 11 ans, m’a dit qu’elle était toujours en bonne santé et adorait la gymnastique.

L'aveloz

L'aveloz

Dr Varro Eugene Tyler

« Un arbuste exotique peut être la clé de la victoire dans la lutte contre le cancer !  L'aveloz est maintenant utilisé pour le traitement du cancer et la réduction des tumeurs. »

« Une goutte de la sève [aveloz] diluée dans un verre d'eau distillée, à raison d'une cuillerée à soupe toutes les heures, élimine les tumeurs cancéreuses en une semaine. »

Une euphorbe antivénérienne

Ce ne sont là que quelques-unes des déclarations utilisées dans la publicité pour l'aveloz, un remède préparé à partir de la sève laiteuse d'un arbuste du Brésil, l'euphorbe antivénérienne, dont le nom scientifique est Euphorbia tirucalli. Les sèves de plusieurs espèces d'euphorbes étaient déjà utilisées en médecine populaire 400 ans avant J.-C., en raison de leurs propriétés corrosives. L'euphorbe antivénérienne est communément appelée "killwart" (« tue-verrues ») parce que sa sève, utilisée par les Indiens de l'Amazonie, puis par les colons hollandais, portugais et galiciens du nord-est du Brésil, était jugée efficace lorsqu'elle était appliquée sur les verrues et les tumeurs, en particulier celles situées sur le visage.

Un médecin brésilien nommé Pamfilio aurait introduit l'aveloz dans la médecine conventionnelle dans les années 1880 ou 1890, mais l'arbuste est resté méconnu jusqu'aux années 1980. Aujourd'hui, il est vendu aux États-Unis sous forme liquide par des praticiens herboristes. La littérature promotionnelle recommande l'ingestion de cinq gouttes dans un demi-verre d'eau ou de tisane, trois fois par jour, pour le traitement du cancer, des tumeurs bénignes, des kystes et des verrues. L'aveloz est aussi vendu en onguent pour application locale.

Resté longtemps dans une relative obscurité, l'arbuste aveloz n'a apparemment jamais été analysé chimiquement. Toutefois, on sait que près de 90% des espèces de la famille des euphorbiacées sécrètent une sève blanche semblable au latex, qui est extrêmement irritante pour la peau et les muqueuses et peut provoquer une inflammation de la peau, une conjonctivite, une brûlure de la bouche et de la gorge, une diarrhée et une gastro-entérite.

Les composés chimiques (certains esters diterpéniques) responsables de ces effets irritants agissent également comme stimulateurs de tumeurs. De tels composés ne causent pas le cancer par eux-mêmes, mais semblent interagir avec des doses plus basses que le seuil des carcinogènes qui induisent le cancer chez les animaux de laboratoire. (Des expériences pour tester cela chez les humains ne sont évidemment pas possibles.) Ainsi, bien que sa composition chimique exacte soit inconnue, il est évident que l'aveloz présente un sérieux danger potentiel.

Paradoxalement, il pourrait également s'avérer bénéfique. En effet, des chercheurs ont montré que des extraits de certaines plantes de la famille des euphorbes présentent une activité antileucémique, qui pourrait être attribuée à leur teneur en certains esters diterpéniques. Évidemment, il est important d'apprendre quelles caractéristiques structurelles spécifiques de ces constituants les font agir comme stimulateurs de tumeurs d'un côté, et comme agents antileucémiques de l'autre. Il est également évident qu'à l'heure actuelle, il serait très imprudent de la part de patients cancéreux d'expérimenter cette épée à double tranchant.

___________________________

Le Dr. Tyler était le doyen de la Purdue University School of Pharmacy. Expert en pharmacognosie (science des médicaments de sources naturelles), il est l'auteur des livres The Honest Herbal et Herbs of Choice.

 

Documentation:

  1. Costa Luciana Sobrinha. Estudo do uso do aveloz (Euphorbia tirucalli) no tratamento de doenças humanas: uma revisão. Universidade estadual da Paraiba- centro de ciências biológicas e da saúde. 2011; 21.
  2. De Oliveira, Bruna Moreira; Coimbra, Claudia Cristina Batista Evangelista. Euphorbia Tirucalli: No Tratamento Complementar do Câncer. Revista UNINGÁ Review, v. 20, n. 3, 2018.

 

 

Message spécial pour les cancéreux.

 

Critiques au sujet du traitement contre le cancer de Matthias Rath

Critiques au sujet du traitement contre le cancer de Matthias Rath

Stephen Barrett, M.D.

Le groupe d’étude suisse sur les méthodes complémentaires et alternatives du cancer (SKAK) et la Ligue Suisse contre le Cancer (SCL) ont publié une mise en garde contre les théories et les produits du Dr Matthias Rath. Selon ce rapport, Rath affirme que :

  • Les maladies surviennent lorsque l’équilibre entre les mécanismes de destruction et de régénération du tissu conjonctif est rompu. Si des organismes pathogènes ou des cellules cancéreuses parviennent à détruire le tissu conjonctif environnant, la maladie peut alors se propager dans le reste de l’organisme.
  • Le système d’activation du plasminogène en plasmine joue un rôle clef dans ce processus : la réaction active également la collagènase, qui intervient dans la décomposition du collagène. En accédant ainsi aux vaisseaux sanguins, les cellules tumorales peuvent alors se propager par le système circulatoire.
  • Normalement, le corps peut inhiber les enzymes responsables de la destruction du tissu conjonctif de deux manières : grâce à son système intrinsèque de blocage enzymatique ou bien à l’aide de suppléments nutritionnels.
  • Presque tous les individus souffrent de carence chronique en vitamines.
  • La grande majorité des maladies est causée par une carence en lysine et en vitamine C. On suppose que la lysine supprimerait la protéolyse induite par la plasmine en occupant les sites de liaison du plasminogène. Dans le cadre de maladies, l’organisme produit des quantités insuffisantes de proline, c’est la raison pour laquelle cet acide aminé doit également être consommé. Le nom « Cellular Healt » a été choisi, car les suppléments nutritionnels ciblent les cellules du corps sur leur site actif.
  • Le mécanisme de diffusion du cancer qu’il a identifié est la percée décisive dans la lutte contre le cancer, les maladies infectieuses (y compris le sida) et pratiquement toutes les autres maladies [1].

Le rapport SKAK/SCL conclut que les hypothèses sous-jacentes de Rath n’ont jamais été testées scientifiquement et que, sur la base des connaissances actuelles, une action préventive ou curative du cancer n’est prouvée pour aucun de ses produits, qui ne peuvent être commercialisés légalement en Suisse.

Matthias Rath

Rath affirme également que les traitements conventionnels du cancer n’ont jamais démontré leur effet sur l’amélioration de la survie et qu’ils accélèrent souvent la progression de la maladie. Cette déclaration est totalement fausse. Il a aussi placé des annonces dans de nombreux grands journaux faisant l’éloge des méthodes de « santé naturelle »et décrit la guerre contre l’Irak (en 2003) comme appartenant à une conspiration visant à créer un climat de peur permettant de maintenir le « cartel de la drogue » [2].

En 2000, la British Advertising Standards Authority avait émis une plainte contre des allégations contenues dans une newsletter de la société Matthias Rath Ltd., intitulée « GOOD HEALTH, do it yourself », déclarant que les vitamines de la société pouvaient prévenir les crises cardiaques, les accidents vasculaires cérébraux, l’hypertension artérielle ainsi que d’autres maladies décrites dans cette newsletter [3]. En 2002, l’agence a maintenu une plainte contre la Health4Us Foundation d’Emeryville, en Californie, qui avait annoncé dans la presse britannique que la « remarquable approche naturelle de Rath est capable de contrôler la diffusion des cellules cancéreuses dans le corps humain sans nuire aux cellules saines. » [4].

En 2005, la Advertising Standards Authority d’Afrique du Sud a ordonné à la Dr Rath Foundation Africa de cesser de diffuser des informations affirmant que les compléments alimentaires étaient plus sûrs et plus efficaces que les traitements médicamenteux dans la prise en charge des infections au VIH. La publicité en question, publiée dans Mail & Guardian le 26 novembre 2004, était intitulée « Pourquoi les Sud-Africains devraient-ils continuer à être empoisonnés par l’AZT ? IL Y A UNE SOLUTION NATURELLE AU SIDA. ». Les affirmations inacceptables étaient :

  • Il a été constaté que l’AZT provoquait des dommages in utero, entraînant des lésions cérébrales, des troubles neurologiques, des paralysies, de l’épilepsie, un retard mental ainsi que d’autres maladies graves, et des décès prématurés.
  • Des doses quotidiennes de multivitamines ralentissent l’infection par le VIH et diminuent le risque de développer le sida de moitié.
  • Les thérapies naturelles non brevetables réalisent de très faibles marges bénéficiaires.
  • Tous les manuels de biochimie reconnaissent que les vitamines et autres micronutriments sont le facteur le plus déterminant dans un fonctionnement optimal du système immunitaire [5].

Références

  1. Dr Matthias Rath's Cellular Health™. Berne, Switzerland : Swiss Cancer League, 2003.
  2. Dr Rath's Open Letter Campaign. Dr. Rath Health Foundation Web site, accessed Aug 26, 2003.
  3. Matthias Rath Ltd. British Advertising Standards Authority adjudication, Nov 8, 2000.
  4. Health4Us Foundation. British Advertising Standards Authority adjudication, Oct 30, 2002.
  5. L’Advertising Standards Authority d’Afrique du Sud émet ses critiques envers une publicité faite par la Dr Rath Health Foundation for Afrika, 9 mars 2005.

Le charlatanisme de Rudolf Steiner

Le charlatanisme de Rudolf Steiner

Par Roger Rawlings
Rudolf Steiner

Rudolf Steiner (1861-1925) était un mystique et voyant autoproclamé qui a fondé la religion connue sous le nom d’anthroposophie. Outre son intérêt aigu pour le spiritualisme, Steiner s’intéressait également à nombre de « matières terrestres ». L’une d’entre elles était l’éducation : Steiner a fondé la pédagogie Waldorf, qui comprend maintenant plus de 800 écoles. L’un des autres centres d’intérêt de Steiner était la médecine. Aujourd’hui, les praticiens de la « médecine anthroposophique » peuvent être trouvés dans de nombreuses communautés d’Amérique du Nord, d’Europe et d’ailleurs.

Le principe occulte de la médecine anthroposophique est que tout ce qui est physique est imprégné et manifeste de l’esprit. Steiner prétendait que les causes de la maladie ne sont pas principalement physiques mais relèvent de conditions spirituelles. Pour les êtres humains, il enseignait que :

  • La bonne santé est atteinte lorsque l’organisme physique est correctement « aligné » avec les trois corps non physiques qui se manifestent durant la durée de vie d’un être humain : (1) le « corps éthérique » (un ensemble de forces vitales), (2) le « corps astral » (forces spirituelles), (3) le « Je » (une étincelle d’individualité divine ou ego qui sépare les vrais humains des animaux et des sous-hommes).
  • La mauvaise santé, de l’autre côté, reflète souvent le travail du « destin karmique » de tout un chacun. Si l’on entre dans ce monde en portant des impuretés spirituelles résultant de péchés ou d’erreurs commises dans des vies antérieures, la maladie peut servir comme rite de passage, purgeant les maux du système corporel/spirituel. Ainsi, une intervention médicale est souvent une mauvaise idée : un médecin qui soigne un patient avec des médicaments, etc., pourrait bloquer le processus d’autoguérison karmique du patient.

L’une des conséquences de la doctrine médicale de Steiner est que les médecins anthroposophes évitent généralement de vacciner. Croyant en la réincarnation, Steiner a enseigné qu'une maladie peut faire partie du "karma" d'un patient et qu'il serait peu judicieux d'interférer avec la maladie, car traiter uniquement le corps physique obligerait le patient à compenser dans une vie future. S'adressant à un groupe de médecins, Steiner a déclaré : "Si nous détruisons la prédisposition à la variole, nous nous concentrons uniquement sur le côté externe de l'activité karmique." [1]

À d’autres occasions, Steiner ne mâchait pas ses mots. Il disait que les pratiquants de la magie noire et autres scélérats malfaiteurs créeraient des médecines qui endormiraient toute spiritualité chez les gens : « Les efforts déployés pour y parvenir se feront en proposant des remèdes administrés par la vaccination…seulement, ces vaccinations influenceront le corps humain de manière à refuser d’offrir un foyer aux inclinaisons spirituelles de l’âme. » [2]

Bien que réticents à vacciner ou à interférer avec le destin karmique, les médecins anthroposophes ne refusent pas complètement les traitements standard.  Ce sont de véritables médecins ayant suivi des études de médecine classiques. Après avoir obtenu leur diplôme, ils peuvent utiliser des traitements standard à l’occasion, mais ils auront également recours à des thérapies alternatives quand ils le jugeront mieux approprié. Par exemple, le site Web Defending Steiner indique :

Les médecins anthroposophes ne rejettent rien dans la boîte à outils de la médecine conventionnelle a priori. Chaque option est considérée pour sa pertinence dans un cas spécifique. Les antibiotiques sont utilisés lorsque cela est nécessaire, tout comme les remèdes homéopathiques. La thérapie physique est prescrite, mais l'eurythmie curative l'est aussi (exercice physique visant à équilibrer les forces dans le corps) [3].

Les produits à base de plantes et homéopathiques sont souvent prescrits. Par exemple :

Le Rescue est utilisé lors de journées stressantes où nous souffrons d'impatience, de tension et de pression. Il a également été utilisé avec succès avec des enfants pour arrêter une crise, avant un discours ou un entretien d'embauche. Rescue Remedy nous aide à nous détendre, à rester concentrés et à retrouver le calme nécessaire [4].

Les ingrédients comprennent l’étoile de Bethléem (pour le choc), la clématite (pour contrer toute tendance à la perte de conscience), la prune-cerise (pour maintenir la stabilité mentale), les impatiens (pour la tension) et le rosier (pour prévenir la panique) [5].

Même les maladies les plus graves peuvent être attaquées avec des substances naturelles simples, bien qu'elles soient souvent préparées de manière particulière.

Steiner croyait que chez les personnes atteintes ou susceptibles de développer un cancer, les "forces d'organisation supérieures" de l'individu sont faibles, par rapport aux "forces d'organisation inférieures", et que le déséquilibre qui en résulte conduit à une prolifération excessive de cellules et finalement à la production de tumeurs. Au début des années 1920, Steiner considérait une préparation à base de gui, qu’il nommait Iscador, comme un agent thérapeutique capable de corriger le déséquilibre [5].

Les descriptions que faisait Steiner des divers organes du corps et de leurs fonctions diffèrent nettement de celles trouvées dans les manuels de médecine. Il a déclaré, par exemple, que le cœur n'est pas une pompe et que le sang circule de lui-même, grâce à la force vitale qu'il incarne [6]. De même, il a enseigné que le cerveau n'est pas impliqué dans la cognition [7]. Pour Steiner, la véritable connaissance était l'exercice des pouvoirs paranormaux rendus possibles lorsque des individus développent des « organes de clairvoyance » [8].

Les médecins anthroposophes ne semblent pas mener d’expériences contrôlées en double aveugle [9] ; il est donc presque impossible d’évaluer leur taux de réussite. Tous les médecins sont témoins de déclins mystérieux et de guérisons mystérieuses. Les croyants en médecine anthroposophique racontent des histoires de traitements très efficaces, mais il est impossible de déterminer si les guérisons présumées résultent des traitements, de processus de guérison naturels du corps, ou de déclarations trop optimistes.

Conséquences de la négligence médicale

Le recours à des ‘‘solutions de rechange’’ inefficaces au lieu des soins nécessaires fondés sur la science peut avoir de graves conséquences. Sur waldorfcritics.org, Robert Smith-Hald décrit comment il a souffert lorsqu'il a été élevé par des anthroposophes. « Ils croient que la maladie est l'âme incarnée et qu'elle est liée au karma. Ils ne croient pas à la vaccination, alors j'ai eu toutes les maladies infantiles, certaines à deux reprises. » Smith-Hald raconte qu'il était constamment malade tout au long de son enfance et que le ‘‘traitement’’ principal prescrit par ses médecins anthroposophes était « des pilules de sucre appelé infludo, et...des seaux et des seaux de thé à la prêle, ainsi que du thé à la camomille. » Certains aliments l'ont rendu malade, il a donc été obligé de manger de grandes quantités de ces aliments. « Mes parents ont eu le sentiment que je devais en manger plus, car j'avais évidemment besoin de m'incarner au travers de la nourriture. J'ai donc grandi en étant nourri de force avec des aliments qui me rendaient malade. » À l'âge adulte, ayant rompu avec l'anthroposophie, Smith-Hald a été examiné par un médecin conventionnel qui a correctement diagnostiqué son intolérance au blé. Son état s'est amélioré depuis [10].

Sur le même site Web, Sharon Lombard raconte ce qui s’est passé lorsque sa fille est tombée malade dans une école Waldorf:

« Le médecin anthroposophe a posé un diagnostic : mon enfant avait perdu l'envie de vivre. Il a annoncé l'un des remèdes potentiels... nous devions donner à notre fille des crayons de couleur rouge, jaune et orange ! J'ai regardé mon mari avec incrédulité. Lorsque le médecin nous a ordonné de faire apparaître le signe d’une flamme de la crème Aurum sur le cœur de mon enfant au coucher, j’ai été abasourdie... Il nous a dit d'appliquer la crème d'or du dessous du cœur vers le ciel. »

En fin de compte, la jeune fille a dû être hospitalisée et s'est rétablie progressivement avec des soins médicaux standard [11].

Le Dr Edzard Ernst a signalé qu'entre 1999 et 2010, au moins dix épidémies de rougeole au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en Autriche et en Allemagne étaient concentrées autour d'écoles Waldorf dont les taux de vaccination étaient inférieurs à 10 % [12]. Bien que le Conseil européen pour Steiner Waldorf Education ait déclaré que l'opposition à la vaccination ne fait pas partie des "objectifs éducatifs spécifiques" de l'anthroposophie, Ernst considère l'anthroposophie comme un facteur de risque de non-adhésion thérapeutique [12].

La médecine standard - qui repose sur une recherche minutieuse et des faits prouvés - est encore limitée. Elle ne peut pas expliquer les causes de certaines maladies et ne propose aucun remède pour certaines. Mais son arsenal est extrêmement puissant, ce qui n’existe pas dans l’approche « alternative » : la méthode scientifique est le meilleur outil dont l’humanité dispose pour découvrir la vérité. Elle est garante des progrès considérables accomplis par les soins médicaux, et des progrès à venir.

 

Compléments d'information

Références

  1. Steiner R. Karma of the higher beings. In Manifestations of Karma. Lecture 8, May 25th, 1910. 
  2. Steiner R. Secret Brotherhoods. London: Rudolf Steiner Press, 2004, pp. 90-91. 
  3. Anthroposophically extended medicine. Defending Steiner Web site, accessed March 5, 2007. 
  4. Rescue Remedy. BachFlower.com Web site, accessed March 5, 2007. 
  5. Herbal treatments. In Unconventional Cancer Treatments, OTA-H-405. Washington, D.C., 1990, U.S. Government Printing Office. 
  6. Marinelli R. and others. The heart is not a pump. Frontier Perspectives 5(1), 1995. 
  7. Steiner R. The Foundations of Human Experience (Foundations of Waldorf Education, 1). Great Barrington, MA: Anthroposophic Press, 1996, p. 60. 
  8. Steiner R. Knowledge of the Higher Worlds and its Attainment. London and New York: Anthroposophic Press, 1944, , p. 28. 
  9. Carroll R. Médecine anthroposophique. Dictionnaire Sceptique. 
  10. Smith-Hald R. Growing up being made sick by Anthroposophy. waldorfcritics.org Web site, Jan 30, 2007. 
  11. Lombard S. Spotlight on anthroposophy. Cultic Studies Review 2(2), 2003. 
  12. Ernst E. Anthroposophy: A risk factor for noncompliance with measles immunization. The Pediatric Infectious Disease Journal 30:187-189, 2011 

 

Cette page a été révisée le 23 juillet 2012.

Traduction en français le 8 février 2020 par Vanina Fischer.

 


 

Qu'est-ce que l'anthroposophie ? - AFIS

L'homéopathie et ses illusions apparentées

L'homéopathie et ses illusions apparentées

Par Oliver Wendell Holmes

Cet essai fut présenté sous la forme de deux causeries devant la "Boston Society for the Diffusion of Useful Knowledge" en 1842 et a été reproduit dans Examining Holistic Medicine (Prometheus Books, 1985). L'auteur a été célèbre en tant que médecin, poète et humoriste. Son fils, Oliver Wendell Holmes Junior, a été membre de la Cour Suprême des USA. 

Il est nécessaire, pour le bénéfice des néophytes, de présenter en un résumé aussi succinct que possible la Doctrine homéopathique. Samuel Hahnemann, son fondateur, est un médecin allemand, vivant actuellement à Paris, âgé de 87 ans. En 1796, il publia le premier article relatif à ses idées singulières ; en 1805, son premier travail sur le sujet ; en 1810, son plus ou moins fameux Organon de l'art de guérir ; l'année suivante, ce qu'il a appelé Traité de matière médicale, et en 1828 son dernier ouvrage, le Traité sur les maladies chroniques. Il a ainsi écrit sur son sujet favori par intermittence durant près d'un demi-siècle [Hahnemann est mort en 1843].

La grande doctrine qui constitue la base de l'homéopathie en tant que système est exprimée par l'aphorisme latin "Similia Similibus Curantur", ou "le similaire/semblable soigne le similaire/semblable", à savoir que les maladies sont guéries par les agents capables de causer les symptômes ressemblant à ceux de la maladie sous traitement. Une maladie, selon Hahnemann, consiste essentiellement en un groupe de symptômes. Le médicament adéquat à une maladie donnée est celui qui se montre capable de produire un groupe de symptômes identiques, lorsqu'appliqué à une personne en bonne santé.

Il est bien entendu nécessaire de connaître les types de symptômes causés par différentes substances, lorsqu'administrées à des personnes saines, pour autant qu'on puisse en montrer l'existence. Hahnemann et ses disciples proposent des catalogues de symptômes dont ils affirment qu'ils furent causés à eux-mêmes ou à d'autres par un grand nombre de substances soumises à expérimentation.

Le second fait important que Hahnemann professe avoir établi est l'efficacité de substances médicinales réduites à un formidable degré de minuscule ou de dilution. La description de ce mode de préparation est tirée de son ouvrage sur les Maladies Chroniques, qui n'a pas, je crois été traduit en Anglais à ce jour. Un grain [1] de la substance, si elle est solide, une goutte si elle est liquide, est ajoutée à environ un tiers d'une centaine de grains de sucre de lait [lactose] dans une capsule de porcelaine non vernissée dont on a retiré le vernis du fond en le polissant avec du sable mouillé ; [les substances] sont mélangées un instant avec une spatule en os ou en corne puis malaxées durant six minutes ; enfin, la masse est raclée hors du mortier, ce qui prend quatre minutes ; elle est malaxée à nouveau pendant six minutes. Quatre minutes sont alors vouées à racler la poudre en un tas et on ajoute le second tiers des cent grains de lactose. Ils sont alors frottés ensemble durant quatre minutes et on ajoute alors le dernier tiers du lactose, qui est mélangé au moyen de la spatule ; six minutes de vigoureux malaxage, quatre de raclage et six (finales) minutes de malaxage terminent cette partie du processus.

Chaque grain de cette poudre contient le centième d'un grain de la substance médicinale mélangée au lactose. Par conséquent, si un grain de la poudre ainsi préparée est mélangé avec cent autres grains de lactose, et le processus décrit ci-dessus est répété, on obtient une poudre dont chaque grain contient le centième du centième, ou la dix millième partie d'un grain de la substance médicinale. Répétez le même processus avec la même quantité de lactose frais et chaque grain de votre poudre contiendra le millionième d'un grain de la substance médicinale. Lorsque la poudre a atteint cette concentration, elle est prête à l'emploi dans les solutions et dilutions qui seront utilisées dans la pratique.

On prend un grain de la poudre, on verse dessus une centaine de gouttes d'alcool, on tourne le flacon lentement durant quelques minutes, jusqu'à ce que la poudre soit dissoute, puis on le secoue deux fois. À ce sujet, je m'en remets aux propos de Hahnemann lui-même : "Une longue expérience et de nombreuses observations des malades m'ont mené au cours des dernières années à préférer ne secouer les liquides médicinaux que deux fois, alors que je le faisais dix fois auparavant". Le processus de dilution est poursuivi de la même façon que l'atténuation de la poudre; chaque dilution successive avec l'alcool réduisant le médicament à un centième de la quantité précédente. De cette façon, la dilution du millionième d'un grain du médicament contenu dans le grain de poudre sur lequel on travaille est réduite successivement au milliardième, trilliardième, quadriliardième, quintillionième degré, et bien souvent à de plus importantes fractions. Une dose de n'importe lequel de ces médicaments représente une minuscule fraction d'une goutte, obtenue en humidifiant un ou plusieurs petits globules de sucre, dont Hahnemann dit qu'il faut environ 200 pour peser un grain.

Pour illustrer la force des médicaments prescrits par Hahnemann, je citerai le carbonate de chaux. Il n'utilise pas de craie ordinaire, mais préfère une petite portion de la partie friable d'une coquille d'huître. De cette substance, portée au sextillionième degré, il suffit d'un ou deux globules de la taille mentionnée pour en véhiculer une dose usuelle. Néanmoins, pour les personnes aux nerfs très délicats, il convient que la dilution soit portée au décillionième degré. C'est-à-dire qu'un effet médicinal important est à attendre de la deux centième ou centième partie du millionième du millionième du millionième du millionième du millionième du millionième du millionième du millionième du millionième du millionième du millionième d'un grain de coquille d'huître. Ce n'est que le dixième degré de puissance, mais certains de ses disciples professent avoir obtenu des effets palpables à partir de dilutions beaucoup plus élevées.

Les degrés de DILUTION ne doivent pas être confondus avec ceux de PUISSANCE. Leurs relations peuvent être vues dans cette table :

  • La première dilution — un centième de goutte ou de grain.
  • 2d — Un dix millième.
  • 3e — Un millionième — marqué I.
  • 4e — Un cent millionième.
  • 5e — Un dix mille millionième.
  • 6e — Un mille millionième, ou un milliardième — marqué II.
  • 7e — Cent milliardième.
  • 8e — Dix mille milliardième.
  • 9e — Un million milliardième, ou un trillionième — marqué III.
  • 10e — Cent trillionième.
  • 11e — Dix mille trillionième.
  • 12e — Un million de trillionième, ou un quadrillionième — marqué IV. — et ainsi de suite indéfiniment.

Les grands chiffres indiquent les degrés de PUISSANCE

La troisième grande doctrine de Hahnemann est la suivante. Sept huitièmes au moins de toutes les maladies chroniques sont produites par l'existence dans le système de ce trouble infectieux connu dans le langage de la science sous l'appellation de PSORE, mais pour la partie moins raffinée de la communauté sous le nom de DÉMANGEAISON. Selon les mots de l'Organon de Hahnemann, "Cette Psore est la seule cause vraie et fondamentale qui produit toutes les autres formes innombrables de maladies, qui, sous les noms de débilité nerveuse, hystérie, hypocondrie, insanité, mélancolie, idiotie, folie, épilepsie, et spasmes de toutes sortes, ramollissement des os, ou rachitisme, scoliose et cyphose, caries, cancer, hématodes fongiques, ictère jaune et cyanose, goutte-gastralgie, épistaxis, hémoptysie-asthme et suppuration des poumons- migraines, surdité, cataracte et amaurose -paralysie, perte des sens, douleurs de toutes sortes, etc., apparaissent dans notre pathologie comme autant de maladies particulières, distinctes et indépendantes."

Depuis trois siècles, si l'on peut se fier à la même autorité, sous l'influence des habitudes personnelles plus raffinées qui ont prévalu, et de l'application de divers remèdes externes qui repoussent l'affection de la peau, la Psore s'est révélée dans ces nombreuses formes de maladies internes, au lieu d'apparaître, comme dans les périodes précédentes, sous l'aspect d'une maladie externe.

Ce sont les trois doctrines cardinales de Hahnemann, telles qu'elles sont énoncées dans les ouvrages de référence de l'homéopathie, l'Organon et le Traité des maladies chroniques.

On peut ajouter plusieurs autres principes, sur lesquels il insiste fortement, et qui sont généralement acceptés par ses disciples.

  1. Il n'accorde que très peu de pouvoir aux efforts curatifs de la nature. Hahnemann va jusqu'à dire que personne n'a jamais vu les simples efforts de la nature guérir durablement un patient souffrant d'une maladie chronique. En général, l'homéopathe appelle  guérison chaque rétablissement qui se produit sous son traitement.
  2. Chaque substance médicinale doit être administrée dans un état de pureté la plus parfaite, et ne doit pas être combinée à quelque autre. L'union de plusieurs remèdes dans une seule prescription détruit son utilité et, selon l'Organon, cause fréquemment une autre maladie.
  3. Un grand nombre de substances communément considérées comme inertes développent de grands pouvoirs curatifs lorsque préparés de la manière précédemment décrite ; et une grande proportion d'entre elles sont garanties d'avoir des antidotes spécifiques au cas où leurs effets excessifs demandent à être neutralisés.
  4. Les maladies devraient être reconnues, autant que possible, non par les noms qui leur sont communément appliqués, telles que fièvre ou épilepsie, mais comme des collections individuelles de symptômes, dont chacune diffère des autres collections.
  5. Les symptômes de chaque plainte doivent être décrits avec la plus exacte minutie et, autant que possible, dans les termes du patient lui-même. Afin d'illustrer le genre de circonstances que le patient est supposé noter, j'en mentionnerai une ou deux tirées de la 313ième page du Traité des maladies chroniques - la première page que j'ai ouverte au hasard

    "Après le repas, tendance à être ensommeillé ; le patient cligne des yeux"

    "Après le repas, prostration et sensations de faiblesse (neuf jours après la prise du remède)"
    .

Ce remède était la même coquille d'huître qui doit être prescrite en fractions de sextillionième ou de décillionième degré. Selon Hahnemann, l'action d'une dose unique de la taille mentionnée ne se manifeste pleinement, dans certains cas, que vingt-quatre ou même trente jours après sa prise, et dans ces cas-là, elle n'a épuisé ses effets bénéfiques que vers le quarantième ou le cinquantième jour - avant quoi il serait absurde et préjudiciable d'administrer un nouveau remède.


En voilà assez pour les doctrines d'Hahnemann, qui ont été énoncées sans commentaire, ni exagération d'aucun de leurs traits, très semblablement à la façon dont tout adhérent à ses opinions aurait pu les énoncer, s'il était obligé de les comprimer dans un espace aussi succinct.

Hahnemann lui-même représente-t-il l'homéopathie telle qu'elle existe à présent [2] ? Il devrait certainement être son meilleur représentant, après l'avoir créée et y avoir voué sa vie pendant un demi-siècle. On parle de lui comme le grand médecin du moment dans la plupart, si ce n'est l'ensemble, des écrits homéopathiques. S'il n'est pas l'autorité sur le sujet de ses propres doctrines, qui donc l'est ? Pour autant que je sache, aucune découverte tangible dans cette soi-disant science n'a jamais été attribuée à aucun autre observateur, du moins aucun principe général ni loi suffisamment importante pour atteindre une quelconque notoriété dans les travaux homéopathiques n'a jamais été attribuée à un quelconque de ses illustres disciples.

Il est l'un des deux seuls écrivains homéopathes avec lesquels, comme je le mentionnerai, l'éditeur parisien, de son propre aveu, aura à faire. L'autre est George Henri Dieudonné Jahr, dont le Manuel de Médecine homéopathique n'est guère plus qu'un catalogue de symptômes et de remèdes. Rejeter Hahnemann parce qu'il ne représente pas l'homéopathie, s'en prendre à son autorité, écarter d'un clin d’œil ses résultats délibérés et officiellement annoncés sont des actes d'une témérité suicidaire, car c'est sur sa sagacité et son pouvoir d'observation et d'expérience, tels qu'incarnés dans ses œuvres, et surtout dans sa Matière médicale, que reposent les fondements de l'homéopathie en tant que système pratique.

Pour autant que je sache en me basant sur les déclarations contradictoires sur le sujet, voici l'état des croyances actuelles:

1. Toutes les personnes [du monde de l'homéopathie] qui comptent s'accordent à dire que la loi Similia similibus est le seul principe fondamental en médecine. Bien sûr, si un homme n'est pas d'accord avec cela, le nom d'homéopathe ne peut plus lui être appliqué avec justesse.

2. La foi en l'efficacité et l'emploi des doses infinitésimales est générale, et dans certains lieux universelle, parmi les adeptes de l'homéopathie ; toutefois un mouvement distinct est apparu en Allemagne, qui souhaite se débarrasser de toute restriction dans l'usage de ces dosages et employer des substances avec la même liberté que les autres praticiens.

3. La doctrine relative à la psore en tant qu'origine de la plupart des maladies chroniques, malgré les 12 années d'études et de recherche que Hahnemann dit avoir consacrées à l'établissement de ce fait et à ses conséquences pratiques, s'est vue grandement négligée, voire opposée, par un grand nombre de ses propres disciples.

Il est néanmoins vrai, au travers de la majorité des écrits que j'ai pu voir, que le ton qui prévaut montre la plus grande déférence envers les opinions de Hahnemann, une référence constante à son autorité, l'acceptation générale des points mineurs de ses croyances et une profession d'union harmonieuse dans une foi commune. [Quiconque se donne la peine de consulter la traduction de Hull du Manuel de Jahr pourra observer le peu d'espace accordé aux remèdes dépendant d'une autre autorité que celle de Hahnemann.]

Les trois grandes prétendues découvertes de Hahnemann sont totalement déconnectées et indépendantes les unes des autres. S'il existait une relation naturelle entre elles, il semblerait assez probable que la découverte de la première aurait conduit à celle des autres. Toutefois, en supposant qu'il soit avéré que les maladies puissent être guéries par des remèdes capables de produire des symptômes similaires aux leurs, il n'existe aucune relation manifeste entre cela et l'affirmation suivante, à savoir la puissance des doses infinitésimales. Et si l'on admet ces deux affirmations, il n'y a pas non plus le moindre lien avec la troisième nouvelle doctrine, celle qui déclare que les sept huitièmes des maladies chroniques sont dus à la Psore.

Crédit image: Skeptic Design.

Examinons un instant la première de ses doctrines. Aussi improbable que cela puisse paraître, la proposition selon laquelle les maladies cèdent le pas à des remèdes capables de produire des symptômes semblables n'est pas absolument absurde. Il existe au contraire quelques analogies qui donnent un certain degré de plausibilité à cette affirmation. Certains faits bien établis, connus depuis les premières périodes de la médecine, montrent que, dans certaines circonstances, le médicament même qui, d'après ses effets connus, est susceptible d'aggraver la maladie, peut contribuer à son soulagement. Je me permets de faire allusion, de la façon la plus générale, au cas où les efforts spontanés d'un estomac trop sollicité sont apaisés par l'action d'un médicament que cet organe refuse de prendre à n'importe quelles conditions. Mais que toute guérison jamais effectuée par la médecine aurait dû être fondée sur ce principe, bien qu'à l'insu d'un médecin ; que l'axiome homéopathique est, comme l'affirme Hahnemann, "la seule loi de la nature en thérapeutique", une loi dont rien de plus qu'un aperçu éphémère ne s'est jamais présenté à l'innombrable foule des observateurs médicaux, est un dogme d'une telle ampleur, et d'une nouveauté si prégnante, qu'il exige des faits incontestables d'une ampleur et une profondeur correspondantes pour couvrir ses vastes prétentions.

On a tellement ridiculisé les prétendus pouvoirs des doses infimes que je n'aborderai ce point que dans le but de transmettre, par des images, quelques ombres au sujet de notions dépassant de loin les pouvoirs de l'imagination. Il faut se rappeler que ces comparaisons ne sont pas sujettes à contestation, car elles sont fondées sur de simples calculs arithmétiques, à la hauteur de la capacité de tout écolier intelligent. Une personne qui a écrit un jour un très petit pamphlet a fait preuve d'une certaine opposition aux calculs de ce genre, en affirmant que les plus hautes dilutions pouvaient facilement être faites avec quelques onces d'alcool. Mais il aurait dû se rappeler qu'à chaque dilution successive, il met de côté ou jette quatre-vingt-dix-neuf centièmes du fluide sur lequel il opère, et que, bien qu'il commence par une goutte, il n'en prépare qu'un millionième, un milliardième, un trillionième, et des fractions semblables, qui, additionnées, ne constitueraient qu'une infime partie de la goutte avec laquelle il a commencé. Mais supposons maintenant que nous prenions une seule goutte de la teinture de camomille, et que le tout devrait être passé au travers de la série commune de dilutions.

Le Dr Panvini a réalisé un calcul presque semblable à celui qui suit, qui peut être facilement suivi dans ses détails essentiels par quiconque le désire.

Pour la première dilution, il faudrait 100 gouttes d'alcool.

Pour la deuxième dilution, il faudrait 10 000 gouttes, soit environ une pinte.

Pour la troisième dilution, il faudrait 100 pintes [3].

Pour la quatrième dilution, il faudrait 10 000 pintes, soit plus de 1 000 gallons [4], et ainsi de suite jusqu'à la neuvième dilution, qui prendrait dix milliards de gallons, ce qui, selon ses calculs, remplirait le bassin du lac Agnano, un plan d'eau de deux milles de circonférence [5]. La douzième dilution remplirait bien sûr un million de ces lacs. Au moment où le dix-septième degré de dilution devrait être atteint, l'alcool requis serait égal en quantité aux eaux de dix mille mers Adriatiques. Il faut s'attendre à des erreurs insignifiantes, mais elles sont aussi susceptibles de se trouver d'un côté que de l'autre, et toute petite chose comme le lac Supérieur ou la Caspienne ne serait qu'une goutte d'eau dans le seau.

Consommateurs de globules, une de vos petites boulettes, humidifiée dans les vagues mélangées d'un million de lacs d'alcool, chacun de deux milles de circonférence, avec laquelle avait été mélangée cette goutte de Teinture de Camomille, serait précisément de la force recommandée pour ce médicament dans votre Manuel de Jahr bien-aimé, contre les maladies les plus soudaines, effrayantes et fatales ! (Dans l'édition française de 1834, les doses appropriées des médicaments sont mentionnées, et la Camomille est marquée IV. Pourquoi les doses sont-elles omises dans la traduction de Hull, sauf dans trois cas sur les deux cents remèdes, malgré la promesse faite dans la préface que - "certaines remarques sur les doses utilisées peuvent être trouvées en tête de chaque médicament" ? Peut-être parce que cela ne fait aucune différence qu'ils soient employés dans une dose homéopathique ou une autre ; mais alors il est très singulier que des indications aussi précises aient été données auparavant dans le même ouvrage, et que l'"expérience" de Hahnemann ait dû l'amener à faire les belles distinctions que nous avons vues dans une partie antérieure de cette Conférence].

En me basant sur les données usuelles, j'ai calculé que cette simple goutte de teinture de camomille, administrée dans les quantités ordonnées dans le Manuel de Jahr, aurait fourni à chaque individu de l'ensemble de la famille humaine, passée et présente, plus de cinq milliards de doses, chacune faisant effet durant quatre jours.

Pourtant, elle n'est administrée qu'au quadrillionième ou au quatrième degré de puissance, et diverses substances sont fréquemment administrées au décillionième ou au dixième degré, et parfois à des atténuations encore plus élevées avec des résultats médicinaux affirmés. N'y a-t-il pas là une aussi grande exception à toutes les lois de la nature reconnues à ce jour que dans le miracle [de la multiplication] des pains et des poissons ? Posez cette question à un homéopathe, et il vous répondra en se référant aux effets produits par une infime partie de la matière vaccinale, ou à l'extraordinaire diffusion des odeurs. Mais la matière vaccinale est une de ces substances appelées poisons morbides, dont le caractère particulier est de se multiplier, une fois introduite dans le système, comme le fait une graine dans le sol. C'est pourquoi la centième partie d'un grain de la matière vaccinale, si l'on n'en utilise pas plus, augmente rapidement en quantité, jusqu'à ce que, en l'espace d'une semaine environ, ce soit un grain ou plus, et qu'il puisse être éliminé en gouttes considérables. Et ce qui est une illustration très curieuse de l'homéopathie, elle ne produit pas ses effets les plus caractéristiques tant qu'elle n'est pas déjà en quantité suffisante non seulement pour être visible, mais pour être recueillie en vue d'une utilisation ultérieure. L'absence de réflexion qui mène à inférer que l'on pourrait étendre à des substances d'origine inorganique, comme le silex ou le soufre, la capacité d'un produit de maladie susceptible de multiplication introduit dans un organisme vivant, revient à argumenter qu'un galet peut produire une montagne, parce qu'un gland peut devenir une forêt.

Quant à l'analogie que l'on peut trouver entre l'action alléguée des doses infiniment atténuées et les effets de certaines substances odorantes qui possèdent l'extraordinaire pouvoir de diffuser leurs impondérables émanations dans un espace très large, on peut en abuser dans l'argumentation, et comme elle s'évapore rapidement à l'examen, elle n'est pas comme celle que l'on vient de mentionner, totalement dépourvue de sens. Le fait de la vaste diffusion de certaines odeurs, comme celle du musc ou de la rose, par exemple, a longtemps été cité comme l'illustration la plus remarquable de la divisibilité de la matière, et de la beauté des sens. Et si l'on compare cela aux effets d'une dose infime de morphine sur tout le système, ou à l'impression soudaine et fatale d'une seule goutte d'acide prussique, ou, ce qui est encore plus proche, à l'influence toxique d'une atmosphère imprégnée de malaria invisible, nous devrions trouver dans chacun de ces exemples une preuve du degré auquel la nature, dans quelques rares cas, concentre de puissantes qualités dans des formes minuscules ou subtiles de la matière. Mais si un homme vient à moi avec un pilon et un mortier à la main, et me dit qu'il va prendre un petit grain de quelque substance dont personne n'a jamais pensé qu'elle avait une odeur, par exemple un grain de craie ou de charbon de bois, et qu'il va, après une heure ou deux de frottement et de grattage, développer dans une partie de celle-ci une odeur qui, si le grain entier était utilisé, serait capable de pénétrer dans un appartement, une maison, un village, une province, un empire, non, toute l'atmosphère de cette vaste planète que nous foulons, et que de chacune des cinquante ou soixante substances il peut ainsi développer une odeur distincte et jusqu'ici inconnue ; et s'il essaie de montrer que tout cela est rendu tout à fait raisonnable par l'analogie du musc et des roses, je serai certainement justifié de le considérer comme incapable de raisonner, et hors de portée de mon argumentation. Et si, au lieu de cela, il prétend développer de nouveaux et merveilleux pouvoirs médicinaux à partir de la même tache de craie ou de charbon, dans des proportions telles qu'elles imprégneraient tous les étangs, lacs, rivières, mers et océans de notre globe, et fait appel à la même analogie en faveur de la probabilité de son affirmation.

Tout cela peut être vrai, nonobstant ces considérations. Mais il serait si extraordinaire qu'un seul atome de substances qu'un enfant pourrait avaler sans danger par pleine cuillerée puisse, par un procédé mécanique facile, être amené à développer des pouvoirs si inconcevables, que rien d'autre ne devrait nous inciter à accorder quelque crédit à de telles prétentions que l'accord le plus strict des expérimentateurs les plus prudents, assurés de toute garantie d'honnêteté et de fidélité, faisant appel à des expériences répétées en public, avec toutes les précautions pour se garder de toute erreur, et avec les résultats les plus évidents et les plus péremptoires.

La troisième doctrine, selon laquelle la Psore, l'autre nom dont vous vous souviendrez, est la cause de la grande majorité des maladies chroniques, est pour le moins étonnante. Qu'une affection toujours reconnue comme un compagnon personnel très désagréable, mais généralement considérée comme une simple incommodité temporaire, cédant facilement au traitement chez ceux qui ont le malheur d'en souffrir, et à peine connue parmi les meilleures classes de la société, soit d'un seul coup découverte par un médecin allemand comme étant le grand fléau de l'humanité, la cause de ses plus graves calamités corporelles et mentales, du cancer et de la consomption (tuberculose), de l'idiotie et de la folie, doit susciter notre plus grande surprise. Et lorsque l'auteur de cette vérité singulière attribue, comme dans cette page ouverte devant moi, la santé déclinante d'un courtisan disgracié, la maladie chronique d'une mère endeuillée, voire la mélancolie de la jeune fille malade d'amour et humiliée, à rien de plus ou de moins que l'insignifiante DÉMANGEAISON, inconvenante et presque inavouable, ne semble-t-il pas que le sol même sur lequel nous nous trouvons se dissout dans le chaos, suite au séisme de la découverte ?

Et lorsqu'un homme prétend avoir établi ces trois vérités indépendantes, qui sont à peu près aussi éloignées les unes des autres que le sont la découverte de la loi de gravitation, l'invention de l'imprimerie et celle du compas de marine, à moins que les faits en leur faveur soient écrasants et unanimes, la question se pose naturellement, cet homme ne s'illusionne-t-il pas lui-même, ou ne cherche-t-il pas à tromper les autres ?

Je vais procéder à l'examen des preuves des principales idées de Hahnemann et de son école.

Afin de démontrer que l'axiome similia similibus curantur (ou le similaire est guéri par le similaire) est la base de l'art de guérir - "la seule loi de la nature en thérapeutique" - il est nécessaire :

1. Que l'on étudie et recense soigneusement les symptômes produits par les substances chez des sujets en bonne santé.

2. Que l'on démontre que ces substances sont toujours capables de soigner ces maladies les plus similaires à leurs propres symptômes.

3. Que l'on démontre que ces remèdes ne soignent pas les maladies lorsqu'elles ne produisent pas de symptômes similaires à ceux de ces maladies.


1. Les effets des substances sur les personnes en bonne santé ont été étudiés par Hahnemann et ses associés. Leurs résultats ont été publiés dans sa Matière médicale, un ouvrage en trois grands volumes dans la traduction française, paru il y a environ huit ans. Le mode d'expérimentation semble avoir été de prendre la substance à l'essai, soit en doses courantes, soit en doses infimes, puis de consigner chaque petite sensation, chaque petit mouvement de l'esprit ou du corps, qui s'est produit au cours de plusieurs heures ou jours successifs, comme étant produit uniquement par la substance employée. Lorsque j'aurai énuméré certains des symptômes attribués à la puissance des drogues prises, vous serez en mesure de juger de la valeur à accorder aux affirmations de ces observateurs.

La liste suivante a été copiée littéralement de la Matière médicale de Hahnemann, par mon ami M. Vernois, dont je garantis l'exactitude. Il a présenté sept pages de ces symptômes, sans les choisir, mais en les tirant au hasard de la traduction française de l'ouvrage. Je me contenterai de quelques brèves citations.

"Après m'être penché quelque temps, sensation d'un poids douloureux dans la tête en reprenant une position érigée".

"Une sensation de démangeaison et de chatouillement sur le bord extérieur de la paume de la main gauche, qui oblige la personne à se gratter". Le remède était de l'acétate de chaux et comme le globule ingéré est supposé agir durant 28 jours, je vous laisse juge du nombre de symptômes similaires à ce dernier susceptibles de se produire.

Parmi les symptômes attribués à l'acide muriatique, on relève: un catarrhe, des soupirs, des boutons ; "après avoir écrit sur une longue période avec le dos un peu penché en avant, violente douleur du dos et des omoplates, comme suite à une tension" - "des rêves dont on ne se souvient pas - une disposition au découragement - un état d'éveil avant et après minuit."

Je pourrais étendre ce catalogue presque indéfiniment. Je n'ai pas cité ces extraits dans le but d'exciter un sens du ridicule, ce que beaucoup d'autres de ceux qui ont été mentionnés ne manqueraient pas de faire, mais pour montrer que les accidents communs de la sensation, les petits inconvénients corporels auxquels nous sommes tous soumis, sont sérieusement et systématiquement attribués à la prise de quelque médicament qui ait pu être absorbé, même dans les doses infimes que j'ai mentionnées, des jours ou des semaines entiers auparavant.

À cela s'ajoutent tous les symptômes que quiconque, dignes de confiance ou non, n'a jamais prétendu comme je vais l'illustrer ci-après, être produits par la substance en question.

Les effets de soixante-quatre substances médicinales, constatés par l'une ou l'autre de ces méthodes, sont énumérés dans la Matière médicale de Hahnemann, qui peut être considérée comme la base de l'homéopathie pratique. Le Manuel de Jahr, qui est pour autant que je sache le guide commun de ceux qui pratiquent l'homéopathie dans ces régions, énumère deux cents remèdes, dont beaucoup cependant n'ont jamais été employés dans la pratique. Dans une édition au moins, il était impossible de déterminer ceux qui avaient été essayés sur les malades ou non. Il est vrai que des marques ont été ajoutées dans l'édition employée ici, qui servent à les distinguer ; mais que penser de l'auteur d'un guide pratique de Matière médicale qui à un moment donné omet de mentionner les doses appropriées de ses remèdes, et à un autre moment, ne nous donne aucun moyen quelconque de savoir si un remède a jamais été essayé ou non, alors qu'il recommande son emploi dans les maladies les plus critiques et les plus menaçantes ?

Il me semble qu'au vu de ce que j'ai montré du caractère des expériences de Hahnemann, tout chercheur sincère apprécierait que d'autres personnes, aux affirmations desquelles il pourrait se fier, confirment ces prétendus faits. Or, beaucoup d'individus, reconnus depuis longtemps par le monde scientifique, ont reproduit ces expériences sur des sujets sains et nient totalement que leurs effets aient correspondu aux affirmations de Hahnemann.

Je me référerai, par exemple, aux déclarations d'Andral (et je ne me réfère pas à ses expériences publiques bien connues dans son hôpital) quant au résultat de ses propres essais. Cet éminent médecin est professeur de médecine à l'École de Paris, et l'un des auteurs les plus connus et les plus appréciés que la profession peut revendiquer dans n'importe quel pays sur les sujets pratiques et théoriques. C'est un homme d'une grande bonté de caractère, d'un éclectisme des plus libéral par nature et par habitude, d'une intégrité incontestable, et il est appelé, dans l'article principal du dernier numéro du Homeopathic Examiner, "un allopathe éminent et très éclairé". Avec l'aide de plusieurs autres personnes en bonne santé, il expérimenta les effets du quinquina, de l'aconit, du soufre, de l'arnica et des autres remèdes les plus vantés. Ses expériences durèrent un an, et il déclara publiquement à l'Académie de Médecine qu'elles ne produisirent jamais la moindre apparition des symptômes qui leur étaient attribués. Les résultats d'un tel homme, si largement connu comme l'un des plus philosophiques et des plus francs, ainsi que brillant instructeur, et dont les admirables capacités et la libéralité signalée sont généralement reconnues, devraient être d'un grand poids pour trancher la question.

M. Double, un écrivain médical bien connu et un médecin de haute réputation à Paris, a eu l'occasion, dès 1801, avant d'avoir entendu parler de l'homéopathie, d'expérimenter le Quinquina ou écorce du Pérou. Lui et plusieurs autres ingérèrent la drogue en divers dosages durant quatre mois, mais la fièvre qu'Hahnemann prétendait qu'elle produit ne se montra jamais.

M. Bonnet, Président de la Société Royale de Médecine de Bordeaux, eut l'occasion d'observer de nombreux soldats durant la guerre de la Péninsule [6], qui vit un usage préventif du quinquina contre diverses maladies, mais il ne constata jamais les prétendus paroxysmes [prétendument produits par le quinquina].

Face aux objections présentées contre les témoignages de ce genre, je me réfère aux expériences spécifiques sur beaucoup de substances homéopathiques données à des personnes en bonne santé en tenant soigneusement compte de l'alimentation et du régime par M. Louis Fleury, lesquelles ne furent jamais suivies des moindres conséquences prétendues. Et laissez-moi faire mention d'un fait curieux, à savoir que la même quantité d'arsenic donnée à un animal sous la forme commune de la poudre non préparée, et à un autre après avoir été frottée dans six cents globules, ne montrèrent aucune différence particulière d'activité dans les deux cas. Il s'agit d'une étrange contradiction de la doctrine du développement de ce qui est appelé pouvoir dynamique par les moyens de la friction et de la division.

En 1835, le plus connu des médecins homéopathes de Paris fit l'objet d'un défi public, lui offrant de sélectionner dix substances de son choix connues pour produire les effets les plus spectaculaires ; de les préparer lui-même ; de choisir par tirage sans savoir lequel il avait pris, et d'essayer sur lui-même ou un homéopathe intelligent et convaincu et, en prenant son temps, d'annoncer publiquement quelle substance avait été employée. Le défi fut dans un premier temps accepté, mais il se rétracta avant le moment de s'exécuter.

Tout ceci me fait penser qu'il est raisonnable de conclure que les catalogues de symptômes attribués dans les ouvrages homéopathiques à l'influence de divers médicaments sur des personnes en bonne santé n'ont droit à aucune confiance.


2. Il est ensuite nécessaire de montrer que les substances médicinales sont toujours capables de guérir des maladies qui ressemblent le plus à leurs propres symptômes. Pour les faits relatifs à cette question, nous devons nous tourner vers deux sources : l'expérience enregistrée de la profession médicale en général, et les résultats des essais effectués selon les principes homéopathiques, et capables de tester la vérité de la doctrine.

Personne, à ma connaissance, n'a jamais nié que dans certains cas, on trouve une ressemblance entre les effets d'un remède et les symptômes d'une maladie pour laquelle il se montre bénéfique. Ceci a été reconnu, comme Hahnemann lui-même l'a montré, depuis le temps d'Hippocrate. Les annales de la profession médicale ont toutefois montré, telles qu'elles ont été interprétées jusqu'à présent, que cela n'est vrai que pour une très faible proportion des remèdes utiles. Il n'a jamais non plus été considéré comme une vérité établie que l'efficacité de ces quelques remèdes était en rapport avec leur pouvoir de produire des symptômes plus ou moins semblables à ceux qu'ils guérissaient.

Tel était l'état des opinions lorsque Hahnemann avança la proposition selon laquelle tous les cas de traitements réussis trouvés dans les ouvrages de tous les auteurs médicaux précédents devaient être attribués uniquement à l'application du principe homéopathique, qui avait permis la guérison, sans que les médecins ne sachent que tel était le véritable secret. Et aussi étrange que cela puisse paraître, il a pu donner un tel degré de plausibilité à cette affirmation, que toute personne ne connaissant pas un peu la littérature médicale, ou plutôt, devrais-je dire, pas vraiment familière avec la valeur relative des preuves médicales, selon les sources d'où elles proviennent, serait quasiment forcé à croire, effrayé face à des pages et des pages de noms latins convoqués comme témoins.

Il a été jusqu'ici d'usage, en examinant les écrits des auteurs des âges précédents sur des sujets sur lesquels ils étaient moins éclairés que nous et qu'ils étaient très susceptibles de déformer, d'exercer un peu de discrétion ; de discriminer dans une certaine mesure, entre les écrivains qui méritent la confiance et ceux qui n'y ont pas droit. Mais Hahnemann ne montre pas la moindre apparence d'une telle délicatesse. Une grande majorité des auteurs anciens qu'il cite sont totalement inconnus de la science. Je connais certains d'entre eux depuis longtemps et je sais que leurs récits sur les maladies ne sont pas plus dignes de confiance que leurs histoires contemporaines d'Ambroise Paré sur les sirènes mâles, et autres absurdités similaires. Mais si mon jugement est rejeté comme étant partial, je peux me référer à Cullen, qui a mentionné trois des auteurs de Hahnemann dans une phrase, comme étant "pas nécessairement de mauvaises autorités ; mais certainement telles lorsqu'elles ont mentionné des événements très improbables" ; et comme cela a été dit il y a plus d'un demi-siècle, il ne pouvait y avoir aucune référence à Hahnemann. Mais bien que l'on ne puisse voir dans ses citations le moindre signe de discrimination - bien que pour lui une poignée de paille de Schenck soit l'équivalent d'une mesure de blé de Morgagni - il y a une formidable démonstration d'autorité, et une preuve abondante des recherches ingénieuses que l'on trouve dans chacune des grandes œuvres de Hahnemann que je connais.

Le Dr Leo-Wolf affirme que le professeur Joerg, de Leipsig, a prouvé que de nombreuses citations de Hahnemann provenant d'anciens auteurs étaient falsifiées et mensongères. Je n'ai aucun moyen de déterminer les cas particuliers qu'il a signalés. Il est probablement impossible de trouver de ce côté-ci de l'Atlantique, et même dans la plupart des bibliothèques publiques d'Europe, autre chose qu'une petite fraction des innombrables publications obscures que la négligence des épiciers et des malletiers a épargné au génie dévorant de l'homéopathie. Je me suis efforcé de vérifier ces passages dans la limite des moyens de ma propre bibliothèque. Pour certains, j'ai cherché en vain, faute, comme je veux bien le croire, de références plus exactes. Mais je suis en mesure d'affirmer que, parmi le très petit nombre de références que j'ai pu retracer jusqu'à leurs auteurs originaux, j'en ai trouvé deux qui ont été mal citées, l'une d'entre elles étant une déformation grossière.

La première provient de l'ancien auteur Romain Caelius Aurelianus; la seconde du vénérable folio de Forestus. Hahneman utilise les expressions suivantes - s'il n'est pas mal traduit dans la version anglaise de l'Organon : "Asclepiades soigna en une occasion une inflammation du cerveau en administrant une petite quantité de vin". Après correction de la référence erronée du traducteur, je ne peux trouver aucun cas y faisant allusion dans le chapitre. Par contre, Caelius Aurelianus mentionne deux modes de traitement utilisés par Asclépiades où il fit usage de vin, en soulignant combien ils étaient irrationnels et dangereux [Caelius Aurel De Morb. Acut. et Chron. lib. 1. cap. xv, not xvi. Amsterdam. Wetstein, 1755].

En parlant de l'huile d'anis, Hahnemann dit que Forestus a observé de violentes coliques causées suite à son administration. Mais, comme le raconte l'auteur, un jeune homme avait pris, sur les conseils d'un chirurgien, un médicament âcre et virulent, dont le nom n'est pas donné, ce qui a provoqué une crise de cruelles douleurs abdominales et de coliques. On fit alors appel à un autre chirurgien qui lui donna de l'huile d'anis et du vin, ce qui augmenta ses souffrances [Observ. et Curat. Med. lib. XXI. obs. xiii. Frankfort, 1614]. Or, si c'était là le remède homéopathique, comme le prétend Hahnemann, on peut se demander pourquoi le jeune homme n'en fut pas guéri. La question la plus grave, cependant, est pourquoi un homme qui a la perspicacité et l'intelligence nécessaires pour aller si loin dans la recherche de ses faits, devrait penser qu'il est correct de les traiter avec une négligence aussi étonnante ou de se montrer si économe avec la vérité.

Même si tous les mots qu'il avait prétendu prendre de ses anciennes autorités se trouvaient en eux, même si l'autorité de chacun de ces auteurs était incontestable, le laxisme avec lequel ils sont utilisés pour prouver ce que Hahnemann choisit dépasse les limites de la crédibilité. Permettez-moi de donner un exemple pour illustrer le caractère de l'esprit de cet homme. Hahnemann affirme, dans une note annexée au 110e paragraphe de l'Organon, que l'odeur de la rose provoque l'évanouissement de certaines personnes. Et il dit dans le texte que les substances qui produisent des effets particuliers de cette nature sur des constitutions particulières guérissent les mêmes symptômes chez les gens en général. Puis dans une autre note au même paragraphe, il cite le fait suivant d'une des dernières sources que l'on aurait recherchées pour des informations médicales, les historiens byzantins.

"C'est par ces moyens" (c'est-à-dire homéopathiques) "que la Princesse Eudosia avec de l'eau de rose a rétabli une personne qui s'était évanouie !"

Est-il vraisemblable qu'un homme coupable d'une telle sottise pédante, un homme qui peut voir une confirmation de sa doctrine dans une telle guérison, une guérison qui se produit tous les jours - grâce à un souffle d'air, une goutte ou deux d'eau, en dénouant les rubans d'un bonnet, en relâchant les liens d'un corset - et qui ne peut guère manquer de se produire quoi qu'on fasse, est-il possible qu'un homme, dont non pas une ici ou là, mais des centaines et des centaines de pages sont entachées de telles banalités, soit le Newton, le Colomb, le Harvey du XIXe siècle !

Il emploie le procédé de démonstration suivant. Un certain nombre de drogues est testé sur une ou plusieurs personnes en bonne santé. Tout ce qui arrive durant un certain nombre de jours ou de semaines est, comme nous l'avons vu, consigné en tant qu'effet du remède. De vieux ouvrages sont alors voracement compulsés et les moindres sensations morbides ou changements que quiconque a à un quelconque moment associé à la substance en question sont ajoutées à la liste des symptômes. Grâce à l'une ou aux deux méthodes précitées, on peut attribuer à chacune des soixante-quatre substances énumérées par Hahnemann la production un très grand nombre de symptômes, le plus réduit à cette échelle étant quatre-vingt-dix-sept, le plus étendu quatorze cent quatre-vingt-onze. Et après avoir dressé cette liste concernant tout médicament, un catalogue qui, comme vous pouvez l'observer dans tout manuel d'homéopathie, contient divers symptômes appartenant à chaque organe du corps, quoi de plus facile que de trouver dans chaque auteur médical de prétendus remèdes qui peuvent être immédiatement attribués au principe homéopathique ; plus encore si la tombe de la crédulité éteinte est appelée à transformer ses ossements en témoins vivants ; et pire encore, si les monuments du passé doivent être mutilés en faveur de "la seule loi de la Nature en thérapeutique" ?

On a fait grand usage de quelques faits familiers comme porte d'entrée pour la doctrine homéopathique. On a si longtemps toléré qu'ils se faufilent qu'il est temps qu'ils soient épinglés au comptoir, une petite opération que je vais entreprendre, en toute gaieté, de réaliser pour eux.

Le premier est une illustration supposée de la loi homéopathique qui se trouve dans le précepte donné pour le traitement des membres gelés, par frottement avec de la neige ou par des moyens similaires. Mais nous nous trompons sur les noms, si nous supposons que la partie gelée est traitée par le froid, et non par la chaleur. La neige peut même être en réalité plus chaude que le membre auquel elle est appliquée. Et même si elle était à la même température lors de son application, elle n'a jamais fait et ne pourrait jamais faire le moindre bien à un membre gelé, sauf comme mode de régulation de l'application de quoi ? De chaleur. Mais cette chaleur doit être appliquée graduellement, tout comme la nourriture doit être donnée un peu à la fois à ceux qui périssent de faim. Si le patient était amené dans une pièce chaude, la chaleur serait appliquée très rapidement, si l'on n'interposait pas quelque chose pour l'empêcher et permettre son admission graduelle. La neige ou l'eau glacée est exactement ce que l'on veut ; elle n'est pas froide pour le membre; elle est au contraire très probablement chaude, au contraire, car ces notions sont relatives, et si elle ne fond pas et pour laisser entrer la chaleur, ou si on ne la retire pas, le membre restera gelé jusqu'au jour du Jugement dernier. Or le traitement d'un membre gelé par la chaleur, en grande ou petite quantité, n'est pas de l'homéopathie.

La prochaine illustration supposée de la loi homéopathique est le prétendu traitement réussi des brûlures par une exposition au feu. Il s'agit d'une méthode populaire pour traiter des brûlures trop peu importantes pour nécessiter un remède plus efficace et qui se rétablissent inévitablement d'elles-mêmes, sans qu'on ait à s'en préoccuper de trop. Elle produit une douleur très aiguë dans la partie affectée, suivie d'une certaine perte de sensibilité, comme cela se produit avec l'œil exposé à une forte lumière, et l'oreille ayant été soumise à des sons très intenses. C'est tout ce qu'elle est capable de faire, et toute autre notion de son efficacité doit être attribuée au simple amour vulgaire du paradoxe. Si cet exemple apporte un réconfort à l'homéopathe, il semble aussi cruel de l'en priver que de convaincre la maîtresse du fumoir ou du fer plat que le feu ne "tire pas le feu" littéralement, ce qui est son hypothèse.

Hélas, s'il était vrai que les engelures étaient guéries par le froid et les brûlures par la chaleur, cela s'avérerait une subversion, au train où vont les choses, du grand principe de l'homéopathie. Vous vous remémorerez bien entendu que ce principe est que "le similaire soigne le similaire" et non que "le même soigne le même"; qu'il y a ressemblance et non identité entre les symptômes de la maladie et ceux produits par la substance qui les soigne, et personne n'a été plus zélé que les homéopathes eux-mêmes dans la défense de cette distinction. Car si le même soigne le même, alors chaque poison doit être son propre antidote, ce qui n'est ni une part de leur théorie ni de leur soi-disant expérience. On leur a suffisamment souvent demandé pourquoi l'arsenic ne pouvait pas soigner les dommages causés par l'arsenic, et pourquoi la cause infectieuse de la variole ne soigne pas la maladie qu'elle a causée, et ils étaient suffisamment prêts à voir la distinction que j'ai soulignée. Oh non! ce n'étaient pas les poils du même chien [7] mais ceux d'un autre chien lui ressemblant beaucoup!

Une troisième instance de preuve de la loi homéopathique est recherchée dans l'efficacité reconnue de la vaccination. Et comment la loi s'applique-t-elle à cela ? Les défenseurs de l'homéopathie admettent qu'il y a une ressemblance entre les effets du virus vaccinal sur une personne en bonne santé et les symptômes de la variole. Donc, selon la règle, le virus vaccinal va guérir la variole, ce qui, comme tout le monde le sait, est tout à fait faux. Mais il prévient la variole, disent les homéopathes. Oui, et la variole s'empêche de se reproduire, et on connaît aussi bien le principe de l'une que de l'autre. Car ce n'est là qu'un fait parmi d'autres que nous ne pouvons absolument pas expliquer. La variole, la rougeole, la scarlatine, la coqueluche, protègent ceux qui les ont eues une fois contre les attaques futures ; mais l'urticaire, le catarrhe et la fièvre pulmonaire, qui sont toutes aussi homéopathiques les uns que les autres, n'ont pas un tel pouvoir de protection. Nous sommes obligés d'accepter ce fait, inexpliqué, et nous ne pouvons pas faire plus pour la vaccination que pour le reste.

J'en arrive au point le plus directement pratique lié au sujet, à savoir...

De quelles preuves disposons-nous au sujet de l'efficacité du traitement homéopathique, appliqué selon les règles, dans la guérison des maladies ?

Le traitement adopté par les homéopathes s'est résumé quasi universellement à l'administration de doses infinitésimales, et la question de leur efficacité est ouverte, en commun avec celle de la vérité de leur axiome fondamental, lorsque les deux sont testés en pratique.

Nous devons puiser les faits concernant le fonctionnement réel de l'homéopathie à trois sources.

1. Les déclarations du public non professionnel.

2. Les affirmations des praticiens de l'homéopathie.

3. Les résultats des essais réalisés par des médecins compétents et honnêtes, sans liens avec le système.

Je pense qu'après ce que l'on a vu des faits médicaux tels que représentés par des personnes incompétentes, nous ne sommes disposés à attribuer que bien peu de valeur à toutes les déclarations de cures miraculeuses venant de ceux qui n'ont jamais eu pour accoutumée d'observer les caprices des maladies et n'ont pas tempéré leurs enthousiasmes de jeunesse au moyen d'une habitude de tranquille observation. Ceux qui ne connaissent rien de la progression naturelle d'une maladie, de sa durée ordinaire, des ses différentes issues ou de ses propensions aux complications accidentelles, des signes qui marquent sa bénignité ou sa sévérité, de ce qui en est attendu lorsque laissée à elle-même, de l'importance ou de l'insignifiance des effets que l'on peut attendre des remèdes ; on ne peut attendre de ceux qui ignorent tout ou presque de toutes ces choses et s'excitent facilement face à la bienveillance, la sympathie ou le zèle envers les dernières découvertes médicales, qu'ils s'avèrent bons juges de faits qui ont induit en erreur tant de gens sagaces dont l'existence a été consacrée à leur étude et leur observation quotidiennes.

Je crois qu'après avoir dressé le portrait du défunt Perkinisme, avec ses cinq mille remèdes imprimés et ses millions et demi de remèdes calculés, ses miracles ont fait le tour de l'Amérique, du Danemark et de l'Angleterre ; après avoir raconté qu'il y a quarante ans, les femmes portaient les "tracteurs" dans leurs poches et que les ouvriers ne pouvaient pas les produire assez rapidement pour satisfaire la demande du public ; et vous montrer ensuite, comme une curiosité, un seul de ces instruments, un étrange instrument d'une paire, que je n'ai obtenu que par un heureux hasard, tant le souvenir de toutes leurs faramineuses réalisations est perdu ; je crois, après tout cela, qu'il n'est pas nécessaire de perdre du temps à montrer que l'exactitude médicale n'est pas à rechercher dans les florissants rapports des associations bienveillantes, les affirmations d'illustres mécènes, les effusions laxistes des journaux quotidiens, ou les commérages effervescents autour d'une tasse de thé.

Le Dr Hering, dont le nom est quelque peu familier aux champions de l'homéopathie, a dit que "le nouvel art de la guérison ne doit pas être jugé en fonction de son succès dans des cas isolés seulement, mais en fonction de son succès en général, de sa vérité intrinsèque et de la nature incontestable de ses principes de base".

Nous avons vu quelque chose de "la nature incontestable de ses principes de base", et il semble probable, dans l'ensemble, que son succès en général soit constitué de son succès dans des cas isolés. On a cependant tenté de compléter le tout par des documents statistiques de grande envergure, destinés à prouver son succès supérieur à la pratique courante.

Ceux qui ont eu la chance de consulter le Homoeopathic Examiner savent bien que ce journal a commencé, dans son premier numéro, par un grand étalage de tout ce que la doctrine nouvellement importée avait à montrer à son avantage. On y souligne, à la vingt-troisième page de cet article, que "la comparaison des taux de mortalité parmi un nombre égal de malades, traités par diverses méthodes, est une très pauvre et boiteuse manière d'obtenir des conclusions touchant les principes de l'art de guérir". En confirmation de quoi, l'auteur s'appuie sur la vingt-cinquième page pour prouver la supériorité du traitement homéopathique du choléra, précisément au moyen de ces mêmes tables de mortalité. Or, tout médecin intelligent sait que le poison du choléra diffère fortement dans son activité selon les époques et les lieux, et qu'il est donc pratiquement impossible de se faire une opinion sur les résultats du traitement, à moins de prendre toutes les précautions nécessaires pour garantir des conditions aussi identiques que possible chez les patients traités, et rien n'est certain même dans ce cas-là. Il est donc évident qu'un amiral russe du nom de Mordvinow, appuyé par un certain nombre de soi-disant médecins exerçant dans des villages russes, est particulièrement compétent pour régler toute la question de l'utilité de tel ou tel traitement ; pour prouver que, si pas plus de huit et demi pour cent des personnes atteintes de la maladie ont péri, le reste devait leur immunité à Hahnemann. Je me souviens de l'époque où plus de cent patients d'une institution publique ont été atteints de ce que, je n'en doute pas, beaucoup de médecins homéopathes (sans parler des amiraux homéopathes) auraient appelé le choléra, et aucun d'entre eux n'est mort, bien que traités de la manière conventionnelle, et je suis fermement convaincu que, si un tel résultat avait suivi l'administration des globules omnipotents, il aurait été dans la bouche de tous les adeptes en Europe, de Quin de Londres à Spohr de Gandersheim. Pas plus tard qu'hier, un des journaux les plus largement diffusés de cette ville a publié une affirmation selon laquelle la mortalité dans plusieurs hôpitaux homéopathiques n'était pas tout à fait de cinq sur cent, alors que, dans ce que l'auteur appelle les Hôpitaux Allopathiques, elle serait de onze sur cent. Un honnête homme devrait avoir honte d'un tel argumentum ad ignorandam. La mortalité d'un hôpital ne dépend pas seulement du traitement des malades, mais de la classe de maladies qu'il reçoit habituellement à l'endroit où il se trouve, de la saison et de beaucoup d'autres circonstances. Par exemple, beaucoup d'hôpitaux dans les grandes villes d'Europe ne rencontrent que peu de maladies potentiellement létales, alors que d'autres se voient chargés d'une accumulation de maladies dangereuses dans des proportions hors du commun. Ainsi, dans les salles de Louis, à l'hôpital de la Pitié, un grand nombre de patients en phase terminale de consomption (tuberculose) se présentent constamment, ce qui gonfle [les chiffres de] la mortalité de cet hôpital. La cause en est sa réputation de porter une attention particulière aux maladies de la poitrine, ce qui incite les patients en souffrant au point d'incurabilité à s'y présenter si constamment. Alléguer la supériorité du traitement d'un hôpital ou d'un médecin sur celui des autres en prétendant que le fait brut d'une moindre mortalité la démontre est toujours un misérable appel à l'absence de réflexion du profane. Tout bien considéré, il faut toujours s'attendre à ce que les institutions et les individus qui jouissent au plus haut degré de la confiance de la collectivité perdent la plus grande partie de leurs patients, pour la simple raison qu'ils seront naturellement fréquentés par ceux qui souffrent des maladies les plus graves ; que beaucoup, qui se savent condamnés, choisiront de mourir sous leurs soins ou leur abri, tandis que les sujets atteints de maladies insignifiantes et de simples symptômes gênants, se satisfont dans une certaine mesure des soins offerts par les praticiens à la mode. Par conséquent, lorsque le Dr Muhlenbein, comme il l'a déclaré dans l'Homoeopathic Examiner et comme il l'a cité dans le Daily Advertiser d'hier, affirme que le taux de mortalité chez ses patients n'est que de un pour cent depuis qu'il pratique l'homéopathie, alors qu'il était de six pour cent lorsqu'il employait le mode de pratique courant, m'a convaincu de par ses propres paroles que les citoyens du Nouveau-Brunswick, lorsqu'ils sont gravement malades, prennent bien soin de ne pas consulter le Dr Muhlenbein !

Il m'est bien entendu impossible, dans le cadre d'une simple conférence, d'examiner en détail les très nombreux cas recensés dans les traités et journaux homéopathiques. Ayant pris l'habitude de recevoir l'édition française des "Archives de la Médecine Homéopathique" jusqu'à la disparition prématurée de ce journal, j'ai pu me familiariser quelque peu avec le style de ces documents et expérimenter le degré de conviction qu'ils étaient supposer produire. Quoique je ne souhaite pas que l'on porte trop de valeur à mon opinion, quelle qu'elle soit, je considère que vous avez le droit de l'entendre. Or donc, au vu du caractère général des cas recensés par les médecins homéopathes, la plus grande partie serait considérée comme indigne d'être publiée dans un quelconque périodique anglais, français ou américain de qualité si, au lieu de favoriser la doctrine qu'ils sont supposés soutenir, ils étaient avancés comme preuve de l'efficacité de n'importe quel remède usuel administré par n'importe quel praticien ordinaire. Il y a des exceptions occasionnelles à cette critique ; mais sa vérité générale est contingente au fait que ces cas sont toujours, ou presque toujours, écrits dans le seul but de démontrer l'efficacité du médicament utilisé, ou l'habileté du praticien, et il est reconnu comme règle générale que de tels cas sont rarement dignes de confiance. Pourtant, pris individuellement, ils peuvent paraître convaincants à ceux qui ne sont pas pleinement conscients des défauts des preuves médicales. Permettez-moi de citer un cas à titre d'exemple. Personne ne doute que certains patients se rétablissent, quels que soient les modes de traitement. Tout le monde est probablement prêt à admettre qu'une grande majorité, par exemple, quatre-vingt-dix sur cent, des patients que voit un médecin dans sa pratique quotidienne, se remettraient tôt ou tard, avec plus ou moins de difficulté, à condition que rien ne vienne entraver sérieusement les efforts de la nature.

Supposons donc un médecin ayant cent patients, qui prescrit à chacun des pilules composées d'une substance totalement inerte, de l'amidon par exemple. Quatre-vingt-dix d'entre eux se remettent, ou s'il choisit un tel langage, il guérit quatre-vingt-dix d'entre eux. Il est évident, selon la doctrine du hasard, qu'existe un nombre considérable de coïncidences entre le soulagement du patient et l'administration du remède. Il est fort probable que surviendront deux ou trois coïncidences vraiment notables sur ces quatre-vingt-dix cas, qui feront clairement passer le médicament pour l'agent du ce soulagement, alors qu'il n'a, comme nous l'avons assumé, rien à voir avec lui. Supposons maintenant que ce médecin publie ces cas, ne vont-ils pas donner une plausible apparence de preuve de ce qui, comme nous l'avons admis dès le début, est parfaitement faux ? Supposons qu'au lieu de pilules d'amidon, il emploie de microscopiques dragées contenant la cinq million de billionième partie d'un soupçon d'aconit ou de pulsatille, et qu'il publie ensuite ses succès, via les lèvres de plomb de la presse, ou celles vivantes de ses connaissances féminines - l'impression sera-t-elle moins erronée ? Mais c'est ainsi que dans les ouvrages et les revues homéopathiques ainsi que les commérages, on ne trouve jamais, ou presque jamais, rien d'autre que des cas de réussite, ce qui pourrait bien être une preuve de compétence supérieure, s'il n'en était pas de même pour les annonces des escrocs dont les certificats déshonorent tant de nos journaux. Combien de temps faudra-t-il à l'humanité pour apprendre que, pendant qu'elle écoute "les centaines et les unités qui pérorent et font sonner le monde" avec les prétendus triomphes dont ils ont été témoins, les "millions d'idiots" de victimes trompées et blessées paient le prix quotidien de leur confiance mal placée !

Je me désole aussi de constater que ces publications de cas montrent souvent un niveau d'ignorance du cours naturel des maladies qui, bien qu'il ne puisse pas être détecté par les lecteurs non professionnels [de la santé], donne une impression désagréable à ceux qui connaissent le sujet. Ainsi, une jeune femme affectée d'un ictère est mentionnée dans les Annales d'homéopathie clinique allemandes pour avoir été guérie en 29 jours par de la pulsatille et de la noix vomique. Rummel, un auteur bien connu de la même école, parle de guérir un cas de jaunisse en 34 jours au moyen de doses homéopathiques de pulsatille, d'aconit et de quinquina. Il n'y a pas de quoi se vanter si je me réfère à un cas dans ma propre maisonnée il y a quelques semaines, qui dura environ dix jours, ce qui est plus long que ce que j'ai à plusieurs reprises vu en pratique hospitalière.

Le Dr Munneche de Lichtenburg en Saxonie est appelé au chevet d'un patient qui s'est tordu la cheville et a été traité durant une quinzaine de façon conventionnelle. Le patient se remet alors en un peu plus d'un mois supplémentaire grâce à l'application d'arnica, et ce fait extraordinaire est publié dans les Archives de médecine homéopathique en France.

Dans le même journal, on trouve le cas d'un patient qui, selon toute évidence, ne souffre que d'un simple refroidissement, et retourne à sa boutique dès le sixième jour.

À nouveau, un cas de croup rapporté dans la Gazette homéopathique de Leipsig, dans lequel des sangsues, le débridement d'abcès, l'inhalation de vapeur chaude et un puissant médicament interne avaient été appliqués, mais le mérite attribué à une goutte de quelque fluide homéopathique, montre la façon détachée dont tout élément favorable est attribué entièrement par ces gens à leur traitement.

Je n'ai pas besoin de multiplier ces citations, qui illustrent les fondements d'une opinion que le temps ne me permet pas de justifier plus longuement ; d'autres cas de ce genre sont ouverts devant moi ; il ne manque pas de cas si l'on en voulait d'autres ; car il n'y a rien d'autre à faire que de consulter l'un des nombreux journaux d'homéopathie dont les volumes se trouvent sur les étagères des curieux en la matière.

L'homéopathie a fait l'objet de tests dans différentes parties du monde. Six d'entre eux sont mentionnés dans le Manifeste de l'Homoeopathic Examiner. Toutefois, supposer que n'importe quel examen peut réduire au silence les partisans d'une cause reviendrait à nier les enseignements du passé. Le Dr Haygarth et le Dr Alderson n'ont pas pu empêcher la vente des tracteurs-à-cinq-sous [de Perkins], même en reproduisant les mêmes "miracles" au moyen de simples morceaux de bois ou de pipes à tabac. Il faut du temps pour que la vérité fonctionne aussi bien que les globules homéopathiques. Bien des gens ont été persuadés de la nullité du traitement [homéopathique] au vu des résultats de ces tests ; ceux qui souhaitent voir le genre d'excuses et d'échappatoires supposées couvrir des résultats qui, d'après le Homoeopathic Examiner lui-même, ressemblent extrêmement à un misérable échec, peuvent consulter les fioritures de l'introduction de ce Journal. Je n'avais pas du tout l'intention de parler de ces essais procès, disposant d'abondantes autres preuves sur le sujet. Je pense néanmoins qu'il est souhaitable d'en mentionner deux en quelques mots : celui qui a été institué à Naples et celui d'Andral.

Peu de membres de la profession médicale, au cours du dernier demi-siècle, sont aussi connus dans le monde des sciences que M. Esquirol, dont la vie a été vouée au traitement de la maladie mentale et qui n'a guère eu de rival dans ce domaine de la pratique médicale. Je tire de son analyse dans la Gazette Médicale de Paris ma connaissance du rapport sur l'essai réalisé à Naples par le Dr. Panvini, médecin à l'Hospital della Pace. Ce rapport semble parfaitement crédible. Dix patients furent isolés et on ne leur permit pas de prendre un quelconque médicament - contre la volonté des médecins homéopathes. Tous guérirent et, bien entendu, chacun d'entre eux aurait été présenté comme un triomphe s'ils avaient été soumis au traitement. Six autres cas bénins (chacun d'entre eux étant détaillés) se remirent sous traitement homéopathique - aucun des effets spécifiques allégués ne s'étant manifesté. Tous les autres étaient des cas de maladies graves; et pour autant que l'essai, qui fut interrompu autour du quarantième jour, dura, l'état des patients empira ou ne s'améliora pas. Un cas sur la page en face de moi rapporte qu'un soldat souffrant d'une inflammation aiguë de la poitrine, qui prit successivement de l'aconit, de la bryone, de la noix vomique et de la pulsatille, ne vit aucun changement important dans sa maladie après trente-huit jours de traitement. Le médecin homéopathe qui traitait ces patients était M. de Horatiis, qui avait l'année précédente claironné ses merveilleuses guérisons. Et M. Esquirol affirma à l'Académie de Médecine en 1835 que ce M. de Horatiis, qui est un des éminents personnages dans le Manifesto de l'Examiner publié en 1840, avait subséquemment renoncé à l'homéopathie. Je ferai remarquer, au passage, que ce même périodique qui réfute si plaisamment les résultats de ces tests, se trompe de seulement six ans voire un peu plus quant à la période où ils furent réalisés à Naples.

M. Andral, "l'éminent et très éclairé allopathe" de l'Homoeopathic Examiner, a déclaré en mars 1835 à l'Académie de Médecine : "J'ai soumis cette doctrine à l'expérimentation ; je peux compter à ce moment de cent trente à cent quarante cas, enregistrés avec une parfaite équité, dans un grand hôpital, sous l'oeil de nombreux témoins ; pour éviter toute objection, j'ai obtenu mes remèdes de M. Guibourt, qui tient une pharmacie homéopathique, et dont la stricte exactitude est bien connue ; le régime a été scrupuleusement observé, et j'ai obtenu des soeurs attachées à l'hôpital un régime spécial, comme les ordonnances Hahnemann. On m'a cependant dit, quelques mois plus tard, que je n'avais pas été fidèle à toutes les règles de la doctrine. J'ai donc pris la peine de recommencer ; j'ai étudié la pratique des homéopathes parisiens, comme j'avais étudié leurs livres, et je me suis convaincu qu'ils traitaient leurs patients comme j'avais traité les miens, et j'affirme que j'ai été aussi rigoureusement exact dans le traitement que n'importe quelle autre personne".

Et il affirme expressément, dans la mesure où il a pu l'observer, la totale absence d'influence de tous les remèdes homéopathiques qu'il a essayés dans la modification, le progrès ou la fin des maladies. Notons qu'il a expérimenté les substances les plus vantées : quinquina, aconit, mercure, bryone, belladone. L'aconit, dit-il par exemple, a été administré dans plus de quarante cas de cet ensemble de symptômes fébriles dans lesquels, selon Hahnemann, il exerce tant de pouvoir, sans montrer dans aucun d'eux la moindre influence, le pouls et la température restant inchangés.

Ces déclarations semblent passablement honnêtes et sembleraient difficiles à réfuter, mais on leur répond calmement que "il n'en sait pas suffisamment sur la méthode pour sélectionner les remèdes avec une précision tolérable". [Homoeopathic Examiner, vol. i. p. 22.]

"Rien n'est abandonné aux caprices du médecin. (En un mot, au lieu de dépendre du hasard, qu'il existe une loi infaillible, et que le médecin doit s'en guider pour sélectionner le remède adéquat)" [ibid. dans une note dans l'article de Menzel].

Qui sont ces personnes qui pratiquent l'homéopathie et disent cela d'un homme qui a ouvert sous ses yeux la Matière médicale de Hahnemann ? Qui sont-ils, qui envoient ces mêmes globules avec lesquels il a expérimenté, accompagnés d'un petit fascicule, à des familles dont les membres sont considérés comme compétents pour les employer, alors qu'ils nient les mêmes capacités à un homme dont la vie a été passée au chevet des patients, le plus éminent enseignant de la première faculté de médecine au monde, le médecin consultant des rois de France, et un des auteurs parmi les plus renommés non seulement de son pays, mais de son temps ?

J'abandonne les chicanes au moyen desquelles ces personnes espèrent ramper afin d'échapper au poids écrasant de ces conclusions aux malheureux qui supposent que leur rétorquer équivaut à une réponse.

Le Dr Baillie, un des médecins de l'Hôtel Dieu à Paris, a invité deux praticiens homéopathes à expérimenter dans son service. Un de ceux-ci était Curie, présentement à Londres, dont les ouvrages sont sur le comptoir de certains de nos libraires, et probablement dans les mains de certains membres de mon auditoire. Ce gentleman, que le Dr Baillie considère un homme éclairé et parfaitement sincère dans ses convictions, s'est procuré ses propres médicaments auprès de la pharmacie qui fournissait Hahnemann lui-même, et les a employés durant quatre ou cinq mois sur les patients de son service [de Baillie], avec des résultats également insatisfaisants, comme il apparaît dans une déclaration du Dr Baillie lors d'un meeting de l'Académie de Médecine. Un essai similaire fut autorisé par le Professeur clinique de l'Hôtel Dieu de Lyon, montrant le même total échec.

Mais il s'agit de vieux praticiens pleins de préjugés.

Bien, prenons alors la déclaration du Dr Fleury, un très intelligent jeune médecin, qui a traité homéopathiquement plus de cinquante patients dont les maladies ne risquaient pas de pâtir pas d'un tel traitement. Il prit toutes les précautions possibles quant à leur régime de soins, veillant à écarter toute interférence et à garantir l'état de l'atmosphère, comme insistent les plus vigoureux partisans de la doctrine, mais n'observa pas le moindre effet attribuable aux médicaments.

En outre, lisez neuf des cas qu'il a publiés, comme je viens de le faire, et vous observerez combien l'aconit, la belladone et la bryone sont absolument inefficaces contre les symptômes sur lesquels ils sont censés exercer des influences si palpables, si évidentes, si étonnantes. Au vu de ces déclarations, il est impossible de nier combien il serait futile de tenter de réduire cette prétendue science au silence au moyen des résultats les plus factuels et les plus péremptoires de l'expérience. Quand bien même tous les médecins hospitaliers d'Europe et d'Amérique se consacreraient, pendant la période requise, à cette seule poursuite, et leurs résultats seraient-ils unanimes quant à la totale inutilité de tout le système dans la pratique, cette illusion fuyante leur glisserait entre les doigts sans le moindre scrupule, alors qu'ils croyaient l'avoir écrasée et réduite à néant.


3. J'ai dit que pour démontrer la vérité de la doctrine homéopathique telle que présentée par Hahnemann, il faudrait démontrer, en troisième lieu, que les remèdes ne soignent jamais les maladies si elles ne sont pas capables de produire des symptômes qui leur sont similaires. Le fardeau d'une démonstration quelque peu complète repose entièrement sur les avocats de cette doctrine et peut être laissé à leurs réflexions avancées.

Mon plan original impliquait de traiter du postulat relatif à la Psore ou démangeaison - une conception quasiment démente dont j'ai plaisir à me débarrasser, car il s'agit d'un sujet que l'on ne saurait manier sans porter de gants. Ce tracas m'est épargné, heureusement, en découvrant que bien des disciples de Hahnemann, ces disciples dont l'évangile même de la foi s'appuie sur sa parole, font fort peu de cas de son autorité sur ce point, bien qu'il dise lui-même "cela m'a coûté douze ans d'études et de recherches pour retracer la source de ce nombre incroyable d'affections chroniques, pour découvrir cette grande vérité, qui restait cachée à tous mes prédécesseurs et contemporains, pour établir les bases de sa démonstration, et trouver, dans le même temps, les remèdes curatifs nécessaires à combattre cette hydre sous toutes ses différentes formes."

Toutefois, face à tout ceci, les remarques suivantes proviennent de Wolff, à Dresde, dont les écrits, selon l'éditeur de Homoeopathic Examiner "représente les opinions d'une large majorité d'homéopathes en Europe".

"Quiconque est familier avec la littérature homéopathique ne peut ignorer que l'idée de Hahnemann d'imputer l'origine de la grande majorité des maladies chroniques à une démangeaison a rencontré la plus grande opposition des médecins homéopathes eux-mêmes." Et encore, "Si la théorie du psoriasis n'a pas conduit à un véritable schisme, c'est parce qu'elle est presque sans influence dans la pratique."

Jahr nous dit que le Dr Griesselich, "Chirurgien du Grand Duc de Bade" et homéopathe "distingué", a en fait demandé à Hahnemann la preuve que les maladies chroniques, comme l'hydropisie, par exemple, ne sont jamais dues à une autre cause que la démangeaison ; et que, selon un rapport commun, le vénérable sage était fort courroucé contre le Dr Hartmann, de Leipsig, un autre homéopathe "distingué", pour avoir soutenu qu'elles étaient certainement dues à d'autres causes.

Et le Dr Fielitz, dans le Homoeopathic: Gazette de Leipsic, après avoir dit, de façon bienveillante, que la Psore est le diable en médecine, et que les médecins sont divisés sur ce point en satanistes et en exorcistes, déclare que, selon une remarque de Hahnemann, le monde civilisé tout entier est touché par la Psore. Je dois donc décevoir tout défenseur d'Hahnemann qui m'honorerait de sa présence, en n'attaquant pas une doctrine sur laquelle certains des disciples de son credo seraient très heureux de voir ses adversaires perdre leur temps et leurs forces. Je ne me mêlerai pas de cette excroissance qui, bien que souvent utilisée en temps de paix, serait abandonnée, comme le membre d'un crustacé, au moment où il est assailli ; le temps est trop précieux, et la moisson des extravagances vivantes hoche trop lourdement la tête face à ma faucille pour que je l'émousse sur la paille et le chaume.

 

Notes:

  1. https://fr.wikipedia.org/wiki/Grain_(unité)
  2. en 1842
  3. environ 47 litres
  4. environ 3785 litres
  5. = 3,2 km
  6. https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_d%27ind%C3%A9pendance_espagnole
  7. "hair of the dog" = abbréviation de la locution "the hair of the dog that bit you", concoction alcoolique consommée le lendemain d'hier et supposée soigner la gueule de bois selon le principe "soigner le mal par le mal"

 


 

Pour aller plus loin:

Connaissez-vous l’homéopathie ?, par Thomas Durand

 

Obtenir des conseils en nutrition

Où avoir des conseils professionnels en nutrition ?

Stephen Barett, Docteur en Médecine

Si vous avez des questions concernant la nutrition, la source d’information la plus pratique serait votre médecin, un ou une diététicienne, une personne diplômée en économie ménagère, ou un département universitaire de nutrition.

Si votre médecin s'intéresse à la nutrition, il peut être un bon point de départ. Les principes de la nutrition sont ceux de la biochimie et de la physiologie humaines, cours obligatoires dans chaque faculté de médecine. Bien que de nombreuses écoles de médecine ne donnent pas toujours de cours distinct en nutrition, cela ne signifie pas que le sujet est ignoré. De nombreux enseignants en médecine préfèrent que la nutrition soit incluse dans d'autres cours au moment où elle est la plus pertinente. De plus, la plupart des facultés de médecine proposent un cours optionnel en nutrition.

La formation médicale, bien sûr, ne se termine pas le jour de la remise des diplômes. La profession médicale préconise une formation continue et les médecins peuvent approfondir leurs connaissances en nutrition en lisant des revues médicales, en discutant de cas avec des collègues et en suivant des cours. Si votre médecin ne peut pas ou ne veut pas vous fournir ce dont vous avez besoin, il peut vous recommander quelqu'un qui le fera, généralement un diététicien professionnel.

Les références en nutrition

De nombreuses universités accréditées proposent des cours de nutrition basés sur des principes scientifiques et dispensés par des instructeurs qualifiés. Un baccalauréat en nutrition nécessite quatre années d'études à temps plein qui qualifient un diplômé pour des postes de niveau d'entrée en diététique ou en restauration, souvent dans un hôpital. Une maîtrise, qui peut élargir les possibilités de carrière, nécessite deux années d'études à temps plein au-delà du premier cycle. Les personnes qui souhaitent devenir des chercheurs en nutrition poursuivent généralement un doctorat (Ph.D.) en biochimie, qui nécessite au moins deux ans d'études supplémentaires plus une thèse basée sur des recherches de laboratoire originales. Ceux qui souhaitent se concentrer sur l'enseignement ou la recherche pédagogique recherchent généralement un doctorat ou un diplôme en éducation nutritionnelle.

L'adhésion régulière à l'American Society for Nutrition - anciennement appelé l'American Institute of Nutrition et l'American Society for Nutritional Sciences - est ouverte à toute personne titulaire d'un doctorat (Ph.D., MD, DDS, DVM, D .Pharm, etc.) en nutrition ou dans un domaine connexe d'une institution accréditée ayant réalisé des travaux importants comme auteur d'une publication sur la nutrition dans une revue à comité de lecture.

Les nutritionnistes au niveau du doctorat peuvent également demander une certification. De 1984 à 2001, la certification a été délivrée par l'American Board of Nutrition à des spécialistes de la nutrition clinique (M.D. uniquement) ou des sciences de la nutrition humaine (M.D. et Ph.D.). Depuis 2001, la certification du médecin est disponible auprès de l'American Board of Physician Nutrition Specialists (ABPNS), la certification du Board nécessite le passage d'un examen complet. La plupart des nutritionnistes certifiés par le conseil sont affiliés à des écoles de médecine et des hôpitaux, où ils effectuent des recherches cliniques et proposent des consultations aux médecins de premier recours.

Les diététiciens autorisés (R.D.) sont spécialement formés pour traduire la recherche en nutrition en régimes sains et savoureux. Le diplôme RD est disponible pour les personnes qui obtiennent un baccalauréat en nutrition accrédité par l'Academy of Nutrition and Dietetics (AND) (anciennement appelée l'American Dietetic Association), effectuent un stage en diététique approuvé et réussissent un test écrit complet couvrant tous les aspects de la nutrition et la gestion des services alimentaires. Pour conserver leur diplôme, ils doivent également participer régulièrement à des programmes de formation continue approuvés. Bien que l'obtention d'un diplôme de maîtrise ou d'un doctorat soit hautement souhaitable pour les professionnels de la nutrition, il n'est pas obligatoire de devenir diététicien. Les RD les plus actifs travaillent dans les hôpitaux. En règle générale, ils conseillent les patients et dispensent des cours pour les femmes enceintes, les patients cardiaques et rénaux, les diabétiques et autres personnes ayant des besoins alimentaires particuliers. Les diététiciens sont également employés par des organismes communautaires tels que les centres de gériatrie, de garderie et de toxicomanie / alcoolisme. Certains diététiciens font des recherches. D'autres exercent en cabinet privé où ils conseillent des clients envoyés par un médecin. L'AND a également un processus de certification pour les praticiens de niveau avancé et pour les spécialistes en néphrologie, pédiatrie et médecine métabolique. Malheureusement, de nombreux membres du groupe de pratique des diététiciens en médecine intégrative et fonctionnelle (DIFM) de l'académie offrent non seulement des services très discutables, mais semblent également sortir du cadre légitime de la pratique diététique.

Le Conseil de certification des spécialistes de la nutrition (CNNS) a été fondé par l'American College of Nutrition (ACN) en 1993. Il offrait à l'origine un diplôme de spécialiste en nutrition certifié (CNS) uniquement aux professionnels titulaires d'une maîtrise ou d'un doctorat accrédités qui ont une expérience clinique et réussissent à l’examen. En 2009, elle a rompu ses liens avec ACN et est devenue une organisation indépendante à but non lucratif. En 2010, elle a ouvert son processus de certification aux personnes titulaires d'un diplôme en médecine, en odontologie, en chiropratique, en naturopathie et dans plusieurs autres disciplines de santé. Les exigences de certification du CBNS restent élevées mais inférieures à celles de l'American Board of Physician Nutrition Specialists. De plus, le niveau de rigueur avec laquelle ils enquêtent sur leurs candidats n’est pas clair du tout. De nombreux détenteurs du SNC ont des références éminentes en nutrition. Cependant, je connais au moins deux personnes qui sont devenues certifiées, même si leurs diplômes de "doctorat" provenaient d'une école par correspondance non accréditée.

La plupart des conditions pour lesquelles des conseils nutritionnels détaillés sont nécessaires demandent d'abord que soit établi un diagnostic médical. Ceux-ci peuvent être un taux de cholestérol sanguin élevé, du diabète, une allergie ou une sensibilité alimentaire sévère, une pression artérielle élevée, certains problèmes digestifs, de l'ostéoporose, une maladie rénale grave, le cancer et l'obésité. La consultation d'un expert peut également être utile pour les femmes enceintes et allaitantes, les athlètes de compétition et les individus qui ne sont pas à l’aise au sujet de la nutrition.

Références douteuses

Un certificat de nutritionniste clinique certifié (CCN) est délivré par le Conseil de certification en nutrition clinique (CNCB), une organisation fondée en 1991 pour fournir des titres de compétence aux professionnels de la nutrition qui pourraient ne pas être admissibles à devenir diététiciens ou à être certifiés par l'American Board of Nutrition. Bien que certains membres soient qualifiés et pratiquent de manière appropriée, la CNCB et son sponsor (les associations internationales et américaines de nutrition clinique) incluent des promoteurs de pratiques très douteuses parmi leurs dirigeants et membres. Bien que certains membres soient qualifiés et pratiquent de manière appropriée, le cours obligatoire de nutrition clinique du CNCB encourage l'utilisation de l'homéopathie, des tests de laboratoire douteux, de la détox, de l'herboristerie et des thérapies alternatives contre le cancer et plusieurs de ses ouvrages de référence recommandés préconisent des pratiques hautement douteuses.

L'American Health Science University offre un diplôme de nutritionniste certifié (CN) aux étudiants qui terminent son «programme d'apprentissage à distance» en six cours et passent un examen. Bien qu'agréé, il est en lien étroit avec l'industrie des aliments de santé et ne doit pas être considéré comme fiable. Son président, James R. Johnston, ne semble pas avoir de doctorat agréé.

L'American Association of Nutritional Consultants délivre une accréditation Certified Nutritional Consultant (CNC) aux personnes qui passent un test à livre ouvert. Les informations d'identification CNC doivent être considérées comme fausses.

La Society of Certified Nutritionists (SCN), établie en 1985, compte parmi ses membres des nutritionnistes cliniciens certifiés (CCN), des nutritionnistes certifiés (CN) et des consultants en nutrition certifiés (CNC). L'adhésion au SCN doit être considérée comme un signe de mauvais jugement.

Attention aux personnes non qualifiées

Parce que les titres «nutritionniste» et «consultant en nutrition» ne sont pas réglementés dans la plupart des États, ils ont été adoptés par de nombreuses personnes qui n'ont pas de titres de compétences reconnus et ne sont pas qualifiées. De plus, un petit pourcentage de praticiens agréés exercent de manière non scientifique. La meilleure façon d'éviter les mauvais conseils nutritionnels est d'identifier et d'éviter ceux qui les donnent. Je recommande d'éviter de consulter :

  • Toute personne qui dit que tout le monde a besoin de compléments alimentaires pour éviter les carences. La plupart des gens évitent les carences en se nourrissant raisonnablement.
  • Quiconque suggère que la plupart des maladies sont causées par une mauvaise nutrition. Bien que certaines maladies soient liées à l'alimentation, la plupart ne le sont pas.
  • Quiconque suggère que de fortes doses de vitamines sont efficaces contre un grand nombre de maladies et d'affections. C'est tout simplement faux.
  • Quiconque suggère l'analyse des cheveux comme base pour déterminer l'état nutritionnel du corps ou pour recommander des vitamines et des minéraux. L'analyse des cheveux n'est pas fiable à cet effet.
  • Toute personne qui affirme qu’une large variété de symptômes et de maladies sont causés par des allergies alimentaires cachées.
  • Toute personne qui utilise un test de carence en nutriments noté par ordinateur comme base pour prescrire des vitamines. Il existe des moyens plus valides d'utiliser les ordinateurs pour l'analyse alimentaire. Mais ceux utilisés pour recommander des vitamines sont programmés pour les recommander à tout le monde.
  • Tous les praticiens - licenciés ou non - qui vendent des vitamines dans leurs bureaux. Les nutritionnistes scientifiques ne vendent pas de vitamines. Les praticiens non scientifiques le font souvent - généralement avec un profit considérable.

 

Informations additionnelles

La neurotoxicité des moisissures

Neurotoxicité des moisissures : validité, fiabilité et balivernes

Dr Paul R. Lees-Haley (ABPP)

La « neurotoxicité des moisissures » est une allégation de plus en plus courante dans les contentieux en matière de dommages corporels, bien qu’elle soit manifestement absente de la pratique médicale quotidienne. L’actuelle controverse à ce sujet est davantage le fait des avocats que des désaccords scientifiques. Les lésions alléguées sont appelées lésions cérébrales, encéphalopathie toxique, déficits cognitifs, déficits neurocomportementaux, troubles neurocomportementaux, troubles neuropsychologiques et syndrome des bâtiments malsains ou maladie environnementale. Les symptômes allégués comprennent des troubles de la mémoire, des difficultés de concentration, des problèmes de langage et de raisonnement, de la fatigue mentale, de la dépression et de l’anxiété. L’an dernier, un article du Time Magazine a fait cette mise en garde : « comme une sorte de peste biblique, les moisissures toxiques se sont répandues dans les maisons, les écoles et d’autres bâtiments aux États-Unis… Les grands gagnants sont les entreprises qui se nourrissent de la frénésie des moisissures. » (Hamilton 2001)

Moisissures

La prétendue « étude » le plus souvent citée comme preuve d’une atteinte neuropsychologique due à la neurotoxicité des moisissures n’est pas en fait une étude scientifique et n’a pas fait l’objet d’un examen par les pairs au sens habituel. La méthodologie était si faible qu’elle ne sera jamais acceptée pour publication dans une revue scientifique de haute qualité et — à ce jour — elle n’a été publiée dans aucune revue scientifique, quelle qu’en soit la qualité. L’étude prétend avoir évalué les personnes exposées à la moisissure Stachybotrys chartarum, mais elle ne comprenait aucun groupe témoin ni de batterie de tests standardisés administrés à tous les participants. Aucune autre exposition toxique n’a été étudiée, même pas l’exposition à d’autres moisissures. Les participants n’ont pas tous passé les mêmes tests et l’auteur a témoigné qu’il n’avait rapporté que des données provenant de quelques tests qu’il avait choisis comme étant plus susceptibles de produire ce qu’il cherchait. Les résultats des tests neuropsychologiques des sujets étudiés étaient remarquables parce qu’ils étaient normaux et non altérés, mais les avocats et certains de leurs experts considèrent ces résultats comme des preuves de la neurotoxicité des moisissures. De plus, un examen des données utilisées dans la préparation du livre montre que l’article ne reflétait pas exactement ce qui avait été fait. Dans la seule autre étude pertinente faisant appel a des tests objectifs (étude publiée dans une revue à comité de lecture), par opposition aux rapports subjectifs, la conclusion mentionne brièvement que les cas de moisissures ont donné de meilleurs résultats dans les tests cognitifs que dans les groupes de contrôle (Hodgson et collab., 1998). Malgré tout cela, il n’existe pas de modèle cohérent de symptômes ou de résultats de tests permettant de définir un diagnostic de « neurotoxicité des moisissures ». Il n’y a pas non plus de fondement scientifique à l’allégation selon laquelle le fait de respirer des spores de moisissure ou des mycotoxines à la maison et au bureau cause une déficience neuropsychologique. Les effets neuropsychologiques de ces expositions sont inconnus. Mais de prétendus experts utilisent des arguments simplets et vides de sens, par exemple en disant qu’ils ne peuvent imaginer aucune autre raison pour laquelle une personne qui intente une action en justice pour des millions de dollars pourrait formuler des plaintes subjectives si la littérature scientifique ne réfute pas leurs spéculations. Ce sont là des arguments de « pseudo-science ».

Sudakin (1998) a constaté une augmentation des symptômes neurocomportementaux autodéclarés dans une étude de cas, mais il a averti le lecteur que l’on avait rapporté à ces personnes les effets nocifs de l’exposition à des champignons toxigènes, avant qu’elles se plaignent de signes subjectifs par la suite. Ces symptômes se sont considérablement améliorés après que les sujets ont quitté le bâtiment. Plusieurs des sujets étudiés par Sudakin ont reçu une indemnité.

Établir une preuve sans démonstration

Comme leur méthode est dépourvue de preuves objectives montrant que l’inhalation de moisissures ou de mycotoxines cause des lésions cérébrales, les experts en matière de « moisissures toxiques » se fient beaucoup sur des rapports subjectifs de symptômes et sur des tests qui sont affectés par les biais de réponse inhérents aux contentieux. Leur approche est problématique pour au moins trois raisons :

  • Comme nous l’avons mentionné plus haut, il n’existe aucun ensemble de plaintes constituant un syndrome neuropsychologique ou psychologique ou un trouble mental diagnostiquable associé à l’inhalation de mycotoxines ou à l’inhalation de spores de moisissures.
  • Les experts en matière de litiges ignorent l’abondance croissante de la recherche qui démontre que les patients procéduriers se comportent, de façon importante, différemment des autres personnes, ce qui affecte directement les examens d’experts sur l’état du patient. Les plaignants déclarent souvent leurs antécédents prélésionnels en des termes inhabituellement bénins et écartent à un degré invraisemblable d’autres explications à leurs plaintes, par exemple les facteurs importants de stress dans leur vie. Ils répondent plus fréquemment à des tests neuropsychologiques dans une plage anormale, même si personne ne prétend qu’ils ont des lésions cérébrales — ni leurs avocats, ni leurs médecins, ni les plaignants eux-mêmes. En d’autres termes, les artéfacts associés aux contentieux ont une incidence sur les résultats des tests neuropsychologiques. Les plaignants qui présentent des réclamations pour lésions cérébrales légères réagissent souvent aux tests psychologiques d’une manière plus altérée que les personnes ayant une lésion cérébrale grave attestée.
  • Les résultats des tests sont affectés par les biais résultant des litiges et ne reflètent pas véritablement l’ampleur du préjudice. Il est de plus en plus évident que les avocats et autres défenseurs associés à des actions en justice influencent suffisamment les preuves psychologiques et neuropsychologiques pour entraîner des résultats trompeurs et erronés.
  • Parmi les personnes étudiées, l’effort fourni par le patient pendant les tests neuropsychologiques a un effet plus important sur les résultats des tests que l’intensité de la lésion, même en incluant les lésions cérébrales graves (voir par exemple Green et collab., 2001).

Des personnes vraiment perturbées se sont retrouvées, parfois à leur désavantage, engagées dans ces affaires. Par exemple, les individus ayant des troubles somatoformes et des personnalités histrioniques ont tendance à être influençables et donc vulnérables aux zélotes et aux défenseurs qui leur disent qu’ils sont atteints de lésions cérébrales et condamnés à subir des déficits permanents causés par leur environnement toxique. La plupart d’entre nous ignorent plus ou moins, ou remarquent et écartent les banals « symptômes de la vie » comme les douleurs passagères, la capacité variable de concentration, la fatigue temporaire, le stress ou l’incapacité de se rappeler toutes sortes d’informations comme un mot ou un nom ou l’endroit où nous avons laissé quelque chose. Cependant, lorsqu’un professionnel de la santé affirme qu’il s’agit de symptômes de neurotoxicité des moisissures, une personne crédule peut porter davantage attention à ces manifestations, s’alarmer et s’engager dans un cercle vicieux de surinterprétation de symptômes bénins, d’anxiété et voir se multiplier les symptômes causés par cette anxiété et devenir encore plus inquiète, parfois au point d’en devenir pratiquement obsédée. Ces ressentis étant plus perceptibles et plus fréquents ces derniers temps, il est facile de conclure, cqu'ils doivent avoir été causés par l’exposition aux moisissures.

Bien que la plupart d’entre nous ne pensent pas actuellement souffrir des effets d’une lésion cérébrale légère due à la moisissure ou à autre chose, les études empiriques ont montré à plusieurs reprises que des taux étonnamment élevés de symptômes de lésions cérébrales légères et des symptômes psychologiques sont courants dans la population adulte ainsi que chez les étudiants et les patients médicaux (par exemple, voir Dunn, Lees-Haley, Brown, Williams et English, 1995 ; Gouvier, Cubic, Jones, Brantley et Cutlip, 1992 ; Gouvier, Uddo-Crane et Brown, 1988 ; Fox, Lees-Haley, Earnest et Dolezal-Wood 1995a, 1995b ; Lees-Haley et Brown, 1993). De même, les études de prévalence montrent que les taux de maladies psychiatriques sont « plus élevés qu’on ne le pensait auparavant » (Kessler, McGonagle, Zhao, Nelson, Hughes, Eshleman, Wittchen, & Kendler, 1994, p. 8 ; voir aussi Regier, Boyd, Burke, Rae, Myers, Kramer, Robins, George, Karno et Locke, 1988 ; et Robins, Helzer, Weissman, Orvascel, Gruenberg, Burke et Regier, 1984). Ainsi, lorsque quelqu’un porte attention sur une recherche pour une psychopathologie, elle n’est pas difficile à trouver et elle est plus répandue que beaucoup de gens n’imaginent. Le recours à des procédures diagnostiques dans une population aléatoire ou sans contentieux conduit à la détection de faux positifs et à une affection réelle qui était silencieuse avant le test, de sorte qu’il n’est pas surprenant que le test d’un groupe de plaignants mène à la découverte d’un préjudice apparent, qu’il existe ou non. La personne moyenne sans antécédents de lésion cérébrale obtiendra des scores anormaux à plusieurs des tests d’une batterie de tests neuropsychologiques détaillés. Mais certains experts ignorent ces « taux de référence d’anomalie » et surinterprètent ces résultats comme une indication d’encéphalopathie toxique.

Enseigner aux témoins oculaires à voir des phénomènes invisibles

Dans des contextes ambigus tels que des arguments juridiques controversés sur notre connaissance de la neurotoxicité des moisissures, les influences psychologiques prennent une importance croissante dans la perception de ce qu’est la réalité. L’information diffusée par les médias, les politiciens, les militants, les parties au litige, les experts et les avocats peut provoquer d’importantes réactions émotionnelles chez les personnes touchées. Une allégation peut être fausse, mais elle peut causer une réelle inquiétude et une authentique détresse émotionnelle à des personnes naïves si des allégations trompeuses sont prises au sérieux.

Comme antidote à un plaidoyer sans fondement, il est crucial d’intégrer de bonnes données scientifiques dans les arguments sur la neurotoxicité des moisissures. Les parties intéressées encouragent la spéculation et font, d’une manière si catégorique, des allégations sans fondement, que nous sommes tentés de les croire pour des raisons illusoires. Les avocats et les cliniciens qui ne peuvent pas attendre les faits s’appuient en grande partie sur des techniques de propagande et d’influence sociale telles que :

  • Preuve sociale : Si un avocat donne l’impression que plusieurs personnes crédibles sont arrivées à la conclusion que la moisissure leur avait causé des lésions cérébrales, on a une tendance humaine naturelle à être d’accord et à insinuer que vous manquez en quelque sorte de crédibilité si vous n’êtes pas d’accord. Trouver quelques personnes qui croient à une proposition et les encourager, de façon répétée, à en parler publiquement va donner l’impression qu’il y a beaucoup de gens qui viennent de découvrir quelque chose de réel.
  • Affirmations répétées : Le simple fait de répéter votre affirmation encore et encore donne l’impression qu’elle est vraie. Car après tout, comme on sait tous, là où il y a de la fumée, il y doit y avoir du feu.
  • Appels à l’autorité : plus de gens seront convaincus si une ou plusieurs des personnes qui affirment une croyance font autorité, p. ex. un expert ou une personnalité de la société civile. Parfois, les politiciens se laissent convaincre de partager une rhétorique non fondée, mais avantageuse politiquement. Si nous aimons l’origine d’une opinion, nous avons plus de chances de croire ce qui est dit. Donc, si un acteur populaire, une figure médiatique, un politicien ou un héros local se joignent au processus, nous serons plus nombreux à approuver cette perception de la réalité.
  • Exemples frappants : plus que des exemples quantitatifs ennuyeux, mais plus rigoureux, les études de cas dramatiques influencent souvent notre jugement. Présenter de manière à faire peur, une image en plan rapproché de la moisissure noire, peut amener l’observateur à conclure que ce qui a l’air si sinistre doit causer le tort allégué.

En réponse aux critiques récentes de la pseudo-science, les arguments antiscientifiques sont en progression. Les militants nous disent : « Nous ne pouvons attendre la science. Nous devons agir maintenant » et « les scientifiques ne veulent pas que nous agissions ! Combien de personnes doivent mourir avant que les accusés fassent ce qui est juste ? » Ironiquement, l’un de ces critiques a déclaré : « Nous ne pouvons pas attendre la science, nous devons agir sur la base de preuves ! » Certes, nous prenons la plupart de nos décisions dans la vie sans d’abord mener une étude scientifique. Cependant, l’allégation selon laquelle les spores de moisissure qui nous entourent tous les jours causent des lésions cérébrales est une question factuelle à laquelle on ne peut répondre qu’en examinant les données et non par des réactions émotionnelles basées sur la spéculation, le sensationnalisme et les insinuations.

Différences entre plaignants et patients sans demande de réparation

Les patients qui intentent un procès rapportent des symptômes plus intenses, plus fréquents et plus persistants que les patients qui ne sont pas en contentieux. Par exemple, un certain nombre d’études prospectives ont montré que les personnes qui souffrent d’une lésion cérébrale légère, mais en dehors de litige se remettent généralement de leurs symptômes en quelques mois. (Barth, Alves, Ryan, Macciocchi, Rimel, Jane et Nelson, 1989 ; Dikmen, Ross, Machammer et Temkin, 1995 ; Dikmen, McLean et Temkin, 1986 ; Gronwall et Wrightson, 1974 ; Hugenholtz, Stuss, Stethem et Richard, 1988 ; Levin, Mattis, Ruff, Eisenberg, Marshall, Tabaddor, High et Frankowski, 1987). Cependant, le rétablissement des patients en litige n’est généralement pas conforme aux attentes, car les plaintes comme les pertes de mémoire, les maux de tête, les étourdissements, les difficultés de concentration, la vision trouble, la photophobie, les bourdonnements d’oreilles, l’irritabilité, la fatigue, l’anxiété et la dépression (Organisation mondiale de la Santé, 1978) continuent longtemps après la disparition normale de ces symptômes (Binder, Rohling, & Larrabee, 1997). De nombreuses études empiriques ont décrit des écarts entre les patients en litige et ceux qui sans demande d’indemnisation (voir, par exemple, Berry, Wetter et Youngjohn, 1995 ; Levin et collab., 1987 ; Youngjohn, Davis et Wolf, 1997). Fee et Rutherford (1988) ont comparé la fréquence des symptômes signalés chez les patients atteints d’un traumatisme crânien léger, en contentieux ou non. Après avoir estimé la gravité de la blessure initiale, les taux de signalement ont été évalués pour divers symptômes, dont les maux de tête, l’anxiété, l’irritabilité, les étourdissements, la dépression et l’insomnie. Lors du suivi, les patients portant contentieux ont signalé presque deux fois plus de symptômes que les autres patients.

Entre plaideurs et non-plaideurs, les différences des symptômes rapportés ont été établies pour les atteintes psychologiques autant que neuropsychologiques; les patients demandant une indemnisation ont déclaré des symptômes psychologiques plus durables que les patients sans demande d’indemnisation avec des atteintes similaires. Par exemple, Frueh, Smith, et Barker (1996) ont constaté que les anciens combattants cherchant à obtenir une invalidité liée au service pour syndrome de stress post-traumatique (SSPT) avaient des scores pathologiques nettement plus élevés sur un large éventail de diagnostics psychologiques et sur les échelles de validité MMPI-2 par rapport aux anciens combattants présentant le même tableau de SSPT sans demande d’indemnisation. Pope, Butcher et Seelen (1993) ont constaté que les profils MMPI des patients dont l’évaluation de l’invalidité était en attente montraient davantage d’exagération et de troubles. Leurs recherches ont également indiqué que les personnes qui sont réellement handicapées, mais qui n’attendent pas de décision sur leur handicap ont tendance à produire des profils MMPI avec des résultats normaux. La demande d’indemnisation des patients a été citée comme l’un des obstacles les plus sérieux à la réussite du traitement du SSPT dans le système d’évaluation VA des anciens combattants (Richman, Frueh, & Libert, 1994). Campbell et Tueth (1997) ont rapporté que le système d’indemnisation crée un effet dissuasif sur le désir de guérir et ont noté que « Compenser en payant les individus pour la douleur et l’invalidité, en particulier à long terme, peut avoir de nombreuses conséquences négatives et, en fin de compte, peut desservir le patient » (p. 42).

Les professionnels de santé ont noté des différences fondamentales entre les patients en contentieux et ceux qui ne le sont pas, et « se méfient de plus en plus de l’authenticité des symptômes présentés par les plaignants en raison de la grande disparité qui existe souvent entre les plaintes subjectives et les conclusions objectives » (Weissman, 1990, p.71). Les patients qui demandent une compensation financière peuvent se voir refuser un traitement parce que leur cas est perçu comme étant contre-indiqué aux soins de psychothérapie et de réadaptation. Dans un contexte de litige ou de demande similaire d’indemnisation où les motivations, telles qu’un règlement, peuvent l’emporter sur l’amélioration, le traitement peut être reporté ou même réclamé à des fins juridiques.

Des recherches récentes suggèrent non seulement que les patients en litige rapportent des symptômes plus intenses et de durée plus longue que les patients qui ne le sont pas, mais aussi que les patients en litige ont tendance à se rappeler que le fonctionnement psychologique et neuropsychologique antérieur aux blessures est supérieur à celui des patients sans contentieux (Lees-Haley, Williams et English, 1996 ; Lees-Haley, Williams, Zasler, Margulies, English et Stevens, 1997). Par exemple, Lees-Haley et collab. (1997) ont demandé aux deux groupes de se rappeler à quel point certains symptômes, comportements et aspects de la vie étaient problématiques dans le passé. Les patients qui cherchaient à obtenir une compensation se souvenaient de moins de problèmes de concentration, de mémoire, de fatigue, de dépression, d’anxiété, de disposition pour aller à l’école ou au travail, d’irritabilité, de maux de tête, de confusion, d’estime de soi, de couple ou de relation avec les enfants. Étant donné que la gravité apparente de la lésion ou de la perte fonctionnelle est essentiellement une comparaison entre les états antérieur et actuel, une différence plus tranchée entre les deux peut donner l’impression qu’une plus grande indemnisation est justifiée. Par conséquent, ne pas tenir compte de la tendance des plaignants à surestimer leurs fonctions antérieures à la lésion induit en erreur les examinateurs judiciaires et les juges des faits quant à la gravité de la lésion.

Exagération ou simulation

La simulation est définie comme la production intentionnelle de faux symptômes physiques ou psychologiques grossièrement exagérés, motivés par des raisons externes telles que le gain financier, l’obtention de médicaments, l’absentéisme au travail, l’abandon de poursuites pénales, etc. (Association américaine de psychiatrie, 1994). Contrairement à ce que beaucoup d’entre nous croient à la lumière de notre expérience clinique, des études empiriques ont révélé que la simulation est courante dans les évaluations judiciaires. Cependant, les tribunaux ont été plus sages que les cliniciens et ont reconnu ce défi depuis longtemps. Les mentions de réclamations frauduleuses et de faux témoignages sont présentes, tout au long de l’histoire du droit, dans les cas publiés et les commentaires juridiques. Dans le plus ancien code de lois connues, le Code de Hammurabi, les participants du système juridique s’attaquaient déjà au problème (la politique de Hammurabi était de tuer les témoins qui avaient fait un faux témoignage) (Johns, 2000). En effet, le problème du faux témoignage est la première question abordée avec chaque témoin à qui on demande : « jurez-vous de dire la vérité, toute la vérité, et rien que la vérité… ? »

Les patients qui cherchent à obtenir une indemnisation sont davantage portés à produire des rapports faux ou exagérés sur leurs symptômes que ceux qui cherchent à obtenir un traitement. Les estimations publiées de la proportion de plaignants simulant des déficits psychologiques varient de 1 % (Keiser, 1968) à plus de 50 % (Miller et Cartlidge, 1972). Dans les cas de lésions corporelles, la simulation de déficits cognitifs a été estimée à 64 % (Heaton, Smith, Lehman et Vogt, 1978) et 47 % de l’indemnisation des accidents du travail pourraient comprendre de la simulation (Youngjohn, 1991). Une autre étude a estimé que le pourcentage de déficits de mémoire fabriqué chez les patients présentant un syndrome post-commotion persistant se situait entre 33 et 60 % (Greiffenstein, Baker, & Gola, 1994). Ces études sont pertinentes parce que les plaintes déposées par les plaignants après leur commotion cérébrale sont très semblables à celles qui ont pour cause les « moisissures toxiques ». Et dans les deux cas, ils présentent des réponses avec un biais lié au contentieux. Les recherches de Binder (1993) montrent que 33 % des sujets atteints de lésions cérébrales légères pour lesquelles ils cherchent à se faire indemniser ont simulé un déficit cognitif lors de tests psychométriques. Les examinateurs judiciaires devraient envisager et exclure la possibilité que les symptômes rapportés et les résultats des tests aient pour origine de fausses déclarations des plaignants pendant leurs entretiens, et proviennent de l’exagération des symptômes par les questionnaires ou les tests autoévalués. Il est devenu courant dans les cas de médecine légale de soupçonner la simulation dans les diagnostics différentiels.

Certains psychologues et psychiatres affirment que les plaignants sont incapables de simuler des troubles mentaux ou des déficits neuropsychologiques sans être détectés par les experts en psychologie. Cependant, l’idée que des personnes inexpérimentées peuvent simuler avec succès des symptômes psychologiques et neuropsychologiques lorsqu’elles ne fournissent qu’un minimum d’informations sur les troubles est largement soutenue. (p. ex. Albert, Fox, & Kahn, 1980; Faust, Hart, & Guilmette, 1988; Lamb, Berry, Wetter, & Baer, 1994; Rogers, Bagby, & Chakraborty, 1993; Rogers, Ornduff, & Sewell, 1993; Wetter, Baer, Berry, Robison, & Sumpter, 1993). Une étude antérieure a démontré l’aptitude des étudiants universitaires à simuler avec succès la schizophrénie au moyen du test de Rorschach (Albert et collab., 1980). Après avoir regardé un film de 25 minutes sur la schizophrénie, 72 % des étudiants universitaires ont réussi à simuler le trouble, comparativement à 46 % qui ne l’avaient pas regardé. Lors d’une autre enquête analogue, les participants à qui on a demandé de simuler un traumatisme crânien ont reçu des renseignements détaillés sur le type d’échelles de validité de l’IPMM-2 et sur la façon d’éviter de se faire prendre. Les résultats ont montré que cette information a permis aux sujets de produire des profils cliniquement élevés dans les limites des échelles de validité (Lamb et collab., 1994).

Les personnes qui n’ont pas reçu d’information ont été en mesure de se reconnaître à travers des symptômes semblables à ceux de vrais patients sur certains types questionnaires, comme les listes énumératives de symptômes (Lees-Haley, 1989a, 1989b). La recherche indique que les personnes sans formation sont capables de reproduire avec précision les symptômes et le ressenti du syndrome post-commotion (Mittenberg, DiGiulio, Perrin et Bass, 1992) ainsi que la dépression majeure, le trouble anxieux généralisé et le SSPT (Lees-Haley et Dunn, 1994). La recherche montrant que des personnes ordinaires qui peuvent simuler une psychopathologie sans éveiller les soupçons de simulation sont un problème pour les examinateurs. Les informations relatives à certains troubles psychologiques et neuropsychologiques sont facilement accessibles aux plaignants déterminés à tricher. Berry (1995) souligne que « les tricheurs peuvent se familiariser avec les symptômes psychiatriques par le biais de connaissances personnelles, de la lecture de volumes comme le DSM-IV (APA, 1994), de manuels scolaires en psychiatrie, ou même par l’exposition à des sources non scientifiques comme des articles de magazines et des films sur des personnes atteintes de troubles mentaux » (p. 88).

Influence de l’avocat

Avocat

L’influence des avocats constitue un autre facteur de confusion dans l’évaluation des patients engagés dans un contentieux. Bien que les experts en psychologie aient été lents à se rendre compte de l’ampleur du problème, la crainte de voir les avocats influencer les interrogatoires n’est pas un concept nouveau dans les milieux juridiques. En Californie, le problème est suffisamment important pour que le Code de procédure civile de la Californie n’autorise pas les avocats à participer aux évaluations psychologiques (voir CCCP 2032g). Dans la décision Ragge c. MCA/Universal Studios 165 F. 605 (Cal. 1995), le juge fédéral a décidé qu’un tiers observateur ne devrait pas assister à l’évaluation et que le psychologue ne devrait pas être tenu de divulguer à l’avance quels tests seraient utilisés. De telles divulgations sont une invitation à la fraude ainsi qu’aux causes involontaires de résultats non valides.

Les avocats sont censés apprendre les faits de leurs clients et non pas les inventer. Mais, comme l’a fait remarquer Geoffrey Hazard, professeur de droit à l’Université de Pennsylvanie et membre de l’American Bar Association Ethics 2000 Commission, « les avocats disent à leurs clients ce qu’ils doivent faire, indirectement… À quel point ils sont retors, à quel point ils sont rusés, cela varie. » (cité dans Dolan, 1994, p. A 17). Resnick note que « dès qu’une personne devient partie à un litige, dans le cadre d’une poursuite pour préjudice personnel… les efforts des avocats autant auprès du plaignant que du défendeur peuvent modifier l’attitude du patient et l’évolution de la maladie » (1988, p. 88).

Les avocats influencent les données psychologiques de plusieurs manières. Ils conseillent les clients sur les réponses aux tests psychologiques, font des suggestions sur ce qu’il faut dire aux psychologues examinateurs et sur ce qu’il faut souligner et incitent les patients à ne pas divulguer certains renseignements importants pour le psychologue. Les avocats peuvent inciter leurs clients à prendre des mesures qui influent sur les antécédents cliniques et créer des données trompeuses concernant les conséquences d’une lésion, p. ex. leur dire que cela « semblerait mieux » s’ils ne retournaient pas au travail, et que « cela pourrait valoir la peine de consulter un médecin chaque semaine » (Rosen, 1995, p. 84).

Certains avocats fournissent aux plaignants des informations non seulement sur la liste des symptômes, mais aussi sur les tests psychologiques permettant de détecter la simulation. (voir, par exemple, Baer, Wetter et Berry, 1995; Dolan, 1994; Legate, 1996; Lees-Haley, 1997; Platt & Husband, 1986; Rosen, 1995; Taylor, Harp et Elliott, 1992; Wetter et Corrigan, 1995; Youngjohn, 1995). Comme l’a fait remarquer Youngjohn (1995), « les psychologues et les neuropsychologues qui effectuent des examens médico-légaux supposent généralement que leurs patients n’ont pas été préparés ou “instruits” avant l’examen » (p. 282). Baer, Wetter et Berry (1995) notent que « compte tenu de la probabilité croissante que la supervision des personnes qui passent le test puisse se dérouler dans divers contextes, il est important que les cliniciens en comprennent les effets » (p. 198).

Wetter et Corrigan (1995) ont fourni d’autres preuves de la volonté des avocats à s’immiscer dans l’évaluation psychologique. Ces chercheurs ont mené une enquête dans laquelle 63 % des avocats interrogés estiment qu’ils devraient fournir aux plaignants des informations sur les mesures de validité des tests psychologiques (47 % des avocats interrogés ont déclaré qu’ils devraient « toujours ou habituellement » fournir ces informations à leur client avant le test et 16 % ont déclaré qu’ils devraient « parfois » le faire). Parmi les 63 % d’avocats qui estimaient devoir fournir de telles informations, 42 % ont déclaré qu’ils devaient fournir « autant d’informations que possible » et 42 % ont déclaré qu’ils estimaient devoir fournir une « quantité modérée d’informations », pour un total de 84 %. Youngjohn (1995) a rapporté les propos d’un avocat qui a soutenu que le fait de ne pas conseiller un plaignant avant le test psychologique est légalement une faute professionnelle. D’autres recherches menées auprès de plaignants dans des litiges de préjudices corporels confirment l’existence de la supervision, particulièrement dans les cas liés aux séquelles psychologiques d’événements traumatiques (Rosen, 1995).

Lorsqu’on demande aux plaignants qui subissent des évaluations neuropsychologiques si quelqu’un leur a parlé de leur évaluation, ils répondent presque toujours non, mais ajoutent souvent que leur avocat leur a dit de dire la vérité. Cependant, plus tard dans l’évaluation, il est fréquent qu’on réponde à une question avec des variantes de « Mon avocat m’a dit que je n’avais pas à répondre à ça ». Dans certaines évaluations, cette réponse est donnée à plusieurs reprises, malgré le démenti d’avoir parlé à qui que ce soit avant l’évaluation. Étant donné que les communications avocat client sont privilégiées sauf si l’avocat et le plaignant s'entendent pour commettre une fraude, par exemple, si l’avocat aide un plaignant simulateur, les psychologues n’explorent habituellement pas directement la supervision de l’avocat pendant l’entrevue. Cependant, des commentaires spontanés comme ceux-ci indiquent que de nombreux plaignants sont conseillés sur la manière de se conduire dans une évaluation psychologique. Larry Cohen, avocat à la faculté de droit de l’Université du Michigan (communication personnelle, mars 1997), a signalé que certains avocats considèrent que le fait de demander au client de nier que la supervision n’ait jamais eu lieu fait partie du privilège avocat client.

Bien que les avocats hésitent à discuter de communications privilégiées avec des clients particuliers, ils partagent publiquement des renseignements pertinents dans le cadre du cours de formation juridique continue. Prenons par exemple le conseil donné lors d’une réunion nationale d’avocats, au cours de laquelle il a été conseillé aux participants de négocier avec les psychologues retenus « quelle sorte d’histoire ils souhaitent adopter ». (Bureau des affaires nationales, 1994, p. 52). Une avocate présente à cette conférence a dit qu’elle s’entretient avec des psychologues avant leurs évaluations et « je leur dis quels domaines je ne veux pas qu’ils explorent » (p. 52). Dans le cadre d’un autre programme de formation juridique continue, on a enseigné aux avocats comment préparer les clients pour leurs évaluations indépendantes (EMI) (Legate, 1996). Dans ce cours, on leur a déconseillé d’envoyer leurs clients à des examens indépendants sans préparation préalable par un avocat. Ils ont été invités à examiner et à « clarifier » les symptômes du client avant l’EMI, et on leur a conseillé de ne pas présumer que le client non préparé serait cohérent. L’une des suggestions était « d’envisager la création d’une liste des symptômes que vous examinerez régulièrement avec votre client » (Legate, 1996, p. 5). Les plaignants ont-ils vraiment besoin d’avocats pour leur dire où ça fait mal ? Un enfant de deux ans peut vous le dire. Les avocats pensent-ils que les personnes qui souffrent beaucoup ne s’en rendent pas compte et oublient qu’elles souffrent en l’absence de protection et d’assistance de la part d’un avocat ?

Dans une revue juridique largement diffusée, Taylor, Harp et Elliott (1992) ont publié un article sur la « préparation » du plaignant souffrant de lésions cérébrales légères. Ces avocats suggèrent de « prendre des mesures pour améliorer la capacité du client à se souvenir des faits essentiels » (p. 67). Ils recommandent que « l’avocat commence à préparer le témoignage du plaignant dès le début du procès » et fournisse une liste d’étapes à suivre avant les dépositions et avant le procès (p. 68). Notant que les clients atteints de lésions cérébrales « ont tendance à être un peu mal à l’aise avec le fait [de témoigner (quelqu’un est-il à l’aise ?)] », ils suggèrent que « les avocats doivent prendre grand soin de les préparer à témoigner » (p. 68). Ils recommandent de fournir des « instructions concernant la présentation, le comportement et l’habillement » lors du témoignage. Il est difficile d’imaginer qu’il n’y a aucun effet sur la perception d’un plaignant après une exposition prolongée auprès d’un avocat persuasif qui a reformulé à maintes reprises, dans un langage convaincant, les données d’un point de vue particulier du plaideur.

Si les avocats se donnent autant de mal pour préparer un client en vue d’une déposition ou d’un procès, il est raisonnable de supposer qu’ils donnent des conseils similaires avant les examens médicaux et psychologiques qui pourraient avoir des répercussions considérables sur l’appréciation du litige. Des directives, comme des instructions sur le comportement, la présentation, l’habillement et la mémoire peuvent toutes avoir une incidence sur l’examen de l’état mental par l’expert en psychologie. Un plaignant histrionique, hypocondriaque ou tricheur bénéficiant de l’encadrement proposé dans cet article pourrait apprendre à se comporter d’une manière trompeuse. Les effets de ces instructions sur un patient borderline ou délirant sont imprévisibles, mais préoccupants.

Influence des professionnels de la santé

Les experts en psychologie peuvent également altérer les données dans les litiges en matière de préjudices corporels. Par exemple, dans l’affaire non publiée Lailhengue v Mobil (Civil Action No. 90-4425, United States District Court for the Eastern District of Louisiana), un psychiatre a interrogé les plaignants en présence d’un avocat, puis leur a remis des copies des critères diagnostiques du Manuel diagnostique et statistique afin qu’ils les examinent avant une deuxième entrevue pour déterminer s’ils souffrent du syndrome de stress post-traumatique. Dans une autre affaire non publiée dont le tribunal a prononcé la non-divulgation publique, un psychologue assez éminent et un avocat se sont présentés devant un auditoire de plaignants alors que le psychologue décrivait les symptômes du syndrome de stress post-traumatique, immédiatement après quoi les plaignants ont reçu un tableau du syndrome de stress post-traumatique de l’IPMM sans échelle de validité correspondante.

Même les plaignants honnêtes peuvent être amenés à grossir involontairement des plaintes existantes ou à en découvrir de nouvelles. Des examens physiques et psychologiques répétés effectués par des professionnels de la santé peuvent avoir ces effets inattendus. Comme le souligne Lishman (1986, p. 463), « la multiplication des répétitions des symptômes devant divers auditoires, certains encourageants, d’autres sceptiques, n’aident pas le patient à comprendre clairement ce qu’il vit vraiment ». Platt et Husband (1986) ont observé :

Lorsque le patient ou plaignant arrive au cabinet du clinicien, il a souvent consulté non seulement un avocat, mais aussi une foule de professionnels de la santé et les services de santé. Les patients peuvent très bien recevoir des indications de leurs avocats ou de leurs professionnels traitants quant aux symptômes qu’ils sont susceptibles de présenter. Les questions posées et les messages communiqués par ces professionnels sur l’état physique et mental du patient peuvent avoir pour effet d’alerter secrètement ou même ouvertement le patient sur d’autres symptômes qu’il n’avait pas signalés ou sur lesquels il n’avait pas insisté dans des évaluations antérieures, et de renforcer potentiellement des symptômes existants (p. 35).

Il est important de tenir compte des attentes des experts en matière d’évaluation, car elles peuvent avoir d’importants effets imprévus. Il existe une documentation abondante et croissante sur la nature et les conséquences des attentes des cliniciens en matière d’évaluation psychologique (voir, par exemple, Arkes, 1981; Blank, 1993; Chapman & Chapman, 1967; 1969; Dawes, 1994; Golding et Rorer, 1972; Salovey et Turk, 1991; Smith, 1988; Snyder, 1981; Snyder et Thomsen, 1988; Starr et Katkin, 1969; Turk et Salovey, 1988). Par exemple, Temerlin (1968) a montré comment les attentes peuvent influencer le comportement en milieu clinique. Avant d’écouter l’enregistrement d’une entrevue anodine avec un homme normal, les psychiatres ont entendu un collègue prestigieux qualifier la personne de malade mental. Même si l’entrevue n’a révélé aucun signe de psychopathologie, 60 % des psychiatres ont jugé l’homme psychotique et les 40 % restants ont diagnostiqué chez lui un trouble névrotique ou de caractère. En l’absence d’une orientation diagnostique, aucun des professionnels de contrôle n’a qualifié le cas de psychotique. Dans une étude connexe, les cliniciens qui s’attendaient à observer un « patient » ont jugé la personne plus perturbée que les cliniciens qui s’attendaient à observer un « demandeur d’emploi » (Langer et Abelson, 1974), sur la base de données par ailleurs identiques.

Ces études ont des implications importantes pour les examinateurs. Les croyances préconçues et les attentes antérieures peuvent façonner le comportement de manière à répondre aux attentes des examinateurs (voir, par exemple, Snyder et Thomsen, 1988). La collecte et l’interprétation des données peuvent toutes deux être influencées par ces idées préconçues. Par exemple, les cliniciens convaincus que l’exposition aux moisissures cause des déficits cognitifs peuvent, par inadvertance ou intentionnellement, communiquer leurs attentes aux patients, renforçant ainsi l’auto-évaluation. Les plaignants, à leur tour, minimisent souvent les données relatives aux autres explications possibles des déficits (p. ex. la consommation déclarée de drogues et d’alcool et les facteurs de stress importants), ce qui accroît l’importance des facteurs de causalité jugés pertinents par les examinateurs et les procureurs. L’hypothèse que les lésions des patients ont été causées par des facteurs identifiés dans les plaintes déposées devant la justice peut devenir une prophétie autoréalisatrice dans laquelle les relations entre la cause supposée et les déficits sont perçues là où elles n’existent pas. (Pour une discussion sur la prophétie autoréalisatrice, voir Rosenthal & Jacobson, 1968).

Finalement, les tactiques de certains experts en faillite intellectuelle dans les cas de moisissure méritent d’être exposées pour ce qu’elles sont. Au lieu d’argumenter à partir des faits et de la raison, ils utilisent des arguments pseudo-scientifiques. Dans un cas, un expert a qualifié les opinions des sceptiques quant aux allégations de neurotoxicité des moisissures de tactiques de l’« industrie du tabac » lorsqu’il ne pouvait réfuter les critiques avec des preuves et de la logique. Il a donc affirmé que les experts de l’accusé savaient en fait que les moisissures sont dommageables, mais n’en parleraient à personne. Certains experts partie prenante dans ces cas utilisent un langage alarmiste qui est plus susceptible de causer de la détresse émotionnelle chez un patient qui prend l’expert au sérieux, bien que les effets réels des moisissures demeurent inconnus.

La promotion sur Internet

De nombreux plaignants effectuent des recherches sur Internet ce qui les expose à des affirmations et à des opinions dont la fiabilité et la validité varient énormément. Au moment d’écrire ces lignes (décembre 2002), une recherche sur Google.com avec l’expression « toxic mold » donne environ 36 000 liens. (NDT 648 000 en 2019) En mars dernier, la liste était complétée avec un lien parrainé par le Personal Injury LawyerShop et intitulé « Découvrez les effets indésirables des moisissures toxiques?! », qui m’a mené au Toxic Mold InfoCenter, un site proposant « des informations sur les moisissures toxiques et l’accès à des avocats spécialisés dans les litiges relatifs aux moisissures ». Au cours du même mois, le site Web du docteur Fungus contenait des nouvelles au sujet d’une personne qui réclamait pour 65 millions de dollars.

Le site « Web Toxic Mold and Tort News Online Safety, Prevention, and Information » déclare : « Le site Web Toxic Mold est un guide complet d’information sur les moisissures, les moisissures toxiques, la sécurité et la prévention. Notre site fournit également d’importantes informations, notamment sur les droits garantis par la loi aux personnes touchées par la moisissure toxique à la maison, au travail ou ailleurs. » Ses paragraphes d’introduction sur les « dangers potentiellement mortels » et les droits garantis par la loi sont suivis de résumés de quatre cas de moisissures dans lesquels le plaignant a gagné plus d’un million de dollars.

La « Mold Source » contenait une liste d’experts médicaux et juridiques accompagnée de la déclaration suivante :

Les professionnels suivants se sont promus en tant qu’experts par leur dévouement, leur engagement et leur très grande préoccupation pour l’humanité. Ce sont les meilleurs que le monde peut offrir à nous, les contaminés par les moisissures. Collectivement, ils maintiennent la majorité des connaissances connues sur les moisissures et les maladies liées aux empoisonnements fongiques. Si la connaissance c’est le pouvoir, alors ma prière en vous fournissant cette liste est de vous donner le « pouvoir » de faire avancer les choses dans votre vie ou dans la vie de vos proches « exposés ».

La liste comprend le Dr William Rae, et plusieurs des principaux promoteurs du diagnostic bidon de « polysensibilité chimique ».

La page d’accueil du Toxic Mold Survivors Information and Support Group indique :

Empoisonné par des moisissures toxiques ?
Stachybotrys, Aspergillus et Penicillium.

Les effets néfastes potentiels sur la santé comprennent : Allergies et asthme allergique, rhinite ou sinusite allergique, conjonctivite allergique, cancer, mycotoxicose, aspergillose, pneumopathie d’hypersensibilité, encéphalopathie neurotoxique : maux de tête, problèmes de mémoire et de langage, fatigue, malaise, vertige, étourdissements, dépression, sensation de brûlure à la gorge (laryngite), toux irritante, saignements de nez, tremblements, tachycardie (rythme cardiaque rapide), essoufflement à l’effort, oppression thoracique, respiration bruyante (bronchite et pneumopathie), lésions ciliaires des voies respiratoires (altération de la protection des voies respiratoires), saignements des poumons (hémoptysie), immunotoxicité (incidence accrue des infections), dermotoxicité (dermatite, éruption cutanée), perte de cheveux, entérotoxicité (nausées, vomissements, diarrhée, douleur abdominale de type vésiculaire). Toxiques pour le foie, le cerveau, les reins et le cœur, et en cas d’exposition chronique, les moisissures sont de puissants cancérogènes pour le foie.

La liste des effets néfastes sur la santé se poursuit… alors que les personnes empoisonnées tentent de survivre après avoir été exposées à des moisissures toxiques.

Bien qu’il s’agisse apparemment d’un site Web pour un groupe de soutien, le contentieux semble constituer un intérêt majeur pour ces « survivants ». Par exemple, la page d’accueil fournit dans les liens vers « Contentieux », un article intitulé « Moisissures toxiques : le prochain amiante ? » par Sylvia Hsieh (Lawyers Weekly USA), et les sites Web d’avocats et de témoins experts qui comparaissent dans des litiges en matière de responsabilité délictuelle toxique.

Aspergillus
Aspergillus. (Crédit image: Kateryna Kon.)

Conclusion

Les avocats spécialisés en responsabilité civile toxique et une poignée d’experts qu’ils privilégient aimeraient vous faire croire que la « moisissure toxique » handicape les gens dans des proportions épidémiques en leur causant des dommages au cerveau. Pour que cela soit exact, il faudrait que la majorité écrasante des médecins, des toxicologues et des professionnels de la santé mentale qui ont étudié cette question se trompent complètement et que les médecins dans la pratique quotidienne aient raté ce diagnostic. S’il y a un problème, je doute qu’il soit répandu. Un expert a estimé qu’il existe près de 100 000 espèces reconnues de champignons (Terr, 2001). Étant donné le nombre d’expositions possible, dans des circonstances environnementales différentes, à des personnes dont la condition mentale et physique est très différente, on peut spéculer et dire n’importe quoi. Mais la spéculation n’est pas une preuve.

Le débat sur la neurotoxicité des moisissures ne porte pas seulement sur les soins de santé et la science — l’accent mis sur l’argent et les contentieux est omniprésent dans les communications des partisans de la toxicité des moisissures. Comme l’a fait remarquer Paul Scroggins, un ingénieur en environnement de l’Environmental Protection Agency des États-Unis, le terme « moisissures toxiques » est un terme qui se vend bien. (Scroggins, 2002) La campagne menée pour convaincre les gens des dangers des « moisissures toxiques » n’est pas seulement un exemple amusant de folie dans la société moderne. Les gens qui contournent les preuves scientifiques et s’engagent dans la diffusion de rhétorique sur les « moisissures toxiques » ne sont pas des forces sans conséquence. S’il s’avère que ces expositions sont inoffensives sur le plan neuropsychologique, les déclarations hystériques et les alarmes non fondées des avocats, des médecins et autres auront néanmoins porté préjudice à de nombreuses victimes. Qui sera responsable de leur douleur, de leur souffrance ou de leur détresse émotionnelle lorsqu’on leur dira qu’ils vont mourir ou qu’ils subiront des lésions cérébrales permanentes ? D’autre part, si nous découvrons des preuves de la causalité des déficits neuropsychologiques dans ce domaine, les résultats devraient être présentés largement dans un style plus utile pour les patients affectés, et non dans une hyperbole sensationnaliste. Les effets de l’inhalation de mycotoxines et de spores de moisissures devraient être étudiés plus en profondeur par le biais d’études scientifiques de haute qualité et bien contrôlées, et non par la spéculation dans des contextes conflictuels.

 

Lectures complémentaires

Références

Le vilain secret des chiropraticiens

Le vilain secret des chiropraticiens :
manipulations cervicales et accidents vasculaires cérébraux

Dr Stephen Barrett
anatomie vaisseaux et nerfs du cou

Certains accidents vasculaires cérébraux (AVC) sont liés à une manipulation cervicale effectuée lors d’un geste chiropratique. Une artère irriguant le cerveau se rompt ou est occluse par un caillot, suite au geste. Cela est fréquemment dû à une rotation extrême : le praticien place ses mains sur la tête du patient et la tourne, faisant ainsi pivoter la colonne cervicale [1]. L’artère vertébrale, illustrée à droite, est vulnérable, car elle s’enroule autour de la vertèbre cervicale la plus haute (atlas) pour pénétrer dans le crâne, de sorte qu’une rotation abrupte risque d’étirer l’artère et de léser sa fragile paroi. Une illustration anatomique du processus figure à la page 7 du rapport sur la chiropratique de juillet 1999. Un caillot peut se former sur la zone lésée, puis migrer et obturer une des artères de calibre inférieur qui irrigue le cerveau. L’occlusion peut également être causée par l’épanchement sanguin à l’intérieur de la paroi, cette complication est toutefois moins fréquente [2].

Les chiropraticiens aimeraient vous faire croire que l’incidence des AVC après une manipulation cervicale est extrêmement faible. Il existe des estimations selon lesquelles le risque de complication grave, suite à ces pratiques, se situe entre une sur 40 000 et une sur 10 millions. Cependant, personne n’en sait rien car (a) il n’a guère été fait d’étude systématique de sa fréquence ; (b) les plus grands assureurs contre la faute professionnelle ne divulguent pas le nombre de cas dont ils ont connaissance ; et (c) la grande majorité des cas vus par des médecins ne sont pas rapportés dans des revues scientifiques.

Rapports publiés

En 1992, une enquête commanditée par l’American Heart Association et réalisée par des chercheurs du Stanford Stroke Center a porté sur 486 membres californiens de l’American Academy of Neurology. On leur a demandé le nombre de patients vus, au cours des deux années précédentes, pour un AVC survenu dans les 24 heures suivant une manipulation cervicale chiropratique. 177 neurologues ont déclaré 56 cas, ayant de 21 à 60 ans. L’une de ces personnes est décédée et 48 ont souffert de déficits neurologiques permanents, comme des troubles de l’élocution, des difficultés à ordonner correctement les mots et des vertiges. La cause habituelle de ces AVC est une séparation des membranes internes et externes du vaisseau (dissection) où s’accumule le sang, ce qui gonfle la paroi artérielle, réduisant ainsi son calibre, et ralentit voire interrompt la circulation sanguine vers les zones du cerveau irriguées par cette artère. Trois de ces accidents vasculaires cérébraux étaient causés par des lésions carotidiennes [3]. En 1991, selon les données figurant dans Dynamic Chiropractic, la Californie compte approximativement 19 % des chiropraticiens en exercice aux États-Unis, ce qui indique qu’au niveau national, il y a environ 147 cas vus par des neurologues chaque année. Bien entendu, d’autres cas ont pu être vus par des praticiens n’ayant pas participé à l’étude.

Une étude de 1993 a conclu que le risque de complications et l’absence d’avantages connus font que les manipulations cervicales ne devraient pas être pratiquées sur des enfants [4].

Louis Sportelli, docteur en chiropratique, président du NCMIC (fournisseur d’assurance contre la faute professionnelle en chiropratique) et ancien président du conseil d’administration de l’ACA (association américaine de chiropratique), affirme que la manipulation cervicale des chiropraticiens est totalement sûre. Dans une interview rapportée par l’Associated Press en 1994, il a réagi à l’étude de l’American Heart Association en déclarant : « J’en bâille d’ennui. C’est une vieille nouvelle. » Il a également déclaré que d’autres études suggèrent que la manipulation chiropratique cervicale cause un AVC entre une fois sur un million et une fois sur trois millions [5]. Cette valeur de un pour un million pourrait être correcte si les chiropraticiens de Californie effectuaient une moyenne de 60 manipulations cervicales par semaine. Un peu plus tard dans la même année, lors d’une entrevue télévisée avec « Inside Edition », Sportelli déclare que « le pire scénario » serait d’un cas pour 500 000, mais il ajoute « lorsque vous comparez la procédure à toute autre procédure dans l’industrie des soins de santé, c’est probablement le facteur de risque le plus faible de tous ». Selon le présentateur de l’émission, Sportelli a dit que 90 % de ses patients recevaient une manipulation du cou.

En 1996, Rand Corporation (un groupe de recherche indépendant comprenant des médecins et des chiropraticiens) a publié un livret dans lequel sont compilés plus de 100 rapports de cas publiés et a estimé que le nombre d’accidents vasculaires cérébraux, de compressions médullaires, de fractures et de gros caillots sanguins était de 1,46 par million de manipulations du cou. Même si ce nombre semble peu élevé, il est significatif parce qu’un grand nombre des manipulations que font les chiropraticiens ne devraient pas être réalisées. De plus, comme le rapport lui-même le précise, ni le nombre de manipulations effectuées ni le nombre de complications n’ont été systématiquement étudiés [6]. Puisque certaines personnes ont un risque plus élevé que d’autres, il a également été souligné que l’incidence devrait être exprimée sous forme de taux par patient plutôt que de taux par geste chiropratique.

En 1996, le National Chiropractic Mutual Insurance Company (NCMIC), qui est le plus important assureur américain contre les fautes professionnelles en chiropratique, a publié un rapport intitulé « Vertebrobasilar Stroke Following Manipulation » (« Accidents vértébro-basilaires à la suite de manipulations »), rédigé par Allen G.J. Terrett, chercheur et formateur australien en chiropratique. Terrett a basé ses études sur 183 cas d’accidents vasculaires vertébro-basilaires (AVC au niveau des artères vertébrales et/ou du tronc basilaire, ‘VBA’) rapportés entre 1934 et 1994. Il a établi que 105 des manipulations avaient été effectuées par un chiropraticien, 25 par un médecin, 31 par un autre type de praticien tandis que pour les 22 autres, l’activité du praticien n’était pas précisée dans le rapport. Il en a conclu que les cas de VBA sont « très rares », que les procédures actuelles de tests préalables sont rarement en mesure de prédire le risque de survenue d’un accident, et que, dans 25 cas, des blessures graves auraient pu être évitées si le praticien avait identifié certains symptômes consécutifs à la manipulation qui indiquaient qu’il ne fallait pas en pratiquer d’autres [7].

Une revue de 1999 de 116 articles publiés entre 1925 et 1997 a révélé 177 cas de lésions du cou associées à des manipulations cervicales, dont au moins 60 % étaient réalisées par des chiropraticiens [8].

En 2001, le NCMIC a publié une deuxième édition du livre de M. Terrett, intitulée « Current Concepts : Vertebrobasilar Complications following Spinal Manipulation » (« Concepts actuels : Complications vertébro-basilaires suite à une manipulation de la colonne vertébrale »), portant sur 255 cas publiés entre 1934 et 1999 [9]. Le site Web du NCMIC prétend que l’ouvrage « comprend une analyse de tous les cas connus liés à ce sujet ». Cette description n’est pas vraie, car elle ne comprend pas les nombreux cas qui ont donné lieu à des poursuites contre des assurés du NCMIC mais qui n’ont pas été publiés dans des revues scientifiques. Et elle n’inclut pas le cas bien documenté de Kristi Bedenbauer dont j’ai personnellement envoyé le rapport d’autopsie à Terrett après en avoir parlé avec lui en 1995.

En 2001, des chercheurs canadiens ont publié un rapport sur les relations entre les soins chiropratiques et l’incidence des accidents vasculaires vertébro-basilaires (‘VBA’, liés à une dissection ou une thrombose au niveau des artères vertébrales ou du tronc basilaire) en Ontario, au Canada, entre 1993 et 1998. À l’aide des dossiers des hôpitaux, chacun des 582 cas a été apparié, selon l’âge et le sexe, à quatre témoins sans antécédents d’accident vasculaire cérébral. Les documents de facturation de l’assurance-maladie ont été utilisés pour documenter l’utilisation des services chiropratiques. L’étude a révélé que les patients VBA de moins de 45 ans étaient cinq fois plus susceptibles que les témoins (a) d’avoir vu un chiropraticien dans la semaine précédant la VBA et (b) d’avoir consulté trois fois ou plus pour des manipulations cervicales. Aucun lien n’a été trouvé après l’âge de 45 ans. Les auteurs discutent des lacunes possibles de l’étude et demandent instamment que d’autres recherches soient effectuées [10]. Un éditorial d’accompagnement indique que les données correspondent à une incidence de 1,3 cas de dissection ou d'obstruction des artères vertébrales pour 100 000 personnes ayant subi une manipulation chiropratique du cou, ce qui est un nombre supérieur à la plupart des estimations chiropratiques [11].

En 2001, des chercheurs britanniques ont fait état d’une enquête dans laquelle on a demandé à tous les membres de l’Association of British Neurologists de signaler les cas de complications neurologiques qui leur étaient adressés et qui se produisaient dans les 24 heures suivant une manipulation cervicale, sur une période de 12 mois. Les 35 cas signalés comprenaient 7 accidents vasculaires cérébraux impliquant une artère du système vertébro-basilaire et 2 accidents vasculaires cérébraux impliquant une artère carotide. Aucun des 35 cas n’a été rapporté dans les revues médicales [12]. Edzard Ernst, professeur de médecine complémentaire à l’École des Sciences du Sport et de la Santé de l’Université d’Exeter, estime que ces résultats sont très significatifs. Dans un commentaire récent, il a déclaré :

On a l’impression que les risques de manipulation de la colonne vertébrale sont minimisés, notamment par les chiropraticiens. L’une des meilleures preuves en est cette estimation des taux d’incidence, basée sur des hypothèses qui sont, au mieux non prouvées, au pire irréalistes. Une d’entre elles, par exemple, est que 10 % des complications réelles seront signalées. Cependant, notre récent sondage a révélé un taux de sous-déclaration de 100 %. Ce niveau extrême rend évidemment les estimations absurdes [13].

En 2002, des chercheurs représentant le Canadian Stroke Consortium ont signalé 98 cas où un traumatisme externe, caractérisé de « banal » à « grave », a été identifié comme ayant été le déclencheur d’accidents vasculaires cérébraux ischémiques, où des caillots sanguins se forment et obstruent les artères qui alimentent le cerveau. Une manipulation cervicale chiropratique était la cause manifeste de 38 des cas, 30 avec une dissection d’une artère vertébrale et 8 de l’artère carotide. D’autres statistiques canadiennes indiquent que l’incidence des accidents ischémiques cérébraux chez les personnes de moins de 45 ans est d’environ 750 par année. Les chercheurs pensent que leurs données indiquent que 20 % sont dus à des manipulations cervicales, donc il pourrait y avoir une « sous-déclaration flagrante » de la manipulation chiropratique comme cause de l’AVC [14].

En 2003, une autre équipe de recherche a examiné les dossiers de 151 patients de moins de 60 ans ayant présenté une dissection artérielle cervicale et un accident ischémique cérébral ou un accident ischémique transitoire (AIT) entre 1995 et 2000, dans deux centres universitaires de traitement des AVC. Après une entrevue et un examen des dossiers à l’aveugle, 51 patients ayant subi une dissection et 100 patients témoins ont été étudiés. Ceux du groupe dissection avaient plus fréquemment reçu des manipulations cervicales que ceux du groupe témoin (14 % vs 3 %). Les auteurs ont conclu que la manipulation rachidienne est associée à la dissection des artères vertébrales et qu’une augmentation significative de la douleur cervicale suite à une manipulation cervicale justifie une évaluation médicale immédiate [15].

En 2006, le Journal of Neurology a publié un rapport du German Vertebral Artery Dissection Study Group (groupe d’études allemand sur la dissection de l’artère vertébrale) portant sur 36 patients en ayant présenté une, à la suite d’une manipulation du cou [16]. Vingt-six patients ont développé leurs symptômes dans les 48 heures suivant une manipulation, dont cinq au décours de la manœuvre et quatre durant l’heure suivante. Des protocoles d’imagerie appropriés ont confirmé chez 27 patients que l’apport sanguin avait diminué dans les zones alimentées par les artères vertébrales, comme le suggéraient les examens neurologiques. Les symptômes ne s’étaient jamais manifestés auparavant chez les 36 patients, et se distinguaient clairement des plaintes qui les avaient amenés à rechercher des soins manipulateurs. Ce rapport est très significatif mais nécessite une interprétation attentive. Bien qu’il s’intitule « Dissections vertébrales après une manipulation chiropratique du cou… », seuls quatre patients ont été manipulés par des chiropraticiens. La moitié ont été traitées par des chirurgiens orthopédiques, cinq par un physiothérapeute et les autres par un neurologue, un médecin généraliste ou un homéopathe. Il est possible – bien que cela soit peu probable – que les non-chiropraticiens aient utilisé des techniques plus dangereuses que les chiropraticiens en Amérique du Nord. Les auteurs ont suggéré que le traitement des orthopédistes était plus sûr, mais il n’existe aucun moyen de le déterminer à partir de leurs données. Quoi qu’il en soit, l’étude corrobore l’affirmation selon laquelle la manipulation du cou peut provoquer des accidents vasculaires cérébraux – ce que beaucoup de chiropraticiens nient.

En 2006, Pediatrics Electronic Pages a publié les résultats d’un examen complet des déclarations d’événements indésirables associés à la manipulation de la colonne vertébrale d’enfants de huit ans ou moins. Parmi les sept cas classés comme graves, il y avait un nourrisson de 3 mois décédé des suites d’une hémorragie méningée (saignement qui comprimait le cerveau) et deux cas de luxation de l’atlas [17].

Deux rapports ultérieurs ont ajouté au déni de la chiropratique. Dans la première étude, 377 membres des associations de chiropratique britanniques et écossaises et plus de 19 000 de leurs patients ont été interrogés sur les complications éventuelles consécutives à des manipulations de la nuque. Aucun accident vasculaire cérébral n’a été signalé, mais des symptômes pouvant indiquer une atteinte neurologique – maux de tête (dans 3,9 % des cas), engourdissements / fourmillements dans les bras (1,3 % des cas) et évanouissements / vertiges / étourdissements (1,1 % des cas) – l’ont été. Environ 400 patients qui ont interrompu le traitement n’ont pas pu être recontactés pour un suivi, leur sort est donc inconnu [18]. La deuxième étude comparait les relevés de facturation des assurances et de sortie de l’hôpital et concluait a) que l’incidence des accidents vasculaires cérébraux suite à des visites de soins primaires était similaire à celle des accidents vasculaires cérébraux consécutifs à des visites de chiropratique, et b) donc que les accidents vasculaires cérébraux survenus dans les bureaux de chiropratique ne sont pas causés par le traitement qui y est reçu [19]. Cependant, l’étude n’a aucun sens car, contrairement au groupe d’étude allemand sur la dissection de l’artère vertébrale, les chercheurs n’ont pas examiné les dossiers cliniques et n’ont pas été en mesure de déterminer si les diagnostics présentés étaient exacts ou si les AVC étaient liés au type de manipulation [20].

Les chiropraticiens ont également fait valoir que des études cas-témoins démontrent que la manipulation cervicale et les accidents vasculaires cérébraux de l’artère vertébrale ne sont pas liés. Cette idée a été réfutée de manière convaincante [21].

Les complications sont-elles prévisibles ?

Il y a des chiropraticiens qui préconisent des « tests de dépistage » pour détecter les individus susceptibles de faire un AVC suite à une manœuvre cervicale [22-24]. Ces épreuves, où l’on demande au sujet de maintenir la tête et le cou dans certaines positions de rotation pendant une durée donnée, et où l’on observe si le patient présente des vertiges, ne sont pas fiables, notamment parce que la manipulation chiropratique peut infliger des torsions cervicales plus importantes. L’auscultation au stéthoscope des artères du cou pour détecter un souffle, par exemple, n’a pas été démontrée fiable, même si ce signe demande une investigation médicale plus poussée. Les contrôles de la fonction vasculaire où la tête du patient est maintenue brièvement dans les positions utilisées lors des manipulations cervicales ne sont pas plus fiables pour détecter les patients à haut risque, car l’étirement de l’artère vertébrale réalisé peut être déjà suffisamment puissant pour léser la paroi artérielle. Dans un chapitre d’un des principaux manuels de chiropratique, Terret et un de ses collègues déclarent :

Même après avoir relevé les antécédents médicaux, réalisé un examen clinique et des tests de la fonction vertébro-basilaire, des accidents peuvent toujours survenir. Il n’existe aucune procédure concluante et infaillible pour identifier les patients à risque. La plupart des victimes sont jeunes, sans pathologie [osseuse] ou vasculaire, et ne présentent pas de symptômes vertébro-basilaires. Les examens de dépistage décrits ne sont pas capables de détecter les personnes que [la manipulation] pourrait blesser. Ils donnent un faux sentiment de sécurité au praticien [25].

Plusieurs rapports médicaux ont décrit des patients de chiropraticiens qui, après une manipulation cervicale, se sont plaints de vertiges et d’autres symptômes significatifs d’accident ischémique transitoire, mais qui ont été manipulés à nouveau et ont cette fois subi un accident vasculaire cérébral complet. Lors d’un atelier auquel j’ai participé, à l’occasion des célébrations du centenaire de la chiropratique en 1995, M. Terrett a déclaré que de tels symptômes sont inquiétants et que les chiropraticiens devraient abandonner les manipulations en rotation qui étirent trop les artères vertébrales. Mais, pour autant que je sache, ses remarques n’ont pas été publiées et n’ont eu aucun effet sur ses collègues professionnels.

Le manque de prévisibilité a été soutenu par les données publiées par Dr Scott Haldeman, PhD, docteur en chiropratique qui a servi de témoin expert (généralement pour la défense) dans de nombreux procès impliquant des blessures dues à des gestes chiropratiques. En 1995, il a publié un résumé de son analyse de 53 cas qui n’avaient pas été signalés auparavant dans des revues médicales ou chiropratiques. Dans son rapport, on peut lire ce qui suit :

Ces cas représentent une augmentation d’environ 45 % du nombre de ce type de cas signalés dans la littérature de langue anglaise au cours des 100 dernières années… Les données ne permettent pas de dégager des facteurs de risque précis. Ceux qui étaient proposés précédemment, tels que les migraines, l’hypertension, le diabète, les antécédents de maladies cardiovasculaires, les contraceptifs oraux, les traumatismes récents à la tête ou au cou, ou les anomalies visibles en imagerie par rayons X, ne semblent pas être significativement plus importants chez les patients qui ont des complications vasculaires cérébrales liées à la manipulation que ceux relevés parmi la population générale [26].

L’argument principal de Haldeman était qu’il ne pouvait identifier aucun facteur permettant de prédire qu’un patient particulier serait susceptible d’avoir une lésion vasculaire cérébrale à la suite d’une manipulation cervicale. Ce rapport a été publié dans les actes de la célébration du centenaire de la chiropratique en 1995 et n’a pas été cité dans les rapports de la RAND ou du NCMIC.

En 2001, Haldeman et deux de ses collègues ont publié une analyse plus détaillée couvrant 64 affaires de réclamations pour faute professionnelle déposées entre 1978 et 1994 [27]. Ils ont rapporté que 59 (92 %) patients ont été traités alors qu’ils avaient des antécédents de symptômes à la tête ou au cou. Cette statistique a été utilisée pour affirmer que toute association entre manipulation et accident vasculaire cérébral est une coïncidence : dans la mesure où une dissection peut engendrer des maux de tête ou des douleurs cervicales, des patients présentant déjà ce problème peuvent avoir demandé des soins chiropratiques à cause de ces symptômes. Cependant, cela n’explique pas ce qui est arrivé aux 8 % de patients qui ne consultaient pas pour des douleurs à la tête ou au cou. La coïncidence ne peut pas non plus expliquer pourquoi l’association entre manipulation du cou et accident vasculaire se produit plus souvent chez les patients de moins de 45 ans que chez les patients plus âgés.

Les rapports de Haldeman ne fournissent pas d’informations suffisantes pour juger si la manipulation aurait pu être utile pour soulager les patients. Bien entendu, les plaintes pour faute professionnelle ne présentent pas toute l’histoire, car la plupart des victimes de ces négligences ne portent pas l’affaire devant les tribunaux. Même en cas de blessure grave, certaines ne sont tout simplement pas enclines à intenter des poursuites, ne souhaitent pas blâmer le praticien ou bien ont une aversion pour les avocats, tandis que d’autres peinent à en trouver un disposé à les représenter.

Que faudrait-il faire ?

Les chiropraticiens ne parviennent pas à tomber d’accord pour savoir si le problème est suffisamment important pour informer les patients que l’AVC vertébro-basilaire est une complication possible de la manipulation [24,28]. En 1993, l’Association chiropratique canadienne a publié un formulaire de consentement qui, en partie, précisait :

Les docteurs en chiropratique, les médecins et les physiothérapeutes qui utilisent des pratiques de thérapie manuelle destinées à des patients ayant des problèmes de cou similaire au vôtre sont tenus de vous signaler qu’il y a eu de rares cas de blessures d’une artère vertébrale à la suite du traitement. On sait qu’une telle lésion a causé un accident vasculaire cérébral, parfois avec des lésions neurologiques graves. Les chances que cela se produise sont extrêmement faibles, d’environ 1 pour 1 million de traitements réalisés.

Des tests appropriés seront effectués afin de s’assurer que vous n’êtes pas exposé à ce type de lésion… [29]

C’est une avancée, mais qui est insuffisante. Un consentement en bonne et due forme devrait déclarer que (a) le risque est inconnu ; (b) d’autres traitements peuvent être disponibles ; (c) dans de nombreux cas, les douleurs du cou disparaissent sans traitement ; (d) certaines manipulations cervicales sont plus risquées que d’autres ; et (e) les affirmations disant que des manipulations rachidiennes participent au soin de maladies systémiques, peuvent stimuler l’immunité, améliorer la santé globale ou prolonger la vie n’ont aucune justification scientifique ou fondement rationnel.

En 2003, un jury du coroner a conclu que Lana Dale Lewis de Toronto au Canada, a été tuée en 1996 par une manipulation chiropratique cervicale. Le jury a recommandé, entre autres, que tous les patients pour lesquels une manipulation du cou est recommandée soient informés de l’existence d’un risque et que le ministère de la Santé de l’Ontario établisse une base de données permettant aux chiropraticiens et autres professionnels de la santé de rapporter les accidents liés aux ajustements cervicaux [30].

En 2005, l’Association chiropratique canadienne a publié un guide clinique complet sur le traitement de la douleur cervicale chez l’adulte, quand elle n’est pas liée à une entorse (« coup du lapin »). Ce document indique notamment que très peu d’études ont comparé le traitement chiropratique à l’absence de traitement pour évaluer le bénéfice lié à la manipulation du cou. On y aborde également les facteurs de risque et il y est recommandé qu’une rotation minimale soit utilisée lors de manipulations de la partie supérieure du rachis cervical [31,32].

En 2007, suite à une manipulation inutile du cou, Sandra Nette a développé un « locked-in syndrome », ce qui est décrit comme « la chose la plus proche du fait d’être enterrée vivante ». Elle est pleinement consciente de son environnement et souffre parfois de douleurs extrêmes. Elle ne peut pas avaler, parler ou respirer sans une ventilation mécanique régulière et une aspiration de ses sécrétions. Elle ne peut pas bouger ses jambes ou son bras gauche. Une légère utilisation de son bras droit lui permet d’utiliser un clavier d’ordinateur pour communiquer par le biais d’un synthétiseur vocal. Sa détresse était évidente dans les vidéos publiées sur YouTube [33]. En 2008, elle et son mari ont intenté un recours collectif visant à faire cesser la manipulation chiropratique inappropriée et à forcer les organismes de réglementation canadiens à s’occuper de ce problème [34]. Le tribunal a refusé de certifier un recours collectif [35], mais la plainte contre le chiropraticien qui l’a traitée a été maintenue et s’est conclue par un paiement dont le montant n’a pas été divulgué [36].

En conclusion

Autant que je sache, la plupart des chiropraticiens ne préviennent pas leurs patients que la manipulation cervicale comporte des risques. Je pense qu’ils le devraient, et que la profession devrait mettre en place un système de signalement qui permettrait d’étudier cette question de manière appropriée. Cela pourrait se faire si (a) les conseils d’agrément des États exigeaient que tous les cas de ce type soient déclarés, et si (b) les sociétés d’assurance contre la faute professionnelle chiropratique, qui conservent désormais leurs informations secrètes, étaient tenues de les divulguer à une base de données indépendante et alimentée à la fois par les médecins et par les chiropraticiens.

En attendant, l’accident vasculaire cérébral est un événement si dévastateur que tout doit être mis en œuvre pour empêcher les chiropraticiens d’effectuer des manipulations cervicales sans raison suffisante. Beaucoup pensent que tous les types de maux de tête peuvent être sujets à des manipulations de la colonne vertébrale, même si aucune preuve scientifique n’appuie cette croyance. Beaucoup incluent la manipulation cervicale dans le cadre d’une sorte d’« entretien préventif », ce qui leur permet de traiter inutilement des personnes ne présentant aucun symptôme. Pire encore, certains chiropraticiens – souvent appelés « spécialistes des cervicales hautes » – prétendent que la plupart des maladies humaines sont le résultat d’un mauvais alignement des vertèbres supérieures (atlas et axis) et que chaque patient qui les consulte à forcément besoin d’une manipulation des cervicales. Ce geste devrait être interdit sur les enfants de moins de 12 ans [37].

 

Pour plus d’informations

  1. Des chiropraticiens en colère contre une publicité, Quackwatch.
  2. Victime d’un locked-in syndrome après une manipulation chiropratique, par Marc Gozlan, le 6 janvier 2019.

 

Commentaire d’un lecteur

De la part d’un ancien chiropraticien :

Depuis un mois, je fais un stage en chirurgie vasculaire, qui fait partie de ma formation médicale de troisième cycle. Au cours de mes études de chiropratique, lorsque le sujet de l’AVC induit par la manipulation a été abordé, nous avons été rassurés par le fait que « des millions d’ajustements chiropratiques sont effectués chaque année et seuls quelques incidents d’accident vasculaire cérébral ont été rapportés à la suite d’une manipulation du cou ». J’ai récemment découvert que deux des patients de mon service victimes d’un accident vasculaire cérébral (AVC) avaient subi une manipulation du cou par un chiropraticien, l’un le jour de l’apparition des symptômes et l’autre quatre jours avant. Si l’incidence de l’accident vasculaire cérébral [lié à une manipulation cervicale] était vraiment rare, un médecin notifierait un cas d’AVC induit par la manipulation environ tous les 10 ans. Mais il me semble bien en avoir vu deux le mois dernier ! Par conséquent, j’exhorte mes collègues médecins à interroger leurs patients sur les visites récentes à un chiropraticien et à une manipulation du cou lorsqu’ils sont confrontés à des symptômes neurologiques de l’accident vasculaire cérébral. Je demande également aux patients tentés par la chiropratique de ne laisser effectuer aucune manipulation de leur cou. Le rapport bénéfice/risque est beaucoup trop faible pour justifier une telle procédure.

— Dr Rob Alexander

 

Références

  1. Homola S. Inside Chiropractic: A Patient's Guide. Amherst, NY: Prometheus Books, 1999. 
  2. Norris JW and others. Sudden neck movement and cervical artery dissection. Canadian Medical Journal 163:38-40, 2000. [PDF] 
  3. Lee KP and others. Neurologic complications following chiropractic manipulation: A survey of California neurologists. Neurology 45:1213-1215, 1995. 
  4. Powell FC and others. A risk/benefit analysis of spinal manipulation therapy for relief of lumbar or cervical pain. Neurosurgery 33:73-79, 1993. 
  5. Haney DQ. Twist of the neck can cause stroke warn doctors. Associated Press news release, Feb 19, 1994. 
  6. Coulter I and others. The Appropriateness of Manipulation and Mobilization of the Cervical Spine. Santa Monica, CA: RAND, 1996, pp. 18-43. 
  7. Terrett AGJ. Vertebrobasilar Stroke following Manipulation. West Des Moines, IA: National Chiropractic Mutual Insurance Company, Inc., 1996. 
  8. Di Fabio R. Manipulation of the cervical spine: Risks and benefits. Physical Therapy 79:50-65, 1999. 
  9. Terrett AGJ. Current Concepts: Vertebrobasilar Complications following Spinal Manipulation. West Des Moines, IA: NCMIC Group, Inc., 2001. 
  10. Rotherwell DAM and others. Chiropractic manipulation and stroke. Stroke 32:1054-1059, 2001. 
  11. Bousser MG. Editorial comment. Stroke 32:1059-1060, 2001. 
  12. Stevinson C and others. Neurological complications of cervical spine manipulation. Journal of the Royal Society of Medicine 94:107-110, 2001. [PDF] 
  13. Ernst E. Spinal manipulation: Its safety is uncertain. Canadian Medical Association Journal 166:40-41, 2002. [PDF] 
  14. Beletsky V. Chiropractic manipulation may be underestimated as cause of stroke. Presented at the American Stroke Association's 27th International Stroke Conference, San Antonio, TX Feb 7-8, 2002. [PDF]  
  15. Smith WS and others. Spinal manipulative therapy is an independent risk factor for vertebral artery dissection. Neurology 60:1424-1428, 2003. 
  16. Reuter U and others. Vertebral artery dissections after chiropractic neck manipulation in Germany over three years. Journal of Neurology 256:724-730, 2006. 
  17. Vohra S. Adverse events associated with pediatric spinal manipulation: A systematic review. Pediatrics Electronic Pages 119:e275-e283, 2001 
  18. Thiel HW and others. Safety of chiropractic manipulation of the spine. Spine 32:2375-2378, 2007. 
  19. Cassidy JD and others. Risk of vertebrobasilar stroke and chiropractic care: Results of a population-based case-control and case crossover study. Spine 33(4S):S176-S183, 2008. 
  20. Crislip M. Chiropractic and stroke: Evaluation of one paper. Science-Based Medicine Blog, July 17, 2008. 
  21. Paulus JK, Thaler, DE. Does case misclassification threaten the validity of studies investigating the relationship between neck manipulation and vertebral artery dissection stroke? Yes. Chiropractic & Manual Therapies 24:42, 2016. 
  22. George PE and others. Identification of high-risk pre-stroke patient. ACA Journal of Chiropractic 15:S26-S28, 1981. 
  23. Sullivan EC. Prevent strokes: Screening can help. The Chiropractic Journal, May 1989, p 27. 
  24. Chapman-Smith D. Cervical adjustment: Rotation is fine, pre-testing is out, but get consent. The Chiropractic Report 13(4):1-3, 6-7, 1999. 
  25. Terrett AGJ, Kleynhans AM. Cerebrovascular complications of manipulation. In Haldeman S (ed). Principles and Practice of Chiropractic, Second Edition. East Norwalk, CT: Appleton and Lange, 1992. 
  26. Haldeman S, Kohlbeck F, McGregor M. Cerebrovascular complications following cervical spine manipulation therapy: A review of 53 cases Conference Proceedings of the Chiropractic Centennial, July 6-8, 1995, 282-283. Davenport IA: Chiropractic Centennial Foundation, 1995. 
  27. Haldeman S and others. Unpredictability of cerebrovascular ischemia associated with cervical spine manipulation therapy. Spine 27:49-55, 2001. 
  28. Magner G. Informed consent is needed. In Magner G. Chiropractic: The Victim's Perspective. Amherst, NY: Prometheus Books, 1995, pp 177-184. 
  29. Henderson D et al. Clinical Guidelines for Chiropractic Practice in Canada. Toronto: Canadian Chiropractic Association, 1994, p 4. 
  30. Coroner's jury concludes that neck manipulation killed Canadian woman. Chirobase, Jan 22, 2004. 
  31. Chiropractic clinical practice guideline: Adult neck pain not due to whiplash. Summary of recommendations. Canadian Chiropractic Association, Nov 2005. 
  32. Chiropractic clinical practice guideline: evidence-based treatment of adult neck pain not due to whiplash. Canadian Chiropractic Association Journal 49:158-209, 2005. 
  33. The Nette's Story. YouTube, accessed June 18, 2008. 
  34. Barrett S. Stroke triggers class-action suit. Chirobase, June 18, 2008. 
  35. Belzil RP. Reasons for judgment re an application for certification of a class proceeding. Nette v. Stiles, 2010 ABQB 14, Jan 11, 2010. 
  36. Ha-Redeye O. Alberta chiropractor settles vertebral subluxation claim. Canadian Health Law Blog, Oct 5, 2012. 
  37. Stewart B and others. Statement of concern to the Canadian public from Canadian neurologists regarding the debilitating and fatal damage manipulation of the neck may cause to the nervous system, February 2002. 

Est-ce que les nerfs pincés réduisent le courant d'énergie neurale?

Est-ce que les nerfs pincés réduisent le courant d’énergie neurale?

Stephen Barrett, M.D.

Plusieurs chiropraticiens ont affirmé que les défauts d’alignement de la colonne vertébrale causent ou contribuent à la maladie en étouffant « l’énergie neurale » des tissus de l’organisme. En 1975, j’ai déposé une plainte pénale contre un chiropraticien de Pennsylvanie qui, entre autres, avait émis des publicités mensongères affirmant que :

Quand un segment de la colonne vertébrale n’est pas dans sa position normale, il obture partiellement l’espace intervertébral où passent les nerfs, ce qui cause un pincement de ces derniers. Cela entraîne une réduction du flux de l’énergie neurale vers une partie de l’organisme. Quand ceci survient, les organes et tissus connectés par ces nerfs ne peuvent plus fonctionner normalement… la douleur et la sensibilité à la maladie s’ensuivent. C’est la raison pour laquelle la profession chiropratique a toujours affirmé que, pour la bonne santé et le bien-être, tous les désalignements de la colonne vertébrale devraient être vérifiés et corrigés rapidement.

Dr Edmund S. Crelin, PhD, professeur réputé d’anatomie à la faculté de médecine de Yale, a servi de témoin expert dans cette affaire et a fourni les analyses détaillées des différentes déclarations. Au sujet de ce qui précède, il a dit :

Les nerfs ne délivrent pas de courant d’énergie neurale. Ce sont des cellules glandulaires qui produisent et libèrent une hormone (neurotransmetteur) responsable de la contraction et du relâchement musculaire ainsi que de la stimulation ou l’inhibition de la fonction excrétrice d’autres glandes, dont des cellules nerveuses. C’est tout ce qu’ils font, ni plus, ni moins. Ils ne conduisent pas d’électricité ou une autre forme d’énergie.

Quand une cellule nerveuse sécrète une hormone, des changements surviennent à la surface extérieure de sa membrane, ce qui permet aux ions chargés électriquement de voyager de façon échelonnée sur toute l’étendue du nerf. C’est ce qui se produit réellement quand on décrit un nerf comme « conduisant un influx » ou une « décharge. » Un nerf de la moelle épinière au niveau de l’espace intervertébral est en fait un tube mince de tissu connectif contenant les prolongements de millions de neurones. Ces prolongements sont les axones qui sont aussi décrits comme des « fibres. » Ce terme (fibres) peut prêter à confusion puisqu’il semble signifier une solidité semblable à un ensemble de fils fins. C’est totalement faux. Les axones sont des structures délicates, et fragiles. Puisqu’ils sont des prolongations cellulaires, ils ont besoin d’être alimentés tout le long des cellules qui leur servent d’enveloppes. Ainsi, il y a des vaisseaux sanguins délicats dans ce que l’on nomme nerf au niveau visible. Si sa compression ne détruit pas les axones, elle va s’opposer à la circulation sanguine. Le fait de comprimer un neurone, en n’importe quel point, peut engendrer une sécrétion. S’il s’agit d’un neurone sensoriel, cela envoie au cerveau l’information de la sensation douloureuse. S’il s’agit d’un motoneurone, l’hormone peut causer la contraction d’une cellule musculaire. Si les cellules nerveuses motrices allant à un muscle squelettique (à contraction volontaire) meurent, il peut être paralysé voire mourir. Cela est dû au fait que les motoneurones fournissent aux cellules musculaires des substances nécessaires pour leur survie, en plus de l’hormone que la cellule nerveuse sécrète pour faire contracter le muscle. Ceci n’est pas le cas avec les cellules neurales motrices allant aux glandes, au muscle cardiaque, ou aux muscles lisses (à contraction involontaire.) L’ablation complète des nerfs moteurs de la moelle épinière allant au cœur, aux glandes (salivaires, thyroïde, foie, pancréas, etc.) et aux muscles lisses des poumons, de l’œsophage, de l’estomac, de la vésicule biliaire, des intestins, etc. n’aurait que des effets transitoires. Les cellules des glandes, des muscles lisses, du muscle cardiaque ne feraient pas que survivre, mais elles fonctionneraient de manière autonome. Elles ne pourraient pas se dégrader de cette façon.

Cette affaire de 1975 aurait pu être déterminante, parce que la validité de la théorie chiropratique en était le point clé. Toutefois, il n’y a jamais eu de procès. Durant cette déposition, l’Assistant District Attorney est devenu juge et l’avocat du chiropraticien a été élu District Attorney, créant des conflits d’intérêts qui ne pouvaient pas être résolus. Le chiropraticien a cessé de diffuser les annonces publicitaires auxquelles je m’opposais, et le nombre de chiropraticiens qui acceptent ouvertement les théories de « pincement de nerfs » est maintenant plus réduit. Mais le concept disant que les désalignements de la colonne vertébrale (« subluxations ») sont responsables de problèmes de santé persiste et demeure partie intégrante de leur discours.

 

 


Pour en savoir plus : le neurone, site Web « Le cerveau à tous les niveaux ».

Des chiropraticiens en colère contre une publicité

Des chiropraticiens en colère contre une publicité

Dr Stephen Barrett

La World Chiropractic Alliance (WCA), une organisation vouée à « préserver et renforcer la chiropratique basée sur la subluxation dans le monde entier », s’inquiétait de la publication d’une annonce bien visible à l’extérieur d’un bus à Bridgeport et à Waterbury, dans le Connecticut. En 2006, un avocat agissant en son nom a informé la Greater Bridgeport Transit Authority (GBTA) que si la publicité n’était pas immédiatement retirée, la WCA et plusieurs chiropraticiens locaux intenteraient une action en justice et demanderaient aux autorités de l’État et fédérales de mener une enquête [1]. Cette annonce provenait du Chiropractic Stroke Awareness Group (‘‘CSAG’’, groupe de sensibilisation aux victimes d’accidents vasculaires cérébraux liés à des manœuvres chiropratiques). Aucune plainte n’a été déposée.

pub sur bus

Il me semble que la GBTA n’a rien fait de mal et n’a pas été intimidée. Sa position officielle était que :

L’espace publicitaire sur notre flotte de bus est considéré comme un « forum public » comme tout panneau publicitaire, donc protégé par le premier amendement de la Constitution américaine de la « liberté d’expression ». Cet amendement limite donc les annonceurs qui peuvent être rejetés indépendamment des préoccupations d’un organisme quelconque de la communauté. Le GBTA ne peut pas et ne s’engagera pas dans une démarche quelconque qui pourrait être interprétée comme préjudiciable ou partiale. Le GBTA ne cautionne ni ne soutient aucune des affirmations de nos annonceurs. La publicité concernée ne diffame personne ; elle se contente d’énoncer une question rhétorique courante dans les publicités des avocats et des professionnels des médias, qui demande si le lecteur a été lésé par une procédure effectuée par un chiropraticien. Nous vous remercions de nous avoir contactés.


ATTENTION : Les ajustements chiropratiques
peuvent vous tuer ou vous handicaper à vie.

Étant donné que l’annonce pointait vers le site Web Neck911, de nombreux chiropraticiens ont supposé que le Chiropractic Stroke Awareness Group en était le propriétaire. Or, ce n’est pas le cas. Neck911 était un réseau de professionnels qui fournissaient des consultations sur les complications dues à la manipulation du cou [2]. Son site Web était exploité par le Dr John W. Kinsinger, un anesthésiste qui a enquêté sur de nombreux chiropraticiens [3]. Le Dr Kinsinger m’a dit que ni lui ni Neck911 n’avaient à voir avec le contenu ou la mise en place des publicités. [Remarque : en 2011, le domaine a expiré et a été repris par des chiropraticiens qui en ont immédiatement modifié la teneur afin de promouvoir la manipulation du cou.]

En décembre 2005, le groupe de sensibilisation aux victimes d'AVC chiropratique a placé d’autres publicités contre les chiropraticiens. L’une d’elles utilisait le panneau d’affichage illustré à droite. L’autre a annoncé dans le Hartford Courant que :

Notre mission consiste à avertir les gens des risques liés aux ajustements chiropratiques et à aider les victimes, comme nous, et leurs familles, à retrouver une vie normale. Malheureusement, les manipulations chiropratiques ne sont pas totalement sûres et sans risque. Nous en sommes la preuve. Si vous ou un de vos proches avez été concerné, nous voulons avoir de vos nouvelles.

La Connecticut Chiropractic Association s’est plainte auprès de la société d’affichage et du journal et a publié une contre-publicité dans ce journal affirmant que les chiropraticiens ont « démontré son niveau de sécurité » et que l’« accent mis sur l’éducation et les progrès des patients, comme le montrent les recherches, sont des facteurs importants du succès de la gestion de la chiropratique… » [4]

L’accident vasculaire cérébral lié à la manipulation du cou par une pratique chiropratique se produit lorsqu’une artère du cerveau se rompt ou est obstruée par suite de l’étirement. Il existe des estimations disant que la probabilité d’une complication grave due à ce geste se situe entre une sur 5 000 et une sur 10 millions. Cependant, personne ne le sait vraiment car peu d’études systématiques ont été menées sur sa fréquence [5]. Neck911 a résumé la situation de la manière suivante :

La profession de chiropraticien a tenté d’ignorer ou de minimiser les réalités de cette conséquence dévastatrice. Ils affirment souvent que cela se produit lors d’une manipulation cervicale sur un million, ou qu’une personne est plus susceptible d’être frappée par la foudre. Récemment, un administrateur d’un éminent collège chiropratique du Midwest a été interrogé sur les accidents vasculaires cérébraux consécutifs à une manipulation des vertèbres cervicales hautes. [NdT: les lésions sont souvent le fait de manipulations entre C0-C1 et C1-C2]. Il a répondu que ce phénomène ne s’est JAMAIS produit. Bien sûr, cela est totalement faux puisque de prestigieuses revues médicales du monde entier ont décrit ces cas au cours des soixante dernières années.

La véritable préoccupation ne devrait pas porter sur la fréquence de cet événement, mais plutôt sur le rapport bénéfice/risque. Quelle que soit la rareté de la complication, si l’intervention présente peu ou pas d’avantages, alors un risque aussi grave que la mort ne peut être couru. C’est le cas de la manipulation chiropratique de la partie la plus haute du cou. Il s’agit d’une pratique qui est employée pour traiter tout, des infections de l’oreille chez les bébés à l’hypertension et à l’épilepsie chez les adultes. Il n’y a aucune preuve d’un quelconque bénéfice pour la majorité des affections pour lesquelles cette procédure est utilisée [6].

Peu de temps après que la GBTA a été menacée, WTNH-TV a diffusé une émission sur la publicité dans les bus qui décrivait le groupe de sensibilisation aux victimes d’accidents vasculaires cérébraux chiropratiques comme « des victimes, des membres de la famille et des amis traumatisés » par un traitement chiropratique et « dont la vie a été détruite » [7]. Deux membres sont apparus au programme. La première, identifiée comme « Britt », a déclaré qu’elle était parvenue à un règlement à l’amiable après avoir eu un accident vasculaire cérébral il y a environ trois ans dans le bureau de son chiropraticien. Britt a besoin d’une sonde d’alimentation parce qu’elle a perdu la capacité d’avaler. L’autre membre est Linda Solsbury, une ancienne infirmière qui a reçu des dommages et intérêts par décision de justice après avoir été victime d’un accident vasculaire cérébral lors d’un « ajustement », il y a 20 ans. Elle est partiellement paralysée, ne peut pas parler et doit utiliser un clavier pour communiquer. Le livre Chiropratique : le plus grand canular du siècle ? lui consacre un chapitre [8].

En 2008, le chiropraticien Stephen Pisherchia a été poursuivi et condamné pour avoir harcelé Britt par téléphone [9].

Un panneau dans le Connecticut, 2011
Un panneau de la Chiropractic Stroke Awareness, affiché le long des autoroutes du Connecticut (2011).

 

Références

  1. Lettre à Vincent J. Biondi et Ronald Kilcoyne, 8 mai 2006.
  2. À propos de Neck911. Site Web Neck911.
  3. Kinsinger JW. Neuf expériences avec des chiropraticiens. Chirobase.
  4. Connecticut State News. Dynamic Chiropractic Web site, accessed May 20, 2006.
  5. Barrett S. Le terrible secret des chiropraticiens. Quackwatch.
  6. What chiropractors are saying. Neck911 Web site, accessed May 20, 2006.
  7. Injured by a chiropractor ? WTNH-TV, May 24, 2006.
  8. The crippling of Linda Solsbury. In Chotkowski LA. Chiropractic : The Greatest Hoax of the Century ? Kensington, CT : New England Books, 2005.
  9. Un chiropraticien qui harcelait une victime d’AVC. Chiropractic Stroke Victims Awareness Group Web site, accessed March 3, 2009.

À voir également

  1. Un traitement chiropratique trop risqué?, La Presse.
  2. Les conséquences cachées de la chiropractie sur la santé, par Caroline Piquet.

 

Examen d’un Vegatest

Examen d’un appareil Vegatest,

par Robert Mosenkis - ingénieur biomédical.
Vegatest

Le présent rapport résume les conclusions de notre examen d’un instrument Vegatest I portant le numéro de série 701 274 et la date du 08/87, inscrit à la main dans un blanc (libellé « Datum ») sur sa plaque signalétique. En septembre 1997, nous avons ouvert l’unité et sa sonde et les avons examinées, puis avons effectué des tests opérationnels.

Le Vegatest I fonctionne à partir d’une alimentation murale. Il est logé dans un boîtier en plastique vert avec un panneau frontal en métal. Toutes les légendes sont en allemand. Vers l’avant de la partie supérieure se trouve un lourd bloc de métal ressemblant à de l’aluminium (décrit dans la littérature d’Apex Energetics comme un nid d’abeille) qui contient un certain nombre de trous, ou puits, d’une profondeur inférieure à l’épaisseur totale. Des ampoules de verre peuvent être placées dans les puits du nid d’abeille ; l’une d’elles, étiquetée Clostridium tertium, nous a été fournie.

Au-dessus du nid d’abeilles se trouve un panneau de huit interrupteurs à boutons-poussoirs interconnectés ; en appuyant sur l’un d’eux, celui qui était enfoncé est libéré. Le bouton le plus à gauche est étiqueté « Widerst » (« résistance » en allemand), et les autres sont numérotés de 1 à 7. À l’avant se trouvent six prises banane identifiées par deux lettres qui, nous a-t-on dit, correspondent à diverses parties du corps (par exemple, le cuir chevelu) auxquelles on peut brancher des électrodes. Au cours de notre examen de l’intérieur de l’appareil, nous avons déterminé que les sept interrupteurs sont reliés à ces prises. Sur la face avant, les deux sondes sont reliées à un connecteur multibroche.

Il y a à droite du nid d’abeille un bouton de commande qui actionne un potentiomètre commuté. Au-dessus, deux LED dans une boîte étiquetée Akku (batterie) – une verte, marquée Ladung (charge), et une rouge, marquée Entladen (décharge). Une partie presque verticale du panneau frontal contient un compteur, gradué de 0 à 100 ; un interrupteur, étiqueté Ein et Aus ; et une LED rouge, étiquetée 0… 2,5 N (ce qui pourrait signifier newtons, une unité de force). Aucune des LED rouges ne s’est allumée pendant notre enquête.

Lors de notre première expérience, nous avons constaté que le compteur indique normalement zéro et qu’il n’y a pas d’émission de son. En tenant la grande sonde cylindrique (que nous appellerons sonde de référence) dans une main et en appuyant la pointe de celle de plus petit diamètre (que nous appellerons sonde active) contre des parties de la main opposée, l’aiguille du compteur a dévié et un signal sonore a été émis à l’arrière de l’appareil. Plus on appuyait la sonde active contre la peau, plus le son devenait fort et aigu, et plus la déviation de l’aiguille était importante. Cela ne se produisait que lorsque l’on appuyait sur le bouton le plus à gauche des huit et que l’interrupteur était en position Ein. Il y a aussi un petit bouton-poussoir sur la sonde active. En appuyant sur ce bouton, l’aiguille dévie vers la valeur maximale, et ce quel que soit le contact du patient avec la sonde. Pour atteindre un point de départ cohérent lors de tests ultérieurs, nous avons toujours positionné le réglage afin d’obtenir une valeur de 100 avec le bouton de la sonde enfoncé. Cela s’est produit avec le bouton complètement tourné dans le sens antihoraire ou dans la position « clic » obtenue au-delà ; toute rotation dans le sens horaire avec le bouton de sonde enfoncé entraînant une déviation extrême de l’aiguille du compteur.

Nous avons ouvert le Vegatest I et avons constaté qu’il contient un circuit imprimé assez complexe qui comprend, entre autres composants de haute qualité, quatre microcircuits (‘CMPS’), quatre potentiomètres de réglage avec du mastic pour conserver leur position, une alimentation électrique et une batterie rechargeable de 9 V, L’appareil est très bien construit. Aucun des conducteurs ou fils n’est blindé, signe qu’il n’y a pas de hautes fréquences dans le circuit. La carte de circuit imprimé semble avoir prévu des composants supplémentaires ; peut-être que ceux-ci sont utilisés sur d’autres modèles, ce qui n’est pas inhabituel. L’arrière du nid d’abeilles est, comme prévu, en métal solide. Des fils non blindés sont attachés à deux points du boîtier. Un point de connexion est muni de deux fils : l’un va au circuit imprimé, l’autre à une prise banane verte sur le panneau latéral de l’instrument.

La sonde active est de la taille d’un stylo plume épais. Elle a un corps en métal et une pointe en plastique gris avec une petite électrode à bille dépassant de l’avant. Nous avons dévissé la pointe et l’électrode à bille a suivi (elle tenait par ajustement serré sur la partie interne de l’électrode). Nous avons ensuite ouvert la sonde active ; elle contient deux étroites cartes de circuits imprimés séparées par un microcontact à une extrémité et un petit bloc de laiton à l’autre. Comme pour l’instrument lui-même, ces cartes de circuit imprimé prévoient des composants ou des fils supplémentaires, non utilisés dans ce modèle. L’électrode à bille s’emboîte sur une pièce interne en laiton, qui a à peu près la taille et la forme d’une recharge de stylo à bille. Un ressort de compression à l’arrière de cette pièce semble maintenir la sonde rentrée. Ce ressort nous a laissé perplexes, car il n’y a aucune possibilité que la sonde soit sortie en utilisation normale ; il se peut que cela participe au contact électrique avec la pièce en laiton.

Aucun mode d’emploi ne nous avait été fourni, seulement de la documentation promotionnelle d’Apex Energetics. Avec le boîtier ouvert, nous avons fait un certain nombre de mesures. Tout d’abord, l’appareil étant débranché, nous avons mesuré la tension aux bornes de la batterie rechargeable ; cette batterie de 9 V affichait 1,5 V, suggérant qu’elle n’était plus chargée. Nous avons ensuite branché l’appareil sur le secteur (il n’a pas d’interrupteur marche/arrêt), et la tension de la batterie est passée à 16,5 V. Nous n’avons pas pu déterminer son utilité. Les deux sondes – active et passive – ont été connectées et reliées à un voltmètre. Sans contact avec le patient, nous avons relevé 1,6 V continus et environ 30 mV à 60 Hz (cette dernière, étant beaucoup plus petite que la tension continue, était très probablement une valeur d’interférence parasite, et nous avons ignoré la tension AC). En appuyant sur le bouton de la sonde active, ce qui affiche une valeur de 100, la tension de la sonde est tombée à zéro ; court-circuiter les deux sondes ensemble a donné les mêmes résultats.

Nous avons connecté une boîte de résistance à décades à la sonde et avons constaté qu’il fallait une valeur de 150 kiloohms pour que le compteur affiche 50 (soit la moitié de la valeur maximale), et que la tension continue à travers la sonde tombait à 0,8 V (c.a.d était divisée par deux). Ainsi, l’impédance de source de l’instrument, telle que vue par les sondes, est d’environ 150 kiloohms. Des valeurs de résistance plus élevées ont fait baisser la valeur du compteur (ainsi que la hauteur et le volume de la sortie audio), tandis que des valeurs plus faibles ont eu l’effet inverse. Les données fournies par le compteur et la sortie audio étaient directement liées à la valeur de résistance connectée entre les sondes. Nous n’avons pas été surpris de constater que le déplacement de l’ampoule en verre dans les différents puits du nid d’abeille n’avait aucun effet sur les lectures.

Vegatest

Ensuite, nous avons attaché la sonde active à un dynamomètre, de façon à pouvoir la presser contre la main avec une force connue, tout en tenant la sonde passive dans l’autre main (l’intensité du serrage, au-delà d’une petite valeur minimale, n’avait aucune influence). Nous avons constaté que le fait de presser la pointe de la sonde contre diverses parties de la main avait des effets différents. À certains endroits, il fallait une force d’au moins 1 kg pour obtenir des lectures significatives, alors qu’à d’autres endroits (surtout au niveau de la commissure interdigitale, qui a tendance à être plus humide), on obtenait les mêmes lectures avec une force de 200 à 300 grammes. En appuyant sur la sonde avec une pression constante, on obtient une valeur qui baisse sur une période de 10 à 15 secondes. Le fait de presser la sonde contre une alliance en or (qui a une grande surface de contact avec le doigt) a donné une valeur plus élevée et plus constante, d’environ 45. En versant une petite quantité de solution saline normale sur les mains et en la laissant sécher partiellement, on a aussi obtenu des valeurs plus élevées pour une pression donnée.

Déplacer l’ampoule de verre dans divers puits du nid d’abeille n’a eu aucun effet sur les lectures avec la sonde contre des parties de la main (la personne qui manipulait la fiole n’était pas la même que celle qui tenait la sonde active). Ceci est conforme à nos attentes, étant donné que le nid d’abeilles est fait d’un bloc de métal solide, et ce d’autant plus que l’ampoule est en verre, un matériau électriquement non conducteur.

À nouveau, nous avons branché la boîte de résistance à décades à la sonde et avons constaté que 500 kiloohms donnaient une valeur de 22 et une tension continue de 1,26 V. Nous avons retiré la boîte de résistance et pressé la sonde active contre la main d’un sujet, avec une force suffisante pour obtenir une lecture de 22. La tension continue était de 1,26 V, la même qu’avec la boîte de résistance.

Bien que nous soyons quelque peu incapables d’expliquer la complexité de ses circuits et la « rétro-ingénierie », ces circuits dépassant notre cadre, les investigations décrites ci-dessus suggèrent que le Vegatest I est simplement un instrument de mesure de la résistance (peut-être même très précis). Nous n’avons pas étudié l’utilisation du panneau de prises bananes, censées être destinées à la connexion d’autres électrodes.


M. Mosenkis a été président de CITECH, une des douze entreprises accréditées pour évaluer de nouvelles applications de dispositifs médicaux soumises à la FDA. Il a été pendant de nombreuses années rédacteur en chef de Health Devices, un magazine similaire à Consumer Reports mais écrit pour les grands acheteurs de dispositifs médicaux.

NAET, la technique d’élimination des allergies de Devi Nambudripad

NAET, la technique d’élimination des allergies de Devi Nambudripad

Dr Stephen Barrett

La technique d’élimination des allergies de Nambudripad (NAET) est une étrange méthode de diagnostic et de traitement. Elle repose sur une notion disant que les allergies sont causées par un « blocage énergétique », qui peut être détecté grâce à des tests musculaires, et traitées définitivement par des techniques d’acupression, parfois associées à de l’acupuncture (ces allégations étaient présentes sur son ancien site Web). On doit son développement à Devi S. Nambudripad, infirmière formée en acupuncture, chiropraxie, kinésiologie, et titulaire d’un diplôme en médecine attribué par une université qui n’est plus reconnue par la Californie depuis 1995 (ce point est développé ici). En octobre 2002, la base de données « Doctor Locator » du site recensait 803 praticiens NAET aux États-Unis (contre 776 en 1999) et 51 au Canada, la majorité étant chiropraticiens ou acupuncteurs. Nambudripad a également créé la fondation Nambudripad's pour la recherche sur l’allergie (Nambudripad's Allergy Research Foundation, NARF), qui envoie aux membres une lettre d’information bimensuelle pour une suscription annuelle de 36 $.

Histoire douteuse.

Dans son livre « Say Goodbye to Illness » (« Dis au revoir à la maladie »), Nambudripad déclare avoir souffert d’une multitude de problèmes de santé dans son enfance, en particulier d’un eczéma sévère jusqu’à l’âge de sept ou huit ans, et une arthrite qui aurait débuté vers ses huit ans. Jeune adulte, elle souffrait de sinusites, bronchites, voire de pneumonies, avait fréquemment des insomnies et des migraines, et montrait une dépression clinique. Pendant cette période, elle dit avoir essayé de nombreux médicaments, consulté plusieurs médecins et nutritionnistes, mais :

Tous les médicaments, vitamines, et herbes me rendaient bien plus malade, et c’était encore pire en suivant les conseils nutritionnels. Je me sentais constamment nauséeuse, chaque centimètre de mon corps me faisait mal. Je tenais grâce à l’aspirine, avec des doses allant jusqu’à 30 comprimés par jour [1: xi].

Au cours de sa formation en chiropratique, elle s’est sentie mieux grâce à une séance d’acupression administrée par une conférencière qui, par la suite, lui a préconisé de ne plus consommer aucun aliment sauf du riz blanc et des brocolis. Ensuite :

Après une semaine de régime, j’ai essayé de réintroduire d’autres aliments. Mes anciens troubles réapparaissaient progressivement. J’ai recommencé à ne me nourrir que de riz blanc et de brocolis et je m’y suis maintenue durant trois ans et demi. De temps en temps, j’essayais de petites quantités d’autres aliments mais les symptômes d’arthrite revenaient. Je ne pouvais pas manger de salade, fruits ou légumes, parce que j’étais très allergique à la vitamine C. Je ne pouvais pas manger de céréales complètes, car elles contiennent des vitamines du complexe B. Je ne pouvais pas manger de fruits, de miel ou d’autres produits riches en sucres, qui engendraient une fatigue extrême, car je suis très allergique au sucre. Je ne pouvais pas consommer de lait ou de produits laitiers, car j’étais allergique au calcium. J’étais extrêmement allergique à tous les poissons, à cause de mon allergie à la vitamine A. J’étais allergique aux produits à base d’œufs, qui causaient des problèmes dermatologiques. J’étais allergique à tous les types de haricots, dont le soja, qui provoquaient de fortes douleurs articulaires. Les épices me donnaient de l’arthrite de toutes les petites articulations. Presque tous les tissus, excepté la soie, me démangeaient et généraient des douleurs articulaires et une fatigue extrême. Mon professeur d’acupuncture confirma mes doutes. J’étais tout simplement allergique à tout ce qui se trouve sous le soleil, ainsi qu’au rayonnement solaire [1: xiii-xiv].

Après « avoir mangé du riz et des brocolis pendant trois ans et demi », elle s’est soudainement sentie mieux durant une séance d’acupuncture qu’elle s’administrait tout en étant en contact avec des carottes. Elle a alors tenté à nouveau de manger des carottes et découvert qu’elle n’y était plus allergique. Elle explique cet événement par le fait que les carottes se situaient à l’intérieur de son champ électromagnétique :

Pendant la séance d’acupuncture, mon corps est probablement devenu un chargeur suffisamment puissant pour modifier la charge contraire de la carotte afin qu’elle corresponde à ma charge. Cela a supprimé mon allergie aux carottes. J’ai testé et traité mon mari et mon fils, et en quelques semaines nous n’étions plus allergiques à de nombreux aliments qui nous rendaient malades… Plus tard, j’ai étendu cette pratique à mes patients qui souffraient de multiples symptômes liés à des allergies [1: xvi].

Je n’ai pas moyen de déterminer ce qu’a réellement vécu Nambudripad, mais je peux dire que son histoire n’est pas crédible.

  • Prendre « presque 30 aspirines par jour » est susceptible de provoquer des effets secondaires extrêmement graves. Une dose adulte contient 325 mg d’aspirine, avec 30 doses, on arrive à 9 750 mg soit 9,75 grammes. Au-dessus de 4 grammes par jour, il survient un fort risque d’acouphènes, de vertiges, une augmentation du rythme respiratoire et de graves déséquilibres métaboliques. De si hautes doses peuvent également provoquer de forts maux d’estomac ainsi que d’importants troubles hémorragiques. Des décès ont été rapportés suite à des prises uniques allant de 10 à 30 grammes [2].
  • Les allergies sont un phénomène de réaction aux protéines uniquement, et non aux vitamines, minéraux ou sucres. Il est possible d’être allergique aux œufs, aux poissons et/ou au lait, mais affirmer avoir été allergique aux vitamines A, B, aux vitamines du complexe B (soit 10 des 13 vitamines !), au calcium et aux sucres est absurde.
  • Un régime composé de riz et de brocolis ne contiendrait pas de vitamine B12 et une quantité insuffisante de fer, de protéines et de plusieurs autres nutriments. Curieusement, il serait très riche en vitamine C et en vitamine A, deux des éléments auxquels Mme Nambudripad affirme avoir été allergique.

Théories particulières

Nambudripad décrit NAET comme « une méthode innovante et totalement naturelle pour retrouver une santé parfaite, avec une suppression totale et permanente des allergies et des maladies qui y sont liées » [4]. Elle affirme qu’ « il n’y a guère de maladies ou d’affections qui n’impliquent pas un facteur allergique » [1:3] et que « la majorité des pathologies courantes, comme les céphalées, les douleurs lombaires ou articulaires, les dépendances, le syndrome prémenstruel, l’indigestion, la toux, les courbatures et bien d’autres sont en fait des allergies non diagnostiquées. »

Scientifiquement, l’allergologie définit le phénomène allergique comme une réaction du système immunitaire survenant lorsque l’organisme est sensibilisé à une substance (l’allergène), généralement une protéine. La combinaison entre protéines responsables de l’allergie et anticorps (majoritairement les immunoglobulines de type E, IgE) déclenche la libération d’histamine et d’autres composés, responsables des éruptions cutanées et des autres symptômes.

Nambudripad affirme que les allergènes qui entrent dans l’organisme provoquent un conflit entre le « champ d’énergie » de l’allergène et celui des personnes allergiques. Elle déclare :

Une allergie se définit par l’effet d’une substance sur le flux énergétique corporel. Les allergies résultent de déséquilibres énergétiques au sein du corps humain, ce qui entraîne une dégradation du fonctionnement normal d’un ou de plusieurs organes.
Quand l’on entre en contact avec un allergène, celui-ci provoque des blocages des voies énergétiques, que l’on appelle les méridiens. Pour le dire autrement, il perturbe le flux normal de l’énergie qui circule par les voies électriques du corps. Ce blocage énergétique provoque des interférences dans la communication entre le cerveau et le corps via le système nerveux. Ce flux d’énergie bloqué est la première étape de la série d’événements pouvant générer une réaction allergique [4].

Nambudripad affirme également que :

  • les antécédents familiaux de cancers sont importants, car ils peuvent être transmis aux enfants par héritage allergique [1:51] ;
  • si l’on présente une allergie aux produits chimiques, de l’énergie néfaste peut s’introduire dans le corps par la peau, provoquant ainsi le blocage des voies énergétiques du corps [1:12];
  • les déséquilibres énergétiques entraînant une allergie peuvent être consécutifs à un accident grave, une opération importante, une maladie infantile ou bien à un choc émotionnel [1:14].

Méthodes diagnostiques et thérapeutiques douteuses

Bien que Nambudripad recommande de réaliser un bilan standard des antécédents allergiques, sa principale méthode diagnostique consiste en un test musculaire (on peut regarder une démonstration ici) au cours duquel des substances sont placées dans la main du patient et où le praticien évalue la résistance du bras du sujet à une tentative de mobilisation. Une faiblesse musculaire est censée indiquer une allergie provoquée par la substance. On peut également réaliser un « test de substitution » pour les jeunes enfants et les adultes affaiblis ou diminués. Le substitut touche alors la peau du patient pendant que le praticien effectue le test musculaire sur cette personne de substitution. Certains praticiens utilisent un appareil d’ “électrodiagnostic” permettant de mesurer la résistance cutanée grâce à l’émission d’un faible courant électrique [5].

À la suite du test, le praticien traite des points spécifiques d’acupuncture sur le dos en utilisant une forte acupression, soit manuelle, soit avec un appareil de pression pendant que le patient tient l’allergène dans sa paume et palpe l’échantillon du bout des doigts. Tous les patients âgés d’au moins 10 ans reçoivent également un traitement d’acupuncture par aiguilles ou d’acupression sur l’avant du corps. Alors :

Après 15 à 20 minutes d’attente au cabinet, les patients sont à nouveau soumis au test musculaire avec l’allergène en main. Si le traitement a réussi, le bras du patient oppose une forte résistance à la pression du praticien. Le patient doit alors se laver les mains ou se les frotter pendant une minute. On leur demande d’éviter toute exposition à l’allergène pour lequel ils viennent d’être traités pendant 25 heures. Il leur est également recommandé de lire « The NAET Guidebook » afin de savoir quels aliments consommer durant ces 25 heures. Pour le traitement NAET de la colonne vertébrale, le praticien NAET et le patient doivent être seuls dans la pièce afin d’éviter toute « interférence électromagnétique » [6] Nambudripad affirme qu’une tierce personne pourrait “voler” le traitement [3:6].) À la visite suivante, le praticien effectue à nouveau un test avec l’allergène. Si le résultat est satisfaisant, le praticien peut alors travailler sur une autre substance. On recommande généralement un cycle de 30 à 40 visites, avec une ou deux par semaine. Nambudripad affirme également que NAET peut être utilisée de manière préventive chez les personnes en bonne santé [3:14].

Selon le guide NAET (« The NAET Guidebook »), on peut estimer les carences en suppléments spécifiques en faisant tenir en main au patient un supplément tandis que le praticien tire sur l’autre bras. Le guide nous indique qu’une faiblesse montre une allergie. Si le patient résiste suffisamment, le praticien ajoute alors des pilules une à une jusqu’à ce que le bras du patient soit ressenti “faible”. Le nombre de pilules que le patient tient en main indique alors « la carence totale de ce jour, en l’état actuel. » Selon le livre,

Ce nombre peut aller de 1 ou 2 comprimés à plusieurs milliers, en fonction de la carence. Par exemple, dans certains troubles nerveux, la carence en vitamines du complexe B peut atteindre de 20 000 à 30 000 grammes.

Si la carence est de 1 à 6 comprimés, il n’est pas utile de prendre des suppléments. Des repas équilibrés répondront aux besoins.

Si la carence est supérieure à 6 – 10 comprimés (ou de 6 à 10 fois l’apport journalier recommandé, AJR), il faut prendre un comprimé de supplément par jour. Si la carence se compte en plusieurs dizaines, centaines ou milliers, il faut supplémenter avec 4 à 6 fois l’apport journalier recommandé en ce supplément…

Des suppléments aux mégadoses sont souvent utilisés durant plusieurs mois dans les cas suivants : arthrite, fibromyalgie, fatigue chronique, troubles chroniques liés à l’allergie, perte de cheveux, constipation, maladies dégénératives, cancer, etc. [3:21]

La procédure de test musculaire NAET est une émanation de la kinésiologie appliquée, discipline pseudo-scientifique basée sur la notion que chaque dysfonction organique s’accompagne d’une faiblesse musculaire spécifique. Il n’y a aucune preuve scientifique que cela soit vrai, et les variations d’un test à l’autre sont dues à la suggestibilité, la fatigue musculaire (à cause des tests répétés) ou aux variations de la technique de test. L’idée que la quantité de pilules tenues en main puisse être perçue d’une façon qui pourrait influencer la force musculaire est absurde. Qu’une personne puisse être “carencée” de 20 000 à 30 000 grammes est une notion encore plus absurde. On parle tout de même de 20 à 30 kilos ! En outre, la majorité des suppléments vitaminiques contient moins d’un gramme de vitamines et/ou minéraux. Sans oublier que 20 000 pilules ne peuvent pas tenir dans une seule main.

Curieusement, le site web de Nambudripad met en garde les patients envers « les cliniques où des médecins promettent des traitements de suppression de l’allergie NAET qui n’en sont pas. » Les méthodes listées sont : (a) positionnement de lames colorées à divers endroits du corps, (b) rester allongé sur un lit spécial en tenant un allergène, (c) manipuler une sorte de « repas numérique » dans une machine aux nombreuses lumières clignotantes tandis « qu’il se prononce tout un charabia », (d) toucher certaines parties du corps en restant assis seul tout en pensant à l’allergène ou bien à « la pensée allergique », (e) prescrire entre 400 et 500 dollars de compléments, vitamines, enzymes ou gouttes sublinguales dès la première visite sans ôter l’allergie, et (f) utiliser un laser sur le dos du patient pendant qu’il tient l’allergène en main [6].

BioSET

BioSet (« Bioenergetic sensitivity and enzyme therapy », Sensibilité Bioénergétique et Thérapie Enzymatique) est une variante de NAET développée par Ellen Cutler, DC, qui officiait alors au BioSET Institut à Larkspur en Californie. Ses prétentions sont que BioSET permet des résultats plus durables par l’ajout d’enzymes digestives et par une méthode de “détoxification” du corps [7]. Dans le livre de Cutler, « The Food Allergy Cure » (« le traitement de l’allergie »), on peut trouver ce type d’informations :

  • « BioSET utilise des outils issus des techniques d’acupuncture, de la chiropratique et de la kinésiologie pour localiser et éliminer les blocages dans les voies électromagnétiques spécifiquement liés aux allergènes. » [8:6]
  • « Pratiquement n’importe quel symptôme peut être la conséquence d’un blocage causé par un allergène. » [8:7]
  • On teste les “allergies alimentaires” en « plaçant la substance à tester accompagnée de sucres dans une fiole en verre et en la déposant dans la main du patient. On effectue alors un test musculaire sur le bras opposé. En cas d’allergie, la pression exercée sur le bras tendu réduit ou annihile la résistance opposée. » [8:159-168]
  • Une fois les “blocages” du patient identifiés, elle utilise de l’acupuncture ou des techniques modifiées de chiropraxie pour stimuler des points situés sur la colonne vertébrale du patient, ce « qui contribue à équilibrer les champs électromagnétiques du corps en relation avec l’allergène. » [8:9]
  • Pratiquement tout le monde souffre de « surcharge toxique », pour laquelle elle peut préconiser la pratique du jeûne, des cures de jus, une modification du régime alimentaire, une respiration régulière et profonde, le brossage des cheveux, des « bains détoxifiants », les saunas, des lavements au café, des enzymes, de l’homéopathie, l’utilisation d’un filtre à eau et de réduire au maximum l’exposition aux champs électromagnétiques. [8:181-209]

Cutler a essayé de déposer comme marque déposée BioSET, mais l’office des brevets des États-Unis ne l’a toujours pas approuvée à l’heure actuelle. Bioset® est une marque déposée pour Bioset, Inc., fondée à Houston, Texas, et qui n’a aucun lien avec les activités de Cutler. Cette société, qui produit et commercialise le processus BIOSET pour la gestion des boues, existe depuis 1995 et s’est opposée à la demande de dépôt de Cutler.

Cutler affirme que plus d’un millier de praticiens dans le monde utilisent BioSET [8:5], mais son site n’en référence aucun. En octobre 2002, une recherche Google renvoyait plus de 10 fois plus de liens vers des praticiens NAET que vers des praticiens BioSET. Comme NAET existe depuis plus longtemps, et compterait moins de 1000 praticiens, il est probable que le nombre donné par Cutler soit le nombre de praticiens de NAET, selon la base de données de Nambudripad, additionné au nombre de praticiens affiliés à BioSET.

En 2002, Cutler et Nambudripad ont obtenu le diplôme “MD” de l’université des sciences de la santé d’Antigua (UHSA), qui propose un cursus diplômant en médecine que les chiropraticiens peuvent compléter en 27 mois. Les étudiants reçoivent des crédits pour deux ans de cours de base de sciences suivis dans une école de chiropraxie. Le cursus de l’UHSA est constitué de 3 mois de cours préparatoires (pouvant être suivis en ligne) et de 24 mois de sciences cliniques. Pour cette formation clinique, les étudiants doivent d’abord trouver un hôpital qui leur fournira cette formation, soit aller dans un hôpital affilié à l’UHSA en Ohio. (L’UHSA ne divulgue le nom de l’établissement que lorsque l’étudiant est inscrit et a réglé ses frais de scolarité.) Le programme de l’UHSA est manifestement inférieur à la formation médicale standard aux États-Unis, et l’école n’est pas accréditée par l’Accreditation Council for Continuing Medical Éducation (l’agence chargée de délivrer les accréditations des facultés de médecine reconnue par le département américain pour l’éducation.) Toutefois, ses diplômés qui passent l’examen américain de licence médicale (USMLE) semblent être admissibles à une formation complémentaire et à un permis d’exercer – mais pas en Californie, où Nambudripad et Cutler exercent.

NAET “émotionnelle”

La forme la plus étrange de NAET que j’ai pu rencontrer est apparue dans une affaire récente intentée par une femme envers Walter J. Crinnion, ND., un naturopathe semi-retraité pratiquant depuis plusieurs années près de Seattle, dans l’état de Washington. Crinnion enseigne également la « médecine environnementale » à l’université Bastyr (une des écoles de naturopathie les plus connues) et a rédigé un chapitre sur ce sujet dans le principal manuel de naturopathie. Parmi d’autres requêtes, il était demandé le remboursement du coût des séances. Les pièces versées au dossier montrent qu’elle a versé à Crinnion 30 521 $, pour 286 visites en 3 ans, durant lesquelles il la traitait pour des céphalées qu’il attribuait à des abus sexuels subis durant l’enfance et à des toxines environnementales.

Les services de Crinnion comprenaient des séances durant lesquelles il tenait la main de la patiente dans la sienne pendant qu’elle lui parlait ou qu’ils restaient assis silencieusement. Au cours des séances, qui se passaient à son domicile personnel, Crinnion se posait des questions en plaçant le troisième doigt de son autre main sur son propre index et en appuyant dessus pour « tester la force » de ce doigt. Dans sa déposition, Crinnion déclare que la résistance de son index lui indiquait s’il devait répondre par oui ou par non. À diverses reprises, il a pressé le dos de la patiente pour la “désensibiliser” des substances ou émotions qu’il supposait être à la source du problème. Il a également prétendu « équilibrer son énergie » avec ses mains, en touchant sa tête ou en effectuant des mouvements dans l’air à quelques centimètres de son corps [9]. Dans le rapport remis au juge, j’ai décrit les sessions comme « deux personnes se tenant la main avec l’une qui rémunère l’autre pour appuyer sur son dos et penser à elle. » Crinnion qualifie cette procédure de « NAET émotionnelle ». Je considère qu’il s’agit d’une combinaison d’abus et de fraude.

NAET vétérinaire

NAET a également conquis certains vétérinaires. Ses principaux promoteurs sont Roger Valentine, D.V.M., et Rahmie Valentine, O.M.D., L. Ac., qui tenaient auparavant un centre “holistique” pour animaux de compagnie à Santa Monica en Californie. Ils affirment que « NAET vétérinaire est une méthode idéale de diagnostic et de traitement pour toute pratique vétérinaire holistique » [8]. Leur site web « NAET veterinary », désormais inaccessible, recensait environ 100 praticiens. Les troubles allergiques qu’ils prétendent soigner avec NAET comprennent « lésions éosinophiles, réaction aux produits chimiques, réaction vaccinale, pathologies intestinales “idiopathiques”, gingivite, gastrite, cystite, sinusite, rhinite, asthme, constipation, diabète sucré, infections chroniques récurrentes, conjonctivite, otite externe, pellicules, dermatite séborrhéique et pancréatite, ainsi que les affections allergiques communément admises : surtoilettage, dermatite allergique aux piqûres de puce, intolérances alimentaires et bronchite allergique. » [10] (On trouve aujourd’hui une clinique aux prétentions similaires à San Diego, mais les Valentine n’y exercent pas.) Pour l’évaluation, ils effectuent un test musculaire dit de “substitution” au niveau du rachis d'une personne (le substitut), qui touche l’animal :

Le traitement NAET destiné aux animaux consiste en une stimulation des nerfs spinaux du substitut. En maintenant le contact avec l’animal et l’allergène identifié, de l’acupression est appliquée en des points méridiens spécifiques le long de la colonne vertébrale du sujet. Cela active l’ensemble des nerfs spinaux, ce qui déclenche ainsi une nouvelle reconnaissance de l’allergène par le système nerveux. Il s’agit d’une reprogrammation réelle du système nerveux qui va alors reconnaître l’allergène différemment. Cet allergène n’est alors plus perçu comme irritant et “mauvais”, mais comme une nouvelle substance neutre. Le corps se trouve alors dans un état d’équilibre en présence de l’allergène et n’y réagit plus. Pour les humains, on complète le protocole par une stimulation de points d’acupuncture pour renforcer la nouvelle identification [10].

En 2012, des sanctions disciplinaires ont été menées envers Roger Valentine par le conseil médical vétérinaire (le ‘‘Veterinary Medical Board’’ est l’organisme qui réglemente les activités de médecine vétérinaire en Californie). Il a été décidé de suspendre les 3 années de probation et de maintenir sa révocation, avec une date d’effet au 24 mai 2012. Les motifs retenus sont : négligence et/ou incompétence avec 3 chefs d’accusation pour négligence, défaut de tenue administrative correcte des dossiers, pratique illégale de la médecine, pratique de la médecine sans autorisation d’exercer, défaut de conformation à la législation [11].

Un cas fatal

En 2009, un journal irlandais rapporte qu’un homme de 43 ans, Thomas Schatten, a subi un choc anaphylactique au cours d’une visite chez un chiropraticien qui utilisait NAET pour traiter son allergie aux cacahuètes. Durant la séance, après avoir mangé un petit morceau de cacahuète, il fut pris de toux suivie d’une sensation d’oppression thoracique et décida de rentrer chez lui. Ni lui, ni le chiropraticien n’ont reconnu les symptômes d’une réaction anaphylactique. L’état de Schatten a continué à se dégrader une fois à domicile, et il est décédé 90 minutes plus tard [12].

Actions réglementaires

Dans deux états, des commissions réglementaires ont pris des mesures concernant l’utilisation de NAET :

  • Le Virginia Board of Medecine a sanctionné deux chiropraticiens pour avoir formulé des allégations irréfutables liées à NAET : Dylan Levesque, D.C., en 2001 et 2007 [13], et Éric Berg, D.C., en 2007 [14].
  • En 2008, le Kansas Board of the Healing Arts a émis une déclaration de principe classant NAET dans la catégorie des « pratiques inadmissibles ». Le document indique, sans donner de noms, qu’au moins un praticien a été sanctionné [15].

En 2011, la cour fédérale d’Australie a confirmé une décision de la commission australienne de la concurrence et de la consommation. Celle-ci concerne trois entreprises et deux personnes physiques ayant émis des allégations fausses et induit en erreur les consommateurs quant aux capacités de NAET à diagnostiquer et à soigner les allergies [16].

Conclusion

NAET est en opposition totale avec les concepts d’anatomie, de physiologie, de pathologie, de physique et d’allergie validés par la communauté scientifique. L’histoire de sa “découverte” est fortement invraisemblable. Son approche diagnostique fondamentale – le test musculaire pour les “allergies” – n’a aucun sens et dépiste à coup sûr des problèmes qui n’existent pas. Les restrictions alimentaires qu’elle préconise, basées sur des allergies inexistantes, exposent fortement le patient à un risque élevé de carences nutritionnelles, et chez les enfants, au risque de développer des troubles des conduites alimentaires ainsi qu’à des troubles sociaux. Je pense que les praticiens utilisant NAET ont une capacité de jugement bien trop médiocre pour continuer à être autorisés d’exercer. Si vous entrez en contact avec un praticien s’appuyant sur ces pratiques, demandez aux autorités compétentes de votre état ou pays d’ouvrir une enquête.

Références

  1. Nambudripad DS. Say Goodbye to Illness. Buena Park, CA : Delta Publishing Co., 1993.
  2. Goodman AG, Goodman LS, Gilman A. The Pharmacological Basis of Therapeutics, 6th edition. New York : Macmillan Publishing Co., 1980, p 695.
  3. Nambudripad DS. The NAET Guide Book : The Companion to « Say Goodbye to Illness. » Third edition. Buena Park, CA : Delta Publishing Co., 1999, p 21.
  4. Nambudripad DS. What is NAET? NAET Web site, Oct 11, 1999.
  5. Cutler EW. Winning the War against Immune Disorders & Allergies. Albany, NY : Delmar Publishing, 1998.
  6. Nambudripad DS. An open letter to NAET patients. NAET Web site, accessed Oct 14, 1999.
  7. Zacherl TW. What is BioSet ? About.com Web site, accessed Oct 25, 2002.
  8. Cutler EW. The Food Allergy Cure. New York : Harmony Boks, 2001.
  9. Crinnion WJ. Deposition in Superior Court of the State of Washington (King County) Case No. 00-2-30314-9 KNT, Jan 3, 2002, pp 50-55.
  10. Valentine R, Valentine R. Veterinary NAET : The veterinary application of NAET ; a breakthrough approach to allergy resolution. Veterinary NAET Web site, accessed Aug 10, 2000.
  11. Department of Consumer Affairs Veterinary Medical Board, Disciplinary Actions July 2011 – June 2012.
  12. O'Halloran G. Man died an hour after being treated for peanut allergy. Independent.ie, April 25, 2009.
  13. Barrett S. Dylan Lévesque, DC sanctionné deux fois pour marketing inapproprié. Casewatch, Nov 26, 2011.
  14. Barrett S. Action disciplinaire contre Eric Berg, DC. Casewatch, Feb 5, 2008.
  15. Policy statement regarding experimental treatments (p. 63). Kansas Board of the Healing Arts, April 6, 2008.
  16. Court finds allergy treatment claims misleading. ACCC news release, March 11, 2011.

Appareils d’« électrodiagnostic » des charlatans

Appareils d’« électrodiagnostic » des charlatans

Dr Stephen Barrett

Les appareils décrits dans cet article sont utilisés pour diagnostiquer des problèmes de santé inexistants, pratiquer des traitements inappropriés et frauder les compagnies d’assurance. Les praticiens qui en font usage se bercent d’illusions ou sont malhonnêtes, ou les deux. Ces dispositifs devraient être confisqués et leurs utilisateurs poursuivis. N’hésitez pas à les signaler à l’organisme chargé de la sécurité sanitaire de votre pays, ainsi qu’aux assurances et mutuelles pouvant être concernées.

Des milliers de praticiens utilisent des dispositifs dits d’« électrodiagnostic » pour les aider à choisir le traitement à appliquer. Beaucoup prétendent identifier la cause de la maladie en détectant le « déséquilibre énergétique » à l’origine du problème. Certains déclarent également que ces appareils peuvent montrer qu’une personne est allergique ou sensible à certains aliments, carencée en vitamines, ou a des problèmes dentaires. D’autres affirment qu’ils sont capables de savoir si quelqu’un est indemne de maladie, comme le cancer ou le sida. Une clinique mexicaine a même affirmé que de tels appareils pourraient être utilisés pour guérir le cancer [1]. La procédure est appelée le plus souvent électroacupuncture selon Voll (EAV) ou dépistage électrodermique (electrodermal screening, EDS). Mais l’on peut rencontrer également des termes comme diagnostic de fonctions bioélectriques (BFD), thérapie par biorésonance (BRT), technique de régulation des bioénergies (BER), médecine biocybernétique (BM), dépistage électrodermique informatisé (computerized electordermal screening, CEDS), tests électrodermiques (EDT), évaluation du stress limbique (limbic stress assessment, LSA), analyse de l’énergie des méridiens (MEA), ou ‘point testing’ (test de points d’acupuncture donnés). Les appareils EAV sont commercialisés par plusieurs entreprises, la plupart organisant aussi des séminaires.

Historique de l’EAV

Les premiers appareils EAV ont été développés par Reinhold Voll, un médecin d’Allemagne de l’Ouest, qui avait commencé à pratiquer l’acupuncture dans les années 50 [2]. En 1958, il a combiné la théorie de l’acupuncture chinoise avec celle de la conductance cutanée pour produire son dispositif EAV. Son premier modèle à transistors était le Dermatron. Quelques années plus tard, un de ses élèves (Helmut Schimmel, un autre médecin allemand) a simplifié le système diagnostique de près de 850 points pour n’en conserver que 60, puis a modifié l’appareil et contribué à la réalisation du premier modèle du Vegatest. Par la suite, apparaissent d’autres versions, dont l’Acugraph, Accupath 1000, Asyra, Avatar, BICOM, Bio-Tron, Bioméridien, BioScan, BioTracker, Computron, CSA 2001, DBE204, Diacom, DiagnoMètre, Eclosion, e-Lybra 8, ELAST, Interactive Query System (IQS), Interro, I-Tronic, Allumage, Système LISTEN, Système Matrix Physique, Appareil d’analyse d’énergie Meridian (MEAD), MORA, MORAS, MSAS, Oberon, Omega Acubase, Omega Vision, Système Orion, Phazx, Pronostic, Prophyle, Punctos III, Quest4, Sensitiv Imago, SpectraVision, Syncrometer, Theratest, Vantage, Vitel 618 et ZYTO.

appareil dermatron appareil vegatest 2
Dermatron
Vegatest II

Leurs partisans soutiennent que ces appareils mesurent les perturbations dans le « flux d’énergie électromagnétique » de l’organisme le long des « méridiens d’acupuncture » [3]. En réalité, ils ne sont que des galvanomètres pseudo-sophistiqués qui mesurent la résistance électrique de la peau du patient à l’aide d’une sonde. L’appareil émet un infime courant électrique transmis par un fil à un cylindre de laiton recouvert de gaze humide que tient le patient. Un deuxième fil est connecté à une sonde, que l’opérateur applique à des « points d’acupuncture » sur l’autre main ou sur un pied du patient. Ce circuit à basse tension est ainsi clos et l’appareil enregistre la circulation du courant. L’information est alors visualisée sur un compteur ou l’écran d’un ordinateur avec une échelle numérotée de 0 à 100. Selon la théorie de Voll : les valeurs de 45 à 55 sont normales (‘équilibrées’) ; celles au-dessus de 55 indiquent une inflammation de l’organe ‘associé’ au ‘méridien’ évalué ; et les valeurs inférieures à 45 suggèrent « un engorgement et une dégénérescence de l’organe. » Toutefois, si l’humidité de la peau reste constante – ce qui est habituellement le cas – la seule chose qui influence la mesure est la force utilisée pour appliquer la sonde sur la peau du patient. Certains dispositifs ont tous leurs fils connectés au patient ou génèrent des réponses aléatoires pour éliminer l’influence du praticien. Ci-dessous, une version de l’échelle de Voll.

Interro

Les premiers modèles rapportaient la mesure sur un compteur analogique. Sur les versions récentes, comme l’Interro, les données apparaissent sur un écran d’ordinateur et des sons sont émis. Le traitement choisi dépend du niveau d’expérience du pratiquant et peut inclure de l’acupuncture, des modifications du régime alimentaire, et/ou des suppléments de vitamines, ainsi que de l’homéopathie.

Appareil Interro. Une sonde est tenue par la main du patient tandis que l’autre sonde est appliquée sur l’autre main ou sur un pied. Une barre apparaît alors sur le côté droit de l’écran de l’ordinateur accompagnée d’un son. La lecture est censée déterminer le statut de différents organes. En 1986, lors de mes recherches sur le marché de l’homéopathie pour le magazine Consumer Reports, j’ai eu l’occasion de subir des tests avec cet appareil dans une clinique du Nevada. Quand le médecin eut quitté la pièce, j’ai manipulé l’appareil et constaté que les variations de l’indicateur ainsi que le volume du son émis étaient déterminés uniquement par la force avec laquelle la sonde était appliquée sur ma peau [4]. Quand les supposés problèmes sont ‘diagnostiqués’, on peut tester des solutions homéopathiques contenues dans des fioles en verre en les plaçant dans un support adapté (dit « en nid d’abeille », au premier plan sur l’image). Les tests réalisés permettent alors de déterminer lesquels de ces ‘remèdes’ sont indiqués pour corriger les prétendus déséquilibres.

Prétentions farfelues

Certains vendeurs d’EAV font des publicités à orientation médicale, ou bien insistent sur une supposée correction des « déséquilibres », tandis que d’autres prétendent que l’appareil est utilisé pour des « évaluations de stress. » De surcroît :

  • Certains appareils sont censés aider le praticien à sélectionner les remèdes recommandés. Le e-Lybra 8, par exemple, fournirait « plus de 285 000 remèdes à portée de main » et « peut produire un ou plusieurs remèdes facilement et rapidement dans toutes concentrations. » [5]
  • Certains appareils sont censés restaurer un bon état de santé en produisant des signaux qui corrigent les « déséquilibres. » La demande de brevet de l’appareil LISTEN en 1997, par exemple, déclarait : « En déterminant la résistance électrique en différents points du patient, il est possible de déceler quels organes sont affectés par la maladie. De plus, un patient peut être traité en lui fournissant un signal électrique de radiofréquence qui rétablit la conductivité électrique de certains points à des niveaux normaux. » [6]
  • Certains pratiquants prétendent utiliser leur dispositif comme aide au diagnostic plutôt que comme seule base de diagnostic. Toutefois, je pense qu’ils disent cela pour rendre le travail d’évaluation et de sanction pour pratique non conforme plus difficile.

La Capital University of Integrated Medicine, université de troisième cycle non accréditée qui a fermé ses portes en 2005, offrait un cours de 3 jours d’« analyse de la résistance électrodermique. » La formation annonçait porter sur « l’évaluation de la santé et le traitement des déséquilibres du système immunitaire grâce aux caractéristiques de résistance de méridiens d’acupuncture spécifiques » et sur « comment localiser les racines systémiques de la faiblesse du système immunitaire et fournir la stimulation pour la corriger. »

Phazx Systems, qui a cessé ses activités suite à un avertissement de la FDA, a déclaré aux futurs acheteurs : « Vous allez pouvoir créer un nouveau centre profitable, parce que les patients paieront volontairement pour vos services, mais pourront également vous acheter directement les vitamines et compléments alimentaires. Souvent les analyses de ‘biofeedback’ peuvent être facturées et remboursées par les compagnies d’assurance ou par les mutuelles, en utilisant les codes ‘CPT biofeedback’. »

Études scientifiques

L’Australian College of Allergy a conclu que « le test Vega est une technique de diagnostic sans fondement scientifique » [7]. En 1997, un ingénieur biomédical a constaté que le fait de placer des ampoules dans le nid d’abeilles d’un appareil Vegatest I n’affectait pas les mesures de l’appareil [8]. Ce qui n’a rien d’étonnant, puisque le verre n’est pas un conducteur électrique.

Dans une étude randomisée en double aveugle publiée en 2001, des chercheurs britanniques ont comparé les résultats du dispositif Vegatest à ceux de tests d’allergie percutanés chez 30 volontaires, dont la moitié avaient déjà réagi positivement aux chats et aux acariens de la poussière. Chaque participant a été testé avec 6 éléments, par chacun des trois opérateurs, au cours de 3 sessions séparées, soit un total de 54 tests par participant. Les scientifiques ont conclu que le test avec le Vegatest ne corrobore pas les tests percutanés et ne devrait pas être utilisé pour le diagnostic d’allergies. Les auteurs ont estimé que plus de 500 dispositifs EDS étaient utilisés au Royaume-Uni pour évaluer la sensibilité aux allergènes [9].

En 1997, des chercheurs suisses ont publié les résultats d’une étude portant sur 32 enfants âgés de 1,5 à 16,8 ans, hospitalisés pour une dermatite atopique (eczéma) pour une durée de 4 à 6 semaines. Les enfants ont été répartis aléatoirement en fonction du sexe, de l’âge et de la gravité des lésions pour recevoir un traitement hospitalier conventionnel associé à un traitement “actif” ou à un traitement simulé (placebo) réalisé avec un dispositif de biorésonance. L’état de tous les enfants s’est rapidement amélioré. Le dispositif de biorésonance n’a eu aucun effet mesurable sur les variables de résultat mesurées dans cette étude, ce qui réfute l’affirmation selon laquelle il pourrait considérablement influencer, voire guérir, la dermatite atopique. Les chercheurs ont conclu : « Compte tenu des coûts élevés et des promesses mensongères exposées par les promoteurs de ce type de thérapie, la conclusion est que le BIT n’a pas sa place dans le traitement des enfants atteints de dermatite atopique. » [10]

En 2002, des chercheurs italiens ont publié les résultats d’une étude randomisée en double aveugle qui visait à déterminer si des allergènes peuvent entraîner des variations mesurables de l’activité électromagnétique à des points d’acupuncture spécifiques. L’étude portait sur 72 personnes souffrant d’asthme ou de rhume des foins et sur 28 volontaires en bonne santé testés à deux reprises avec des séquences de dilutions homéopathiques d’histamine, d’immunoglobulines, d’allergènes et de solution saline (eau salée) répartis aléatoirement dans des flacons scellés. Le dispositif était un DBE204. Les chercheurs n’ont trouvé aucune relation entre les changements de conductivité cutanée et le type de substance contenu dans le flacon et ont observé de grandes variations chez le même individu entre les premier et deuxième tests, et ce pour la plupart des sujets. Ces résultats indiquent que le dispositif n’a pas déterminé de manière fiable qui était allergique et qui ne l’était pas [11].

Réglementation gouvernementale

La FDA classifie les « appareils qui utilisent les mesures de résistance pour diagnostiquer et traiter des maladies » en tant que dispositifs de classe III, qui nécessitent l’approbation de la FDA avant leur commercialisation. En 1986, un représentant de la FDA m’a informé que le FDA Center for Devices and Radiological Health (branche de la FDA chargée d’homologuer les dispositifs médicaux et radiologiques) avait déterminé que le Dermatron et l’Accupath 1000 étaient des appareils de diagnostic présentant un « risque notable » [12]. Aucun dispositif de ce genre ne peut être légalement commercialisé aux États-Unis à but diagnostique ou thérapeutique. Quelques compagnies auraient obtenu un permis 510(k) (non approuvé) en rapportant à la FDA que leurs gadgets seraient utilisés pour ‘biofeedback’ ou pour évaluer la résistance cutanée, mais cela ne leur permet pas de les vendre pour d’autres buts.

Les dispositifs EAV ne sont pas des appareils de ‘biofeedback’. Le biofeedback, qui était initialement voué à un but de relaxation, est un procédé consistant à retranscrire (‘feedback’), le plus fidèlement possible, des mesures d’une variable biologique (‘bio’), telles que le pouls, la tension musculaire ou d’autres fonctions organiques, sous une forme compréhensible par le sujet, en général des courbes ou des signaux sonores. Dans le biofeedback, le signal d’origine est généré par le patient. Dans l’EAV, il est influencé par l’intensité avec laquelle l’opérateur presse la sonde sur la peau du patient (le signal augmentant proportionnellement à la pression). L’International Academy of Bioenergetic Practioners (Académie internationale des praticiens de la bioénergétique, aujourd’hui disparue) a encouragé ceux qui se sont procuré le dispositif à facturer les compagnies d’assurance en utilisant les codes de biofeedback classique [13]. Cependant, de tels procédés pourraient entraîner des poursuites pour fraude à l’assurance. Actuellement, ces appareils sont fréquemment déclarés comme appareils ‘de relaxation’, ce qui leur permet de ne pas être soumis à la validation de la FDA.

La FDA a interdit l’importation des appareils EAV aux États-Unis et a averti les compagnies et a même poursuivi quelques vendeurs [14]. Les agences de régulation de certains états des États-Unis ainsi que celles d’autres pays ont fait des démarches semblables. Toutefois, aucun effort systématique n’a été fait pour les enlever du marché. Il en résulte que de faux dispositifs d’« électrodiagnostic » sont utilisés par plusieurs chiropraticiens, acupuncteurs, dentistes, médecins ‘holistiques’, vétérinaires, et ‘nutritionnistes’ autoproclamés. Leur utilisation principale concerne la prescription de remèdes homéopathiques. Ils sont également employés pour déterminer des ‘allergies’, déceler des ‘déficiences nutritionnelles’ et de prétendus problèmes dentaires causés par les amalgames (‘d’argent’).

Risques notables

Les appareils EAV présentent des risques importants. Communiquer des informations invalides ou fallacieuses au sujet de l’état de santé peut causer des dommages émotionnels, un sentiment trompeur de sécurité ainsi que tout un lot de fausses croyances qui peuvent amener à prendre des décisions peu judicieuses. Au cours des dix dernières années, plus de 200 personnes m’ont rapporté des expériences liées à des pratiques EAV. Dans la majorité des cas, il s’agissait d’un proche ou d’eux-mêmes ayant gaspillé des centaines, voire des milliers, de dollars pour les tests et traitements recommandés. Dans certains cas, la personne a été si effrayée qu’elle a dû subir des examens médicaux onéreux qui ont finalement montré que les problèmes soi-disant diagnostiqués n’existaient pas.

Les protocoles de suivi inutiles présentent également un danger. J’ai eu connaissance de plusieurs patients à qui l’on avait abusivement extrait des dents saines suite à un bilan réalisé par un appareil EAV. Dans un autre cas, un homme qui consultait pour des douleurs abdominales accompagnant des saignements rectaux avait été examiné uniquement à l’aide du Dermatron et le médecin lui avait assuré qu’il n’avait aucun problème colique. Malheureusement, ce patient présentait un cancer du côlon, qui ne fut diagnostiqué que 6 mois plus tard par un autre médecin. J’ai également eu connaissance de deux autres cas de personnes présentant des cancers d’un stade avancé et à qui l’on avait dit qu’elles n’avaient aucun cancer. L’une d’elles avait acheté 33 produits pour se débarrasser de ‘parasites’ et divers problèmes inexistants. Une autre avait demandé remboursement, et il lui avait été répondu que l’appareil utilisé avait été électriquement modifié spécialement pour elle et ne pouvait plus être utilisé par personne d’autre.

Le rapport le plus étrange que j’ai reçu venait d’un parent qui, après avoir lu une version précédente de cet article, m’a téléphoné pour me décrire comment sa fille de 5 ans avait été examinée par un pratiquant non autorisé. Quand l’enfant a commencé à s’agiter, le test a été poursuivi en utilisant la sonde sur la main de l’adulte pendant que celui-ci tenait l’enfant. Il a aussi noté que le pratiquant semblait manipuler les résultats (cherchant à obtenir une valeur proche de 50) en humidifiant ou asséchant le doigt de l’enfant pendant le test afin de choisir le médicament approprié.

Autres variantes des appareils

Plusieurs autres dispositifs « bioénergétiques » ont été déclarés comme utiles dans le diagnostic et/ou le traitement de problèmes de santé. Je ne sais pas s’ils doivent être assimilés aux appareils EAV ou catégorisés d’une autre façon. Par contre, leur dénominateur commun est qu’ils reposent sur la détection et/ou la manipulation d’un système d’‘énergie corporelle’ qui n’a aucune validité scientifique. Parmi ces appareils, on peut trouver le Quantum Medical Consciousness Interface (OMCI) System (aussi appelé EPFX ou SCIO), l’Electro Interstitial Scanner (EIS) et plusieurs Rife Frequency Generators.

Conclusion

Ces appareils présentent des risques, délivrent des données invalides, et participent à la fraude. Si vous êtes exposés à de tels dispositifs, pour les États-Unis, merci d’en référer à l’organisme de l’état responsable de la délivrance du permis d’exercer, au procureur général de l’état, à la FDA, à la FTC, au FBI, au National Fraud Information Center, ainsi qu’à toute compagnie d’assurance ou de mutuelle où le praticien a déclaré l’usage de l’appareil. Pour les autres pays, vous pouvez vous rapprocher de l’organisme chargé de la certification des dispositifs médicaux. Merci d’envoyer des copies de vos plaintes au Dr Stephen Barrett par email, courrier au 287 Fearrington Post, Pittsboro, NC 27 312, ou bien par téléphone au (919) 533-6009.

 

Informations complémentaires

Références

  1. Barrett S. Traitement de la tumeur par biorésonance. Quackwatch, 6 novembre 2004.
  2. The EAV history and roots (original method). Institute for ElectroAcupuncture & ElectroDiagnostics site web, 8 mars 1999.
  3. American Association of Acupuncture and Bio-Energetic Medicine. Basic explanation of the electrodermal screening test and the concepts of bio-energetic medicine. AAABEM site web, 1998.
  4. Barrett S. My visit to the Nevada Clinic. Nutrition Forum 4:6-8, 1987.
  5. Information for e-Lybra 8. World Development Systems site web, 4 septembre 2007.
  6. Brewitt B. Methods for treating disorders by administering radio frequency signals corresponding to growth factors. U.S. Patent Number 5,626,617, 13 mai 1997. Patent Number 5,629,286 pour plus d’informations.
  7. Katalaris CH and others. Vega testing in the diagnosis of allergic conditions. Medical Journal of Australia 155:113-114, 1991.
  8. Mosenkis R. Examination of a Vegatest device. Quackwatch, Sept 4, 2001.
  9. Lewith GT and others. Is electrodermal testing as effective as skin prick tests for diagnosing allergies ? A double blind, randomised block design study. British Journal of Medicine 322:131-134, 2001.
  10. Shoni MH and others. Efficacy trial of bioresonance in children with atopic dermatitis. International Archives of Allergy and Immunology 112:238-246, 1997.
  11. Semizzi M and others. A double-blind, placebo-controlled study on the diagnostic accuracy of an electrodermal test in allergic subjects. Clinical and Experimental Allergy 32:928-932, 2002.
  12. Rollings JN. Letter to Stephen Barrett, M.D., 28 novembre 1986.
  13. Bioenergetics – Space age technology available today. IABP site web, 8 novembre 1999.
  14. Barrett S. Regulatory Actions Related to EAV Devices. Quackwatch, 3 juin 2016.

Davantage sur l’homéopathie | Autres tests douteux

Magnétothérapie

Traitement utilisant des aimants

Dr Stephen Barrett

On entend parfois parler de dispositifs magnétiques qui pourraient soulager la douleur et auraient un effet thérapeutique contre un grand nombre de problèmes de santé. La bonne manière d’évaluer ces allégations est de se demander si des études scientifiques ont été publiées. Les champs électromagnétiques pulsés – qui induisent des champs électriques mesurables – ont été démontrés efficaces pour le traitement des fractures à guérison lente et se sont révélés prometteurs pour quelques autres indications. Toutefois, peu d’études ont été publiées sur l’effet sur la douleur des petits aimants statiques vendus au grand public [1]. Les affirmations disant que les champs magnétiques « améliorent la circulation », « réduisent l’inflammation » ou « accélèrent le rétablissement après une blessure » sont simplistes et ne sont pas étayées par des preuves expérimentales [2].

Résultats de recherches

La base principale des travaux portant sur la réduction de la douleur par ces petits aimants est constituée de deux études à double insu, l’une menée au Baylor College of Medicine de Houston au Texas, portait sur les gonalgies (douleur au niveau du genou), et l’autre, réalisée dans 27 sites, évaluait les effets sur la neuropathie diabétique, une affection dégénérative qui provoque des douleurs et sensations de brûlure aux pieds. La conception de ces études présentait des lacunes importantes. Des recherches mieux conçues n’ont pas trouvé d’avantage significatif.

L’étude Baylor a comparé les effets d’aimants, réels et factices, sur la gonalgie. L’étude a porté sur 50 patients adultes souffrant de douleurs dues à une infection par le virus de la polio pendant leur enfance. Un dispositif magnétique statique ou un placebo a été appliqué sur la peau du patient pendant 45 minutes. On a demandé aux participants d’évaluer la douleur ressentie lorsqu’un « point gâchette » était touché. Les chercheurs ont rapporté que les 29 sujets exposés au dispositif magnétique ont obtenu des scores de douleur inférieurs aux 21 ayant reçu le placebo [3]. Cela ne fournit aucune base légitime pour conclure que ces dispositifs magnétiques offrent un quelconque avantage lié à la santé :

  • Bien que les groupes soient censés avoir été créés au hasard, il y avait deux fois plus de femmes dans le groupe “traité” que dans le groupe contrôle. Si les femmes sont plus réceptives au placebo que les hommes, un surplus dans le groupe “traité” augmente le score de réponse favorable dans ce groupe.
  • L’âge du groupe contrôle était supérieur de quatre ans au groupe traité. Si l’âge avancé rend une personne plus difficile à soigner, le groupe « traitement » a encore une fois un avantage sur le plan du score.
  • Les chercheurs n’ont pas mesuré la pression exacte exercée par la sonde au point déclencheur avant et après l’étude.
  • Les considérations exposées plus haut ne sont pas significatives, l’étude ne devrait pas être extrapolée pour suggérer que des douleurs peuvent être soulagées par les aimants.
  • Il n’y a eu qu’une brève exposition et aucun suivi systématique de ces patients. Il n’y a aucun moyen de dire si le soulagement était plus que temporaire.
  • Les auteurs ont eux-mêmes reconnu que l’étude était une « étude pilote ». Ces dernières ont pour but de déterminer s’il est pertinent d’investir dans des travaux plus amples et plus définitifs. Elles ne fournissent jamais une base légitime de commercialisation d’un dispositif, ou d’une substance, en tant que produit efficace contre un symptôme ou un problème de santé.

L’étude multicentrique, dirigée par le Dr Michael Weintraub, du New York Medical College, a fait appel à 48 enquêteurs dans 27 États. Sur 375 sujets atteints de neuropathie diabétique qui ont été choisis au hasard pour porter des semelles magnétisées ou des dispositifs placebo (non magnétiques) pendant 4 mois, 259 ont terminé l’étude. Les auteurs ont conclu qu’il y avait une réduction statistiquement significative au cours des troisième et quatrième mois des brûlures, des engourdissements et des picotements, et des douleurs aux pieds provoquées par l’exercice physique [4]. Cependant, ils ont noté que malgré l’amélioration statistique des scores de douleur et de qualité de vie, il n’y avait qu’un « avantage clinique modeste ». Il y a également de bonnes raisons de remettre en question l’analyse statistique qui sous-tend leurs conclusions :

  • Le tableau principal des résultats contient 4 ensembles de mesures moyennes de groupe prises à des intervalles d’un mois, ce qui produit 20 paramètres possibles.
  • La gravité des symptômes dans les groupes traités et dans le groupe placebo diminue progressivement, mais il y a peu de variation d’un mois à l’autre.
  • Pour chaque paramètre, les résultats moyens dans les deux groupes semblent similaires, mais les écarts types sont importants. En divisant les données en sous-groupes, les auteurs ont pu déclarer que certaines d’entre elles étaient significatives. Toutefois, comme les paramètres sont nombreux et les données très dispersées, des différences entre certains points sont susceptibles de se produire par le seul fait du hasard. Les plus favorables peuvent alors être sélectionnées pour suggérer une différence significative alors qu’il n’en est rien.

Au moins trois autres études bien structurées se sont avérées négatives:

  • Des chercheurs du New York College of Podiatric Medicine ont rapporté des résultats négatifs avec une étude sur des patients souffrant de douleurs au talon. Sur une période de 4 semaines, 19 d’entre eux ont porté dans leurs chaussures une semelle intérieure moulée contenant une feuille magnétique, tandis que 15 devaient utiliser un produit similaire, mais sans aimant. Dans les deux groupes, 60 % ont signalé une amélioration, ce qui laisse penser que le feuillet magnétique n’apporte aucun avantage [5].
  • Les chercheurs du VA Medical Center de Prescott, en Arizona, ont mené une étude croisée randomisée, à double insu et contrôlée par placebo auprès de 20 patients souffrant de douleurs dorsales chroniques. Chaque patient a été exposé à des aimants permanents bipolaires, réels ou fictifs, pendant deux semaines, à raison de 6 heures par jour, 3 jours répartis par semaine. Les deux périodes étaient séparées d’une semaine sans exposition. Aucune différence dans la douleur ou la mobilité n’a été démontrée entre le groupe traité et le groupe placebo [6].
  • Une équipe de recherche de la Clinique Mayo a comparé les effets du port de semelles intérieures magnétisées, sur une période de 8 semaines et chez 101 personnes souffrant de douleur aux talons ; elle n’a constaté aucune différence entre groupe traité et groupe témoin [7].

Il a également été prétendu que les aimants accentueraient la circulation sanguine, ce qui est faux. Si c’était vrai, placer un aimant sur la peau ferait rougir la zone qui a été mise en contact, ce qui n’est pas le cas. Comme le montre une étude bien conçue, qui a réellement effectué des mesures, et n’a trouvé aucune augmentation. Elle portait sur 12 volontaires en bonne santé exposés à un disque, soit magnétique de 1000 Gauss, soit d’apparence similaire, mais non magnétique. Aucune variation du flux sanguin n’a été observée lors de l’application de l’un ou l’autre des disques sur leur bras [8]. Les aimants concernés ont été fabriqués par Magnetherapy, Inc. de Riviera Beach, en Floride, une entreprise qui depuis a été soumise à deux mesures réglementaires.

Un dispositif de fréquence électromagnétique pulsé à faible énergie nommé ‘‘Bio Electro Magnetic Energy Regulation’’ (BEMER, ‘‘régulation de l’énergie bio-électromagnétique’’) a été commercialisé en annonçant pouvoir augmenter le flux sanguin. En 2017, une équipe de recherche finlandaise a publié les résultats d’une étude randomisée et contrôlée cherchant à savoir si l’appareil pouvait effectivement diminuer les symptômes, comme les douleurs et la raideur, ou réduire les troubles fonctionnels chez des femmes atteintes de fibromyalgie. L’étude a porté sur 108 femmes qui ont reçu un traitement réel ou factice sur une période de 12 semaines. Une amélioration a été notée, mais il n’y avait pas de différence de résultat entre BEMER et les traitements fictifs. Les chercheurs ont déclaré que cet appareil ne devrait pas être recommandé pour le traitement de la fibromyalgie [9].

Procédures légales et régulatrices

En 1998, Magnetherapy Inc. de West Palm Beach, en Floride, a signé une « Assurance of Voluntary Compliance » (dispositif légal lié à une violation de lois de protection du consommateur, NdT) avec l’état du Texas, elle a été condamnée à une amende de 30 000 $ et reçu l’obligation de cesser de prétendre que le port de son dispositif magnétique à proximité des zones douloureuses et inflammatoires réduit les douleurs dues à l’arthrose, à la présence d’une épine calcanéenne, les migraines et les sciatiques. L’accord demande également à Magnetherapy d’arrêter d’affirmer que ses aimants peuvent guérir, soigner ou atténuer toute maladie, et produire un quelconque effet dans le corps humain, sauf si ces appareils sont approuvés par la FDA à ces fins [10]. Des publicités pour la société Tectonic Magnets utilisaient des témoignages d’athlètes, dont des golfeurs professionnels seniors. On y affirmait que les aimants de Tectonic Magnets offraient un soulagement de certains troubles douloureux et une récupération de l’amplitude des mouvements articulaires. Les détaillants avaient reçu des supports de présentation pour leur comptoir incluant des affirmations médicales, ainsi que des témoignages écrits et des posters de stars du sport. Le procureur général du Texas, Dan Morales, a déclaré que certaines allégations étaient fausses ou non fondées, et d’autres n’ont pas approuvé le produit en vertu de la loi du Texas. En 1997, la FDA avait demandé à Magnetherapy d’arrêter d’annoncer que ses produits soulagent l’arthrite, l’épicondylite, les lombalgies et sciatalgies, la migraine, les douleurs musculaires, cervicales, de la cheville, de l’épaule, l’épine calcanéenne, les cors au pied, les doigts et orteils arthritiques, et réduiraient la douleur et l’inflammation dans les zones concernées en augmentant le flux et l’oxygénation du sang [11].

En 1999, la FTC a obtenu un accord de consentement interdisant à deux sociétés de faire des déclarations non fondées sur leurs dispositifs magnétiques. Magnetic Therapeutic Technologies, d’Irving, au Texas, ne peut plus prétendre que ses « magnetic sleep pads » (oreillers magnétiques) ou d’autres produits : (a) sont efficaces contre les cancers, les ulcères diabétiques, l’arthrite, les affections dégénératives des articulations ou l’hypertension ; (b) peuvent stabiliser ou augmenter le nombre de cellules T des patients atteints du VIH ; (c) peuvent réduire les spasmes musculaires chez les personnes atteintes de sclérose en plaques ; (d) peuvent réduire les spasmes nerveux associés à la neuropathie diabétique ; (e) peuvent augmenter la densité osseuse, l’immunité ou la circulation ; ou (f) sont comparables voire supérieurs aux analgésiques prescrits habituellement. Pain Stops Here ! Inc, de Baiting Hollow, New York, ne peut plus déclarer que son « eau magnétisée » ou ses autres produits sont utiles contre le cancer, les maladies hépatiques ou d’autres organes internes, les calculs biliaires, les calculs rénaux, l’infection urinaire, l’ulcère gastrique, la dysenterie, la diarrhée, les ulcères cutanés, les escarres, l’arthrite, la bursite, la tendinite, les entorses, les foulures, la sciatique, les maladies cardiaques, les troubles circulatoires, les pathologies auto-immunes et neurodégénératives, les allergies, et pourraient stimuler la croissance des plantes.

Le 8 août 2000, le Consumer Justice Center de Laguna Niguel en Californie, a intenté, au Orange County Superior Court (Cour Supérieure du Comté d’Orange), un procès contre le fabricant de chaussures Florsheim et un magasin local (Shoe Emporium) pour avoir fait des déclarations mensongères et frauduleuses affirmant que leurs souliers MagneForce (a) corrigent la « déficience magnétique », (b) génèrent un champ magnétique profond qui améliore la circulation sanguine, réduisent la fatigue des membres inférieurs et du dos, et fournissent un soulagement naturel de la douleur ainsi qu’une amélioration du niveau d’énergie ; et (c) que leurs affirmations sont établies et prouvées par des études scientifiques [12]. Quelques jours après le dépôt de plainte, Florsheim a supprimé l’annonce litigieuse de son site Web.

En 2001, Richard Markoll, son épouse Ernestine, le Dr David H. Trock, et Bio-Magnetic Treatment Systems (BMTS) ont plaidé coupables à des accusations criminelles portant sur un arrangement lié au processus de thérapie magnétique pulsée. Les participants ont utilisé des codes de facturation frauduleux pour obtenir le paiement de Medicare et de trois autres régimes d’assurance pour un traitement avec un dispositif (Electro-Magnetic Induction Treatment System, modèle 3030. ‘‘Système de Traitement par Induction Électromagnétique’’) qui n’était pas approuvé par la FDA [13]. Les traitements – appelés pulsed signal therapy (TSP, ‘‘thérapie par signaux pulsés’’) – ont été administrés dans le cadre d’un essai clinique à titre expérimental non approuvé par la FDA. Les Markoll ont été condamnés à trois ans de mise à l’épreuve, une amende de 4 000 $ et d’une cotisation spéciale de 100 $. Ernestine Markoll a été soumise à 2 ans de mise à l’épreuve, une amende de 1 000 $ et une cotisation spéciale de 25 $. Magnetic Therapy a été condamné à une mise à l’épreuve sommaire d’un jour et à une cotisation spéciale de 200 $. Les Markoll ont également eu 4 millions de dollars en dommages et intérêts à régler au gouvernement américain [14]. L’appareil a été inventé par le Dr Richard Markoll, qui n’a pas de diplôme médical mais qui est décrit dans les biographies de sites Web comme étant diplômé de la Grace University School of Medicine, une école de médecine des Caraïbes. Trock, un ancien des principaux chercheurs pour Magnetic Therapy Center, PC, de Danbury dans le Connecticut, a été condamné à 6 mois de mise à l’épreuve et à rembourser 35 250 $ [15]. Trock est co-auteur d’études affirmant que la TSP est efficace dans le traitement de la douleur, mais le dispositif n’est pas approuvé par la FDA à cette fin.

En septembre 2002, le procureur général de Californie, Bill Lockyer, a intenté un procès à European Health Concepts, Inc. (EHC), de Floride, pour avoir émis des allégations fausses et trompeuses au sujet de ses matelas et coussins de siège magnétiques. La plainte, déposée devant la Cour supérieure de Sacramento, incriminait également le président d’EHC, Kevin Todd, et plusieurs directeurs et agents commerciaux. La poursuite visait à obtenir plus d’un million de dollars en pénalités au civil pour avoir eu recours à des pratiques commerciales déloyales et avoir fait de fausses déclarations ; 500 000 $ en sanctions civiles pour des transactions impliquant des personnes âgées ; et la restitution intégrale des sommes versées pour les acheteurs des produits. La plainte allèguait que des clients potentiels, principalement des gens âgés, ont été invités à assister à un dîner séminaire gratuit au cours duquel on leur a dit que les articles commercialisés par EHC pouvaient aider les personnes souffrant de fibromyalgie, de lupus, de sciatique, de hernie discale, d’asthme, de bronchite, de cataracte, du syndrome de fatigue chronique, de colite, de diverticulite, de maladies cardiaques, de sclérose en plaques et de plus de 50 autres problèmes de santé. Les agents de vente offraient de faux prix réduits en cas d’achat immédiat, qui ne différaient aucunement des tarifs habituellement pratiqués par la compagnie [16].

Un récent communiqué de presse annonce que Thorsten Wietschel, qui commercialise des matelas magnétiques dans le cadre de réunions locales, a eu deux démêlés avec la justice aux États-Unis et qu’il les vend maintenant au Canada. Le rapport indique que (a) il a été accusé de vol qualifié en Californie, mais n’a pas fait l’objet de poursuites parce qu’il a quitté l’État, et que (b) il a été poursuivi en Arizona et a dû rembourser 150 000 $ aux acheteurs et payer 2 millions de dollars de pénalités [17].

Conclusion

Il n’y a pas de fondement scientifique pour conclure à une quelconque efficacité des petits aimants statiques sur la réduction de la douleur ou l’évolution d’une maladie. En réalité, la majorité des produits actuels n’émet aucun champ magnétique suffisamment puissant pour pénétrer la peau.

 

Références

  1. Livingston JD. Magnetic therapy: Plausible attraction. Skeptical Inquirer 25-30, 58, 1998.  
  2. Ramey DW. Magnetic and electromagnetic therapy. Scientific Review of Alternative Medicine 2(1):13-19, 1998.
  3. Vallbona C, Hazelwood CF, Jurida G. Response of pain to static magnetic fields in postpolio patients: A double-blind pilot study. Archives of Physical and Rehabilitative Medicine 78:1200-1203, 1997.
  4. Weintraub MI. Static magnetic field therapy for symptomatic diabetic neuropathy: a randomized, double-blind, placebo-controlled trial. Archives of Physical Medicine and Rehabilitation 84:736-746, 2003.
  5. Caselli MA and others. Evaluation of magnetic foil and PPT Insoles in the treatment of heel pain. Journal of the American Podiatric Medical Association 87:11-16, 1997.  
  6. Collacott EA and others. Bipolar permanent magnets for the treatment of chronic low back pain. JAMA 283:1322-1325, 2000.
  7. Winemiller MH and others. Effect of magnetic vs sham-magnetic insoles on plantar heel pain: a randomized controlled trial. JAMA 290:1474-1478, 2003.
  8. Mayrovitz HN and others. Assessment of the short-term effects of a permanent magnet on normal skin blood circulation via laser-Doppler flowmetry. Scientific Review of Alternative Medicine 6(1):9-12, 2002.
  9. Multanen J and others. Pulsed electromagnetic field therapy in the treatment of pain andother symptoms in Fibromyalgia: A randomized controlled study. Bioelectromagnetics 39(5), 2017.
  10. Morales halts unproven claims for magnet therapy. News release, April 9, 1998.
  11. Gill LJ. Letter to William L. Roper, Feb 3, 1997.
  12. Jeff Wynton and the Consumer Justice Center v. Florsheim Group, Inc., Shoe Emporium. Superior Court of California, Orange County, Case #00CC09419, filed Aug 8, 2000.
  13. Burns EB. Omnibus ruling on defendants' motion to strike and motions to dismiss. United States of America v Richard Markoll, Ernestine Binder Markoll, and Bio-Magnetic Systems, Inc. U.S. District Court, District of Connecticut, No. 3:00cr133(EBB), Jan 2001.
  14. Defense Criminal Investigative Service press release, Aug, 2001.
  15. Defense Criminal Investigative Service press release, June, 2001.
  16. Barrett S. California Attorney General sues magnetic mattress pad sellers. Quackwatch, Sept 24, 2002.
  17. Caldwell B. 'Something doesn't seem right.' After running afoul of consumer laws in the U.S., Thorsten Wietschel has come north to sell magnetic mattress covers. The Record, Jan 26, 2008.  

 

Réaction d’un lecteur
De David Gessell, ingénieur concepteur d’Oakland en Californie :

J’ai récemment entendu parler d’un concept bizarre selon lequel des semelles magnétiques pourraient améliorer la santé et soulager la douleur. Le vendeur promet meilleure circulation, réduction de la douleur, augmentation de l’absorption d’oxygène, perte de poids et plus ou moins tout autre avantage positif que l’on pourrait imaginer ou demander. Le mécanisme présenté était : Les humains ont évolué (ou ont été créés, pour les résidents du Kansas) en présence des champs magnétiques de la Terre. Ces champs sont bloqués par le béton et les pavés et autres structures humaines. En l’absence supposée de ces champs, le corps souffre en quelque sorte. Une amie avait acheté des semelles magnétiques pour environ 100 $. Elle les a rendues quand je lui ai expliqué cela :

  • Les champs magnétiques ne sont pas bloqués par le béton. Partout où une boussole fonctionne, les champs magnétiques terrestres sont présents.
  • Le sang n’est pas magnétique. S’il l’était, on exploserait dans un appareil d’IRM.

Les champs magnétiques continus n’ont pas d’effet mesurable sur le corps humain à des niveaux suffisants pour faire plier des barres d’acier, comme ceux utilisés par les chercheurs en magnétisme et en fusion. Ces personnes sont exposées à des champs de 6 à 10 ordres de grandeur supérieurs à ceux créés par les semelles magnétiques caoutchoutées, sans pour autant que cela ne joue sur leur état de santé.

❌